VI. — AMOMO ET JEAN DE MAUMONt
Les autres belles sont une Olimpia, que nous n'avons pu identifier et que le poète appelle : <« Olympia mia * » ; la dame à qui le recueil est dédié :
EscHA, inveschataa gli huomini, a gli dei;
Tamirale, c'est-à-dire Françoise de Longwy, femme de l'amiral Philippe Chabot '^; quatre dames qui forment un « cerchio eletlo » :
PONTIEVRE ^ HUBAN *, ChASTEGNERAI *, L'ESTRANGE*.
La mention qui suit (v. 141) est plus intéressante encore; c'est celle de
HELENE DE BOYSi : plus de heur que d'ais[e] a.
Celle-ci était fille d'Arthus Gouffier, duc de Roannois, et d'Hélène de Hangest; elle avait épousé, en 1517, Louis de Vendôme, prince de Chabanais, vidame de Chartres, puis, en 1527, François
* Ne serait-ce pas cette Olimpia qui déplore ses chagrins d'amour dans i'églogue citée plus haut et dans la pièce intitulée : Olympia a Bireno ?
* Françoise est une des dames à qui Marot adresse des étrennes en 1538 (éd. Jannet, II, p. 202).
^ Il s'agit probablement de Jeanne de Brosse, ou de Bretagne, seconde fille de René de Brosse, dit de Bretagne, comte de Penlhiôvre, vicomte de Bridicrs, etc., tué à Pavie en 1525, et de Jeanne de Comines, morte le 19 mars 1514 (n. s.). Jeanne épousa, par contrat du 11 mars 1532 (n. s.), René de Laval, seigneur de Bressuire, de Maillé et de La Motte-Héraye. C'est elle que Marot appelle M™« de Bressuire et à qui, en 1538, il adresse des étrcnnos (éd. Jannet, II, p. 205). Sa sœur aînée, Charlotte, fut la femme de François II de Luxembourg, vicomte de Martigues. Voy. Anselme, V, p. 375.
* Une des élégies de Marot est adressée par M. de Barroys à M'^c de Huban (éd. Jannet, II, p, 55).
* Ce doit être Isabeau Chabot, fille de Robert, baron d'Aspremont et de Clervaux, femme de Charles lo»* de Vivonne, baron de La Chastaigneraye, mort en 1536 (voy. Anselme, VJII, p. 765). Marot lui adresse des étrennes en 1538 [éd. Jannet, II, p. 204).
* M™« de L'Estrange est connue aussi par les étrennes de Marot (éd. Jeannet, II, p. 203) et par une épUre que lui adresse Charles de Sainte- Marthe (La Poésie françoise, 1540, p. 129).
66 VI. — AMOMO ET JEAN DE MAUMONT
de Clermont, seigneur de Traves et de Saint-Chéron *. Elle mourut à Marseille le 29 octobre 15332. Clément Marot et Mellin de Sainl-Gelais lui ont consacré des épilaphes 3. Si c'est bien elle et non sa tille que le poète a en vue, il faut admettre que le Triompha est, au plus tard, de 1533.
Les mots énigmatiques joints au nom d'Hélène sont une de ces devises que l'on se plaisait alors à inscrire sur les portraits. D'après une tradition ancienne qui nous a été conservée par le P. de Saint-Romuald, le roi François I" lui-même aurait fait des devises ou des vers pour un recueil de crayons qui lui avait été montré par M"^« de Boisy, mère de la dame dont Amomo exalte la beauté. M. Rouard a fait connaître une série de portraits sur lesquels sont effectivement inscrits les vers ou les devises dont parle le P. de Saint-Romuald *; le portrait d'Hélène de Boisy ne s'y trouve pas; mais il avait dû faire partie d'autres recueils et y être accompagné des mots cités plus haut ^
Amomo fait encore figurer parmi les beautés de la cour : M°^« de Roye ^, Claudia San Gioanni \ ses cousines de Jessé :
' Anselme, Hist. généal, V, p. 609.
» Saint-Gelais, Œuvres, éd. Blanchemain, I, p. 281.
3 Voy. Marot, éd. Jannet, II, p. 234 ; Saint-Gelais, II, p. 166. — Mellin a composé aussi pour Hélène de Clermont, dite M"« de Traves, fille d'Hélène de Boisy, et plus lard M™« de Gramont, un sonnet français qui répond à un sonnet italien que lui avait adressé Gabriel Simeoni.
* François /«'" chez 3i™« de Boisy. Notice d*un recueil de crayons ou portraits aux crayons de couleur, enrichi par le roi François 1^^ de vers et de devises inédites, appartenant à la Bibliothèque Méjanes d'Aix. Paris, Aubry, 1863, gr. in-4.
* La plupart des devises jointes aux portraits commencent par le mot Plus. On doit en rapprocher Le Plus ou Moingz des Dames de Paris, imprimé par M. Georges Guiffrcy dans son édition des Œuvres de Clément Marot, m, p. 716.
* Madeleine de Mailly, fille et héritière de Ferry de Mailly, seigneur de Conly, et de Louise de Montmorency, avait été mariée, par contrat du 27 août 1528, à Charles, sire de Roye, comte de Roussy, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. A l'époque où écrivait Amomo, Charles avait l'administration de toutes les terres attribuées à la reine Eléonore d'Autriche. 11 mourut en 1551; Madeleine lui survécut jusqu'en 1567. Voy. Anselme, Hist. généalogique, VIIJ, p. 74.
' Cette belle était sans doute une Française : Claude de Saint-Jean. Elle nous est inconnue.
Vî. — AMOMO ET JEAN DE MAUMONT 67
Di GiESSE l'honorate mie cugine *, enfin Ricevera di Borgogna ^,
Nous avons examiné les Rime toscane d'Amomo; il nous reste à parler de l'auteur lui-raôme. Nous devons reproduire ici une conjecture que nous avons déjà développée dans un précédent mémoire 3; nous y sommes d'autant plus autorisé que l'auteur français à qui nous croyons pouvoir faire honneur du recueil de 1535 a sûrement écrit en italien, et qu'à ce titre il a sa place marquée dans ce livre.
Parmi les beaux esprits qui cultivèrent la poésie sous le règne de François I«^ il en est un dont le nom rappelle celui d'Amomo : nous voulons parler de Jean de Maumont. Celui-ci appartenait à une ancienne famille du Limousin ; il était fils de Charles de Maumont, chevalier, baron de La Roche, et d'Anne de Bourdeille, tante de Brantôme; il devait être né vers 1505*, et il avait quitté sa province de bonne heure, n'ayant d'autre bien en ce monde que son seul titre de noblesse ^ 11 est vraisemblable qu'il trouva le moyen d'étudier à Padoue ou dans quelque autre université italieime. Ce qui est certain c'est qu'il suivit l'un des premiers les cours fondés en 1530 au Collège royal. Il nous apprend ^ qu'il eut alors pour maîtres Pierre Danès et
* Il y avait en Languedoc une famille de Jessé, de laquelle sont sortis les marquis de Charleval. C'est probablement avec elle que notre poète était apparenté.
* Voici encore un nom que nous n'avons pu identifier. Le nom est lui-môme des plus singuliers. M. Flamini (p. 428) imprime Riœuora ; mais les imprimés portent bien Ricevera.
* Une Conjecture sur le poète italien Amomo^ dans les Mélanges de philologie romane dédiés à Cari Wahlund (Mâcon, 1896, petit in-4), pp. 377-390.
* Nous savons, par une obligeante communication de M. Clément- Simon, que le contrat de mariage de Charles de Maumont avait été passé à Châlus en Limousin, le 2 décembre 1500.
* Jean de Maumont le dit lui-même dans un avis qui termine la traduction des Œuvres de saint Justin, 1554, fol. 288.
* Dans l'avis que nous venons de citer.
^ VI. — AMOMO ET JEAN DE MAUMONT
Jacques Toussain * : c'est dire qu'il eut pour compagnons Jacques Amyot, Pierre de La Ramée, Guillaume Poslel, Jean Calvin et le Limousin Jean Dorât. Il fut bientôt connu parmi les humanistes; aussi voit-on Élienne Dolet lui adresser une desépîtres imprimées en 1534 2. A la même époque appartiennent Vraisemblablement deux distiques latins de Jean Visagier, qui font allusion à la science, mais aussi au dénuement de notre auteur ^
Malgré sa pauvreté, le jeune étudiant fut accueilli favorablement par divers grands personnages, grâce sans doute à l'appui de sa sœur, Charlotte de Maumont, la gracieuse maîtresse du dauphin François *. Une si puissante protectrice ne pouvait manquer de lui ouvrir les portes de la cour. Jean y fut certainement reçu; il y composa des vers et, si notre supposition est fondée, cultiva aussi bien la poésie italienne que la poésie latine ou la française. La mort de François, survenue en 1536, vint interrompre une carrière dans laquelle il était brillamment entré. La belle jeune fille qui avait inspiré au dauphin une vive passion
* Maumont ne dit pas quand il fut l'élève de Danès et de Toussain ; mais nous savons que Danès cessa d'enseigner en 1534 (Lefranc, Histoire du Collège de France, p. 152). Quant à Toussain, il conserva sa chaire jusqu'à sa mort, arrivée en 1547.
* Stephani Doleti. Orationes duae in Tholosam. Ejusdem Epistolarum Lihri duo, etc. [1534]. Vov. R. C. Christie, Etienne Dolet, 1886, p. 179.
' Joannis Vultei Epigrammatum Liber (Lugduni, 1537, in-8), pp. 121-
* Les diverses généalogies que nous avons consultées, notamment la notice de Chérin dans le grand recueil manuscrit de la Bibliothèque nationale (tome 132), sont mueltes sur notre personnage. M. Clément- Simon [Charlotte de Maumont, fille d'honneur de la reine Éléonore, femme de François /"; Tulle, 1889, in-8, p. 13) a établi qu'il était frère de Charlotte et qu'il portait le même prénom qu'un frère aîné qui fut gentilhomme de François l^»*. Brantôme dit en eflTet (éd. Lalanne, III, p. 174) : « De mon oncle et de ma tante de Maumont, outre les enfants masles, car il y en a eu un jamais marié, qui fut un des sçavans hommes de France, duquel M. de Ronsard parle, sortirent deux tilles : l'une la belle et gentille Maumont, nourrie à la cour, qui fut maistresse de M. le dauphin empoisonné, etc. »
Un autre Jean de Maumont, fils naturel de François de Maumont et de Françoise Davy, de la sénéchaussée de Saintonge, obtint des lettres de légitimation au mois de janvier 1538 {Cat. des actes de François /er, VI, no 21.372).