‹ Les Français italianisants au XVIe siècleChapitre 55 sur 67 · XIII. — JÉRÔME MAURAND · texte numérisé non relu

XIII. — JÉRÔME MAURAND

la Reale et l'aliro Santo Pietro. Vi vene in sua compagnia il S®' Leone Strozzio, gran prior di Capua, con 3 soe galère, la prima, sua capitania, la sua patrona chi[ajmata la Columba, di la quale Bagio Martelli * Fiorentino era capitanio, la Icrza, la Guideta, e di quella il capitanio era Guideto Fiorentino ; et una nave ragosea, chiamata Taboga, garica de vivere per le galère franceze. Havea il S' ambasciatore in sua compagnia molti capitani et gentilbomini. Li primi sonno questi : il S' Gaspart de Castelana, signore d'Entrecaste[a]uls, al présente conte de Grignan S il révérend o prothonotario di la Guardia, parente dil signore ambasciatore \ il signore d'Aramon *, il signor Baltramo de Udeno,

* Baccio di Alessandro Martelli, né en 1511, fut un des patriotes qui, en 1530, défendirent la liberté de Florence. Il entra en 1534 au service de François l^^, qui lui donna une galère et le plaça sous les ordres de Leone Strozzi. Après la mort de Strozzi, il fut général des galères de France lors des expéditions contre la Corse et des guerres de Sienne. Après la paix de Câteau-Cambrésis, il passa en Savoie, puis il retourna en Toscane, où il mourut en 1564. Voy. Litta, Famiglie celebri italiane.

Ce passage d'un pays à un autre ne laissait pas que de présenter quelques dangers, comme le montre le fait suivant.

Pandolfo Délia Stufa, envoyé par le duc de Florence vers le duc de Savoie au moment de la naissance de Charles-Emmanuel (12 janvier 1562), dit à Emmanuel-Philibert que, si les Français ne rendaient pas les places de Savoie, il lui offrait le moyen défaire prendre Marseille, « per mezzo di Baccio Martelli, che a servito lungamente i Francesi in quel luogo al carico délie galère di Francia, ed ora è générale delle sue ; il quale con le dipendenze e con la pratica grande che ha del luogo, diceva bastargli l'animo di pigliarlo, avendo la comodità del contado di Nizza »>. (Relation de Sigismondo Cavalli, ap. Eugenio Albèri, Relazioni degli ambasciatori veneti al senato, Ser. II, vol. Il, 1841, p. 44.)

Cf. Abel Desjardins, Négociations, III, pp. 291, 249, 255, 283; Charrière, Négociations, II, p. 737.

En 1563 Baccio publia les Rime et Lettere de son frère Vincenzo. On trouve des lettres de lui dans le ms. fr. 15871 de la Bibliothèque nationale, fol. 159 et 307.

* Gaspard II de Castellane, seigneur d'Entrecasteaux, fut substitué au nom et aux armes des Adhémar de Monteil, à la mort de son oncle Louis Adhémar de Monteil, comte de Grignan, en 1557. On voit par cette simple mention que Maurand, qui avait commencé d'écrire ce paragraphe sous le règne de François I*"", l'a remanié vers la fin du règne de Henri II.

* Estienne Déodet, dit le protonotaire de La Garde, fut élu évéque de Grasse en 1568 ou 1569, fut sacré le 30 novembre 1573 et mourut au mois d'août 1588. Voy. Léon Dorez, loc. cit., p. 31.

* Gabriel de Luetz, seigneur et baron d'Aramon et de Valabrègues, était né vers la fin du XV^ siècle. Dépouillé de ses biens par Guillaume de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, il se rendit en Italie. En 1541, il

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conte di Marran *, il signor Cesaro Friapani *, Romano, il cavalière de Beines *, il S' cavalière de La Gabissa *, il S' Albano Ylio, Anglese *, medico et doltissima persona, frà Giraut, locotenente del S' ambasiatore •, il S' Dei ^ thesau[ra]rio de monsignor reverendissimo il cardinale

était à Venise auprès de l'ambassadeur de France, Guillaume Pellicier, évêque de Mag^uelonne. Celui-ci lui confia plusieurs entreprises secrètes. Il faut voir dans l'introduction dont M. Ch. Schefer a fait précéder son édition du Voyage de M. d'Aramon, par Jean Chesneau (Paris, Leroux, 1887, in-8), le récit des diverses missions que Gabriel remplit à Constantinople.

* M. Léon Dorez {loc. cit., p. 32) a très heureusement identifié ce personnag^e avec Francesco Beltramo Secchia, d'Udine, qui était un des agents français à Venise en 1540 et qui, le 15 mars 1541, reçut de François I«' des lettres de noblesse.

* Il faut probablement lire Frangipani. — Giovanni Frangipani avait représenté la France à Constantinople en 1525 (Charirère, Négociations, I, pp. 2, 114, 117, 120); mais celui-ci appartenait sans doute à la branche croate de la famille, car des lettres du roi du 18 juillet 1526 l'appellent « Frankapen » (Cat. des Actes de François /«^ V, n^ 18729).

* Probablement le chevalier de Bène, d'Arles, commandant d'une galiote, à qui le baron de La Garde fit un paiement le 1«' avril 1545 (n. s.). C'est lui vraisemblablement qui est appelé plus tard le commandeur de Beynes. Voy. Léon Dorez, loc. cit., p. 32.

* Le nom de La Gabissa paraît avoir été altéré. M. Dorez croit qu'il faut lire Albizzi. Ce serait alors Carlo degli Albizzi, dit le chevalier d'Albisse, qui, au mois de mai 1553, fut envoyé à Alger, avec deux galères (Charriôre, Négociations, II, p. 261). En juin 1563, cet Albizzi commandait à Rouen {Lettres de Catherine de Médicis, II, p. 56). En juin 1571, il était à Bordeaux et se qualifiait « chevalier de l'ordre du roi et capitaine d'une de ses galères » (Jal, Dictionnaire critique, 2û éd., p. 11). Il mourut à Paris, paroisse Saint-Eustache, au mois de janvier 1580 [ibid.).

» Alban Hill, originaire du pays de Galles, exerça plus tard à Londres avec succès. Il mourut le 22 décembre 1559. Voy. Dictionary of national Biography, edited by Leslie Stephenand Sidney Lee, XXVI (1891), p. 390.

* Pour ce personnage, M. Léon Dorez hésite entre Philippe Giraud du Broc, grand prieur de Saint-Gilles, et le capitaine Gabriel Girault, sergent d'armes de la langue d'Auvergne. Ce serait plutôt le premier.

' Les Dei paraissent avoir possédé une maison de banque à Lyon dès le commencement du XV1« siècle. En 1521, il y avait dans cette ville les héritiers de Piero Dei et Carlo Dei (Biblioth. nat., ms. fr. 2961, fol. 104). Un protonotaire Dei fut fait maître des requêtes par Catherine de Médicis, qui, au mois de janvier 1552, le recommanda au duc de Florence, en même temps qu'au frère dudit protonotaire nouvellement marié à Florence {Lettres de Catherine de Médicis, I, p. 622). En 1601, Anne Dei est qualifié écuyer, seigneur de Novion-le-Comle (Biblioth. nat., ms. fr. 27482, dossier Dey),

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di TornoD, il S' Johani Peroto, drogomani di sua Maestà Gristianissima apresso dil Grand signore, et molto altri gentirhomini et capitani.

» Il signor prior di Gapua haveva anchora luy parechi gentilhomini fiorentini, tra ii altri il signor Pompeo, flgliollo naturale del signore Pietro Strozzi^ il signor Bachio Martelli.

» Vedendo io che Toportunità se presentava in potere havere Tintento da me tanto desiderato, ricor(rs)8i a certi mei patroni et signori, per mezzo de li qualli il signore ambasciatorc me presse al suo servitio et fece suo elemosinario. Montato adonche nel porto de Tinsula di Santa Margarita in su la galera Riale, soppra di la quaie andava il S^* ambasciatore, che fu ali 23 di magio del 1544, il giorno sequente, il 24 del ditto, a le doe hore de matin, invocato il divino adjuto, al mare se fidamo, et, calato li remi, certe galeote turchesche erano andate inantî per avantiguardia, discopriteno 20 galera di Janetino Doria * nel golpho di Rochabruna... »

Nous n'essaierons pas d'analyser la relation de Maurand. Notre ami, M. Léon Dorez, en a fait une publication complète; il y a joint, non seulement une traduction, mais les vues, d'un art très naïf, et très consciencieux, dont le voyageur avait orné son texte :

Itinéraire de Jérôme Maurand d'Antibes à Constantinople (1544). Texte italien publié pour la première fois, avec une introduction et une traduction, par Léon Dorez. PariSy Ernest Leroux, éditeur, 28, rue Bonaparte, 28, [Le Puy-en-Velay, imprimerie Mégis Marchessou.] M D CCCC I [1901]. Gr. in-8 de 3 fî., Ivij et 378 pp., plus 20 planches.

Recueil de Voyages et de Documents pour servir à V histoire de la géographie depuis le XI 11^ jusqu'à la fin du XV/* siècle,.,,

Maurand, nous l'avons vu plus haut, s'intéressait aux antiquités et recueillait les inscriptions latines ; il ne pouvait pas manquer de faire quelques recherches sur l'histoire des Turcs. Il avait transcrit un ancien livre, probablement la Généalogie du Grand

* Ge bâtard du maréchal Strozzi fut tué, près de Porto Ercole, en 1554. (L. Dorez, toc. cit., p. 33.) ' Giannettino Doria, neveu et fils adoptif d'Andréa. Il fut tué en 1547.

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Turc, de Spandugino Cantacuzène S et se proposait de le joindre à sa relation. La perte de cette copie chagrina vivement notre auteur ; mais le lecteur moderne n'a pas à la regretter, l'itinéraire ayant seul une valeur originale. Voici ce que Maurand dit à ce sujet. Le passage mérite d'être reproduit; il nous apprend que l'aumônier du baron de La Garde fut pendant un temps au service de Guillaume Pellicier, dont le siège avait été transféré de Maguelonne à Montpellier.

« Mi parrebe, carissimi lettori, la descriptione di Constanlinopoli essere nulla si io non vi fesa memoria de le exordio et principio di la casa othomana, non obstante che rintento mio non era sollo de farne una subsinta memoria, ma escriverela a longo, corne io l'avea copiata de uno libreto qualle habi in presto dal signor Johani, gentilhomo peroto et drogamano de la Maestà Christianissima, il quale se ne retornô di Franza in Constanlinopoli in su la galera Riale et ne presi la coppia a la vigna fora di Pera uno migiio, ove il signor oratore con tuta la sua corte era fugito per la crudelissima peste quale era in Constanlinopoli et Pera. Ma nel 1561, essendo io al servitio di monsegnor reverendissimo Guiglelmo de Pelisicr, episcopo di Monlpelier, dottisimo homo, li présentai questo mio Itinerario, insieme la dila Genealogia, soltomelendolo a la corettione di sua reverenda segnoria, et perché omnia nova placent, da qualqueduno al quale non potea dire di non, di l'uno et di Taltro la vision me fu demandata. Dapoi che Yltinerario me fu restituilo, Irovai mancarvi et esser esta(ta)gliata la ditla Genealogia, che me dete une grandissima perturbatione el fastidio a rispirito, et causô che tanlo tempo ho tenulo questo mio Itinerario senza mandarlo fora, non obstanle che da moite persone nobile el segnalate ne fuse riqueslo, el espetialmenle da[l] magnifico signor Jo. Paulo Justiniano in Lione, et ullimamenle dal ^... [?] »

Jérôme donne alors sommairement la généalogie des sultans et

* L'ouvrage de Spandugino fui imprimé en français sous le litre de Généalogie du Grand Turc, 1519 el 1556. Le texte italien {Commentarj) ne fut publié qu'en 1551 ; mais il en avait été fait depuis longtemps des copies manuscrites. Voy. Petit Traicté de V origine des Turcqz, par Théodore Spandouyn Cantacazin, publié et annoté par Ch, Schefer (Paris, Leroux, 1896, in-16).

» Fol. 214 V0-21S ; — éd. Dorez, pp. 250-252.

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conduit ses notices historiques jusqu'à la bataille de Lépante, (7 octobre 1571). Après celte dij^ression, il reprend son récit et nous apprend qu'il avait quitté Constantinople avec Tambassadeur, le 8 septembre 1544. Le manuscrit de Carpentras est incomplet de la fin ; mais le dernier feuillet, daté de 1572, se retrouve, nous Tavons dit, dans un recueil de la Bibliothèque nationale.

Nous ne savons rien de précis sur Maurand après celte date ; il est probable qu'il ne survécut que quelques années à la transcription de son itinéraire.

L'évêque de Montpellier était mort depuis le 26 janvier 1568, et ce fut sans doute en Provence que le voyageur termina ses jours, tout en recueillant les inscriptions de l'antique Antipolis.

Jean de Carie, second président du parlement de Bordeaux (1519-1526), eut de sa femme, Jacquetle de Constantin, trois fils qui furent des hommes distingués : Pierre, reçu conseiller clerc au parlement de Bordeaux le 22 novembre 1531, président en la même cour le 3 avril 1554, mort en 1566; Lancelot, qui embrassa rétat ecclésiastique, et François, sieur de La Roquette, élu maire de Bordeaux en 1571 *. Nous ne nous occuperons ici que du second.

Lancelot de Carie naquit sans doute vers 1500. Il est probable qu'il étudia en Italie, comme tous les jeunes gens qui se proposaient de suivre la carrière des ambassades; nous n'avons cependant pas rencontré son nom au cours des recherches que nous avons faites à Padoue, à Bologne et à Pavie. En 1535, il devait être à Paris, où il fit connaissance de Ma rot et des autres poètes de ce temps-là; ce fut alors qu'il rima le Blason du genoil, le Blason du pied, le Blason de l'esprit, le Blason de Vhonneur et

* On peut consulter sur ce personnage sa vie écrite par Guillaume Colletât et savamment annotée par notre regretté ami, Ph. Tamizey de Larroquc. Voy. Vies des poètes bordelais et périgourdins, par Guillaume Colletety de ^Académie française, publiées, d'après le manuscrit autographe du Louvre, avec notes et appendices, par Philippe Tamizey de Larroque (Paris, A. Claudin ; Bordeaux, Ch. Lefebvre, 1873, in-8), pp. 5-50. — Ce volume forme le t. IV de la Collection méridionale.

* Notes de Tamizey de Larroque sur CoUetet, p. 22.

le Blason de la grâce, qui figurent, en 1536, dans le recueil des Blasons anatomiques, à côté des œuvres de Jean de Vauzelles, de Maurice Scève, d'Antoine Heroët de La Maison Neufve, d'Albert Le Grand, de Victor Brodeau, d'Eustorg de Beaulieu, de Michel d'Amboise, de Clément Marot, de Claude Chapuys, de François de Sagon, de Charles de La Hueterie et de Jomet Garei *. Il n'est pas ténïéraire de penser que Lancelot ne se bornait pas à rimer des poèmes badins. Peut-être travailla-t-il alors à cette traduction de VOdyssée d'Homère dont Jacques Pelletier nous a conservé le souvenir 2. Ce qui permet de le penser c'est une épigramme de Gilbert Ducher, qui vante la science du jeune auteur :

Ad Ladisfaum Carleum,

Quando sis dives, quando formosus itemque

Doctus, indicio sunt tua scripta satis.

Si Junonis opes, Veneris si forma, Minervae

Si doctrina quoque est, Cariée, cujus eris ?

Cette pièce ne fut imprimée qu'en 1538, mais elle était sans doute un peu antérieure à cette date ^

Au printemps de 1536 Lancelot accompagna, en qualité de secrétaire, Antoine de Castelnau, évêque de Tarbes, chargé d'une mission en Angleterre *. Ce prélat quitta Paris à la tin d'avril de cette année ^ et ne rentra en France que dans les derniers jours du mois de mars 1538 *. Nous ignorons si notre

* Les Blasons anatomiques paraissent avoir été composés pour la plupart à la fm de 1535 ou au commencement de 1536. Ils ne parurent qu'en 1539 et en 1540 à la suite de VHecatomphile traduite de Léon Battista Alberti. Ils furent imprimés à part en 1543 et 1550.

* Voy. La Croix du Maine, éd. Rigoley de Juvigny, II, p. 22.

^ Gilberti Ducherii Vultonis Aquapersani, Epigrammaton Libri duo (apud Seb. Gryphium Lugduni, 1538, in-8), p. 11.

* CataL des actes de François /e', III, n<»1669.

* Vinstruction pour messieurs de Tarbe et [Jean de] Dinteville est datée du 29 avril 1536. Voy. Correspondance politique de MM. de Castillon et de Marillac, ambassadeur de France en Angleterre (1537- 1532), publiée par M. Kaulek, 1885, p. 1.

* Ibid.y p. 32.

jeune poète passa en Angleterre ces deux années complètes ; mais il y était certainement au début de la mission confiée à Castelnau. 11 fut témoin de la mort tragique d'Anne Boleyn (26 mai 1536), et il nous en a laissé une relation dans un curieux poème daté du 2 juin suivant *.

A son retour en France, Lancelot paraît avoir séjourné à la cour et s'y être fait connaître. Il portait le titre de protonotaire, titre qui s'achetait alors à Rome pour peu d'argent; mais, bien qu'il appartînt à l'Eglise, il ne craignait pas les divertissements profanes. C'était, au dire de Brantôme, un danseur intrépide. « Du temps de ce grand roy [François 1"] », rapporte l'historien, « on ha veu le prothenotayre Carie, de Bourdeaus, despuys evesque de Ries, sçavant et grand personnage, avoyr emporté la resputation en son jeune temps d'estre le milleur danceur de gaillarde qui fust en la court ^ ».

On peut attribuer à cette période de la vie de notre auteur la traduction du premier livre des Amours de Théagène et Chaviciée ^ traduction offerte par lui à François 1", et qui ne fut

* Le poème de Lancelot de Carie nous a été conservé par plusieurs manuscrits de la Bibliothèque nationale (fr. 2370, 10194 et l'ancien 5934 qui a disparu). A la fin d'un manuscrit de Valenciennes (Cat. de Mangeart, n^ 400), on lit : Fait et composé par Antoine de Crespin^ escuyer, seigneur de Mihervé, ce qui a fait croire à M. Le Roy qu'il s'agissait d'un autre ouvrage {Archives du Nord de la France et du Midi de la Belgique^ nouv. série, V, 1844, pp. 361-370) ; mais le nom de Crespin n'est peut-être qu'un pseudonyme. Une édition, signée du véritable auteur, parut en 1545; en voici le titre :

Epistre || contenant le || procès criminel || faict a lencontre || de la Royne || Anne Boullant || D'angleterre. || Par Caries Aumosnier || de Monsieur le || Daulphin. || /J^i^g^g ) Il On les vend a Lyon, près nostre jj Dame de Confort. \\ M. D. XLV [1545]. In-8 de 47 pp., lettres rondes. (Biblioth. nat., Ye. 3668. Rés. - British Muséum, 11474, a.)

Les manuscrits de la Bibliothèque nationale ont seuls servi à l'édition donnée par Crapelet [Lettre de Henri VJII à Anne de Boleyn, avec la traduction, précédées d'une notice historique sur Anne de Boleyn; Paris, 1826 et 1835, gr. in-8).

* Brantôme, éd. Lalanne, IIl, p. 134.

* Le premier Livre d'Heliodore, de Vhistoire d* Ethiopie, translaté de grec en françois par Carie, joli petit volume habilement calligraphié et recouvert d'une reliure au chifiFre de François I^r (Biblioth nat, ms. fr, 2143).

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sans doute jamais achevée *. Peut-être savait-il que Jacques Amyot se proposait, lui aussi, de mettre en français le roman d'Héliodore et céda-t-il le pas à son concurrent ^. Amyot dut à sa traduction Tabbaye de Bellosane : il serait curieux que son devancier eût dû à la traduction du même ouvrage le titre d'aumônier du dauphin, titre qu'il prend, en 1545, au-devant de son poème sur Anne Boleyn, et l'abbaye de Calers, au diocèse de Rieux.

Lancelot cultivait surtout la poésie. Il faisait des vers latins, italiens et français. Nous n'avons pu retrouver aucune pièce italienne signée de lui ; mais le témoignage de Joachim Du Bellay est formel, et nous donne le droit de faire figurer le poète bordelais parmi les Français italianisants. Voici un des sonnets que lui adresse l'auteur de V Olive :

Docte prélat, honneur de la Garonne, Caries, à qui le vif entendement, Les hauts discours, le divin jugement Ont mis au chef la plus belle couronne.

Soit que ta main divinement façonne Un vers latin, qui tombe rondement. Soit un toscan qui va plus lentement, Soit un françois qui doucement resonne,

Inspire moy ceste divine ardeur Pour dignement célébrer la grandeur De ceste docte et gentile princesse,

* Le premier Livre des ^Ethiopiques d'Héliodore, translaté de grec en trançois par Lancelot de Carie, évêque de Riez, et publié pour la première fois, avec une introduction, par Paul Bonnefon, de TArsenal. — Extrait de l'Annuaire de TAssociation pour l'encouragement des études grecques en France, année 1883. Bordeaux, Paul Chollet, libraire-éditeur, 1883. In-8 de 40 pp.

^ VHiatoire œthiopique de Heliodorus, traduite par Amyot, alors professeur à l'université de Bourges, parut pour la première fois en 1547. Yoy. Catal. Rothschild, II, n^ 1483.

Ou pren plustost ceste charge sur toy, Puisque le ciel t*a donné plus qu'à moy De jugement, d'esprit et de sagesse ^

Les poésies de Lancelot circulaient en manuscrit, et si nous n'en connaissons qu'une partie, nous pouvons du moins constater qu'elles lui valurent l'estime de ses contemporains.

En 1547, Jacques Pelletier, du Mans, lui dédie sa traduction du Second Livre de l'Odyssée d'Homère *. Il lui dit dans une épigramme qui suit ce fragment :

C'est bien raison, Carie, que je te cède L'œuvre que j'ay comme toy commencé.

Ta plume en temps et style me précède, Joint que tu es plus que moy avancé :

Tu ne devras pourtant estre offensé Si mon labeur tel qu'il est je publie.

La connaissance que Lancelot avait de la langue italienne le désignait tout naturellement pour remplir des missions en Italie.

Un des premiers actes de Henri II, monté sur le trône le 31 mars 1547, fut d'envoyer son aumônier à Rome pour y travailler à la réconciliation de la France avec le pape '. Il portait des instructions à François de Rohan, seigneur de Gyé, et à André Guillard du Mortier, et devait négocier de concert avec eux. Nous n'entrerons pas dans le détail de négociations qui sont sans intérêt pour nos études ; il nous suffira de renvoyer à l'histoire de J.-A. de Thou.

En quittant Rome, le prolonotaire reçut l'ordre de passer par

* Ode sur la naissance du petit duc de Beaumont, fils de monseign. de Vandosme, roy de Navarre, par J. D. B. A. (Paris, Fed. Morcl, 1561, in 4). fol. Ciiij. — L'ode est de la fin de 1553 (Henri IV, qui porta d'abord le titre de duc de Beaumont, était né le 13 décembre 1553). Les sonnets qui suivent sont de peu postérieurs.

« Voy. Catal. Rothschild, I, n» 699.

' On voit par ces vers que la traduction entreprise par Lancelot devait être bien antérieure à celle de Pelletier; aussi avons-nous émis ci-dessus l'opinion qu'elle appartenait au même temps que les Blasons,

Venise et de mettre la Seigneurie au courant de ce qui avait été fait avec le Saint-Siège. Nous apprenons par les dépêches de Tambassadeur Jean de Morvillier qu'il arriva à Venise le 5 juillet 1547 et qu'il avait déjà quitté la ville le 25 du même mois *. Il rentra directement en France, et la faveur dont il jouissait auprès du roi lui permit de solliciter quelques avantages pour Morviilier ^,

Pietro Aretino, que Lancelot avait certainement vu à son passage à Venise, sut de quelle faveur jouissait l'envoyé royal. Deux ans plus tard, il crut pouvoir se rappeler à lui par une de ces lettres de sollicitation éhontée qu'il avait coutume d'adresser à tous ceux qui approchaient les princes. Voici celte épitre peu connue :

« A monsignor di Caries.

« Par saper io che in la securtà da me hora presa in lo scrivervi, più teste son par ritrarna lauda che ripransiona, ecco che vi scrivo, imparochè il riverira chi n'è degno è uffitio di tutti coioro che conoscono chi si dava calabrar con la penna, nonchè commendar con la lingua, con ciô sia che la parole di quasta son di miner mémento che le carte di quella. Yita et fama permana nella becca de gli inchiestri et in vanità et in ebliviene cenvertiscensi la vece [sic] dalle fayelia,si che i persenaggi ceme vei grandi et semmi debbano, peichè Iddie gli ha fatte cencedere dalla buena fertuna favori et gradi, tener più cura di ciô che importa al nome che di quel che desidera l'essere, awegna che mai in se non muere chi in vertu d'altri rinasce. le non parie in cetal materia per incitar Veslra Signeria a cosl fare, cen ciô sia che non altramente per lai fassi, ma par un certe medo di dire he ciô dette, et ance mi è parse di entrare in simil discorse per causa de gli andari del monde, i quali sole celui perversane che più devriene esservare ; onde non è tanta centrarietade tra la infelicità et la béatitude, quante tra la invidia et il

* Baguenault de Puchesse, Jean de Morviilier, 1870, in-8, pp. 394, 396, 398, 399.

Giovanni Délia Casa, qui était alors nonce à Venise, parle aussi des négociations poursuivies par Lancelot, qu'il appelle Ciarle et Carlo. Voy. Lettere d'uomini illustri conservate in Parma, vol. I [ed unico], 1848, pp. 198, 199, 201.

* Baguenault de Puchesse, pp. 408, 409.

merito, tal che non basta ail' huomo Tesser tufW et délia bonlà et délia vertu; si è Tuna et Taltra percossa dalla tempesta della malilia et délia ignoranza. Et perô chi si procaccia l'amistà de gli scrittori non pur lascia herede de la propria nominanza, dell' alterezza et del ricordo, ma conferma il suo présente stalo nel credilo dell' honore et nella reputatione della gratia ; per la quai cosa prégovi che moviate la solita di voi mansuetudine a ricevere la divotion mia in la maniera che di continuo andate ricevendo l'altrui. Ricevetela, o spirito non meno gentile che chiaro, con quella sorte di carità cui il di me cor ve la porge, et quando sia che a voi, della del re Maestà consigliere, per gloria del vostro ritrovarsi della di Ici Screnilà limosinario, venisse in animo di ricompensare la di me volontà retta, in tal dono et offerta, convertite, o di ciascun che a voi ricorre prottetlore, la lealtà di cos\ pronto affetto in una mercede che ricordi ail' Altezzadi Henrico et alla Serenità di Caterina ch'io sono délie loro attioni predicatore et délie sue corone sorvo ; che senza forse ciô facendo, le promesse fattemi da si magnanima reina et da si mirabile monarca si risolveranno in effetti. Di novembre, in Vinclia. M. D. XLIX *. »

Henri 11 ne tarda pas à donner à Lancelol une marque tout à fait probante de sa bienveillance. L'aumônier du roi fut fait évoque de Riez. Le pape Jules III lui délivra ses bulles le 28 septembre, bien qu'il ne fût que simple clerc. Il le maintint même en possession de Tabbaye de Calers. Les bulles furent enregistrées parle parlement de Provence le 8 juin 1551 ^,

Les grandeurs valent à Lancelot de nouveaux hommages. Pontus de Tyard ^ Olivier de Magny *, Pierre de Ronsard S

' Lettere di M. Pietro Aretino, 1609, V, fol. 215, yo— 216.

* J.-H. Albanès, Gallia christiana novissima, I (1899, in-fol.), col. 630. ^ Continuation des Erreurs amoureuses, lool, p. 64.

* Hymne sur la naissance de madame .Marguerite, 1353, fol. biij w^, ^ Ronsard dit dans son Hymne au roy, en parlant de Jupiter :

S'il se vante d'avoir un Apollon chez luy, Tu en as plus de mille à la cour aujourd'huy : Uu Carie, un Saint Gelais, et je m'ose promett-c De seconder leur rang, si tu m'y daignes mettre. {Hymnes, 1555, in-4, pp. 25-26; éd. Blanchemain, V, p. 74.) Une pièce contenue dans le même recueil, Les Daimons, est dédiée à l'évêque de Riez {Hymnes, p. 101 ; éd. Blanchemain, V, p. 122). En 1559, dans VEcloguey ou Chant pastoral f-ur les nopces de mon-

Joacliim Du Bellay* font de lui un poète illustre; Jean de Maumont parle de lui comme d'un puissant protecteur ^; Michel de L'Hospital lui adresse des vers ' ; enfin (et c'est là l'hommage le plus curieux) Ange Vergèce lui dédie une édition du Pœmander d'Hermès ïrismégiste, et lui adresse à cette occasion une longue épître grecque *. D'ailleurs Lancelot savait aussi distribuer la louange ; c'est ainsi qu'il consacra une épitaphe au jurisconsulte Emilio Ferretti, mort à Avignon le 14 juillet 155*2 ^

seigneur Charles, duc de Lorraine, et de madame Claude, Ronsard, qui se met en scène sous le nom du berger Perret, s'exprime ainsi : Mon Ballot, il est vray que les pasteurs d'icy M'estiment bon poète, et je le. suis aussi, Mais non tel qu'est Michau, ou Lancelot, qui sonne Si bien de la musette aux rives de Garonne.

(Éd. Blanchemain, IV, p. 60).

Michau désigne ici Michel de L'Hospital.

En 1560, dans ï Elégie à Guillaume Des Autels sur le tumulte d*Amboise, Ronsard dit que trois poètes seulement ont élevé la voix en faveur des catholiques contre les proleslants : Lancelot de Carie, Des Autels et lui. (Édition Blanchemain, VII, p. 40,)

* Nous avons déjà cité les sonnets de Du Bellay imprimés à la suite de VOde sur la naissance du petit duc de Beaumont. Il est parlé encore de Carie dans les Regrets, 1558 (éd. Liseux, 1876, p. 86).

* Voy. l'épîlre qui précède la traduction de S. Justin par Jean de Maumont, 1554. Ce fut encore l'évêque de Riez qui, au mois de novembre 1560, donna l'ordre au même Jean de Maumont, de la part de la reine- mère, de publier la traduction française des historiens grecs. Voy. le début de l'épître placée en tête des Histoires et Chroniques du monde tirées, tant du gros volume de Jan Zonoras.... que de plusieurs autres... script eur s...., par Jean de Maumont (Paris, 1^61, in-fol.).

' Michaëlis Hospitalii Carmina, 1732, in-8, pp. 51, 120.

* *Ep(jLOu Tou TpKTfxeY^ff'cou noifxàvSpYjç. 'AtrxXrjTctou ''Opoi xpoç "AfjLfjLova BadtXea. — Mercurii TrismegisU Pœmander, seu de potestate ac sapientia diuina. iEsculapii Definitiones ad Ammonem regem. Typis regiis. Parisiis M. D. LIIII [1554]. Apud Adr. Turnebum typographum regium. Ex Priuilegio Régis. -— [A la fin :] Excudebat Parisiis GviL Morelius Anno M. D. LIIII. iO. Cal. Aug. ln-4 de 4 flf. non chiffr., 103 et 126 pp.

Le titre est suivi d'une longue épUre d'Ange Vergèce : Toi do^oiTaTo) xal XoyiWTaTw AayxiXtotw KàpXw xal aiSsdtfxtoTaTw Itcktxotcw 'Prjyiewv. Cette épître a été reproduite par Emile Legrand dans la Bibliographie hellénique des XF« et XVI° siècles (1885), I, pp. 292-296.

* En tête des Praelectiones in lit. de pactis d'Emilio Ferretti (Lugduni, 1553, in-fol.)- Voy. Baudrier, Bibliographie lyonnaise, IV, p. 306.

A la fin de 1552 ou au commencement de 1553, l'évêque de Riez fut chargé d'une nouvelle mission en Italie. Le 13 février 1553, il était à FeVrare; le 16, il arrivait à Sienne *. Nous ne savons quel était au juste le but de ce voyage, ni combien de temps il se prolongea.

Lancelot se partagea désormais entre le soin de son diocèse * et la culture des lettres. 11 fit décorer sa cathédrale de belles peintures et fit diverses fondations pieuses 3. En 1557, il assista comme évêque aux états généraux tenus à Paris *. En 1560, il publia la traduction d'un traité de Stanislas Hosius, évêque de Warm ^ et celte traduction lui valut l'abbaye de La Roë, près d'Alençon, vacante par la mort du cardinal Girolamo Dandini ^. Coup sur coup, le prélat mit au jour divers ouvrages qu'il avait en portefeuille : Les Cantiques de la Bible \ une

* Voy. des lettres adressées par lui de Sienne, le 24 février 1553, au roi et au connétable de Montmorency, lettres imprimées par Tamizey de Larroque (Vies des poètes bordelais et périgourdins, pp. 33, 39) d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale (lat. 17028, pp. 101, lOâ).

2 Lancelot résidait assez régulièrement dans son cKocèse, comme on le voit par une lettre de lui au cardinal de Lorraine, en date de Riez, 17 septembre 1560, et par une autre lettre adressée à Catherine deMédicis, le H juin 1561. (Colletet, Vies des poètes bordelais et périgourdins, publiées par Tamizey de Larroque, pp. 41-47.) La première dé ces lettres fait allusion à des sonnets qui ne nous sont pas parvenus.

^ Albanès, Gallia christiana novissimii, I, col. 630.

* Tamizey de Larroque, loc. cit., pp. i5-16.

* Traité de Stanislaus Hosius, Euesque de Varme, de l'expresse parole de Dieu, traduit par Lancelot de Carie, Euesque de Riez. A Paris, De Vimprimerie de M. de Vascosan, 1560. In-8. (Bibl. nat., D. 21891.)

« On lit dans une lettre adressée de Blois à François de Noailles en janvier 1550 : « M. de Carie, ovesque de Riez, a eu une abbaye en Normandie que souloit tenir le feu cardinal Dandin, pour avoir traduit un livre de latin en Irançois, qu'avoit fait un evesque de Pologne. » (Biblioth. nat., ms. lat. 17028, p. 100; Tamizev de Larroque, loc, cit., p. 12, n. 2.)

' Les Cantiques de la Bible mis en vers françois par Lancelot de Caries, Euesque de Riez, et mis en musique à quatre parties par Guillaume Bulin. A Paris, Chez Adrien le Roy, 1560. In-8 obi. (Brunet.)

Les II Cantiques || de la Bible, mis en || vers François, par Lancelot de II Carie, Euesque de Riez. || Plus deux hymnes, que Ion chan- 1| te en l'Eglise. || A Paris, \\ De Vimprimerie de M. de Vascosan. \\ M. D. LXII [1562]. Il Auec Priuilege du Roy. In-8 de 73 pp. et 1 f. bl.

Les pp. 3-5 contiennent une épître « A madame ». — Le privilège,

Exhortation à son neveu S puis la traduction française de l'Éloge latin de Henri II par Pierre Paschal -.

En 1561, révoque de Riez assista au colloque de Poissy, et il y composa une curieuse chanson, à laquelle collaborèrent; dit-on, Pierre de Ronsard et Jean Antoine de Baïf ^ La même année, il publia une paraphrase de VEcclésiaste^ qui devait servir de pendant aux Cantiques de la Bible *. Il y joignit, en 1562, une paraphrase du Cantique des cantiques 5.

daté du 2 mars 1560, est acccordé à Vascosan pour dix ans. — L'achevé d'imprimer est de mars 1562.

Musée Condé à Chantilly.

Une première édition sans mélodies avait sans doute précédé celle d'Adrien Le Roy.

* Lanceloti Carlaei Rhe- 1| giensium Pontificis, ad lamim || Carlaeum fratris filium || Sermo. || Lutetiœ, \\ Ex officina Michaelis Vascosani; via II laco- \\ bœa, ad insigne Fontis- \\ M. D. LX [1560]. || Cum Priuilegio Régis, ln-4 de 23 pp., car. ilal. — Exhortation ou Pa- 1| rcnese du mesme L. D. C. || a son neueu. ln-4 de 34 pp. et i f. bl., car. ital., avec un simple titre de départ.

BibUoth. nat., Yb. 448, Ye. 1046, R6s., Ye. 484 (5) et Rés. p. Z 399. — Biblioth. Mazarine. 14432. — Biblioth. de M. le duc de La Trémoïlle.

* Henrici IL Galliarum Régis Elogium, cum eius verissime expressa effigie, Petro Paschalio autore. Eiusdem Henrici Tumulus, autore eodem. Lutetim Parisiorum, Apud Michaelem Vascosanum. 1560. In-fol.

Ce volume, qui est orné d'un portrait de Henri II gravé par Roné Boyvin, et d'une figure représentant le tombeau du roi, contient le discours de Pierre Paschal, en latin, puis une traduction italienne par Antonio Caracciolo, évoque de Troyes, une traduction française par Lancelot de Carie, et une traduction espagnole par Garci Sylvcs.

* Chanson faitte par Lancelot Caries, evesque de Riez, contre les ministres estans à Poissy {Ronsard et Bayf y ont aussi hesongné).

On trouve ainsi que de Beze et d'Espense.

De bien aymer n'ont fait nulle deff'ense....

(Recueil de Basse des Nœux : Biblioth. pat., ms. fr. 22560, p. 173; — Le Roux de Lincy, Recueil de chants histor. franc., II, 1842, p. 262.)

* L'Ecclcsiaste || de Salomon, || Paraphrasé en Vers François, par Il Lancelot de Caries [sic] Euesque de Riez. || Auec quelques Sonnets

Chresliens. || A Paris, Chez Nicolas Edoard, en rue des Porees, \\ à renseigne S. Julien. || M. D. LXI [1561]. || Auec priuilege du Roy. In-8 de 44 flf. non chittr. — Les 3 ff'. qui suivent le titre contiennent une épître « Au roy » et un sonnet. L'Ecclcsiaste est traduit en quatrains. Biblioth. Mazarine, 26139.

* Le Cantique || des Cantiques || de Salomon, || Paraphrasé en Vers François, |j par Lancelot de Carie, || Euesque de Riez. || A Paris, \\De

En 1563, Lancelot écrivit une relation de la mort da duc François de Guise. Cette relation est restée célèbre, en raison surtout d'un passage des premières éditions, où il est dit que le moribond eut pour les fautes de sa femme, Anna d'Esté, des paroles de pardon. Voici les éditions ou traductions qui nous en sont connues :

1. Recueil || des derniers || Propos que dit et teint || Feu tresillustre Prince, Messire Françoys de || Lorraine Duc de Guyse, Cheualier de l'ordre, || Pair de France, & Lieutenant gênerai pour le II Roy : prononcez par luy peu deuant son 1res- 1| pas a Madame la Duchesse sa femme, || Monsieur son fils. Messieurs les Car- 1| dinaulx ses frères, & a plusieurs || assislans a l'heure de son II trespas. || A Paris, \\ Par lacques Keruer, demeurant \\ en la rue sainct lacques, a \\ la Licorne, \\ Auec Priuilege. || 1563, In-8 de 15 ff. non chiffr. et 1 f. blanc.

Au début de cette confession le duc de Guise reconnaît en ces termes les torts qu'il a eus envers sa femme : « Je ne veulx pas nyer que les conseils et fragilitez de la jeunesse ne m'ayent quelque foys conduict à choses dont vous avez peu estre offensée. Je vous prie me vouloir excuser et me le pardonner, comme je vous pardonne. Combien que mes offenses soient beaucoup plus grandes que les vostres, je ne me tiens pas des plus grands pécheurs en cest endroict, ny aussi des moindres. »

L'édition se termine (fol. Dij-DHj) par une Deploratio, en hexamètres latins, signée : R. C. F. A.

Biblioth. nat., Lb ^\ 102 et 102. A. - Musée Condé à Chantilly.

2. Recueil || des derniers || Propos que dit et || tint feu tresillustre Prince, Messi- 1| re François de Lorraine Duc de || Guyse, Cheualier de l'ordre, || Pair de France, & Lieutenant gênerai || pour le Roy : prononcez par luy || peu deuât son trespas à Madame || la Duchesse sa femme. Monsieur || son filz,

rimprimerie de M. de Vascosan. \\ M.D. LXII [1562]. || Auec Priuilege du Roy..In-4 de 38 pp. et 2 ff. blancs.

Dédié à Mgr le duc d'Orléans (plus tard Henri III).

Biblioth. Mazarine, 26139.

Messieurs les Cardinaux || ses frères, & à plusieurs assislans à || l'heure de son trespas. || A Lyon, \\ M. D. LXIII [1563]. ln-8 de 15 fï. non chiffr. et 1 f. blanc.

A la fin se lit la Deploratio signée : R. C. F. A. Musée Gondé, à Chantilly.

3. Recueil des derniers propos.... A Troyes, Chez Fr. Trumeau, 1563. ln-8.

Brunel, IV, col. 1163.

4. Recueil des derniers propos.... Traduict de François en Italien... Imprimé en Auignon par ^Pierre Roux, S. d. [1563], in-4 de 8 fï. non chiffr. impr. à 2 col.

Texte français et, en regard, Iraduclion italienne par Vasquin Philicul. Voy. l'artiele que nous consacrons ci-après à cet auteur (n^ XXIV).

5. Lettre || de l'Euesque || de Riez, au Roy, || Contenant les actions & Il propos de Monsieur de || Guyse depuis sa blés- || sure : iusques || à son trespas. || A Paris, \\ Par lacques Keruer, \\ Li-

braire iuré de- \\ meuràt en la rue 5. lacques, à la licorne. \\ 1563. Il Auec Priuilege. ln-8 de 36 ff. non chiffr.

Au yo du titre est un avis « Au Lecteur », où il est dit que « ce qui a esté imprimé des derniers propos de feu monsieur de Guyse n'estoit qu'un double mal correct, que l'on avoit prins du premier ject que le j

présent auteur, qui a assisté ausdils propos, en avoit lors sommaire- i

ment fait et tracé pour luy servir de mémoire ». j

A la fin sont deux épitaphcs latines, quatre vers latins de Jean- i

Paul de Selve, la Traduction des susdicts epUaphes par Adr. Même- 1

teau ; douze vers latins d'Ottaviano Maggi, Vénitien ; cinq vers français de Jacques Moysson, Parisien, accompagnés de la devise : Plus mort que vif; l'élégie latine de R. C. F. A.

Cette édition a été reproduite dans les Mémoires de Condé (Londres, Glaude Du Bosc et Guillaume Darrés, 1743, in-4), t. IV, pp. 243-267.

6. Lettre || de TEuesque || de Riez, || Au Roy, || Contenant les | actions & pro- 1| pos de Monsieur de Guy- 1| se, depuis sa blesseure,

yiV. — LANCELOT DE CARLE 247

ius- Il ques à son Irespas. || A Paris. S. d, [1563], in-8 de 1 f. et 143 pp. (la dernière cotée 155).

Un avis placé au \^ du titre avertit que « ce qui a esté imprimé des derniers propos de feu M. de Guyse n'estoit qu'un double mal correct ».

Cet avis est daté de Paris, le 16. de may.

Cette édition se termine par les mêmes pièces que la précédente ; elle a été reproduite dans les Archives curieuses de Cimber et Danjou, l'« série, V. pp. 171-197. Les éditeurs ont pourtant supprimé les épitaphes.

Bibliot. nat., Lb**. 100.

7. Recueil des derniers propos que dit et teint feu tres-illustre prince, messire François de Lorraine, duc de Guise.

La Conjonction des Lettres et des Armes des deux très-illustres princes lonmnSy Charles cardinal de Lorraine, archevesque et duc de Rheims, et François, duc de Guise, frères; tirée du latin de M. Nicolas Boucher, docteur en théologie, et traduite en françois par M. Jacques Tigeou, Angevin, 1579, in-4, fol. 157 v^ et suiv.

8. Lettre de || l'Euesque || de Riez, || Au Roy^ || Contenant les actions & propos de || Monseigneur de Guyse, depuis sa || blesseure iusqu'à son trespas. || A Paris, \\ Chez Nicolas Alexandre, \\ rue des Mathurins. \\ M. DC. XVt [1616]. Tn-8 de 63 pp.

Biblioth. nat., Lb^. 100. B.

9. Lettres || de || TEuesque || de Riez, || Au Roy. || M. DC. XXllIl [1624]. 5. /., in-8 de 61 pp. et 1 f. blanc.

Cette réimpression, faite en vue de combattre les protestants, se termine, comme la précédente, par les vers de Jean-Paul de Selve, d'Adr. Memeteau, d'Oltaviano Maggi, de Jacques Moysson, et par l'élégie latine de R. C. F. A.

Biblioth. nat., Lb'^ 100. C. — Biblioth. de feu M. le baron James de Rothschild (fonds Pécard).

10. Lanciloti || Carlei Regiensis || Episcopi, de Francisci Lotharingi || Guisij ducis postremis diclis & fa || ctis Ad Regem

Epistola, ex galli- 1| oo sermone in lalinû conuersa, || Per loan. nem Velercm. || Parisiis, \\ Apud Gulielmum lullian, suh signo AmicUiœ, ad \\ Gymnasium Cameracense, \\ 1563. || Cum Priuilegio. In-8 de 50 pp. et 1 f.

Le litre porte la marque de Guillaume Jullien.

Les pp. 3-5 contiennent une épître du traducteur, Jean Le Vieil « Carolo principi et cardinali LolharingitB » : « Mitto ad te Guisii duris patris lui optimi postremum sermonem, a Lanciloto Carleo ca lingua expressum qua fuit habitus, a me autem ideo conversum, ut quibuscunque in gentibus latina leguntur, in iisdem etiam principis clarissimi pietas et virtus audiatur.... » Cette épître est datée de Paris, le 12 juillet 1563.

Le traducteur a supprimé (p. 30) le passage où le duc de Guise reconnaît ses torts envers sa femme.

Au r° du dernier f. est un extrait du privilège accordé pour quatre ans à Guillaume Jullian, parla cour de parlement, le 10 juillet 1563.

Biblioth. nat., Lb ^K 101. — Biblioth. de Besançon. H. 2018. — Biblioth. de Bordeaux, H. 2429.

11. Lanceloti || Carlei Regiensis || Episcopi,de Francisci || Lotharingi Guisii Ducis || poslremis dic(is||et faclis, ||Ad Regem Epistola, ex II Gallico sermone in Lalinum || conuersa. || Per loannem Veterem. WBrixiœ, Ad instantiam lo : Bapiistœ Bozolae. Il M. D. LXin. [1563]. — [A la fin :] Brixiœ apud Ludouicum

Sahiensem. In-4 de 8 ff. non cliiffr., car. ital.

Biblioth. nat., Bés. B. 27867, - B. 1948 (27), — B. 1947 (31). - British Muséum. 5016. e.

12. Lanciloti Carlei, Regiensis Episcopi, de Francisci Lotliaringi, Guisii Ducis, postremis dictis et factis, ad Regem Epistola, ex Gallico sermone in Latinum conuersa per loannem Veterem. Virduni, Apud N. Bacnetium, 1565. ln-8 de 24 ff. non chifïr.

Cat. Chartener, 1885, n» 467.

Henri Jadart, Les Débuts de l'imprimerie à Reims, 1894, p. 79, n» 53.

Nous ne connaissons aucun ouvrage de Lancelot de Carie pos-

lérieur à 1563. Nous savons que, en 1564, il obtint des lettres de Charles IX déchargeant le diocèse de Riez du niontant des décimes imposés au doyenné de Valensole, parce qu'il était uni à Tabbaye de Cluny * ; mais il vécut dès lors à Paris, où il mourut vers la tin de juillet 1568^. Les poètes déplorèrent sa perle, comme la perte d'un des leurs. Le jeune François d'Amboise, qui venait de lui dédier son Elégie sur le trépas d'Anne de Montmorancy ^ lui consacra une épitaphe latine *. Pierre de Brach fit son éloge, en mémo temps (|uo celui d'Arnaud de Pontac, évoque de Bazas \ Jean Dorât enfin déposa des vers sur son tombeau ^

* Albanôs, Gallia chrutiana riovissima, 1, col. 630-631. ^ Ibid.

'Cal. Rothschild, I, n° 728.

* Ph. Labbc, Thesaurm epitaphiorum, 1666, in-8, p. 293. ^Poëmes, 1576, in-4, fol. 8i.

* In tmnulum reverendi patris Lanceloti Carlaei, rhegiensis episcapi et abbatis Rotae.

Jean Dorai, Epigrammata, 1586, in-8, p. 154.

Le XVI« siècle a produit peu d'hommes dont la vie soit aussi curieuse à étudier que celle de Jean de Monluc; aussi parleronsnous de lui avec quelque détail, tout en nous référant aux notes que lui a consacrées notre ami regretté, Tamizey de Larroque *.

Jean était né vers 1501. On ne sait rien de ses premières années. Il est certain qu'il fit de sérieuses études, et il est assez vraisemblable qu'il les termina en Italie 2. Quand prit-il, comme on disait alors, le parti des ambassades et dans quel pays fut-il d'abord envoyé? Nous ne pouvons répondre à cette question. Tout ce que nous savons, c'est que, en 1535, il était attaché à l'ambassade de France à Rome; nous l'apprenons par une lettre de Nicolas Raince qui, écrivant au cardinal Jean Du Rellay le

* Notes et Documents inédits pour servir à la biographie de Jean de Monluc, évêque de Valence, publiés par Philippe Tamizey de Larroque, — Extrait de la Revue de Gascogne (Paris, Aug. Aubry, 1868, in-80).

M. Éd. de Barthélémy a publié quelques lettres de Jean dans les Archives historiques du département de la Gironde, XVII (1877), pp. 296, 318, 322, 329, 331. Trois autres lettres ont été imprimées par M. Tamizey de Larroque dans le recueil intitulé : Lettres inédites de quelques membres de la famille de Monluc (extr. de la Revue de Gascogne), Auch, 1890, in-S».

Nous n'avons trouvé aucun renseignement se rapportant à notre sujet dans la thèse de M. Hector Reynaud : Essai d'histoire littéraires- Jean de Monluc, évêque de Valence et de Die (Paris, 1893, in-8).

* Monluc, devenu un des grands personnages du royaume, eut le soin d'envoyer son iils naturel, le futur maréchal de Balagny, à l'université de Padoue ; n'est-ce pas parce qu'il y avait étudié lui-même?

lendemain même de sa promotion, c'est-à-dire le 22 mai 1535, lui dit : « Monseigneur de Mascon et moy parlasmes hier a Sa Sainctelé pour vous fere porter bulle et cliappeau par monsieur de Monlluc, a quoy ne se peut rien gaingner. J'en ay reparlé aujourd'huy et n'en suis hors d'espoir *... »

Monluc était à Rome au mois d'août 1536 quand il fut chargé d'une mission secrète des plus extraordinaires, mission dont il nous a donné lui-même le récit dans une lettre au cardinal Du Bellay. ïl gagna Malte, puis Reggio de Calabre, trouva le moyen de s'embarquer sur un navire turc, et rejoignit le fameux amiral Barberousse sur la côte tunisienne, près de Djerbah. Il n'avait aucune lettre de créance, mais il avait une présence d'esprit merveilleuse et Tf^ssurance ordinaire aux Gascons. Barberousse reconnut sans peine en lui un agent du roi de France, et l'emmena jusqu'à Coustantinople afin qu'il pût voir par lui-même les préparatifs que les Turcs avaient faits en vue d'une action commune avec la France. Monluc s'embarqua de nouveau, se dirigea vers l'Adriatique, tit naufrage non loin de Raguse, réussit à se rendre dans celte ville, d'où il rentra tranquillement en Italie et à Rome, après avoir passé trois mois sur mer. Cependant le pape avait été informé du voyage, au moins de la visite faite à Coustantinople par le secrétaire français. Il lui demanda des explications et des informations. Le diplomate se tira d'affaire par de spirituelles gasconnades dont la lecture est réellement divertissante 2. Ces saillies produisirent leur effet, puisque le Saint-Père lui donna le titre de protonotaire apostolique.

Monluc reprit ses fonctions de secrétaire auprès de Raince. Tous deux étaient des protégés du cardinal Du Bellay ; aussi paraissent-ils s'être assez bien entendus ensemble. Lorsque Raince fut révoqué, Monluc lui succéda et géra même l'ambassade pendant le temps qui s'écoula entre le départ de Georges de Selve et l'arrivée de Louis d'Adhémar de Monteil, comte de Grignan ^.

* Biblioth. nat , ms. Dupuy 265, fol. 312.

* Charrière, Négociations de la France dans le Levant, I (1843^, p. 327. ^ Par leUres datées de Montélimar, le 22 juillet 1538, le roi ordonne

Jean semble être resté à Rome presque sans interruption pendant les années 1537 à 1542 K A la fin de celle dernière année il fui appelé à d'autres destinées. ïl avait pu pendant sa mission auprès de Barberousse s'initier aux affaires turques; il était déjà parfaitement au courant des choses italiennes; il élait tout désigné pour occuper le poste de Venise au moment où Tévéque de Montpellier, Guillaume Pellicier, venait de l'abandonner. La situation était alors des plus difficiles. La Seigneurie venait de découvrir les relations étroites nouées par Pellicier avec un certain nombre de personnages plus ou moins influents de la République; on instruisait le procès des révélateurs '^. Les Vénitiens voyaient de plus avec une vive inquiétude l'alliance conclue par le roi Très Chrétien avec le Turc. Il fallait à toul prix les rassurer.

Monluc, qui était venu en France, fut pourvu de sa nouvelle charge par lettres datées du 30 octobre 1542. Il retourna précipitamment ù Rome, puis se rendit à Venise, où il arriva vers la tin de novembre ^ Il y amenait comme secrétaire un homme dont nous tenons à rappeler ici le nom, car ce fut

au trésorier de l'épargne de payer 450 l. t. « au prolonolaire Monluc, chanibrier du pape, qui sert à présent d'ambassadeur.... a Rome ». Jean Zeller, La Diplomatie fnmçaise vers le milieu du A'T7° siècle d'après la correspondance de Guillaume Pellicier (Paris, 1880, in-8), p. 376 ; — Catal. des actes de François /«^ 111, n° 10131.

* Il vint en France en 1;)39, l'40 et l;j42; mais chaque fois il retourna en diligence à Rome. Voy. Jean Zeller, loc. cit. Cf. Catalogue des actes de François /", IV, no« 11197, 11367, 11704.

^ Le procès des révélateurs a été très bien étudié par M. Jean Zeller dans La Diplomatie française vers le milieu du XVI^ siècle, pp. 333-

^ On trouve dans les comptes du trésorier de l'épargne (Biblioth. nal., ms. Clairambault 1215, p. ISO), la mention suivante, déjà pubUée par M. Jean Zeller {loc. cit., p. 373} : « Jehan de xMonluc, abbé de Haute-Fontaine, 2475 l. t., par lettres, a Nera: le pénultième d'octobre 1542, pour son estât, vacation et despense en la charge que le roy lui a baillée de son ambassadeur devers la seigneurie de Venise, devers laquelle il se doibt de brief rendre en retournant de Rome, ou lors le roi l'envoyoît en diliiçence pour ses affaires ; et ce, durant 180 jours, commençans au jour que ledict Monluc seroit de retour dudicl Rome audicl Venise. »

certainement aussi un italianisant : Guillaume Gaulteron de Cenquoins *.

L'ambassadeur pensa qu'il devait tout d'abord faire impression sur la Seigneurie par quelque acte solennel. Reçu en audience secrète par le collège des sénateurs dans les premiers jours du mois de décembre 1542, il prononça une longue harangue qui est un chef-d'œuvre d'habileté. Ce n'était pas la première fois qu'un ambassadeur français prenait la parole au sein du sénat de la République; dès l'année 1499, Accurse Maynier, représentant du roi Louis XII, y avait prononcé deux discours dont le retentissement avait été grand 2; mais c'était la première fois qu'un ambassadeur frai^çais s'exprimait en italien. L'effort que faisait Monluc devait avoir pour résultat immédiat de lui concilier l'attention bienveillante de ses auditeurs.

* Guillaume est connu par Touvrage suivant :

Scanderbeg. || Commenlaire d'aucunes || choses des Turcs, & du Seigneur George Scan- 1| derbeg, Prince d'Epirre, & d'Albanie, Conte- 1| nàt sa vie ; & les victoires par luy obtenues, auec || l'ayde du treshault Dieu & les inestimables for- 1| ces & vertus d iceliuy, dignes de mémoire. Il Traduict de Toscan, en Frâcois, Par Guillaume || Gaulteron de Cenquoins, secrétaire de M. de || Monlluc, Conseiller du Roy et son Ambassa- 1| deur, auprès de la Seigneurie de Venize. || Qui voit s'esbat. Il 1544. Il De V imprimerie de Denys lanot imprimeur \\ du Roy en langue Francoyse, & libraire iuré de \\ VVniuersité de Paris, \\ Auec priuilege du Roy pour cinq ans. || On les vend à Paris en la Galerie du PalaysWpres la Chancellerie par Vincent Sei^tenas. Pet. in-8 de 184 pp. non chiffr.

L'ouvrage est traduit de Paolo Giovio. Guillaume Gaulteron dit avoir exécuté sa traduction « à Rome, au Palays du Mont Jourdain, au moys d'octobre l'an mil cinq cens quarante deux ». Le privilège est daté du 12 avrU 1543. L'achevé d'imprimer est du 2 janvier 1544 (probablement 1545, n. s.;.

Voy. Georges T. Pétrovitch, Scanderbeg (Georges Castriota), Essai de bibliographie raisonnée, 1881, in-8, p. 18.

Guillaume, qui mourut en 1544, devait être parent de Henri Gaulteron, docteur es droits, qui fut pourvu, le 7 avril 1486, d'un office de conseiller au parlement de Grenoble, et mourut en 1502, et d'Hector Gaulteron, juge à la cour commune de Grenoble, qui, le 6 décembre 1536, fut pourvu d'un office de conseiller au parlement de la mr'me ville, et mourut en 1536. {Inventaire des Archives de l'Isère, Il (1868), pp. 22, 23.)

« Voy. Hain, Repertorium, n»* 10526, 10527.

Laissant de côté l'affaire des révélateurs et les démêlés que Guillaume Pellicier avait eus avec les Vénitiens vers la fin de sa mission, il s'altache simplement à justifier l'entente du roi avec le sultan. C'est, dit-il, l'empereur qui a le premier contracté des alliances avec les Turcs. Les exemples abondent d'ailleurs de pieux rois qui ont dû traiter avec les infidèles et profiter de leur assistance. 11 suffit de rappeler l'histoire de SaûK de David, de Justinien, de Frédéric II, de Maximilien. Les Turcs qui ont abordé dans les ports chrétiens y ont fait moins de ravages que n'en font partout les Impériaux. En les admettant à combattre pour lui, le roi Très Chrétien les a empêchés de combattre la chrétienté en général. L'empereur en veut du reste moins aux Turcs qu'à la France. Pour ruiner le royaume tous les moyens lui sont bons : il n'a pas hésité à faire empoisonner le dauphin. Les Espagnols, les Italiens, l'Europe entière, nul ne doit oublier les services rendus par la France contre les Sarrazins. C'est un devoir pour le pape de soutenir le roi ; c'est aussi un devoir pour les Vénitiens, qui sont menacés de perdre leur indépendance, si l'empereur vient à triompher. Que la Seigneurie veuille bien tout au moins suspendre sa décision jusqu'à l'arrivée du cardinal de Ferrare, Ippolito d'Esté, chargé de lui faire diverses propositions de la part du roi ; qu'elle n'oublie pas surtout que la maison d'Autriche est son ennemie capitale.

Il faut lire la harangue de Monluc soit dans le texte original S soit dans la traduction qu'il parait en avoir faite luimême 2. Si les arguments nous paraissent parfois assez faibles en

* Ce texte nous a été conservé par plusieurs manuscrits (voy. notamment Biblioth. nat. fonds itat., n^ 30, fol. 4-5; 307, fol. 121-129; Portefeuilles de Fontanieu, I (876), fol. 133-150) ; il a été imprimé par M. Weiss dans les Papiers d'état du cardinal de Granvelle, 111, pp. 1-12.

* La traduction française se lit dans les diverses éditions des Commentaires de Biaise de Monluc. « Monsieur de Valence, mon frère, dit le maréchal, feust envoyé à Venise pour excuzer et couvrir notre faict, car ces messers crioint plus que tous, et le roy ne vouloict perdre leur alliance; lequel fît une harangue en italien que j'ay voulu mettre icy en françois, attendant qu'il nous face veoir son histoire, car je ne croy pas qu'ung homme sçavant, comme on dict qu'il est, vueille mourir sans escripre quelque chose, puisque moy, qui ne sçay rien, m'en sui§

eux-mêmes, ils n'en sont pas moins présent(^s avec une vigueur, une apparence de logique tout à fait remarquables. Le sénat arrêta le 7 décembre les termes de la réponse qui devait être faite à l'agent français *: Suivant leur habitude, les Vénitiens s'efforçaient de garder une prudente neutralité.

Nous devons croire que le discours de Monluc avait produit un sérieux effet, puisque nous le voyons renouveler dans plusieurs circonstances graves la lacti(iue dont il avait usé en 1542. Il a dès lors pour système de se présenter aux assemblées et d'y développer lui-même, avec toute la fougue du méridional, mais aussi avec toute la subtilité de l'avocat le plus retors, la thèse qu'il est chargé de défendre.

I Nous ne pouvons dire avec certitude à quelle époque prit fin la

mission de Monluc à Venise. Il semble y avoir passé les années 1543 et 1544, et fut par conséquent mêlé aux négociations délicates qui se poursuivirent.

La situation de François l«^ à la fin de l'année 1543 était crili- ! que. Malgré quelques succès partiels, le royaume, dont les res-

sources étaient épuisées, se voyait menacé sur toutes les fron- I lières par les forces réunies de TEmpire et de l'Angleterre. Tan-

I dis qu'une armée française opérait en Piémont, d'abord sous les

j ordres de Martin Du Bellay, puis sous le commandement du ma-

I réchal de Boutières, et enfin sous celui du comte d'Enghien, on

conçut dans l'entourage du roi un plan tout à fait romanesque. Il s'agissait d'attaquer l'empereur dans celui de ses états où il était le plus vulnérable, c'est-à-dire dans le royaume de Naples. Si l'entreprise réussissait, la couronne eût été donnée au jeune fils de François I«% à Charles, qui, d'abord duc d'Angoulême, avait échangé ce titre après la mort du dauphin contre celui de duc d'Orléans. II était visible que le roi avait pour ce prince une

voulu mesler. » Le dernier éditeur des Commentaires, le baron de Ruble (t I, p. 144), estime avec beaucoup de vraisemblance que Biaise de Monluc a reproduit une traduction due à son frère lui-même. Ce qui nous porte à le croire, c'est que la traduction n'est nullement lillérale et que le discours paraît avoir été relouché par l'orateur. ' Jean Zeller, loc. cit., p. 377.

préférence marquée. C'était lui qui en juin 1542 avait pris le commandement de l'armée du Nord; il paraissait appelé aux plus hautes destinées.

L'attaque de Naples n'était possible qu'à une condition, c'était que la France fût secondée par la ligue formée entre le pape, la république de Venise et le duc de Ferrare.

Au printemps de 1544, les agents français en Italie déployaient une grande activité. Tandis que Piero Slrozzi était à Ferrare et mettait tout en œuvre pour se procurer de l'argent et lever des troupes, l'ambassadeur résidant à Venise s'efforçait de décider la république à contracter une alliance avec le roi. Ce fut alors qu'un représentant de François I" prit la parole devant le sénat; mais ce représentant n'était pas Monluc, c'était Barlolommeo Cavalcanti, Florentin volontairement émigré, qui avait été en 1527 l'un des éditeurs du Decamerone de Giovanni Boccacio, et qui s'était fait connaître ensuite comme orateur*. En 1537, après l'assassinat d'Alessandro de' Medici et l'élection de Cosimo, Barlolommeo avait quitté Florence et s'était réfugié en France auprès du cardinal de Ferrare, Ippolito d'Esté *. Il se rendit à Venise comme délégué du cardinal, qui devait bientôt le suivre. Il y prononça un important discours dont il est probable que les termes avaient été concertés avec Monluc.

Après un préambule digne de l'auteur de la Reiorica, l'orateur résume les événements dont l'Italie a été le théâtre depuis que les Impériaux ont pris pied à Gênes. Partout on retrouve la main de l'empereur et partout son intervention a pour conséquence la ruine de l'Italie. Le roi de France, au contraire, a toujours eu en vue le bien de la péninsule. Pour répondre aux attaques dirigées

* Au mois de juin 4529 Cavalcanti avait été expédié par les Florentins en France, « acciô, insieme al Carducci, avesse ad intendere dal Cristianissimo il traltamento dello accorde e le condizioni e le stato nel quale si hanno a ritrovare e dimostrare a Sua Maestà il pericolo lor e di lutta Ilalia.... » Dépêche de Carlo Capeilo, ambassadeur vénitien à Florence, ap. Albèri, Relazioni degli ambasciatori veneti al senato, série II, vol. I (1839), p. 451.

■^ Voy. Tiraboschi, VII (1809-4812), pp. 525-527. — Un des discours de Barlolommeo fut traduit en français par Jean de La Forest (1530), Voy. Brunet, I, col. 1696.

contre lui, il se propose de porter la guerre dans un pays que l'empereur peut difficilement défendre, le royaume de Naples *.

Tandis que Cavalcanti prenait la parole au nom du roi de France, Tarchevêque de Bénévent, Giovanni Délia Casa, qui était alors nonce à Venise, agissait dans le même sens au nom du pape. Nous possédons le discours prononcé par lui au sein du sénat, et un second discours qu'il composa pour un noble Vénitien 2. Il se pourrait que l'ambassadeur de France eût eu part à ces pièces. On y trouve développé le projet d'une diversion à opérer contre le royaume de Naples, projet qui fait le fond du discours de Cavalcanti ^

Ippolito d'Esté devait, nous l'avons dit, appuyer Cavalcanti dans sa négociation. Des pouvoirs spéciaux furent expédiés au cardinal le 5 avril 1544 *. Il arriva effectivement à Venise vers le 5 mai, et fut reçu par le sénat en audience secrète ^ Dans l'entre-temps, le comte d'Enghien avait gagné la bataille de Cérisoles (14 avril) ; mais cette victoire n'eut pas de lendemain, et les Vénitiens ne voulurent pas aller au delà d'une neutralité bienveillante.

* Biblioth. nat., mss. ital. 50, fol. 5-10 (recueil formé par Jules Gassot, secrétaire du roi, mort le 13 septembre 1623); 1220, fol. 1-22. — Le second ms. porte seul le nom de Cavalcanti. — Le discours entier a été imprimé par Francesco Pastori dans la Bibliografia italiana, anno II (Parma, 1829), n»* XXI-XXII.

» Due Orazioni di Monsignor Gio : délia Casa, Per muovere i Veneziani a collegarsi col Papa, col Re di Francia e con gli Suizzerl contre l'Imperador Carlo Quinto. In Lione appresso Bartolommeo Martin. Con Licenza de' Superiori. S. d., in-4.

L'édition originale de ces discours a vraisemblablement paru à Lyon, chez le libraire indiqué; mais les bibliographes n'en citent aujourd'hui aucun exemplaire. H existe, au contraire, deux réimpressions publiées par Angiolo Pasinelli à Venise, en 1728 et 1752, en même temps que les œuvres de Gio. Délia Casa.

' Il est curieux de voir que, en 1555, le cardinal Alessandro Faraese recommande Bartolommeo Cavalcanti au roi et au connétable de Montmorency comme un inconnu. Avait-on donc oublié en France la mission remplie par Bartolommeo en 1544? Voy. Lettere del comm. Annibal Caro acritte a nome del cardinale A. Farnese, 1807, II, p. 182.

* Catal. des actes de François /«', VI, n^ 22793.

* Abel Desjardins, Négociations, III, p. 73.

L'ambassadeur, qui avait fait de solides études et qui connaissait à merveille les auteurs anciens, savait montrer à propos sa science : c'était un excellent moyen de réussir en Italie, où l'humanisme n'avait pas cessé d'être en honneur. On ne doit donc pas être surpris de voir un homme tel que l'Arétin, l'auteur de La Cortigiana, de VHipocrilo et de la Talania, invoquer l'antorité de l'ambassadeur de France en matière de comédies. Voici ce qu'il dit dans une lettre adressée à Francesco Coccio, en avril 1548 :

« Chi crederia mai che due mie fanti mi havcssero faite capace di quelle cha niun dette mai hammi sapute mestrare ? le, a tutti i prepositi délie cemedie, ho semprc tassate i lero autori circa il porre in ciascun prepesito le sententie in becca dei servi, parendomi che maie osservasscro il décore nelle qualità di lali. Mensigner Monluc, qui poce fà imbasciadere di Francia, huome litteratissimo et pralice nella scienza délie cese, di ciô insleme parlando, in difesa dei cemici antichi che moite seppero, allegava che non era maravif^lia che si gravi delti isputassero s\ fattc genti, imperechè petcva esser che essi fussero già stati non pur liberi, ma eruditi anchera, soggiugnende che alla servitù di alcuno Turco seno assai schiavi di legnaggie nebile et di erudite ingegne; al che dire havrei sempre cedute, perché la fertuna epera cese melte più inique che non è l'atto di condurre un gentile ispirilo al lavare dei piatti et al pertar su dellacqua.... *. »

Paolo Manuzio eut aussi Toccasion de connaître et d'apprécier l'humaniste français; aussi lui dédia-t-il les Oraiorii Libri de Cicéron qu'il publia sous la date de 1543, parce qu'il regardait Monluc comme un modèle d'éloquence K

Jean de Monluc dirigea l'ambassade de Venise jusque vers le mois de juillet 1545. Il partit alors pour Constantinople, où il arriva le 20 septembre, et où il négocia une trêve entre le sultan et l'Empire, de concert avec l'agent impérial Gérard van Veltwijck. Sa correspondance avec la France passait par Venise; Jean eut soin de donner de ses nouvelles à son ami Gio-

* Lettere di Pietro Aretino, 1609, IV, fel. 203 v».

* Voy. Pauli Manutii Epistolarum Libri Xlh 1S88, II, p. 17,

■ vanni Délia Casa ^ Il ne manqua sans doute pas d'en donner i aussi à Pietro Aretino, qui s'empressa de lui répondre, espérant ' que le diplomate pourrait le servir auprès du roi :

' « A monsignor di Monlucco.

» Délia félicita con la quale voi, oratore del re, sele andalo e rivenu to di Costantinopoli, ho io quel piacere che dee havere un servitore amorevole dei padron sue generoso, et ben poteva moslrarsi rigida la barbara del gran Turco nature che non fosse rimasta mansueta negotiandogli appresso la benigna virtù délia saputa maniera vostra. Hora io supplice la di voi senza pari cortesia che in pregio délia di lei singular gentilezza, intervenendo quella con la del Christianissimo Maestà, tenga nel ricordarsi di me caritade doppia pietosa, che se délia donatami collana d'oro vi referii gralie somme, de Tufficio caldo ch' io vi vichieggo renderovvi laude eterne. Inlanto la bontà vostra sola disobligherà di ciô che già promise a la mia speranza, la quale, in vece del dubitare che me le ossorviate, me ne assecura con la certezza. Ma sarei pur troppo et ignorante e fuor di modo perverse se non havessi fede in quel di cui si flda tutto il monde, e se non credessi . che mi giovasse chi a ciascun che'l mcrita giova. Di gennaie in Vinetia. M. D. XLVI 2 .).

Monluc quitta Constantinople le 2 novembre ^ et traversa la Hongrie pour se rendre auprès de l'empereur. 11 ne mit que six jours et six nuits pour aller de Vienne à Venise, d'où il regagna la France. Nous possédons les rapports adressés par lui au roi et au cardinal de Tournon *. Dans ces documents l'ambassadeur réfute les reproches qu'on lui avait adressés au sujet de sa visite

* Voy. les lettres de Gio. Délia Casa dans les Lettere (Vuomini illustri conservate in Parma nel R. Archivio dello stato, [pubblicate da Amadio Ronchini], vol. I [ed unico] (Parma, 1848, in-S»), pp. 122, 124, 127.

* Lettere di M. Pietro Aretino, 1609, III, fol. 340.

^ Lettere d*uomini illustri conservate in Parma, I, 1848, p. 144.

* Charrière, Négociations de la France dans le Levant, T. pp. 596- 612, 612-620. On voit dans ces rapports que la commission donnée à Monluc remontait au mois d'avril, mais que pendant trois mois il avait échangé des dépêches peur montrer les dangers de la négociation.

à la Cour impériale. Il n'est que trop évident qu'un gouvernement qui changeait sans cesse de système, qui, en 1544, combattait Charles-Quint à outrance, et qui. Tannée suivante, pesait sur les Turcs pour qu'ils accordassent la paix, ou au moins une trêve, à l'empereur, imposait à ses agents une lourde tâche. Monluc, fidèle à ses instructions, fut accusé de les avoir outrepassées, et devint un moment suspect. 11 fut à son retour enfermé à la Bastille; mais il n'eut pas de peine à se justifier et recouvra bientôt sa liberté *. Il paraît avoir pris alors quelque repos dans son abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens *.

En 1547, après la mort de François I«% Monluc remplit une mission secrète en Pologne, mission dont aucun historien ne semble avoir eu connaissance. Il s'agissait de décider le jeune Sigismond-Auguste, que son père venait d'associer à la couronne, à épouser Anna d'Esté, fille aînée d'Ercole d'Esté et de Renée de France ^ Sigismond-Auguste, né en 1520, avait perdu, en 1543, sa première femme, Éhsabeth d'Autriche, fille de Ferdinand I", roi des Romains. Deux ans plus lard, il s'était remarié en secret avec Barbara Radziwillowna, fille de Georges Radziwill, veuve de Stanislaw Gasztold ; mais cette seconde union n'avait pas été reconnue et pouvait passer pour nulle. On sait déjà que le jeune prince repoussa les avances de Monluc, et que, après la mort de son père Sigismond l^^ (1548), il obtint pour Barbara le titre de reine. Anna d'Esté épousa François de Lorraine, duc de Guise, et se remaria, en secondes noces, avec Jacques de Savoie, duc de Nemours.

Monluc ne fit que traverser la France en revenant de Pologne.

* Tamizey de Larroque, Notes, p. 15.

* Au mois de mars 1546, Jean de Monluc, qualifié abbé de Saint- Pierre-le-Vif et ambassadeur du roi, est autorisé à forlKicr le bourg de Luisetaines en Brie, bailliage de Sens [Calai, des actes de François /«', V, no 14921).

' Giovanni Délia Casa, nonce à Venise, écrit au cardinal Farnese, le 20 octobre 1547 : « Mons"" di Monluc, per quanto s'intendc, è andato 'in Polonia per Irattar di maritar la primogenila del duca di Ferrara al re ; et, seconde che io ho inleso cosi in confuso, è mandato dal re Christianissimo a réquisition del dctto S°^ duca. » Lettere d'uomini illiistri conservate in Parma, [publicate da Amadio Roîichini], 1848, p. 226.

11 partit aussitôt pour l'Ecosse, et fut même sur le point de devenir chancelier de la reine Marie Stuart (1548) \

Nous ne saurions dire ce qu'il lit à son retour d'Ecosse jusqu'en 1551. 11 reprit alors, dans une circonstance importante, le chemin de Rome.

Jules III Del Monte, qui avait succédé sur le trône pontifical à Paul III Farnese, était un ennemi déclaré de la France. Après avoir fait diverses concessions, après avoir notamment accepté comme nonce le neveu du nouveau pape, Ascanio Délia Cornia, dont l'hostilité n'était un secret pour personne, Henri tl et son conseiller Montmorency perdirent patience et résolurent de combattre résolument le Saint-Siège qui tenait en échec toute leur politique en Italie. 11 était prudent cependant d'avoir une dernière explication avec le Souverain Pontife. Monluc, qui avait longtemps vécu à Rome, qui connaissait les arcanes de la curie, qui maniait à merveille l'idiome toscan, était l'homme indiqué pour cette mission. Son départ fut arrêté vers la fin du mois d'avril. Il fut décidé que l'envoyé extraordinaire s'arrêterait d'abord à^Parme pour y conférer avec Ottavio Farnese, que le roi soutenait, tandis que le pape lui faisait la guerre ^.

Monluc ne se hâta pas. Le secrétaire Buonaccorsi le précéda 3. Il entra lui-même en Italie au moment où le roi déclara prendre sous sa protection Ottavio et Orazio Farnese (27 mai 1551). Il

* Tamizey de Larroque, Notes, p. 15. — Pendant son séjour en Ecosse, les pensées de Monluc se reportèrent plus d'une fois vers l'Italie et spécialement vers Venise. Nous avons quelques renseignements sur ce point dans une lettre de Paolo Manuzio, datée de Venise, le 30 septembre 1549. Voy. Tre Libri di lettere volgari di Paolo Manutio (in Pesero per BartolomeoCesano, 1556, in-8), fol. 48 vo-49. — L'ambassadeur vénitien, Lorenzo Contarini, dit, en 4551, dans sa relation, que Monluc , est allé en Ecosse « due anni sono » (Eugonio Albèri, Relazioni degli ambasciatori veneti al senato. Sériel, vol. IV, 1860, p. 95).

- Abel Desjardins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, III, p. 269.

' Ibid., p. 270. — Ce Buonaccorsi devait être Antonio, fils du trésorier de Provence Giuliano. Antonio avait été pourvu en janvier 1538 de l'office de notaire et secrétaire du roi. {Cat. des actes de François /«^ III, no 9573.) François de Billon [Le Fort inexpugnable de l'honneur du sexe femenin, 1555, fol. 211) le cite parmi les douze secrétaires qui étaient alors en fonctions.

dut avoir audience du pape dans le courant du mois de juin. Employant de nouveau le procédé qui lui avait réussi à Venise, il résuma dans un discours les griefs de Henri II et les propositions d'arrangement dont il était porteur. Voici le début de sa harangue :

« La Sanlità Voslra, Beatissimo Padre, et questo sacrosanto Collegio non si maravigliaranno s'io, fuor del solito, ho dimandato par parte del Christianissimo rc mio audienza in questo luoco per esporre quanto mi è stato imposto da Sua Maestà, havendoue dato cagione quello che in questo mcdesimo luoco è slato ragionato in pregiuditio deU'honor di quclla. lo credo, Santissimo Padre, che la Sanlità Vostra et voi, reverendissimi Padri, habbiate in memoria le parole dette qui in concistoro il giorno VI d'aprile et le doglienze faite da Vostra Sanlità che Sua Maestà habbi voluto far un concilie nationale di tutta Francia contra l'aultorità délia Sede apostolica et in dispreggio del concilio générale publicato a Trente, e con gran perturballone delli ordini soliti et osservati nelle chiese universali. Di che Sua Maestà, sendo advertita da me suo ambasciatore, non senza gran ragion m'ha commesso che io ve * facci inlender che tal cosa gli pare strana, et non pu6 se non grandemente risentirsene, et dolersi ch'ella, havendd nelli primi anni dclla gioventù sua et di poi che, per voler di Dio, ella venue alla corona reale et le fu dato nome di Christianissimo, il quai non solamente ha con gran diligenza conservato, ma etiandio con lutte le sue forze accresciuto et honoralo, seguitando il costume de' suol antecessori, fatto sempre ogni dimoslratione d'esser délia vera religion amator et osservatore, hor sia stata riputata degna d'esser in questo sacro loco maculato et accusato d'haver preso aultorità sopra le cose alla religione appartenenti. Ma cerlo, Beatissimo Padre, a sua Maestà non cadde mai in pensiere che la Santità Vostra, sendo capo délia Chiesa, et de tutti li christiani padre commune, et giudice incomprehensibile, et diffensor délia fede de' principi, volesse cambiar questo degno ufficio et farsi accusator senz'haver fatto prima qualchc benigna ammonitione et salutar advcrtimenlo. Questo alto è stato tanto eslraordinario verso sua Maestà ch'ella avrebbe cagion di temer che questo loco non gli fusse diventato sospetto s'ella non confidasse nella sua innocenza, nelle sue buone opération!, nclla Santità Vostra et nel sanlo giudicio di

^ Ms. ne.

queslo sacro Collcjjfio, dal ^ quai quando sia audita, gli parera esscr interamenle giustificata, et ciô riceverà per cagion di aggionger alla sua ripulation di grandezza si facilmente comminciata quella imortalilà che si deve aile sue santé deliberalioni. Non mérita vano, Pater sanctissime, li grandi et fréquent! Jienelicij et in sî gran bisogno dalli re suoi antecessori ricevuli et da questo santo Collcggio si ben conosciuti * che non è mestiere ridurli a memoria, et il nome di Christianissimo tante volte nclle deliberationi di questo santo Senato nominalo, ne il pensier che sua Macslà Christianissima ha sempre havulo dal giorno ch'ella venue alla corona insino al presenle, di farsi degno di queslo santo tilulo, ne l'agiulo et soceorso ch'ella nel principio del suo regno con tanta diligenza offerse alla buona memoria di papa Paolo ^ nolli suoi maggior' bisogni, nô l'haver ella sola fra tutti li principi christiani perseverato d'intervenir et trovarsi al concilio per l'autlorilà délia Sede apostolica, da poi ch'egli fu a Bologna transferito, il che la Sanlilà Vostra con s\ buon occhio ail' hor riguardava et con sî efficcaci parole comendava; non meritavano, dico, tutte queste cose d'esser messe in silentio et mandate in oblivione, et doveva ancora [haversi] in consideralione la guerra tanto tempo et s\ prosperamente mantenula per conscrvar nclli regni di Scolia et di Francia la religione, et l'imprese sue santé si valarosamente dsseguite et la diligenza da * Sua Maestà nel suo regno usata per estirpar l'heresi délia fede...? * »

Monluc rentra en France dans le courant da mois de juillet et se rendit aussitôt h la Cour. « Tre di fa », écrit Luigi Capponi, d'Orléans, le 7 août, « venue Montluc, ed intendo ha dello che per li ultinii ragionamenti avuti col papa al partir suo sperava si polesse far qualche bene per la concordia; ma che queslo brève che ha scritto il papa al re ha di maniei^a exasperalo le cose che si possono dire desperato ^ «.

Nous ne pouvons suivre plus longtemps la carrière parcourue par Jean de Monluc. Disons d'une façon générale que partout il montre. plus d'esprit d'à-propos que de conviction sincère. Nous

' Ms. del.

^ Ms. conosciuto.

' Paul III Farnese était mort le 10 novembre 1549.

* Ms. di.

^ Biblioth. nat., ms. ital. 307, fol. 130 sq.

^ Abcl Desjardins, Négociations, III, p. 283.

venons de le voir, au nom du roi, menacer les protestants d'extermination. Nous pourrions le montrer ailleurs prêchant la Réforme, maij^ré la dignité d'évôque dont il est revêtu en 1553 ^ Ce n'est pas un petit élo;çe que nous ferons de lui en disant que, par scepticisme, il fut tolérant dans un temps de fanatisme et de violence. Il se rendit ainsi plus d'une fois suspect aux fauteurs de persécutions. Il fut même poursuivi et condamné à Rome, en 1567, par le tribunal de l'Inquisition. Son adresse suffit à le tirer de ce mauvais pas, comme de bien d'autres. Il fut pendant toute sa vie sur la brèche, remplissant des missions difficiles à l'intérieur quand il n'en remplissait pas à l'étranger. La parole était pour Jean de Monluc l'arme la plus redoutable, non pas seulement la parole échangée dans une conversation, mais la parole sous la forme élevée qu'elle revêt dans un discours. Pour lui, le nom &ora(or qu'on donnait alors à un ambassadeur n'était pas un vain mot, c'était la réalité même. Quand il put résider dans son diocèse, il remplit la chaire avec éclat; les sermons qu'il publia en 1557 et 1559 permettraient déjà de le ranger parmi les premiers prédicateurs de son temps; mais s'il brille dans l'éloquence religieuse, il excelle dans l'éloquence politique. Il se montre en même temps un administrateur habile.

Vers la tin de l'année 1556 ou en 1557, l'évêque de Valence est chargé d'une nouvelle mission en Italie. Il se rend à Montalcino avec Henri de Mesmes, seigneur de Malassise, et dresse, de concert avec lui et avec deux commissaires siennois, Scipione Viezi et Oltaviano Ottaviani, un état des revenus de toutes les communes de la république de Sieinie qui reconnaissent encore la protection du roi de France 2.

* Ses bulles sont datées du 9 octobre 1553. (Hector Reynaud, Jean de MonluCt p. 2i6.)

- Voy. Descrizzione e Verificazione di lutte Vintrate e vendita^ cosï de la republica corne anco délie communità de le terre del dominio senese sotto laprotetione dcl re Christianissimo. Bibliolh. nat., ms. ital. 277. — L'élat est sifçné de H. de Mesmes et de BarriUon. II s'agit évidemment d'Antoine de BarriUon, maître ordinaire en la chambre des Comptes, lils aîné de l'auteur des mémoires. Cf. Paulin, Paris, Les Manuscrits français de la Bibliothèque du roi, IV, pp. 287-296.

En 1560, le roi confie à Monluc et à Charles de La Rochefoucault, comte de Randan, une ambassade en Angleterre; le prélat adresse un discours à la reine Elisabeth en lui remettant une protestation de François II et de Marie Sluarl K Les deux ambassadeurs parviennent à rétablir la paix entre l'Angleterre et rÉcosse. La même année, le 23 août, Monluc prononce une harangue à l'assemblée de Fontainebleau 2. En 1561 il prend la parole au colloque de Poissy et réussit presque à établir un accord entre les catholiques et les protestants.

La dernière des ambassades de Monluc, celle dont il est chargé en Pologne au mois de juillet 1572, est restée la plus célèbre. On peut en suivre tous les détails dans l'ouvrage du marquis de Noailles ^, Les pouvoirs remis à l'évéque par Henri de Valois sont datés du 1" septembre 1572, huit jours après la Saint-Barthélémy *. Les instructions qui lui sonl données, à lui et à Pierre Gilbert, sieur de Malloc, conseiller au parlement de Grenoble, sont du 6 septembre ^ L'effroyable tragédie qui avait ensanglanté la France rendait la tâche de l'ambassadeur des plus difficiles S cependant il réussit à persuader aux Polonais que le roi et le duc d'Anjou étaient restés étrangers au massacre. Son talent d'orateur le servit encore merveilleusement et décida de l'élection du prince français.

Le 10 avril 1573, l'ambassadeur prononce un grand discours au sein de la diète assemblée à Varsovie. Cette fois c'est en latin qu'il s'exprime, avec une abondance qui provoque l'admiration universelle ^

' Brunet, IV, 910.

* Bijîlioth. nat., ms. fr. 513, fol. 340; Mémoires de Condé, éd. de 1743, I, pp. 555-568.

' Henri de Valois et la Pologne en 157S; t>aris, 1867, 3 vol. in-8.

* Noailles, III, p. 3.

" Ibid., p. 4.

« Il laut lire les lettres adressées de Konin à Brulart, le 20 novembre 1572 et le 20 janvier 1573 (Noailles. III, pp. 217, 233), au roi, le 22 janvier 1573 [ihid., IH, p. 218), à Guy de Saint-Gelais, sieur de Lansac, le 31 mars 1573 [ihid., III, p. 329).

' On peut voir dans les mémoires de Jean Choisnin avec quel soin Monluc avait préparé son discours et avec quelles acclamations il fut accueilli.

Voulant à tout prix réussir, il prend alors une série d'engagements de la plus haute importance, engagements auxquels il associe tantôt Guy de Saint-Gelais, sieur de Lansac, tantôt Gilles de Noailles, abbé de Llsle. Le 18 avril, il promet que Henri de Valois, s'il est élu, épousera l'infante de Pologne, Anne Jagellon. Le 26 avril, il promet que le prince restituera aux Lithuaniens les provinces qui leur ont été enlevées *. Le 30 avril, il promet loule liberté à l'Église grecque orientale ^. Le 14 mai, il fait la môme promesse aux prolestants ^ Tous ces engagements sont confirmés par un serment solennel que prêtent en même temps les trois ambassadeurs du roi : Monluc, Noailles et Lansac *. Le 21 mai, l'évêque de Valence fait une nouvelle déclaration touchant la volonté qu'a le roi d'épouser Anne Jagellon ^

En dehors de ces actes officiels, Monluc emploie tous les moyens pour gagner isolément les membres de la diète. Au moment de quitter Varsovie, d'où lep ambassadeurs devaient s'éloigner avant l'élection, il prononce, le 25 avril, une seconde harangue qui, dit Jean Choisnin, lui donne plus de nom encore que la première ^. En même temps il fait circuler en Pologne un factum italien qu'il écrit lui-même, en l'attribuant à un gentilhomme polonais ^ Nous regrettons de n'avoir pu retrouver cette pièce.

* Marquis de Noailles, Henri de Valois, 1867, IIÏ, pp. 399-402. ^ Ihid., III, p. 402.

Ubid., III, pp. 409-411.

* Ihid., III, p. 411.

» Ihid,, III, p. 412.

* Ibid., II, p. 310.

^ « Le huictiesme jour de la diette », dit l'auteur anonyme d'une relation très précise, « fut présenté par nous ung discours en italien faict par de Channy [= Choisnin ?], secrétaire de monsieur de Valence, au palatin de Cracovye, grand mareschal, et au mareschal de la court de Lituanie, lesquelz, encores qu'ilz nous fussent contraires à cause de la religion, touteffoys, aiant leu ledit discours et entendu plusieurs remonstrances, enfin ont confessé qu'il n'y avoit personne plus propre et digne de leur couronne que Monseigneur; et depuys se sont demonstrez fort affectionnez à nostre party ». (NoaiUes, III, p. 280.)

Jean Choisnin parle aussi dans ses mémoires de ce discours italien, mais n'en revendique pas la paternité. Il rapporte qu'il fut rédigé « par ledict sieur evesque de Valence, faisant semblant que ce fust un gentilhomme pollac ». (Ihid.y III, p. 281, en note.)

L'ambassadeur choisit sans doute l'italien pour combattre plus sûrement le nonce du pape, le cardinal Gio. Francesco Coramendoni, qui soutenait la candidature de l'archiduc Ernest d'Autriche. Les gentilshommes polonais entendaient mieux l'italien que le français, car les jeunes gens de l'aristocratie allaient de préférence étudier à Padoue K

Nous n'ajouterons rien sur Jean de Monluc 2 ; il ne figure dans celte étude qu'en raison de ses discours italiens. Souhaitons seulement que sa vie soit enfin mieux connue dans ses détails. Jean a été en relations avec tous les personnages les plus marquants du XV1« siècle; son historien aurait à traiter les questions les plus diverses, en même temps qu'il écrirait un véritable roman.

Biaise de Monluc savait, lui aussi, l'italien; ce fut la langue qu'il employa pendant les années qu'il passa en Italie, soit comme gouverneur de Sienne, soit comme lieutenant du roi en Toscane. Les lettres que nous possédons de lui ^ ont un caractère officiel, et sont l'œuvre de secrétaires; mais nous savons

* Voy. les deux publications de M. St. Windakiewiez : Voy. Ksiegi Nacyi polskiej w Padwie. W Krakowie, w drukarni, « Czasu », 1888. In-8.

Protôkoly z gromadzén Nacyi polskiej w Padwie. W Krakowie, 1890. In-8.

' Disons seulement qu'il mourut à Toulouse le 3 avril 1579. Catherine de Médicis, dont il avait été le plus fidèle et le plus habile serviteur, ne lui donna même pas une parole de regret. Voy. Lettres de Catherine .de MédiciSy VI (1897), p. 343.

3 Vov., à la suite des Commentaires (éd. de Ruble), les lettres de : Sienne, âl juillet 1554 (IV, p. 11).

»> l»"" août 1534 (IV, p. 13).

(IV, p. 14).

» 1554, « per monsignor di Biron » (IV, p. 24). » 25 janv. 1555, au maréchal Piero Strozzi (IV, p, 30). » 15 mars 1555 » (IV, p. 44).

Montalcino, 24 déc. 1556, à Mgr de Giuliani (IV, p. 63). » 24 mars 1557, au duc de Florence (IV, p. 67).

24 juillet 1557, » (IV, p. 86).

» 10 août 1557, à Jacomo Cinucci (IV, 88).

San Casciano, 27 sept. 1557, au duc de Florence (IV, p. 92). Ajoutez l'ordonnance datée de Grossetlo, 18 oct. 1557 (IV, p. 94).

qu'il pouvait au besoin improviser lui-même des harangues italiennes. Le maréchal nous raconte en effet que, en 1556, il s'embarqua, dans le port de Marseille, sur un des navires du baron de La Garde, et qu'il descendit à Cività Vecchia, oii il prit la poste pour se rendre à Rome. Il y trouva le peuple en grand désordre, hors d'état de résister au duc d'Albe. 11 s'efforça de calmer les esprits. « Et parce f|u'il sembla advis à messieurs les cardinaux d'Armagnac et Du Bellai,de Lansac etd'Avanson, » ajoute-t-il, « que, si je faisois une remonstrance aux cappilaines commandans en la citlé, pour leur apprendre l'ordre que j'avois tenu à Sienne, qu'ilz le prendroinct en meilleure part de moy que de tout autre, leur souvennant et à toute la citté de la repputalion que j'avois acquise audlct siège; monsieur le mareschal de Strossi et monsieur le cardinal Caraffe feurent de ladicte oppinion; et firent venir tous les capporiaus et tous leurs cappilaines, enseignes et lieutennens dans la basse cour du logis de monsieur d'Avanson, qui pour lors estoit embassadeur; et là je leur fis la harangue qui s'ensuit, en la présence desdicts sieurs, en langage ytalien. Monsieur de Lansac est en vie, qui me dict qu'il n'eust jamais pensé qu'ung Gascon feusl devenu bon Ytalien K »)

Monluc rapporte son discours en français ; nous n'en reproduirons pas le texte.

* Commentaires, éd. de Ruble, II, pp. 165-166.

FRANÇOIS DE VERNASSAL

Quatre poètes ont illustré le Quercy au XVP siècle : Clément Marot, Hugues Salel, Olivier de Magny et François de Vernassal. Ce dernier est le moins célèbre des quatre : il semble avoir disparu tout jeune avant d'avoir eu le temps de produire les chefsd'œuvre que ses amis attendaient de lui.

La vie de Vernassal est inconnue; on peut conjecturer qu'il était né vers 1520 ou 1525. Où avait-il étudié? Nous l'ignorons. Tout ce que nous savons, c'est que, initié de bonne heure à la connaissance de l'espagnol et de l'italien, avec la facilité propre aux méridionaux, il s'éprit d'un goût particulier pour les romans de Palmerin, qu'il voulut contribuer à faire connaître en France. En 1546, on trouve quelques vers signés de son nom, et accompagnés de la devise : Avec le temps, en tête de VEistoire de Palmerin d'Olive y publiée par Jean Maugin. En 1547, il composa un dixain en faveur de Davide Finali ou Del Finale ^

En 1550, il publia lui-même VHistoire de Primaleon de Grèce, Voici la description de ce volume qui donne à Vernassal le droit d'être classé parmi les Français italianisants :

L'Histoire de || Primaleon de Grèce conti- || nuant celle de Palmerin d'Oliue || Empereur de Constantinople son père, na-

' VEpitome de David Finarensis, médecin, de la vraye astrologie et de la reprouvée. Paris, Estienne Groulleau, 1547, in-8.

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