‹ Les Français italianisants au XVIe siècleChapitre 18 sur 67 · VI. — AMOMO ET JEAN DE MAUMONT · texte numérisé non relu

VI. — AMOMO ET JEAN DE MAUMONT

(passion que Brantôme affirme, d'ailleurs, avoir é!é respectueuse) épousa un Limousin, François de Veilhan,seij?neur dePenacors*; quant à notre Jean, il prit le parti des ambassades. « J'avoy suivy jusques ici et consumé la plupart de ma jeunesse >», nous dit-il dans l'avis, déjà cité, qui termine les Œuvres de S, Justin, « en loingtains voiages pour les affaires publiques en la compagnie des ambassadeurs du feu roi. ^) Il est à croire que la connaissance de la langue italienne, si répandue alors parmi les diplomates, lui avait été d'un grand secours dans ses diff*érentes missions. Un des négociateurs à qui Jean servit de secrétaire, Jean de Monluc, possédait lui-même à merveille l'italien : nous parlerons de lui un peu plus loin.

Pendant cette période de sa vie, Jean de Maumont n'est connu que comme poète. Nous n'avons retrouvé aucune de ses œuvres françaises; mais la réputation dont il jouissait auprès de ses contemporains nous est un sûr garant qu'il avait composé des poésies dans notre langue. Lié avec Hugues Salel, qui était plus âgé que lui et qui était pour lui plutôt un protecteur qu'un ami, il lui adressa, vers 1536, une pièce latine imprimée dans les Œuvres de Salel. Cette pièce recommande au lecteur VEglogue marine sur le trespas de feu monsieur Françoys de Valoys, daulphin de Yiennoys, filz aisné du roy 2. Nous avons vu ci-des-

* Le 21 déccmbie 1533, le roi avait fait don à Charlotte de 6.000 1. t. pour l'aider à se marier [Cat. des actes de François /•"•, II, n^ 6.632). * JoAN. Maumontius ad Jectorem.

Hue verlas oculos et hos videto, quisquis fueris, benijînn lector, Versus lam querulos (^uibus jacenlem Delphinum miseris modis dolendum Deflent, non honnines modo, at suaves Nymphae, quae pelajçiis colunt sonorum El flent omnia qu[a]c ferax ad usum Tellus fert homini, et gemunt volucres Et quotquot tenui feruntur aura.

Quare jam dubito (si ad hos fcrantur Tarn tristes elegi) an queant dolorem Hispani cohibere, cum nec ipse Immanis sceleris nefandiis author, Si nunc ex Erebo hue reduceretur, Posset sistere lachryrnas legendo hos.

{Œuvres de Hugues Salel, [1540], fol. 25.)

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SUS que Maumonl avait des raisons toutes particulières pour pleurer cette mort prématurée.

Les fonctions exercées par Jean de Maumont le retinrent longtemps à l'étranger, sans pourtant rompre les relations qu'il entretenait avec les poètes de son temps. Une maladie dont il fut affligé au camp de Boulogne (1549) le força de renoncer aux longs voyages. Il devint complètement sourd. Cette infirmité précoce assombrit son humeur et l'obligea de chercher une retraite tranquille. Il trouva d'abord un asile auprès d'Hugues Salel, à l'abbaye de Saint-Chéron. Le caractère religieux dont Salel était revêtu ne l'empêchait pas de rimer des vers profanes, parfois même très profanes. Jean redevint son confident poétique. Au milieu des œuvres de Salel qu'Olivier de iMagny a publiées, en 1553, à la suite de ses Amours, on rencontre deux sonnets italiens signés de Jean de Maumont ; ce sont ces deux pièces qui nous ont amené à penser que notre auteur pourrait bien se confondre avec Amomo,

Les sonnets se rapportent à la surdité du pauvre auteur; nous les reproduisons, en même temps que la réponse de Salel :

GIOAN DI MAUMONTE

Salelio mio, di cul per dejçne prove Le tempie adorna '1 figliuol di Latona, E adhor adhor la chiara fania dona Ch[e] 'l tempo lor non puô, n' ira di Giove,

Mentre Iraduci le sacre opre dove Del Cieco * l'alto stil lanto risuona Che di suc sono tutto 'l mondo iiituona E '1 finir dat' al' huomo da se rimovc,

lo lungo queste valli vo piangendo, Rotto di numi duo : Fortuna, Amore, Ch[e] 'l corpo mio rendono stanco et fraie.

• Allusion à la traduction de Ylliade entreprise jiar Salel.

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