‹ Les Français italianisants au XVIe siècleChapitre 64 sur 67 · Scrivesi ch'in un' antica cittade · texte numérisé non relu

Scrivesi ch'in un' antica cittade

Un re possente della sua consorte Hebbe tre figlie di molta bellade, Tal che vi parea una céleste corte.

Le due maggiori di matura elade, Quantunque fosse di gran beltà scorie, Corne donne morlali erân lodate Et le lor bellezze da tutti * amale *....

Nicolas de Thou, qui probablement avait étudié en Italie, pouvait lire avec plaisir les vers de son jeune cousin : il n'en était pas de même de Nicolas Perrot. On peut se représenter le magistrat parisien comme un homme positif, plus pénétré de IHitilité immédiate qu'offrait l'étude des lois que sensible aux beaulés de la poésie. Il refusa de céder aux instances du trésorier de Beauvais et de laisser le pauvre François suivre son goût pour les belles-lettres. La réponse ne parvint à l'étudiant qu'après un intervalle de plusieurs mois, et ce fut le 27 septembre 1550 qu'il reprit la plume pour essayer encore une justification auprès d'un père inflexible. Sa lettre est longue; mais, comme elle est inédite et qu'elle offre un réel intérêt pour les historiens du protestantisme, nous n'hésitons pas à la reproduire en entier :

« Je commence à sentir vivement combien est doulce la grâce paternelle, laquelle, jà sache que des premiers ans Taye cogneue et prouvée en moy, jamais n'ay mieulx goustée qu'à cest' heure par son contraire, non aultrement que celuy ne peut avoir entière cognoissance de la paix ou estimer l'heur d* icelle, qui premièrement n'ha expérimenté la guerre et les maulx qu'elle tire avec soy. Par vostre grâce, mon père, ay esté nourry, eslevé et institué sans aulcun seing de ce qui est nécessaire à l'infermité humaine ; maintenant, par en estre privé, cure, soulcy et fascherie me tormentent avec une continuelle sollicitude come je puisse soustenir mon indigence. Ainsi puis je dire que suis tombé d'une félicité à l'extrémité de misère. Car qui ha-il plus calamileux que Testât où je me trouve? Je ne parle pour la paouvreté qui me presse, laquelle seroit facile à supporter, si elle n'estoit en mon en-

* Ms. tutty.

* Ms. Dupuy 736, fol. 79-105.

droit vergongneuse. Qu'i ha-il, dy je, plus misérable que se veoir abandonné d'un père en nécessité, voire d'un père charitable, bening et amateur des siens, et n'avoir un seul recours qui me console ? Je veoy, las, qu'il vous semble que je mérite telle pêne et plus grande pour la désobéissance mienne, et ne sçay en quelle sorte m'en excuser. Car, quand ainsi seroit qu'eusse satisfaict de tout mon pouvoir à tous les poinctz de vostre volunté, anchore me debveroit sembler n'avoir faict assez, demeurant redevable de l'obligation qui ne se peut payer par obéissance et servitute continuelle. Je co^noy cela, et bien plus ; car, oultre que par vous nous est donné le jouir de ceste lumière agréable à toute créature, je veoy que n'avez rien laissé en nostre endroit de ce qui faict un père treshumain et l'orne de toute louange que mçrite un' amour pareille. Il seroit long de référer les biens que de vous j'ay receus, et le seing qu'avez eu de nous rendre par bonne institution dignes de vous. Il suffise de dire que le non pouvoir exprimer la bénignité et libéralité vostre tesmoigne de la grandeur de voz bénéfices. S'il est ainsi, come je confesse, ne doy je confesser ensemble que demeure en moy le vice d'extrême ingratitude, contre laquelle justement les Athéniens donnèrent action, pour ce qu'icelle nous este le commerce de donner et prendre, sans lequel ne peult durer la société humaine? De quoy donc me doy je complaindre, synon de moymesme qui vous ay donné occasion d'user de ce droict envers moy, lequel est d'aultant plus juste, que moins se trouve ingratitude qui soil plus ingrate que cest[e]-cy ? Toutefois me semble,quand plus grande seroit la faulte, que, come au siège de judicature on doibt dépouiller toute amytié et toute affection, et à clos yeux suivre la voix de la loy, ainsi au contraire en la pitié paternelle ne se doibt arrester ceste sévérité implacable, qui n'a rien plus contraire à la clémence qui luy est propre. Et n'est celuy qui ne loue et approuve d'advenlaige la comicque modération d'un L. Gellius, d'un L. Hortensius, ou d'un Fulvius, que la tragicque vengeance d'un L. Brutus, d'un Gassius et Manlius Torquatus, estant certain que la vergongne et la libéralité est meilleure pour contenir en son office l'enfant bien né, que la craincte. Je ne dy cecy pour avoir trouvé en vous passion moins que paternelle, ains me semble que tout ce que faictes vient de l'abondance de vostre bonne volonté, qui me vouldroit tirer à meilleure voye quasi par force de la nécessité, n'ayant rien peu opérer en moy celle de la doulceur que me monstrastes en paroles et lors que, devisant de mon intention, l'honte de vous desplaire et la révérence me serrèrent la bouche à ce qu'avions proposé de vous dire. Tout vostre faict part de l'amour grande que portez

à vostre facture, de laquelle par adventurc me puy je couvrir et défendre, selon le dict du philosophe qui dictque l'amour aveugle Tamant en la chose aimée. Pardonnez à ma témérité, laquelle, sçachant vostre modération et sagesse, use de ces termes, afin que ne m'aviennent ensemble deux effaictz contraires : de sentir un plaisir incredible de vostre amour, et desplaisir du jugement : dont me confie que de nouveau considérerez mon faict, et puys en jugerez come vous semblera. Et pour ceste raison, à l'imitation de Tanticque plaideur, qui appella de César courroucé à César non courroucé, j'appelle du père transporté d'amour à un père mieux reiglé de la raison.

» Je sçay bien que la fin et le but qu'avez constitué en mon estude estoit que, pour en monstrer le fruict, je prinse degré selon la couslume, et suy visse les actions humaines, tant pour acquérir honneurs, que pour mon proufict et utilité. Lesquelles choses ont en soy telle force et telle apparence d'honnesteté qu'elles trompent les plus excellens espritz. Or, si la grâce divine, m'ouvrant les yeux avec le croistre de l'aage, m'a faict veoir meilleure fin en eflaict que ceste cy n'est en apparence, doy je laisser le corps de vertu pour en suyvre l'ombre? Je ne sçay premièrement si ceste occupation et par conséquente ce degré des dignitez que me desirez est chose qui donne félicité à l'homme, ou luy oste; car, selon les vrays sages, nul ne sçait ce que luy est bien ou mal en ce monde, et pour ce le maistre de toutes sciences nous enseigne que demandions à Dieu en noz oraisons seulement que sa volonté soit faicle, et Socrates ne vouloit que se demandas! aulcune chose particulière à Dieu, mais seulement ce qui est bien. D'adventaige, quand je regarde le tout, je ne congnois en ceux qui sont eslevez en dignitez aulcune tranquilité d'esprit, mais plus tost, croissantz en grandeur, croistre en eux plus grande perturbation, contcmnantz (come dict Piaule) superbement les moindres, et porlanlz envie aux plus grandz. Par quoy l'oracle ne jugea eslre heureux le haultain roy Gigès par eslre riche et puissant, mais Aglaiis qui, labourant un peu de terre et ne se donnant fâcherie de chose aulcune, vivoit joyeusement tresheureuse vie. Vous sçavez l'exemple de ceulx qui jadis coururent avec des paniers et hottes vers une montaigne, pensant prendre la lune et, s'estantz hastez avec grande sueur, quand iiz arrivèrent au hault, s'en trouvarent aussi loing et hors d'espérance que ceux qui estoient demourez à my chemin, ou que ceux anchore qui ne s'estoient partiz de la vallée. Et certainement la tranquilité ne naist des choses de dehors, mais du dedans, à sçavoir de l'armonie de l'esperit bien tempéré, lequel vraiement produict la grandeur et félicité, ainsi qu'un

géant mys au fond d'un puys eîst tousjours grand, et un pygmée au hault d'une tour est tousjours petit.

» Je ne veux parler icy corne home qui cache la perfection christienne; car vous sçavez que, parlant en ceste manière, ne seroit besoing entrer en question, puisque l'Escriplure nous donne testmoignage que, tant s'en fault que ny les honneurs ny les richesses nous donnent félicité, que souventcsfois sont occasion de nous donner extrêmes misères, et fmablement que nous soyent fermées les portes du ciel. Je vous parle corne si je voulois vivre selon les loix des hommes, et me gouverner avec raison humaine et ordonnances civiles. Car qui ne veoit que les honneurs et les richesses ne nous rendent heureux, monstre bien estre aveuglé de la fumée d'ambition ot des ténèbres de l'avarice : tesmoing celuy qui, de la cherrue, estant eslevé par Ephestion en siège royal, inlerrogué come il pouvoit devant supporter si paouvre vie, respondit : « Pleust il à Dieu que je peusse avec telle patience supporter les fascheries et grandesses de mon règne ! »

» Et pour venir à ce qui me touche, je ne nie que par la profession des loix, unicque moyen de parvenir aux honneurs, ne soit administrée la raison, les maulvaises coustumes refrénées, l'innocence soustenue, et à chascun rendu ce qui est sien, et par icelles non seulement les nerfz de la republique se conservent et maintiennent en leur force, mais par la justice s'augmentent de mieux en mieux. Toutesfois, jà sache que telz ministres avec leur prudence purgent les faullcs d'aultruy, si est ce qu'ilz ont tôuz une mesme tache, c'est qu'ilz se travaillent par un désir d'assembler deniers et ne treuvent rien de louange qui ne tende à ceste fin. Hz se fabricquent des delictz des hommes et de leur science bouticqucs de monnoyc, où, avec le marteau de la langue, qui est mercenaire et se vend, battent les escutz et font l'or des larmes des paouvres gens; ce que l'esprit noble, se souvenant de son origine généreuse, du tout abhorre et refuse. Mais mettons qu'aulcuns avec justice et vertu cachent les dignilez et se gouvernent en toute honnesteté, desirantz par labeur et estude^ proffiter à la republique et, avec gouvernement non tyrannicque mais paternel, opprimer les discordes civiles et nourrir la paix et amitié : toutesfois iceux, occupez en choses momentanées et transitoires, laissent l'investigation des choses célestes et divines, esquelles consiste toute nostre félicité. De ce nous est proposé un exemple en Marthe et Marie, desquelles est escript que Marthe, non sans grand perturbation de diverses pensées et soucis, estoit occupée en plusieurs choses, et Marie avoit esleue la meilleure partie qui ne luy seroit ostée. Ce chemin est l'estroit et difficile, qui

nous meinne à la vertu, que la plus pari ne sçavent, beaucoup s'en ipocquent, peu le croient, et quasi n'est suivy de personne. L'aultre est le chemin battu et plus estimé, pour ce que tous y passent; toutesfois moins seur et moins court pour nous conduire à la fin de nostre volage qui nous est proposée.

« Mais prenons anchore que soit le meilleur faillir en suivant la plus part du monde, qu'avoir bonne opinion avec petit nombre ; prenons que les richesses et les honneurs ont ceste félicité que le vulgaire croit, lors qu'il les désire, les loue, les admire et révère : n'est-il pas possible que soient bonnes pour les aultres et pour moy non? Les natures, les instinctz, les désirs, les plaisirs, les mouvements ne sont semblables en tous hommes, ou soit que cela provienne des influences d'estoilles, ou de diversitez de temperamentz, ou varietez d'éducation; et plusieurs choses plaisent à un esprit qui ennuient un aultre, come de tout ce qu'amèrement pleuroit Heraclite, au contraire Democrite s'en rioit allègrement. Ne faut donc s'esmerveiller que les choses qui attirent et addoulcissent le cueur d'un, espouventent et altèrent le mien. Combien de personnes se treuvent qui abhorrent le vin, liqueur pretieuse et salubre, et combien d'aultres qui ne peuvent sentir les roses, fleur d'odeur délectable et plaisante? Doibt-on pour ce les blasmer, et par force leur faire boire du vin et sentir les roses? N'est-il pas meilleur de les excuser par estre poulsez, voire forcez de leur nature ? Je ne nie que les loix des empereurs et les canons des papes soyent louables estudes pour ce que par leur moyen les hommes cupides s'enrichissent; mais il n'est si facile, come aulcuns estiment, de vouloir tout ce qpe nous debvons, et beaucoup moins pouvoir tout ce que nous voulons. Je ne suys si ignorant que je ne cognoisse la puissance de l'humain entendement estre telle que par luy nous pouvons vaincre les forces de nature, ce que nous lisons estre avenu à aulcuns, laquelle chose doibl vrayement estre nombrée entre celles qui rarement aviennent, tant est grande et invincible la nécessité qui nous commence à conduire dès nostre naissance ; mais aussi je croy qu'il ne soit bon de rejecter la grâce que Dieu nous faict, nous donnant meilleure cognoissance et laisser la vacation * qu'il nous donne et qu'il approuve, pour prendre celle des hommes.

« Si donc nous sommes engendrez à diverses opérations, c'est assez que

* Le ms. porte bien « vacation » et non « vocation », qui, au premier abord, semblerait plus naturel.

nous portions bien en icelles où sommes guidez, sans que nous vou. lions passer plus oultre, ce que jadis plusieurs voulantz esprouver en vain, ont perdu ce qu'ilz esloient, et n'ont peu devenir ce qu'ilz desiroient estre. La musicque est composée de divers sons, l'un bas, l'aultre hault, l'un aigu, l'aultre grave, et, pour la commodité du corps humain, divers membres ont diverses qualitez : ainsi la nature, de laquelle les forces sont inflnies, produict les espritz aptes à divers offices, afin que de telle diversité se perpétue la conservation du genre. De là advient que par providence un naist nautonnier, l'autre marchant, Tun prebstre, l'aultre advocat, l'un poëte, l'aultre orateur, l'un médecin, l'aultre philosophe : d'estudes si diverses est nécessaire [pour] que se conserve si grande multitude d'hommes. Qu'il soit ainsi, si tous vouloient, pour ce qu'à un chascun appartient de suivre l'eslude plus honorable, s'addonner à la théologie, et qu'il n'y eust de laboureurs, de quelz fruitz, suivantz estude si noble, pourrions nous estre nourris ?

» Il est vray que nous sommes toutz nez non seulement pour nous, mais partie pour la patrie, partie pour les parens et amys, partie pour les estrangiers; toutcsfois, come ceste vie civile et sociable est plus utile et nécessaire généralement que l'aultre, aussi n'est inconvénient qu'il y ait quelque petit nombre de ceux qui, aymant la solitude, lèvent leurs espritz à choses plus haultes, et me semble qu'ilz ne peuvent tirer louange plus solide. En ce nombre, mon père, vouldroy je me mettre, et combien que le ciel ne m'a donné qu'esprit médiocre, peu de mémoire, et débile jugement, toutesfois es choses grandes la volunté est louable, et me sentz, ne sçay comment, tirer de mon naturel à cela. Ne pensez que par imagination je y sois incliné, ains par disposition, par élection et par congnoissance de moy-mesmc, qui en extrémité m*ha faict avoir constance, laquelle n'est aultre chose qu'une certaine fiance d'une volunté licite et honeste. Ma délibération ne provient de lascheté, de vilté d'esprit, ny d'oysifvelé, ains plus tost du desdaing et contemnement des choses basses, de quoy me pourroient estre tesmoings ceulx qui me cognoissent. Si toutesfois vous estimez que soit chose vile d'envieillir en son estude, et n'estre bon que pour soy, je ne répugne, et désire grandement de prendre aultre manière de vivre, laquelle seroit d'estre mis au service de quelque seigneur, où mon peu d'esprit me donne espérance de quelque avancement, et facilement pourrois entretenir les bonnes lettres qui me sont plus agréables que nulle aultre chose. Je souhailerois (quand vostre volunté seroit conforme) de faire tel commencement à Rome, come aultresfois vous ay escript, ou

avec. Mons»" de Noyon S ou avec autre seigneur ; auquel lieu ia congnoissance de plusieurs choses me pourroil prouffUer et me poulser avec le temps. On va par degrés au hault de la vertu ; ainsi j'espère par diligence, par industrie, par intégrité pouvoir parvenir à quelque bonne fin.

« Favorisez, je vous prie, mon pcrc, vostre honneste délibération; laissez vous vaincre à vous-mcsme; rendez moy vostre paix, et pensez que non la misère où je me trouve, non la nécessité, non la paouvreté, non la vergongne d'estre débiteur à aultruy, qui est grande, me donne tant de desplaisir, come d'estre privé de vostre grâce, sans laquelle depuys vostre départ * je n'ay eu une heure de repos. Pensez, mon père, que, si bien en moy y a apparence de desobcyssance, ma conscience se trouve entière, et l'amour que je vous doy est inviolable, laquelle ne peult prendre tache de l'amour et désir de vertu qui me guide. Je me remectz de tout entre voz mains, lesquelles feront œuvre de pitié paternelle, me tirant du profond de misère où je suys, et me rendantz un père, une mère, parentz et amys desquels abandonné suys, come celui qui en abondance de toutes choses meurt de soif et de fain.

« mon Dieu, qui congnois le dedans de ma pensée, ouvre de ta main puissante la poitrine paternelle, ouvre ses yeulx, non pour regarder mon mérite, mais soy-mesme, sa pitié ol son humanité, qui naturellement luy est convenable ! Donne moy sa grâce et ensemble l'effaict de l'espoir que me faict avoir en luy non moins mon innocence que sa bonté ! De Bologne, ce 27. de septembre 1550 ».

« Voslre filz et Ires-humble serviteur :

« Françoys Perrot. » '

La dernière partie de celte leltrc nous monlro la pensée de François tout entière. 11 est évident que les préoccupations religieuses l'absorbent, et qu'il veut se vouer à la propagation des doctrines de la Réforme. On sent en lui le détachement el l'enthousiasme d'un martyr.

* Jean de Hangest, évoque de Noyon (1525-1577).

* Nicolas Perrot était-il donc allé voir son fils en Italie?

3 Biblioth. nat., ms. Dupuy 736, fol. 261-262 bis. — On remarquera les italianismes répandus çà et là dans la lettre de Perrot : anchore (encore), le non pouvoir exprimer, Vhonte, christienne, etc

En m(^me temps qu'il écrivait à son père, François tenait à remercier les parents qui s'étaient entremis en sa faveur. Une seconde lettre est adressée ii Germain Le Lieur * :

« Al signor Germano Le Lieur. »

» Perché so che sete huômo de pochissimc parole et d'eftclti largo, per hora sforzerô il natural mio, ristringendo io stilc che spesso dalla penna si difunde a guisa de l'acqua quando s'allonlana dalla stretla bocca del suo fonte, et ridurrô in poco il molto che vi ho da dire... »

Ce que le pauvre François trouve à dire, c'est qu'il a eu tort d'espérer; personne ne lui vient en aide. Il ne peut plus compter que sur lui-même. « Ego rus'Acanus sum, dit-il en terminant; ficum flcum, ligonem ligonem appello ^. »

Une troisième lettre a pour destinataire Nicolas de Thou :

« A monsignore il Thesoriero dl Beauvais in Parigi. »

» Io mi crcdevo, monsignore, che giovar potessero le parole vostre appo il padre et di fede et d'autorità, quello che manca del tutlo aile mie; hor son caduto dalla speranza che m' havca lasciala la cortesia délie promesse vostre. Non mi caderà perô di mente ne l'honesta afféltion che mostraste di po[r]tarmi, nô il parer vostro conforme al mio. Et si come quella, oltre il naturale oblige, mi spinge ad amarvi, ad osscrvarvi et riverirvi, qucsto, sostencndo la mia deliberatione da

* Germain devait être, comme les de Thou, apparenté avec François. On a vu dans nos notes que Marguerite de Thou avait épousé d'abord un Le Lieur, dont elle avait eu Jacques Le Lieur, maître des Eaux et Forêts. Elle s'était remariée avec Jacques Le Maçon, dont il semble qu'elle n'avait pas eu d'enfants, puis avec Milles I^r Perrot, mort en 1518. Une nièce de Marguerite, Jeanne de Thou, épousa Jacques Le Lieur, seigneur du Chesnoy, correcteur des Comptes.

Les Le Lieur de Rouen étaient une branche de la même famille. Les personnages que nous avons cités ne doivent pas être confondus avec Jacques Le Lieur, seigneur de Bresmetot et du Bosc-Benard, notaire et secrétaire du roi, qui fut à diverses reprises échevin de Rouen, de 1517 à 1541, et se fit connaître comme auteur de poésies palinodiques et du précieux Livre des Fontaines. C'est à ce dernier Le Lieur que M. T. de Joliment a consacré, en 1847, une Notice historique.

2 Bibholh. nat., ms. Dupuy 736, fol. 5 v».

contrarii venti continuamcntc combatutta, non mi da un tanlo ardire di creder che giusto sia havendo per me l'ottimo giudicio voslro che diriltamente la favorisée. Et quello m'ô in Inogo di quanti allri, che molti sono, i quali o da non so che volgare opinione, o da cieca affettione, o da vana spcranza, o dair ignoranza délie cose corrotti, con lutte le lor forze contrastano al mio volcrc. Dch, non dovea egli basiare, che mcntre voglio salire alla virtù, pcr la strada erta si oppongan quelle Ire fiere che scmpre impediscono il camino che ci conduce a lei, essendo naluralmente in me, corne in ciascuno, il disio del piacere, de l'utile et de l'honore (le quali tre cose quasi tiere da Tingcgnoso poêla Ihoscano sono descritle sotto i nomi délia Lonza, délia Lupa et del Lerno), senza che mi facciano più aspra gucrra le opinioni di coloro, i quali si son lasciati vinccrne. Et pur lultavia quegli mi trafiggono, mentre, a guisa de gli huomini cangiati da Circe, non sol compiaccionsi nella lor cangiata forma, ma anchora vorrebbono agli altri far credere le miserie de l'humana, cioè délia vera, et di quella che s'approssima alla nostra origine, la quai è celesle. Ma Iroppo avanti mi tira il mio giusto sdegno. Rilornando dunque a voi, dico che più mi move il sempio del sagio Ulysse, che la pazzia di lanti suoi compagni, i quali vincerci possono di numéro et d'apparenza di piacere, ma non di ragione e di solida conlentezza. Se cosi è, non vi fia grave di sostener le mie parti conlro a coloro che, più solleciti di falti altrui che di proprii non sono, parlare vorranno secondo il lor costume di mici pensieri, et giudicandoli alla Hbra délie lor billancie, leggieri e vani. Di questo vi prego stretlamentc, senlendo che forse mi converrà venire aile mani con si falta gente, non più da longi, il che mi era più sicuro, ma da presse, onde io havrô buon bisogno di cotale aiuto, che qui la lontauanza, giungendo appena air orechie mie il grido de gli abbaiatori, mi faceva men necessario. Iddio mi dia patienza, et a voi, monsignore, il compimento di vostri disii ! Di Bologna, alli 27 di settembre 1550.

« Francesco Perrotto, cugino et servidore • ».

Une qunlriènie lettre est adressée colleclivemenl <• an môme Nicolas de Thou ^ et à son frère Adrien, à Paris ». François ne

* Ms. Dupuy 736, fol. 6.

* Nous avons dit que Nicolas de Thou avait dû étudier en Italie : on peut dire la même chose d'Adrien. Nous avons do ce dernier une traduction française d'un ouvrage de Mambrino Roseo de Fabriano :

348 XXI. — FRAXfOlS PERROT

peut que leur répéter ses lamentations et leur renouveler l'accent de son désespoir. Sa mère seule a pilié de lui; il espère qu'elle leur a remboursé l'argent qu'ils ont bien voulu lui faire parvenir.

« A gli signori Nicole e Adriano de Thou in Parigi. »

« Hora m'accorgo che veramente io son del numéro di coloro i quali chiamansi nati nclla quarta luna, posciachè non para guisa d'HercoIe. La vita mia è schifa da tulli i piaceri che al mondo paiono dolcissimi, et piena di fatiche. carca d'affanni, oppressa de la miseria ; ma tuttavia ancho il mcle mi si cangia in asscntio, ! utile in danno, la conlentezza in faslidio, l'oro in carboni, et in somma io Tot xotx' IXxw wcrre xaxiaç ve^o;, et son calamité che lira a se il ferro délia poverlà. Queslo dico io non senza ragione, considerando il beneficio già ricevuto da voi, il quale come in vero parmi che io debba credcre, fuor d'ogni speranza, m'è tornato in pregiudicio, non riuscendo il savio consiglio vostro a quel fine che noi speravamo, et de più essendo cagione de maggior maie. Io slimo che la madré non sol vi habbia restiluti i dinari, ma che anchora, dando fede alla scritlura de tutta la somma di cinquanla scudi, si sia resoluta che non havessi più bisogno di lei, perciochè se cosl non fosse, non posso pensare che la pietà materna m'havesse lanto tempo negato non solamenle il richiesto ajuto, ma anchora Tusato aviso délie suc lettere, credendo forse che, mentre havrei la borsa guarnila, il voler farmi ritornare sarebbe un gittare al vente le parole. Cosi certo m'è avenuto, senza perô che vi si possa darne la colpa, conciosia chè il buono consiglio, quantunque habbia trislo fine, non perde mai la sua Iode ne mérita biasimo, perché si come il consigliar bene vien da buon discorso che è il propio uflficio délia prudenza, cosî l'use! ta fclice le più délie volte pende dalla fortuna. Io sol ne incolpo et accuse la disgratia mia, la quale non ha permesso che il comminciato appogio vostro fosse ferme. Ma facia essa quanto vuole il suo corso, poichè dal ciel vien lai destine ; non farà perciô ella giamai, ne havrà taie possanza sopra di me, che io continuamenle non riguardi con

L* Institution du prince chrestlen, 1550 (Bibliolh. nat., ms. franc. 1222). Adrien traduisit aussi le célèbre discours prononcé devant Henri II par Claudio Tolomei (Bibliolh. nat., ms. Dupuy 736, fol. 133). On possède m(>me de lui une lettre italienne « al S. Pie. Ro. », en date du 26 décembre 1552, qui accompagnait l'envoi d'une copie de ce discours (môme ms., fol. 136 v°).

dritto occhio la sincera afTcttion voslra et la grandczza de Tobligo che me ne resla. Pregovi che m'habbiate i>cr laie, che dove accaderà Iroveransi in me H stessi eflelli, se non di quel valore, almen di quello isvisceralo amore che conosco cssere in voi amendue. Il signer Sebileto * vi servira di quanlo io vi scrivo, cioè di farvi intendere il mio stato et la mia delibcralione. In tanlo vi piacerà di raccommandarmi al fratello vostro, il s»" Agoslino S il quale io lengo in, quello medesimo tçrado d'amicitia che son pcr havervi sempre. Di Bologna, alli 27 di settembre 1550.

« Il vostro corne fratello :

« Francesco Perrotto ' ».

Que devint alors François Perrot? Combien de temps passa-t-il encore en llalio et comment se réconcilia-t-il avec son père? Ce sont des questions auxquelles 11 nous est impossible de répondre. Tout ce que nous savons, c'est que, au mois de février 1553, il fut chargé de porter des dr-pôches, de Ferrare, à la cour de France *. Au mois de septembre 1555, il semble avoir rempli une mission à Conslanlinople ^; mais vers la fin de l'année 1556, il était de retour à Paris et, le 19 novembre de cette année, il fut présent au contrat de mariage de son frère André avec Marguerite Boulangier, veuve de Philippe Cunyer *. Il ne tarda pourtant pas h repasser les Alpes, et fut attaché à l'ambassade de France à Venise, où François de Noailles, évêque de

* Ce personnage doit être Thomas Sibilet, avocat au parlement de Paris, né en 1512, mort au mois de novembre 1589. Sibilet a publié un Art poétique françois, plusieurs fois imprimé (1548, 1551, 1564), une Grammaire française, dont nous ignorons la date, une traduction de L'Iphigene d'Euripide (1549, 1550), une traduction de lEcuirie de F. Grisone (1559), une traduction de VAnteros de Battisla Fregoso (1581), etc. Voy. La Croix du Maine, JI, p. 432; Du Verdier, III, p. 537; Pasquier, Recherches, I, livre VII, ch. VI; Lettres, livre VIII; Loisol, Dialogue des Avocats, p. 513; P. de L'Esloilc, Mémoires, éd. Jouaust, V, p. 13; Goujet, III, p. 94; IV, p. 189; Heinrich Zschalig, Die Verslehren von Fahri, Du Pont und Sibilet, 1884.

^ Sur Augustin de Thou, voy. p. 335, en note. ' Ms. Dupuy, 736, fol. 6 v°.

* Correspondance politique de Dominique Du Gabre, 1903, p. 52. » Ibid,, p. 116.

* Bibliolh. nat., ms. fr. 28726, dossier 50794, 13« pièce.

Dax, fut alors appelé h remplacer Dominique de Gabre, évoque de Lodève.

Au moment où le nouveau représentant de la France prit possession de son poste, il chargea Perrot d'une mission auprès des Turcs. Le 28 août 1557, François écrit de Raguse à l'ambassadeur :

« Monseigneur, je n'ay peu arriver icy qae ce matin, ayant la mer et le vent si conlraires que je ne m'ay peu ayder que de la force des rames à la plus grand peine du monde et avec assez de danger. Et si j'eusse eu un auUre vesseau, je seroy encore à my chemin. Quand je party d'Ancone on avoit certain advis de l'armée turquesque, qu'elle estoit à la Vallona.... »>

Perrot donne ensuite quelques renseignements sur la situation des Turcs et ajoute que les Vénitiens ont été fort étonnés de la venue de M. de La Vigne, ambassadeur de France à Conslantinople, lequel a passé par Raguse il y a quinze jours *.

Notre auteur continua sa route jusqu'à Constantinople, ou jusqu'à Andrinople; mais il était de retour à Venise au mois de décembre. François de Noailles écrit en effet, le 10 de ce mois, à Jean de La Vigne : « J'ay entendu de Perrot que le bassa de l'armée de mer lui a dict que le G. S. accorderoit plus volontiers au roy une armée de CL galleres qu'une plus foible.... ^ >>

11 est probable que Perrot passa encore un certain temps à Venise ; mais, à ce moment, nous le perdons encore de vue pendant plusieurs années. Nous savons seulement que, vers 1562, il se maria. Le nom de sa femme nous est révélé par un acte dont il sera parlé plus loin : elle s'appelait Nicole Croquet^. Le mariage

* Biblioth. nat., ms. fr. 20520, fol. 115. — Jean de La Vigne, ambassadeur à Constantinople, rentrait en France; mais il fut renvoyé presque aussitôt à son poste. Il repassa par Venise, et débarqua de nouveau à Raguse, le 15 novembre 1557. (Charriore, Négociations, II, p. 408.)

« Charrière, II, p. 417.

' Biblioth. nat., ms. fr. 28726, dossier 5079i, n° 28. — Comme les de Thou et les Le Lieur, les Croquet étaient une famille de marchands parvenue à réchcvinage. Un Jean Croquet fut échevin de Paris en 1502, 1510, 1522; un autre, en 1538; un troisième fut conseiller en 1548. Une Nicole Croquet, mariée à Jacques Gobclin, mourut le 24 juin 1572,

XXt. — FRANÇOIS PERROT 351

ne fit que le confirmer dans les idées religieuses où il s'élait depuis longtemps engagé; aussi se rendit-il h Genève pour y poursuivre ses études de théologie et s'initier à la langue hébraïque *. Nous avons sur ce point un témoignage précieux dans une lettre qui doit être du l^mars 1564. Cette lettre adressée aux frères Daniel ^, a été déjà imprimée par les éditeurs des œuvres de Calvin; mais elle jette trop de jour sur la vie de notre auteur pour que nous hésitions à la reproduire ici :

« A messieurs, messieurs les Daniels d*emprès S*<^ Croix à Orléans ».

« Si qua ante hune diem scribendi occasio data esset, non ila dudum banc oflficii sponsionisque noslrae exhibilionem desiderassetis ; scd quia optima fide, quantum scire potui, diligenliae nostrae, quae vobis ignota non est teslationem novissimam hactenus edere non licuit, ncc res nostrae ferunt, nec adeo ipse causae status praescrlim apud vos ut fusius de ccssationis excusatione TrpoXsYcofjLat, illud enim minus nccessarium ac ferlasse etiam putidum foret. Jam enim si, rébus hie non salis compositis, statim ad vos seripsissem, ni! certi a me accipere poluissetis, et praematura lanien solulio vice Icgilimae salisfaclionis fuissct. Nunc lanto commodius id praesto quanto serius. Res igitur noslrae,

* François ne figure cependant pas sur la liste des étudiants, tandis que ses parents Antoine et Denis Perrot, dont nous n'avons pu établir la filiation, y sont inscrits à la date de 1563, et son cousin Charles Perrot, fils de Miles II, à la date du 16 mars 1564 {Livre du recteur; Genève, 1860, in-8, pp. 8 cl 10). Charles ne devait plus quitter Genève. Il y fut deux fois recteur de l'académie (1570, 1588), lecteur en théologie (1572), professeur en théologie (1598). 11 mourut le 15 octobre 160^. Voy. Haaz, La France protestante, VIII, p. 795, et Ch. Borgeaud, Histoire de V Université de Genève, 1900, gr. in-4, passim.

2 Pierre Daniel, fils de François Daniel, l'ami de Calvin, était né à Orléans vers 1530, avait éludié le droit à Bourges, sous Cujas, quand le cardinal Odet de Chastillon le nomma bailli de la justice temporelle de l'abbaye de Saint-Benoist-sur-Lcire, dont par la suite il explora et sauva les manuscrits. Il mourut en 160â, laissant un nom célèbre dans l'histoire de l'humanisme. Son frère, François, était venu étudier à Genève en 1560 {Livre du recteur, 1860, p. 2). Voy. Der Jurist und Philolog Peter Daniel aus Orléans. Von Dr. Hcrmann Hagen. Mit.einer Beilage achtzehn ungedruckte Brief'e von Gelehrten des 16. Jahrhunderts enthaltend (Zur Feier des Sliflungstages der Berner Universitât, 1873, in-4) ; Étude littéraire et historique sur Pierre Daniel d'Orléans, par le professeur Hagen, traduite par P. de Félice; Orléans, 1876, in-8.

352 XXI. — FRANÇOIS PËRROT

quarum vobis non minimam esse curam existimo in statu sunt, pro hujus loci conditione et scholae. Hebraea nunc serio amplecli incipio ac,si Dominas dederit, féliciter perscquar. Theologiam partim in schola, parlim in privata slatione meditor. Bonus ilie nosler praeceptor cornmunisque parons assidue ex Ezechiele, quem in nianibus habet recitare solet, id est, pro inslituto hujus anni tribus primis diebus singularum hebdomadarum, una semper inlcrposita, qua vicissim Theodorus * noster xanQ/rjcrtv ex gracco enarrat tribus quoque primis tantum diebus hebdomadis suae, nam tribus ullimis uterque semper feriatur. Ex ejus aulem quem postremo dixi lectione major profectus redire solet, tum quod enarratio Catechismi id per se ferai, tum vero quod illc frequens sil et assiduus. Aller enim vir ex morbo vix suam vicem constanter obire polest, quod maxime illi hicmali tempore conlingere crcditur; aeslivo enim mcliusfere ille habet. lia sane fit ut totum fere scholae jugunn ferai Theodorus, cujus ex co manifesta forlitudo apparet quod ubi multac segcles auditorum sunt bovis robur necessario appareat. Frequens enim auditorium est ac fere ducenti in eo numerari liquide possunt. li aulem sunt totius scholae praeslanlissimi. Caeleri enim minorum quodam modo genlium Porto ' et Cevallerio * et Scrimgero * tanlum danl operam in graecis, hebraeis et philosophia, quod maxime aelatem primam doceat. Gymnasium frequentisimum est, et, si de eo mihi non ila ex usu liquel, plus lamen quadringentis pueris in eo reperiri posse credilur. Indigenae plurimi, caeleri nostrales, Ilali pauci. Ego aulem privalis medilalionibus plurimum ôsoXoyw, quod publica sludia mihi non salis sufficere videnlur, ac (ut uno verbo loquar) nihil hic nunc fere habelur quod non domi quisquis assequi possit. Quod omnino faciet ne hic morer diulissime. Sludia lamen nostra et tranquillo olio imprimis fovenlur hic, quod in Gallia lolum sesquiannum frustra speraveram. Et vero continua verbi Dei auditio ot publicum singularis hujus civitalis exemplum nos mirum in modum relinent. Hic ob suspiciones perpétuas excubiae assiduae *. Omnia lamen divine beneficio solida tranquillilate constant, magislratuum opéra imprimis.

* Théodore de Bèze.

2 François Portos, Cretois, professeur de grec de 1561 à 1581.

' Antoine Le Chevalier, de Vire, professeur d'hébreu de 1558 à 1566.

* Henrv Scrimger, de Dundee, professeur de philosophie de 1561 à

* Les éditeurs des lettres de Calvin citent des pièces qui montrent que les intrigues du duc de Savoie avaient semé Tinquiétude à Genève à la tin de Tannée 1563 et au printemps de l'année 1564.

Biblia Cevallerius recognoscit ad Corn plu tensem editionem, sed id ab

eo vix decennio confectum iri audio K Sequetur Teslamentum cum

annotationibus Theodori «. Haec tantum. Fratres valent vosque salu-.

tant. Calend. Martii.

«« Vesler in Domino :

« Fr. Perrotus \ »

Peu de temps après avoir écrit cette lettre, François perdit sa femme, morte sur la terre étrangère, comme nous le voyons par une épigramme de Louis Des Masures :

Ad Franciscum Perrotum.

In violenta ruis, miles, duce praelia Christo,

Teque petens telis agmina ductor agit.

Al te, certa Dei custodia, ahcneus alto,

Qua te cumque moves, aggere murus obit.

Haec eadam sancti, dum vita manebat in hostes

Fortiter adverses arma tulere paires.

Finibus egrcssus palriis Abrahamus amatae

Conjugis ossa empta mortua condit humo.

Dimicat Isaacus mediaque Jacobus arena

Cum summo exercot fortia membra Deo.

Victor abit, tu victor abi, teque auspice Jano

Det Deus ipse sibi viribus esse parem *.

François, resté veuf, rentra en France et prit le chemin de

* Cet ouvrage n'a jamais paru.

* La première édition fui publiée par Théodore de Bèze, chez Eslienne, en 1565.

* Calvini Opéra, XX (Brunsvigae, 1879, in-4), col. 258-260, d'après l'original autographe conservé à Berne (m s. Bongars 141, n» 202). Nous empruntons les notes aux savants éditeurs de la correspondance, MM. Cunilz et Reuss. — Le même manuscrit renferme des lettres de Pierre Daniel et de Charles Perrot expressément datées de 1564.

* Ludovici Masurii Nervii Poemata secundo édita, ab aulhore ipso recognita et novis aucta (Basileae, [Th. Guarinus], 1574, in-l6, fol. 127). — Ce recueil, dont nous avons en vain cherché un exemplaire dans les bibliothèques de Paris, nous a été obligeamment communil^ué par notre savant ami, M. Ferd. Vander Haeghen, bibliolhôcaire en chef de l'Université de Gand.

Paris. Le 2 septembre 1564, il obtint, par sentence du Châtelet, la garde bourgeoise d'une enfant née de son mariage avec Nicole Croquet. Cette enfant avait reçu le nom d'Espérance *.

Pendant son séjour à Paris, François s'unit à divers poètes pour chanter le présent fait par Henri de Mesmes à Michel de L'Hospital, d'une médaille antique représentant Aristote, médaille qui se trouvait être le portrait du chancelier.

Il composa sur ce sujet onze distiques dont voici le premier :

Ecquid naturae valeat rediviva potestas, Ipsa duos referai quae unica imago docct... *

François ne resta que quelques mois à Paris. Il quitta la capitale pour se rendre auprès des protestants de Metz. Il prenait part sans doute à des négociations politiques sur lesquelles nous sommes mal renseigné. Ce qui permet de le penser, c'est quïl n'emmena pas avec lui la petite Espérance. Nous avons de lui une lettre datée de Metz, le 16 juillet 1565. Nous ignorons à qui cette missive était adressée; le destinataire pouvait être Edouard Biset, grand ami de Louis Des Masures ^. Nous ne donnerons pas la lettre en entier; il nous suffira d'en citer les premières ligties :

« Monsieur, J'ay esté bien aise d'entendre quel a esté vostre voyage par vostre lettre que j'ay receue y ha huict jours, laquelle ayant communiquée à monsieur le président ♦ et à monsieur Des Masures, leur a

* Biblioth. nat., ms. fr. 28726, dossier 50794, pièces 28, 29 et 30.

* Biblioth. nat., ms. lat. 8139, fol. 93. — Les autres auteurs qui prireut part à ce jeu poétique furent : Nicolas III Perrot, frère aîné de François, puis Adrien Turnèbe, Pierre de Montdoré [Montaureus], Germain Vaillant de La Guelle, abbé de Pimpont [Valens Pimpontius], Denis Lambin, Léger Du Chesne, Claude Fauchet, Jacques Le Febvre [Faber], Thomas Slbilet, Nicolas Vergèce, Théodore de Bèze, Jean Dorât, Antonio de Govea et Jacques de Vintimille, Rhodien.

* C'est à Edouard Biset que Des Masures adresse sa seconde élégie (Poëmata, 1574, fol. 83) et trois épigrammes [ihidy fol. 122, 126 v®). Deux des épigrammes nous montrent que Biset avait un fils appelé Alexandre, et c'est pourquoi nous pensons à lui.

* Antoine Senneton, président du parlement de Metz, à qui Louis Des Masures adresse une épigramme {Poëmata, 1574, fol. 126).

donné ce mesme plaisir. Toutefoys je puy dire que ce qu'escrivez de vostre Alexandre m'en a apporté plus qu'à eux et m'a esté comme particulier, pour ce que, au mesme temps que je receu vostre lettre, on me mandoit de Paris que mon Espérance aussi se portoit fort bien, qu'elle devenoit plus gentille de jour en jour en desgoisant sa langue, et qu'elle donnoit du plaisir de son petit babil. Ce sont les mesmes paroles qu'on m'escrivoit, tellement que ce que vous attribuez à quelque secousse du coche, j'ai occasion de l'altribuer plus tost à un secret et tacite consentement de Nature.... * »

François expose alors ses lliéories sur Tédacation; ce sont celles d'un huguenot rigide. Il entre ensuite dans des détails assez longs sur la lutte soutenue par le cardinal de Lorraine contre M. de Salcède 2. La lettre est signée : « Vostre frère, aniy affectionné et Ires-humble serviteur : Françoys Perrot. »

Le séjour du poète à Metz ne semble pas avoir été de très longue durée. Des quittances datées des 12 janvier, 17 avril et 20 juillet J567, nous montrent que Perrot était rentré à Paris ^

Au commencement de la troisième guerre de religion, c'est-àdire en 1568, notre auteur est à Padoue et travaille à une traduction italienne des Psaumes; nous en avons la preuve dans une élégie que lui adresse son ami Louis Des Masures, alors fugitif en Allemagne et en Suisse :

Bella ter indomitus repetit civilia Mavors Ternaque jam fervens excitât arma furor.

Usque adeo rabies animos agitare féroces Pergit et insanos exstimulare viros ?

Prima procul patriis peregrinuni finibus orbem Nos egere fera visere bella manu.

* Bibliolh. nat., ms. Dupuy 334, fol. 109.

* Nous n'avons pas à parler de cet incident qui est en dehors de notre sujet; nous renverrons seulement à la relation suivante :

La Guerre || Cardinale de l'Ad- 1| ministrateur du Tem-||porel de l'Euesché de Mets, con-||tre le Sieur de Salcede Cheualier de || l'Ordre, & Gouuerneur de Marsal. || 1565. 5. î., in-8 de 35 ff. non chiffr. et 1 f. blanc. (Biblioth. nat. Lb. ", 160.)

* Biblioth. nat., ms. fr. 28726, dossier 50794, n<« 30, 28, 29.

356 XXI. — FRANÇOIS PËRRÔt

Filliolam * libi lux erranti protulit ortam,

Cui Deus alternos annual ire dies....

Tu Patavi, Perrote, laïcs, Antenoris ossa

Vilis ubi tumulo condita serval humus.

Ipse illic italo magni quae carmina v.erlis

Davidis, ad cilharam carminé versa canis.

Hebraeum afflavi't sancto qui numine vatem,

Te Deus et numéros el tua corda rcgat.

Rhenus ubi undosum convolvit corniger amnem,

Expuisum patrio me lare texil ager.

Errantem uiterius vidit quoque Ncccarus, alla

Qui Rheni rapidis ad vada fertur aquis.

Auxiiia inde peli germanica vidimus, illinc

Quae parât hostis et hinc quae pia turba legit. Tu numcras Italum beilo quae gallica gentes

Régna petunt et se vimque dolosque parant.

Hic pedes it; sublimis equo furit ille; trenlentem

Hic hastam, ille graves concutit igné globos. Gallia sic trepidis agitata tuniultibus horret

Et vocat externos in sua damna duces.

His miser illacrymans ego per germanica longe

Castra famem, morbos exiliumque luli.

Nunc ubi quœ redeant expecto secula, fessum

Vallis habet medio Sammariana sinu, Vallis inexhausto argenti generosa métallo

Quam juga vinelis et grege laeta tegunt.

Hic placido tandem paulum datur ore tueri

Quam Deus immensas annuat aequus opes.

Tu fastus italos et tccta superba potcnlum,

Parvum ego conducta miror in aede focum.... '

Perrot resta plusieurs années au delà des Alpes. Il était à Venise en 1570 quand y vint Philippe de Mornay, sieur du Plessis-Marly, avec lequel il se lia d'une amilié qui dura autant que leur vie ^; il y était encore en 1572, quand son cousin Phi-

' Allusion à Espérance, cette enfant en qui se concentrait toute la tendresse de Perrot.

' Ludovici Masurii Nervii Poemata, 1574, fol. 81-83.

' Mémoires dç Madame de Mornay, édition publiée par Mm« De Witt, 1868, 1, p. 28.

lippe Canaye y arriva. Ce fut là qu'il apprit le massacre de la Sainl-Barlhélemy. Au mois d'octobre de cette année, il accompagna Canaye dans une excursion à Raguse *. Nous ignorons s'il poussa plus loin; en tout cas, il n'accompagna pas François de Noailles jusqu'à Constantinople; il était en effet à Venise au mois d'avril 1573 2, et il y resta jusque vers la fin de l'année.

Nous savons par une letlre d'Hubert Languet que Perrot vivait auprès de l'ambassadeur Arnauld Du Ferrier et l'assistait comme secrétaire. Le 7 janvier 1574, Languet écrit de Vienne, à son ami Philippe Sidney :

« Antequam discedas Yenetiis, da operam ut tibi vel munusculo aliquo concilies Camillum istum qui literas nostras procurai; nam nollem lileras quas ad me scribis mitti legato Ferrerio hanc ob causam. Perrotus, qui apud Ipsum vivit (quem puto ipsi literas ostcndisse quas de te ad patrem ejus scripseram), scripsil mihi nuper me facturùm rem gratam legato si interdum de rébus publicis scribam ad ipsum, quem aiebalin mei gratiam paratum esse quaelibet officia tibi praestare, cum intelligat quanto amore le prosequar. Ego sane ipsum proper virtutum colo et magnifacio, ac eliam eo nomine me plurimum ipsi debere agnosco, quod humaniler te exceperil, et iibenter ei gratificarer ac inservirem; sed, ut nostl, colo amicitiam cum domino Vulcoblo ^ qui nullam praetermittit ad ipsum scribendi occasionem. Si itaque scriberem, mctuerem ne Vulcobius suspicaretur me aut veUe videri plus sapcre quam ipsum, aut ctiam aliqua scriborc quae non aperiam ipsi, cujus munus est scribere in aulam de rébus germanicis *. »

* Voy. Le Voyage du Levant de Philippe Du Fresne-Canaye (1573), publié et annoté par M. H. Hamer (Paris, Leroux, 1897, in-8), pp. 7, 214. Il est inutile de parler ici do Canaye, à qui nous consacrons ciaprès une notice.

=• Une pièce traduite par Perrot, du latin de Théodore de Bèze, est datée de Venise, le 23 avril 1573. {Salmi di David, 1603, in-16, fol. f f 2.)

^ Jean de Vuicob, seigneur de Sassy, puis de Goudron, abbé de Beaupré, au diocèse de Boauvais, etc., était depuis le mois d'avnl 1570 ambassadeur auprès de l'empereur. II occupa ce poste jusqu'au mois d'octobre 1576. 11 s'intéressait particulièrement aux choses italiennes, comme on le voit par une épîlre que lui adresse Jacopo Corbinelli à la tin de l'édition de La Bella Mano de Giuslo de' Conti (1589). Vuicob mourut, âgé de plus de soixante-dix ans, le 10 septembre 1607. Voy. L'Estoile, éd. Jouaust, VIII, p. 339.

* Huberti Langueti Epistolae politicae et historicae ad Philippum

Au moment où Languel prenait la plume, Perrot n'était déjà plus à Venise. On a vu plus haut que, dès l'année 1568, il travaillait à une traduction italienne, des Psaumes. Cette traduction, destinée aux églises protestantes, ne pouvait pas être imprimée en Italie. A Venise même il n'était pas bon d'être soupçonné d'hérésie. Tels furent probablement les motifs qui portèrent François à demander de nouveau l'hospitalité à la ville de Genève. Il y fut reçu habitant, le 14 décembre 1573, en même temps que Jean Canaye *. L'acte de réception eut pour témoin le cousin de François, Charles Perrot, ministre à Genève ^.

De sa nouvelle résidence, notre auteur put correspondre avec les amis qu'il avait laissés au loin. Il reprit notamment ses relations avec Hubert Languet. Celui-ci écrivait, de Vienne, à Philippe Sidney, le 26 février 1574 :

« Scripsit ad me Geneva Pcrrotus, ad quem tibi dederam literas. Dolet sibi non esse datam occasionem tibi gratifi candi. Quantum pos^ sum ex ejus literis conjicere, ibi sperant pacem in Gallia coaliluram ^ »

Peu de temps après, Perrot était de retour à Venise. Le 24 juillet, Languet écrit à Sidney, qui est dans cette ville :

« Saiula D. Perrolum, quem volo liberare anxietate *. »

François Perrot dut revenir bientôt sur les bords du Léman, où sans doute il séjourna plusieurs fois, afin de surveiller l'impression de ses ouvrages.' Avant de donner au public la traduc-

Sydnaeurriy equitem anglum^ iUustrissimi pro-regis Hyberniae filium {Ludg. Batavorum, ex officina Elzeviriorum, 1646, in-l2), p. 32.

* Jean Canaye, secrétaire du roi et seigneur du Fresne, était le troisième fils de Séverin Canaye. Son frère aîné, Philippe, avait été exécuté à Toulouse, pour cause de religion, en 1568; son second frère, Pierre, eut à subir diverses épreuves pendant les guerres civiles. Un quatrième frère, Jacques, avocat au parlement de Paris, était le père du Philippe qui passa par Venise, en 15"72.

^ Registre des habitants de Genève (Communication de M. Alfred Cartier).

Sur Charles Perrot, fils de Milles II, voy. ci-dessus, p. 351, en note.

* Huherti Langueti Epistolae politicae et histoiicae ad Philippum Sydnaeum, 1646, p. 67.

* IMd., p. 169.

tion raême des Psaumes il fit paraître une suite de poésies qu'il en avait extraites. Un prenoier recueil dut voir le jour au commencement de l'année 1576; nous ne l'avons pas retrouvé. François y fait allusion dans un avis, daté de Lyon le 12 octobre 1576, que nous lisons dans le volume suivant, volume qui paraît n'être qu'une seconde édition :

Perle elelte || di Francesco Perrotto, || cauate da quel teso || ro infinito di || CL. Salmi di || Dauid. || Diuise in Ire parti, || et noue canli. || Appresso Giouanni de Laon, \\ M. D. LXXVl [1576]. S. L [Genève], in-8 de 80 ff . non chiffr., sign. A-K,

Le litre porte la marque de Jean de Laon : un glaive entouré de flammes, tenu par une main sortant des nuages.

Le f. ^ 2 contient sept octaves adressées « Al serenissimo principe et nilustrissimo senato di Venetia » :

Tra moite gioie, o mia Venetia cara, Di cui s'ornan le tue madonne belle, La perla oriental, più grossa et rara, Il pregio par che porli et piaccia a quelle...

Le premier chant (fol. A3-B3 r») se compose de 50 octaves, dont voici la première :

Beatitudine de Vhuomo.

Beato chi non va, non sta, non siede Tra scelerati iniqui e schernitori !

Sempre dal lor consiglio, strada et sede Fermo, coslante et dritto ci si tien fuori.

Ma nel camin di Dio sen' va per fede; Là drizza, ferma et pon' tutti suoi amori :

A questo è nato l'huorn, e'n questo stato vada, o slia, ben si pu6 die beato.

Les chiffres portés dans la marge renvoient aux Psaumes dont le passage correspondant est tiré.

Le chant II (fol. B 3 v^-C 3) et le chant III (fol. C 4-Z) 4 ro) conliennent chacun cinquante octaves. Au v® du f. D 4 est l'avis daté de Lyon, le 12 octobre 1576, où l'on voit que cette première partie avait déjà été publiée :

« Questa scella di Perle, Yenetia mia carissima, ti fo già da l'an tore di quelle fin dal principio de Tanno data in dono per testimonio de TalTetione sua singolare verso di te, et per qualche oraamento tuo, non quello, no, del corpo, ma de Tanimo, si, corne che questo ne habbia sempre più di bisogno et a queilo altro tanto ne sia forse che basti, overo ne avanzi et sia troppo di soverchio.... »

Maintenant Tautenr, qui voit Venise malade, lui destine un remède. Ce remède est compris dans cinq octaves (fol. D 5). Viennent ensuite : deux octaves Contra Vinvidia...; deux octaves « Al signer de Torse * »> (7 mars 1576) ; une stance en huit vers « del signer de Torse » î trois octaves Sopra la seconda parte délie Perle di David, « Al signor Michèle Burlamacchi * » (14 avril 1376), et deux octaves « Al signor de Torse ».

La seconde partie est divisée en trois chants comptant ensemble cent cinquante octaves (fol. E i-H 2 v"*). On lit à la fin : « A gli XI. di maggio 1576. »

La troisième partie, « ne la quai si tratta délia prima et più antica guerra del monde », commence, au fol. H2 v, par une introduction en quatorze octaves, datée du 29 mai 1576. Cette introduction est suivie de cinq octaves « A l'illustre conlessa, la signora Diamante di Pepoli ' »

* Ce personnage est Hermann Taffin, sieur de Torsay, à qui nous consacrons plus loin une notice.

* Michèle Burlamacchi, fils de Francesco, était né à Lucques en 1532. Il venait d'épouser Chiara Calandrini quand il abandonna sa patrie afin de vivre selon sa foi. Il s'arrêta d'abord à Lyon (1567), puis fit quelque séjour à Montargis, où naquit sa fille Renée, qui eut pour marraine Renée de France (25 mars 1368). En 1570, Michèle s'établit à Sedan. Il quitta cette ville en 1579 et vint habiter Moret, terre du prince de Condé, non loin de Fontainebleau. Les persécutions religieusos le forcèrent d'abandonner cette résidence et de passer à Genève, où il arriva le 28 septembre 1585. Au mois d'août 1390, il fit un voyage en France pour le compte des Arnolfini et des Micheli, de Lyon ; mais il mourut au moment où il rejoignait la cour, vers le milieu de septembre.

La fille aînée de Michèle, Renée, s'unit, le 29 mai 1586, à Cesare Balbani, qui mourut à soixanle-cinq ans, le 26 avril 1621. Elle épousa, en secondes noces, le 24 avril 1623, Théodore Agrippa d'Aubigné, alors âgé de soixante-onze ans.

Voy. Ch. Eynard, Lucques et les Burlamacchi, 1848.

' Les Pepoii sont Bolonais. La comtesse Diamante s'était réfugiée à Genève; elle y épousa : 1° |le comte Edoardo da Tiene; 2° Manfredo Balbani. Voy. J.-B. G. Galiffe, Le Refuge italien de Genève, 1881, p. 159.

(4 novembre 1576), d'une octave adressée au lecteur et du tableau des antithèses entre lesquelles la lutte est engagée : Christ et Bélial, le Fidèle et l'Infidèle, etc.

Chacun des chants qui composent la troisième partie compte cinquante octaves. On lit à la fm la date du 14 juin 1576.

Au v» du fol. K7 est un Brève Aviso cerca questo trattato délia guerra.

Le dernier fol. est occupé, au r«, par la Correttione de gli errori scorsi nella alampaj et, au v®, par la marque de Jean de Laon^ accompagnée celte fois de la devise : Non son venuto pér mettere la pace, ma il coltello. Malt. iO.

Biblioth. nat., A 6218. — Biblioth. Marcienne, à Venise, 4464 (exemplaire portant l'ex-libris d'Apostolo Zeno).

L'année suivante, François Perrot fit paraître chez le même imprimeur une traduction française de son ouvrage :

Perles d'eslite recueillies de l'infini thresor des cent cinquante Pseaumes de Dauid. Traduit d'Italien en François par l'auteur. Par lean de Laon, 1577. S. l. [Genève], in-8 de 8 ff. lim. et 144 pp.

Cat. Adert, 1887, n^ 9.

Nous n'avons rencontré ce volume dans aucune des bibliothèques où nous avons eu accès, et nous ignorons si la traduction est en vers ou en prose, et si l'auteur y a joint quelque pièce intéressante.

Quatre années s'écoulèrent encore avant que Perrot se décidât à donner ses Psaumes au public; enfin il en fit paraître la première moitié chez l'imprimeur Jacques Berjon. Voici la description de ce volume qui est, comme toutes les productions de l'auteur, un livre de la plus grande rareté :

Soltantacinque || Salmi di || Dauid, tra- || dolli in lingua || volgare Italiana, & accom- 1| modati al canto de i Fran- 1| cesi : || Per Messer || Francesco Perrotto. || Délia stampa di Giacopo \\ Bergione. \\ M. D. LXXXi [ISSl]. S. L [Geiièvel in-8 de 4 ff. lim., sign. f , et 92 ff. non chiftr.,, sign. A-L par 8, M par 4.

Le titre porte une marque de Jacques Berjon qui n'a pas été reproduite : une main écrivant sur un pupitre; le pupitre est couronné de lauriers et, autour, s'enroule un serpent, qui mord sa queue.

Les 3 ff. qui suivent contiennent une Esortatione a laudare Iddio (sonnet), puis deux sonnets accompagnés de la traduction française : LAutore alV Italia. Voici la première de ces deux dernières pièces :

VAutore alV Italia.

Qui come io posso vo pagarc il fio Di tua lingua imparata, Ilalia bella, Si d'ogni cosa pronta a trar gabella, Cosî ancor tu quelia pagassi a Dio !

Se ti verra di meglio far disio, Ben ti so dir et protestar per quelia Fede ch' ho in lui ch' a ciô per me t'appella Che a caro havrô che taccia il canto mio.

Va, forestier, dirai ! S'io senza frode Qui procure il tuo ben, non la mia Iode, Non invidiar che tuo sia proprio il frutto

Di mie fatiche, onde hor sol d'una parte Ti fo la mostra. Et vegna a contentare, Tu da me havrai, ch'io ti riserbo, il tutto.

VAutheur à Vltalie,

Ici comme je peux de ton langage appris Je paye le tribut, o Italie belle.

Prompte de toute chose à tirer la gabelle, Qu'ainsi la rendre a Dieu le vouloir te fust pris !

Si des tiens a quelcun de mieux faire entrepris, Bien puis-je protester par la foy, je di celle Que dois au Dieu vivant qui là par moy t'appelle, Que plaisir me fera voir mon chant en mespris.

Va, estranger, diras! Si sans fraude et injure En ceci non mon los, mais ton bien je procure, N'aye l'œil envieux que ce fruict propre à toy

Sorte de mes labeurs, dont ne te fais que monstre De la juste moitié. Mais si telle rencontre Elle a que de te plaire, atlen le tout de moy

Les psaumes se suivent dans l'ordre numériqu3, accompagnés chacun de la mélodie imprimée en caractères mobiles.

Biblioth. nat., Inv. Yd. 6628. — Collection Guicciardini à Florence (Cat., p. 36).

Les protestants italiens n'étaient pas nombreux; cependant il y en avait çà et là quelques groupes, surtout à Genève : c'est à ces derniers que Perrot pensait principalement en faisant imprimer son recueil. Les mélodies du Psautier français avaient déjà été acceptées par la plupart des églises réformées de l'Europe : notre poète voulait les faire connaître à l'Italie. Il ne réussit pourtant qu'à demi. Giovanni Diodati, qui vivait aussi à Genève, avait de son côté entrepris une traduction italienne des Psaumes adaptée à d'autres mélodies. Il avait fait paraître en 1578 un premier fragment de son ouvrage S qui fut peu après réimprimé 2. Soit que les vers du poète lucquois fussent plus élégants, soit que les mélodies eussent plus de charme pour les fidèles, soit simplement parce que le recueil avait paru le premier, la version de Diodati eut plus de succès que celle de Perrot.

Nous ignorons à quelle époque précise Perrot quitta définitivement Genève. Il est probable qu'il se rendit dans les Pays-Bas auprès de son ami Philippe de Mornay ; mais, s'il visita les Pays- Bas, il ne s'y arrêta guère. 11 s'établit à Sedan, où il devait séjourner presque sans interruption pendant la dernière partie de

^ Sessanta || Salmi di || Dauid, || tradotti in ri- |{ me voigari Italiane, secon- || do la verità del testo || Hcbreo. || Col cantico di Simeone, e i dieci || Comandamenti délia Leg- || ge : ogni cosa insieme || col canto. || Délia stampa \\ di Giouanni Batti- \\ sta Pineroli. Il M. D. LXXYIIi [1518J. 5. L [Genèvel in-16, titre encadré, mus. notée.

Biblioth. de la Soc. de Thist. du Protestantisme français. La même bibliothèque possède une réimpression qui porte cette rubrique : Délia Stampa (Jii Giçremia Planche. \\ M. P. LXXXV [1585]. 5. l- [Genève], iu-8,

sa vie. Mornay, ayant terminé en 158t son livre De la vérité de la religion chresiienne, qai parut à Anvers, chez Plantin, le mit lui-môme en latin, tandis que Perrot entreprit de le traduire en italien. La version italienne fut terminée pendant Tliiver de 1584. Perrot la dédia au roi Henri 111 par une épître datée de Sedan, le 17 mars 1584; cependant l'ouvrage ne fut imprimé que vingthuit ans plus tard; nous en parlerons plus loin.

Une lettre adressée par Mornay à Perrot, en date de Nérac, le 5 décembre 1582, témoigne de la confiance que notre auteur inspirait aux chefs de TÉglise réformée. Mornay lui raconte que, en rejoignant le roi de Navarre, il a vu près d'Orléans, au village d'Arthenay, leur ami commun Arnaud Du Ferrier, qui se rend à la cour. Quoique le vieux jurisconsulte montre d'excellentesi dispositions, sa foi aurait besoin d'être fortifiée. Que Perrot aille je voir « pour l'arracher du tout de là et le transplanter en meilleure terre ». « Il faudrait que M. Du Ferrier se retirast en quelque église notable et libre, comme pourroit estre Sedan*. >»

Ce fut sans doute aussi à l'instigation de Mornay que Perrot intervint dans la lutte soutenue par le roi de Navarre contre les ligueurs. 11 le fit en adressant à l'Italie un factum dans lequel était démontrée l'inanité de l'excommunication prononcée par le pape Sixte-Quint contre Henri de Bourbon et contre le prince de Condé^. Ce faclum, qui doit être rapproché des nombreux

* Mémoires et Correspondance de Duplessis-Mornay, 1824, II, pp. 155-

2 Jacques-Augusie de Thou, parlant, à Tannée 1585, de l'opposition faite par le roi de Navarre et le prince de Condé à rexcoinmunicalion prononcée par le Pape Sixte-Quint, continue ainsi : « Programmali illi poslea amplior Declaratio accessit ad pulchram Italiam, italice scripla et typis excusa nomine nobilis cujusdam Gal|i, cum plerisque versibus italicis contra pontiticcm ejusque censuram, quibus Sixtum mentitum esse confirmatur, collcctis etiam ex Fr. Petrarcha, Dante Aligerio, Jo. Bocatio locis quibus concessa illo saeculo libertate curiae romanae mores ac lididincs amaruiente carpunlur. Scripti auclor putatur Franciscus Perrotus, olim in adoiescentia persicae cum Gabriele Aramontio, regio apud Sotimannum oratore, profectionis comes, et diu in Italia postea hospcs, ubi lalem linguae peritiam assiduo usu loquendi ac scriplione contraxit, ut scripla ejus ilalica ab Italis pro genuinis italicis agnoscanlur. Postea et in censuram illam scripsit Franciscus Hotmanus

écrits de Mornay, parut sous la fausse rubrique de Munich. En inscrivant sur le titre le nom d'une ville catholique, Perrot usait d'un subterfuge dont Mornay lui donnait l'exemple dans sa Lettre d'un gentilhomme catholique françois, contenant brève responce aux calomnies d'un certain prétendu Anglois. En réalité le factum fut imprimé en Hollande; en voici la description :

Auiso paceuole || Dato alla Bella llalia || Da || vn nobile giouane || Francese, sopra la mentita data dal Serenissimo || Re di Nauarra a Papa Sisto V. || Monaco \\ Appresso Giouanni Swartz. Il 1586. PeL in-4 de 2 ff. lim., 61 ff. chiffr. et 1 f. non chiffr. . '

La rubrique du litre est certainement fausse; le volume n'a pu être imprimé à Munich ; il sort d'une officine hollandaise.

Le fol. A 2 contient un avis de « Lo stampatorc a gli italiani, curiosi di veder ciô che hoggi di si fa nel mondo ». « A' giorni passati, gentilissimi spiriti, » dit rimprimeur, « mi fu da un nobile ingegno presentato questo Aviso, acciochè per mezzo délia stampa mia io ve lo presenlassi a Icggere ; lo pigliai et, letto che Thebbi, restai maravigliato di vedere che uno slraniero componesse cosi vagamente nella vostra nobilfavella, che s'io non m'inganno, non vi dee pun.to dispiacere, veggendo che altri lascia di comporre nella sua propria per comporre nella vostra, et siate certo che l'aulore, il cui nome mi taccio per conoscerlo lontanissimo d'ogni vana gloria, è di nation Francese, et tanto gli è sempre cotesta vostra dolce favella piaciula, ch' egli ha speso buona parte del suo tempo in apprendcrla, non pur dal vulgo solo, ma etiandio da' migliori scritlori ch' ella si habia. Hora temo che ad alcun di voi egli non paia un poco colerico, ma convien che vi ricordiate che egli è Francese, che sono di nalura colerica, ma dolce, perché toslo tosto passa lor via.... »

Le f. qui suit (fol. [1]) est occupé par la Risposta fatta alla scommunica di Sisto V contra il serenissimo re di Navarra el contra VEccellen. del principe di Condè^ attacata in Roma Vultimo d'ottohre i585.

J. C. joculari stilo, libroquc Brutum Fnlmen titulum fecit, etc. » Illustris viri Jacobi Augusti Thuani, regii in sanctiore consistorio consiliarii et im suprema regni gallici curia praesidis, Historiarum sui temporis Libri CXXXVIII (Genevae, 1626-1630, in-fol.) IV, p. 48.

366 XXI. — FRANÇOIS PËRRÔt

Les ff. [2]-13 r» contiennent V Aviso. Le ton de cette pièce est assoï vif; nous en reproduirons seulement le début :

« Non ha, o bella Italia, vercogna il papa, scoperto, corne hoggi egli è et dal mondo conosciuto per quello ch' egli è, cioè huomo del peccato, figlluolo délia perditione et abbominevole antichrislo, dipintoci in maniera dair Apostolo, che egli non si pu6 più celare; non ha egli vergogna, dico, scornato corne egli è, di mostrare anchora le corna per ispaventare i putti o i più di loro sciocchi huomini» anzi insensati animali che tutti hoggimai se ne doverebbon far belte, et come cosa vana mostrarlo a dito et ischifarlo più di qualsivoglia mortifera peste, come farcbbero s'havessero gli occhi per vedere, o punto di sentimento per comprendere.... »

A la suite de VAviso (fol. 13 v^) est un recueil intitulé : Il naturale et vivo Ritratto del papa et di tutta la corte ecclesiastica papesca, cavato dalV antichità, come si ritrova ne gli scritti di Dante, del Petrarca et del Boccaccio, che sono i tre principali lumi délia lingua volgare italiana.

Sous ce titre, François Perrot a réuni les passages de Dante relatifs à l'avarice,, à l'hérisie, à la sodomie, à la simonie; les tercets contre les papes, etc. ; puis divers sonnets italiens et plusieurs passages latins de Pétrarque contre l'impie Babylone; enfin la seconde nouvelle de la première journée du Decamerone de Boccace.

Au f. 36 v® commencent des sonnets composés par Perrot lui-même contre le pape et contre l'Église romaine. Ces sonnets sont au nombre de 31. Voici le premier :

Hor sei pur giunto, papa, a mal parti to Con la tua folminante, horrenda et ria BoUa papal, che meglio altri diria Bocca infernale, onde tal tuono è uscito.

Hor odi et crêpa, odi hor che tu hai mentilo. Herelica non pur, ma d'Heresia È Roma il tempio. Et se cosi è, che fia Di te, figliuol d'errore homai fallito ?

Heretico non è chi atticnsi a Christo, Sol capo délia chiesa. Et tu, ser Sisto, Padre d'ogni menzogna, a la mentita

XXt. — FRANÇOIS PERRÔT 367

Che ti si da rispondi. Andrai pur visto

Da tutu homai quel desso empio Antichristo Gui' 1 soffio soi di Dio torrà la vita.

Quem conficiat Dominus spiritu oris suL 2. Thés. 2.

Le dernier f. contient, au r", la souscriptioû et la liste des cahiers; le v» en est blanc.

Bibtioth. nat., Inv. K. 2017 (exemplaire d'Etienne Baluze). — Notre bibliothèque.

Perrol continuait de résider à Sedan ; nous ignorons quelles y étaient ses occupations, mais nous pouvons croire qu'il ne demeurait pas inactif et qu'il prit une part active aux polémiques religieuses et politiques. Il ne fut peut-être pas étranger à la publication du factum suivant, qui parut sans lieu d'impression :

Il Catechis- 1| mo, Dqltrinale, e || confession di fede Spagnola, che 11 II dotlor Pantalon & Zany suo disce- 1| polo insegnano ch' ogni fede, ogni || speranza deue essere fondata sopra || quel potentissimo re FilippO'& so- 1| pra tutti gli Apostoli délia santa Le- Il ga, che non bisogna far come gli Po- 1| lilici, che credono in Dio solo. || Composlo dal Reuerendo Padre Giuuenal Bor- 1| getto Giesuida, e mandado à tutti quanti || Signori & Signore di Venetia || per Çarlo Cypriano. || Tradotto de la lengua Ilaliana in Franceze || per il padre Commolet a vtilitate de gli || Catholici Spagnoli. || 1594. In-8 de 9 pp. et 1 f. blanc.

Au yo du titre est un joli bois qui représente Zany et Pantalon. Le texte est imprimé sur deux colonnes; en voici la première moitié

Il Cathechismo, Dottrinale e Confession di fede spagnola.

Pantalon.

Zany, havendo io cura de Vanima tua, e vedendo che non fai più il segno délia croce con man

le Catéchisme, Doctrinal et Confession de la foy espagnole.

Pantalon,

Zany, ayant soin de ton ame et voyant que lu ne fais plus le signe de la croix avec la main droilte

X3tl. — FRANÇOIS PËRROt

destra, et che non pigli più aqua beneddta intrando in chiesa, che non. dici più la tua corona la mattina, vorrei saper in che diavol credi.

Zany.

PadronCf la mattina, havendo invocato il creatore di Macheroni et salutato il divin fiasco et satisfatto al mio carissimo ventre, io pongo tutta la fede mia, lutta la speranza mia nella Sanclissima Unione et nelli suoi benedetti apostoli, et non voglio far corne gli Politici che credono in Dio solo.

Pantalon

Che bestia è questa tua Santa Unione et che animali sono quesii suoi apostoli ?

Zany.

Che bestia, diavolo ? È una bellissima meretrice^ violata da principi, confessata et absoluta da religiosi, pagata da populi, et gli suoi apostoli sono papi, il padre di Spagna, il figliuolo di Savoya, la casa, di Lorena e di Guisa, mettendo Francia in camisa.

Pantalon.

Recitami di gratia il simbolo de questi apostoli, acciô che crediamo che tu sei diventato gran dottore nella scola di macheroni.

et que tu ne prends plus d'eaue beniste à l'entrée de l'église, et que tu ne dis plus ton chappelet le matin, je désire sçavoir en quel diable tu crois.

Zany.

Mon maistre, ayant au matin invoqué le créateur des macquerons et salué la dive bouteille et satisfait au très cher ventre, j'ay mis toute ma foy, toute mon espérance en la Tres-Saincte Union et en ses saincts apostres, et ne veux faire comme les Politiques qui ne croyent qu'en Dieu seul.

Pantalon.

Quelle beste est ccsle Saincte Union et quels animaux sont ses apostres?,

Zany.

Quelle beste, diable ! C'est une très belle putain, viollee de princes, confessée et absousle des religieux, payée des peuples, et ses apostres sont papes, le père d'Espagne, l'enfant de Savoye, la maison de Lorene et de Guise, qui ont mis la France en chemise.

Pantalon.

Dis moy le simbole de ses apostres, afin que nous voyons si tu es devenu grand docteur en ceste escole des macquerons.

XXÎ. — PRANÇOtS PERRÔT

Zany.

lo credo in quel omnipotente re de Spagna, creator di terra nuova éome di terra vecchia, arcMdomatore di Lutherani corne de tutti gli signori di Francia, corne d*InghiUerraj imperator et monarca, non tanto del mondo corne de Vimmondo; io credo in suo figliuolo et figliuola l'Infania con tutta sua infantaria; io credo in quel generosissimo suo genero, gênerai gioto di Savoya et di Piemonte, che per sua rara virtù è montato al segno di Gemini con Vinfantaj e passato per il segno di Capricorno; io credo in quel gloriosissimo nostro messia di Parma, morto et sepolto che discesse a Vinferno; ïo credo in quel grandissimo e grossissimo capo con poca filosofia du Mena; io credo nella santa chiesa di Lorena^ tanto apostolica corne christiana.

Pantalon.

In quanti articoli è diviso questo simbolo, e quali sono ?

Zany.

In dodeci : in Ambitione, Ilipor crisiay Invidia, Tirannia, Calomnia... '.

Zany.

Je crois en cest omnipotent roy d'Espajîne, créateur des terres neufvcs autant comme des vieilles, grand dompteur tant des Luthériens que des seigneurs de France et d'Angleterre, empereur et monarque tant du monde que de l'immonde; je croy en son tils et en sa fille l'infante et toute son infanterie; je croy en son valeureux gendre, duc de Savoye et de Picdmont, lequel pour ses rares vertus est monté au signe de Gemini avec l'infante et passé par le .

signe du Capricorne; je croy en ce Iresglorieulx nostre messie de Parme, mort et ensevely et descendu aux enfers; je croy en celuy tresgrand et tresgros chef sans philosophie, du Maine; je croy en la saincle église de Lorene, autant apostolique que chrestienne.

Pantalon.

En combien d'articles est divisé ce simbole et quels sont-ils ?

Zany.

En douze : Ambition, Hipocrisie, Envie, Tirannie, Calomnie... *.

Deux ans plus tard, le sieur de Mézières est cité par Denis Le Bey, sieur de Batilly, président de la justice de Metz, qui lui

' Biblioth. nat., Lb «^ 603.

dédie le 54« de ses Emblèmes *. Le Bey était un fervent réformé, comme le plupart des amis intimes de Perrot.

Quand l'horizon politique fut devenu serein, François se consacra tout entier à la propagande religieuse et composa des ouvrages d'édification sur lesquels nous avouons n'être pas renseigné. Au mois d'avril 1602, il fit hommage à Catherine de Bourbon, qui, en 1598, avait épousé le duc de Bar, d'un livre de piété dont nous n'avons pu retrouver le titre. Le 6 mai, Estienne Moyet, « ministre de la parole de Dieu en l'église de Metz, estant lors près la personne de Madame sœur du roy, à Nancy », écrit au sieur de Mézières :

« Monsieur, vos lettres et vos deux livres m'ont esté rendus à Nancy le 28. du mois d'avril dernier passé, et, le mesme jour, je portay à Madame celuy que luy envoyez, et luy fis lecture de l'epistre dedicatoire, par laquelle elle recognoit vostre bonne affection à son service et le soin qu'avez de son salut. Le présent luy a esté fort agréable, et, depuis, elle s'en est fait lire quelque chose, où elle loue vostre invention et veine poétique. Elle m'a promis de vous remercier par lettre, à quoy je tiendray la main, [et] à ce que monsieur Joguet, qui est icy, en soit le porteur... ' »

Peu de temps après, Catherine prend effectivement la plume, mais, pas plus que son chapelain, elle ne nous dit si l'ouvrage de Perrot était écrit en vers français ou en vers italiens :

« Monsieur de Mezieres, J'ay receu le livre du poëme et autres œuvres spirituelles que vous avez fait pour moy et envoyé à monsieur Moyet, pour me porter. Je vous en remercie de bien bon cœur.... * »

Le zèle religieux de notre auteur rendait ses relations difficiles avec ceux qui, suivant l'exemple du roi, avaient abjuré le

* Dionysii Lebei Batillii, regii Mediomatricum praesidis, Embkmata. Emblemata a Jano Jac. Boissardo Vesuntino delineata sunt et a Théodoro de Bry sculpta, et nunc recens in lucem édita, Francofurti ad Moenum, 1596. In-4. — Sur Le Bey, voy. Haag, France protestante, VI, p. 447.

* Biblioth. de Berne, ms. 145, art. 8 (copie). ' Même ms., art. 8 d (copie).

XXÎ. — FRANÇOIS PERRÔT 371

protestantisme pour rentrer dans le sein de TÉglise romaine. Parmi les nouveaux convertis, il en était un qui était particulièrement lié avec Perrot, tant par des liens de parenté que par une amitié de jeunesse : nous voulons parler de Philippe Canaye, sieur de Fresnes, alors ambassadeur de France à Venise. Perrot n'osait plus lui écrire, hésitant sans doute à lui dire ce qu'il pensait d'une conversion plus politique que sincère; mais l'ambassadeur rompit le silence pour se justifier et pour donner en même temps à François des nouvelles de Jacques Perrot, son frère aîné, qui se trouvait alors à Venise. 11 le fit sans doute par une lettre affectueuse, comme la réponse du sieur de Mézières permet de le penser. Le 7 juin 1602, il écrit de Sedan à M. de Fresnes :

« Monsieur, J'ay reçu vostre lettre du 24. d'avril. Pour response, je puis dire maintenant que je sçay à plus près de quel langage je doys user à vous escrire. Ceste-ci pour vous dire en amy, ce que vous avez peu cognoistre que je vous ai tousjours esté, suis et seray toute ma vie (àXXa (X£)^pl Tou pwjjLOu), ce qui me semble de vostre changement que vous me faites entendre bien au long.... »

Nous ne reproduirons pas cette lettre qui n'a pas de rapport direct avec nos études. Nous noterons seulement qu'elle est signée : « Vostre Ires-affectionné ancien amy, cousin et serviteur : F. Perrot de Mezieres. » On lit à la fin ce post-scriptum :

« Monsieur, puis que vous m'avez fait ce bien de m'escrire un mot du senior Diego, mon frère, que vous plaignez de le voir estre mal par delà, sans exercice de religion, je vous suplie me recommander bien fort à luy et luy dire que je le souhaite et désire de le voir icy auprès de moy en la maison de Dieu, pour y finir heureusement ses jours avec toute consolation, et avec un frère qui est plus à luy qu'à soy mesme *. »

Canaye trouva dur le langage de son cousin ; il s'en ouvrit à M. de Langes, sénéchal de Lyon, qui communiqua sa lettre à Perrot. Celui-ci lui répondit, de Sedan, le 20 août 1602 :

* Biblioth. de Berne, ms. 141, art. 263 (copie).

372 XXI. — FRANÇOIS PERRÔT

« Monsieur, J'ay recèu depuis quatre jours la vostre du 29. juillet, et m'avez fait un grand plaisir de m'envoier la copie de celle que M' de Fresnes, ambassadeur à Venise, vous a escrite du 17. dudit mois, tant pour les nouvelles qui y sont que pour ce que vous escrit de moy, qui n'ay point de honte de la grâce que Dieu m'a fait de persévérer en la vérité cogneue, laquelle de tout temps tourne en moquerie et folie aux sages de ce monde, comme il monstre bien de l'estre, et ce après avoir fait profession ou semblant, plus de trente ans durant, de la cognoissance; et luy seroit beaucoup meilleur qu'il ne l'eut jamais cogneue pour la vomir et rejetter si indignement comme il fait. La malédiction de Dieu est grande sur telle apostasie... * »

Le frère de François Perrot, celui que Philippe Canaye appelle Diego, devait, avons-nous dit, être Jacques, son aîné.

L'auteur de la Vita di Paolo Sarpi, frà Fulgenzio Micanzio, dont l'ouvrage parut en 1646, parle à diverses reprises de ce personnage et de ses relations avec frà Paolo. Pendant les guerres civiles qui désolèrent la France à l'époque de la Ligue, le hardi théologien était très désireux d'avoir des nouvelles authentiques,

« E perché alla Nave d*oro, in Merceria, si riduceva a raccontare gli avvisi una mano d'uomini galanti, virtuosi e dabbene, Ira' quali il buon Perrot, Francese, che, per un candore di costumi ed una tenacità nelle cose di religione, chiamavano il vero Israelita, alludendo al dette di nostro Signore : Hic est verus Israelita, in quo dolus non esty capitavano anco molti mercanti stranieri e tali ch' erano stati non solo per l'Europa, ma nell' Indie orienlali e occidentali, tenue mezzo di ridursi anch' egli. E siccome in quella mente tutto s'attaccava, cosl aveva una destrezza mirabile di far parlar le persone '. »>

Ailleurs le même auteur raconte avec quel respect Vincenzo Pinelli ^ reçut un jour à Padoue frà Paolo Sarpi, qui n'était qu'un simple moine, et il ajoute :

« Si trovava in compagnia del signer Pinelli monsieur Perrot, Fran-

* Bibliolh. de Berne, ms. 141, art. 263.

» Éd. de Milan, per Giovanni Silvestri, 1824, in46, p. 57.

* Le célèbre amateur était né à Naples en 1535; il mourut à Padoue en 1601.

cese, degno d'eterna fama per la sua integrità, e il signor Marino Ghe- Ihaldo •, gentiluomo princlpalissimo in Ragusi, ancora, credo, vivente, conosciuto da me in Roma e a Yenezia, un angelo ne' costumi e démonie (prendo il nome solo nella scienza) nelle matcmaliche. »

Tous les assistants furent stupéfaits de la science de Sarpi.

« E il buon Perrot gli prese un' affezione che ha continuata fino che passô a miglior vila, la quale voile testificargli anco air ultima infermità, lasciandogll la sua brocca d'argento, colla quale si faceva dare Tacqua aile mani ^ »

Le fait rapporté par Thistorien de Sarpi donne à penser que Jacques Perrot ne put aller rejoindre son père à Sedan, et qu'il finit ses jours à Venise, où Sarpi lui-même mourut en 1623. Le sieur de Mézières, de son côté, se préparait à la mort en corrigeant et en imprimant ses ouvrages de sainteté. En 1603, il donna une édition complète des psaumes italiens, édition dont voici la description :

Salmi di Da- 1| uid tradottl in || lingua volgare [taliana & || accommodât! al canlo || de i Francesi. || Per Messer || Francesco Perrotto || Appresso \\ Giouanni di Tomes. \\ M. DCIII [1603]. S. l. [Genève], in-16 de 16 û, lim. et 443 pp.

Le titre porte la marque de Jean de Tournes, avec la devise : Quod tihi fieri non vis, alteri ne feceris.

Les 4 ff. qui suivent contiennent une épître de Perrot : « A la serenissima reina Elisabeta, reina dlnghilterra, Francia, Irlanda, etc. » A la

* Le mathématicien Marino Ghetaldi mourut en \621 âgé de 58 ans. Voy. Sebastiano Dolci, Fasti litterario-ragusini (Venetiis, 1767, in-4o), p. 41; Franc-Maria Appendini, Notizie istorico-critiche sulle antichità.., di Ragusa, 1803, in-4, II, p. 44.

* Dans ses lettres à Jérémie Groslot, sieur de L'IsIe, lettres qui s'étendent du 11 décembre 1607 au 2 septembre 1618, fra Paolo ne prononce pas le nom de Perrot, bien qu'il parle d'un grand nombre de Français. Il faut en conclure, ou que Perrot était mort, ou, tout au moins, qu'il avait qiiitté Venise. Voy. Lettere italiane di Fra Paolo Sarpi, scritte al Sig, DeW Isola Groslot (Verona, 1673, in-12).

fin de celte pièce on lit : « Scritta alli 21 di febraro 1584 et trascriUa (mutale alcune parole del tempo) alli 23 d'aprile 1599. »

Les ff. f 6 — f f 5 sont occupés par diverses pièces de vers, savoir :

Sonnet à la reine Elisabeth;

Sonnet précédé de ces mots du Ps. 19 : In omnem terram exivit sonus eorum et in fines orbis terrae verba eorum :

Falta che fu la Lira hobrea francese, Al gran Francesco re la diè Clémente, Dono reale a re convenienle, Bcnchè altri con ragion forse'l riprese.

Chi latina la fè, dotto Scossese,

Ne ornô la reina sua, se dcgnamente Non so, et forse parrà strano il présente Ch'io fo de l'ilaliana a reine inglesc.

Se questi han falto ben, io non men benc.

Çosa è da re, ch'a reine et re conviene ; Ma se sta meglio a 'Chi se ne dilclta.

Sia pur ne l'opra più degno il Marotto, Più degno il Buccanan, forse il Perotlo Del ben locato don più laude aspctta.

Sonnet sur doux distiques grecs qui, dans la plupart des éditions, sont placés en tète du Ps. 78; A Vltalia (45 tercets) ; Sonnet :

Dica chi dietro a l'arme del gran Tosco...

Sonnet A Vltalia;

A la Chiesa del noatro Signore, et qiiesto è cavato da quello di Theodoro Beza, pur accommodato alla tradotlione iialiana (69 tercets, datés à la fin, de Venise, le 23 avril 1573).

Les trois derniers ff. lim. sont remplis par la table alphabétique des Psaumes.

Le volume contient les cent cincjuante Psaumes, auxquels sont jointes les mélodies imprimées dans le texte en caractères mobiles.

Le recueil se termine par : le Cantico di Simeone (avec mélodie),

/ dodici Articoli délia fede (sans mélodie) et VOratione christiana insegnata da Giesù Christo, nostro signore (éfçalement sans mélodie).

La p. 443 contienl cinq li$!^nes de texte et une seconde marque de Jean de Tournes, avec la devise : Son art en Dieu.

Bibliot. nat., Inv. Rés. A 6212; — Biblioth. de la Soc. de 1 histoire du Protestantisme franc, n» 7970; — Biblioth. royale de Bruxelles, fonds Fétis, n« 1419.

Les psaumes déjà publiés en 1581 ont été revus et corrigés avec soin en 1603.

Pour donner une idée de la traduction de Perrot, nous reproduirons le début du psaume I :

Salmo I *.

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