JOACHIM DU BELLAY
On n'attend pas de nous une notice détaillée sur Joaclûm Du Bellay ; trop d'études récentes nous ont fait connaître sa vie pour que nous ayons la prétention de rien ajouter à ce qu'ont dit nos devanciers ^
Joachim, né vers 1523, à Lire, sur la rive gauche de la Loire, en face d'Ancenis, fut élevé par son frère aîné, René, beaucoup plus âgé que lui. Nous savons par lui-même que sa première instruction fut négligée; mais il regagna plus tard le temps perdu. Sa santé, qui fut toujours chancelante, le força de rester longtemps immobile; ce repos forcé lui permit de se livrer à l'étude des poètes grecs et latins ; mais déjà toutes ses préférences s'étaient portées sur sa langue maternelle. Cette prédilection était alors un phénomène extraordinaire; il en donna
* Voy. Ch. Liotard, Étude sur Joachim Du Bellay (Nîmes, 1863, in-8) ; Ch. Marty-La veaux, Notice biographique sur Joachim Du Bellay, en tête de ses Œuvres françaises (Paris, Alphonse Lemerre, 1866-1867, 2 vol. in-8), et à part; L. Becq de Fouquières, Notice en tête des Œuvres choisies de Joachim Du Bellay (Paris Charpentier, 1876, in-12) ; Léon Séché, Le Petit Lyre, Angevins et Bretons de la Loire, Origine et Généalogie de la famille Du Bellay, etc. (Paris, Didier, 1880, in-8) ; Pierre de Nolhac, Lettres inédites de Joachim Du Bellay (Paris, Charavay frères, 1883, in-16) ; Henri Chamard, Joachim Du Bellay (Lille, Le Bigot frères, 1900, in-8) ; Léon Séché, Les Origines de Joachim Du Bellay (Revue de la Renaissance, I, .1901, pp. 9-31) et La Vie de Joachim {ibid., I, 1901, pp. 73-93; 129-162, etc.).
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les raisons dans La Deffense et Illustration de la langue françoyse, qui marque une évolution capitale dans l'histoire de notre littérature (1549).
Tout en se consacrant à la poésie française où il parvint à rimer avec un naturel et une aisance qu'aucun de ses contemporains ne put égaler, Joachim ne se faisait pas faute d'imiter les auteurs anciens. Il s'était initié aussi à l'italien, et ses œuvres qui paraissent le plus originales ne sont parfois que d'heureuses traductions de poètes transalpins *.
Lorsque, au printemps de 1553, Joachim entra au service de son cousin le cardinal Jean Du Bellay et partit avec lui pour ritalie, il était déjà en état d'apprécier et de reproduire les beautés des Italiens. Vivant à Rome dans le milieu le plus cultivé, il se perfectionna vite dans leur langue. Non seulement ce fut aux Italiens qu'il emprunta une grande partie de la suite de sonnets satiriques composés par lui dans un accès d'humeur noire *, mais il voulut composer, lui aussi, des rimes italiennes.
Il parle lui-même de ses essais poétiques, dans un sonnet qu'il adresse à Jean de Morel, en même temps qu'il déplore d'être réduit au métier de majordome :
Si tu ne sçais, Morel, ce que je fais icy, Je ne fais pas l'amour, ny autre tel ouvrage; Je courtise mon maistre, et je fais davantage, Ayant de sa maison le principal soucy.
— « Mon Dieu, ce diras-tu, quel miracle est-ce cy Que de voir Du Bellay se mesler du mesnage Et composer des vers en un autre langage ?
Les loups et les aigneaux s'accordent tout ainsy. »
* Voy. Joseph Vianey, Les Sources italiennes de « VOlive » (communication faite au Congrès d'histoire comparée en 1900) ; Maçon, 1901, in-8 ; Le Sonnet LXXXIV de VOlive, dans la Revue d'histoire littéraire de la France, VIII (1901), p. 323.
* Voy. Joseph Vianey, La Part de Vimitation dans les « Regrets » {Rulletin italien, IV, 1904, pp. 30-48), et Emesto Anzalone, Su la poesia satirica in Francia e in Italia nel secolo XVI (Catania, 1905, in-S»).
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— Voila que c'est, Morel : la doulce poésie M'accompagne par tout, sans qu'autre fantaisie En si plaisant labeur me puisse rendre oisif.
Mais tu me respondras : « Donne, si tu es sage, De bonne heure congé au cheval qui est d'aage. De peur qu'il ne s'empire et devienne poussif. » *
II faut croire que Joachim composa toute une série de vers italiens, car dans une pièce adressée à Olivier de Magny qui se lit dans les Jeux rustiques 2, il s'exprime ainsi :
Si est-ce pourtant que je puis Me vanter qu'en France je suis Des premiers qui ont ozé dire Leurs amours sur la thusque lire.
Ces œuvres amoureuses sont perdues ; cependant il subsiste quelque chose des vers italiens de Du Bellay.
Anatole de Montaiglon, que nous aimons à citer comme notre maître, a reconnu qu'un sonnet incomplet et assez incorrect qui nous a été conservé dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale 3, devait être de Du Bellay. Voici ces vers :
Superbi colli et voi, sacre ruine Ghe'l gran nome di Roma ancor tenette, Voi ♦ che miserando cinere * bavette Di tante anime excelse e peregrine ;
Teatri, archi, colossi, opre divine, Triomphal' pompe gloriose et liete,
Et fatti al volgo vil • favola al fine.
* Les Regrets et autres Œuvres poétiques de Joach, Du Bellay, Ang. (A Paris, de l'imprimerie de Fed. Morel, 1539, in-4), fol. 5.
« Édition de 1560, in-4, loi. Gi v».
» Ms. fr. 884.
* Lems., qui est très incorrect, porte : hai.
* Le mot cinere manque.
* Ms, vel.