AVANT-PROPOS XI
trouvé nous-même, à maintes reprises, un accueil si bienveillant et si empressé. Nous sommes heureux d'exprimer ici notre vive reconnaissance aux professeurs qui nous y ont si aimablement reçu, en particulier à MM. Emilio Teza, Andréa Gloria, Vincenzo Crescini, Francesco Flamini, Antonio Medin, Biagio Brugi, Albino Zenatti. Nous n'oublierons pas non plus Tinfatigable directeur du Museo civico, M. Andréa Moschetti, ni le sous-directeur, M. Vittorio Lazzarini.
Nous tenons en terminant à remercier ici notre ami M. Léon Dorez, qui a bien voulu nous aider à relire les épreuves de ce travail.
Malgré les travaux dont il a déjà été l'objet *, on peut dire que Claude de Seyssel attend encore un historien. Peu d'hommes ont été mêlés à des affaires aussi diverses, peu d'hommes ont mené une vie aussi agitée. On peut le citer au premier rang de ces négociateurs de la fin du XV® siècle et du commencement du XVI° dont l'activité nous déconcerte. A les voir toujours en route, toujours la plume à la main, on se demande comment ils pouvaient résister à tant de fatigues. Il semble qu'ils ne fussent jamais arrêtés ni par la maladie, ni par les difficultés de la tâche 2.
* Niceron, Mémoires pour servir à Vhistoire des hommes illustres dans la république des lettres, XXIV (1733), pp. 322-329.
De Claudii Seisselii vita et operibus FacultatI Parisiensi thesim proponcbat Carolus Dufayard, scholae normalis olim alumnus.... Parisiis, apud Hachette, 1892. In-S».
La Maison de Seyssel, ses origines, sa gfénéalogie, son histoire, d'après les documents originaux, par le comte Marc de Seyssel-Cressieu. Allier frères, imprimeurs-éditeurs à Grenoble, 1900. 2 vol. in-foL, pli. — Le chapitre XIII, consacré à Claude de Seyssel, occupe les pp. 127-152 du tome !«»•.
Histoire d'Aix-les-Bains, par le comte de Loche. Chambéry, Imprimerie savoisienne, 1900. 2 vol. in-80. — On trouve, t. II, pp. 365-471, une notice sur Claude de Seyssel et divers documents.
Claude de Seyssel et le sentiment national au XYI" siècle, par A. Jacquet. Revue des Questions Historiques, avril 1895.
* Nous avons parlé ailleurs d'un négociateur dont on peut comparer la vie à celle de Claude de Seyssel, Lodovico Canossa (1476-1532).
2 t. — CLAUDE DE SEYSSEL
Nous ne pouvons qu'esquisser la biographie de Claude de Seyasel, nous efforçant d'en bien fixer les dates principales, à propos desquelles on peut relever chez nos devanciers de nombreuses erreurs. Nous renverrons pour tous les faits accessoires ahx ouvrages que nous venons de citer et à ceux que nous indiquerons plus loin.
Claude, né à Aix-les-Bains, était le fils naturel de Claude de Seyssel, maréchal de Savoie, gouverneur de Piémont et chevalier de l'Annonciade. Les auteurs placent sa naissance vers 1450; il nous paraît probable qu'ils le vieillissent et que la date de 1560 est plus voisine de la vérité : elle s'accorde mieux avec ce qlie nous savons de la jeunesse de notre personnage. Destiné par sa naissance illégitime aux charges ecclésiastiques plutôt qu'aux honneurs militaires, il étudia le droit canon et le droit civil aux universités de Pavie et de Turin. Nous croyons qu'il doit être identifié avec le Claudius de Sabaudia qui figure en 1482 dans une liste d'étudiants de Pavie *. Ce fut alors qu'il eut pour maître le célèbre Giasone Del Maino, dont il parle lui-même avec grand respect 2.
De Pavie, Claude se rendit à Turin; mais nous ne savons dans laquelle de ces deux villes il fut reçu docteur es droits. Tl est certain qu'il possédait ce titre quand il fut appelé à succéder comme professeur à Jacopino da San Giorgio, que la maladie empêchait de continuer son enseignement (1487) ^. Ce fut alors qu'il composa son grand ouvrage juridique intitulé : Commentationes in VI
Voy. Bulletin italien^ I (1901), pp. 270-275. — Oq peut lui comparer aussi Jean de Monluc, évoque de Valence, à qui nous consacrons plus loin une notice.
* Cette liste, découverte par M. l'abbé Rodolfo Maiocchi dans les archives notariales de Pavie, nous a été obligeamment communiquée par lui.
' Niceron, XXIV, p. 322; Dufayard, p. 8. — D'après Parodi {Elenchus pHmlegiorum et actuum publici Ticinenns studii, 1753, in-4, p. 140), Giasone commença d'enseigner à Pavie en 1467. Il fut appelé à Padoue en 1485 et à Pise en 1487.
'Niceron, XXIV, p. 322; Tommaso Vallauri, Storia délie università degli studi del Piemonte, 1845-1846, I, p. 85.
partes Digestorum, cum Tractatu de fendis. Cet ouvrage n'était sans doute qu'un résumé de ses cours, car il valut à l'auteur une grande réputation avant même d'avoir élé imprimé *.
Combien de temps Claude de Seyssel professa-t-il à l'université de Turin ? Comment entra-t-il en relations avec le roi de France et quand passa- t-il les Alpes pour la première fois? Sur tous ces points l'on ne peut guère faire que des conjectures. Tl est probable qu'il dut à la faveur de la famille d'Amboise d'être distingué par Charles VIII. En 1498, « Claude d'Ais » (notre auteur ne prenait pas encore le nom de Seyssel), qui, le 20 juin 1496, avait été nommé conseiller du duc de Savoie et, le 10 novembre 1497, était devenu conseiller privé 2, passa brusquement au service du roi, et fut pourvu d'un office de conseiller au grand conseil ^.
A peine arrivé en France, Claude vil mourir Charles VIII (7 avril 1498); mais il obtint aussitôt toute la confiance du nouveau roi. Son expérience de jurisconsulte fut d'abord mise à protit dans le procès en divorce intenté à l'infortunée reine Jeanne de France (juillet-décembre 1498) *. Au mois de mars 1499, en compagnie du capitaine Robinet de Framezelles, il fut chargé par Louis XII d'une mission en Flandre, auprès de l'archiduc Philippe d'Autriche. Cette mission se prolongea jusqu'au mois de mai K Le 29 juin de la même année, il fut pourvu d'un office de conseiller lai au parlement de Toulouse ®.
• On ne connaît pas de ce livre d'édition antérieure à celle de Milan, Minuziano, 1508, in-fol. (Biblioth. nat. de Milan, ZG, 5. 6). Le Spéculum feudorum fut réimprimé à part en 1566.
* Dufayard, p. 9.
' Félibien, Histoire de la Ville de Paris, III, p. 569. — Nous savons par Claude de Seyssel lui-même que ce fut encore du vivant de Charles VIII, par conséquent avant le 7 avril 1498, qu'il entra au service de France. On voit que la nomination de notre auteur comme membre du grand conseil du roi suivit de bien près sa nomination comme conseiller privé du duc.
♦ R. de Maulde, Jeanne de France, p. 341; Procédures politiques du règne de Louis XII, pp. 944, 952.
" Léon-G. Pélissier, Louis XII et Ludovic Sforza, 1896, 1, p. 142.
* Biblioth. nat. nis. fr., 29185, dossier Seyssel, pièce 5 ; Dufavard, p. 10. * .
Claude ne put prendre possession de ce dernier poste * ; au lieu de se rendre à Toulouse, il accompagna le roi en Italie. Le 11 novembre 1499, il fut appelé à siéger au sénat de Milan p$rmi les membres français mêlés aux Italiens ^. Ce fut alors qge le libraire milanais Alessandro Minuziano lui dédia une édition des Epistolœ heroidum d'Ovide ^ Au mois de février 1500, Claude fut enfermé, avec nombre d'autres personnages, dans le château de Milan, pendant le siège de la ville *. Il tigura aux côtés de Georges d'Amboise, le 17 avril suivant, lorsque les Milanais firent entendre au cardinal-légat leurs doléances et obtinrent leur pardon ^ 11 eut alors l'occasion de rencontrer Jean L'ascaris, dont il allait bientôt devenir l'ami.
Claude passa probablement en France la fin de Tannée 1500 et une partie de l'année suivante. En 1501, il fut nommé administrateur de révêché de Lodi, dont le titulaire, Ottaviano Maria Sforza, venait d'être dépossédé ^. Le diplomate était-il déjà engagé dans les ordres? La question est douteuse. H était entré au sénat de Milan comme conseiller laïc; mais, dès 1503, Johann Burckhard dans son Diarium le qualifie de « clericus Lugdunensis diocesis » \
Au mois de juillet 1502, Claude fut chargé d'accompagner à Venise Anne de Caudale, comtesse de Foix, fiancée à Vladislas, roi de Hongrie ^ Au mois d'août, il suivit Louis XII à Gênes,
* Il toucha pourtant ses gages comme conseiller à Toulouse le 16 août 1501. (Biblioth. nat., ms. fr. 29185, dossier Seyssel, pièce 5.)
* L'ordonnance royale portant érection du sénat de Milan et nomination des membres de cette assemblée, l'appelle : « Claudius de Seyssello, in magno consilio nostro et parlamenlo Tolosano consiliarius noSter ». Voy. Léon-G. Pélissier, Documents pour l'histoire de la domination française dans le Milanais y 1891, p. 19.
^ Mediolani per.... Ambrosium de Caponago apud Alexandrum MinutianurUy 22 décembre 1499, in-fol. (Brilish Muséum. 11352. e).
* Jean d'Auton, Chroniques, éd. de Maulde, I, pp. 166-167; Léon-G. Pélissier, Louis XII et Ludovic Sforza^ 1896, II, pp. 155-156.
* Jean d'Auton, éd. citée, I, p. 362.
«Ughelli, Italia sacra, IV, 682; Dufayard, p. 15.
Claude toucha les revenus de l'évôché de Lodi jusqu'en 1512.
^ Johannis Burchardi Diariumy III, p. 269 ; Dufayard, p. 17.
* Marino Sauuto, Diarii, IV, col. 288. — La princesse et les personnages de sa suite arrivèrent à Venise le 31 juillet.
et celui-ci lui confia une mission à Bologne *. Il remplit une autre mission à Parme au mois de novembre suivant 2. De retour à Milan dans les premiers jours de décembre S il eut à s'occuper d'une affaire pendante avec les Vénitiens, celle des travaux à exécuter sur le cours de TAdda; il dut aller lui-même plusieurs fois à Lodi *. Gomme il était continuellement çn Italie, il fut remplacé au grand conseil de France par Pierre de Courthardy, qui allait bientôt devenir premier président du parlement de Paris ^
Au mois de février 1503, Claude se rendit en Savoie, auprès du duc Philibert, qu'il invita, de la part du roi, à venir à Lyon pour y rencontrer son beau-frère l'archiduc d'Autriche *. Nous ne savons s'il passa ensuite en France; mais, s'il y alla, il ne put y séjourner, car il suivit à Rome Georges d'Amboise, et fut le conclavisle du cardinal, lorsque celui-ci fut sur le point d'être élevé à la tiare (octobre 1503). Le 20 octobre, il n'était pas encore à Milan \ mais il s'y trouvait sans doute au commencement' de janvier 1504 ^ Par contre, dès le 12 de ce même mois de janvier, sa présence est signalée à Lyon, où il rend visite à l'ambassadeur vénitien en compagnie de Jean Lascaris ^.
Nous avons insisté sur ces dates parce que nous nous séparons 'des biographes de Glaude de Seyssel qui placent sa visite à Blois au mois de mars 1502; il ne put faire ce voyage qu'en
Louis XII était à Lyon au commencement de l'année 1504; il y contracta une grave maladie et se fit transporter par eau, de
* Les lettres de créance remises à Claude par le roi sont datées de Gênes le 31 août 1502. Voy. Jean d'Auton, ChroniqueSy éd. de Maulde, m, p. 82, note 1. — Cf. Marine Sanuto, Diarii, IV, coi. 375.
« Marine Sanuto, IV, col. 456, 473.
' Ihid., IV, col. 510, 5-H.
* Ihid., IV, col. 579, 590, 594, 643, 648, 659, 782, 848, 853.
* Dufayard, p. 11.
« Marino Sanuto, IV, col. 754.
' Joànnis Burchardi Diarium, III, pp. 269, 300; Jean d'Auton, Chroniquesy éd. de Maulde, III, p. 284. — Le 20 octobre, Marino Sanuto constate que Claude est absent de Milan (Dlarii^ V, col. 1921).
» Marino Sanuto, V, col. 709.
» Ihîd., V, col. 744.
Roanne à Blois,vers la fin de février. Jean d'Aulon, qui suivit le roi « pour savoir au vray des nouvelles * », énumère divers personnages qui se rendirent alors à la cour; il eût pu citer aussi Claude de Seyssel, qui, avec Lascaris, avait dû se joindre au cortège royal, et qui profila de la présence du célèbre humaniste pour visiter avec lui la bibliothèque de Blois. Charles Vlll avait enrichi sa collection des dépouilles de Florence et de Naples, et Louis Xil y avait ajouté les manuscrits enlevés au château de Pavie. Cette bibliothèque était un objet d'admiration pour tous les contemporains. Claude de Seyssel y vit pour la première fois des livres qu'il ne connaissait que de nom, et qui réveillèrent sçs goûts d'humaniste. Ce fut tout d'abord Xénophon qui l'attira. Sur ses instances, Lascaris se mit à traduire en latin le texte grec, et Claude entreprit, d'après la version latine, une traduction française qu'il présenta au roi au commencement de 1505. L'épître dédicaloire au roi Louis XH est un document de la plus haute importance pour la biographie du traducteur; aussi devons-nous en reproduire au moins les passages essentiels :
.... Ayant dès long temps entendu comme Xénophon d'Athènes..., entre plusieurs traiclés qu'il avolt faictz..., avoit escript une histoire du voyage que Cyrus, fitz au roi Daire de Perse, fist ou pays de Perse contre Arthazerscs, son frère..., me suis souvent cnquis se Ton trouvolt ce voyage par escript. Si ne l'ay jamais peu trouver jusqucs au mois de mars dernier que, vous estant en vostre ville a Bloys, sire, a vostre retour de Lyon, alay par vostre commandement veoir vostre tresmagnifique et tressingulierc librairie. Et avecques moy se trouva messire Jehan Lascary, homme tresexcellent tant en lectres grecques que latines, votre ambassadeur a présent a Venise S qui est natif de la cité de Constantinople, de moult noble et ancienne lignée; auquel, en recherchant aucuns livres cscriptz en langaigc grégeois, cheut entre mains icelle tiistoire composée par ledit Xénophon.... Si me déclara le
* Chroniques, éd. de Mauldc, III, p. 314.
* Lascaris arriva une première fois à Venise, chargé d'une mission spéciale, au commencement de juin 1503; il n'y séjourna que trois mois; il y revint, comme ambassadeur, au mois de novembre 1504. Voy. Emile Legrand, Bibliographie hellénique^ XV^ et XF/« siècleSyl^ pp. cxhv-cxlv.
contenu et la matière d'icelluy livre, que je trouvay belle et plaisante a merveilles.... Et considérant qu'elle estoit bien digne d'estre entendue et congncue par Votre Majesté..., pensay que plus agréable chose ne vous pouroye faire que de translater ledict traité en langaige françois et le vous présenter. Si priai ledit Lascary qu'il voulsist cette histoire me declairer et exposer en latin, afin que je la peusse de latin translater en françoys; lequel l'a tresvolontiers faict.... Une seuUe faulte pourra se trouver, sire, en la translation de ce livre, pour laquelle je redoubte que l'istoire ne vous semblera pas si plaisante; c'est que le langaige ne sera pas, espoir, si agencé et friant comme la matière requeroit.... Non pourtant, sire, prenés le en gré tel qu'il est, s'il vous plaist, et considérez que je ne suis pas natif de France, et n'y ay hanté, le tout comprins, que troys ans au plus \ tant au service et conseil du feu roy Charles ¥111^, vostre prédécesseur, que au vostre ; parquoy n'est pas a merveiller se je n'ai le langaige françoys bien familier; ains la pluspart de mon aage ay versé en Italie et eu aultre exercice que hystoires mesmement françoyses, comme bien sçavés....
11 faul croire que le roi fil bon accueil à la traduction de TAnabase, car Claude de Seyssel la lit suivre d'une série de traductions analogues, auxquelles il dut consacrer une partie des années qui s'écoulèrent après son retour en France.
Au mois de mars 1506, l'habile négociateur fut chargé d'une mission en Angleterre. Le roi venait d'annuler la promesse qu'il avait faite de marier Claude, sa tille, au jeune archiduc Charles d'Autriche; il s'agissait de donner avis à Henri Vil de celte importante résolution. Le diplomate repassa bientôt le détroit, laissant son collègue à la cour du roi Henri VII 2; mais il retourna en Angleterre, après la réunion des États de France
* On a vu ci-dessus que Claude avait passé en France l'année 1498 et environ la moitié de l'année 1499; qu'il y était probablement revenu à la fin de 1500; enfin il compte ici le séjour qu'il avait fait à la cour en 1504.
Biblioth. nat. ms. fr. 702 et 701; P. Paris, Les Manuscrits français, V (1842), pp. 382 et suiv.
* Vers le 20 avril lo06, le pape dit avoir appris par le cardinal de Cornelo que Claude a quitté l'Angleterre. Voy. une dépêche de l'ambassadeur Philibert Naturel au roi de Castille, en <jate de Rome, 18-22 avril. (Le Glay, Négociations diplomatiques de la France avec l'Autriche durant les trente premières années du XVI^ siècle, I (1845), p. 114).
à Tours (mai 1506), pour annoncer au roi les fiançailles de Claude de France avec François de Valois, héritier présomptif de la couronne. Il prononça en celte occasion une harangue latine qu'il fit imprimer aussitôt après dans le texte original et en traduction française *.
Henri VII apprécia les rares qualités de l'ambassadeur; il lui parla de la traduction de Xénophon, et le pria de lui en envoyer une copie, que Claude fit aussitôt exécuter 2.
Le 27 janvier 1507 (n. s.), l'infatigable diplomate rentra au grand conseil du roi ^; mais ce nouvel honneur ne changea rien à sa vie qu'il continua de partager entre les ambassades et les travaux littéraires.
Nous n'avons pas assez étudié les traductions entreprises par Claude de Seyssel pour pouvoir indiquer avec certitude l'ordre dans lequel elles se succédèrent. Ce fut vraisemblablement aussitôt après Xénophon qu'il aborda l'histoire d'Appien ; la version latine de Pietro Candido, qui lui servait de guide, offrait de nombreuses obscurités que l'assistance de Jean Lascaris * lui permit seule de dissiper ^
* Claudii de Seissello jurisconsulti, Chrislianissimi Ludovici XII. Francorum régis consiliarii et oratoris ad sereniss. et polenlissim. Anjçlie regem, Henricum septimum, Oratio in publiée convenlu ab eodem habita. S. L n. d. [Parisiis, Jodocus Dadius Ascensius, v. 1506], in-4. (Cat. Claudin, aoùt-oct. 1901, n^ 6.054).
La proposition et haren || gue translatée de latin en francoys par messire || Claude de seessel côseillier et ambassadeur du || roy trescrestie Loys douzième de ce nô au roy dan || gleterre Henry septiesme de ce nom pour le mari || âge de madame Claude de france. Auecques monsieur le duc de || Valois. S. l. n. d. [v. 1506], in-4 goth. de 6 ff. non chiffr. (Biblioth. Rothschild.)
La harangue a été réimprimée par Th. Godefroy, Histoire de Louis XII, etc.; Paris, 1614, pp. 205-236, in-4.
* Voy. l'épître au duc de Savoie contenue dans le ms. fr. 701. (P. Paris, Les Manuscrits français^ V, p. 389.)
' Arch. nat., K. 78, n^ il ; Biblioth. nat., ms. fr. 21104, fol. 38; Jean d'Auton, Chroniques, éd. de Maulde, I, p. 167, n. 1 ; Dufayard, p. 13 n. 4.
* Lascaris était à Venise, qu'il ne quitta que lors de la déclaration de guerre de 1509; il dut y avoir entre lui et Claude de Seyssel une active correspondance.
* Le ms. de la traduction d'Appien qui fut exécuté pour Louis XII est conservé à la Bibliothèque nationale (fr. 713 et 714).
Ce fut peut-être vers le même temps qu'il remania la traduction française de divers traités de- Sénèque, faite au XiV« siècle par Jean Courtecuisse *.
Au printemps de 1508, Claude fut chargé de poursuivre avec les Suisses une négociation difficile K Le 15 avril, il était à Genève, attendant les représentants des cantons 3; le 15 mai, il était à Berne *. A son retour de Suisse, il fut pourvu d'un office de maître des requêtes ordinaires de l'hôtel du roi; il prêta serment au parlement de Paris, le 13 novembre ^
L'année 1509 vit se former la ligue de Cambrai contre les Vénitiens, et le roi de France repassa les Alpes. Claude de Seyssel fut au nombre de ceux qui l'accompagnèrent dans cette campagne. Tout en allant de. ville en ville, il trouva moyen de traduire en français l'histoire de Justin. Il lit précéder sa version d'un « exorde » qui contient un plaidoyer des plus curieux en faveur de la langue vulgaire «.
On cite des éditions de Lyon, Antoine Constantin, 1544, in-fol. ; de Lyon, Jean de Tournes, 1557, in-16; de Paris. Jean Macé, 1559, in-8; de Paris, Pierre Du Pré, 1569, in-fol. ; de Paris, Nie. Donfons, 1573; in-8 ; de Paris, Abel L'Angelier et Pierre Du Pré, 1580, in-fol. Les trois dernières éditions sont augmentées de deux livres traduits par le seigneur Des Avenelles.
' Cet ouvrage ne parut qu'après la mort de notre auteur : Seneque, Les Motz dorez, des quatre vertus cardinales; composé par messire Claude de Seyssel. — [A la Hn : ] Imprimé a Paris par Simon Du Dois pour la veufve feu Antoine Verard, le.xxjour de apvril Mil.ccccc.xxvij. In-8 goth. — Réimprimé à Lyon, par Denys de Harsy, 1530, in-8 (Brunet, V, col. 281) et à Paris, par Alain Lotrian et Denis Janot, v. 1530, in-8 goth. (Cat. Ciaudin, juill. 1897, no 72023}.
* Ses lettres de créance étaient datées du 12 avril 1508. Un rappel de créance lui fut donné le 10 mai suivant. Voy. Éd. Rott, Histoire de la représentation diplomatique de la France auprès des cantons suisses, I (1901), pp. 110, 165.
^ Biblioth. nat., ms. Du Puy, 262, fol. 45 (lettre originale au trésorier Florimond Robertolj.
* Ibid., fol. 44 et 51 (lettres au roi et à Georges d'Amboise).
'^ Blanchard, Les Généalogies des maistres des requestes ordinaires de VtwsteVdu roy, 1670, in-fol, p. 244.
« Biblioth. nat., ms. fr. 715 (P. Paris, V, p. 416).
Les Histoires universelles de Trogue Pompée abbregees par Justin historien, translatées de latin en françois par Claude de Seyssel, evesque
La traduction des livres XVIII, XIX et XX de Diodore de Sicile suivit celle de Justin-. Ce fut de nouveau Lascaris qui fournit à l'auteur français une version latine du texte grec, que complétèrent des extraits de Plutarque *. Il en fut de même pour la traduction de Thucydide que le laborieux humaniste avait entreprise sur la version latine, parfois inintelligible, de Leonardo Bruni, dit Aretino 2.
Ces diverses traductions furent exécutées très rapidement. Dans les manuscrits présentés à Louis XII, Claude est qualifié docteur es droits, conseiller et maître des requêtes ordinaires du roi. Ce sont encore les qualités qui lui sont données sur le titre des Loucnges du roy Louys x)j« de ce nom % ce qui
de Marseille. A Paris, De l'Imprimerie de Michel de Vascosariy 1559. In-foi.
L'importance de la préface de Claude de Seyssel a été mise en relief par M. Fernand Brunot : Un Projet d* « enrichir, magnifier et publier » la langue française en i509. {Revue d'histoire littéraire, I, 1894, pp. 27-37.)
* Biblioth. nat., ms. fr. 712 (voy. P. Paris, V, p. 415).
L'Histoire des successeurs d'Alexandre a été imprimée en 1530 à Paris, par Josse Badius, in-fol. et réimprimée, en 1545, par P. Gaultier, po'.ir Jehan Barbé et Ci Garamont, in-16.
Voy. Ern. Coyecque, Josse Bade et les Traductions de Claude de Seyssel, dans ia Bibliothèque de V Ecole des chartes, t. LV (1894), pp. 509-514.
2 Biblioth. nat., mss fr. 17.211 et 17.212.
Jacques Colin, secrétaire de la chambre du roi, fit imprimer l'ouvrage par Josse Bade, à Paris, en 1527, in-fol. Il fut réimprimé à Paris, par Jehan de La Garde, vers 1530, in-fol.; à Lyon, par Françoys Juste, en 1534, in-4; à Paris, par Fr. Regnault, vers 1540, in-fol. ; à Paris, par Pierre Gaultier, pour Jean Barbé et CL Garamont en 1545, in-16; à Paris, par Jean Ruelle, en 1555, iii-16; à Paris, par Michel de Vascosan, en 1559, in-fol. La version de Claude de Seyssel fut mise ellemême en anglais et imprimée en 1550, in-fol (British Muséum, 585, i. 6).
^ Les louenges du roy || Louys xij^ de ce nom || Nounellemct composées en latin par'maistre Claude de sey |! sel docteur en tous droitz et maistre des requestes ordinaire de || Ihostel du Roy. Et translatées par lui de lalin en francois. || Cum preuilegio. S. l. n. d. [Paris, pour Ant. Verard, v, 1509J, in-4 <îoth. de 57 ft.
Biblioth. nat., véi. 2779 (exempl. de Louise de Savoie), vél. 2.780 'exempl. d'Anne de Bretagne), vél. 2.781 (exempl. du cardinal d'Amboise), vél. 2.776, 2.777, 2.778. Cf. Van Praet, Vélins du roi, V, p. 112.
Cet ouvrage, dont il ne semble pas qu'on ait retrouvé le texte lalin, fut reproduit sous le litre ùHistoire singulière du roy Loys xij. de ce
prouve que tous ces ouvrages furent achevés avant la fin de 1509.
Pendant celle année 1509, Claude déploya une surprenante activité. Il fut présent à la bataille d'Agnadel (14 mai) et nous en a laissé une relation *. Quinze jours plus lard, il se rendit à Ferrare, avec Tambassadeur de l'impérial, Mercurino da Gatlinara, pour demander au duc une avance d'argent K
Peu de lemps après, Claude apprit qu'il avait été élu évêque de Marseille. Le roi lui-même avait écrit aux chanoines, à la date du 4 juillet 1509, en les priant d'élire son protégé au siège devenu vacant par h mort d'Antoine Du Four, et, dès le Jl juillet, le désir royal avait été accompli ^.
On a vu que Claude était entré dans les ordres vers 1502; majs, ainsi qu'il l'avoue lui-même dans leproème de sa traduction de Thucydide, il ne s'était jamais occupé des choses ecclésiasti-
nom, père du peuple, faicte au parangon des règnes et gestes des autres roys de France ses prédécesseurs (Paris, Gilles Corrozet, 1558, in-8; Paris, Jacques Du Puis, 1587, in-8; Paris, Abraham PacarJ, 1615, in-4).
* La victoire du roy || Conlre les vcnicicns. || Cum imillegio régis. — [Au v« du titre:] Lexccllence z la félicite de la victoire q eut le trescreslien || roy de fràce loys .xil«. de ce nom dit père du peuple cotre les || veniclês au lieu apelle agnadel près la ville de caraua» en la II côtrec de giradadc au pays de lôbardie Lan de grâce mil ciq || ces z neuf le .xilii*. iour de may Côposoe p messirc claudedc|| soissel docteur en tous droictz/ cslcu de marsoille/ côseiller H z maistre des rcqueslcs ordinaires de Ihoslcl dudit scii^nr. — [Au V" du dernier f. :\ Cy fine ce presèt liure intitule la victoire du roy de fran\\ce contre les veniciens. Et a este achevé dimprimer le .xii^. \\ iour de may mil cinq ces z dix [1510]. Pour anthoine verard librai\\re demourant a paris deuant la rue neufue nostre dame a \\ lenseigne saint iehan leuangeliste. Ou au palais au pre\\mier pillicr..., ln-4 goth. de 47 ff*. non chiffr. de 32 lignes à la page.
Bibliolh. nat., v61. 2.776, 2.777, 2.778; Brilish. Muséum, C. 32. g. 5. Voy. Van Prael, Vélins du roi, V, p. HO ; Calai. Rothschild, 111, n» 2.655. L'ouvrage a été réimprimé par Th. Godcfroy, Histoire de Louis XII, 1614, pp. 241-336.
* Abel Desjardins, Xègoclutlons de la France avec la Toscane, II, pp. 34»), 35i, 369.
^ Ruffi, Histoire de la Ville de Marseille, 1696, in-fol., Il, pp. 33-34 ; Gallia christianay I, col. 666; Dufayard, p. 18; J.-H. Albanès Gallia christiana not/ssi/wa, Marseille (Valence, 1899, in-fol.), col. 514-517. — Le vicaire général, élu le même jour, fut Jean de Coreis, prolonôtaire apostolique, conseiller au parlement de Provence, et prévôt de Marseille. (Albanès, loc. cit., col. 517.)
ques *; aussi pensons-nous qu'il interrompit en 1510 ses travaux diplomatiques et s'occupa de la traduction d'Eusèbe 2.
Cette période de sa vie est d'ailleurs fort obscure. Les contemporains eux-mêmes, ignorant où se trouvait l'évêque élu de Marseille, accueillirent le bruit de sa mort et, le 15 janvier 1511 (n. s.), le chapitre lui donna pour successeur Hector d'Anglure, professeur de droit, archidiacre de l'église cathédrale ^; mais l'erreur ne tarda sans doute pas à être reconnue. Ce fut à la cour que Claude passa une partie de l'année 1511 *. Les bulles pontificales ne lui furent expédiées que le 3 décembre ^ Le 13 février 1512, il rendit hommage au roi pour le temporel de son diocèse S et, le 4 mars suivant, il en prit possession par lïntermédiaire de son procureur, Amblard de Gerbays, clerc du diocèse de Genève ^
Après deux ans d'un repos relatif, l'évêque de Marseille reprit ses voyages diplomatiques. Au mois d'avril 1512, il accompagna Pierre de La Guiche à Trêves, pour porter à l'empereur Maximi-
* « Et moy qui jusques a cesluy mien aage qui tend a vieillesse ne me suis encorcs acquitté en aucune charge que Dieu m'ayt donnée, mesmement en l'Eglise, ains ay employé tout mon temps es négociations temporelles et mondaines.... » Dufayard, p. 95, n. 5.
^ L'Histoire ecclesiatique, translatée de latin en françois par messire Claude de Seyssel. PariSf Geoffroy Tory, de Bourges, le xxi. jour d'octobre 1532. In-fol. — Il existe des réimpressions d'Anvers, par Martin l'Empereur, 1533, in-8 goth.; de Paris, par Gilles Corrozet, v. 1535, in-8 goth.; de Paris, chez Arnoul L'Angelier (ou Vivant Gaultherot), 1553 (ou 155i), in-8; de Paris, par Pierre Gaultier, 1560, in-16;.de Paris, par Pierre Gaultier, 1567, in-16.
' J.-H. Albanès, Gallia christiana novissima, Marseille, col. 518.
* Au mois de février il était à Blois (Le Glay, Négociations diplomatiques entre la France et l'Autriche, 1, p. 380) ; en juin il est à Grenoble {Ibid., I, p. '05). Le 27 juin 1511, Claude est à Chambéry et, se jugeant suffisamment pourvu des biens qui lui viennent de l'Église, il signe, en faveur de François-Philibert de Seyssel, baron d'Aix, de Louis, comte de La Chambre, et de Françoise de La Chambre, baronne d'Aix, un acte de renonciation à tous les droits qui peuvent lui appartenir comme fils « légitime et naturel » de Claude de Seyssel, maréchal de Savoie. (Comte de Loche, Histoire d'Aix-les-Bains, 1900, II, pp. 414- 418.)
» J.-H. Albanès, loc. cit., col. 520.
« Ibid., col. 521.
' Ibid.y col. 522, 524.
lien des propositions de paix universelle *. Au retour, il passa par Malines, espérant y voir Marguerite d'Autriche; mais la princesse, toujours hostile au roi et à ses représentants, trouva des prétextes pour ne pas recevoir Tambassadeur 2.
A peine Claude était-il revenu à la cour qu'il fut investi d'une mission particulièrement délicate, celle de rétablir les bons rapports du roi avec les Ligues suisses, qui avaient rendu stérile la victoire de Ravenne et tenaient les troupes françaises en échec dans l'Italie septentrionale. L'ambassade confiée, au mois de mars 1512, à Louis de Longueville, marquis de Rothelin, à Raoul de Lannoy et à Imbert de Villeneuve, avait échoué. L'évêque de Marseille voulut agir avec plus de prudence; il s'établit sur le territoire savoyard et poursuivit la négociation avec les Cantons par l'intermédiaire d'agents secondaires. Malgré l'intervention officieuse de la princesse d'Orange, les représentants des deux pays ne purent s'entendre. Les confédérés, poussés par le pape, l'empereur et la république de Venise, émirent des prétentions inacceptables. Louis de La Trémoïlle, Imbert de Villeneuve, Gaucher de Dinleville, seigneur de Polisy, et Jehan de Baissey, arrivés en Suisse au mois de janvier 1513, assistèrent, avec l'évêque de Marseille, aux diètes de Lucerne (15, 25 février, 15 mars, l^"^ avril); mais ils durent abandonner la partie. La Trémoïlle quitta Lucerne à la fin d'avril; ses collègues le suivirent au mois de mai ^
* Lettre d'Andréa Dal Borgo à Marguerite d'Autriche, en date du 4 avril 1512, n. s. (Le Glay, Négociations, I, p. 486.)
2 Voy. la lettre de Claude de Seyssel à Marguerite, ap. Le Glay, I, p. cvij, en note.
^ Il faut voir le détail de cette négociation dans le beau livre de M. Edouard Rott. Histoire de la représentation diplomatique de la France auprès des cantons suisses, 1 (1900), pp. 179-186.
Nous possédons un certain nombre de dépêches relatives aux négociations de Claude avec les Suisses ; en voici l'indication :
Claude de Seyssel au roi (Gex, 4 juill. 1512) : Biblioth. nat., ms. Du Puv 262, fol. 61.
Le même au roi (Chambéry, 10 juill. [1512]) : ibid.y fol. 46.
Messieurs de Berne à Cl. de Seyssel (17 juill. [1512]) : archives de l'Etat à Berne, Missiven G 369.
Cl. de Seyssel à Pierre de La Guiche (La Bastie d'Aix, juill. [1512]) : ms. Du Puy 262, fol. 59.
A peine de retour à Lyon, Tévêque de Marseille fut chargé par le roi d'une nouvelle ambassade en Italie. Il dut se rendre à Florence pour y exposer la politique française et assurer la seigneurie de Tamitié du roi, puis à Ronrie, où il devait faire savoir au nouveau pape Léon X que Louis XII, renonçant au concile de Pise, voulait vivre en bonne intelligence avec le Saint-Siège et tâcher de déterminer le Souverain Pontife à moyenner l'accord avec les Suisses.
Claude, qui avait quitté Lyon à la fin de juin, était à Lucques le 13 juillet; il y trouva un serviteur de son ami Jean Lascaris, que celui-ci lui envoyait par ordre du pape avec des lettres *. Il fut obligé contre son gré de s'arrêter pendant deux jours dans cette ville pour y attendre ses bagages; mais le 17 juillet, au matin, il était à Florence. En étudiant l'histoire de ces ambassadeurs qui parcouraient le monde sans trêve ni arrêt, on est saisi d'admiration pour l'infatigable énergie que déployent ces hommes de fer. L'évoque arrive à Florence; sans songer à prendre un instant de repos, il se hâte de remplir sa mission.
Le même au roi (Gex, 5 avril 1512) : ibid., fol. 50.
Le même à la princesse d'Orange (même date) : ibid., fol. 41.
Le même aux ambassadeurs du duc de Savoie (môme date) : ibid., fol. 42.
Le môme au trésorier Florimond Robertet ^Genève, 10 août [1512]) : ibid.y fol. 58.
Sébastien Ferryer, [trésorier de Milan], à Cl. de Seyssel (Chivasso, 30 août, 4 sept. [1522]) : ms. Du Puv 261, fol. 63, 61.
CI. de Seyssel au roi (Lyon, 5 sept. [1512]) : ms. Du Puy 262, fol. 54.
Le même à Louis de La Trémoïile (Thonon, 15 sept. [1512]) : ibid., fol. 38.
Le même au roi (Thonon, 19 sept. [1512]) : ibid., fol. 43.
Le même au trésorier Florimond Robertet (même date) : ms. Du Puy 263, fol. 6.
Le même au même (Genève, 15 avril [1513]) : ms. Du Puy 262, fol. 45.
Le même au roi (Borne, 15 mai [1513]) : ibid., fol. 44.
Le même au cardinal-légat Georges d'Amboise (même date) : ibid., fol. 51.
Le même au roi (Lyon, 23 juin [1513]) : ibid., fol. 52.
Le même au trésorier Florimond Robertet (Lyon, 24 juin [1513]) : ibid., fol. 52.
* Lettre de Claude de Seyssel au roi (Lucques, 14 juill. 1513) : ms. Du Puy 262, fol. 39.
Il se présente devant les représentants de la seigneurie et prononce devant eux, en italien, un discours qui est une œuvre de haute rhétorique. 11 engage ensuite avec les Florentins une importante conversation diplomatique, puis il trouve le temps d'écrire au roi et à divers autres personnages S et se dispose à repartir le lendemain matin.
Voici en quels termes Claude écrit au roi :
Sire, a ce matin suis arrivé en ccste ville et m'a esté impossible faire plus grande diligence pourtant que mes gens, chevaux et cariages que j'attendoyc dès jeudi a Luques ^ n'arrivèrent jusques a vendredi bien tard, tous debiffez et une partie boiteux pour le mauvais païs qu'ilz ont trouvé par ces montagnes de Gennes, qui est le pire du monde, a ce que chascun dit, joint quelque dcstourbicr qu'ils ont eu en passant, en manière qu'il m'a esté force prendre en partie nouveaux chevaulx et muletz audit Luques jusques icy, et d'icy encore en prens jusques à Romme, et si fais grant doubte que ceulx que j'ay retenus des miens ne me puissent mener jusques la ; mais pour cela riens ne me retardera, car je m'en partiray demain matin et n'arresteray nulle part, sinon par aventure demy jour a Sene pour présenter a celle seigneurie les lettres que leur escripvez et leur dire la créance selon les occurrens.
« Sire, ce mesme jour, environ vespres, ay esté mandé venir devers la Seigneurie et, la, en présence du confalonicr ' et d'autres du conseil, ay proposé suivant ma charge ce que verrez par le double de madite proposition que je vous envoyé cy enclose, laquelle, a mon advis, leur a esté bien agréable, et mesmement le dernier article, sur lequel m'ont fait ireshumblc response qu'ilz ont voirement esté desplaisans du cas advenu a Novare a voz gens *, et sont tresjoieulx qu'il ne soit pas tel que on leur avoit donné entendre du commencement, comme ceulx qui se tiegncnt pour estre François, et plusieurs autres paroles... * »
* Il y a dans le ms. Du Puy 262, fol. 56, une lettre de l'ambassadeur à Andréa Gritti, à Venise, lettre datée du même jour.
* Claude était venu par mer jusqu'à Pietrasanta, d'où il avait facilement gagné Lucques.
* Le gonfalonier pour juillet et août 1313 était Giovanni Berardi.
* La défaite de Novare, qui avait porté un si terrible coup aux armées françaises, remontait au 5 juin précédent.
«^ Biblioth. nat., ms. Du Puy 262, fol. 48.
Le texte du discours italien prononcé par Tévêque de Marseille nous a été conservé ; c'est ce morceau qui nous a permis de le ranger parmi les Français qui ont écrit en italien. Non seulement Claude manie la langue avec une parfaite aisance, mais il s'exprime avec une gravité tout à fait appropriée aux circonstances :
Ce que dit M. Claude Seyssel, eveaque de Marseille, a messeigneurs de Florence :
Magnifici et potenti signori. El Cristianissimo Re, mio patrone et vostro vero et fidèle amico et confederato, reputando ogni vostro bone et acrescimento essere comune a Sua Maeslà per la antiquissima, imo perpétua, amicilia e conjunctione quale è stata in ogni tempo et occurentia tra la Corona de Franza et questa vostra magnifica et excelsa cita et repubblica, essendo acaduto per divina providentia quella cosa laquale poteva più cedere a la gloria et exaltatione d'epsa vostra insigne cita et patria, cioè la promolione fellicissima del nostro sanctissimo papa Leone X, et avendome designato per oratore da Sua Santità, si per fargli reverenlia in nome suo, como anche per tractar alcune cose pertinente al ben comune et a la quiète de tuta la Cristianità, me a expresse commandato et comesso che, passando per quà me dovesse congratulare et congaudere per parte sua cum le Magnifîcentie Vostre di questo vostro fclicissimo successo et incremento, el quale Sua Maestà judica et repu ta essere a lei comune et non mancho suo che vostro, non solo per la rasone sopradeta de la coniunclione quale è tra lui et voi et per lo amore peculiare vi porta, ma etiam per allre rasone più particulari perô chè se Dio ha mandato la sorte uno vostro conterraneo et concive sia stato ellecto a la suprema sede el al trono divino in terra. Sua Maestà existima chel sia acaduto ad uno de la sua propria fameglia et casa de Franza, essendo già molti anni passati la magnifica et splendida casa de' Medici illustrata per la felice memoria del re Ludovico XI» suo predecessore de 11 gloriosi et victoriosi insignii et zigli de Franza, puri et senza alcuna differentla, come li porta el Re solo et non altro, et per lettere et publici documenti in persona del magnifico quondam et sapientissimo Lorenzo de' Medici, padre secundo la carne del prefato nostro sanctissimo signore, quelli d'epsa casa et fameglia de' Medici nominati cusini et parenti, et cussi quodam modo adoptata et infulta nel sangue reale di Franza tuta epsa casa de' Medici, maxime el prefato magnifico Lorenzo et li soi descendenti ; in modo chè, essendo al présente sublimalo a questo suprême grade di dignité
î. — CLAUDE DE SÉYSSEL 17
humana, imo prope divina, epso noslro signore, se vede li Ire zigli di Franza, quali sono venerati et reverili per l'uni verso mondo, inserti Ira le palle de' Medici, decorati et obombrati de la thiara papale, cosa che forse mai più non fo vista qua avanti; per il chè li pare essere rasonevole che questa vostra inclita cita et rep. se debia tanto congralulare et congaudere cum sua Maestà quanto epsa Maestà con le Magnificentie Voslre
Nous ne reproduirons pas la suite du discours ; nous en donnerons seulement la conclusion :
« Queste particularità me ha imposte Sua Maestà significar a le Magnificentie Vostre, corne a soi vcri e fideli amici et quelli quali in ogni tempo et occurentia hanno persévéra to ne la fede et dévotion di Franza et maxime nel tempo del suo felicissimo regno, a ciô non si smariscano tropo del caso inesperato acaduto a li soi, ne si desperano in tuto ne in parte de la potcntia et providentia de Sua Maestà, anzi, perseverando in quella Voslra sincera amicicia et confederatione, como è certa [sic] farete, stiate de bona voglia expectando meglior successo in brevi cum lo aiuto de quelle summo Dio dal quale solo dépende ogni et Victoria et altra aclione humana » *.
Nous ne savons si Tévêque de Marseille passa par Sienne en se rendant à Rome; toujours est-il que, le 23 juillet 1513, il fit son entrée dans la ville éternelle par la porte située près de Saint- Pierre *. La mission qu'il avait à remplir auprès du pape était particulièrement délicate. Le roi, depuis ses démêlés avec Jules II, était toujours sous le coup de l'excommunication; il s'agissait de calmer le Saint-Siège en reniant le concile de Pise et en adhérant à celui de Latran; mais il fallait faire ces concessions sans porter atteinte à la dignité du roi. Claude obtint ce résultat par un traité signé à Rome le 6 octobre ^. Le 18 dé-
* Biblioth. nat., ms. Du Puy, 45, fol. 113.
* Journal d*un habitant français de Rome (1509-1540), dans les Mélanges d'archéologie et d*histoire publiés par VEcole française de Rome, XXII (1902), p. 276.
' Ce traité fut signé par le cardinal Federigo San Severino, protecteur des affaires de France, Claude de Seyssel (« Ciaudius, electus
18 î. — cLaûdê De seysseL
cenqbre suivant, il lui à la huitième session du concile de Latran une déclaration conforme à la teneur du traité *.
Nous n'entrerons pas dans le détail des négociations poursuivies h Rome par notre prélat. Après avoir conquis les bonnes grâces de Léon X qui tout d'abord s'était montré mal disposé à son égard, il s'efforça d'obtenir par l'intermédiaire du pape le rapprochement tant désiré avec les Suisses, rapprochement qui seul pouvait permettre à la France de se maintenir en Italie. Le diplomate non seulement sut tenir tôle aux Espagnols, mais il réussit à changer les sentiments du Saint-Père, auprès de qui on le voyait à toute heure 2. Il lui avait fallu surmonter pour cela bien des difficultés : il avait même eu, à ce qu'il semble, des querelles avec le. cardinal Federigo San Severino, protecteur des aff'aires de France ^
Léon X rendit lui-môme à Claude de Seyssel, le 13 juin 1514, un témoignage solennel d'estime dans une lettre adressée au roi Louis Xil, lettre dont la rédaction était due à Pietro Bembo*.
Massilicnsis ») et Louis de Forbin, seigneur de Soliers. Il fut confirmé par le roi le 26 octobre. Voy. Du Mont, Corps universel diplomatique, IV, I. pp. 175-176.
» Dufayard, p. 24.
* L'ambassadeur florentin Baldassarre Turini écrit de Rome le 18 avril 1514 : « Nostro Signore, vistosi lassalo indietro da Spagna da un tempo in quà, comincia a prestare orechie a queste cose di Francia, e ad ogni ora lo ambasciadore francese è con Sua Santità, e lo ausculta volentieri, che prima non ne voleva sentir parlare. » Ab. Desjarains, Négociations j II, p. 613. — Diverses correspondances nous montrent avec quel soin jaloux l'évêque de Marseille surveillait les menées des Espagnols. Voy. les dépêches de Marco Dandolo, ambassadeur vénitien en France, auxquelles renvoie Dufayard (p. 25), une lettre de Claude de Seyssel au roi, en date de Rome, 29 juin 1514 (ms. Du Puy 262, fol. 60), et une dépêche de l'ambassadeur florentin en France, en date de Poissy, 24 juillet 1514 (Ab Desjardins, loc. cit., II, p. 649).
^ Ab. Desjardins, Négociations, II, p. 668.
* « Allatum ad Nos est Tibi a certis hominibus insusurratum fuisse Claudii, episcopi Massiliensium designati, legati Tui, curam alque operam Nobis gratam non nimium esse ; quàe sane res eo Mihi gravior atque moleslior accidit, quod cum illum ob ejus doctrinam, ingenium, probitateni, multum semper amaverim, postea quam is ad Me, ut legatum Tuum ageret, Romam venit, nihil ipso Tui amantius, nihil ardentius vidi, nihil plane Tuis in rébus omnibus tractandis atque administrandis diligentius, accuratius, laboriosius illo fuit : quod quidem certe me illi
î. — CLAUDE DE SEYSSEl lÔ
De son côté, l'évêque de Marseille dédia au souverain pontife un traité mystique inspiré de certains passages de Tévangile selon saint Luc, et Léon X Tencouragea vivement à terminer Touvrage *.
eliam devinxit arctius.... » Epistolarum P. Bembi Libri XVI (Argenlorati, 4611, in-8), p. 169; Le Glay, Négociations diplomatiques ^ I, 1845, p. ix, en note; Dufayard, p. 25.
Le pape avait du reste accordé à Claude de Scyssel diverses faveurs. Le 12 septembre 1513, il l'avait nommé chanoine et grand-archidiacre de l'église de Bourges (J.-H. Albanès, Gallia christiana novissima, Marseille^ col. 526). A la demande du prélat, il avait, le 21 février 1514, sanctionné l'érection en collégiale du prieuré de Notre-Dame d'Aix et approuvé les statuts et constitutions de ladite collégiale (voy. la bulle dans VHistoire d'Aix-les-Bains du Comte de Loche, II, pp. 418-426). L'acte de promulgation, daté d'Aix le 9 avril 1518 [ibid., pp. 431-456), porte que le pape a slalué « ad supplicationem reverendi in Christo patris ac domini domini Claudii de Seyssel, episcopi Massilliensis et tune pro christianissimo Francorum rege apud eumdem sanctissimum dominum patrem nostrum oratoris. «
* La première partie de l'ouvrage parut à la fin de l'année 1514 :
Claudii Seysselii Ëxplanalio in primum caput Euangelii diui Lucae. Parisiis in aedibus lodoci Badii Ascensii, 1515. — [A la fin :] Finis quarti et vltimi Tractatus Reu. in Christo Patris et oratoris clarissimi D. Claudii Seysselii Marsilien. Episcopi in primum caput Euangelii Lucae secundum sensum moralem, in Chalcographia Ascensiana ad nonas lulii MDXIV [1514]. Deo gratias.... In-4 de 2 fiF. lim. et cxviii flF. chiffr.
Les ff. lim. contiennent : le titre ; une épître adressée à Claude de Seyssel par Guillaume Petit, de l'ordre des Frères-Prêcheurs, confesseur du roi, en date du 6 des ides de décembre (8 décembre) 1514 ; une épître dédicatoire de l'auteur au pape Léon X.
Bibtioth. Magliabecchienne ti Florence (exempl. imprimé sur vélin pour le pape Léon X). Voy. van Praet, Cat. des livres impr. sur vélin qui se trouvent dans des biblioth. particulières, I, 1824, p. 53, n» 111.
L'ouvrage, complété à la demande du pape, reparut en 1518 : Tractatus de triplici statu via- 1| toris ; Ex tribus Lucae capitibus per ampliss. An || tistitè Claudium Seissellum Sabaudi || ensem. tune episcopum Massiliensem : NQc || Archiepiscopum Taurinensem.... Venundantur Taurini in aedibus Nicolai || Benedicti sub signo diui Christophori. — [A la fin :] .... Taurini \\ Nicolaus Benedictus :8cAntonius Banotus [sic] chalcographie typis œreis \\ cudebant : Anno ab uirginei partus unigena. M. D. XVIIl [1518]. || Men. Maii, xx. In-fol. de 12 fï. lim. et 212 ff. chiffr., car. rom.
Le titre contient deux distiques latins de Jehan de Brème, un extrait du privilège octroyé par Léon X, et un renvoi à une lettre du pape, imprimée au fol. xliiij « qua... hortatus est reveren. ipsum episco-
Claude venait de rentrer en France quand Louis XII mourut (1" janvier 1515). Le prélat ressentit profondément la perte de son protecteur; mais la faveur du nouveau roi ne pouvait lui manquer. Il passa près de François I" les deux premiers mois de l'année : le 25 janvier il assista au sacre qui eut lieu à Reims; le 4 février il fut présent à l'audience accordée par le roi à Mercurino da Gattinara, ambassadeur de Marguerite d'Autriche*; mais bientôt après il quitta la cour et alla prendre possession de son évêché de Marseille (1" avril) 2.
. En même temps que Claude s'initiait personnellement aux affaires de son diocèse, il ne négligea pas de faire sa cour au roi en faisant exécuter pour lui un beau manuscrit d'un de ses ouvrages 3.
Au mois de janvier 1516, l'évoque fut présent à l'entrée de François I®' à Marseille. Le roi eut l'occasion d'aborder avec lui l'examen de certaines questions politiques. Claude sentit aussitôt se réchauffer son zèle pour les affaires publiques, et, répondant au désir exprimé par le roi, il rédigea en un mois un traité qui contenait ses vues sur le gouvernement : La grant Monarchie de France *.
pum inchoatum opus, valut chrislianae reipublicae perquam utile, absolvere ».
Au vo du titre est l'épître de frère Guillaume Petit, en date du 8 décembre 1518.
Biblioth. nat., Inv. A . 1200. — British Muséum, 3225. ff. 8. — M. Pellechet, Catalogue des livres de la bibliothèque d'un chanoine d*Autun : Claude Guilliaud (Paris 1890, in-8), p. 183.
* Le Glay, Négociations diplomatiques, II (1844), p. 42.
* Voy. l'acte dinslallation ap. J.-H. Albanès, Gallia christiana novissimay Marseille, col. 527.
^ Le manuscrit déjà cité de la traduction de Xénophon (Biblioth. nat., fr. 701).
* Le livre ne parut que trois ans plus tard :
La grant monarchie de France c5 || posée par missire Claude de Seyssel lors eues || que de Marseille et a présent Archeuesque de || Thurin adressant au Irescrestien Francoys premier || de ce nom. || Cum priuilegio Régis. — [Au v° du dernier f. :] Cy finist la Monarchie de france Imprimée a || Paris pour Regnault chauldiere libraire demou- \\ rant en la rue saint lasques a lenseigne de Ihomme \\ sauuaige. Et fut acheue de Imprimer le .xxi. iour \\ de luillet lan Mil cinq cens dix neuf [1519]. Auec le pre-||uilege du Roy nostre sire/ comme il appert au
Peu de temps après, Claude quitta Marseille où il ne devait plus revenir. Il fut chargé d^une mission à la cour de Savoie, et se rendit à Turin. II se retrouvait ainsi dans son propre pays, car tout en servant le roi de France, il n'avait jamais cessé de considérer le duc de Savoie comme son « naturel seigneur », le tenant au courant de toutes choses, l'éclairant de ses conseils et l'aidant de son influence. Le rôle joué alors par Tévéque de Marseille embarrasse fort ses biographes K 11 ne pouvait être d'accord avec François I"; mais était-il poussé par Louise de Savoie, propre sœur du duc, ou cédait-il à Tentraînemenl de son patriotisme personnel? Nous ne pouvons guère faire ici que des hypothèses. Ce qui est certain, c'est que, au moment où le roi faisait tous ses efforts pour recouvrer le duché de Milan, Claude, son ambassadeur, ne craignit pas de pousser le duc de Savoie à s'en emparer lui-même. Il lui exposa, dans un discours dont nous possédons le texte, le moyen de réaliser cette acquisition à son profit 2.
pre- Il inier feuillet de ce présent liure. In-4 de 8 ff. lim. et 68 ff. chiffr., car. golh. (Biblioth. nat., vél. 2.809). ^
L'ouvrage fui réimprimé à Paris, par Denys Janot, en 1540 et 1541, in-8; par Galliot Du Pré, en 1557 et 1558, in-8. A ces réimpressions est jointe La Loy salicquey première loy des Francoys, traité composé avant 1469, et dont l'auteur est inconnu.
Une traduction latine de La grant Monarchie fut donnée par J. Philippsohn, dit Sleidan : Claudii Sesellii de republica Galliae et regum officiis Lib. Il, Jo. Sleidano interprète, Argentorati, in aedibus Rihelii, 1548, in-8, et réimprimée en 1562, en 1608 (avec les Opuscula de Sleidan) et en 1626.
Une version allemande {Vom Ampt der Kônige und Regierung des Gemeinen Nutzes in der loblichen Kron Frankreich) parut, en 1572, dans le Regentenbuch de Georg Lauterbach, et fut reproduite avec le même recueil en 1579
Une version italienne, dont nous ne connaissons pas l'auteur, {La grande Monarchia di Francia, composta da monsignore Claudio de Seyssel, allhora vescovo di Marsilia), est restée inédite (Biblioth. nat., ms. ital. 1275).
* Voy. Dufayard, pp. 27-28. — M. A. Jacquet {Le sentiment national au XF/° siècle : Claude de Seyssel, dans la Revue des questions historiques, t. LVII, avril 1895, pp. 400-440) ne parle pas du discours de 1516.
* Voy. Il Discorso di monsignor Claudio di Seyssel sopra Vacquisto di Milano nel 1516, publié par Domenico Carulti [Storia délia diplomazia délia corte di Savoia, pp. 527-546; Memorie delta Reale Accade-
Ce discours, quoi qu'on ait pu dire, ressemblait fort à un acte de trahison; aussi Claude ne rentra-t-il pas en France; il trouva le moyen de rester en Savoie. L'archevêque de Turin, Gio Francesco Délia Rovere, était mort vers la fin de Tannée 1515; le pape Léon X lui avait donné pour successeur le cardinal Innocenzo Clbo; mais le duc Charles intervint avec tant d'insistance auprès du souverain pontife que celui-ci décida Cibo à permuter avec l'évêque de Marseille. Il fut convenu toutefois que l'archevêché de Turin reviendrait au cardinal après la mort du titulaire. Claude ne reçut les bulles pontificales que dans le courant de l'année 1517 *. Il continua d'administrer provisoirement le diocèse de Marseille pour le compte de son successeur 2.
Notre prélat n'était pas homme à s'endormir tranquillement sur son siège. A peine y fut-il installé qu'il voulut témoigner de son zèle religieux en combattant l'hérésie des Vaudois. Il réussit à en convertir quelques-uns par son éloquence ou ses promesses; mais ces premiers succès ne lui sufïirent pas. Il se rendit lui-même au milieu des montagnards; il y passa les mois d'août et de septembre 1517, et, bien qu'il fût frappé de la vie exemplaire de ces pauvres gens, il entreprit de les convertir de gré ou de force. Le duc Charles lui alloua cinquante écus par mois pour contribuer à l'accomplissement de cette pieuse besogne. La croisade n'amena pas la conversion des Vaudois, mais elle donna au prélat l'occasion d'un important ouvrage de controverse ^.
mia délie Scienze di TorinOy série II, iom. XII : Scienze morali, storiche e fllologiche (Torino, 1863, in-4), pp. 46-68. — Le discours est écrit en français.
* Dufayard, p. 28. — Les bulles sont datées du 3 juin 1517 (C'« de Loche, Hhtoire d'Aix-les-Bains, II, pp. 427-429). Le pape avait, la veille, accordé des indulgences à ceux qui assisteraient à la première messe de l'archevêque {ibid., p. 426).
* Lettres d'Innocenzo Cibo, instituant Claude de Seyssel son vicaire général, en date de Rome 29 août 1517 (J.-H. Albanès, Gallia christiana noinssimay Marseille, col. 529).
'R. P. Claudii II Seysselli Archiepiscopi || Taurinensis aduersus || errores et sectam || Valdensium Dispu- || tationes per- || quam erudi || tae ac II piae. || Prostant in œdlbus Reginaldi Chauldiere Bihlio \\ pol3e hOestissimi, î via lacobaea, sub signo hoîs siluestri [ou : Prostant in
Claude était de retour à Turin au mois de novembre 1517; mais il n'y resta que peu de temps. L'année suivante, il accompagna le duc de Savoie à Berne, à Lausanne, à Genève, et s'efforça d'y arrêter les premières prédications des Réformateurs *. Son zèle pastoral se montra encore dans trois traités de la Providence divine qui s'imprimèrent à Paris tandis que le traité moral tiré d6 l'Evangile de saint Luc se réimprimait à Turin a.
œdibus lohannis parut Bibliopolœ ho- \\ nestissimi via lacohœa, sub signo IJlij aurei], Cum priuiiegio. — [Au v® du dernier f. :] Parisijs. M. D. XX (1520^. ln-4 de 12 ff. linj. et 90 ff. chiffr., lettres rondes.
En tête du volume est une épître de Nicole Bérault à Eslienne de Poncher, archevêque de Sens, puis vient la table.
Le privilège, daté du 3 avril 1518, est accordé à Regnauld Chauldière pour trois ans.
Bibliolh. nat., vél. 1781 et D 5815 (exempl. au nom de Chauldière); — M. Pellechet, Catal, de Claude Guilliaud, 1890, p. 183, no 370 (exempl. au nom de Jehan Petit).
Une traduction française parut peu de temps après : Disputalion contre les erreurs et secte des Vaudois... A Lyon, par Pierre Mareschal, s. d. {v. 1520), in-4. Il y en a un extrait dans l'ouvrage suivant :
La Doctrine des Vaudois représentée par Cl. Seyssel, Archeuesque de Turin, et Cl. Coussord ; avec notes dressées par lacques Cappel. A Sedariy De l'Imprimerie de I. lannon, 1618. In-8. (Biblioth. nat., D« 4169.)
* Dulayard, p. 30.
' Claudii Seysselli, Archiepiscopi Taurinensis, de diuina Prouidentia Tractatus très. Parisiis, in œdibus Reginaldi Chaudierey 1518. In-4.
En tête de ce volume est une épître adressée à Gaston de La Marthonie, évoque de Dax, par Blas Madronct, de Scgura de Léon (Securianus), qui raconte que l'ouvrage lui est tombé entre les mains. Ce personnage était professeur au collège de La Marche. On a de lui une déclamation intitulée Quot et quam [gravia] ex cruentissimis preliis pullulant incommoda^ qu'il dédia au même évêque de Dax en juillet 1519 (Paris, Regnault Chauldière, in-4 : Biblioth. nat., Rés. p. X. 38), et une épître à Geoffroy de Pompadour, archidiacre de Périgueux, en tête de la Sphaera de Proclus, imprimée par Gilles Gourmont, à Paris, vers 1520.
Cette dédicace est suivie d'une épître adressée à Claude de Seyssel par frère Francesco Licheto, de Brescîa, « ordinis minorum regularis observantige, totius ordinis sancti Francisci generalis minisler »>, épître datée de Brescia, 1518.
Biblioth. nat., Rés. D 9940 et D 3629. (Dans- le second exemplaire un passage de la dédicace, au bas du f. 1 v®, a été remanié.)
Une traduction française [Le Traicté de la Providence^ etc.) parut
Tant de travaux avaient épuisé la robuste constitution du prélat, et il était devenu vieux avant l'âge. Le dimanche 27 mai 1520, dans son palais archiépiscopal de Turin, il fit son testament en présence de Giovanni de Groniis, archiprêtre de Verceil, docteur es droits, de Francesco di Borgaro, officiai de Turin, et de plusieurs autres de ses familiers *. On voit par ce testament que Claude laissait deux filles naturelles, nées alors qu'il n'était que simple clerc : Antonine, légitimée par le duc de Savoie et mariée, le 20 juin 1508, à Marins d'Arenthon, co-seigneur d'Alex, trésorier en Genevois, et Agnès, légitimée, elle aussi, et mariée à Gio. Giacomo Ticioni, fils de Giorgio Ticioni, conseiller et chambellan du duc. Le prélat pourvut aux besoins de ces filles et des enfants d'Antonine (Agnès n'avait pas de postérité) : il fit aussi diverses libéralités en faveur de sou église, des églises de Lodi et de Marseille, du Mont-de-piété qu'il avait fondé à Turin, etc. Il mourut le 30 mai suivant. Frère Thadée de Lyon, lecteur et prédicateur du couvent des Augustins de Turin, qui l'avait assisté à ses derniers moments 2, prononça son oraison funèbre ^.
Ainsi que nous l'avons vu, l'éducation de Claude de Seyssel avait été entièrement italienne. Bien qu'il soit le plus fécond des auteurs français de son temps, il avait éprouvé au début quelque difficulté à manier l'idiome national. Nous avons peine à
vers le môme temps chez Jehan Petit, à Paris, s. d., in-4 de 65 fï. (Brunel, V, col. 329).
Nous avons cité ci-dessus les diverses éditions du Tractatus de triplici statu viatoris.
* Le 6 octobre 1514, Claude avait obtenu du pape la permission de disposer par testament de ses biens jusqu'à concurrence de 10.000 ducats d'or. Voy. Loche, Histoire d'Aix-les-Dains, II, p. 183.
Le testament est conservé en minute dans les archives archicpiscopalos de Turin {Protocollo Perrachia) ; il en existe une copie à la Bibliothèque nationale (ms. fr. 4 332, fol. 62). Ce document a été imprimé in extenso par M. le C*e de Loche (toc. cit., II, pp. 456-470).
* Voy. Tarte de décès de Claude de Seyssel, ap. Loche, Histoire d'Aixles-BainSy II, p. 471.
^ Cette oraison funèbre, prononcée en latin dans l'église Saint-Jean, a été imprimée d'après un manuscrit de Turin, par M. le marquis de Seyssel-Cressieu {Histoire de la maison de Seyssel, I, pp. Ii9-lii2].
comprendre qu'on ait eu la pensée d'étudier dans sa prose, d'ailleurs vivante et colorée, les menus détails de la syntaxe *.
Claude aimait passionnément les études : ce fut l'un des hommes qui contribuèrent le plus à établir entre la France et Tllalie ces relations littéraires qui furent si fécondes et se prolongèrent jusqu'à la fin du XVI« siècle.
* Die Anwendung des Arlikels und ZahUvortes bel Claude de Seyssel. Nebsl einer Einieilung ùber Seyssel's Leben und Werke. Inaugural. Dissertation von Haas Modlmayr. Kempten, 1890. In-8.