F. CARDINAL DE TOURNON
Nous ignorons si Tolomei obtint du cardinal Farnese la cession de quelque abbaye ; en tout cas il échoua dans ses démarches pour se faire pourvoir d'un évêché de quelque importance.
Tournon devint en 1551 archevêque de Lyon. Celte nouvelle dignité resserra les liens qui l'attachaient a l'Italie. Du reste le cardinal était connu par toute la péninsule et y exerçait une réelle influence. Lorsque le grand libraire lyonnais Guillaume Rovilie publia, en juillet 1552, une nouvelle édition du Nuovo Tesiamenio traduit par Antonio Brucioli, il la mit sous la protection du cardinal-archevêque. La Bible italienne de Brucioli avait été mise à l'index en 1539, dès qu'elle avait paru ; Roville avait donné en 1547 et 1550 des éditions du Nouveau Testament qui avaient pu circuler grâce aux figures qui les ornaient et grâce à une épîlre au cardinal Ippolito d'Esté. Le cardinal de Tournon continua l'appui accordé au livre par son prédécesseur, et son nom eut la même autorité auprès des Italiens. Cependant, par mesure de prudence, le nom du traducteur fut désormais passé sous silence.
On pourrait citer encore plusieurs ouvrages dédiés à Tournon, par exemple les Opéra geometrica de Jean Butéon (1554) ; mais nous n'étudions ici que ses rapports avec l'Italie littéraire.
Girolamo Ruscelli a inséré dans ses Lettere di principi ^ une
* Lettere d'uomini illustri conservate in Parma nel R. archivio dello stato, [pubbt. da Amadio Ronchini], vol. I [unico], 1853, p. 557.
* Lettere di principi^ Il quali à si scrivono da principi, à a principi^
courte lettre adressée par le cardinal au connétable de Montmorency, et datée de La Ferlé, le 20 avril 1555. Ce billet, écrit au moment où le cardinal apprend l'élection à la tiare de Marcello Cervini devenu Marcel H, est assez intéressant; mais il est évident qu'il n'a pas été rédigé en italien, et que nous n'en avons ici qu'une traduction.
Tournon mourut à Saint-Germain-en-Laye le 21 avril 1562. Ce fut Vincenzo Laureo qui lui ferma les yeux.
ô ragionan di principi. Libro primo (Venetia, Giordan Ziietti et compagni, 1570, in-4), fol. 178 v^. La première édition de ce recueil est de 1562. D'autres lettres du cardinal de Tournon, certainement écrites en français, ne nous sont connues que par des traductions italiennes, par exemple deux lettres au cardinal Georges d'Armagnac, en date du 18 octobre et du 14 novembre 1542 {Lettere del card. Jacopo Sadoleto e di Paolo suo nipote, 1872, in-8, pp. 64, 70).
JEAN DE VAUZELLES
Le nom de Jean Vauzelles est bien connu, et il méi-ite de l'être, non parce que ses ouvrages révèlent un mérite supérieur, mais parce que ce fut un ami des lettres et des arts, un Mécène aux goûts élevés, et, comme ses frères, un homme qui se plaisait à pratiquer la charité. Après le P. de Colonia * et l'abbé Pern0tti*2, un descendant de la famille, M. Ludovic de Vauzelles a consacré des notices à ses ancêtres ^ et nous nous aiderons de ses travaux pour parler de celui d'entre eux qui nous intéresse.
Jean de Vauzelles, fils d'Estienne, élait le frère cadet de Mathieu, qui fut avocat au parlement de Dombes, puis avocat du roi à Lyon, et de Georges, qui fut chevalier de Rhodes. Il dut naître vers 1495, et, tandis que ses frères s'adonnaient, l'un à la jurisprudence, l'autre au métier des armes, il fut de bonne heure destiné à l'état ecclésiastique, auquel il se prépara par de
* Histoire littéraire de Lyon (Lyon, 1728, in-4), II, pp. 508-575.
* Recherches pour servir à l'histoire de Lyon, ou les Lyonnais dignes de mémoire (Lyon, 1757, in-8), 1, pp. 322-328.
' Notice sur Mathieu de Vauzelles, magistrat et jurisconsulte lyonnais, dans la Revue du Lyonnais, 1870, et à part (gr. in-8 de 31 pp.).
Vie de Jacques, comte de Vintimille, Rhodien (Orléans, 1865, in-8). — Jacques fut élevé par Georges de Vauzelles, qui l'avait ramené de Rhodes, .et l'auteur a naturellement parlé du bienfaiteur, en môme temps que de son pupille.
Notice sur Jean de Vauzelles, dans la Revue du Lyonnais^ 3° série, t. XIII (1872), pp. 52-73, et à part.
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fortes études. Bien que nous n^ayons pas eu la bonne fortune de rencontrer son nom dans les trop rares registres des universités italiennes qui nous sont parvenus, il est vraisemblable que Jean étudia soit à Pavie, soit à Bologne ou à Padoue, et que le séjour qu'il fit au delà des Alpes eut une grande influence sur toute sa vie.
Jean fut d'abord curé ou recteur de l'ancienne église de Saint- Romain, puis curé de Tassins. En 1521, il fut pourvu d'une prébende de chevalier en l'église métropolitaine de Lyon, prébende qui était devenue vacante par la mort d'André Barjol *.
A Saint-Jean môme, Jean de Vauzelles eut l'occasion de voir et probablement d'approcher Marguerite d'Angoulême, alors veuve du duc d'Alençon ^.
Le premier ouvrage publié par notre auteur nous fournit la preuve des relations qu'il eut alors avec la sœur du roi. Voici le titre de ce volume :
Hystoire euangelique des quatre euàgelistes en vng fidelemêt abrégée / récitant par ordre sans obmettre ni adiouster les nola-
* Revue du Lyonnais, 3o s6r., XIII, p. 52.
" Marguerite lit des séjours à Lyon eu 1524 et 1525; ce fut même de là qu'elle partit pour se rendre en Espagne auprès de François l*^'', au mois d'août 1525 {Journal d'un bourgeois de Paris, publié par L. Lalanne, 1854, p. 253). Antonio Brucioli met dans la bouche de Gio. Battista Délia Palla un curieux éloge de la princesse, qui nous montre quelle admiration elle excita dans le public quand elle se rendit à réji[lise Saint-Jean : « Dico che due giorni sono ch'io in quesla florida cilla vcnni et nulla mi si fece più caro di vedere quanto la reverenda prcsenza di tanta du cessa, et di queslo mi fu troppo bene favorevole la fortuna, perché hieri, nel sacro tempio dette da quel glorioso santo che fu mandato da Iddio a nunciare il regno del cielo al mondo et apparecchiare lu via del Signore, in habito mesto et lugubre la vidi, che le santissimc laude di colui udiva, che benignamente volse discendere di ciolo in terra et pé' nostri peccati essere crucifisso. Et tanto mi parve nell' alto reverenda, pietosa et che seco délia morte di si alla regina si dolosso [il s agit de Claude de France, première femme de François !«', morte le 20 juillet 1524], che io a pena le lacrime tencre potetli, et volondogU pcr alcuno nostro affare parlare, per questo taie accidente me no astenni et, tornatomcne alla piociola mia cameretta lullo pensoso, mollo meco medesimo mi dolsi che Tuna délie più valorose regine che mai portasse il mondo si tosto fusse spenta et si alta ducessa venuta per si acerba morte albergo di dolo et di mestilia.... •» {Dialogi di Antonio Brucioli délia naturale philosophia humana; Libre secondo; Vene- Uu, 1537, in-4, Dial. XIII, fol. 46 v^.)