‹ Les Français italianisants au XVIe siècleChapitre 44 sur 67 · X. — JEAN DE VAUZELLËS · texte numérisé non relu

X. — JEAN DE VAUZELLËS

Pegasus n'accorageoit Montrottier de reprendre force et aleyne, dont la pesanteur de ses piedz allégée et sa lassitude regaillardie faict le vray zèle de moy Vauzelle peult estre autant chevallereux en la militie de * voz invincibles escriptz, comme de nom et de profession il est chevallier en la militante esglise de Lyon, en laquelle, frequentans les divins services, n'oublye prier celluy qui de science infuse sus toutes acquises doctrines vous faict tant eminant, tost vous renvoyer de la court vostre Mercure, encaducé *, non seuUement du fiât ut petitur des papes, mays des mistures [?] des empereurs, prodigallement respandues a la publique joye, puis recueillies, non sans grand eflfroy du populaire romain.

« Or, pour ne me présenter vuyde a vous, mon souvrain, plus de moy estimé que des Persiens leur roy, tout ainèi que vous avez envoyé vostre effigie au roy, affin que par ' icelle il veit de quel visaige vous sçavez louer la louange et blasmer le blasme *, aussi vous envoyé deux protraictz du plus emmajesté prince du monde, affin que l'effigie sus le blanc satin la candidité d'icelluy vous face espérer de l'aultre, argentée, les promesses, a vous non tant obligées pour ce qu'elles sont promises, que par voz mérites, et affin aussi que, en faisant de l'une presant a quelque noble esperit, en puisse procurer les faveurs que le sçavoir du seigneur Paulo de Petrasancta y a trouvé, la familiarité duquel m'a esté fort agréable icy a Lyon, tant pour les valeurs d'icelluy que aussi pour la célébrité de son nom canonisé par deux de voz epistres *, Il a composé icy certaines opuscules desquelz vous leray

* Impr. des.

2 Impr, encaducee.

' Impr, aflfin que icelle.

* L'Arétin avait envoyé à François 1°"^ son portrait peint par FrancescO Salviati. Voy. Luzio, Un Pronostico satiricOf 1900, p. 141.

^ Le langage de Vauzelles est tellement contourné que l'on ne saisit pas bien ce qu'a fait Paolo Pietrasanta, s'il est l'auteur des portraits de François le»* ou de quelque ouvrage composé à la louange du monarque ; mais Pietrasanta nous fournit lui-môme quelques éclaircissements dans une êpître qu'il adresse, de Lyon, à Pietro Aretino, le 17 février 1540 :

« Il mio non mai bastevolmente lodato monsegnore di Montrottiero, nomo si di lettere e beî costumi, corne di generosità d'animo ornato, in cotai ponto a me, con una epistola a voi, sopravenuto, lessemela egli tutta : prima perô con prefatlione non poca de la gloria vostra. Piacquemi il dire, l'ordine, la prontezza di essa, e la dottrina. Che dirô io? De lo ingegno s\ mi ammirai che dirvi io non saprei tutto il mio concetto. Voi la leggerete, e se forsi la lingua francesca non vi fia nota, trova-

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participant, se il les faict imprimer, plus tost que des myens, indignes d'occuper esperit si divin, les fruictz duquel nourrissent plus le mien que le manger et boyre ne sustente ma personne, laquelle, desdiee a voz deubz honneurs, les adore, et baise les escriptz qui d'iceulx font mémoire. Vale. De Lyon, ce XX. de febvrier MDXXXIX».

« Tuus non secus ac suus ; « Jo. DE Vauzelles,

»» Montistrotterii regulus ac Lugdunensis Ecclesie miles *. »

Pietro avait voulu mettre à profit radmiration naïve qu'il avait inspirée à Jean de Vauzelles pour faire présenter par son intermédiaire un livre (nous ne savons lequel) à la reine de Navarre. Ambrogio Eusebi, passant par Lyon, devait remettre l'ouvrage au prieur de Montrottier. L'Arétin nous parle luimême de celte mission dans une lettre qu'il écrit à Bartolommeo Panciatichi le 28 février 1540 :

tene l'interpelre, e non so poi, come letta l'abbiate, quai d ambo noi due ne habbia più a stupirse. Cotesta Jettera crebbemi il stiniolo di visilarvi e dedemi d'un sprone si forte al fianco, che, poslami la penna ailhor allhora in mano, questa mia vi scrissi. Vi saluto, vi abbraccio e reccovi a memoria ch'io son vostro ; dapoi rendovi cerlo che monsignor Montrottiero è vostro «tant'affezionalo, quanto voi sete a' vortuosi parleggiano, et è uomo da essere tant'amato quanto voi amate il gridare d'ogn'uno il evro.... »

{Lettere scrute a. P. Aretino, 1551, 1, p. 400; éd. de 1874-76, 1, ii, p. 324.)

Paolo Pietrasanta, sénateur de Milan, s'était proposé de faire fortune en France. 11 avait dédié à François !<''' un poème latin en sept livres sur la géographie (Bibl. nat., ms. lat. 8135.) Le 3 novembre 1539, demeurant alors à Paris, rue du Plâtre, à l'enseigne de la Pie, il avait donné procuration à Girolamo de Beaquis, Milanais, et à Gio. Bernardo da Ferrara, natif de Pavie, « pour demander, requérir et suppléer au roy... tel ou telz offices qu'il plaira au roy donner audict constituant pour recompense des services et mérites dudict seigneur constituant ». (Bull, de la Soc. de Vhist.' de Paris, 1895, p. 80.) Les deux lettres de l'Arétin à Pietrasanta auxquelles notre auteur fait allusion sont datées des 11 mai et 24 juin 1537; elles étaient imprimées dans le Primo Libro délie Lettere di M. Pietro Aretino, éd. de 1538, fol. 78; éd. de 1609, I, fol. 96, 119.

Pietrasanta mourut à Milan au mois de septembre 1550 (Lettere scritte a P. Aretino, 1552, II, p. 278; éd. de 1874-76, IL n, p. 266).

* C'est-à-dire 1540, n. s., comme le prouve l'allusion au voyage de Charles-Quint en France.

2 Lettere scritte a P. Aretino, 1552, II, p. 59; éd. 1874-76, II, i, p. 94.

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