‹ Les Français italianisants au XVIe siècleChapitre 43 sur 67 · X. — JEAN DE VAUZELLES · texte numérisé non relu

X. — JEAN DE VAUZELLES

le cueur, la langue et la main, celle chaîne a langues esmaillees plus de vous attendue que le promys Messyas des Juifz *. Toutesfoys, sans vous despcrer en l'espérance, mais contre icelle espérant, imputerez le tout aux astres de ceste cour resplandissante, ou souvent les erratiques deviennent immobiles, et les tixes * errantes par les diverses maisons et mansions de ce firmament françoys, ou les bons et mauvays aspectz s'enlreregardans ensemble font faire souvent jugemans sans faveur et faveurs sans jugement, retardans leurs bonnes et mauvaises influances plus qu'il ne seroit de besoing. Et mesmement, à ceste heure, pense les principalles planètes de nostre hemispere estre tant occuppees es discours des signes aparuz au zodiaque impérial qui, tranversant par la France de l'ung pôle en l'aultre aveq esbahissement de toute prudence humaine, a faict varier le constant, voire les dispositions fatalles, demeurant toutesfoys envers vous tousjours benivole l'aspect de nostre soleil, les aurains rays duquel vous endoureront, quoy qu'i tarde, en sorte que l'or de France, reluisant sus vous, illuminera mainctz esperitz a se procurer quelque influence de ceste solaire illustration.

» Mais sot que je suis, pindarisant devant l'inventeur des inventions, qui deusse seullement par 1^ bouche d'ung meilleur sçavoir, ou par la plume de plus faconde élégance emprumptee, me présenter a ce monarque des orateurs de ce temfps auquel craignent escripre les illustres entre les plus fammez ! Supplisse ^ donc à vous dire le surplus de la dévotion que j'ay a dillater vostre glorieux renom par toutes les Gaules ce pourteur des présentes, Jehan Baptiste, lequel, truchement et interprète de ma pensée, qui vous * exposera la fâcherie ou je suis pour n'avoir peu encoures estre acertené par la moingdre de voz attendues lectres si ma tradulion de vostre Humanité'^ de Christ l'a point rendue vers vous inhumaine et de peu de grâce, et comment, jusques a ce que par aulcuns de voz escriptz il « me soit commandé, ne metray en lumière francoyse voz troys livres sus le GenesCy par moy ja traduictz, par lesquelz rendez les lecteurs en non moingdre admiration que les escritpz de Moïse, parlans tous deux si au vif ^ de chose non veue et non exe-

* 11 s'agit de la chaîne d'or envoyée à l'Arétin par François I*"", chaîne dont on le voit orné sur plusieurs de ses portraits.

* Impr. sipes.

' 11 faut probablement lire : « Supplée ».

* Impr. que vous.

* Impr, vostre humanitate.

* Impr. ie.

' Impr, vifz.

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culee devant humain qui l'ayt sceu escrire ne reciter, qu'il semble que aiez esté en tout présent \ veu et touché toute l'histoire, voire ce que estoit avant tous attouchemans, tous estres et toutes veues.

« Quant au livre naguieres par vous composé de la Vie de Nostre Dame, la quasi vive represantee, et lequel on m'a voit donné a entendre eslre consacré aux incroyables vertuz de nostre royne de Navarre, j'espère, ce caresme, en le traduisant, extraire d'icelluy saincles corne- . dies et spectacles theatreaux par divers personnaiges, representans en rithme françoyse, au plus près qu'il sera possible *, la décoration, l'elegance, les stupendes inventions aretines, plus de toute l'Itaille admirées que facilles a ymiler. Et ce trop plus diligemant que j'en ay faict en voz Pseaulmes de la pénitence de David, au proesme desquelz vous fera facille recognoistre les exprès emprumptz, mais plustost larrecins, que j'ay faict de voz riches escriptz, lesquelz ne sont tant apouvris ou amoingdris par mes furtives transpositions, qu'en regardans les lieux et passaiges desquelz elles ont esté extraictes, ne les trouvez aussi entiers, parfaictz et ne détaillant en riens, que quant du trezor de vostre esperit ilz furent enrichis ; par quoy ce ' desrobement ne me sera a moingdre gloire que a ceulx qui par * subtil moyen sçavent extorquer la massue a Hercules, puisque voz escriptz, voire les desrobez, ont aultre * force que celle langue de l'Hercules celtique, laquelle attyroit tant de mille d'hommes atachez par les oreilles, si les anciens auctheurs ne mentent. Et d'autant plus qu'en mes escriptz recognoistrez les vostres, d'autant plus vostre fidel vassal tenant en infeundation de vous, mon prince, ma majesté, ma corone et l'ydolle de mon esperit, tout ce que de bon apparoistra sera adjugé à vous seul, auquel reveramment fais homaige, offerte et sacrifice sus l'autel de ceste rudde carte, certes trop indigne de traicter et célébrer les divins misteres de voz sacrées muses ,• mais soit imputée la faulte à Montrottier, trottant temerairemant après ce Pegasus, espronné de voz efforcées valeurs aux ventigemans tant inimmitables et aulx carrières tant supernaturelles, que le mien, comme recreu par les voyes inaccessibles ou de loing il suyt le vostre ®, en gallopant tomberoit soubz l'insuportable fayx de quoy je le charge, si le bannir et bondir dudict

* Impr, presantz.

' Impr. possibile.

* Impr. parquoy et desrobement.

* Impr. pour {ce doit être une abréviation mal lue). ^ Impr. austre.

* Impr. il le suyt le voslre.

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