‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 137 sur 269 · B. DURAND · texte numérisé non relu

B. DURAND

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eut-étre avez tous remarqué quelquefois, sous les ombrages soi-disant frais des Champs-Elysées, au milieu des solitudes de TObscrvatoire ou de la barrière du Trône, deux lignes parallèles de spectateurs, lignes mouvantes qui s'allongent dans toutes les directions, quiserpenlentdansla plaine, qui s'écartent et se rapprochent, qui se dissipent et se reforment incessamment, et au-dessus desquelles on r, par intervalles, de petits globes noirs pabombes, mais à des bombes qui n'éclatent dis que, à travers les pieds des spectateurs, 3bes semblables roulent, se précipitent, et oui le désordre et la confusion, îz-vous avec précaution et mesure. La précau- «s pour vous : elle est pour ces globes vagail vous arrive d'en heurter quel(|u'im au grand le vos jambes, vous recueillerez, pour cxcur marques de compassion, mille reproches, lîclions, mille injures. Oserez-vous bien vous 1 coup que vous avez reçu ? Voire coup ! eh ! [, il ne s'agit que de celui que vous avez fait

[ère de dédommagement et de consolation, ableau que vous avez sous les yeux. Les bon- ! les honnêtes et placides physionomies do ar il n'est pas permis de s'y tromper : ce sont, part, d'anciens négociants qui ont passé par iribulations des fins de mois, et qui. retires evenu, comme le rat dans son from ge, n'ont ci que les prédictions du baromètre et le cours

i, le corps penché en avant, le cou tendu.

Le soleil brûle leurs têtes. Le froid roagit leur nez et bleuit leur visage : Ils s'inquiètent bien du froid ou du soleil! Trop long! disent-ils gravement: Trop court! disent-ils encore d'un ton doctoral; et ils resteront là, se passionnant pour telle ou telle boule, et suivant d'un œil exercé les diverses chances du jeu, jusqu'à ce que le jour baisse et que l'heure du dîner approche.

Alors vous verrez le cercle se dissiper avec regret : ces braves citadins s'en retourneront lentement a leur faubourg, emportant des émotions, des souvenirs, un fonds inépuisable de conversation et un violent appétit. Voilà une journée bien employée !

Les joueurs sont dignes des spectateurs. Examinez celui que Charleta placé sous nos yeux. Vous le voyez : le joueur de boule doit avoir de quarante-cinq à cinquante ans; c'est pour lui la belle saison de la vie, l'âge do la perfection; il a conservé la force qui exécute, il a acquis l'expérience qui dirige. Car. ne vous y Iromjiez pas, vingt ans d'études et d'* xercices assidus ne suflisenl pas toujours pour former un joueur de boules de quelque distinction. '

Regardez bien celui-ci : vous linz sur son visage, dans son attitude même, toutes les tribulations auxquelles son âme est en proie; il est sous 1 influence simultanée des deux plus puissants mobiles du cœur humain : la crainte et l'espérance. Il vient de lancer sa dernière boule , elle roule devant lui, et vous pouvez en suivre le mouvement sur sa physionomie; il la couve, il la protège du regard; il la conseille, il voudrait la voir obéissante à sa voix; il en hâte ou bien il en ralentit la marche selon qu'une ravine ou un monticule l'arrête au passage ou la précipite à une di'scente; il l'encourage da geste, il la pousse de l'épaule, il la tempère de la main; suspendu sur la pointe du pied, le bras tendu, le visage

animé pnr une fmile li émolinns dîvDrses, il împrimii à s^ûiT rnr[ts les oiidnlMtîons; lei plus bizarres. Où dirait que snn Âîne a pn^st^ dniis fia bnule

Si rimfiortancP d'un jeu se mestimU au degré dUnlér^t qti nn y ap|ifïrie, le premier de Ions, sans conlredU, (iernit En noMe jeu de boulf's^ Chez ceui qui se Uvrenl à cet aTnu^ern'nt. ce n*eiîl pîis seuJement un poiVt prunanrp, c'c^l une pnsjitrîn vënUblc, c*C!^i une sorle de f^* mïÎHjrie. Si le rnmeui ninîire â djin^^er Marrel a pu s*écrif^r i «c Que de cho'^eR àî\\i% un menuet 1 s que a*eùt-il polttl dît !^*il eût (iurlé d'une pnrtîe de bon les?

Toutefois t! convient » ce me semble, de s'occuper de rdrnie avant d'arriver au pierrier, el de f.iire cduuûîs* hmwja avec la lUéurîe avant d'en suivre TappUcatinn aur le 1er rai II.

Sans retracer ici Vinstoire de la boule, qu'il me soit permis di* faire observer qu'elle joue un râle important d;ins la compnsilion de cet univ« rs. et sur cette terre en particulier. Les arts el les métiers ont leur boule spé" ci il le; les arcbitectes connaissent la houk d amortissement; les «îhaudronnicrs! donnent le nom de boule à une enclume rondi' ; le rûurUisseiir, à un instrument en bois de re nom^ la ma rcc bigler Je cite ses boulm de licou, et lart du metteur en Œuvre ses houkê à sertir ; en Un il n*est pas de dias<:eur un peu exercé qui ne sache ce que c'est que In boule du cliamois.

La balle et la biUt% si chère iï aux écolîerSi ne sont que des lUminiitib de la houle, dont le ballon est uni' am- ]ilr;ition. Si la bi>ule ne rcf^ne pas seule dans le jeu de quilles, tflie en est ïneontestablement Tâme. Que rerîtzvous de vos quilles, symétriquement plantées, sans la boule îndls|iensnble a les abattre? Qui sait ^i, dans une pareille eUri'mité, les joueurs de quilles ne se verraient pas réduit* à implorer Tiissistauce d'un chien, mah^rè leur inimitié proverbiale pour cet intéressant animal?

L'niilii[ue jeu du mail^ qui a donné son nom â une rue de Parts et A tant de promenades daus nos pravinces, consistait en une boule d'un bois très^lur qu*on lançait à r«iîde du mail du maillets ainsi en est-il du jeu de h paume, qui tombe chaque jour en ilêsuétude, et du jeu de billard, auquel no» écoles de droit et de médecine ont Fait faire, dans ces dernières années, de si prodîgieui progrès,

ËiiLn^ dans un café; le billard est inoccupé » les qneoe^ f^Ool â l'abandon . Où sont les bille.s / le maitre de réiahlisscment les a dans sa poche, et, avec elles, tout le jeu de billard,

Si. vous associant aux jeui de vos enranls, roui leur pormcuez de gonfler une gouttelette tl*eau savonneuse suspendue â rcxln'mîtéd'un chalumeau, c'est une boule qinis produisent tnfai1libb*menL; savant enrantillage nuqtïc) se livrait Newton quand il étudiait la théorie de la lumit-reJ

Hi; tout temps la houle a joué un rdle fort impartant dans la politique; elle a donné son nom aui bulles des papes en préUint si Forme aui sceaux qui y élaient attachés; il en fut de nii'me de la bulle d'or, lur laquelle ^'appuya si Tmpemps le droit public en Allemagne. La promii'rc boule d*or dont Hiistoire ait consacré le souvenir est "elle que Tarquîn l'Ancien donna comme insigne à son 111 i%, et queceloi-cî portait â son cou, Aujt^iird'luii ce ^ont les boules qui gouvernent dans les états consti* tuiiannels; elles y dérident de Tadoplion ou dn rej» t des lois; elles consolident ou renversent un raiuisliTc, et c'e^t une assez belle gloire! 1^ mol de boule a conquis en outre un sens moral, et vous Tcntendez chaque jour au tiguré. Dans le langage populaire, on bunore du nom

de bonle 1« téftr d^n 1 irtert où tooleslKi comparttmetiU leur bliothê^ne distrilKiée par«btiéi lutre chose qu'itne fawkmmkmk^

Tout cela esl Ineii èfi4e^M»i| boules: on voit combî» il fsrp avoir besoin d'en si bîeo recanoue par les \ nuire eneyeiopédiqvu^ qnlii coii^uicrer uo chapitre.

Ecoutes; je ci le textaelh

< On joue le jeu de f iroU* ou même plus, areei dmalre* Les joueurs flient lii dre danft la pariîa, â leon approchent le plus prèidâl poiutsqu^ilg j ont de booles.!

bouts d*uue espèce d'allétl tîte berge de chaque côtiél ses estrémîtéjt par up petit tiGvff^ Quand on joue, si quelqiK [ recommence- Il n*cst pi$ pifvsl Taire rouler U boule dafinl^il cune façon, sous peiae de psÉil qui eiii entrée dans le nofoo ttii pour rerenir mu. bat ne conitopi avant son tour recommtMM, m Tm qui a passé son lour perd ivai|.l ger de rang dans la psrtîa, iMiaf ' autrement. Qui ebangt dt haaki^ dre la sienne et à jouer tas cnf il joué après lui; mak, si qidp ■ boule â ta ptaco de ecUe fiH «j jouer avec sa boule, a

Quelques-unes de 4 mais le jeu de boule», faiaviij pendûnce; il s*est alïhis^ éni comme on en vofait ans, le long de la partie drtÂi Ail 8*éléve le quartier Beaiijia ; li i paru, el c'est tout su plaa il 4 ntoîre des doyens des joatvsdi] nérallon ne le connaît pas* la s'appelait aussi ecekomÊMl. Cêêê tymoltigfe m'est iuoonoae, s'ipi qu'a b petite boule qui sert il n'e^t*elle usitée que aur la nmà rive gaucbe, le coehoiiMl i>f^ I dans le but louable de i du raubouif Saint-Gerwak fm m i peîte un animal quelques joueurs de boaki« Midi I nie des snnoYaUaDS, ont i dcnominatloos &mtacréai part mais leur tentative a été rf Tait école. Les amateurs do i pris qulls ne devaïeut p« l lalre ua terme emprunté 4 t les laquiiis dAns les ch aujourd'hui de

premier âge; car ils atiiqewii dès qu'ils aiidgaent rife £ém Quoique les coudiiiQBs panr h I

Ïioinli soient les mêmes ^A es se joue ordîuairenient joueurs qui dans un coup p^ acquiert le drotl le lattoir iti

LE JOUEUR DE BOULES

A Loiii*

rminer le but. L'avantage qui en résulte est que cette question ne doit pas être traitée

ant savoir qu'un joueur de boules se livre ^études préparatoires dont la principale a

connaissance exacte du terrain. Il en est it, aux Champs-Elysées, Tassiette des lieux noindres sinuosités du sol, aussi bien que laissait sa carte d*Europe.

cuvent le matin, en cachette les uns des [vent les déviations de leurs houles, étuis pentes, calculent quelle ressource ofhet savamment combiné. Munis de ces insgraphiqucs, sans affectation, sans avoir erroiués autrement que par le hasard, mainnet, ils le dirigent vers un but dont les r sont familières. 11 faut donc être quelque it la diplomatie pour conserver tous ses D combat de boules. Ce n'est pas tout : le lies qui dispose du cochonnet est le souvebsolu qui se puisse imaginer; le moment

dans sa pensée la direction qa*il lui don-

nera est peut-être le moment où il est le plus beau. Son visage est impassible comme Tétait celui de M. Talleyrand : vainement on cherche à deviner son dessein; vainement les spectateurs veulent s'orienter sur sa physionomie afin de bien se placer; quand ils attendent le cochonnet dans une direction, ils le voient rouler dans une autre, et tous, sans le plus léger murmure, sans se permettre la moindre observation, se rangent en une double haie, où le despotisme du joueur a voulu qu'ils vinssent se ranger. Quel souverain oserait se flatter d'obtenir de ses sujets une telle obéissance !

Les joueurs de boules ne fabriquent pas leurs armes; mais ils ne confient à nul autre qu'à eux-mêmes le soin de leur donner la plus grande perfection possible. Les novices, les commençants se sei*vent encore de boules en bois sans aucune autre préparation ; il arrive même quel* quefois que des amateurs tièdes, n'ayant point de boules à eux, en louent à l'espèce de cabaret-masure qni sert aujourd htii de rendez-vous aux joueurs. Mais un véritable joueur de boules a ses boules à lui, comme un guerrier t son épée; ses boulet sont soigneusement piquées de cloQS, de telle sorte qu'elles conserrent k même pe-

i an leur avec une dimension moins grande, el |irésenleol Èinû moins dp prise an chi>c ûes boules ennc^mtcs. Parce moyen ou donue n loules ks sections de la circonférence une puissance ef^alc, qu«iiité e^seutldle pour calcnler les eiïe\?i d'un projeclllc. Mal si la bon lé des armes n'c^i rien lans la manière de ^*en scrvir-

On û'whïi les joueurs de boules en deux classes distinctrs : tes pointittrs et les tireurs; non pis que je veuille prétendre que le m^me joueur ne puisse réunir leîi qualités du tireur à celtes du pointeur , mnîs il aura toujours une prédikction marquée pour l'un de ces deux procédés.

Ou appuie pointeurs ceux des joueurs qui s'appHquenl à gnquer des points en pinçant Icur?^ boules le plus prés du but, tandis que l'on entend prtr tireurs ceux qui lancent vigoureusement leurs boules sur celles de leur adversaire mieux pkci^es, ou même î;nr le cocbonnet, afin de clinnj^cr, par sou déplacumeut , lei> chances présumées des boules épurses sur le lerniin. Les joueurs ne connaissent ain^i leurs avantages ou leur^ perles que qnand le nombre des boules restées au quartier est entièrement épuisé.

L'ufDce des tireurs , quoique plus brillant en apparence, oiïre peut-être moins de dïfOcultes que celui des pointeurs; leur action est toujours à peu près la même, tandis que les poinleui^ ont Ix^nt de manbTes dîlTércntcs de lancer leur boule . qu^iu obnervaleur attentif pourrait y f( connaître le caractère de chaque joueur. Uhomme modeste fait rouler sa boule terre à terre vers le but; celui que domine la mnnie de briller lance h sienne en lui faisant décrire une parabole scmUlable à ctlk que décrit une bombe; le grand art consiste, dansée c;is, à lui imprimer, en même temps qu*uue force irimpuUioa, une piiissnurc de rotation contraire qui Tem pèche de rouler trop loin du but

On a comparé» non sans raiî^on» le jeu déboules, proprement dit, a cet aulru jeu de houlesi que Ton appelle la guerre. Toutes les armc>: dont se compose une armée y sont en effet reprp?^e niées. On a vu tout a l'heure le bomljarilfer; le tireur, c'est rarlilleur, charge d'enfoncer de loin les rangs ennemi.^ ^ tandii^ que la bnule da poiul*^ur est lininj^c de riiifynleriej dont la part est toujours si grande dans k'gain d'une, bataille. Ira halles et les iioukts , que sont-ïU sinon des boules? Les ojéralîons du ^nm ne s^exëeuieni pas plus scrupuleusement sur un cbî^mp de boules que sur un champ de batoillc; j'en atteste ces joueurs qui nvrttent un soin rifîoureus à enb^ver une pierre m;(ieuc<»ntreuse, à faire dîsparailre une loviffi* d bt!rhe, entln ii aplanir les obstacles comme ]v fi>iit les si[«i'urs muieurs. De crttc siunîitndc provient pro!i.ib enient le pof^t des nunicns nâlitriires pour le jeu de bnuii-s, ileruii'rc passion de nos bons vieux invalides. Parmi tus ou comjitu des joueurs très- haluh*s; on l'n cite un eutrc autres qui est manchot, M:is qu'c-t cela, qnand ou songe que h cècilé même n'tMupécbe pasciux qui en sont atteints de se livrtT à kiirjini favori?

D.iii^i rinterieur de rSlot. 1 des Invalides sor une espèce d'espbnade plîJUlee, eu suite des dernières cours du cutê de l'avi^uue Lafn{>lbe Piquet, est situé le jeu des aveu- |;les> C'est uu bii^n aitindrissanl sjreclncli^ que de les voir lutter I nsenilile par des combiuaisou.s presque eiclusîvemeutiutellectui>lles, Tuu^ les dimanches, et queh|ucfoïs ÛAnA h Heniaiue , ils f.uit leur partie i des^ invalides voyants leur servent de j;uide, le r fout toucher k but, et quand ils ont marqué |»ar un cerL^in noiibrc Je [las la disimci' qui les en siè|i.ire. on est tout étonné de les Cû voir apiu-ocber beaucoup mieux que ne le font un

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