‹ Les Français italianisants au XVIe siècleChapitre 58 sur 67 · XVI. — FRANÇOIS DE VERNASSAL · texte numérisé non relu

XVI. — FRANÇOIS DE VERNASSAL

guérite (fol. biiij v®), et lui dédie même la dernière des pièces jointes à VHymne, Dans le même volume, Nicolas Denîsot, autrement dit « le conte d'AIsinois », exalte les poètes quércinois et cite également Vernassal (fol. i i «*). En 1554, Magny adresse à son compatriote des vers insérés dans Les Gayetez *, vers semblant montrer que notre poète avait quelque peine à gagner sa vie :

Mon Vernassal, puisses- tu vivre Des seings entenaillez délivre!

En 1557, Magny lui dédie encore un sonnet qui fait partie des Soupirs (le CXXXIV»); mais déjà peut-être notre poète avait cessé de vivre : nous ne savons rien de lui après celte date. Les pièces originales provenant de Tancien Cabinet des titres mentionnent un Vernassal, capitaine du château de La Roque en 1570, et Maximilian de Vernassal, « lieutenant reformé, à la suitte du régiment de cavallerie du roy » en 1585 ^; elles sont muettes sur le traducteur de Primaleon.

* Éd. Courbet, 1871, p. 83.

* Bibiioth. nat., ms. fr. 29454, dossier 65968.

Joachim Du Bellay, qui, en 1553, suivit à Rome son cousin le cardinal, consacre dans ses Regrets tout un sonnet à un personnage sur lequel les commentateurs ont été muels jusqu'ici. Voici ces vers, qui ont été le point de départ de nos recherches :

Le Breton est sçavant et sçait fort bien escrire En françois, en tuscan, en grec et en romain ; Il est en son parler plaisant et fort humain, Il est bon compagnon et dit le mot pour rire;

Il a bon jugement et sçait fort bien eslire Le blanc d'avec le noir ; il est bon escrivain, Et, pour bien compasser une lettre à la main, Il y est excellent autant qu'on sauroit dire ;

Mais il est paresseux et craint tant son mestier Qne, s'il devoit jeûner, ce croy-je, un mois entier, Il ne travailleroit seulement un quart d'heure;

Bref, il est si poltron, pour bien le deviser. Que, depuis quatre mois qu'en ma chambre il demeure. Son umbre seulement me fait poltronniser *.

* Les Regrets et autres Œuvres poétiques de Joachim Du Bellay Ang.y éd. de 1559, in-40, fol. 15; éd. de 1876, in-16, p. 39; éd. Marty- Laveaux, II (1867), p. 196.

Qui était ce Le Breton qui savait si bien écrire en plusieurs langues, notamment en italien ? Nous croyons pouvoir l'identifier avec un Le Breton qui passa une partie de sa vie à Rome et qui mourut chanoine de Paris.

Nicolas Le Breton, né en 1506 S éludia certainement en Italie; nous ne savons quelle université il fréquenta, mais il y a quelque apparence que ce fut celle de Padoue, où plus tard il envoya son neveu Lazare Coqueley.

Ce qui est certain, c'est qu'il se distingua de bonne heure comme humaniste et fut connu à la fois en Italie et en France. C'est à lui que fait allusion Ortensio Lando, qui cite, parmi les personnages assistant à une discussion soutenue par Camilla Bernardi Guinigi : Pomponio Trivulzio, Eslienne Dolet, Niccolô Brittonio, Gaudenzio Merula et Jacopo Sadolelo ^. En 1537, Salmon Macrin parle à deux reprises de <• Nicolaus Brilannicus Campanus^ », et Jean Visagier, ou Vulteius, lui adresse des vers *.

Rentré en France vers 1536, Nicolas eut l'honneur d'être choisi pour initier la fille du roi, Marguerite, la future duchesse de Savoie, aux premiers principes de la langue italienne. Celte princesse était née en 1523; elle pouvait avoir treize ans ^ Nous ignorons combien de temps dura cet enseignement. Le jeune maître profila des relations qu'il s'était créées à la cour pour obtenir un poste de secrétaire d'ambassade, c'est du moins ce qu'il nous donne à entendre quand il nous dit qu'il a été dans divers pays au service du roi ^. 11 est probable que notre auteur

* Voy. l'épitaphe reproduite ci-après, p. 286.

* Philaletha, Polytapiensi cive, authore, Forcianae Quaestiones in quibus varia Italorum ingénia explicantur, multaque scitu non indigna (Neapoli, Martinus de Ragusia, 1536, in-8). — Nous citons ce volume d'après Ireneo Sanesi, Il cinquecentista Ortensio Lando, 1893, p. 70.

^ Salmonii Macrini Hymnorum Libri VI (Parisiis, Rob. Stephanus, 1537, in-8), pp. 102, 177. — Nous devons cette indication et la suivante à M. Jacques Roulenjîer.

* Joan. Vulteii Rhemensis Epigrammatum Libri III (Lugduni, ap. Michaelem Parmantarium, 1537, in-8), p. 220.

- * Voy. le début de l'épître à Marguerite citée plus loin, p. 278.

* Ibid.

élait engagé déjà dans les ordres ecclésiastiques ; il l'élait, en tout cas, quand il devint secrétaire du cardinal Robert de Lenoncourt *. Cette qualité lui est donnée sur le titre d'un petit volume qu'il lit imprinaer à Rome en 1549. Il s'agit d'une traduction très étudiée de l'oraison funèbre de François I" prononcée en l'église Notre-Dame de Paris, le 3 mai 1547, par Pierre Du Chastel, évéque de Mâcon ^. Voici la description de ce très rare volume :

Orazion funèbre II bellissima II fatta ne l'essequie del Chrislianiss. Il Re Francesco. || Laquale, contenendo sotto breuità le imprese, gli esserciti, i || fatti d'arme, le rotte, le vittorie, le

* En 1544, Jean Martin se qualifiait encore secrétaire du cardinal de Lenoncourt, comme on le voit par le titre de VArcadie de messire Jaques Sannazar (Paris, Michel Vascosan, 1544, in-8). Ce ne fut donc que vers 1545 que Le Breton lui succéda.

* Le texte original français de l'oraison funèbre est imprimé, sans nom d'auteur, dans le recueil suivant :

Le Trespas, Obsèques, || & enterrement de treshault, trespuissant, Il & tresmagnanime François par la grâce || de Dieu Roy de France, treschrestien, pre- 1| mier de ce nom, prince clément, père des || ars & sciences. || Les deux sermons funèbres prononcez es- 1| dictes obsèques, lung à Nostre dame de || Paris, l'autre a Sainct Denys en France. || De Vlmprimerie de Robert Estienne Im- \\ primeur du Roy. Il Par commandement & Priuilege || dudict Seigneur. S. d. [1547], in-8 de 136 pp., lettres rondes, marque au titre.

Biblioth. nat. Lb^". 106 B.

Le Trespas, Obsèques, et || Enterrement de treshault, trespuissant, & tresma || gnanime Fràcois par la grâce de Dieu Roy de Frâ || ce, treschrestien, premier de ce nom, prince clément || père des ars & sciences. || Les deux sermons funèbres prononcez esdictes obse-|| qucs, l'ug a Nostre dame de Paris, l'autre à Sainct || Denys en France. || De l'Imprimerie de Rob. Estienne Imprimeur du Roy. \\ Par Commandement & Priuile- Il ge dudict Seigneur. S. d. [1547], in-8 de 106 pp., lettres ital., marque au titre.

Biblioth. nat., Lb^^ 106. A.

Pierre Du Chastel, qui s'était instruit dans de nombreux voyages, avait dirigé l'éducation de Marguerite de France (voy. l'épître citée ci-après, p. 279) ; c'est alors que Le Breton avait dû entrer en relations suivies avec lui. En 1537, Salmon Macrin, dans ses Odes, le qualifiait lecteur du roi (anagnostes regius). En 1539, il avait obtenu l'évêché de Tulle, siège qu'il échangea, en 1544, contre celui de Mâcon. Il mourut le 3 février 1552.

infelicità, le prosperi- 1| ta, la grandezza de l'animo, il buoa consiglio, la giusti- 1| zia, la benignità, & la liberalilà con tutte le altre || virtù di quel Re, dimostrale in guerra, & in || pace, cosi ne la vita, come ne la raorle; || serue- corne per vn piccol compendio de || le historié de' tempi nostri; & come || per vn chiaro specchio, non pur à || Priucipi, ma ad ogni priuato || huomo, che voglia honora || tamente viuere, et Chri || stianamente || morire. || Trasporlata di Francese in lingua llaliana regolata || per M. Nicolo Britonio Secretario del || Cardinal di Lenoncorte. || In Roma, VAnno M. D. XLIX [1549]. — [A la fin :] Siampata in Romaj in Campo di Fiore \\ per, M. Antonio Blado. Il M. D. XXXX Vllll [1549]. In-8 de 32 fï. non chiffr., sign. A'Dy car. ital.

Les ff. Aij'Aiiij contiennent une épître dédicatoire que nous transcrivons ci-après :

» A Madama, madama Margarita di Valoes, figliuola del christianissimo re Francesco,

» Dapoichè ne la vostra prima giovanezza vi piacque imparar da me i primi principii de la lingua italiana, io ho sempre havuto un intense desiderio di moslrarvi in qualche modo quanto io mi vi tenga a0ezzionato et obbligato di tanto honore ; ma la bassezza de Io stato mio et l'altezza del vostro me n'hanno lolto il potere, si come anco ha fatto la Fortuna, la quai, baiestrandomi in diversi paesi ne' servigi del mio signore et tenendomi del continue lonlano da la corte, m'ha privato di moite occasion! di potervi dar di ciô quei présent! segni che più mi sarebbono stati cari. Ma, perseverando io ogni hora più saldamente nel mio volere, il quai ne distanza di luogo, ne lunghezza di tempo han potute in alcuna parte diminuire, mi se n'è pur offerta una, la quai tuttavia io non sarei stato oso di pigliare, dubitando non fosser per dever esservi grave et noiosa per la ricordanza che ella porta seco de la maggior perdita che voi habbiate ancor fatta, se la notitia ch'io ho de la vostra somma prudenzia et fermezza accompagnala da i conforli d'alcuni de' vostri più aftettionati servidori, non m'havessero assicurato fermamente che ella vi piacerebbe. Questa è, madama, la prima orazione che monsignor di Macone fece et recitô in lingua fran-

cese a le essequie de la felice memoria del re vostro padre ; la quale, SI corne fu recitata, secondo che io intendo, con tulte le parti et l'eccellenzie de Tattione, cosi anco è scritta in altissimo stile, et con dottrina et con eloquentia meravigliosa raccoglie in piccol cerchio le ampissime et'vere laudi di quel principe glorioso, le quali la brevità del tempo non lasciô scorrere et dilatarsi in aperto campo, senza che ella è cosi piena d'affetti et di compassione, che, per la prova che se n'è fatta, io tengo per fermo ch'ella possa non che altrui intenerire la crudeità stessa et trarle per forza le lagrime de gli occhi. Laonde a me et a tutti coloro che Than vista è paruta degnissima d'esser letta da tutto il mondo, stimando che ne la lingua greca, ne la latina non ne habbia un' altra si fatta. Et a questo fare, quanto in me era, subito mi diedi a volgerla in lingua italiana, con intention primieramente di famé dono a voi, nobilissima madama, in segno et impegno di quanto io mi vi sento esser tenuto, et parimente de la riverenza et divozion mia verso di voi, et appresso per lasciare in queste parti, tra cotanti al tri che ce ne sono, questo alto come trofeo et questo perpetuo testimonio de le virtù et de le sanle opère di quel gran re; le quali, conosciute per prova ne la sua honoratissima vita et confermate ne la sua veramente christianissima et catolica morte, et risonate da cosi chiara tromba, haverebbon forza d'innalzare ogni animo basso a viver virtuosamcnte, et d'infiammare ogni freddo petto di pietà et d'amore. Et ultimamente per render celebri et famosi appresso a quesla natione come sono appô la nostra i dottissimi et divini scritti di monsignor di Macone, il quai non penso già che sia per havere a sdegno questa mia fatica, si perche io so quanto egli è di sua natura gentile, si perche, si come io confesso liberamente di non esser arrivato a gran pezza a l'altezza et a la leggiadria del suo dire, cosi allencontro credo di potere affermar con vero d'haver rappresentati interamen te i suoi sentimenti senza mai discostarmene, et quanto ha patito la natura di questa lingua, senza mutar mai ne i modi ne le figure del parlare.

» Piacciavi adunque, eccellentissima madama, con quella benignità che vi lasciô il vostro gran padre per heredità con cotante altre virtù, d'accettar questa leggiadra operetta, la quai vi si conviene et per essere voi germe degnissimo di quella felice planta, de i cui pretiosi frutti in essa si ragiona et per ragionarne colui che v'ha cosi be»e istrutta et adornata di tutte le buone lettere che homai sele maravigliosa non solo in tra i confini del reame de la Francia, ma di tutto il paese christiano, e finalmente per esservi presentata da me che, quale

io mi sia, mi fvi son dedicato per perpétue servidore. Cosi vi doni Iddio lunga et felice vita. Da Roma a' XV di giugno M. D. XLVIII. » Humilissimo et devotissimo servidore :

» NicoLÔ Britonio. »>

Bibliolh. nat., Lb '». 225. Rés. — Biblioteca Alessandrina, à Rome.

L'exemplaire de la Bibliothèque nationale avait échappé à nos recherches jusqu'au moment de la publication de l'article fîn^omo dans le Catalogue alphabétique général. M. L. Halphen avait bien voulu transcrire pour nous les passages essentiels du volume de Rome.

Nous reproduisons aussi le début de l'oraison funèbre en y joignant le texte français original * :

« Nostre ame humiliée en la pouldre, la personne trainee et prosternée en terre, et tious portans les enseignes de sac et de cendre sur la leste et soustenans les peines des effects de la mort, nous pourrions nous tenir de nous condouloir de la cause, qui est que le premier homme créé a l'image et semblance de Dieu en justice originelle, par sa désobéissance et péché, nous a renduz pécheurs et faicl cpndamner par le juste et équitable jugement de Dieu et introduict par sa faulte le règne de péché...? »

« L'anima nostra s'è abbassata ne la polvere e'I corpo nostro giace disteso ne la terra, et noi che portiamo insegna di sacco et di cenere sopra il capo, et che sosteniamo le pêne de gli effetti de la morte, ci potremo noi tenere di non condolerci de la cagione, la quale è che, essendo il primo huomo creato ad imagine et similitudine di Dio ne la giustitia originale, per la disubbidienza et peccato suo ci ha renduti peccatori et fatti condennare per la giusta et diritta sentenzia di Dio, et per il fallo suo ha iutrodotto il regno del peccato... ? ^

* Édition en lettres rondes, p. 41 ; édition en lettres italiques, p. 33.

* La traduction de Le Breton a été reproduite textuellement par Francesco Sansovino dans le recueil intitulé : Orationi volgarmente scvitte da molii huomini illustri de' tempi nostri^ I (Venetia, appresso Francesco Rampazetto, 1562, in-4), fol. 181-192.

Mazzuchelli ne mentionne pas notre Britonio. M. Domenico Bernoni ne cite pas non plus ÏOrazion funèbre dans l'ouvrage inlilulé : Dei Torresani, Blado e Ragazzoni^ celebri stampatori a Venezia e Roma nel XV e XVI secolo, 1890.

Le cardinal Robert de Lenoncourt, dont « Brilonio » était le secrétaire, était à Rome en 1547 *; il y était encore au printemps de 1549 2. Le secrétaire le suivit-il en France? Nous l'ignorons, c'est à Rome que nous le retrouvons quelques années plus tard. Le Breton est alors au service de tous les cardinaux français, comme nous le voyons par des lettres de lui, datées d'octobre 1554 et d'avril 1555, qui nous ont été conservées ^ C'est vraisemblablement à cette dernière année que se rapporte le sonnet de Du Bellay *. Le 28 avril 1555, Le Breton part pour Montalcino S' le 23 juin suivant, il est à Borgo San Martino ^

Dès lors, l'abbé français passe au service du cardinal Charles de Lorraine, qu'il suit en France. On possède une lettre de lui, datée de Saint-Germain-en-Laye, le 24 novembre 1556 \ où l'on voit qu'il s'occupait déjà des affaires de ce puissant personnage. L'imprimeur parisien Philippe Danfrie le qualifie secrétaire du cardinal en lui dédiant l'édition du Discours de la court de François Gentillet (1558) ^ Au commencement de l'année suivante, Le Breton obtient, grâce à son protecteur, un canonicat à l'église de Paris. Il y est reçu, le 2 avril 1559, sur la résignation d'Antoine Minart. Il est qualifié alors « prêtre du diocèse de Lan-

* Voy. Ribier, Lettres et Mémoires d'État, 1666, II, p. 319.

' Lenoncourt fut un des cardinaux qui, le 14 mars 1349, offrirent au peuple de Rome la fête restée célèbre sous le nom de « sciomachie ». Voy. Rabelais, éd. Jannet, VI, p. 45.

' Lettres au connétable Anne de Montmorencv, en date de Rome, 6Pt 15 octobre 1554 (Bibl. nat., ms. fr. 20643, fol. 106, 117, copies) ; lettre à M. de Beauregard, chevalier, conseiller du roi et secrélaire de ses finances, en date de Rome, 1555 {ibid., fol. 142, copie).

* Le poète vivait alors avec Le Breton dans une étroite intimité; mais par la suite il dut se brouiller avec lui. Joachim se plaint en effet, dans une lettre au cardinal Du Bellay, en date du 31 juillet 1559, que « ung escrivain Breton », à qui il avait communiqué à Rome un certain nombre de ses écrits, les ait montrés et même en partie publiés. {Lettres inédites de Joachim Du Bellay, publiées par P. de Nolhac, p. 43.)

* Dans la lettre du 27 avril 1555, Nicolas dit qu'il doit parlir le lendemain pour Montalcino.

* Lettre au connétable (Bibl. nat., ms. fr. 20643, fol. 147, copie).

^ Bibl. nat., ms. fr. 20529, fol. 114 (original signé : « Nicolas Breton »).

* Catal. Rothschild, I, n* 653.

gres ^ ». Il suit le cardinal de Lorraine dans des déplacements. Le 18 septembre 1559, il contresigne une ordonnance rendue par le prélat comme archevêque de Reims 2.

Vers le même temps, Le Breton paraît avoir été pourvu d'un office de conseiller au Parlement de Paris. Nous n'avons pu retrouver la date ni de ses provisions, ni de sa réception; mais cette qualité nouvelle lui est donnée en 1560, alors qu'il est élu doyen de l'église de Noyon ^. Dans le courant de la même année, il est député aux États d'Orléans par les chanoines de ladite église de Noyon *.

En 1561, notre auteur assiste au colloque de Poissy, qui est ouvert le 26 juillet et se prolonge jusqu'au 14 octobre. Il y remplit l'office de secrétaire ^ C'est peut-être à l'occasion de cette réunion qu'il rédige un mémoire sur la qualité attribuée au pape de seul vicaire de Jésus-Christ ^

Le cardinal de Lorraine, après avoir joué le principal rôle au colloque de Poissy, se rend en 1563 au concile de Trente, et

* Arch. nat., reg. LL. 242, p. 99. (Communicalion de M. Tabbé Lévêque, bibliothécaire de Saint-Sulpice.)

* Louis Paris, Négociations, Lettres et Pièces diverses relatives au règne de François II (Paris, 1841, in-4<»), p. 125.

' Gallia christiana, IX, col. 1036.

* Collection des procès-verbaux des assemblées générales du clergé de France depuis 1560, 1 (1767, in-fol.), p. 4.

* « Au milieu du circuit, il y avoit un tapis vert sur une table sur laquelle deux notaires, qui avoient fait et preste le serment à la compagnie, escrivoient les délibérations et conclusions qui se faisoient en ladite assemblée, l'un nommé Le Breton, avec un autre ; lesquels avoient un horloge de sable pour voir combien de temps on seroit à l'assemblée. » Bref Recueil et Sommaire de ce qui s*est passé en la ville de Poissy durant VAssemblée des prélats de l'Eglise gallicane, ms. dans la bibl. du séminaire de Saint-Sulpice. (Communication de M. l'abbé Lévêque.) L'autre secrétaire est appelé Guillaume Blanchi dans les Procèsverbaux du clergé, 1561 fms. de la même bibliothèque.)

* La bibliothèque du séminaire de Saint-Sulpice possédait jadis, sous la cote M 71a, un recueil manuscrit dans lequel se trouvaient diverses pièces émanant du cardinal de Lorraine et un « Éîctrait d'une lettre du sieur Breton, son secrétaire, touchant la qualité de seul vicaire de Jesus-Christ attribuée au pape. » Voy. le Dictionnaire des théologiens, de l'abbé Drouyn (Bibl. nat., ms. fr. 22850, p. 220). — Note communiquée par M. l'abbé Lévêque.

Le Breton l'y accompagne *. La parfaite connaissance que le secrétaire possède des choses italiennes lui permet de remplir certaines missions confidentielles à Rome ^.

Pierre Boaistuau, dit Launay, dédiant à Le Breton, en 1564, son Histoire de Chelidonius Tigurinus, lui donne, outre la qualité de secrétaire du cardinal de Lorraine, celle d'abbé de Saint- Sidoine. L'abbaye de Saint-Sidoine, ou de Saint-Saëns, située dans le diocèse de Rouen, avait été presque entièrement détruite par un incendie en 1450; il n'y avait plus de moines au XVI« siècle, et ce ne fut qu'en 1629 qu'elle fut restaurée comme monastère de femmes ^. Le bénéfice devait donc être de peu d'importance. Le Breton possédait heureusement d'autres revenus. Des actes des 25 janvier, 9 et 23 février 1564, nous le montrent cessionnaire d'une maison assise à Paris sur le port Saint-Bernard, à l'image Saint-Bernard. Cette maison, sur laquelle Jean Champaigne, marchand boulanger, demeurant à Saint-Laurent-lès- Paris, lui avait vendu, le 7 avril 1561, une rente de 50 1. t., lui est abandonnée par Marguerite Hamelin, femme de Martin Dalondel, boulanger, précédemment veuve de Jean Coquillart, puis dudit Jean Charapaigne *. Le 5 juin 1565, nous voyons le chanoine acheter divers biens provenant d'un héritage recueilli par Jeanne Champaigne, femme de l'imprimeur Philippe Danfrie, notamment une créance sur le cardinal de Ferrare °.

En 1567, « M'^ Nicolas Breton, doyen de Noyon », est député par la province de Reims à l'Assemblée du clergé ®. Il y pré-

* Gallia christiana, IX, col. 1036.

* Au mois de mai 15«3, « cra tomate da Roma il secretario del Lorena mandate da lui par iscolparsi délie imputazioni chc gli erano date di far il capo di partilo; il quai era stato raccolto dal ponlefice con dimostrazione d'amorevolezza, e mostrato di creder la sua esposizione... » Fra Paolo Sarpi, Opère, 1763, in-4o, II, p. 301.

3 Gallia christiana, XI, col. 324-325.

* Arch. nat., M. 357, dossiers I-II. (Communication de M. Al. Bruel.)

* Arch. nat., dossier cité. — Pichon et Vicaire, Documents pour servir à l'histoire des libraires de Paris, 1895, p. 61.

* Collection des procès-verhaux des assemblées générales du clergé de France depuis 1560^ I (1767, in fol.), p. 43.

sente même, à la séance du 31 décembre, certaines revendications territoriales du chapitre de Noyon *.

Pendant plusieurs années, nous savons peu de choses du chanoine parisien ; son épilaphe nous apprend seulement qu'il retourna en Italie, qu'il fut secrétaire du pape Pie V 2, et vicaire du préfet d'un territoire pontifical.

A la mort de Pie V, Le Breton revint en France. Nous voyons, dans un acte reçu par un notaire parisien, que, le 25 février 1573, Philippe Danfrie, graveur en mathématiques, demeurant rue des Carmes », lui confia la garde d'une somme de 500 1. t. qui devait être rendue à la première réquisition. Par le môme acte, Danfrie instituait sa femme, Jeanne Champaigne, sa procuratrice pour plaider et recevoir toutes sommes de deniers *. Celte Jeanne Champaigne devait être parente de Nicolas Le Breton, et il y a quelque apparence que notre chanoine était également parent de Richard Breton, l'imprimeur qui fut un moment l'associé de Danfrie ^

La qualification de « prêtre du diocèse de Langres » donnée à Nicolas en 1559 témoigne qu'il était originaire de la Champagne ou de la Bourgogne, et concorde parfaitement avec ce que dit Salmon Macrin, qui l'appelle « Nicolaus Britannicus, Campanus « ».

^ Procès-verbal de V Assemblée générale du clergé de France tenue à Paris en 1561, ms. à la bibl. du séminaire de Saint-Sulpicc, pp. 337-338. (Note de M. l'abbé Lévêque.)

' Pie V Ghislieri régjna du 17 janvier 1566 au 1«' mai 1572. Un des manuscrits qui nous ont conservé l'épitaphe dit cependant Pie IV et non Pie V. Voy. ci-après, p. 286.

' Au sujet de cet artiste, qui devint, en 1582, graveur des monnaies, voy. notre Note sur Venlumineur parisien Guillaume Richardière et sur son beau-père Philippe Danfrie^ dans le Bulletin de la Société de l'histoire de Paris, 1889, p. 35.

* Pichon et Vicaire, Documents pour servir à l'histoire des libraires de Paris, 1895, p. 61.

* Ainsi qu'on l'a vu, Nicolas est appelé tantôt Le Breton et tantôt Breton. — Richard Breton était établi libraire dès 1551. Il fut associé avec Philippe Danfrie en 1558 et 1559, puis exerça de nouveau seul. 11 dut s'enfuir en 1562 pour cause de religion, mais revint à Paris en 1564. Il mourut en 1571 ou 1572. Voy. Ph. Renouard, Imprimeurs parisiens, 1898, p. 45; Documents sur les imprimeurs, libraires, etc., ayant exercé à Paris, 1901, pp. 28 et 60.

* Voy. ci-dessus, p. 276.

XVn. — NICOLAS LE BRETON 285

Y avail-il un lien entre lui et Jean Le Breton, baron de Mondoucet, seigneur de Colombiers, puis de Villandry S qui fut secrétaire d'État pour les finances sous François P% qui tomba en disgrâce en 1542 2, et mourut en 1556 3? Nous ne le pensons pas. Nous constatons pourtant que plusieurs des lettres conservées en copie à la Bibliothèque nationale portent celte mention de la main d'un secrétaire ancien (du XVÏÏ% peut-être même du XVI« siècle) : Lettre de M. de Villandry,

Le 20 mars 1574, Nicolas Le Breton résigna son canonicat à son neveu Lazare Coqueley, sous-diacre du diocèse de

* Le 4 mars 1532 (n. st.), Jean acheta la terre de Colombiers, mais il en changea presque aussitôt le nom pour celui de Villandry (Carré de Busserolle, Dict. d'Indre-et-Loire, VI, p. 413).

* Fauvelet du Toc, Histoire des secrétaires d*État, 1668, in-40, p. 24. ^ D'Anne Gédoin, sa femme, Jean laissa au moins deux fils : Claude,

qui épousa Claude Robertet et mourut, comme son père, en 1556, sans postérité, et Balthazard, qui épousa Madeleine Gillicr (Carré de Busserolle, VI, p. 413; IV, p. 37).

* Arch. nat., reg. LL. 242, p. 126 (communication de M. l'abbé Lévêque). — Lazare Coqueley, né en 15il, était étudiant en droit à Padoue au mois de septembre 1563 (Arch. univ. de Padoue, reg. X, fol. 223 v°). Le 1" août 1364, il y fut élu conseiller pour la nation de Provence (reg. XI, fol. 4). Il y fut probablement le camarade de Claude Turrin, qui lui dédia des sonnets (Œuvres, 1572, sonnets 59 et 67, fol. 66 yo et 69). Il devint conseiller au Parlement de Paris, où il fut reçu le 12 décembre 1572 (Fr. Blanchard, Les Presidens au mortier du Parlement de Paris, 1647, in-fol, II, p. 91). Il fut député du clergé de Paris aux États de Blois, en 1588. On possède de lui des harangues et des lettres du temps de la Ligue (Bibl. nat., mss. Du Puy 240, fol. 175; 313, fol. 167). Il remplit une mission à Bome au printemps de 1589 et reçut du pape de riches présents (Stefano Guazzo, Lettere, 1596, in-80, pp. 389, 439, 443). Une lettre adressée, de Paris, à Coqueley, au sujet de Leiio Gregorio et de Gio. Battista Glraldi Cinzio, nous montre qu'il s'intéressait aux auteurs italiens (ms. Du Puy 348, fol. 24- 25). Il mourut en 1606. Voici le texte de l'épitaphe qui lui fut consacrée à Notre-Dame de Paris :

Bequiescit in pace Lazakus Cocleus, hujus ecclesiae canonicus et archidiaconus Briensis, in

amplissimo Parisiorum senatu consiJiarius, qui, ut animi magnitudine sic morum probitate praestantissimus, cum

in rébus gravioribus senlentiam rogaretur, sic bene semper dixit et magnifiée hujusque eloquentiae summa summam

Langres *. 11 mourut le 1" novembre suivant et fut enterré en l'église Notre-Dame de Paris, où Coqueley lui consacra une épitaphe dont le texte nous a été conservé par Nicolas Parfaict * :

DEC OPT. AX.

Et aeternae memoriae Nicolai Britonii, hujus ecclesiae canonici, Sedisque Sanctae Apostolicae protonotarii, camerarii, secrelarii Pontificis Maximi Pii quinti *, praefecti Terrae Masseae in Urbibus vicarii, nuntii ac secretarii iilustrissimi cardinalis Caroli a Lotharingia, digni eo consulte judicari, qui, cum ob oplimam litteraturam ' et linguarum diiferentium sermonumque peritiam, tum vero ob ingenuam morum probitatem omnisque vitae comitatem atque in nomen romanum imprimis observanliam, civitatc romana donaretur, in consilio conventuque Galliarum religionis apud Pisiacum celebrato, propter singularem ejus in expediendo lidem et celebrilatem, nominati et elati, ac prioris Sancti Venantii :

Lazarus Cocleus, sororis filius, haeres gratissimus, acceplorum beneficiorum memor, moerens posuit hoc monumeutum.

Yixilannos sexaginta octo. Dccessit a partu Virginis anno D.MDLXXIIII. kalendas novemb.

doctrinam commendabat, primae sententiae senator, post[quam] annum aelatis sexagesimum quintum ivisse[t], sui desiderium

bonis moribus reliquit, sed nulli flebilior quam duobus

fratris filiis, quibuscum vitae communis per annos plurimos

communiaque studia fuerant. Amoris hoc et doloris monumentum

patruo bene merito PP.

Claudius Cocleus, hujus aedis canonicus et archidiaconus

Briensis, et Joannes, fratres in senatoriam dignitatem.

(Bibl. du séminaire de Saint-Sulpice, recueil manuscrit de Nicolas

Parfaict. Communiqué par M. l'abbé Lévôque.)

* Recueil manuscrit dans la bibliothèque du séminaire de Saint-Sulpice. Parfaict rapporte cette inscription parmi les « Épitaphes gravées sur les tombes autour du chœur, devant la chapelle de saint Rigobert et de saint Louis, dite communément des Gondy, proche les deux piliers. » (Communication de M. l'abbé Lévêque.)

* Le texte conservé dans l'épitaphier des Archives nationales (LL 383 b) porte : Pii IV.

* Le même texte porte : litterarum.

XVn. — NICOLAS LE BRETON 287

Ces vers sont gravés sur ladite tombe * :

Moribus antiquis canaque a aetate, Britoni, Sub lapide hoc spolium b linquis inane tui.

Te Roina adscivit c, genuit te Gallia civem ; Tu lamen es neutri civis, utrique dolor :

Eripuere suum moestis te sidéra terris, Sic demum verae reddilus es palriae.

* Ces trois distiques sont de Jean Passerai et se retrouvent dans ses œuvres sous le titre de : Nicolai Britonii, natione Galli et civitate romana donatU Epitaphium. Voy. Joannis Passeratii, eloquentiae professoris et interpretis regii, Kalendae januariae et varia quaedam Poematia (Parisiis, apud Giaudium Moreilum, 1606, in-S»), p. 208; Delitiae C poëtarum gallorum (1609, in-16, III, p. 147). — Voici les variantes qu'offre le manuscrit de Nicolas Parfaict : a, senaque; b, corporis hic spatium ; c, optavit.

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