‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 122 sur 269 · livre au sommeil Fùt*iJ irèa-erdllé. «Il-il · texte numérisé non relu

livre au sommeil Fùt*iJ irèa-erdllé. «Il-il

d'Idées, — chose rare, — on ne 1^1

ternatlve : dormir ou êb livrer i

dernier tintement a'esl fait emeadia» «I

mii^res doivent être étemlea^

Esclave d*une cloche^ voila m fols elle sonne sa Uheri« : libre f demie! Oh! durant ce tcmpt, îh le retlenL ancau pouToïr ne fèm wm Kl ailes, Il prend sa volée, PerwM&e ■*fttlll' cher d'aller où bon lui sembla; Piriii!] Versailles ou Samt-GermiiD^ ÇpMI tout visttert il ea a le droîl ; nal na i qu'il ne dépasse pas le teiiip« iié, ] lion de la blenheareuse heore d de née pour redevenir qd bomioa Dm ni plus tdt, ni fkltis lard, 4 l'kavn Ifei bcrtê, de Vïn^^ ' — e »É»Hhlal I

LE MAITRE D'ÉTUDES

I lai sufQt pour comprendre qu*uDe course

entraînerait i un manque d'exactitude, il ne

t Paris. Que fait-il alors? Le café lui ouvre

le journal ses colonnes ; il lit la politique du

t apprend par cœur quelques-unes des rc-

Joiimaliste pour 8*en servir à ruccrision ; ou

naître d*études tourne à robésilc, cas excep-

m médecin lui a ordonne de prendre de

ilheur à ses jambes ! pendant son iieurc et

toutes les rues de Paris, et fait en

itrer en nage à la pension ; ou bien encore,

le cœur an amour heureux ou m«ilhcurcux,

n apercevez â l'impatience avec laquelle il at-

aal de son indépendance, à la rapidité incon-

îC laquelle il disparait dès qu*il est enGn son

/oie aux pieds de son inhumaine plus ou moins

B ; mais le temps, plus cruel que toutes les

e temps court sans pitié pour lui, et l'heure le

m milieu d'une protestation bien tendre ou

mte bien vive, suivant le degré de sa passion.

iz reste coi, s'arrête, balbutie, et remet au loti-

fln de son dithyrambe ou de sa diatribe, car

instant il n'est plus homme, il est redevenu

Indes. Le voild de nouveau trônant dans sa pri-

tique, en attendant qu'il passe de l'étude au

du réfectoire a la récréation, de la récréation

jusqu'à ce qu'r nfln le dortoir vienne lui offrir

i et l'oubli de la vie régulière et monotone qui

imencer le lendemain.

maître d'études, le proverbe est faux : les nlTent et se ressemblent. Ce qu'il a fait hier, igourd'hui ; ce qu'il fait aujourd'hui, il le fera moins que le jeudi n'arrive. Oh ! ce jour- là il z» dites-vous. N'en croyez rien. Il maudit le •1 des autres jours de la semaine, du dimanche ind il est de garde. On lui permet, il est vrai, lener pendant trois heures, mais il est tenu «r ane longue chaîne d'élèves, chaîne pesante pent se débarrasser, qu'il doit traîner pendant tmienade et ramener intacte au logis. Chaque pourtant revient pour lui un beau jour, un diepuis le jeudi qui précède, vous l'entendez parler anche de «or(t>. Dieu seul peut savoir la quanjets qu'il forme pour ce jour fortuné : l'été, campagne, promenades sur l'eau, glaces à 'hiver, déjeuner copieux, dîner succulent, conectacle; il a tout rêvé. Nous voili au dimanche I : Il est habillé des le malin, il ne veut pas I heure de sa journée. Jamais la messe, à lalat qu'il conduise les enfants, ne lui a paru si se rend coupable de nombreuses distractions iffice. Fera-t-il beau? pleuvra-t-il? voilà ce qui sxclusivoment, au risque de scandaliser ses

i quitte la pension. Dés huit heures il bat le Buner, diner, promenade en liberté, il réatoot jusqu'au spectacle. Nais au milieu d'une itte d'Achard ou d'une tirade dramatique de 5st ; mais au moment où le vaudeville dilate DS du pauvre maitre d'études par ses saillies, le inonde ses lacrymales par ses effets les mieux l regarde d sa montre... Neuf heures et demie ! idevillel adieu, drame ! adieu, Achard ou Saintl faut tout quitter sous peine de coucher à la e et de perdre sa place. Le règlement de la ;t là : à dix heures les portes sont fermées à r. Il lui faut abandonner le plaisir, chercher à a contre-marque, et venir en courant présenter

de nouveau son cou au collier qui doit le serrer jusqu'à l'expiration de la quinzaine qui va commencer.

En récompense de son exactitude à remplir ses agréables fondions, le maître d'études est nourri sainement et abondamment (style de prospectus ) ; en outre, couché sur un lit à estrade, chatiITé au charbon de terre et éclairé aux quinquets. Il touche une somme mensuelle de quarante ou cin(iuante francs, que, sans pitié pour ses créanciers, il affecte à ses plaisirs de toutes sortes, et qu'il consacre à emb.^llir sou existence pendant les deux jours par moi qui lui appartiennent.

Passer ses jours au milieu d'enfants qui robsêJ» ni, posé devant eux comme un mannequin habillé dont on se sert pour effrayer les oiseaux dans les jardins ; être un instrument à faire faire silence, est-ce là une vie ? Le professeur se plaint; mais au moins, lui, il communique son savoir, il travaille en instruisant ses élèves; le répétiteur trouve des jouissances dans les succès de ses disciples; ceux-là agissent, ils ont un but, une pensée. I>e maitre d'études n'a rien de tout cela : sa condition est passive, et si passive, que je m'étonne que les législateurs, en accumulant les peines dans leurs codes, en infligeant la détention, la prison, les galères, n'aient pas admis comme pénalité les fonctions de maître d'études à perpétuité. Je crois qu'il y aurait eu peu de coupables d'une faute passible d'un si cruel châtiment.

Et pourtant il ne manque pas de gens qui ambitionnent une telle place! Pourquoi? C'est que bien des causes peuvent pousser an homme à cette résolution désespérée, à ce suicide moral.

Vainement vous avez tenté d'aborder tous les rivages, vous avez heurté à toutes les portes, vous avez essayé d'entrer dans fous les chemins; vous vous êtes fait tour à tour négociant, administrateur, soldat, chirurgien dentiste, homme d'affaires, que sais-je? vous n'avez réussi à rien, tout vous a manqué; l'incapacité vous a successivement rendu inabordables tous les rivages, fermé toutes les portes, barré tous les chemins; il ne vous reste plus d'espoir de succès en rien : — vous vous faites maitre d'études. Vous avez vu votre jeunesse enrichie tout à coup de biens paternels ; sans souci de l'avenir, jouissant du présent, vous avez tout dissipé, fortune, santé jeunesse. Le désespoir vous saisit, il vous vient des pensées de suicide; au moment de les mettre à exécution, vous hésitez : une idée surgit en votre esprit, et vous dit que, sans se tuer, on peut se faire maître d'études; vous accueillez avec avidité cette pensée salutaire, vous suivez cet instinct conservateur : — vous vous faites maitre d'études.

Il en est d'autres que ni l'incapacité ni la détresse ne poussent à cet extrême moyen ; la raison seule est leur guide. L'un a quitté sa province pour venir chercher à Paris une condition honorable ; il ambitionne l'éloquence de l'avocat, ou la science du médecin ; il est pauvre, il est laborieux; il lui faut un état qui le fasse vivre provisoirement et lui permette de se livrer à ses travaux. Que pourrait-il trouver de mieux? Un autre vise droit à la toge du professeur, il ne rêve qu'hermine doctorale, et il se sert de attc position infime de l'Université comme d'un marchepied d'où il s'élancera plus haut. Mais ceuxlà font classe à part : pour eux, cette profession n*esl pas une voie sans issue, une impasse où doit s'enterrer leur vie ; ils ont une pensée qu'ils poursuivent, un but vers lequel ils marchent sans cesse, un avenir enfin.

Cependant chacun de ces hommes apporte au inilien des enfants qu'il doit surveiller un caractère différent. Tous tendent à se relever aux yeux de leurs élèves; mais ils s'y prennent de diverses manières. Vincapahk

LE MAITUE rrÉTUDES.

st ?&nte sans cesse : â l^entendre, il étaîl destiné & de grandes choses, et ses inalheiirâ sont le résultat d'un concours de circonstances eilraordioaires. Injustice des bommos, caprice de fortune, fitalïté» il vous deïnaudera compte de son avenir perdu, et se gardera biend'accuser son manque de mérite, qui seul l*a conduit à celte entrémité, n est apathique, lourd, inerte ; il dormira volontiers , dans sa chaire, sera sans force devant riodiï^LpIine, sans colère devant la paresse, et finira par s*avoucr vaincu daos U lutte qui s'engage toujours entre Téléve et le maître pour savoir lequel des deux dominera T autre. Pauvre soufTreHlouleur, il est constamment berné par ses élèves et réprimandé par ses chefs. \\ sert de point de mire à toutes les espiègleries d*eufants sans pitié, c Je te parîe, dit Tuu, que je jette ma balle en plein dans le dos à m'sieur. — Je t en défie, reprend un camarade, et je te parie trois feuilles de papier que non. » Aussitôt la balle e£t lancée avec force, et atteint juste le but désigné* t Ob! m'sieur, sMcrie Feofant, je ne Vax pas fait exprès; G*es! €ho$€ que je visais, et il s'est dérangé. » Puis il l'eu rctoumo en riant sous cape, et le pauvre homme se contente de cette eicuae.

tJne ftiis qu'on Ta éprouvé par une pîaisanUrie de ce gmrt et qu'il a laissé Tinsulte impunie, il oe se passe

point de jour qa'il nt pIcmivUl gieuse de nichit. Brosse comfèêi dans la poche, boulettes dt piii m porte tout sans se plaindre. El tel ves lui sachent gré de sa [ a^t4) une révolte, les plus grai les plus pesants^ lancéi à 11 vous parle pas du nombre ûi mier^ en herbe liihograpUativlvl quelque chose da modèkï ] nex tuberculeux, tantôt mie pi|*iii meut de sa physionomie, et la Urtl de ces inscriptions curae bien lOh! ce codrt-ld, fvil j

Cet homme, cootim aux reproches, passer* i et traînera ainsi j^â mi« arrive i une échoppe d'ée pour être admis dans un [ protections. Vous le rarement il manque I se

doDt le collet et lea mandi

perruquier, el il eat hftea mal dentée de s* *

LE MAITRE D'ÉTUDES

ette espèce du genre se pare de sa hénes de son manteau troué, et se Une seule fois par an peut-être, le int de la vétusté de son ajustement :

) du maître de pension. Il y a bal, )rés avoir yainemenl retourné son 18, il se Toit forcé de refuser l'invir au dortoir, où le bruit de la fête prend sa part du bal en insomnie )n confrère, le ruiné suit la mode Heur, et fait des dettes pour n'en Sa fortune passée lui sert à se po- ;. Son caractère n'est pas égal : il )rutal ; il ne punit pas ou il frappe Et si l'on vient à chercher la cause on la trouve dans les comparaisons faites tout le jour entre son passé actuelle. — Celui-là est dangereux, oin.

i ceux que la raison a faits maîtres 18 comme tout le monde, se monitients, parce qu'ils ont une espé- ;nt de leur dignité à venir devant •là méritent d'être recherchés; ils assez agréable, et susceptibles de I qui les nourrit.

es d'études sont vulgaires; ce sont T. Foin de pareilles gensl n*en parles droits à notre admiration; à cesgcs ! à celui-là l'attention respecà l'examen des choses rares ! Il est est saint : c'est le maître d'études r à lui ! Nous le répétons, cette esle existe.

ette ûgure grave et impassible, ce intien composé; écoutez cette voix , caverneuse. Que de soins ne lui combien de travaux ne lui a-t-il our arriver à cette perfection? A s n*a-t-il pas dû soumettre son goorgane imposant? Et ce maintien !

ppartienne naturellement? Gardezcette erreur. Comme sa voix, son ['études longues et pénibles. Et ce e flgure grave l ne vous y trompez ion plus dans sa nature; il peut, ir des yeux sans expression et une oilà où est le mérite, où est l'art, cela est acquis à grand'peine, tout lui.

ntre dans son étude : les clameurs But tout à coup, les bruits s'apaiits s'éteignent. Et |iour obtenir ce QStantané, il n'a pas eu un mot à us petit Silence! à jeter à la foule isence a suffi. Aussi, comme il jouît ime il se pose fièrement en chaire !

mphes ! il les chérit, il en est gloait fou de bonheur. Amoureux du sûr de son influence, il se plaît à it où on s'y attend le moins, il sort, , la chaire vide; il s'éloigne asseï çu, mais pas assex pour ne point qu'il ressent ses plaisirs les plus enivrantes; même silence à l'étude, liuchotement I Son esprit plane enu'il vient de quitter. Il est si heu- |ue TOUS lai ofiiririei une fortune.

un empire, la papauté, il vous renverrait bien loin, en vous disant, avec une noble fierté : c N'ai-je pas mon étude? »

Comme cette salle enfumée lui plaît! c'est son royaume; là il trône, là sa voix est souveraine. Son étude, c'est lui; lui, c'est son étude; il s'identifie avec elle; l'odeur de la classe fait partie de sa vie; car les classes ont cela de particulier, qu'elles ont une odeur & elles, qui leur est propre, et que nulle autre part on ne pourrait retrouver.

Ordinairement celui-là, au milieu des rêves de son enfance, parmi ses ambitions de jeune homme, s'est senti un vague détir d'épaulettes. A trente ans, il est maître d'études : ses rêves sont en partie réalisés, ses ambitions presque satisfaites. Il a un commandement, de petits soldats qui lui obéissent; il joue au général, il est heureux. Alors son discours est empreint de ses idées première? : il donnera une forme militaire à tous ses ordres. Entend-il la cloche qui annonce la promenade, il dira aussitôt : c  cheval I le houte-selle a sonné! » Veut-il punir un élève, il dira d'un ton sévère : « Aux arrêts! et militairement. » Un autre, un vulgaire, se serait contenté du simple mot en retenue. Quelle trivialité! Généralement aussi, en donnant un cachet militaire à toutes ses actions, il n'en exclut pas une propreté méticuleuse : il poursuit avec acharnement un soulier mal ciré, il ne pardonne pas une tache, et, il faut le dire à son honneur, il est bien rare qu'il ne donne pas l'exemple à ses élèves.

Le maître d'études par vocation, à cause de sa rareté et pour sa scrupuleuse exactitude dans l'accomplissement des devoirs de sa charge, est avidement recherché par les chefs d'institution. Il le sait, il a la conscience de son génie, la conviction de son importance ; et n'est-ce pas naturel? Malheureusement son langage se ressent de la bonne opinion qu'il a de sa personne, et tourne souvent à la prétention. Une chose qui le blesse, qui l'irrite, la seule partie de son état qu'il renie, c'est le nom qu'on y attache : maître d'études ! quel titre peu sonore ! quelle expression dépourvue de noblesse ! L'indignation le saisit à ce mot : aussi, quand il écrit en province, gardezvous de croire qu'il ajoute à son nom cette dénomination qu'il méprise; il signe membre de l'Université de Paris. A la bonne heure ! voilà un titre ronflant ! voilà une qualité ! On peut, on ose la dire : quel effet ne produit-elle pas sur ses parents, sur ses amis du département? Cependant, comme ce titre est trop général, son amourpropre en a inventé d'autres : demandez-lui ce qu'il fait, il vous répondra qu'il est préfet des études et censeur des retenws.

Le maître d'études par vocation a des parties de son caractère qui ne lui sont pas propres, mais qui appartiennent à toute Tespèce. Parmi ces lignes distinctifs, le plus distinctif peut-être, c'est la sécheresse de corps. Le maître d'études est communément maigre, ce qu'on peut attribuer, soit à l'impatience continuelle qu'il éprouve, soit à la nourriture saine et abondante dont il se repaît. Sa figure et ses mains osseuses sont, pour me servir de l'expression technique, culottées par le soleil des récréations; et depuis que la révolution de 1830 a proclamé le règne de la moustache, il s'est fait un de ses plus dévoués sujets. Il ajoute cet agrément aux favoris qu'il possédait seuls jadis, et il y tient tant, que l'on peut dire, je crois, avec raison, que f si la moustache était bannie de la terre, on la retrouverait sur la lèvre d'un maître d'études. I Sa tournure est roide et guindée; enfin, il a ce je ne sais quoi dans l'ensemble qui le fait deviner sous le costume le plus brillant comme sous l'habit le plus mtscrable.

LE MODÈLE

É. DE LA BÉDOLLIERRE

oulez-vous un Spartacus, un César, un Cicéron, un sainl Etienne, un Glovis, un Molière, etc. ? Souhailez-vous faire revivre sur la toile une notabilité quelconque de Tantiquité ou des temps modernes?

Vous faut-il un baron féodal ou un serf, un Européen ou un sauvage, un mariyr ou un Jupiter discobole ou un soldat de la I\épul)liquc ex-vous-en dans une de ces rues sales et it fourmille notre belle capitale ; montez A tient le milieu entre une échelle et un e, et lé, au fond de quelque grenier, vous otabilité demandée, le saint, l'empereur, e, le guerrier, ad libitum, dans la percle.

r! i> disent les misanthropes. Non pas, l vous plaît. IS*exiget-il pas un concours lysiques que la nature accorde rarement à me individu ? celui qui Texerce n'a-t-il pas s matériels à notre admiration sous la che ses formes herculéennes «(ue ces éléis dont les charmes sont dus principaleété d'un tailleur? Le modèle ne fait-il point Dte de la matière première mise en œuvre ou le sculpteur? nccoopère-t-il pas essenla création des tableaux qui tapissent les musées, des statues qui se mirent dans les s jardins publics? Vil métier! allons donc! omme de lettres, je Toudrais être modèle, si Ton estimait une profession d'après ce rte, celle de modèle serait des plus secon-

daires. G*est moyennant trois francs par séance qu*il endosse ou quitte toute espèce de costume, tient la tête • haute ou les yeux baissés, prend Tair doux ou terrible, avec une infatii^able docilité.

Autrefois on accordait au modèle le déjeuner en sus du prix convenu. Attablé sur le poêle, à côté de l'artiste, il absorbait du vin et des vivres à discrétion, ou plutôt sans discrétion, et c*est pourquoi l'on a Gni par lui supprimer totalement le repas du matin, comme abusif et frustratoire.

L'artiste était en tenue de travail ; il avait sa blouse multicolore, son bonnet rouge, sa palette à la main et sa pipe à la bouche. Le modèle, après avoir déjeuné le plus copieusement possible, se déshabillait lentement, et commençait ses exercices.

— Allons, disait l'artiste, donnez-moi l'expression : le cou renversé, les mains étendues, les yeux au plafond; n'oubliez pas que vous tombez mortellement blessé.

Le modèle obéissait ; mais, au bout d'un instant, sa tête retombait sur sa poitrine, son corps s'aflfaissait, et ses yeux se fermaient involontairement.

— Po.sez donc ! Posez donc î criait l'artiste.

Le modèle se réveillait en sursaut, et balbutiait quelques mots d'excuse sur la dlfûcullé de sa digestion, dont il ne tardait pas à donner une nouvelle preuve en se rendormant.

— Posez donc! sacrestie! posez donc!... Bien, c*est cela, nous y sommes.

Le modèle n'y était déjà plus, et le peintre jurait, tempêtait, jetait de fureur sa palette et ses pinceaux.

— Dame ! lui disait le coupable, croyez-vous que ce soit divertissant de tomber mortellement blessé pendant trois heures de suite ?

C'est donc pour éviter une somnolence importune qu*on n*octroie plus au modèle que ses trois francs, nourriture non comprise. La modicité de cette rétribu-

LE MODELE

lioD ne lui permet pas de n*avoir qu'une seule corde à son arc. Il est obligé de faire comme les abbés de la régence, qui dînaient de Tautcl et soupaient du théâtre, ou comme les négociants cumulards des petites villes, qui sont à la fois perruquiers, aubergistes, épiciers, marchands de Tin, de son, d'avoine etdesabols. 11 pourrait jouer dans chaque atelier la scène de maître Jacques et de Tavare.

— Pardon, monsieur, est ce au colporteur ou au modèle que vous vous adressez?

— Au colporteur.

— En ce cas, voici de la parfumerie de premier choix, du savon de Windsor, des foulards de Tlnde , des cuirs a rasoir, des gravures do Rembrandt, des moulages d'après Clodion ; puis, ajoute-t-il mystérieusement, des cigares de la Havane, mais des vrais, ma parole d'honneur, et du Ubac de Maryland. qui m'arrive de Belgique à rinslant même. Voyons, achetez-moi quelque chose ; je suis accommodant, et, si vous n'avez pas d'argent, vous me donnerez vos vieilles bottes.

Quand vous ne faites pas d'affaires commerciales avec lui, le modèle se débarrasse de son évcntaire, rengaine le mélange de sciure de bois et de copeaux qu'il débite en guise de tnbac de contrebande, et vous demande â poser pour la tète ou pour l'ensemble, suivant sa spécialité.

Quelques modèles sont cordonniers dans leurs moments de loisir; d'autres coupent les cheveux; d'autres encore quittent Paris le dimanche, et vont dnns les fêtes de village jongler en qualité d'Alcides du Nord, ou dévorer des volailles crues à titre de Nouveaux-Zèlandais. On en voit encore, couverts d'un maillot couleur de chair et dûment empanachés, faire gémir la peau de vingt tambours ot les oreilles de leur auditoire, sous le prétexte spécieux qu'ils sont sauvages. Que la civilisation nous en délivre !

Les jeunes modèles chantent, jouent la comédie bourgeoise, se disent entretenus par des femmes de députés, et sont toujours sur le point d'être reçus à l'Opéra-Comique. Les modèles à barbe font des commissions et cirent les bottes ; ce sont souvent d'anciens militaires, qui racontent la bataille de Champaubert, et crient : c Vive Vempereur! » quand ils ont bu.

Il y a des modèles de toutes les nations, des Français, des Italiens, de Savoyards, des nègres, et surtout des Juifs. Les Juifs pullulent depuis quelques années dans les ateliers. Ils ne voulaient jadis poser que pour la tête, mais celte pruderie n'a pas lardé à s'apprivoiser. Le peuple qui possède, non moins que les Gascons, la faculté de pousser partout menace de monopoliser un métier qu'il avait dédaigné longtemps. Tant pis pour les beaux-arts 1

Car la race hébraïque est naturellement mercantile, et, pour être bon modèle, il ne suffirait pas de n'avoir en vue qu'un faible salaire et de mettre son corps en location ; il faudrait donner preuve d'intelligence et de sentiment, comprendre la pensée de l'artiste, s'inspirer du but qu'il veut atteindre, se faire acteur mimique dans le drame qu'il va retracer avec les pinceaux ou l'ébauchoir, évoquer devant lui par le geste, par le jeu de la physionomie, par l'attitude, le personnage qu'il a rêvé, et contribuer à la perfection de l'œuvre en en facilitant l'exécution. Voilà ce que de>Tait faire le modèle ; mais une pareille tâche est généralement au-dessus de ses forces. Il se contente de prêter à celui qui l'emploie une forme extérieure, et semble se croire dispensé de qualîlités intellectuelles. Il cherche autant que possible é s'identifier avec un mannequin ou une statue; il est en

nnyeiix et «i L D Ui m fait tes p :ed«-claéBfnHiii

lé se sert oc bUcs. c*at-â-lR. «h diTers proo i napaés fm mm la péaDce, po... tromper W Tarier la raoaotoaie.

Ainsi le modèle en armai im D*est point remplacée po i de-piété, et tous Tait voir | onie heures précises. FiccUe!

II admire longuement i«i votre tableau produira le pa TOUS prophétise on avenir i

II se déshabille arec amaiitjliii en faudrait si son pantaloo | tons nécessaire pour le ixff i

S'il pose assis, il se troaie k.i teuil, et lait de son ooosûktRj eommodo ei ineommodo: ûmi par une corde qu*un anBCHiesii plaint qu*elle le meurtrit cotn^aK i l'on a placé sons son pied dm U4fi pour lui tenir la jambe en i de récorce raboteuse avec m «&«!

Il dérange les draperies dool alûai le plaisir de les replacer ; 0 a tnf saii il est enrhumé du cerreia, d a i ment. Ficelles!

Un certain Bréchon, moft^fféi avait inventé une firtiU pov bwment mérité un brevet. II savait êrto m pu lui causer la présence àe Vs'v^** ne se trouvait pas â son atelier uj«< ) qués. Bréchon, ne voulant pssyeicfli habillait sur la porte et posutsvrfl '

—Que vois-je ! s'écriaitmwc , blement sans songer an speoUdei dait an passage.

— Ne faites pas attentiOB, wêêm droyé.

— Quelle horrenri disaitlifid en rentrant chei elle.

— Eh bien ! qu'est-ce qne nv i vous dis que ceci vous reprêsesli '

— C'est affreux! répliquait h i vous prenes notre escalier psv fa Nous allons voir!...

Il (allait la puissante inlffvcMin à traindre Bréchon à quitter la pbee;i ne manquait jamais de réciôstf bf extra porfos . Cette aneeiole pad mais, pour la faire comprcBét,!!

Bréchon était un peu fou.

Plus le modèle est vieux, pl« il' service, elles se mulliplNat rhumatismes : Tâge le rend e de conseils. Tableanietscnlpimii œil connaisseur, dédde du 1 tayo de l'autorité des granis i travaillé.

—Ah! monrienr.dit-U,rartaliBi le voir du temps de Hapolto! ji | pour II. Guérin, pour M.

de fameux peintres ! comme ik i conloars ! comme ils csIcaWral 1*1 faisaient ri i Mfw

prenaient lonji le moiib; Il k t diaient du i a lai

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LE. MODÈLE

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Mairraufcc, unie comme une glace. Dans -U nous ne pouvions fournir aux demandes des mais aujourd'hui le mclier ne va plus; tout

nrtout avec les élèves en loges, qui concourent id prix de Rome, que le modèle iranclio du

ir. Telle est sa pciiclration, qu'il sii^nale dans ^B non-seulement les imperfections qu*on peut y -mais encore celles qui n'y sont pas. Il prévient

-par on avis officieux : la tète est mal emman- !*4B bras sont trop longs; le torse est écrasé; les

ne s'attachent pas hieu. Il est plus classique ^fiillard de llnstilut, plus rigoureux qu*nn mem- Viry d'admission, plus exigeant qu*un bourgeois -^nt faire son portrait, trouve les ombres trop k aflrroe qu'il n*a jamais eu autant de noir sur

to^uienr, vous m*avez mis sous le nrz une grosse ^ Yoas observerai que je ne prends jamais de

^9f aeadémies, le modèle se présente sons an as* ^%. différent. Une académie de dessin est un lieu empirants Raphaël, les candidats à la succession ^, Tiennent, moyennant une rétribution légère, '» peindre ou modeler d'après nature. Leur salle

de réunion est une vaste pièce carrée garnie de gradins en amphithéâtre; au centre s'élève un piédestal en bois blanc, au-dessus duquel une lampe est suspendue : c'est sur ce tréteau que s'installe le modèle, expo'^ant ses muscles aux regards, à Tétude et à Tadmiralion des rapins.

Tous les lundis se débat une question importante : il s\igit de décider quelle sera la pose du modèle durant le cours de la semaine. Le torse sera-t-il en saillie ou masqué? courbera-l-on les jambes ou les dévcloppora-t-on? l'altitude sera-t-elle simple ou maniérée? La discussion s'échnuITe, les essais se succèdent; les plus criards, et quelquefois les plus habiles, finissent par l'emporter. Dés que la pose est arrêtée , le tumulte ces<e, on s'installe, on taille les crayons, ou prépare les palettes, on masse l'argile ou la cire. Chacun jouissant à tour de rôle du droit de choisir sa place , ceux qui ont les derniers numéros se résignent à copier le dos ou le profil du poseur. Le silence se rétablit, pour être interrompu bientôt par des chansons répétées en chœur, par des plaisanteries plus ou moins spirituelles, plus ou mains grossières. Le modèle y prend part : il risque un calembour, il débite des gaudrioles dignes d'un vaudevilliste du Palais-Royal, il emprunte des facéties au catéchisme poissard ; si les cris de Posez donc! ne viennent pas l'inter-

Vxàa imp. de Cdoiiird Blot, rue Saint-Lonis, 4e.

LE MODÊLB.

rompre, il provoque une iininense hilarité. Aussi, duraut le quart d'heure par heure qui lui est accordé pour se reposer, reçoit-il de la reconnaissance publique un tribut de cidre , de bière et d*eau-de-vie. On épuise la buvette pour assouvir sa soif inextinguible , car le modèle partage avec les musiciens, les pompiers et les cochers de Caere, le privilège d'avoir le gosier toujours sec et Testomac élastique.

Ln plus célèbre académie est celle de Suisse , située sur le quai des Orfèvres, au bout du pool Saint-Michel. Ex-modèle retiré du service, Suisse est aujourd'hui peintre en miniature et professeur de dessin. Son humeur joviale égayé ses élèves; quand il remarque parmi eux un f^rand nombre de nouveaux , il alTuble son menton imberbe d'une barbe blanche postiche , frappe humblement à sa porte, et en entrant dit d'une voix cassée : c Pardon, messieurs, auriez-vous besoin d'un modelée barbe? »

Celle charge obtient toujours un grand succès.

C'est dans les académies qu'on peut passer en revue les modèles qui . s'èk'vnnl nu-dessus de la foule de leurs collègues, se sont ac juis une réputation fructueuse : célébrités que personne ne connaît, illustrations qui naissent et meurent dans Vobscurilé, dont les noms, fameux dans les ateliers, sont comphUcment ignorés du public. Là, vous voyez en première ligue l'Italien Cadamuro, dont la carte de visite porte :

Cadamour , roi des modèles,

et auquel personne ne dispute cette honorable souveraineté. C'est le vétéran du métier; et, bien qu'il ait eu quarante-cinq ans jusqu'en 1836, les ravages du temps l'obligent à se déclarer sexni:ènaire. Hcmaniuez qu'il res- .semble à Henri IV, et que, pour compléter l'illusion en joigu:int l'nnalogie de la cuilTurc à celle du visage, il reK:\e le bnrJ antérieur de sou cliapenu. Cadamour pose pour 1.1 lèle d'exiïression, les muscles, les veines et les althcs. (junnd M. Gerdy, ou tout autre professeur d'aii.itoinio, a besoin d'un crorrhc virant, c'est Cadamour <jui seniplit cette fonelion, et il vous dira qu'il s'en acquitte tic m ir.i -re à laisser de profonds souvenirs dans l'esprit ih.< (•liidinnls en mrdeciue. Cadanio ir posera jusqu'à sa dîTisiiTe h ure : un même inslaiit intnrronipra pour lui 1..' cuirs d'une sêa!i<-e cl celui de la vie ; il mourra à son ji'.'le, et passera brusquement de ln table de l'académie sur celle de ramphillu-Aln', ce Père-Lachaiso des pau- \r« <, alin d»i rendre service à la science après sa mort c.'ii:i!ie de sou vivant. H no restera pour perpétuer son s. ivtiiir qu'une ialerminable chanson qui commence aii.'^i :

Air. : 0 pe^citor dclVouda.

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