LA FEMME IS GBAMBRE
) domaine den autres, sans en détenir plos riis heurenx. Il appartient dans Toccasion à mapeut réclamer ses jambes ou ses bras pour quelconque. On a vu des valets de cbambre losés momentanément en grooms, en cochers, ; il n*y a pas d*exemple d*une femme de cham- &e tout à coup en nourrice ou en bonne d*enompatil'ilité est évidente : la femme de chament exclusivement à la maîtresse de la maison ; opriété particulière, on ne peut y toucher sans ion: son bien-^tre, sa vie intérieure, son boulins que cela peut-être) en dépendeal. Cette Tel, sait les secrets de son cœur comiie ceux tte; elle a surpris les uns et elle confectionne Si maîtresse, à son tour, lui appartient corps
)yei donc ! elle sait de qui est la lettre re-
lin, pourquoi madame sort seule et à pied au- 6t pourquoi elle a eu sa migraine avant-hier, t où monsieur voulut la conduire au bal. Elle le le compte de la tailleuse et de la modiste, quantité de ouate qui entre dans la doublure d'une jolie femme, et la quantité de larmes DOtenir l'œil d une femme sensible. Elle sait l-elle pas?) qu'il n'y a pas plus de femme ire pour sa femme de chambre que de grand ir son valet.
yex comme tout dans la maison s'incline de- «"rontin le premier 1 C'est â peine s'il ose lui taille à deux mains, et il ne l'embrasse pour qu'en tremblant, tant cette petite majesté lui pst qu'elle est reine, en vérité, Dorine, reine ndoir comme dans l'office, reine de sa maiit elle possède les secrets, et reine de ses elle tient le sort entre ses mains. Dorine a la le madame, et madame est toute-puissante au- Dsleur : que Dorine dise un mot é madame et monsieur, c'en est fait du rival maladroit ou le insolent! Dorine est le commencement et >ras qui frappe dans l'ombre, l'esprit qui inripe.
ine soit blonde ou brune, grande ou petite, i (si vous le voulez), qu'importe? elle n'en sera fêtée, recherchée ef adorée comme toutes les li ont vingl-cinq ans, beaucoup d'esprit, la e facile et le regard mutin. S'il n*y a pas auquelque beau chasseur bien droit et bien doré i petit valet mince et futé qui la courtise et nadtmoiselle Dorine, elle jette presque toutes yeux sur un séduisant commis de magasin, I clerc d'avoué, qu^elle a rencontré, un;ottr de Chaumière ou é l'Ermitage. M. Oscar, Alfred sst un jeune homme trè$ comme il faut, qui tites moustaches, des gants jaunes, le diman- Bultive que les d.inses autorisées par M. le préort poli, ôte son chapeau en invitant sa dame, ! que médiocrement à l'enivrement du galop tomime expressive du balancé. Pendant la cone galant cavalier a relevé trois fois le mouchoir Uté, et trois fois elle lui a souri, et ils se sont aain. C'en est fait ; Dorine est vaincue. Oscar Bt tous deux s'en vont, sous des bosquets trèsrieux, se jurer un amour éternel, qui durera le saison des bals champêtres, le de chambre, comme toutes les personnes D sens très-Hn, observe beaucoup : c'est é la Isir de son esprit et une nécessité de sa positif que, sous ce rapport, la gent domestique i, cent oreilles, et souvent deux cents langues.
Ces trois èminentes (acoHét, multipliées et perieciionnees par l'habitude, le demesUqne semble s'en être réservé tacitement la jouisnnce pour son utilité personnelle, et, en somme, il ne les exerce guère qu'au détriment de ses maîtres. 11 les espionne et les Urahit à toute heure; il les étudie pour les contrefaire. Il vous regarde dans le cœur atec une loupe, y cherche minutieusement vos joies, vos chagrins les plus intimes, exploite vos plus secnts penchants, s'empare traitreuseinent de tout votre être, et coule en bronze, dans une frappante caricature, vos plus innocentes faiblesses et vos plus imperceptibles travers. Les Mascarilles et les Frontins sont certainement les inventeurs de la caricature parlante, le crayon et le modelage ne sont venus qu'après: les meilleures charges se font à l'office. — J'excepte la femme de chambre. Elle est généralement plus indulgente : elle imite et ne parodie pas; c'est une doublure, si vous voulez, qui copie servilement, mais avec conscience, les jeunes premières et les grandes coquettes. Elle grasseyé, il est vrai, comme le chef d'emploi, marche de même, affectionne les mêmes gestes, les mêmes expressions, les mêmes airs de tête. Gomme madame, elle a ses jours d'abattement, et dit aussi, en adressant à la glace un regard caressant et un languissant sourire : c Je suis affreusement laide au* jourd'hui. » Quand elle est seule, elle s'étudie à saluer et à rire comme madame; elle feuillette quelquefois, é la dérobée, les livres laissés sur le somno, et lit le soir, dans sa mansarde, ceux que l'amour lui fait passer en contrebande. Elle confond, dans ses citations littéraires, MM. de Lamartine et Paul de Kock, ftlM. de Balzac e! Pigault- Lebrun; elle sait les noms des plus grands artistes, accompagne quelquefois sa maîtresse â Saint-Roeh ou à l'exposition, parle musique et peinture, et estropie d'uuwpelit air pédant, devant l'orOce ébahi, les phrases à la mode et les expressions techniques. Elle pousse quelquerois la manie de l'imitation jus(|u'â s'ajuster, rien que pour voir, les parures de sa maîtresse. Celle-ci, ren- • trant à l'improviste dans sa chambre à coucher, surprend sa femme de chambre minaudant devant la glace, à la grande satisfaction du beau chasseur, qui, de son côté, marche, se penche sur elle d*un air galant, et reproduit assez heureusement la pose, les gestes et la démarche de son maître. Grand est le scandale, et peu sVn faut que la dame de contrefaçon ne s'en aille coqueler tout é son aise, hors de la maison, avec l'Antinous de la livrée. Mais enfin Dorine pleure; Dorine est si dcvouco, si discrète! et Antinous, qui n'a pas moins de cinq pieds huit pouces, est un de ces homm( s qu'on ne remplace pas. La femme de chambre est éminemment sensibl** cl aimante. Cette disposition tient encore aux circonstances et aux objets dont elle est habituellement entourée. Placée continuellement entre les licences de la livrée et les délicatesses du langage des maîtres, respirant tour â tour Tenivrement du boudoir et les miasmes de roffice, son imagination s'exalte, ses sens stimulés se révoltent, et souvent la sagesse lui fait défaut. — Et le moyen, s'il vous plaît qu'il en soit autrement, quand on a vingt ans, beaucoup d'intelligence, l'oreille fine et l'œil bien fendu? On a trop calomnié la femme de chambre; beaucoup en ont médit; très-peu lui ont rendu justice. Méchanceté et ingratitude!... oui, ingratitude. Reportez - vous seulement pour un instant aux plus beaux jours de votre eu* fance ; choisissex entre vos plus délicieux souvenirs, et dites, ingrat, si, parmi toute C( tte poésie du passé, au milieu de tout ce luxe de tendresses, de gâteries et de baisers accumulés sur votre blonde tête et vos joues rosées, vous aves pu oublier cette gracieuse fille dont les caresses étaient plus douces que celles de votre bonne,
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qui gavait mîeui vous aimer, tous endormir dans ses brai, el bnkait plus lËodrernent vo% |ietlte5 mains blanches et vo:; grands yêui bleus? Et fln^ lartl... oui, plu^ lard,,. Pourquoi rougir? enfant que vous éles ! Tamour ennoblit tunt El dîtes*mui, je vou^ prie. H vou^ avez jamais rencontré depuis un amour aussi vrai, aus^i délicat *^l aussi dcsîiitéressê ? Qui se montra plus dévouée é vos caprices? Qui vous servait constamment sans en être priée 7 Qui plaid <iit votre cause en votre absence» et prenait couru g^e use nient ta responsabilité des faute^^ que vous n*aviex pu coehiT ? Qui entrait dans voire chambre â toute heure, sous le moindre prétexte» voi3:* demandant pardnn d'avance deiï services qu'elle vouait vous rendre, vous sou* riant à tout propos, vous regardant â la dérobée, passant et repassant prés de vous, eRleurant votre main de sa main, et votre visage de ses longues tresse i» arrao* géant et dérangeant tout autour de vous, plaçant ceci, déplaçant cela, inquiète, ttoubléc et heureuse pourtant, obi bien heureuse d'un do ces regards qu'elle aurait de-' mandés à genoux, d'une simple marque de reconnaissance dont vous éliei si avare? — H^tiTs artifices d'unt^ langue dont vous apprites un jour le premier mot stir les îévres di- lïorine! Ali 1 ce Tut un moment unique dans votre vie i louidetii, tout rempli par vous de célestes révélations,
LA FEMHE DE CHASBRE.
Il eil interdite.— Tel est le 5ortde la femme de I an dedans comme au dehors d'elle-même, tout ïn; ion cœur est plein des «ecrets des autres et !. ^m Qui a osé dire que la femme de chambre acréle? Quel est l*amoureux éconduit ou l'ar- [olanlIonDé qui s'est permis de traduire en ac- B iijorieuse pensée? La femme de chambre s I Mais rindiscrct est celui qui désire savoir. nme de chambre sait tout. Cette lettre que vous entr*oavrir, c*est elle qui Ta reçue, elle qui I réponse, et il faudra bien, pour le moins, acheiicréUon et son habileté par une demi-conû-
d'attaquer sa moralité et les qualités éploie an service de sa maîtresse, on a été jus- MHiiiler le principe. Des écrivains qui se croient •on, des auteurs dramatiques et des comédiens, ■ d*esprit sceptique, se sont avisés de douter de Btdrassement, et ont trouvé plaisant de la repré- ODiMDt d'une main une lettre, et recevant de . «M bourse pleine ! Pi donc ! passe pour Figaro %, valets et fripons effrontés, gens de sac et de lâches, messieurs, que Dorine ne vend pas plus it firécieux que sa jolie figure : elle donne Tun tresse, et prête Tautre aux jolis garçons. Un soueconnaissance, une caresse sous le menton, un empêtre, un seul baiser au charmant porteur de , moins frais à voir et moins doux i toucher que qui le donne, voilà tout ce qu'elle ambitionne lemande en son âme.
eela, commandes, disposes d'elle i votre gré; nei rien, elle est i vous, elle veillera pour vous leore, marchera devant vous, aplanira les difûcartera les dangers, tous ouvrira toutes les lies les portes... la sienne même, s'il le iaut. »1e fille ! puissent tous les valets présents et fussent les plus beaux chasseurs, les commis les veilleux et les clercs les plus fringants te payer ^» en bonheur, en dîners sur l'herbe, en loges \ mbnles, en foulards é vingt-cinq sous, en ba- Neveux, en tabliers de soie, en montres d'archafnes de chrysocale, en cidre, en marrons, en « tout le bien que tu fais et les services que tu - Va, mon beau messager d'amour, laisse dire BDtes langues qui te dénigrent quand tu passes, Doétes femmes qui te blâment tout haut et t'ap-
loot bas. Va, pars, accomplis ta douce mission, la Joie et l'espérance; cours, glisse, mais prends
marchant à tes souliers si bien cirés, à tes bas
el si bien tendus; retrousse-toi bien, ma fille, *« ta jambe fine et ronde, pour ne pas gâter te ta robe de jaconas. Baisse les yeux pour mieux Dtnr être mieux vue. Les jeunes gens s'arrêtent ▼ent pour t*examiner à leur aise, et parmi les mes qui te regardent passer, il y en a plus d'une lerait volontiers sa robe de velours pour ta
leste et gracieuse, et sa mantille bordée de mair les trésors que laisse deviner le simple fichu
recouvre ton sein et tes épaules. Il n'y a pas Ion tablier si joyeux et si bien posé qui ne soit mt, coquet et fripon, comme toi, ma charmante s.
rient la femme de chambre, a où va-t-elle? st son origine, sa destinée a sa fin? Est-elle un nne personnification de la première et la plus te vertu chrétienne, de celle qui fit dire cette rôle : Il lui sera heouamp pardonné... Et cette Si touê donnn êeukwuni un verre d^eau?... —
La femme de chambre en a donné plus de mille, elle en donne au moins un tous les soirs. Que n'a-t-elle pas donné? Elle a donné (ou a peu prés) ses plus belles années, ses soins, son industrie, son bon goût, son adre$9e et son xéle à sa maîtresse, ses loisirs, ses pensées, ses rêves, ses blanches épaules et ses lèvres vermeilles au plaisir, à l'amour... â des ingrats! — Encore nne fois, d'où vient- elle? ou du couchant ou de l'aurore? de la Lorraine ou du pays Cauchois? Est-elle née sous le chaume , dans la soupente d'un portier, dans la rue Quincampoix ou la Chaussée-d'Antin? — Grave question, que j'ai vainement sondée et retournée longtemps en moi-même, et qui peut se résoudre indistinctement en faveur de chacun des quatre-vingt-six départements de la France et des quatorze arrondissements de la Seine.
Quels sont ses projets et ses vœux? Où va-t-elle ainsi dans sa vie si remplie et si vide, si préoccupée des autres et si oublieuse d*elle-même? Hélas! elle va
... Où va toute chose.
Où va la feuille de rose^ Et la feuille de laurier.
où vont les deux plus belles fleurs de la vie, l'amour et la jeunesse, où vont les grandes dames et les soubrettes !
A vingt-cinq ans la femme de chambre est â son apogée; il doit durer cinq années, après lesquelles commencera la période du décroissement. La femme de chambre ne sera plus alors que Tombre d'elle-même, jusqu'au moment où elle disparaîtra totalement éclipsée derrière la quarantaine. Cette dernière période de dix ans n'est qu'une longue nuit qui ne compte pas dans la vie de la véritable femme de chambre.
Quel changement à cette époque brillante de son existence I Ce n'est plus celte petite fille, gauche, timide, qu'un regard déconcertait, qu'un mot faisait pâlir, qui ne savait ni parler, ni se taire â propos, ni mentir et s'accuser pour sa maîtresse, qui l'habillait mal et la fatigait de ses assiduités. Dorine n'est pas moins bonne qu'autrefois, Thabitude n'a fait que développer son attachement ; mais son sèle est plus utile, parce qu'il est plus éclairé. A force d'observer et de réfléchir, l'esprit lui est venu, comme il vient â toutes les filles. Aussi, voyez combien elle a gagné! comme elle porte mointenantavec grâce son galant uniforme! Une fine chaussure a remplacé l'ignoble soolier large et grimaçant qui déshonorait son pied. Comme il est aujourd'hui fièrement posé, ce charmant petit pied de duchesse, et bien attaché â cette jambe de danseuse! Dorine ne fait plus, comme autrefois, gémir le parquet et crisper tout le système nerveux de sa maîtresse. Dorine ne marche plus, elle glisse! — Dernier perfectionnement de la femme de chambre ! Ce mot contient tout un poème : c'est l'om^a de la science; il résume toutes les autres f facultés. Si vous voulez juger du mérite d'une femme de . chambre, faites-la mardier devant vous : l'épreuve est P. infaillible; tous devineres â son allure ce qu'elle est | et d'où elle vient; tous reconnaîtrez le cachet de la M femme comme U faut dans sa tournure élégante et fa- ^ die; la bourgeoise reparaîtra dans la naïve prétention de sa démardie, et soyez persuadé que le vernis de la femme comme il en foui n'aura pas moins déteint sur la désinvoltore que sur les manières et le langage de la soubrette. On écrirait un livre sur ce sqjet. — Glisser n'est pas seulement une grâce dans la femme de chambre, c'est aussi on talent précieoi, inestimable pour sa mai-