ANNA I
Haec sacra reginae cineres tegit uma Navarrae, Uma tegens tenui grande cadaver humo.
'I. AupaTOu.
Aei^ava xocXirtç ej^ei paatXidcnjç fJSe Naêa^^ç, KàXiciç ej^ouffa vexY)v ^ {xsyav etv ôXi-pf).
J. P. D. M. [Jean-Pierre de Mesmes].
Questa uma sacra le cineri copre D*una regina di Navarrae e serra Un corpo grande in un poco di terra; Ma* l ciel possède lo spirto e le sue oprc,
J. D. B. A. [Joachim Du Bellay, Angevin].
Ce saint tumbeau cache ici Les cendres de Marguerite :
* Le II Tombeau || de Marguerite de Va- || lois Royne de Nauarre. || Faict premièrement en Disticques Latins par les trois Sœurs || Princesses en Angleterre. Depuis traduiclz en Grec, Italie, || et François par plusieurs des excellentz Poètes de la Fràce, || Auecques plusieurs Odes, Hymnes, Cantiques, Epi- || taphes, sur le mesmc subiect. || A Paris, Il De Vimprimerie de Michel Fezqndat, et Robert Grand Ion au mont S. Hilaire à renseigne des Grands Ions, & au Palais \\ en la boutique de Vincent Sertenas, \\ Auec Priuilege du Roy. In-8 de 104 ff. non chiffr.
Voy. Catal. Rothschild, I, n<> 628.
Un grand corps se couvre ainsi D'une terre bien petite.
Dam. A. D. L. [Damoiselle Antoinette de Loynes].
En ce sainct lieu sont enclos Et les cendres et les ôs De la royne Marguerite :
lieu sacré qui comprent Un corps mort, toutesfois grand, En terre par trop petite !
Le conte d'Alsinois [Nicolas Denisot].
Ce sainct vase que voici De cette grand'royne enserre Les grands ôs cachés ici Sous un bien petit de terre.
Autrement par lui-mesme.
Ce sainct vase clost et serre Un grand corps en peu de terre.
J. Antoine de Baïf.
D'une royne sont compris Les ôs dessous cette pierre, Pierre qui en peu de terre Comprend un corps de grand prix.
Aux 104 quatrains dont nous venons de parler, J. P. de Mesmes a joint l'imitation d'une ode latine de Jean Dorât, « in D. Margaritam reginara Navarrae ». Voici les premières strophes de cette pièce :
Si come il propheta rapito Helia, Poscia che fu ratto, da terra alzato, Venue per la tranquilla e vota aria In sul gran carro di foco, tirato Da duo cavai rossi e'nfiammati, via Più che la fiamma, e lui, tutto avampato
Reggea con la m an ardente lor morsi, Onde rallentava lor pronli corsi;
Quand da le sue folgoranti spalle Tra le mani d'Heliseo la sua veste Cadde e al suo cader lasciô un longo calle Di foco indietro, simil alla pesta Rossa che, dopo una di quelle palle Celesti che sembra correre, resta A l'hor che la notte serena e bruna Fa veder le slelle, fuor che la luna;
Cosi, lasciando qua giù Margarita La rancia vesta, tutta brutta e guasta, Di feccia mortal, e di questa vila Il lordo peso, che l'anima guasla, S'è subitamente da noi partita Intera, pura, santa, allegra e casta; Ma del suo spirto alla sua figlia pria Diede, s\ corne già al suo Helisoo, Helia,
La pietosa matre, quello che pote Dar alla figlia....*
Noire poêle a complété enfin le recueil par une ode à la louange des trois demoiselles anglaises qui avaient composé les distiques latins :
Délie tre inglese sorelle. Cinque Stanze.
Del la regina di Navarra il vello
Fatal, c'havean già le tre Parche ordito Tra niiU'e miirpel più ricco c più belle, È stato al fin dalla terza sdruscito,
* Tombeau, 1551, fol. Hiiij. — L'ode compte en tout cinq strophes. A la fin est la devise : Coelum, non solum.
302 XIX. — JEAN-t'tËRRE DE MESMES
E hor saria d'ogni mortal cervello A fatto a fatto il suo nome sbandito, Senza Taita peregrina e strana ^ Ghe venne a tempo dalla tramontana.... *
L'année suivanle, de Mesroes donna au public une traduction des Supposai de Lodovico Arioslo. Cette traduction était, comme il nous l'apprend lui-même, une œuvre de sa première jeunesse, et le privilège obtenu par le libraire en 1539 prouve qu'il se proposait depuis longtemps de la publier. Voici la description du volume :
La Comédie || des Supposez de M. || Louys Arioste, en lia- || lien & Françoys. || Auec priuilege du Roy. || A Paris. \\ Par Estienne Groulleau, libraire^ demourant en \\ la rue Neuue nostre Dame à Venseigne \\ Sainct lan Baptiste, \\ 1552. In-8 de 87 ff. chiffr. et 1 f. blanc.
Le titre porte la marque d*Estienne Groulleau.
Au vo du Utre est un extrait du privilège accordé pour six ans au môme Groulleau le 30 septembre 1549.
Le r«> du second f. est occupé par une épUre qui confirme ce que nous avons dit de la parenté des de Mesmes :
« Le traducteur au seigneur Henry de Mesme, jureconsulte,
» Cousin, en revisitant, ces jours passez, les vieilles compositions de ma première jeunesse, je trouvay, sans y penser, la présente traduction, dont le subject, non moins honeste que délectable, m'a esmeu la mettre en lumière avec sa source italienne, pour donner plus de contentement aux curieux esprits et à vous plus de passetemps, mesme quand serez ennuyé de Testude de la tetrique jurisprudence qui demande, comme j'ay tousjours ouy dire, l'homme tout à soy. Toulesfois, cousin, si vous me croyez, ne la croyez point, ains par intervalles desrobez-vous de sa veue et vous allez promener au mont de Parnasse avec les muses mignardes et, par especial, avec les italiques, lesquelles vous sont familières et privées, voir autant ou plus que les grecques et latines. »>
* Tombeau, 1551, fol. Kiij v». — L'ode est accompagnée de la devise : Coelum, non solum.
Le texte italien est imprimé en regrard de la traduction, et, comme le fait remarquer La Monnoie dans ses notes sur Du Verdier, la pièce y est en prose, telle que l'avait écrite primitivement Ariosto, et telle qu'on la trouve dans les éditions de 1524, 1525 et 1526.
Les fit. 85 vo-87 r*» contiennent un avis de L'Imprimeur au lecteur et trois petites pièces italiennes composées par de Mesmes, savoir :
« Il traduttore de gli Suppositi ai duo lumi délia poesia francesca, P. Ronsardo et Gioa. Bellaio.
Gapitulo.
Dal ciel descendi, o chara musa mia,
Laccia gli erranti divi e'I cielo saldo
La sua diritta ô ver' l'obliqua via ; Laccia quel' alto cerchio, e tropo caldo
È l'uno e l'altro freddo e temperato,
E vedi quel che fa ch'io mi riscaldo In quel furor ond'è tanto honorato
Fra la gente che bevve in Helicone
E da me com' un idol adorato....
(13 tercets.)
« Epitaphio di M. Alberto^ gran musico *.
Sotto questa pielra, la vessicale Pietra mi pose, che'l mio arguto legno, Ond'io muta va in pielra l'huom mortale E le piètre in mortal forma, hebbe a sdegno ; Ma la fè sorda quel che régna fra le Felici umbre e trassemi nel suo regno, Presago ch'in vita il mio suono vago Saria stimato magico, e io mago ^
* Il s'agit du célèbre joueur de luth Alberto Délia Ripa, dont Marot, Saint-Gelais, Ronsard et plusieurs autres poètes, ont fait l'éloge. Nous lui avons consacré une note de quelque étendue dans le Bulletin italien, IV, 1904, p. 309.
* Cette pièce se retrouve, sans nom d'auteur, dans les papiers de Rasse des Neux (Biblioth. nat., ms. fr. 22560, 1, fol. 54).
D'una cane chiamata Petona.
Epitaphio.
Qui giace la fida cane Petona, Che ben la terza al ciel esser mérita....
(Sonnet.)
A la tin du volume est la devise : Coelum, non solum, seule signature du traducteur *.
Jean-Pierre lit encore paraître, vers le mois de juin 1552, un Epiihalame dans lequel il célébrait le mariage de son cousin, Henri de Mesmes, sieur de Malassise, avec Jeanne Hennequin 2. 11 ne nous a pas été possible de retrouver l'édition originale de celte pièce ^ ; nous ne la connaissons que par les extraits qu'en a donnés Colletet*. Ces extraits atteslent que de Mesmes avait imité l'épilhalame composé par Ronsard pour Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, en 1549 '\
Les vers de notre auteur étaient précédés d'une ode de Joachim Du Bellay, que Colletet a le premier signalée, et que M. Marty-Laveaux a jointe aux œuvres du poète angevin.
Du Bellay n'était pas le seul à payer à Jean-Pierre un tribut d'éloges. Louis Le Caron, dit Charondas, qui débuta, en 1544, par un volume intitulé Poésie, le fait figurer dans une énumération où il a voulu citer tous les poètes renommés de son temps ^. Charles Fontaine s'enorgueillit de le compter parmi ses amis ^
De Mesmes, de son côté, ne manquait pas d'adresser à ses
* Biblioth. nat. Inv. Yd. 5576. — Notre bibliothèque.
* Le mariage eut lieu le 3 juin 1552.
' Celte édition, intitulée simplement Epithalame, est un in-8 de 16 ff. non chiffr., qui ne porte ni date, ni nom de lieu. M. Marty- Laveaux {Œuvres françaises de Joachim Du Bellay, II, 1867, p. 524) cite un exemplaire vu par Tricotel à la Bibliothèque de l'Arsenal. Les catalogues actuels ne permettent pas de le retrouver.
* Voy. Le Cabinet historique, XXIV, p. 21.
* Ronsard, éd. Blanchemain, II, p. 241.
« Poésie, 1554 (voy. Cat. Rothschild, I, no 705), fol. 47. ' Voy. le quatrain, fort plat d'aiUeurs, que reproduit Colletet [Cabinet historique, XXIV, p. 29).
confrères des hommages poétiques. Les petites pièces qu'on peut relever dans divers ouvrages sont presque les seuls vers de lui que nous possédions, tant, ainsi que nous Tavons remarqué, i( s'inquiétait peu de mettre ses œuvres en lumière." Une ode française, signée de ses initiales et accompagnée de la devise : Coelum^ etc., se trouve en tête de L'Histoire de Primaleon de GrecCy tirée de Vitalien comme de l'espagnol, et mise en nostre vulgaire par François de Vernassal (Paris, Vincent Sertenas, 1550, in-fol.) ^ Un sonnet français et un sonnet italien, signés de sa devise, sont placés en tête du Neufiesme Livre d'Amadis publié, en 1553, par Claude Colet. Dans la pièce italienne, il est parlé de la mort de Nicolas de Herberay, seigneur des Essarts, le premier traducteur d'Amadis :
Cacciate hormai, donne, ogni van dolore Che per la morte anchor d'Herberè siede Ne' cori vos tri ; hor in la terza sede El si gode con la matre d'Amore.
Havete hor, donne, un suo buon successore Che, corne del suo inchiostro vero herede, Toise le degne e gratiose prede Ad un ladro Fiamingho con honore *.
Ecco le prede, ecco le s^ogli belle Dal buon Coleto in Francia ritenute Senza cui eternalmente eran perdule.
Et, s'il favor non manca da le stelle, Si corne Amadisse fu grato e bello, Cosi vedremmo fiorir Fiorisello.
Coelum, non solum \
* Voy. ci-dessus, p. 272.
* Le XI« livre û'Amadis avait été traduit par Gilles Boileau, que- Claude Colet appelle Flamand, bien qu'il fût en réalité de Bouillon. Colet ne fit que revoir la traduction de Boileau, et c'est lui qu'on pourrait plutôt accuser de s'être approprié le bien d'autrui. ^
* Le neufiesme Livre d'Amadis de Gaule, etc. (Paris, pour Vincent^ Sertenas, 1553, in-foU a v v^ (BibUolh. nat., Inv. Rés. Y». 124,)
Le dixiesme Livre d'Amadis, traduit par Jacques Gohory, et \
achevé d'imprimer pour la première fois le 13 août 1552 S contient encore, des vers à Marguerite de France, à qui le volume est dédié :
« Il Libro alla Margarita di Francia, sorella del gran re.
gemma, o fior, che fatc gran vergogna Air Indo, Tago, aU'April, aU'Aurora, Quel mio signer, che vostro esser agogna, Del nome vostro la mia fronte honora, Non per dar lustro e lume alla menzogna.
M'ai mio parlar ch'ogn'huom di laudi indora, E per mostrar ch'il chiaro nome vostro
Da polso e lena ai suo fecondo inchiostro. j
Coelurriy non\solum.
C'est encore en italien que de Mesmes complimente Diane de Poitiers en tête de L'onzième Livre d'Amadis, dédié par Jacques Gohory à la maîtresse du roi ^. i
« Alla Diana céleste.
Sonet 0.
tu, céleste, inferna dea e silvana, |
Del gran pianela specchio rilucente, Non t'adirar s'un' altra dea eccellente Tl fa qua giii vergongna in carne humana.
Stati in inferno od in cielo, Diana, I
Fredda, instabil'e cruda a noi sovente :
Una n'è in Francia che soavemente Cose fredde, inslabire crude sana.
' L'exemplaire la Bibliolh. nat. (Inv. Rés. Y^ 125) est daté de 1555.
* Ce volume fut achevé d'imprimer pour la première fois, le 20 juin 1554. L'exemplaire de la BibUothèque nationale (Y^ 126) est daté de 1^59.
Più dal tuo sol lonlana, più sei vive ;
Più vicina al tuo Sole, più sei maesta :
Contrario effetto ha questa nostra diva.
Ma che ti val quel ch^anchor non si desta Endlmion ? Ecco un che sveglia c aviva L'honor di quelle che del tuo ti priva.
Coelum, non solum.
Par contre, c'est d'une ode française que le poète fait précéder Le nouveau Tristan, prince de LeonnoiSy traduit en 1554 par Jean Mangin, dit le Petit Angevin, et c'est un sonnet français qu'il place, en 1556, au-devant du Parangon de vertu du même auteur.
Malgré son goût pour les vers français et italiens, la poésie n'était pas la passion dominante de de Mesmes. Son étude favorite était celle de l'astronomie, et c'est à celte étude que fait sans doute allusion la devise : Coelum, non solum. Il avait peut-être suivi à Bologne les cours des mathématiciens -en renom. Sur ce point, nous ne pouvons faire que des conjectures.
Olivier de Magny, lié avec Jean-Pierre, parle, en 1553, des Iravaux qui absorbent son ami :
Laisse, Colet, ta superbe cronique.
Et toi, les poincts de la matematique, Savant de Mesme *...
Jean-Antoine de Baïf dit également, dans un sonnet qui fait partie du second livre des Amours de Francine :
Mesmes, tandis qu'au ciel lu fiches ton esprit, Des astres remarquant le cours et la puissance Sur les bords de ma Seine, à rien, las, je ne panse, Icy dessus le Clain, qu'à celle qui m'y prit '...
* Hymne sur la naissance de madame Marguerite de France, fille du roi tres-chrestien Henry y en Can 1558 (voy. Cat. Rothschild^ I, no 658), fol. biiij. — Magny adresse encore à de Mesmes un des sonnet» publiés, en 1557, sous le titre de Souspirs (le CXXVII";.
2 Baïf, éd. Marty-Laveaux, l, 1881, p. 170. — De Mesmes répondit par un sonnet joint à Tédition des Amours publiée en 1555, mais qui n'a pas été reproduit dans celle de 1572.
Le résultat des veilles dé Jean-Pierre fut la publication d*im grand ouvrage dont nous ne pouvons manquer de donner la description :
Les II Institutions || astronomiques || contenans les principaux Il fondemens et premières || causes des cours et || mouuemens célestes. || Auec la totale reuolution du || Ciel & de ses parties : les causes & raisons des éclipses, tant || de la Lune, que du Soleil. Il À Moiisieur de Roissy Conseillier |f du Roy, Maistredes Requestes || ordinaire de son Hostel. || A Paris, \\ De Vimprimerie de Michel de Vascosariy demeurant en la rue \\ S, laques, à l'enseigne de la Fontaine, \\ M. D. LVII [1557]. || Auec priuilege du Roy. In-fol. de 8 ff. lim., 314 pp. et 9 fF. pour les Corrections, la marque personnelle de l'auteur et la Table générale.
Le f. qui suit le titre contient une épître adressée à Jean-Jacques de Mesmes. Nous en avons déjà reproduit la plus grande partie.
Les 6 autres ff. lim. sont occupés par le Proëme, ou Préface, la Table dés chapitres et le Privilège.
Il y a dans la préface un passage intéressant, c'est celui où l'auteur s'élève contre l'usage, encore général, de se servir d'une langue morte pour écrire les livres de science. Il espère que le développement que la langue française a pris sous François l"^^ ne s'arrêtera pas :
« Lors, comme j'espère, les bons esprits françois ne consumeront plus la meilleure partie de leurs pri^miers ans à parler et escrire disertement en grec et latin, comme ilz font aujourd'huy, car, prevoyans la Vie des hommes estre de peu de durée, les arts et sciences, longues» difficiles à comprendre et plus difficiles à practiquer et mettre en usage par les lettres estrangieres, ilz les apprendront en françois, sur la verdeur de leurs aages, et les observeront à mesure que la raison, le jugement et Taage croistront. Par ainsi les sciences spéculatives viendront à leur poinct parfaict, et mesmement la céleste doctrine qui gist totalement en longues et continuelles observations. »
Le privilège, daté du 9 juin 1556, est accordé à Jean-Pierre de Mesmes pour dix ans.
La marque finale porte la devise : Coelum, non solum ^
* Biblioth. nat., V. 197. 2. - Biblioth. Mazarine, 4643. A. - British Muséum, 532. k. 7.
Nous ne sommes pas compétent pour apprécier la valeur des Institutions astronomiques. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que Vascosan en a fait un très beau livre. Malgré l'intérêt du sujet et le luxe de l'édition, le volume se \endit peu, au point que Federic Morel, gendre et successeur de Vascosan, dut en rafraîchir le titre en 1599 *.
Jean Pierre avait écrit ses Institutions astronomiques dans la maison de son oncle Jean- Jacques de Mesmes; il est probable qu'il continua d'y demeurer pendant les années qui suivirent. A la suite du traité de Câteau-Cambrésis, qui laissait provisoirement à la France le droit de garde sur les places de Calais, Ruysbank, Nyhuse, Marck, Oie, Hames, Sandgate et Guines, le sieur de Roissy fut chargé de délimiter les territoires revendiqués par les Anglais. Il prit avec lui son neveu, dont les connaissances géométriques pouvaient lui être d'un grand secours. Ce détail nous est connu par la dédicace d'un livre que notre auteur avait préparé pour l'impression, mais qu'il dut laisser à un autre le soin de faire paraître. Voici fa description de ce volume :
Traité || de la com- 1| position et fa- 1| brique de l'Astrolabe, & de son || vsage : auec les préceptes des me- 1| sures Géométriques : Le tout tra-||duit du Latin de lean Stofler de || lustingence. || Auecques annotation sur l'vsage de l'Astrola- 1| be, et mesures Géométriques : faites par lean || Pierre de Mesmes. Il A Paris, \\ Chez Guillaume Cauellat, à Venseigne de la \\ Poulie grasse, deuant le collège de Cambray. \\ Auec priuilege
* Les II InslilutiODs || astronomiques, || contenans les principaux || fondemens et premières || causes des cours et || mouuemens célestes. Il Auec la totale reuolution du Ciel & de ses parties : les causes & \\ ' raisons des Eclipses, tant de la Lune, que du Soleil. || A Paris, || Chez Federic Morel, Imprimeur ordinaire || du Roy, rue S. lacques, à Venseigne de la Fontaine, \\ M. D. IC. [1599]. || Auec Priuilege de Sa Maiesté. In-fol. de 4 ff. lim., 314 pp. et 9 fl., avec la marque de Morel ' au titre.
Le libraire n'a réimprimé que le titre et l'épître (celle-ci sans la date). Il a supprimé les 4 ff. contenant la préface.
Biblioth. Mazarine, 4644.
du Roy. — [Au v» de l'avanl-dernier f., au-dessous de VExtrail du priuilcge :] Acheué d'imprimer le sixiesme tour \\ d'Auril, 1560. 111-8 de 20 ff. !ira., 222 ff. chiffr. et 2 ff. non chiffr.
Le litre porte la marque de G. Cavellat.
Les fF. àij-àt) r° contiennent une épître « A monseigneur, monsieur Jean de Maynemares, seigneur dudit lieu, de Beilegarde, Haran-Villiers et Tranche- ViUiers », épltrc datée de Paris, le 4 avril 1560, et signée : G. Des Bordes '.
Après les compliments d'usage, Des Bordes nous donne de précieux renseignements sur la traduction de Stofflcr et sur la part prise par J.-P. de Mesmes à ce travail :
« .... M'estant présenté par Guillaume Cavellat, libraire à Paris, un vieil exemplaire sans nom de translateur, escrit à la main, de la translation en françois de V Usage de V astrolabe composé premièrement en latin par Jean Stofler, je deliberay aussi faire parler françois la première partie de son livre qui contient la fabrique dudit astrolabe, duquel il y a dix ans ou plus que j'en avois descrit toutes les figures, avec celles dudit Usage, à fin que ledit Cavellat le mcist en lumière, comme il a fait. Et voulant depescher ladite translation, priay un mien amy, maistre Jean-Pierre de Mesmes, de reveoir ladite copie dudit Usage que j'avois, et de me relever de cesle peine, comme il a fait volontairement, et encores, outre ce qu'il a corrigé plusieurs lieux mal translatez, il a fait et adjousté plusieurs annotations qu'un chacun sera fort aise de lire, pour la doctrine et profit qu'il en rapportera. Aussi -elles sont faites et composées par un homme docte et approuvé en telles choses, comme de son sçavoir es mathématiques tesmoignent assez ses Institutions astronomiques. Et d'autant que monsieur maistre Jean-Jacques de Mesmes, seigneur de Roysi, son oncle, l'a mené en la commission que le roy luy a donnée pour cognoistre des fins et limites de la comté d'Oycet autres, suyvant le traité de paix fait entre son feu père le roy Henry, de bonne mémoire, et le roy Philippe, il m'a laissé toute charge, tant de la correction dudit livre que de le dédier, se confiant a
' Guillaume Des Bordes, mathématicien bordelais, avait traduit et commenté la Sphaera de John Holywood, ou de Sacrobosco. On cite de sa traduction des éditions de 1558, 1570, 1573 et 1584.11 publia, en 1570, La Déclaration et Usage de l'instrument nommé canomètre, instrument qu'avait construit un compassier de Paris, appelé Benoist Forfaict. Voy. La Croix du Maine, I, p. 313; Du Verdier, l, p. 70.
moy du lout, comme à son amy, sçachant bien que ne le mettrois en main qui ne merilast bien un tel œuvre que cesluy cy.... »
Les autres iï: lim. sont occupés par la Table des propositions contenues au Traité de Vastrolahe, la Tahle^ enfin la préface de StÔffler, préface datée de Tiibingen, 1510.
Chacune des propositions de l'auteur est accompagnée d'une annotation.
Au f. 191 yo commence un traité Les mesures géométriques des hauteurs accessibles ou inacessihles, etc., qui est formé des propositions Lx-Lxvii de l'ouvrage.
Le volume est orné de figures finement gravées. Celles de la seconde partie sont, à elles seules, au nombre de 19.
Le privilège, dont un extrait occupe le v® de Tavant-dernier f., est accordé à G. Cavellat pour six ans, le 30 septembre 1552, et se rapporte à VAstrolahium Joan. StofLerini, c'est-à-dire à l'original latin.
Au v'» du dernier f. est la grande marque de Cavellat *.
Nous ignorons combien de temps Jean-Pierre de Mesraes fut retenu par le travail qui lui avait été confié. Il est probable qu'il s'établit ensuite dans le midi. Le poète Gérard-Marie Imbert, qui habitait Condom, le cite, en 1578, dans le XVll'' des Sonnets exoteriques, comme étant son « voisin » 2.
Dès lors nous ne savons plus rien du poète mathématicien. Le lieu et la date de sa mort nous sont également inconnus.
* Bibliotlî. nat., Inv. V. 20847. — Brilish Muséum, 8562. aa.
Le Traité de la composition et fabrique de Vastrolabe reparut chez Guillaume Cavellat en 1590, in-8. (Biblioth. du Mans, Se. et ArtSy 3435.) Nous n'avons pas été à même de vérifier s'il s'agit réellement d'une nouvelle édition, ou si le titre seul a été rajeuni.
Le Traicté des mesures géométriques des hauteurs accessibles ou inacessibles reparut, avec le nom de Jean-Pierre de Mesmes, à la suite de la Géométrie practique de Charles de Bovelles (Paris, Denise Cavellat, 1608 et 1640, in-8), pp. 222-288. Les figures y sont les mômes que dans l'édition de 1560. Biblioth. nat., Inv. V. 18468 et 18469.
* Première Partie des Sonnets exotériques de Gérard Marie Imbert, publiée par Ph. Tamizey de Larroque (Paris, Claudin, 1872, in-8), p. 25.
Nous n'entreprendrons pas de raconter en détail la vie si agitée et si étrange de Guillaume Postel ; nous nous bornerons à la résumer d'après ses nombreux biographes *. Il était né en 1510, à La Dolerie, hameau situé près de Barenton, en Normandie. Doué d'un amour prodigieux pour le travail, il trouva le moyen de s'instruire tout en gagnant sa vie avec peine. Il aborda la théologie; mais il se consacra surtout à l'étude des langues, apprit le latin, le grec, l'hébreu et les idiomes modernes. Les voyages, seuls, pouvaient lui permettre de se perfectionner dans la connaissance des langues orientales et en particulier de l'arabe ; aussi fit-il tous ses efforts pour visiter l'Orient. Il obtint, en 1535, d'accompagner Jean de La Forest, qui se rendait comme ambassadeur auprès de sultan Soliman. A son retour, il séjourna pour la première fois à Venise, où il arriva au mois de mai ou de
* Voy. surtout Niceron, Mémoires pour servir à Vhistoire des hommes illustres, VIII (1729), pp. 295-356; Chaufepié, Nouveau Dictionnaire historique et critique, III (1753), lettre P, pp. 215-256; le P. Des Billons, Nouveaux Éclaircissements sur la vie et les ouvrages de Guillaume Postel; Liège, 1773, et Mannheim 1775, in-8 ; Abel Lefranc, La Détention de Guillaume Postel au prieuré de Saint-Martin- de s- Champs (1562- 1581) ; Paris, 1892, in-8 (extr. de V Annuaire-Bulletin de la Société de VHistoire de France, t. XXVIII, année 1891) ; G. Weill, De Gulielmi Postelli vita et indole; Lutetiae Parisiorum, 1892, in-8.
Pour les autres ouvrages qui peuvent être consultés sur Guillaume Postel, voy. Weill, loc. cit., p. 7.
juin 1537. Ce fui alors qu'il fil la connaissance de Teseo Ambrogio, comte d'Albonise. Il fournit à Teseo des renseignements sur les peuples du Levant, et celui-ci, par contre, lui communiqua divers alphabets, qu'il accusa plus tard Postel de lui avoir dérobés K
Guillaume revint en France ; il y publia, en 1538, deux ouvrages sur la langue hébraïque et sur les alphabets sémitiques 2. vers la fin de la môme année, il fut admis au nombre des professeurs royaux.
Le savant continua ses éludes orientales ^ et mérita les faveurs du roi, qui lui fit don des biens d'Agazio Guidacerio, échus à la couronne par droit d'aubaine *.
En 1541, Postel se tourna vers la Grèce et consacra un livre
' Voy. Tiraboschi, Storia délia letteratura italiana^ VII, m (1812), p. 1060. — Sur l'ouvrage de Teseo Ambrogio, voy. une note de M. A. Claudio dans le Catalogue de sa librairie, août-sept. 1897, no 73494.
2 Linguarum duodecim characteribus. differentium Alphabetum, Introductio ac legendi Modus longe facilimus. Linguarum nomina sequens proxime pagella offeret. Guilielmi Postelli Barentonii diligentia. Parisiis, Apud D. Lescuier, 1538. In-4 de 38 ff. Biblioth. nat., 4®. X. 530 (1).
Guilelmî Postelli Baren. Doleriensis, de originibuSy seu de hebraicae linguae et gentis antiquitate, deque variarum linguarum afflnitate Liber, in quo ab Hebraeorum Chaldaeorumve gente traductas in toto orbe colonias vocabuli hebraiciargumento humanitatisque authorum testimonio videbis, literas, leges disciplinasque omnes inde ortas cognosceSf communitatemque notiorum idiomatum aliquam cum hebraismo esse. Parisiis, Apud D. Lescuier, 1538. In-4 de 30 ff. Biblioth. nat., 40. X. 530 (2).
' Grammatica arabica. Guilelmus Postellus lectori .... Venaeunt Parisiis apud Petrum Gromorsum, sub Phoenicis signo, prope Collegium Remense. S. d. [vers 1539], in-4 de 22 ff". non chiffr., sign. D par 12, E par 10. — Le titre est suivi d'une épître à Jean Olivier, évêque d'Angers (1.^32-1540). — Biblioth. de l'École des Langues^ orient, viv.,
Cette grammaire devait remplacer celle que Postel avait insérée dans son A Iphabelum duodecim linguarum et continuait les signatures de cet ouvrage.
Syriae Descriptio... Apud Hieronymum Gormontium, 1540. In-8. (Biblioth.. nat., Rés. D^ 2824. C).
* Çat. des actes de François /«s IV, n° 11789.
aux magistrats d'Athènes *. L'année suivante, il se livra aux travaux les plus divers; mais il comnait l'imprudence d'intercéder auprès du roi en faveur du chancelier Poyet. Il dut s'enfuir de Paris et se rendit à pied à Rome. Ce ne fut sans doute qu'après son départ que parurent ses dernières productions 2. A Rome, Postel se joignit aux disciples de Loyola,* dans la
^ De magistratibiis athénien sihus Liber. Parisiis, apud Mich. Vascosanum, 1541. In-4 de 6 û. lim., 63 ff. de texte et 1 f. de table.
Cet ouvrage a été plusieurs fois réimprimé : Venetiis, per fratres de NicoUnis de Sabio, 1541, in-8 (Cat. Pinelli, V, n« 3581); Basileae, 1543, in-8 (Bibl. de Zurich); Basileae, 1551, in-8 (Biblioth. nat., J. 20789 et Rés. pZ. 422); Lugduni Batavorum, 1645, in-12.
Nous ne décrirons que la traduction italienne :
Libro de || Magistrati de H gli Athenièsi || Composto da Guglielmo || PostcUo Barento- |1 nio Francese. H Nuouamente dal Latino || tradotto nella nostra Lingua uolgare || da M. Giouanni Tatti. || (Feuille de Uerrc.) \\ Congratia et priuilegio. || In Venetia per Baldasar \\ di Costantini. M. D. XLIII. — [A la fin :] In Venetia per Comin de \\ Trino l'anno Il M. D. XLIII [1543]. In-8 de 43 ff. chiffr. et 1 f. non chitïr., car. ital.
Le second f. contient une épUre du libraire Baldasar di Costantini « Allô illustre et eccel. signor Gian Jacopo Lionardi, oratore del duca di Urbino apprcsso il senato veneto », en date du 28 juillet 1543.
Biblioth. nat., Inv. J. 20791.
Gio. Tatti, probablement frère du sculpteur Jacopo Tatti, dit Sansovino, publia la môme année une autre traduction : Di Michèle Biccio, Napolitano, de're di Francia Libri III, de>e d'Iapagna, Libri III^ ecc. ; Vinegia, Vinconzo Vaugris, 1543, in-8 (notre bibliothèque).
* Guil. Postelli Quatuor Libri de orbis terrae concordia. Excudcbat ipsi authori Petrus Gromorsus sub Phoenicis si^no, juxta scholas Remenses. S. d. [v. 1542J, in-8. (Biblioth. nat., Inv. D^ 5247.)
Cet ouvrage fut réimprimé, avec des annotations marginales par un anonyme, s. 1. n. d., mais à Bâle, en 1543 ou 1544, in-fol. (Bibl. nat., Inv. b^ 263; Bibl. munie, de Zurich.)
Guil. Pofitelli sacrarum apodixeon, seu EucUdis christiani Libri duo. Parisiis, Petrus Gromorsus, 1543. In-8. (Biblioth. nat., Inv. D^. 2820.)
Cet ouvrage parut plus tard en français : Les premiers Elemens d'EucHde chrestien, pour raison de la divine et éternelle vérité demonstrer^ escrits en vers par Guillaume Postel dit Rorisperge, doyen des lecteurs du roy. Paris, Martin Le Jeune, 1579. In-8. (Biblioth. nat.. Inv. V. 18114.)
De rationibus Spiritus Sancti Lib. II, Gulielmo Postello Barentonio authore. Parisiis, Petrus Gromorsus, 1543. In-8. (Biblioth. nat., Inv. D*.
Alcorani^ seu de Legis Mahometi et Evangelistarum concordia Liber. Parisiis, Petrus Gromorsus, 1543. In-8. (Biblioth. nat., Inv. D\ 1341.)
société desquels il vécut pendant un an et demi ou deux ans; mais il ne fut pas admis dans la Compagnie de Jésus. Loyola dit lui-même, dans une lettre datée du mois de décembre 1545, que Guillaume avait refusé de sacrifier ses opinions personnelles et que, pour ce motif, il n'avait pu être reçu dans Tordre. Postel n'en resta pas moins à Rome. Il semble qu'il y fut poursuivi et emprisonné pour avoir publié quelque livre considéré comme hérétique *; nous n'avons cependant aucun renseignement sur ce point.
De Rome, le savant errant se rendit à Venise. On a de lui une lettre écrite « Nell' hospedale de' santi Joanne et Paulo », le 22 janvier 1547 2. Postel passa un peu plus de deux ans parmi les Vénitiens, ne cessant de poursuivre les études les plus variées. Comme nous manquons encore d'une bibliographie critique de ses ouvrages, nous ne pouvons dire avec certitude quels furent ceux qu'il composa et publia pendant cette période de sa vie. Nous citerons pourtant ceux qu'il tit paraître sous le pseudonyme d'Elias Pandocheus 3, ainsi que le livre écrit en hébreu, en latin et en français, sous le titre de : Candelabri iypici in \
Mosis tabernaculo jussu divino expressi brevis ac dilucida Interpretatio *. ïl est vraisemblable que le volume consacré aux antiquités de la Toscane fut écrit pendant le séjour de Postel à Venise, bien qu'il n'ait été imprimé que plus tard °. On y trouve, en effet, une lettre à Pierfrancesco Giambullari datée du j
30 mai 1549. L'infatigable travailleur s'initiait à la vieille poésie ,
* Postel dit dans une lettre du 22 janvier 1547 que, de Rome, il avait envoyé à l'imprimeur bâlois Johann Herbster, dit Oporinus, un ouvrage intitulé De restitutione naturae humanae, mais que cet ouvrage fut intercepté.
« Chaufepié, p. 219.
* De nativitate Mediatoris ultima, nunc futura...^ s. 1., 1547, in-8; Ilavôevwdia, Compositio omnium dissidiorum circa aeternam veritatem, etc., s. l. n. d., in-8.
* Venetiis, 1548, in-8 de 28 ff non chiffr. (Biblioth. munie, de Francfort-sur-Mein, Miscell. var. 574, art. 2.)
* De Etruriae regionis, quae prima in orbe Europaeo habitata est, originibus, institutiSy religione et moribus, etc. ; Florentiae, 1551, in-4. (Biblioth. nat., Inv. D» 1555.)
italienne en môme temps qu'il s'occupait de théologie, d'histoire et de philologie orientale. Nous savons par lui-môme qu'il lut et relut les œuvres de Jacopone da Todi *. Celte passion pour l'étude et sans doute aussi les difficultés de l'existence dérangèrent un cerveau déjà mal équilibré. Dans un moment de délire il imagina l'histoire d'une Vierge vénitienne, issue de la substance de Jésus-Christ, qui devait réformer le monde. 11 est probable qu'il reçut des secours de cette femme bienfaisante, dont il loue particulièrement la charité ; mais tout ce qu'il raconte à cet égard est bien confus, et ce n'est pas nous qui essaierons de voir clair dans ses rêveries 2.
Parmi les hommes qui cultivaient alors à Venise les langues orientales, il faut citer, au premier rang, le célèbre imprimeur Daniel Bomberg, d'Anvers, qui avait entrepris de donner des éditions de tous les textes importants de la littérature hébraïque. Postel se lia d'amitié avec lui, et, grâce aux libéralités de Bomberg, il entreprit un second voyage en Orient pour y recueillir de nouveaux manuscrits. Il dut quitter l'Italie au mois de juin 1549. On a de lui une lettre datée « ex coenobio montis Sion extra Jérusalem », le 21 août suivante H était encore dans la ville sainte trois mois plus tard quand y arriva Gabriel d'Aramon, qu'accompagnaient André Thevet, Pierre Belon et Pierre Gilly *. Après avoir exploré la Palestine, il se dirigea sur Constantinople et regagna l'Italie dans le courant de l'année 1551. Il ne paraît pas y avoir séjourné longtemps, et reprit le chemin de la France qu'il avait quittée depuis neuf ans.
* Poslel nous donne ce renseignement dans une des lettres à Jacopo Corbinelli que ce dernier a publiées à la suite des Libri duo de vulgari eloquentia de Dante Alighierî (Parisiis, apud Jo. Corbon, 1577, in-8, I, p. 71). Il dit à propos de Jacopone de Todi : « Legi oiim accurate. quantum potui, neque semei, sed pluries, libnim iUum cum essem in Ilalia. »
* Postel parle déjà de la Vierge vénitienne dans une lettre à Masius (c'est-à-dire André Macs) datée du 29 mai 1349 (Chaufepié, p. 220;.
» Chaufepié, p. 216.
* Le Voyage de M. d'Aramon, ambassadeur pour le roy en Levant, escript par noble homme Jean Chesneau, publié et annoté par M. Ch. Schefer (Paris, Leroux, 1887, gr. in-8), p. 138.
En se rendant à Paris, Postel passa par Dijon. Le recleur du collège de celte ville, Claude Berthod, voulut le retenir et lui offrit une chaire de professeur ; mais le voyageur déclina ses propositions *.
En arrivant dans la capitale, Postel trouva sa place de lecteur au collège royal occupée par Denis Couronneau. Il tâcha vainement d'obtenir une pension du roi, et fut contraint pour vivre- de donner des leçons au collège des Italiens. La mauvaise fortune n'abattit pas son courage, et l'on est surpris de voir que, dans la seule année 1552, il fit imprimer plus de douze ouvrages ou placards 2. Cependant il n'oubliait pas la Vierge vénitienne; il parla d'elle à ses élèves et lui consacra tout un livre imprimé au commencement de 1553 : Les tres-mer veilleuses Victoires des femmes du nouveau monde. Ces rêveries lui attirèrent encore des persécutions. 11 pria le parlement d'ordonner l'examen des passages incriminés ^; mais il ne tarda pas à se convaincre que le séjour de Paris était dangereux pour lui. ïl tenta, au mois de mai 1553, d'obtenir une place de professeur ^i Besançon *. Ce projet n'ayant pas abouti, l'infatigable savant se rendit à Bâle et passa tout un mois auprès de l'imprimeur Johann Herbster, autrement dit Oporinus. De Bâle il gagna Venise, où il était déjà dans le courant du mois d'août. Cette fois il s'arrêta peu sur les bords de l'Adriatique : il se rendit à Vienne, où, nous ne savons sur quelle recommandation, le roi des Romains, Ferdinand, le nomma professeur en lui assignant une pension de 200 florins.
Postel, arrivé à Vienne à l'automne de l'année 1553, commença sans relard son enseignement. Il songea aussi à publier des textes orientaux, fit graver des caractères arabes, et fit imprimer une
' G. Weill, p. 26.
' Deux placards, que possède le Musée britannique, nous montrent que Postel enseignait alors rastronomie. L'un est intitulé : Astronomicae consideratiojiis brecissima Synopsis, aucta et rursus emissa; l'autre commence ainsi : G. Postcllus cordato lectori S. En tibi, candide lector, afferimus veras et fabulh spoliatas imagines coeli....
' Le Musée brilanni(|uo po^sjde, sous forme de placard, un exemplaire de la requête de Poslcl. (IcUo requête, cotée 17 h. L (8), n'est pas datée.
* G. Weill, p. 30.
introduction ù l'étude de l'hébreu et de Tarabe ^ Mais il était écrit que le pauvre homme ne pourrait trouver de repos. L'accusation d'hérésie ne tarda pas à peser sur lui ; il dut encore s'enfuir, abandonnant « le roy, ses gages et son entreprise » (mai 1554). Sur les confins de l'état de Venise, une vague ressemblance avec un franciscain qui avait assassiné un autre moine le fit jeler en prison ; mais il réussit à se tirer de ce mauvais pas.
En arrivant à Venise, Postel vil que ses ouvrages et sa personne même étaient l'objet d'une dénonciation en règle dans le Catalogus librorum haereticorum. ïl ne voulut pas rester sous le coup de cette condamnation et demanda des juges. Au bout de quatre mois, notre auteur fut déclaré fou. Cette sentence, qui était juste au fond, lui porta un coup terrible. Il dit lui-même qu'il eût mieux aimé la mort. Obligé pour vivre de se séparer de ses manuscrits orientaux, qu'il céda pour 200 ducats au comte palatin Otto Heinrich, il s'enfonça plus que jamais dans ses chimères. L'ombre de la mère Jeanne semble lui avoir apparu chaque fois qu'il se trouvait dans une situation critique.
Pour faire connaître au monde les vertus et les mérites de la Vierge vénitienne, Postel fit paraître, en 1555, un livre écrit en italien, qui reprenait et développait les idées exposées deux ans auparavant dans Les ires-merveilleuses Victoires des femmes. Voici la description de ce volume rarissime :
Le II prime || Noue del al- 1| tro mondo, cioe, || l'admirabile historia II & non meno necessaria & || utile da esser letta & || intesa da ogni || uno che || stu || penda || intilulata |1 La Vergine Veneliana. || Parte vista, parle pro- 1| uata, & fidelissimamcte scritta per Gulielmo || Poslello primogenito délia Restitutione, || & spirituale padre di essa Vergine. || leremiae 31. || Creauit Dominus Ihouah II nouum super terram. || Appresso del Auiiore. \\ 1555.
• ^ Ce livre parut au mois de février 1554. On en trouve le litre exact dans Denis, Wiens Buchdnickei-geschic/ite, 1782, p. 516. Le texte en a été reproduit dans la BiOliotheca hislorico-pkUologico-tfieolofjica (Bremae, 1723, in-8), II, pp. 193 et suiv.
S. L, in-8 de 40 ff. non chiftr. de 30 lignes à la page pleine, impr. en car. ital., sign. A-K par 4 *.
D*après rancien calalo^nie de la Bibliothèque du roi, Timpression aurait été exécutée par Grazioso Percacino, à Padoue ; ce renseignement est sans doute emprunté au titre du volume décrit ci-après.
Le titre est suivi d'un avis que nous reproduisons intégralement :
« Alli raggionevoli lettori sainte perfettissima.
n Veramente egli è impossibile che Iddio possi mostrar più chiaro et più évidente segno délia sua providentia particolare che guardando in esser continue senza alcuna ruina o mutatione qualunque stato o republica sia ai monde, quando tutti gli altri hanno patito alteratione o ruina; cosi Iddio havendo tutti li stati del monde et massimamente le quattro monarchie, TAssyria, Medica, Greca et Romana, saiva la sola città di Venetia, condotto a mutatione, over à niente, per confirmatione di tauto bénéficie, ha voluto suscitar in essa la maggior novella che mai fosse ne mai habbi da essere al monde, nella Vergine venetiana, la cui historia io scrivo, acciochè tutti gli huomini del mondo sappino che, se ben tulte le possanze del mondo et gli angeli et cieli insieme tutti si opponessero alla dottrina, leggi et statu ti eternamente da Die per sue fondamento destinati, nientedimeno per li editti di detta Vergine, tante publica quanto personale, tutto quanto il mondo ha di essere in eterno sotte il perfettissimo regno di Christo govcrnato. Perô leggi con attentione grandissima per aspeltarne o pena, o premio eterno. Del 1555. »
Aussitôt après commence le Proemino del scrittorey dove rende ' la raggione di questa impresa sua.
Celte préface se termine au v*» du f. Aiiij
* Biblioth. nat., Inv. Rés. D* 5257. — Collection Dutuit, au Petit Palais, à Paris. — British Muséum, 1071. k. 18. — Biblioth. royale de Dresde. — Biblioth. munie, de Fraocfort-sur-Mein, Miscell. var. 574. — Des copies manuscrites, exécutées sur Timprimé, sont conservées à l'Arsenal, à la Bibliothèque Méjanes, à Aix, et à la Bibliothèque de l'Université de Bâle.
' L'imprimé porte ; doureende.
)i^. — GUILLAUME fOSTEL 32l
Voici maintenant les titres des divere chapitres. Ces titres donneront une idée suffisante de l'ouvrage :
De l'origine, vita et coslumi délia Vergine venetiana (fol. Aiiij V»).
Délia sua forma di vivere quanto al prossimo (fol. Bi).
Del suo modo di vivere verso Iddio (fol. Bij).
Délie mirabilissime mutationi délia faccia sua, massimamentc nel ricever il Santo Sacramento (fol. Binj),
Corne essa vedoa a traverse alli elementari corpi fin ai cenlro de la terra, et questo senza rapto ne per altra via che per il suo movimento voluntario délia visla inleriore (fol. Biiij v»).
Come sia possibile che siano talmente aperti gli occhi di una persona che lei possi vedere localmente a traverse i corpi scuri, over quello che nissuno altro vede (fol. Cij).
Délia dotlrina délia Yergine Jcho Channah in mostrare le parti del monde et la divina operatione (fol. Ei v®).
In quai forma dicessi di cosi chiaramente vedere Satanasso, et chi sono le sue operalioni ollra aile malefiche, le quali fa et fa fare fra gli huomini (fol. Eiij v^).
Di quai forma o modo vedessi Christo nel cielo et quello che in esso vi fa (fol. Fi).
La Historia délia immulatione del Primogenito del mo[n]do, cioè Reslituito nel luoco et ofilcio di quello che nacque primo, tanto di pàdre, quanto di madré carnale ^fol. Fij v°).
Délia scientia et dotlrina délia Sposa di Christo (fol. Giifj.
Délie Profelie délia venetiana Vergine (fol. Giiij).
Délia suprema possanza et efietto délia virlu imaginativa et come Taftelto giunto alla imaginativa è potentissimo per dar efïetto a tutte le cose dalla Vergine predette (fol. H).
Che Taftetto et uso perfetlissimo délia imaginativa è stalo causa et mezzo délia legge tanto humana quanto divina (fol Kij).
Postel ne s'en tint pas à la publication de ce volume; il fit paraître vers le mênae temps un second ouvrage dans lequel il exaltait les grâces que le ciel avait accordées à la ville de Venise, grâces dont la plus précieuse était la venue au monde de la prophétesse Jeanne. Voici le titre de ce nouvel ouvrage, plus rare encore que le précédent :
322 XX. — GUILLAUME PÔSTEL
II Libro délia |{ diuina ordinatione, || doue si traita délie cose || miracolose, lequali sono state || & sino al fine hanno da || essere in Venetia. || & principal- 1| mente. || La Causa per laquale || Iddio fin qui habbi hauuto plu || cura di Venetia, che || di tulto || quanlo il mondo || insieme || In Padoua per Gratioso Perchacino. \\ M. D. LV [1555]. ïn-8 de 28 ff. non cliiffr., de 30 lignes à la page^ sign. A-G par 4.
Le titre porte la marque de Percacino : une salamandre couronnée.
Le volume ne contient pas d'épître dédicatoire. Il est divisé en 88 petits paragraphes, dont le dernier prédit la réunion des gentils et des juifs dans le sein de la religion chrétienne *.
Bien que les hommages presque idolâtres rendus à la Vierge vénitienne trahissent un esprit malade, Postel n'en continuait pas moins ses études avec une persévérance étonnante. Il venait de faire graver par un modeste ouvrier de Sabbioneta, près de Crémone, une série de caractères orientaux, quand il fut de nouveau poursuivi par le Saint-Ofiice (juillet 1555). Il essaya de parer le danger en rappelant le désaveu qu'il avait déjà fait de ses erreurs. Le 2 septembre, il écrivit de sa prison à l'inquisiteur Maccasola en se recommandant à sa bienveillance 2; le 8 septembre, il s'adressa de même « Al clarissimo misser Maffio Veniero, magnifico procuratore sopra la heresia » » ; mais ni l'un ni l'autre n'étaient
* Bibliothèque royale de Dresde. — Nous devons la descripliou de ce volume à M. le professeur Konrad Hacbler, bibliothécaire.
Nous avons rencontré un second exemplaire dans la bibliothèque de l'Université de Bàle.
'^ « Al signer mio molto honorando, il signor auditore Maccazuola, giudice délia Inquisilione. » La leUre est datée « Della Casone, alli 2 settembre 1555. » et signée : « Il servitore affectionatissimo aile dignilà et persone vostre : Guiglieimo Postello ». M. Weill, qui a le premier fait connaître les pièces du procès de Postel, d'après les archives de Venise, n'en a malheureusement donné qu'un court résumé.
L'inquisiteur qui poursuivait le prétendu hérétique était Francesco Maccasola, le docteur à qui sont adressées 26 des lettres de l'Arétin de 1544 à 1554, et à qui Ortcnsio Lando {Consolatorie di diversi Autari, 1550, fol. 58 bis V*») attribue une Consolatoria alla S. Faustina Pisani per il conte Girolamo, suo caro compadre, in Candia confinato.
3 Weill, p. 118.
^ à se liiissiM* attendrir. Le malheureux inculpé, loin
iii" ^a iiiiso en liberté, fui conduit à Ravenne et livré à
.isiiioii {)()iitilicale, enmôme temps que le Florentin Giuliano
Ni'iini •'. novembre). De Ravenne il fut envoyé à Rome, où il eut
Il rliaiicc d'échapper à la mort, mais où il resta en prison pen-
«1 tnt trois ans. Il ne recouvra la liberté qu'à la mort de Paul IV
L( S tril)ulations de Postel n'étaient pas finies. Une fois libre, il se diri^^ea sur Bâle, espérant y trouver quelque assistance auprès de Johann llerbster; mais celui-ci fut invisible, et le pauvre fugitif retourna en Italie. 11 entra en négociations avec un riche bourgeois d'Augsbourg, Baumgartner *, qui lui promit de racheter les manuscrits cédés au comte palatin Otto Heinrich et de les abandonner à Postel, sa vie durant, à condition que celui-ci joindrait à la collection les volumes restés à Paris. L'oftre était séduisante. Postel passa les monts et, après avoir surmonté mille dangers, se rendK à Augsbourg, mais n'y rencontra pas Baumgartner (1561). Ne sachant que faire, il prit le parti de regagner la France. Il s'arrêta en Bourgogne, puis à Lyon, où nous savons qu'il était au mois d'octobre 1561 2, et où il publia divers ouvrages. Ses démêlés avec les prolestants * ne l'empêchèrent pas d'être arrêté comme hérétique (février 1562). Il fut
* Nous pensons que ce personnage devait être Christoph Baumgartner, sénateur, né en 1514, mort en 1586, et dont le Musée impérial de Vienne possède, sous le n*» 1409, un curieux portrait daté de 1543. Hieronymus Baumgartner (1498-1566) ne paraît pas s'être occupé de travaux littéraires.
* Parmi les personnages qui furent en relations avec Postel pendant cette dernière période de sa vie, on peut citer : Martin Masparault, maître des comptes, et Guy Le Fôvre de La Boderie, tous deux habiles philologues, Jean Filesac, doyen de la Sorbonne, Jacopo Corbinelli, avec qui il enlreUnt une correspondance littéraire, Florimond de Raimond, entin le médecin Adrien Le Tartier, qui lui consacra une épitaphç.
' Un auteur protestant publia conlre lui, au mois de juillet 1562, le pamphlet suivant, dédié à Pierre Viret, ministre de la parole de Dieu :
Responce aux resveries et hérésies de Guillaume Postel, cosmopolite, par MaUhieu d'Antoine, docteur en droict.... A Lyon, Par Jean Saugrain, 1562. ln-16 de 119 pp. et 4 if. blancs ifidiyxAviev, Bibliographie lyonnaise, IV, p. 332).
relâché comme inoffensif; mais les manuscrits qui lui restaient furent perdus lors de la prise de Lyon par les calvinistes (30 avril). Il avait pris lui-même le chemin de Paris, où il enseigna quelque temps au collège Saint-Gervais, puis où il fut l'hôte de Joseph Seal iger. De nouvelles poursuites Tallendaient encore. Dans les premiers jours de décembre, ses lettres et ses papiers furent saisis et il fut enfermé à la Conciergerie. Le 12 décembre, la cour de parlement ordonna qu'il serait enfermé pendant trois mois au prieuré de Saint-Marlin-des-Cliamps. Le 4 juin 1563, la cour ordonna pour la seconde fois qu1l serait interné dans l'enceinte du prieuré, mais décida en même temps que la communauté lui baillerait « par aulmosne » 40 livres parisis pour son entretien.
Le prieuré n'était pas une prison, c'était un asile; aussi l'existence de Postel était-elle désormais assurée. Il pouvait encore étudier, enseigner, recevoir ses amis et ses disciples. 11 s'occupa d'astronomie et probablement aussi d'astrologie * : mais son hostilité déclarée contre les protestants le mettait à l'abri du soupçon d'hérésie. Il en donna malheureusement une triste preuve en se joignant aux apologistes de la Saint-Barthélémy 2. Du reste, la réclusion n'était que nominale : Postel allait et venait; il parut même à la cour de Charles IX, et s'y vanta de pouvoir aller sans truchement depuis la France jusqu'en Chine.
Postel passa dix-huit ans dans sa retraite. Il mourut le 6 septembre 1581. La postérité l'a vengé des persécutions auxquelles il fut en butte de la part de ses contemporains. On admet aujourd'hui que, si ce fut un fou, ce fut presque un fou de génie.
* Guil. Postelli de universitate Liber^ in quo astronominae compendium, terrae aptatum, et alla exponuntur. Parisiis, Martinus Juvenis, 1563. In-4. — Réimprimé chez Jean Maire, à Leide, on 1633, in-32.
^ De caesis haeresiarchis Elegia; Luletiae, 1572, in-4. (Biblioth. nal., Yc. 3938.) — Disons, à la décharge de Postel, qu'il vint alors au secours d'Agrippa d'Aubigné et que, tout en l'exhortant à se confesser, il le garda et l'empêcha d'être massacré. (Voy. d'Aubigné, Œuvres complètes, éd. Réaume et de Caussade, I, p. 21.)
La notice que nous consacrons à François Perrot sera forcénaenl plus développée que les précédentes. Il ne s'agit pas en effet d'un auteur qui n'a employé qu'en passant la langue italienne, mais d'un auteur qui l'a cultivée toute sa vie avec passion. En dehors d'une courte, mais substantielle notice de ColomiôsS et d'un article très insuffisant des frères Haag 2, la vie de Perrot n'a jamais été l'objet d'aucune élude historique; il nous a semblé qu'elle méritait pourtant d'être connue ^
François Perrot appartenait à l'une de ces familles de la bourgeoisie parisienne qui, à la fin du XV® siècle ou au commencement du XV1% réussirent à s'élever aux charges municipales, puis fournirent au Parlement un certain nombre d'hommes distingués. Milles ou Emile Perrot, marchand et bourgeois de Paris *, devint échevin en 1515 et mourut le 16 janvier 1518
* La Bibliothèque choisie de M. Colomiès, nouvelle édition augmentée de notes de messieurs Bourdelot, de La Monnoye et autres ; avec quelques opuscules du même Colomiès qui n'avoient point été recueillis (Paris, 1731, pet. in-8), pp. 23-31.
'^ France protestante^ Vlll, p. 197.
' Nous devons au précieux catalogue rédijîé par M. Léon Dorez la connaissance des lettres conservées dans les manuscrits de Dupuy. M. Dorez a pris lui-môme la peine d'en transcrire plusieurs à notre intention.
* Il était fils de Nicolas I", marchand drapier, mort le 7 mars 1493 (ou li94?), et de Jeanne Cousard, ou la Cousarde, morte le 18 septembre 1490. Voy. Biblioth. nat., ms. fr. 30063 {Dossiers bleus), art. Perrot.
(ou 1519?), après avoir épousé : 1° Denise Gobelin, fille de Philippe Gobelin, teinturier, et de Denise de Brais ; 2° Marguerite de Thou, veuve d'un Le Lieur S puis de Jacques Le Maçon. Cette seconde femme était fille de Jacques de Thou, avocat du roi en sa cour des Aides, et de Geneviève Le Moine; elle ne mourut que le 22 février 1533 (ou 1534) 2. Du premier mariage naquit Milles ou Emile 11 Perrot, qui a laissé un nom dans l'histoire de l'humanisme. Celui-ci étudia au collège du cardinal Le Moine, oii il eut pour maître Guillaume Farel. Il suivit probablement les leçons de Jean L'Ange, qui enseigna le grec dans ce collège en 1521, et ce fut là sans doute qu'il s'initia aux idées de la Réforme ^ En 1524, Milles Perrot était régent de grammaire; mais il ne tarda pas à quitter Paris, et se rendit à Toulouse pour y étudier le droiL 11 y était en 1527. Vers le milieu de l'année suivante, il partit pour l'Italie. Au commencement de janvier 1529, il était à Turin avec Jean Canaye *. Les agitations politiques de la Péninsule l'empêchèrent alors de gagner Padoue; il put cependant faire le voyage de Rome avec le jeune évéquedeNoyon, Jean de Hangest, qui avait été son condisciple. A la fin de l'année J530, Milles II se trouvait à Padoue. Il y fut reçu docteur es droits le 14 avril 1531 ^ Ce n'est pas ici le lieu de parler de ses relations avec Pierre Bunel, ni avec François Dafiis ^. Disons seulement qu'une rixe l'ayant obligé de quil-
* Ce premier mariage de Marguerite de Thou est indiqué dans un acte du 4 janvier 1536 (n. s.). Jacques Le Lieur, conseiller du roi et maître des Eaux et Forets, et Nicolas [II] Perrot, marchand drapier, bourgeois de Paris, donnent leur consentement au mariage de leur sœur, Philippe Perrot, fille et héritière pour un neuvième de Milles I«'' Perrot et de sa seconde femme Marguerite de Thou, avec Paul Prévost, seigneur de Brenault, près de Carentan, en Normandie. Philippe est dite sœur utérine de Jacques Le Lieur et sœur consanguine de Nicolas Perrot. (Bibliolh. nat., ms. fr. 28726, dossier 50794, 1>^« pièce.)
« Ms. fr. 30063, dossier Perrot.
* Voy. Herminjard, Correspondance des ré formateur Sy I, p. 181.
* md., II, pp. 166, 209.
* Un des témoins de la promotion de Milles Perrot fut Michel de L'Hospital, plus tard chancelier de France. (Archives épiscopales de Padoue, Doctoratus, 1461-1567, à la date.)
* Voy. à ce sujet Al. Samouillan, De Petro Bunello (Parisiis, 1891, in-8), pp. 9 et suiv.
1er Padoue, il s'établit à Maroslica, près de Bassano (juillet 1531). 11 y passa environ deux ans. 11 rentra en France dans le courant de l'année 1536 et s'arrêta d'abord à Lyon *. Nous le perdons de vue pendant un certain nombre d'années ; mais, en 1551, nous le voyons obtenir une charge de conseiller au parlement de Paris, où il fut reçu le 6 juillet *. Le 7 février 1554 (n. s.) il fut pourvu de l'un des six offices nouvellement créés de conseiller maître ordinaire en la chambre des Comptes, et il y fut reçu le 8 avril ^. Il mourut en 1556, laissant plusieurs enfants de Madeleine Gron, qu'il avait épousée vers 1530, et qui lui survécut *. Milles II fut le premier de sa famille qui fit adhésion à la Réforme ^ Nous avons dû nous étendre quelque peu sur sa vie parce que ce fut lui sans doute qui inspira plus tard à son neveu la pensée d'aller étudier en Italie.
Du second mariage de Milles I" Perrot avec Marguerite de Thou naquit Nicolas II, marchand et bourgeois de Paris, seigneur des Carneaux et du Courtil, échevin en 1541, puis prévôt des marchands, qui mourut le 27 mai 1565 «. D'Anne Le Maçon, sa femme, morte le 27 octobre 1572, Nicolas II eut au moins quatre fils : Nicolas m, reçu docteur es droits à Bologne, conseiller de
* Il y publia fouvrage suivant : Aemilii Perroli, Parisiensis jureconsulti, ad Gain Formulam et ei annexam Scacvolae interpretationem Glossae. Lugduni, apud Seb. Gryphium, 1533. In-4. (Du Verdier, éd. Rigoley de Juvigny, IV, p. 8.)
« Blbiiolh. nat., ms. fr. 30063, dossier Perrot.
* Biblioth. nat., ms. fr. 287i>6, dossier 50794, pièce 11.
* On trouve dans le môme dossier, sous le n^ n, une pièce datée du 23 janvier 1559 (n. s.), où Marguerite est dite « veuve de feu noble homme M« Milles Perrot, en son vivant conseillier du roy et maistrc ordinaire en sa chambre des Comptes à Paris ».
Un Mathieu Perrot, de Marostica, reçu en 1373 habitant de Genève (Galiffe, Le Refuge italien de Genève, 1881, p. 146), paraît avoir été fils de Milles II ; cependant les biographes de ce dernier ne placent son mariage que vers 1536.
* On peut consulter sur Milles Perrot les articles de M. Charles Dardier dans le Bulletin de la Société de Vkistoire du Protestantisme français^ XIX-XX (1870-1871), pp. 401-416, 513-523, 561-569.
* Biblioth. nat., ms. fr. 30063, dossier Perrot. — Nous négligeons, pour abréger, les autres enfants de Milles ^^
la ville de Paris, conseiller au Parlement et poète latin *, qui épousa Claude Goyet, morte veuve le 2 février 1611 2; André Perrot, qui, en novembre 1556, épousa Marguerite Boulangier, veuve de Philippe Cunyer *; Jacques Perrot, dont nous parlerons à la tin de cette notice; enfin François Perrot, dont nous allons raconter la vie*. 11 eut aussi une fille, Marguerite Perrot, qui épousa: 1° Jean Dolé le jeune, marchand et bourgeois de Paris s 2° Denis de Moussy *.
François Perrot, né vers 1530, fit de sérieuses études. Son père, qui était riche, lui donna les moyens de compléter son éducation par les voyages. Jacques-Auguste de Thou, fils de Christophe et, par conséquent, petit-cousin de François, nous apprend que, tout jeune, celui-ci accompagna Gabriel d'Araraon dans son voyage en Perse ^ Gabriel, chargé d'une ambassade auprès de sultan Soliman, avait quitté Paris le 5 janvier 1547, avait traversé la Suisse et les Grisons, puis avait gagné Venise,
* Les pièces de lui que nous pouvons citer sont les suivantes : Des vers sur une médaille offerte par Henri de Mesmes à Michel de L'Hospilal en 1564. (Nous parlerons plus loin du recueil dans lequel figure cette composition.)
Domini Perroti, senatoris parisiensiSj ex maximo ventorum impetu tempore messis anni Domini ^567, in Gallis passim supervenientium, belli civilis Prognosticon. Biblioth. nat., ms. fr. 1662, fol. 30.
Des vers latins dans le recueil intitulé : Gratulatorium Carmen amplissimorum virorum in reditum Errici. III. Régis Franciae et Poloniae (Lutetiae, apud Gabrieiem Buon, 1574, in-8).
Une pièce latine sur la mort de Pierre Séguier (1580), reproduite par Pierre de L'Estoile, éd. Jouaust, I, p. 372.
Des vers à Henri de Mesmes : Ad Henricum Memmium. Biblioth. nat , ms. Dupuy 951, fol. 104.
Une pièce dans le recueil intitulé : V. amplissimi Christophori Thvani Tumulus, 1583, p. 49.
* Haag, France protestante, VHl, p. 196. Nicolas III paraît être resté catholique. Ce fut le père de Paul Perrot, sieur de La Salle.
* Biblioth. nat., ms. fr. 28726, dossier 50794, 3° pièce.
* Ibid.
* Un acte du 10 avril 1551 mentionne Marguerite, déjà veuve, et ses deux enfants : Catherine, âgée de trois ans, et Jean, âgé de deux ans (Biblioth. nat., ms. fr. 28726, dossier 50794, 7^ pièce).
« Môme dossier, 13^ pièce.
^ Voy. le passage de l'Histoire de J.-A. de Thou cité plus loin à propos de ï Aviso piacevole dato alla bella Italia, 1586.
OÙ il s'était embarqué pour Raguse. Il avait pris ensuite la voie de terre et avait fait son entrée à Conslantinople le 14 mai. L'année suivante, d'Aramon avait accompagné le sultan dans sa campagne de Perse. Il était parti de Conslantinople le 2 mai 1548, avec divers gentilshommes français *. Il faut lire dans le journal de Jean Chesneau - le récit du voyage qui dut vivement frapper l'imagination du jeune Perrot.
L'ambassadeur passa de Perse en Egypte, puis en Palestine (il arriva au Caire le 10 août 1549, et à Jérusalem le 9 novembre); mais François l'avait quitté. Dans le courant de l'année 1549 il était revenu en Italie.
D'après les aspirations nouvelles de sa famille, le jeune Perrot était destiné à occuper un jour un siège de conseiller dans l'une des cours souveraines; aussi devait-il s'efforcer d'acquérir de solides connaissances juridiques : tel était du moins le désir de son père. 11 séjourna sans doute à Padoue; mais il reconnut bien vile qu'il n'était pas né pour l'exercice de la justice. La rapacité trop connue des juges, procureurs et avocats, lui inspira une aversion qu'il ne put surmonter; aussi abandonna-t-il les études juridiques pour se consacrer à celle des belles-lettres. A Bologne, où il s'était fixé, il se mit à lire avec passion les auteurs italiens et voulut entrer en relations avec le plus célèbre des écrivains de son temps. Au mois de janvier 1550, lui et l'un de ses camarades, peut-être son parent, Alexandre de La Salle, adressèrent à l'Arélin la lettre suivante :
« Al magnifico messer Pietro Aretino.
» La fama del nome Aretino, più temuto per sua virtù e per la libertà concessagli dal cielo che i tiranni per le violenze loro, avendoci accesi
* D'après Brantôme (éd. Lalanne, VI, p. 180), d'Aramon « pouvoit avoir avec luy cent honncstos hommes, capitaines ou soldalz, bons et signalez François, desquels le grand seigneur voulut qu'il en arborast une cornette aux armoiries de France, à laquelle il vint cet honneur qu'elle marchoit à la droite. »
2 Le Voyage de M. d'Aramon, ambassadeur pour le roy en Levant escript par noble homme Jean Chesneau, publié et annoté par Ch. Schefer. Paris, Leroux, 1887, in-8.
d'un simil desio di veder i'opre voslre, ci ha posto in mano il Primo délie Lettere, il cui discorso ci ha lasciato quel piacere che dar suole un ampio e diletlevol giardino planlato di varii e non conosciuli arbuscelli a chiunque vi entra, non senza maraviglia di vedervi frutli che raltnii terreno sotto un medesimo cielo non è uso di portare. Certo che i vostri bei concetti, quasi frutti del vostro felice ingegno, sono paruti diversi, aguzzandoci ora l'appetito il mordace et acuto de le vostre vive e vere riprensioni, ora empiendoci il molto [= mosto?J délie vostre lodi, ora dllettando il gusto quel saporito e dolce délie vostre amorevoli dimostrazioni. Ma quello che ci fece meravigliare fu il pellegrino deir invenzioni vostre, le quali non hanno alcuna parle comune con le allre volgari : il che prù chiaramente si dimostra nelle comparazioni pigliate dalla natura istessa che vi move, e non da Tarte, il cui bellctlo non appare nei vostri scritti. Che diremo délia diversità di quelle persone aile quali s'indirizzano le vostre, corne quasi Proteo voi sapcle trasformarvi e non altrimenti che il polipo che se stesso dipinge del colore délia prossima pietra? Gran virtù è certamente délia vostra lingua, la quale, a guisa délia catena d'oro finta dagli ingegnosi pocti, tanti popoli tiene, legati di contraria condizione, natura e fede. Quai non stupirebbe tanti principi, signori e cavaglieri esser fatti tribu tarii del libero parlar vostro, quasi pena di lor vizii e premio de le lor virtù, due cose che reggono e temperano il mondo ? Ma qualunque per fama ne stupisce, vcnga a famé prova con le vostre scritture, e stupirà in vero la naturale eloquenzia vostra maggiormente, che il numéro infinito di persone grandi che volontariamente o sforzatamente s'è fatto schiavo di quella. Di queste siamo buon testimonio a noi stessi, che più abbiamo trovato da lodar in voi che la iair.a non ci avea rapportato ; ma, si corne quella è avanzata dal merito, cosi noi, vinti dalla grandezza del soggelto, y\ diamo assai manco di quel che vi si dcbbe. La cagion che ci mosse a scrivervi è questa. Dopo aver trascorso il detto libre, (corne naturalmente disiar si suole, veggendo bellissimi rivi, di cercare il fonte onde scaturiscono) ci venue ad un Iratto un désir grande di vedervi, quasi miracolo de l'età nostra. Ma l'ardente voler, ritardato da rincomodità délia stagione, ha operato in noi un altro effetto, similc a quel di coloro che per divozione fan voto a qualche santo, i quali, impediti da Tinfirmità, non potendo si toslo adempirlo, non lasciano perô di pregarlo e raccommandarsegli. Pigliate dunque questa per pegno délia nostra affezlonc, aspettando il tempo che s'adempirà il voto di quella, col rappresentarci al sacro tempio délia liberté, nel
cui supremo (i^rado, quasi mortale Iddio, sedcte adoralo da tutti, non pur da noi.
» Di Bologna, nel pradel appresso le Suore di San Lodovico, alli quindeci di gcnnaio MDL.
» Francesco Perroto.
» Alessandro de La Salla *. »
L'Arélin fut louché des sentiments d'admiration exprimés par les deux jeunes gens, et ne fit pas attendre sa réponse :
» Al Perroto et al Salla,
» Carissimi gcntilhuomini, io aile signorie vostre dico, o M. Alessandro magnifico et M. Francesco honorato, a voi veramente cortesi et amorcvoli créature et persone, parlo congiurarvi che buon per la vertu et mal per la invidia, se il gran numéro di coloro che si essercitano in rivolger lopere altrui participassero di quel modesto sapere, dl quella diritta avvertenza et di quel ponderato giuditio che veggo mostrarvi nel ciô che vi diletta di leggere. Quanti supremi ingegni, per solo difetto délia malitia et délia pcrfidia d'altri, in cambio délia Iode et deir honore che si debbe aile loro composilioni et scritture, vengano biasimati et offesi ! Onde, se ci fussero de gli a voi consimili, si vedrebbono per causa del mcrito premiare di facultà et di grade. Egli è certo che il di d'hoggi, il quale attende sempre aile parole et non mai aile cose, circa il sentenliare le vigilie d'ognuno a suo modo, si commette in tulto ai pedanti, la cui mendicata dottrina in mentre sente glorificare alcun di quegli che tanto sanno in verità quanlo a tali par sapere in menzogna, si converle in una rabbia che gli divora; non altrimenti che si distrugga celui che, al paragon del fatto, divenla di maestro discepolo. Allro bisogna al dare buona securtà délia sua sclenza che 11 risolverla in tutti i proposili con il « cosi dice » et con il « cosi disse »> et con il « cosi vuol dire Oratio »; aile bellezze naturali non accade lo striscio del colore, imperochè la mescolanza de la biacca et del belleltô ogni nctlezza di viso corrompe, lai che si varia sorte di lisci si richiede aile faccie schife, conciosia che si nascondano le brutte magagne loro in vertu di si diligente pillura. Non è dubbîo che l'arte fu inventione di chi, nel conoscersi di poco
* Lettere scritte al signor Pietro Aretino, 1552, II, p. 338; 1875, II, II, p. 201.
intendere, volse con l'avertenza de i suoi scropoli ricoprire i falli délia ignoranza; per il che celcbro, non pur commendo, tal cosa. È ben vero che a me pare che le aftettationi dello arlifitio disconciano le vivacità della natura, all'usanza dei condimenti le oui nove mislure tolgono aile carni quel sapor proprio che la semplicilà gU conserva. Si che non esca dci termini chi brama che le di lui rime et prose penetrino le viscère et dei lettori et degli ascoUanti. Ma dalle fasce et non dagli studi le gratie di si rare qualiladi si recano. lo non mi dilato in tal materia per credermi d'esscrci in cotai maniera nato, ma per comprendere che le culle habbino assai più forza che i libri. Tornando mô allô esservi disposti a venire qui per vedermi, non so che altro dirmi, si grandemente inverso di me è la bontà vostra inclinata, dirmi a voi. Non so altro che il come sono più tenuto a chi mi ama che a chi mi conosce, imperochè nella conosccnza talvolta appar l'odio et nelF amicitia non mai. Et perô statevi costi in Bologna amichevolmenle amandomi, et quando sia che vi paia strano il romper dei volo, la indegnità della cagione che ve l'ha fatto fare sarà ammessa dalla maraviglia che havrete ncl subito contemplarc questa citlade istupenda. Di Febraio in Vinelia. M. D. L *.
Les deux étudiants, tout fiers de la réponse qu'ils avaient reçue, reprirent aussitôt la plume, et remercièrent TArétin dans un style qui prouve qu'ils avaient lu et relu le recueil déjà publié de ses lettres :
« Al magnifico messer Pietro Aretino.
» Noi nel legger la vostra siamo divenuti simili a coloro i quali dal sacro oracolo ricevendo non aspettata risposta, pur conveniente alli lor desii, mentre rapir si sentono ne l'amore divino, stanno sospesi, non sapendo con quai voce isprimer la buona sorte che nelle lor menti pose al principio si fatta divo^ione. Lodato sia il consiglio nostro e la cagione che ci mosse a scrivcrvi, poscia che si bel frutto di tal senienza abbiamo ricolto che per tempo non marcisca. Anzi lodala sia la vostra umanità, la qualo, mossa da se stessa, non ha sdegnata la nostra umile affezione nel farci quel favore che alli più onorati prencipi suole esser gratissimo; onde ne possiamo rallegrarci come degli onori supremi ricevuti da un animo rcale, il quale direttamente giudicando, più
* Lettere di Pietro Aretino, 1609, V, fol. 236 v».
stimarsi debbe che lo stato nel quai, se bén appare nobiltà di san^ô, spesso si trova viltà di cuore. Certo, se alla virlù si desse il suo grado, niun sarebbe che agguagliasse il vostro, poichè quella che in voi si ritrova, soia e disarmata, ô temula e riverita da quel che per forza il mondo terne. Ma nel maie s'asconde il remedio, pcrciochè, si corne potelé lamentarvi délia bassezza in cui la malvagità di nostri tempi vi tiene, cosi dovete giovarvene, pigliandola quasi cerlo lestimonio delLa vostra bontà, non allrimenli che ne l'allezza altrui si scorge vizio da chi ha un poco più discorso che l'ignorante volgo, il quale altro non vede di quelle che si rappresenla agli occhi suoi. Egli è certo che de rignoranza fu sempre compagna l'invidia, et oggid\ l'una con l'altra volendo mantenersi nella falsa opinione del suo sapere, quasi arrabiata cagna tultavia abbaiando, va dielro a quelli che per fidanza délia propria virtù, non per altrui favore, voglion mettere il picde dentro al sacro tempio de l'onore, veramente débite albergo délie virtuose créature. Perô a noi pare che le dignità non gradî délia vlrtù, ma del vizio si debbano chiamare, acciochè, nmtalo l'ordine délie cose, si muti ancora il lor nome. La più parte degli uomini seguita la prestinzione de l'ignoranza, la quale, mentre si compiace in se stessa, biasima et odia il suo contrario. Quindi aviene, signor Pietro, che voi che, per benignità del cielo, allevato nella scuola dclla natura, essendo maestro a voi medcsimo, avete imparato la vera virtù, lasciata l'ombra degli altrui vestigi, tanto siate abbassato da l'invidiosa ignoranza quanto merltarcste d'essere inalzato dalla diritta avvert3nza, non parliamo délia noslra, ma di coloro che più hanno giudizio di noi, chè in verità il nostro non mérita quella Iode che voi gli date, se non forse per essere lontano d'ogni invidia. A noi è noto il nostro poco sapere; pur conosciamo essere vero quanto ci avete scritto, e sappiamo che la natura è tanto più lodevole che Tarte quanto l'uomo nelle vere operazioni umane è più da pregiare che la simia. Già potè Tarte far le cose finte parer vere alT occhio, ma non mai alT intelletto, come le uve dipinte che ingannarono gli uccelli, poi essi, volendo beccarle, non trovarono il sapore che nelle naturali suole essere. Manca e del tutto inferma è Tarte senza la natura e quasi ombra scnza corpo, la quale si fa più perfetta quanto più s'accosta di lei. Ma legga la vostra chi vuol meglio comprendere la verità di questo; nella quale Iroverà quella doltrina che voluntieri abbracciano, e col rileggerla spesse volte, come abbiamo fatto, avrà un singolare essempio di natural vena, le cui vive parole penetrano gli animi con altra forza che quelle di qualsivoglia artificiosa eloquenzia ; le quali una volta lette possono dilettare, ma
33i X^t. — PraNçôiS t»ËRtiof
rlpetite perdono ogni grazîa, si corne al contrario le vostre scritture più piacciono ben maslicale che Irangugiate. Onde la modestia vosira, schifando la Iode che vi si debbe per laie effetto, si fa degna di mollo maggiore, corne ancora la cortese assoluzione del nostro volo ha cresciuto il desio d'adempirlo, crescendo dal nuovo benelizio il nostro obbligo, il quale prima ci era comune con tutto il mondo, ora s'è falto eziandio particolare.
« Di Bologna, alli XXI di febraro MDL.
» I vostrî corne lîgliuoli :
« Francesco Perroto.
» Alessandro de La Salla *. »
Non content de s'exercer au beau style épistolaire, François Perrot, épris d'une belle dame, voulut s'essayer dans la poésie italienne. Il entreprit de traduire en octaves le célèbre roman d'Apulée, Les Amours de Cupidon et de Psyché,
La fable latine avait depuis quelques années séduit les artistes et les poètes, aussi bien en Italie qu'en France. Des figures, dessinées par un élève de Raphaël, avaient été gravées par le maître « au Dé », et avaient paru, accompagnées d'octaves italiennes anonymes. En 1546, Jean Maugin, dit le Petit Angevin, avait publié, et peut-être gravé lui-même, des copies de ces figures auxquelles étaient joints à la fois les vers italiens et des huitains français composés par Claude Chappuys, Antoine Heroët de La Maison Neufve et Mellin de Saint-Gelais^. Perrot connaissait assurément ces imitations; mais il eut l'ambition de donner à l'histoire des Amours de Psyché tout le développement qu'elle comportait. Il envoya le début de sa traduction à son cousin Nicolas de Thou, trésorier de Beauvais ^, Celui-ci l'approuva et engagea le poète à continuer son œuvre.
* Lettere scritte al signor Pietro Aretino, 1352, II, p. 340; — 1875, II, II, p. 204.
* Vov. Catalogue Rothschild, III, n» 2567, et Catalogue Lignerolks, II, n® 1751.
' Nicolas de Thou était cousin germain de Nicolas II Perrot, père de François. Jacques de Thou, seigneur du Bignon, de Béville et de Javercy, avocat général à la cour des Aides, mort le 1" octobre 1504,
xxt. — François pËftRor 355
François répondit à ce désir en expédiant la suite de Touvrage, dont se chargea un de ses compagnons d'études, Germain Le Lieur. Il écrivit alors à Nicolas une très curieuse lettre italienne, qui est un document biographique des plus importants. Nous y voyons que Perrot, entraîné par sa passion pour la poésie, avait abandonné les cours de droit, et que son père, ne pouvant le faire revenir sur sa résolution, lui avait coupé les vivres. Voici cette lettre, écrite à Bologne le 17 avril 1550 :
« A Monsignore il thesoriere de Beauvais.
« lo, perché vogUo, si corne debbo, ubedirvi, con quesla vi mande una altra parle délia mia Psiche, laquai, se havessi potuto finir di scrivere, tutla vi l'havrei mandata, essendo non pur essa tntta voslra, ma quella ancora del corpo mio, a oui assai rincresce di non poter cornpiarcervi in migliori cose. Restano due allri canli, i quali, mcntre il signor Le Lieur \portalor di quesli, sarà in Ferrara, scriverô, acchiochè, al suo ritorno possa mandarveli per lui in Franza. In tante intratenetevi, quando sia che migliore occupalione non vi chiami altrovi, con quelli due che hora vi mando, et si qualche spirilo di poesia, il cui fiato è l'islesso Amore, voi ci ritrovate, datene di gratia il merito délia Iode
avait eu de Geneviève Le Moine un fils : Augustin I«', seigneur de Bonnœil, qui fut président au parlement de Paris, et mourut le 6 mars 1544, puis cinq filles, dont Marguerite qui épousa, en premières noces, X. Le Lieur, en secondes noces, Jacques Le Maçon et, en troisièmes noces, Milles I" Perrot, grand-père de François. Augustin, marié à Claude de Marie, eut vingl-un enfants, dont quatorze moururent jeunes, Ceux qui survécurent furent : Christophe de Thou, seigneur de Bonnœil et de Cely, premier président du parlement de Paris, né en 1518, mort *le l®"^ novembre 1582; Adrien de Thou> seigneur d'Hierville, conseiller clerc au parlement de Paris, puis maître des requêtes de l'hôtel, mort le 25 octobre 1570; Nicolas de Thou, aussi conseiller clerc, archidiacre de l'église de Paris, abbé de Sain t-Sympho rien de Beauvais et enfin évêque de Chartres, né en 1528, mort en 1598; Augustin II, avocat du roi au Châtelet de Paris, avocat général au parlement (1567), président (1585), démissionnaire en 1595 ; Jeanne, femme de Jacques Le Lieur, seigneur du Chesnoy, correcteur des Comptes ; Barbe, femme de Jacques Sanguin, seigneur de Livry, lieutenant des Eaux et Forêts; Anne, abbesse de Saint-Antoine des Champs.
^ Il s'agit de Germain Le Lieur, dont il sera parlé plus loin.
3â6 XXt. — ï'RANÇOiS PERtlOÎ
a quetla bellezza che mi move, la quale in vcrità è dcgna di più alto stile, et non ai studio et moUa diligcnza clievihabbia usata; impcrochè havendo ai principio de l'opéra posto fine in manco di dieci giorni, quella dir si puô esscre uscita da qualche furore e non da ingegnosa fatica, essendo eliandio l'inventione non mia, ma si bon convenevole a niio soggetto per havere in queila le prime parti la dea Venere, il cui nome quanlo sia conveniente alla mia, Iddio vel' dica per me. Basta che per la sua singolar belieza che non ha pare al mondo, per la somiglianza chha il suo marito con Volcano, per la tenerezza d'un suc figliuolo, il cui bel viso, di focoso oolor dipinto, rassomiglia quel di Cupido, giustamente per me se le dia cotesto titolo. Ma veggo già ridete del mio vancggiare, ne pcrô mi reputo vergogna di amare, quantunque homai sian gli amanti favola del volgo, sapendo che non è una nascosa virtù dcslatrice dcgli ingegni gentili addormentati nelle. vanità del mondo. Non posso temperarmi poscia che senza accorgermene son proceduto tanto avanti di narrarvi più apertamente la qualità del mio stalo, il quai per accidente s' è cangialo assai, un anno fa, da quello che era. Già cantai, signer mio, et risi, hor piango et sospiro, languisco et non vivo. Cosi vanno le cose mortali che fermarsi in un luogo non possono, anzi, seconde il volger délia rota, veggonsi hor basso, hora alto salire. lo soleva nel suprême grade délia félicita goder le mie picciol facullà de l'ingegno (chô in verità fclicissimo dir si puole chiunque vive délia sua sorte contente, come io vivea), hor mi trovo sommerso nel più profonde délia miseria, non per mia colpa, ma per invidia délia Fortuna, la quale non ha potuto lasciarmi longamente vivere in pace.
» Et, per contarvi brevemenle la iranquillilà passata, vi dico che un mezzo anno dopo che fui in Italia, havendo ridotto lutto il mio studio dal faticoso et erto délie leggi al dileltevole et mansueto délie muse, mi messi a seguitare il fanciuletto Amore, nella cui schola s'impara quanto di bene et di gentile si vede al mondo. Ne pensate che Amor, togliendomi la liberté de'l'animo, s\ come suole al più di suoi séguaci, mi pascesse di lagrime et sospiri, di speranze et dolore, che misero sarebbe stato il viver mio. Io modestamente, senza spendere indarmo i passi e' l tempo in andar dietro a l'amata cosa, col piensiero tuttavia godendola, fruiva quei béni che dal vero amante si tranno, il quai cerca, non congiuntion del corpo, ma de l'anima solamente. Furor non era il mio amare, ma un temperato affetto verso una bellezza humana, la quale, essendomi scala a quella del summo bene, mi toglieva ogni pensier basso et grave, creando in me et parolle pellegrine et
nuovi concetti, corne ne fanno lestimonianza gli fnitti usciti dal mio stérile tierreno a Thonor di colei che vi pose si nobil semenza *.
» Questo fu il viver mio; hora udite la catastrophe délia favola; la quale, al contrario dclle altre, havendo havuto lieto principio, in pianto s'è finita. DoppO che scopersi il voler mio al padre, abandonato da lui, non so come son lutlo uscito dal regno d'Amore et son fatto schiavo délia Nécessita, dove si Irova guerra, solleciludine, cura et disperatione. Le sue leg^i sono insuportabili, il viver sotto lei vergognoso, pieno di noia et continuo affanno. Che resta homai a Testrema miseria? lo ne l'animo sostengo una continua guerra di pensieri, vivo sollicito; come l'avoltoio Issione, mi rode il petto, ne manca altro che la disperatione. Ma, per non essere del tulto miscro, mi giova di sperare et credere che a la pietà paterna farà luogo il passato rigorc, il che se succède, lornerô lieto al lasciato camino; il quale, come mi saià continua contentczza, col tempo mi polrà forse partorir qualche Iode appo coloro che nimici non sono de si gratioso riposo.
» Voi, monsignor, potete in questo molto per me, valendo assai la autorità vostra appo il padre, et mi persuado che Thumanità vostra, senza pregarvi altrimenti, non mi negherà il bénéficie di taie opéra. Sia dunque nclle vostre mani il farmi contento et felice, et, ciô fatto, promette d'ofterirvi quasi a mio Iddio lutte le primitie di frutti che dalla disiata tranquillità potranno uscire. Basciovi la mano, et prima al vostro cardinale ^ la cui gentil ciera, dicono i nostri Bolognesi, ha più del capitano che del prête.
» Di Bologna, alli 17 d'aprile 1550.
« Délia S. V.
» cugino et servidore :
»> Francesco Perroto. ' »)
Le poème auquel François travaillait avec tant d'ardeur nous est parvenu. Il est écrit en octaves, et se divise en six livres; nous en reproduisons le début :
* On voit que François avait composé de nombreux vers en l'honneur de sa belle avant d'entreprendre son poème.
» Il s'agit de Jean Du Bellay, évoque de Paris depuis 1532, cardinal depuis 1535.
' Biblioth. nat., ms. Dupuy 736, fol. 4.
VAmore di Cupido et di Psiche, madré di Diletto, pigliato dal quarto, quintô et sesto libro délia Trasformation di Lucio Apuleio; esposto et tradotto in sei canti italiani pel signor Francesco Perroto, Par gino. i550.