VI. ~ AMOMO ET JEAN DE MAUMONT
à son tour à Jean de Maumont et Texliorte également à la patience :
De quel regret cognoy-je sans cesser Ton cùeur remply, tes espritz et ton ame?
Quel desplaisir tes entrailles entame Et quel ennuy te vient ore offencer?....
Dans le sonnet qui termine le recueil, Magny fait encore allusion aux talents de Maumont pour la poésie :
Salel, Muret, Navieres et Maumont,
Qui a long traictz beurent au double mont
De la docte eau que les Sœurs nous débondent...
La renommée de notre Jean n'était pas seulement répandue dans un petit groupe d'amis ; Ronsard lui-même, le prince des poètes français, le cite, en 1560, parmi les hôtes des Iles fortunées, et le cite comme un chef d'école :
Je voy Baïf, Denizot et Belleau, BuTTET, Du Parc, Bellay, Dorât et celle Troupe de gens qui court après Jodelle ; Icy L'Huilier une troupe conduit, Et là j'avise un grand peuple qui suit Nostre Maigny, et, parmi la campagne, Un escadron qui Maumont accompagne.
Au moment où Ronsard écrivait, Jean avait à peu près renoncé à la poésie pour s'adonner aux saintes lellres. Il nous raconte lui-même, dans l'épître qui précède les Œuvres de S. Justin, qu'il dut aux conseils de Jean de Monluc de s'appliquer à ces nouvelles éludes. Le célèbre diplomate, revenant d'Ecosse quelques années aupai avant, avait trouvé son ancien secrétaire atteint d'une maladie dont la guérison paraissait impossible; il l'avait engagé à se consacrer ù ces travaux d'érudition auxquels l'avait préparé l'enseignement de Danès et de Toussain.
Jean s'était réfugié auprès de son ami Hugues Salel. Sans
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renoncer complèténoent à la poésie (nous on avons eu p-lus haut la preuve), il entreprit une traduction des Œuvres de S. Justin, traduction qui ne parut qu'en i554, après la mort de Salel *. L'ouvrage est dédié au cardinal Charles de Lorraine, archevêque de Reims 2. Maumont se recommande auprès du prélat de Tévêque de Valence, Jean de Monluc, de Tévêque de Riez, Lancelot de Carie, et du grand aumônier de France, Pierre Du Chaslel, ancien évêque de Tulle.
Nous ne savons si l'effet de cette dédicace fut immédiat. La mort de Salel (1553) avait forcé notre auteur de rentrer à Paris. Ce fut chez son « bon Mécène, le docte président de Roffignac », allié de la famille de Maumont, qu'il termina l'édition des Œuvres de S. Justin ^. Nous le trouvons encore à Paris en 1557, continuant ses travaux d'érudition et entretenant une correspondance suivie avec Jules-César Scaliger, dont il fit alors imprimer, chez Vascosan, le livre intitulé : Exotericarum ExercHationum Liber XV, de Subiilifate, ad H. Cardanum *.
Parmi les personnages avec qui le savant infirme fut en relations, on peut citer aussi Estienne de La Boétie qui lui a consacré un distique fort élogieux ^
En 1561, Maumont donna la première partie des Histoires et
* Paris, Michel de Vascosan, 1554, in-fol. de 6 ft. lim., 297 ff. chiffr. et 1 f. blanc. (Bibliolh. nat., C + "76 ; — British Muséum, 3623. e. 1.)
2 Charles, mort en 1574, ne doit pas être confondu avec le cardinal Jean de Lorraine, à qui soni dédiées les poésies d'Amomo. Ce dernier était mort en 1550.
^ Nous avons dit que Charlotte de Maumont épousa François de Veilhan, seigneur de Penacors. De celte union naquit un fils, François, baron de Penacors, qui épousa Françoise de Roffignac, dite M^'c de Couzage, fille du Christophe de Roffignac, président au parlement de Bordeaux, dont il est ici question.
* Lutetiae, M. Vascosanus, 1555, in-4. — Voy. Jul. Caes. Scaligeri Epistolae, 1600, pp. 218, 220, 238,251; Jul Caes. Scaligeri Poemata, 1621, pp. 186, 187, 198, 199,424, 439, 508, 619.
Nous renverrons aussi à une note de M. R. Dezeimeris insérée dans l'édition des Sonnets exoteriques de Gérard Marie Imbert publiée par M. Ph. Tamizey de Larroque, 1872, p. 76, et aux Lettres grecques de J.'C. Scaliger à Imbert, publiées, traduites et annotées par R. Dezeimeris, 1877, p. 8.
* Œuvres complètes d* Estienne de La Boétie, publiées par Paul Bonnefon, 1892, pet. in-4, p. 218.