EUGÈNE BRIFFAULT
1 vie est comme le mou- YcmeiU , mi? éisnh un jour le gros el joyeux >"olUs , le |ilii^ aimable an nos Cij ma rades , el qui , dan a le -i mûïi le le plus gai et le } plus îipiritfieU a su conquérir une repu la lion d'esprit et de gaîelé. On ne peut ni enseigner oi demoalrcr In vie : c'est en virant qu'on apprend à vi^re, El ri ajnulait aus^lôl : « Danne-moi cetle journée j innl (lu'clle durera , je suis chargé de ton bonheur; j*espÉre hire plus pour ton in Hmclton dans 1 art de vivTe. yMm dire pour ton eipé- Kencft, li m mot n'avait un air de vieilles» qui ma lou jours déplu , que ne pourraient Le Ta ire vingt années 4'^ludes et de méditation!^. Les livres d'Epicure, tes exemples les plus fameui di^puiâ ^.irdatiai>aie jiisqu â Loui^ XV. députai Lucullu!! jusqu^a M. de Cu^sy, et depuis Akibiade jusi;irà Lauiun , ne valent pas vingt* qu;itre heures: de notre vie parisienne. Suii-moi! a
L*enlliouEia<ïme avec lequel Mollis avait prononcé ces paroles ne me Uii^s.ill pas la moindre chance d'hésitation; j oWis, je codai à sa voloiilé comme on cède à un cliarme in-i^i^lîKV; jamais je n'avais été aux prises afCC un tel aM^endani de lenlalion : il y avait dija de la volupté i^An!ï cette ^oumi^j^lon. Mon guide me dominait; j*écouttis &a Totx c^>mme si elle eut élé celle de Farctijingf ; il continua sans même §*a percevoir de moa trouble :
« Il est midi , nous pouvons aller chei Adolphe , Vhcure est Turi cojivenalile ; d'ailleurs , pour prendre la
nature sur le fkïl» il Civt cootempler le viveur faee àUm,î
Adolphe demeyraii dam le I occupait dans la rue B^fèrt li apparence, el «ttuédans un cerpiàl cour. Le porlierée ta malsoaneHiii ou nous allions; Il sourit, Umé eteo un iniUkot nous fôfneâ prâdl sonnette, que trois vigoiireii Ci trembler sur ses goods. CNi c«l énorme blillêment, pats une îi prononcée; enlîn, après densi que quelqu*uo sattlail i Iim ^mftî alors, et nous eûmes i pane It I être qui fajiît dans le stmple if poète, et qui regigniii ea M* I venait de quitter*
— Que le diable t'ein|Mrtil A kl NolUs. qui slnslallilt iiu mmk
^ Il i>anit qw li tmlt t été i ea illumiol un cigare qu'il anil piil nuîL
^ C'était magoîiqiie | AeUUi mmi de mardi, it vraiment il t Mm Èk I
— Où av^-votts aiHiiiéf QiÉb^
— Au caré ÂDgltîs! La présenté on jeune geutllIitHi diit savoir boire le via de I n*en est pas même lui pr
~ Quelles éUtem kt fe
— Ha foi : je t'ivouani fe*i i^ei voulait a mener ut% deux iMiiwiiii ; j^ i p'j e4t que des li ues; |i prinimB^
LE TIVEUIl.
onfiMt à ces espèces. Les femmes n'enten- W Moper : si elles se modèrent, elles sont ri tllM s'abandonnent, elles risquent d'inspi- . ,l|. Li régence s'est trompée en admettant les lilhh; c*esl nne de^ erreurs de nos pères. In quelle heure éles-yous restés?
lM«qtalre heures. Maître et garçons tombaient Il Tm% , mon cher NoUis . je te le dis avec ÉsvMable, malgré nous le souper s'en va. ,) Tu sais tout ce que nous avons fait \ poar surpasser son ancienne splendeur éclat nouveau. Vain^eflbrls, mon digne V ee repas des viveurs , se perd ; on ne le
Iim; le carnaval en a fait une débauche grostout le reste de Tannée il est oublié et dtner a tué le souper.
renaitra du dîner! s'écria NoUit arec EMq pu comme le dîner s'avance de plus en ■a toù^, comme il marche d'heure en heure 3l? On flnira par ne dîner que le lendemain. ^•tt pas loin où la politique, l'industrie , les L^lénires, et je ne sais quelles autres graves ■cronl chassées de nos salles à manger, comme • Alors on verra refleurir le souper! Mais pré- Ui t*agit de déjeuner. As-tu quelque idée? ■l*abord je vais me lever.
C|a*Adolphe procédait à cette importante opé- .«minais l'appartement ei celui qui l'habitait. iir n*avait jamais été riche . mais il avait été
goût; malheureusement il portait les traces kil^ence extrême : il était facile de deviner » ne se piquait ni de soin ni de conservation ; l^rres, parmi lesquels je trouvai Gil Blas, les Crébillon, Horace, et plusieurs volumes dépa- \ oeuvres de Voltaire, deux groupes de staidemes représentant le galop et le cancan, LU carnaval, les Souvenirs du bal Chicart, mr Gavarni , un paquet de cigares , une boite m chimiques, quelques morceaux de sucre, 9i11e d'eau-de-vie â moitié vide, un rouleau Cologne encore intact , et six ou sept louis , ■ seuls objets qu'on voyait épars çà et là sur «s 9 depuis la toilette jusqu'au divan. lia prece, celle qui servait d'antichambre, était plus L«nt garnie : on n'y trouvait pour tout ornem carreau cassé , une paire de bottes fraichee» el les habits, que le portier sans doute avait » une chaise unique, après les avoir nettoyés, e était un homme de taille moyenne; son visage I forme ronde : il avait les yeux bleus , le teint nalgré l'air de fatigue répandu sur toute sa nie; ses cheveux étaient blonds, sa bouche leille et gracieuse , ses dents étaient admiraembonpoint précoce se manifestait dans tout il avait trente quatre ans; tout son extérieur la force et la bonté.
reviens gros, dit-il à Nollis ; mais je me console iDt que les hommes gras ont toujours été les y et, par conséquent, les plus heureux. CUM les grands criminels et les tyrans étaient
le génie est maigre, lapoléon?
fortune l'a quitté à mesure qu'il prenait de oint.
i, mais l'homme d'esprit est ordinairement
linie, c'est la gloire.
— Eh bien ! l'esprit, c'est le bonheur. Ne vas-tu pas» en vérité, t'évaporer en poésie? Le sensualisme, mon i gros ami, le sensualisme, voilà notre lot! Mous avons beau faire pour nous idéaliser, nous serons toujours de l'école charnelle ; c'est notre vocation. »
Pendant cet entretien, Adolphe s'était habillé. Sa mUe était sage ; elle n'était ni trop loin ni trop près de la mode ; elle était surtout adaptée à sa personne avec une remarquable intelligence , et il y avait beaucoup d'art dans la manière dont il avait su éviter la contrainte, sans hlcsser ni l'usage ni les convenances. Ce qui ne m'avait pas échappé, c'était le sentiment de propreté exquise et même de délicatesse qui avait présidé à tous les arrangements de sa toilette; c'était presque de la recherche.
— Monsieur est des nôtres? dit Adolphe en me regardant.
— Assurément, reprit Nollis; pourquoi l'aurais-je amené'? Où allons nous?
— Bien loin d'ici.
— Bah!
— Ne t'époufante pas, nous allons à Bercy... — Ah ! monsieur, répfiqua-t-il en voyant la moue involontaire que m'avait fait foire ce nom, il ne faut pas vous scandaliser. Je connais et je fréquente les beaux endroits ; mais je préfère les hons endroits. Si vous voulez venir chez Tortoni , je suis prêt à vous y accompagner ; c'est , sans contredit, le plus joli déjeuner de Paris : le buffet y est bien pourvu et f nement approvisionné , la chère est friande, la société aimable; on y cause avec esprit et avec liberté ; on y agit sans façon et avec politesse. Je sais peu de repas aussi charmants qu'un déjeuner chez Tortoni, bien dirigé et bien commandé; mais il me faut quelque chose de plus. Nous sommes d'assez bonne compagnie pour ne pas craindre qu'on gâte nos manières; nous avons l'avantage de ne répondre qu'à nous de nous-mêmes. Pour moi, Paris ne renferme que deux sortes d'individus : ceux qui me connaissent et ceux qui ne me connaissent pas; les uns savent qui je suis, que me fait l'opinion des autres? A Bercy, nous trouverons de la marée fraîche et du poisson de Seine nouvellement péché , de braves gens fort contents et fort honorés de nous recevoir, une vue admirable, el du vin comme il n'y en a que là. Voilà mes raisons pour y aller ; quelles sont les vôtres pour ne pas y venir?
Nollis me regardait; je n'avais qu'une réponse à faire, je pris la main d'Adolphe , et je m'écriai : « A Bercy ! »
Adolphe avait raison; ce fut un déjeuner délicieux. En entrant chez le traiteur, il avait causé avec la belle écaillère; je crois même qu'il lui avait pris familièrement le menton : elle nous apporta elle-même les huîtres dans un plat énorme; elle riait en nous recommandant de les avaler vivantes et dans leur eau : le vin de Chablis était d'une qualité supérieure, doré et merveilleusement sec et perlé; l'entre-côle de bœuf, dûment relevé par une sauce qu'Adolphe indiqua par écrit ; la sole , accommodée par un procédé nouveau qu'il a lui-même importé d'Angleterre, et enfin la matelote, faite d'après les vieilles traditions du port , composèrent un repas que le vin de Beaune arrosa sans relâche. Adolphe afiirmait que le matin il ne fallait pas faire usage de vin de Bordeaux : il me promit de m'expliquer à dîner cette règle hygiénique.
A la fin du déjeuner, Adolphe et moi, que Nollis lui avait présenté comme un jeune homme qui donne des espérances, nous étions les meilleurs amis du monde. Je sava'is qu'il était venu à Paris pour y faire son droit, et qu'après avoir pris ses licences à la Faculté , il avait suivi, sans penchant vicieux, nuds avec une molle insou-
dance^son îaslinet pour le fhhk; c^élait aiDsï quHl s'élait toujours trouvé loin du travail. Au delà de mn éducjitioo, ^ familte u*Avait pu rieti rnire pour lui. Il lui éMi arrivé eâ qui arrive â tous les jeuue!! gpDs sans patrimoine ; il avait formé des projets et contracté des dettes; les projets ji'éiaieut évaDouis , les dettes étaieul restées \ maiutcnanl Adolplie s'était donné aui lettres* A ses yeux» cette occupation était presque un loisir ; mais il n*<ivûît jamais pu renoncer au bien-être do moment pour sauver l'aveoir: il vivait donc toujours aui prises avec des embarras nouveau!» et, toujour^i livré a de nou^eaui plaisirs, il arUrmait qu^ea dépit de sa misère il avait su faire pencher la balance du côté du co nie item en t. Adolphe avait une morale qui n'était pas diablesse : il était assurément incapable dune action lâche, malhonnête ou mais le pbisir était â ses yeux une chose si eicellonte i qu'il ne s'appliquait qu'd le gefiter. Ce n'était pas seulemeut sa grande aŒaîre , c^était son unis^ue a flaire ; il le cherchait partout ou il peni^ait le trouver, quelquerois; il se baissait pour le prendre» 11 appelait eeta proton i^er la jeunesse, Dti reile, il ne demandait qu'A tenir dans le monde le
LE VIVBOB.
nte, ODe grande faute, uoe Irés-graDcle faute, fVt, jeune homme?... »
Ut
fcit il feillait sur lui.
»ii heures, j*étais curieux de savoir comment ^aipliriit I intervalle qui sépare le déjeuner Ae voyais guère pour combler cette lacune ' Maime du prélat du Lutrin.
(ait d^â sur la porte, batifolant avec l'écaîl- Dgeint des lani grivois avec des ouvriers du imitaient de sa bonne humeur. Un fiacre \ il le héla d'une voix de Stentor et le fit s trob nous entrâmes dans la voiture, et le ; l'ordre de nous conduire aux Champs-Ely- B faisant, Adolphe était d*une gaieté folle ; il lolUs ses meilleurs contes et quelques traits «nce de buveur; les disgrâces de Tivresse. les m bévues qu'elle leur avait fait commettre, |ii*6lle leur avait inspirées, et toutes les meriTaient illustré la vie et le nom de quelquescompagnons de table, ceux qu'Adolphe nominphase les premiers verres du siècle; car les int par leur verre, comme les raffinés d'hon* ut par la lame de leur épée.
lanantes histoires ! C'était une épopée contem* lélqaefois cela ressemblait à un chapitre de la ■ntua et de Grandgousier.
1 viveur qui avait eu la sublime idée du lamjeor placé sur un ami abattu sous l'ivresse, et I préserver des roues de carrosse. Un viveur e It connaissance d'un homme dont on celéosasses bachiques : il pénétra dans le logis 'il désirait voir, au milieu de la nuit; sans l'étressa la table, la couvrit d'un souper succutilendeux, coïLme une apparition, il fit lever » fit asseoir, Tinvita par geste à souper. Ils langèrent jusqu'au malin, sans échanger enaeul mot. Au point du jour, celui qu'on avait si étrange manière dit à l'autre : « Vous vous ^ssairement R.... : il n'y a que vous capa* \ cela, et que moi capable de le souflrir. » ir qui venait d'hériter de son oncle rc ùdk i \ie de l'enterrement : < Il n'y avait que les hê « riaient ; pour les autres, ça leur était égal. » t aussi des traits héroïques. En juillet 1830, It frapper une bouteille de vin de Champagne l'un marchand de vin, devant le Louvre, sous soldats suisses; il la but avec quelques comt il se rua à l'attaque. Dans un duel, un vîpé d'une balle qui lui fracassa le bras droit, llement : < Je boirai de la main gauche. » ant ces récits, j'ai compris ce mot d'un viveur prit faisait rechercher en tous lieux : < Je dine îrcredis chez mademoiselle M.... Eh bien ! au 1, elle ne m'a rien donné pour mes étrennes ! -atitude! »
raconta aussi cette fête de Montmorency dans e compagnie de viveurs avait loué une famille pour avoir les violons pendant In collation : gens, je parle des aveugles, n'entendant auque des propos sages, chastes et vertueux, ; le ciel qui les faisait assbter à de si honnêtes I ne se doutaient pas que leurs détestables aient des démons cachant leurs méfaits sous des anges.
passa en revue les destinées des grands vl- Ige actuel. On les retrouve partout, dans les Ik^, par l'hérédité et par l'élection, au con-
seil d'Etat, dans la magistrature, dans les hautes fonctions publiques; ils sont décorés, enrichis, titrés, pres« que jamais corrigés. Seulement, au lieu de la vie publique, ils ont de petits appartements; ^ l'orgie éclatante, ils ont substitué le plaisir discret et mystérieux.
Adolphe s'irritait contre la race fashionable; il ne lui pardonnait ni son luxe inutile, ni son jeu effréné, ni ses ruineuses amours; il n'avait d'indulgence que pour les repas élincelants et qui font resplendir la nuit, pour la volupté sans joug, pour le culte du beau matériel et pour la poésie des sens. Dans les courses, dans les merveilles du bois, de Thippodrome, de la plaine, de la forêt, de la chasse et de tout l'appareil du chenil et de l'écurie, il ne voyait que les haltes avec leurs repas homériques, l'appétissante venaison et les coupes ciselées que le soir, devant le café de Paris, les vainqueurs remplissaient de vin de Xérès et vidaient d'un seul trait.
C'est en devisant de la sorte que nous arrivâmes é la porte du tir de ***. Adolphe y fut reçu avec acclamations ; on le salua avec des transports d'allégresse. En un moment vingt paris furent engagos et vingt verres furent remplis de vin de Champagne; les assiettes de biscuits circulaient, et les tireurs buvaient d'une main et ajustaient de l'autre. Le dieu des bonnes gens protégeait Adolphe; ses jambes flageolaient et sa main était sûre; il gagnait tous les paris.
Du tir au pistolet, Adolphe nous conduisit à Saint- Cloud ; il nous engagea à faire un tour de parc et à boire de grands verres de soda-toater; l'effet de ce spécifique fut prompt et infaillible; je me pris à désirer le dîner, dont la seule idée me glaçait d'épouvante quelques moments auparavant.
A six heures et demie, Adolphe jouait son verre de bitre à l'estaminet de ***. Lé, il avait repris quelque chose du ton du matin, celui de Bercy, et i^ fumait gaillardement, non plus le cigare, mais une bouffarde remplie de tabac-caporal.
A sept heures, nous étions chex Véry, non pas dans la salle commune toute peuplée de hauts et puissants dîneurs, mais dans un cabinet au premier étage. Le dîner était simple; j'en ai conservé le menu : des huitres d'Ostende, un potage printanier, une barbue, un gigot de mouton, des haricots et des asperges ; vin de Bordeaux ordinaire, vin de Madère frappé. Adolphe défendait le vin de Bordeaux le matin, comme trop faible pour réparer les avaries de la nuit; il proscrivait le vin de Bourgogne le soir, comme trop chaud, et pouvant compromettre la raison ; il ne voulait pas qu'on bût de vin de Champagne à déjeuner, il ordonnait de ne pas boire d'autre vin au souper; le vin de Madère glacé était a ses yeux une des plus belles conquêtes des temps modernes.
Le dtner fut long et animé. Adolphe parcourut avec nous toute l'échelle des variétés du viveur. Il nous le montra plus indépendant et moins embarrassé que le voluptueux et le sybarite de l'antiquité ; il nous le présenta comme plus éclairé que le roué, ce fanfaron de dissolu* tion ; il le plaça au-dessus de tout ce que les autres époques avaient produit, depuis Athènes jusqu'à Florence, depuis le siècle de Périclès jusqu'au Directoire. A ses yeux, le viveur était l'expression vraie d'une civilisation vraie, non pas poursuivant le beau idéal ei de convention, mais cherchant la vie positive, étant la personnification vivante de ce précepte d'Adam Smith : c Être, et être le mieux possible; » la fusion animée de ces deux ada« ges proclamés par les deux plus fortes tétea du dix-neuviéme siècle : « Jouir de tout. — Neu priver de rien. » Il se proclamait sage entre les sages; sa conduite remmait les tendances exactes du ûècle; elle iea résumait an