‹ Les Français italianisants au XVIe siècleChapitre 33 sur 67 · X. — JEAN DE VAUZELLES · texte numérisé non relu

X. — JEAN DE VAUZELLES

En 1538, Nicolas Bourbon de Vendeuvre consacre à notre auteur ces trois distiques :

Joan. Vauxello Lugdun.y viro extimatissimo.

Scis quur Borbonius te saepe libensque salutat,

Vauxelle, atque tuam gaudet adiré domum?

Non epuiac, non spes cujusquam muneris illum

Ducunt : felix est sorte poëta sua.

Virlus ista tua est quam sic veneratur, ut in te

Nescio quod magnum munere inesse putet K

Antoine Arlier, qui jouissait d'une grande réputation comme ^ humaniste, entretenait avec Vauxelles des relations suivies 2. U en élait de même de Jean de Boyssonné ^

Parmi les beaux esprits dans la société desquels il vivait, il convient surtout de citer Maurice Scève, dont il nous parle avec grande admiration dans une des lettres citées plus loin*, puis Remette de Guillet et Louise Labé.

Lorsque Remette mourut, le 17 juillet 1535, Jean lui consacra deux épitaphes, l'une en douze vers» signée des initiales D. V. Z. [D*un vray zèle] :

One perle en vif et petit monde

Son per n'eut tant en sçavoir et faconde...

Quibns una domus tribus fidesque Una est, una eadem tribus voluntas, Vos sic vivite semper et valete Humanis pariter Diisque grati.

{J. Vulteii Epigrammata (Lugduni, 1537, in-80), p. 258.

* Nugarum Libri octo, 1538, in-8, p. 364 (iib. VI, carmen XC).

* Vers 1535, Arlier écrit à Vauzelles qu'il vient d'être p^re et lui parle d'une grave maladie qu'il a faite (Biblioth. Méjanes, à Aix, ms. 761, pp. 12-14). Le 11 février 1539, Arlier écrit à Pierre de Malmont : « De via fessus sistam Lugduni triduo, non procui a Doleto, Montroterio aliisque Musarum cultoribus. » (Ibid. p. 112.)

' Biblioth. de Toulouse, ms. 834, p. 131.

* Mathieu de Vauzelles, frère aîné de Jean, avait épousé Claudine Scève, sœur de Maurice (Ludovic de Vauzelles, Notice sur Mathieu de Vauzelles, 1870, p. 28).

126 X. — JEAN DE VAUZELLËS

l'autre en quatorze vers accompagnée des initiales J. D. V. :

Une en son per netle, cousine et sœur,

De tout hault lieu suyvant le chemin seur... \

Jean n'attendit pas la mort de Louise Labé pour chanter ses mérites. Il la proclama la dixième muse :

A. D. Louize Labé, des muses ou première ou dixième, couronnante la troupe.

Nature ayant en ses idées pris I Un tel suget qu'il surpassoit son mieus,

De grâce ell' ut pour l'illustrer des dieus Otroy entier du plus supernel pris... *.

Un ouvrage justement célèbre, auquel Jean de Vauzelles a eu la bonne fortune d'attacher son nom, est le recueil des figures de la Mort, publié à Lyon, en 1538, d'après les dessins de Hans Holbein. Nous ne savons qui prit l'initiative de celte publication : il est probable que le prieur de MontroUier, auteur du Blason de la Mort, fit acheter par les frères Trechsel les merveilleux bois gravés par un artiste que l'on croit être Hans Lûtzelburger, et les donna au public avec un texte de sa façon. Peut-être même avait-il fait exécuter les gravures. En tout cas il connaissait l'auteur de ces chefs-d'œuvre; il nous apprend même que celui-ci était mort avant l'achèvement du travail ^

* Rymes de gentile et vertueuse dame D. Pemette Du Guillet, Lyonnoise (A Lyon, par Jean de Tournes, 1545, in-8), p. 79.

' Euvres de Louize Labé, Lyonnoise (A Lion, par Jan de Tournes, 1555, in-8), p. 130. — Nous adoptons l'opinion de M. Ludovic de Vauzelles (Revue du Lyonnais, 1877, IV, p. 28). M. Alfred Cartier, qui a étudié Les Poètes de Louise Labé {Revue d'hist. littér. de la France, I, 1894, p. 433), n'a pas relevé les initiales D. V. Z.

Le sonnet est sijçné en outre de la devise D'immortel zèle.

^ On lit dans l'épître qui précède les Simulachres, en 1538 : « Donc retournant a noz figure[e]s faces de Mort, tresgrandemant vient a regreter la mort de celluy qui nous en a icy imaginé si élégantes ligures. ») Ces mois ne s'appliquent pas à l'auteur des dessins, car Hans Holbein ne mourut que le 29 novembre 1543. Vauzelles ajoute d'ailleurs

Page 1