‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 145 sur 269 · L'ÉLÈVE DU CONSERVATOIRE · texte numérisé non relu

L'ÉLÈVE DU CONSERVATOIRE

t dei toilettes éblouissantes, et sont entourées M joaissances du luxe.

ment toutes ces femmes de loisir, on plutôt 9 ainables, comme elles s'appellent elles-mé- |UM OOfriére de Paris en fournil quelquesjhpifft nous sont envoyées par les départe-

^ Stntboiirg ou i Bayonne une ûlle jeune et fibk avec trop de complaisance les doux profilée de IVndroil ou de quelque bel ofGcier JOB, déi qu'il lui devient matériellement im diirininler sa faute aux yeux indiscrets de ses Tvrtiînes, vite elle prend la diligence et vient lant Paris, ce grand désert si peuplé. Là son \% tkïi vite, et bientôt elle brille au milieu des la fathion. — Mais l'enfant? — Ah ! tant que bae première erreur est encore jeune et tenir* le tient enfermé dans quelque pension du et n tons les mois pleurer en Tembrassant. Tient; l'enfant grandit. Si c'est un gnrçon, il niée de bonne heure, et sans demander la pcre personne : il devient sous-ofûcier de lannr de province, commis voyageur pour la par- Iritneux, ou premier dentiste de Sa Majesté r de tontes les Chines à Tusagt' des paysans de et du Forez, et n'écrit de temps en temps à sa e mère que pour lui rappeler l'exemple du péni demander, au nom de la nature, quel({ucs ints et ayant cours. La mcrc s'afQige peu de ie ce mauvais sujet, et ne parle jamais de lui à et deux sexes.

llle a une ûlle, oh! sa conduite est bien diffë- I n'est point jalouse d'elle, comme certaines nonde bourgeois. Non... elle a assez aimé, elle : aimée, pour savoir au juste ce que vaut la > que valent les plaisirs, ce que valent les iC pour n'avoir plus rien à craindre ni à envier •lé. Ce qu'elle rêve maintenant, c'est un bril- ■; ce qu'elle redoute, après sa vie de luxe et ices, c'est la misère , et la fortune qu'elle n'a e, elle veut que sa illle, sa chère Corinne, la te é ses liaisons avec le corps diplomatique, Dtre dans la classe de danse de l'Académie musique, où elle retrouve toutes les Glles des a mère. Néala de Saint-Remy, Lisida de Bar- )Dia de Sainte- Amaranthe, Maria de Bligny, Feaint- Victor, etc., etc. Là elle apprend la cales choses du cœur. Sa mère suit ses progrés idmiration toujours croissante; elle vante parreloppement hâtif de ses formes, le perlé de ttes, la blancheur de son teint, la grAce de ses imbe, la délicatesse de ses traits et l'élévation ites. Pour obtenir des débuts pour elle, elle ur assidue à toutes les puissances de l'Opéra, ODcierge jusqu'au maître de ballets. Enfin le est arrivé ; Corinne, riche de ses quinze ans, * nn pas de trois dans un ouvrage en vogue. fées du quartier Notre-Dame-de-Lorelte, tous du Jockey-Club se donnent rendez-vous rue . La gentillesse et les jetés battus de Corinne ces fou. La mode salue ce nouvel astre qui se rixon. Quinze jours après, Corinne se promène

ao Bois en galant équipage avec son protecteur, sa mère et l'amant de sa mère.

Mais toutes les élèves de la classe de danse n'ont pas le même bonheur que Corinne. Beaucoup d'entre elles végètent asses longtemps dans le corps de ballet, et ne sont que des sylphides à la suite : cela vient ordinairement de ce que leur première inclination a été mal placée; elles ont eu la faiblesse de se laisser séduire par un étudiant en droit qu'elles ont rencontré au Ranela^^h, ou par un musicien allemand qui les menaçait de s'empoisonner avec de la potasse ! Pour relever ces anges déchus, il ne faut rien moins que la protection d'un jour* naliste influent ou d'un banquier cosmopolite.

Une physionomie assez curieuse est celle du professeur de danse à l'Académie royale de musique. Quand un danseur, après trente ans de loyaux services, n'a plus la force de s*enlever et de piquer avec vigueur l'entrechat classique, quand il est fatigué, éreinté, fourbu, on en fait un professeur : ce sont là ses invalides. Il a des cartes de visite sur lesquelles on lit : Polydore Larchet, expremier sujet de V Académie royale de musique, professeur de danse à V Académie royale de mustque.

Polydore Larchet est un petit vieillard qui marche, la tête haute, le jarret tendu et les bras arrondis. Il porte une perruque blonde, un habit bleu barbeau, un pantalon jaune collant et des escarpins en toute saison. C'est un partisan frénétique de la danse noble; il ne fait qu'en soupirant des sacrifices aux méthodes nouvelles. Il rap))elle sans cesse qu'il a eu l'honneur de danser à Erfurlh devant LL. MM. les empereurs Napoléon et Alexandre, et que les grandes dames du temps ne ))0uvaient se rassasier de le voir en Qeuve Scamandre. 11 se découvre quand il prononce le nom de M. Veslris, et soutient que Louis XIV est le plus grand roi que nous ayons eu, parce qu'il était le plus beau danseur de son époque.

C'est au milieu de sa classe qu'il faut voir M. Polydore Larchet : il est beau de dignité concentrée, ne se fichant jamais, ne se servant que d'expressions choisies. 11 ne parle k aucune de ses élèves, même à la plus jeune, qu'avec les formules les plus polies et les plus étudiées, c Mademoiselle Julia. voulez-vous avoir la bonté de mettre les pieds en dehors. — Mademoiselle Amanda, voulez- voiis être assez aimable pour lever davantage le bras gauche. » Polydore est le dernier représentant de la vieille galanterie française.

On ne veut plus de danseurs; on les proscrit au nom du goût. Bientôt l'art chorégraphique ne sera plus cultivé que par la plus belle moitié du genre humain. Le professeur de danse à l'Académie royale de musique est donc une figure qui dans peu de temps sera effacée de la collection des caricatures nationales. 11 était, je crois, utile de l'esquisser dans notre recueil.

Maintenant si vous me demandez combien le Conservatoire produit, par année, de grands talents, je vous engagerai A parcourir les différents théâtres de la capitale. Rachel. Duprez, Frederick- Lemaitre, ne sont pas élèves du Conservatoire. Je me contente de constater ce fait, sans vouloir entrer dans une discussion théorique (jui pourrait vous endormir et vous laisser de moi un souvenir très-affligeant.

-<>)tac>^<«|«<e^

LE COMMIS VOYAG]

iin

SAOUL PEERIN

t d'abord qn*eat*Ge qu'un

Par Ip temps qui court, un mm mis voynjjpur est un être essentiellement tnalli^abte et cosmopolite, auquel on a doiiué uiiti forme, une qualité et un nom. Le commis voynpeiir est voue nu culte de l'aune et du kilogramme, de la canne à j;ucre el du g^tn^ gembre, de la toile peinte et du calîcut» Le commis Topgeurefit Texpresslon ia plus active de U civilisation mrTrantile, le nec plui ultra de Thonneur «t de la di^nilé du maga>;in ; réU^ment artériel du fabricant . du consîjçuataire et du négocîant en pros; le rade âemper du double <mphi, du rostigmt el du trop-ptdn; le pourvoyeur aime du cni^sîfTembnllenr^ du commiiiLsionnaire de roulage et du caniiiHitieur; le m^'^sir chéri de rbotelier, de la servaitie et du dérrotteur; le despote de la tahle d1i6tc, le privili*gié de la taU^igie, surt^vui du billard; le,,- Mais que n'est donc pas le commis voyageur? S'est-il jamais hil sbum lui un ealeinbiïur, un coq< à-râue, un logogrîphe ou un rébus? SVsl-il j-imai^t dit sans lui un bon mot, une facétie ou ua joyeui laiïi? Non. Vouîi devez donc reronnaiire que le commis voyageur est un être éminemment agrénble et utile.

L*e£pèce conirah voyageur se divise à 1 infini, eu Cî*légories, en section i*, en types et en pro otypes; mais ou en distingue partie ulLércmem sept sortes, qui sont : le voyag^^ur patron ^ le voyajïeur intémêé, le Vdyageur à commUiion, le voyageur libre, le voyageur (M, leroyageur piéion, le voyageur marmier.

Le voy^kgenr patron se reconnaît â la sèvérîté de son Tîiage, i U prudence de ses manier ^, é la dignité de ioq

maîntieo. Il wt plaça* é 1*hlld,«l de la table, mange triipi|uiliiiai, ob,^Arve en deucoun « Troiiee le t ment sa serviette, prend un cvn^ mu 1er la pralH)tte endomilt. ^m est digne, c«liiie el inesiimivl^ lions arec dke* D un coup à'aà i ii besoins du cammettafil, et d^ «a|j le temps de récnpiiyW ce f|OJ Wh^ patron a Inscrit ttiir «m caraet iwlfii disnnt : « tl vou^ manque telle dwt,!

tel objet : je fous eoterrai celle pmgli cette autre, m Cela a*appelle m

prise d'as^at, flaus que la ai

prestige, ait pa placer le auA fi^< c'est le cher de la mabon, H ptn f desconcet^ions, et Ton ne pesi iii passer m biamc^ c'evl-â-dîra mm geurpitrunebtîendFi tineoi " ' à graiieF pour son |iaiivre i quelque amour^propre qn'f i ^, portera toujours sur lui/ efd „ Ûuences auxquelles lecommeltailt..,^- — Le costume da Toja^ur pâma a'a^ij fant, ni voyanl; il eal pn>pra I ' surluut bien étofTé.

Le voyageur palran n'a ja^da g.

un gant oeuf et un gim tnivé. i^ df^puis la névolutmn de liSi, B foubrd de iole, impresaliw ^ bi v1 lard.

Quant aa fojigeuf imîfymH^ i < tnaUque: il rogue le p|«s , cinq et quarante anii, tnd«[ Tibierge et d*uoe dc-mjUoQ ne porte ni perruque ni hm

LE COMMIS VOYAGEUR

Mit peigne de plorob à l'aide duquel, pour ^radatioDsdu temps. Il ramène sur le délits Isoléet qui vont s*égarer sur Tocciput ; I de manière n ne jamais ouvrir la bou- I liât pour permettre à la langue d*exé* I voyageur intéressé est un bipède intéres- Dl petit, un peu boulot, un peu ventru, I boD garçon. Il est coquet dans sa mise, logne, quelquefois le fialchouli, met une gilet blanc, un pantalon noir et un > toote U rhétorique d'autrefois. A Tindcx Iroite, TOUS remarquerez une chevalière or diembe, des boutons de nacre ou de dent e« et é son gousset une chaîne plate à la Ti. table, il cause peu. mais bien et posément; " Jlve tes paroles sont empreintes d*un certain .ilpXt et saupoudrées d*une léj^ere couche de Iflitse, s'inflltre et prend racine sous un air I et de véracité. Le voyageur intéressé ne 9e le menu fretin de la confrérie; il prend à table d'hôte, se lève, va causer un instant e d'bdtel, appelle le garçon afin que celuieoup de brosse à ses bottes, et demande un porter sa marmotte. Chez le commettant, il ■riout, poli, prévenant, obséquieux; il emmbiD morveux, caresse le chien caniche, dît * 4 la demoiselle de comptoir, et offre une c aa patron. Il s'informe de Tétat des vignef , snltat de la saison, entreprend une dissertamique sur le cours des blés, des avoines et jpt. demande des nouvelli-s de madame et en- ^r é le venir voir â Paris, c Nous irons diler de Oancale, » dit-il en riant d'une manière Jb il ijoute, mais dans le tuyau de l'oreille : léoollerons la fine fiole d*Aî frappé, hein! » mtone commission, souvent une bonne com-

> é eommitsion était, au temps de l'Em- « apocryphe, idéal ou tout au moins dubitatif; -atlon, il se matérialisa, prit un corps, une tète ; enfin, depuis les glorieuses, il s est tellefié avec son rôle, et il a si scrupuleusement I perfeclii>ilité de notre épocjne, qu'il est par- ^ndre la terreur des boutiquiers, des mng.i- M>mmerce en général. Or, pour vous faire une te ingénieuse procréation du siècle, imaginez i frise la cin>|uantaine, un peu plus, un pou is plutôt plus que moins. Cet être est propriétére couronnée d'une auréole de cheveux gris, aot sur les tempes ; il est en outre revétn d un d'un pantalon à plis, d'un coi crinoline Oudiihapeau blond et de bottes éculèes. Avec cet •nt quelque fieu Robert- Macaire, il fait le mer. ncroyahle, et secoue fréiiueinmenl le tabac de fané, afin d'avoir (»ccasion de foire briller le 6 de la bague de cheveux que lui a donnée sa onquête. Le voyageur â commission a longonru le monde entier: il a tout vu. tout exaobservé, tout apprécié. Il connaît tous les ïQtes les res.sources, toutes les marches et ■ches, les points et les virgules, les entrées et , en un mot tous les arcanes de son métier, de e son art. Parlez-lui d'une maison importante, ésitera pas seulement; en guise de préambule le balancera un instant sur sa chaise ; puis, it un doigt dans Tentoumure de son gilet vely à boutons ciselés, il vous répondra en cli« oeil : < Telle maison ? coonn I j'ai été commis

avec le patron en l'an IX. i Citet-lui le nom d'un nègociant : « Gonno ! 11 était placier au moment où je faisais l'expédition pour l'étranger. » Nommez-lui on banquier : « Connu ! c'était nn garçon de caisse que déjà je... s Le voyageur à commission a tuut fait, tout été, et en résumé il ne fait rien et n'est rien. Par exemple, il faut lui rendre cet justice, il sait par cœur tous les hôtels de France, leurs bonnes et mauvaises qualités ; il connaît tous les chefs, les plats où ils excellent, les mets qu'ils servent le mieux; enfin il est très-bien avec les bonnes. Non qu'il soit généreux : au contraire, la générosité ! al- Inns donc! la civilisation et le positivisme Tout abolie; mais, par contre, il est doucereux, bavarl et séducteur. Il vante en termes congrus les charmes de la chambrière, exalte emphatiquement les sauces du chef, et débite force compliments â l'hôtelier.

Règle générale , il hante de préférence les jeunes voyageurs, les nouveaux émoulus. Pourquoi? parce qu'il connaît par A plus B le domino, le whist, l'écarté et surtout le doublé au billard, et qu'une fois au café, il est sûr de passer au débutant et la demi-tas.se, et le petit verre, et le cigare, et la bouteille de bière, toutes dépenses quotidiennes qui viennent d'autant ménager son maigre budget. Le voyageur â commission (nous lui en demandons bien pardon, mais la vérité avant tout), le voyageur é commission est de mœurs ))articulièrement diogéniques : si vous entendez â table une conversation dénudée, débraillée et sans fard, une de ces conversations qui vous clouent la bouche et obligent votre voisine à baisser les yeux, regarde z au bout, tout à fait au haut bout, et là vous remarquerez un être crasseux, barbe inculte, nez bourgeonné, menton gibbeux, l'œil glauque et terne comme de la nacre sale : cela s'appelle un voyageur â commission; c'est le Roger Bontemps, .l'Arétin ressuscité, le narrateur graveleux qui ne sait respecter ni le lieu où il se trouve, ni les personnes qui l'approchent, ni les fcMimes qui peuvent être auprès de lui. Nous l'avons dit, chez la pratique on le voit avec humeur, avec effroi, la fièvre en prend ; pour se déb;irrasser de sa présence, on lui accorde une commission, petite, il est vrai mais qu'importe t N'a-t-il pas le soin de la doubbT en l'envoyant i la maison qui a eu le malheur de lui confier des échantillons. Aussi, la commission faite, partie, arrivée, le commettint reconnaît la fraude, peste, jure, envoie le voyageur a tous les diables et laisse le tout pour compte. Pendant ce tenip^ le voyageur à commission e.st rentré au logis; il a réclamé son deux ou trois pour cent ses hénétices sont réalisés, c'est tout tout ce qu'il lui faut; il a enfoncé la pratique et /loué le patron; il n'en demande pas d'avantage. A d'autres!

Le voyageur libre est grand, jeune et blond; c'est le damoiseau, le dandy, le Lovelace de la pirtie. Il a de beaux appointements, une allocation quotidienne indéterminée et la ctmiiance de son patron Souvent il a fait s( s études, et alors il lui est difficile d'échapper au pédantisme de son éducation; souvent il est barhelier de l'illustre académie, et alors il affectera un purisme d'élocution qui eût mis en joie Vaugelas et Letellier. A chaque ville où il s'arrête, il prend nn bain, se soigne comme une petite maîtresse et renouvelle l'air de ses coussins élastiques. Toujours il fume le vrai Havane, cigare â quatre sous, porte des gants paille, un binocle octogone et un flacon d'alcali A table, il boH du bordeaux-medoc et de l'eau de Selti, ne touche pas aux gros plats, dédaigne les mets ordinaires, et se ré.serve pour les pots de crème, biscuits, macarons et autres chateries, lorsqu'il yen a. Sa somme, il parle peo, mauge peu, sor

LE COMMIS VOYAGEUR

de table ivan lies autres. En le voyant, i sa démarctte im« portaote, a sa misa boulevnrd ûe GenJ, à ses ninnières pùUêB et légèrement dédiiî!^neti<(es. lu luie de sa table el aux égards que partout dans l'hôtel on a pour lui, od se dit : « Ost le repri^sentant d*une bonne maison, i nabituellement il ne va point au café, 0U| s'il y ta. c'est pour lire les journaui el de U filer à sesaiïaires. ^n entrant dana une Ttiaisonr il salue avec courtotsie, lait ses oiïres de service avec aisance, mais sans bruit, Sun s fracas, s'y annonçant ainsi ; à. Monsieur, je représente telle maison. » hh s'arrête sa formule sacramentelle ; aï le commettant a envie de lui confier une commisimoiip il la lui donne; autrement le v.mgeur libre sait trop bien la dignité de sa maison pour dcict^ndre a la supplication, pour se résoudre a faire petiiemenl Vatticie, En diligence, le voyaf^eur libre prend le coupé, toujours k coupé; il est galant avec Ic^ damea et honnête avec tout le monde, même avec le conducteur et le postillon. C'est le type, aujourd*bul perdu, du voyageur élé|;ant, du bon voyageur. L'art de Watt et la concurrence Tonl étnuiïé i Il a dis^paru, oti n'entend plus parler de lui, son régne est Hni,

Le voyageur fi^té vous représente un écolier de dix-bult à vingts deuK an^; cet écolier est h<il>ituellement un petit avorton, sutQsîint, barbu, cambré et beau parleur. C'est le papillon de la confrérie, Trisé, musqué et vantard. Il fSt bien mis : pantalon collant, boties vernies et gilet court. Dans sa main frélille une canne du houi tordu, et sa tiHe est décorée d'une cirevelure d la Péri net ou a la makontent, suivant ta pluie, le soleil ou le vent. Vnr jour, on lui alloue de dix à douze francs, et, par an . de mille â douze cents» francs. On lui trace un itinéraire; il doit rester tant de jours dans une ville, tant dans une autre, H s'arranger de manière a ce que ses affaires soient fuites pendant le laps de temps qu'on lui a accordé. En dei^cendjnt de diligence (la rotonde toujours), Vôîei la distribution de son temps : T il va se promener, Qairer la ville, prendre le vent et réeoUer de Tappétit : il est réellement trop malin pour aller voir la pratiffue; elle n'est pas levée, on est paresseux eu pro* vincc, on aime, on savoure le far nienU. L*argeiit s'y gagne lentement^ c'est vrai, mais aussi bien facilement, il faut en convenir. 2' 11 rentre pour déjeuner, déjeuner longtemps et bien, ce qui n'est pas défendu, d autant que ça ne coûte pas un centime de plus. Ayez de l'ap* pélîl ou n'en ayez pas, aux yeux de l'hôtelier, vous en avez ïoiijours. Aussi, le voyageur Oiésail-ïlsi bien cela, qu'il aimerait mieux consommer pour deux que de ne pas manger pour tin. 3^ Il se rend au eafe* prend la demîtassc de rigueur, la joue, perd ; joue conlre, perd encore, joue de nouveau, el fait la récolte générale, tl a r^- §até toute la société ; nu s si a*t41 mangé dix- huit francs : or II faudra, quoi qu'il arrive, récupérer cette perle, et, pour cela, rester un jour de plus dans une villo. En ville, il faut jouer au tafé, on fait des économies; ce sont les diligences qui assomment. 4^ Une heure sonne; on va voir la pratique, bien i mais la pratique ne sympathise pas avec le voyageur Clé. c Monsieur, Inî dit-on, nous n*a von s besoin de rien..... Monsieur, vous repasserez demain,,, Ohl monsieur, des voyageurs et des chiens, on ne voit que cda dans les rues,.,.. De^ voyageurs, ne m'en parlez pas, j'en ai plein k doil i A toutes ces ob^ serva Lions plus ou moins Ha lieu ses, te voyageur Hé s'incline el remercie. On lui dit : t Vous nous ; i il ré*

pond i « ïîonsleur, c*est un dessin nouveau, exclusif a notre maison, i On lui crie :.ê Vous nous fatiguex... > et lui de répliquer avec enthousiasme : c Trois mois et trois pour cent, chose que jamais personne ne vous fera. —

Bfatit^ nioo >

devine an i «m »irevMilii

ivflDl qoe ce -0 ait ttlt lanii porte, il lui cne : • Mo intJtilf , Dous aYOnt ti»nt ec^ î] n'a pas uae aaoe ût j une ooee de canonatft vitriol vert on d'indigo* 1 fertll pas pire accueil au i seur de couteaux-ciseaux oiJ priélaîre â Téchéaiice du leni

OhservaiïOD essentielle^ Str par ta porte el rentrer par bl mission s'eusuive ; ceû tA ] tîous. Labor omiiùt rindf i te ptlroQ qui ikdl p«j€r k itM^hk tacle, et autres veniieaéip nyme décent au débit du connu de toust, excepté du filna.1i croit pas â la sîucmlé de i«ai certaÎD^ c'est qu'il paya toujanl nier lui présente infisîllibkiist, i d'nn voyage de cinq mots an lin il I Hié trxite le patron comme la |

Le voyageur piéton est «a I quoique franc, et roué qi»oiqH| est ordîfialrenieiit Picard tt riàiài six, sept ou huit francs, uiviill H endosso une bloutep out èei| gourdin, et, le gousset gi juste de quoi humecter i roule, il part, léger codim Mvil le poisson dansl^eau. Il r fets aux petîiea YoUures, et perles. Arrivé dans vna fUk, îIbI poussière qui macule ses soalicn, lÉl marmotte, et court é la pntiqic Ui connu paisible et peu diiifcrcai.^ suite de cette conviction du < les mapi^tna. Il commeDce carte, oter son chapeau, et dira j avant que celai-cî lut lit seakai I Ça va pas mal. et voos ? a Et It ] guement : < Jfdtiiiir^ j ai Um F Le voyai^eur pïéton ne Tt»t qm ki| marçoulim, et les roargoallasioill godants en gros. Le Toraftof s'assied sur lecomptoirp wl lii

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litique. C*est alors que le J

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LE COHSIIS VGYAGEim.

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AltAtioti (satante stratégie!), il baisse de t accorde au comraettrnt une victoire qui tant plus Tamour-propre de ce celui-ci ire a été rudement disputée. Le commetenchantéy entraîné ; impossible à lui de nmissioD.

piéton poursuit son triomphe jusque sur commis (le commis est un être prêponcommettant margoulin) ; il le traite de i ! » Il lui promet une place à Paris, il 'e d*absinlhe, il va à la salle d*arme avec Dntre mathématiquement le chausson, il professa la manière d'utiliser les armes stc. Le voyageur piéton est peut-être de lurs celui qui obtient le plus de commis-

marottier, ou marchand ambulant, est Icide emblousé de bleu é mille raies. Pour S8 et défensives, il porte i la main un houi, corde de cuir. Il se reconnaît parla toile cirée qui protège son chapeau, au surs bleu qui couvre son fémur, aux bro- |ui cothument ses pieds, et au juron tra* kliairement établi sur ses lèvres. Débar-

qué dans une sous-préfecture (les sous-préfectures sont ses ports de mer, ses endroits de prédilection), il s*enquiert d'un magasin temporaire. Les auberges où il descend ordinairement ont une chambre réservée ad hoc pour cette espèce de voyageurs i petites journées. Une fois pourvu, le maroltier déballe et range ses marchandises dans des rayons enfumés, et sur lesquels le jour n*a jamais pénétré en plein midi. Tant mieux ! la pratique n'a pas besoin de voir le grain écrasé d'un doubleboite ou la paille d'un rasoir, la reprise d'une dentelle ou le mauvais teint d'un madras alsacien. C'est fait exprés, c'est superbe 1 et l'acheteur vient se prendre Id comme un oiseau à la glu. Ces préliminaires achevés, le marottier va allumer le chaland : pour cela, il le flatte, le caresse, le cajole, Vendort i sa manière, suivant ses moyens, rudement, durement, rondement; il ne fait assurément pas de fleurs de rhétorique, et ne prend pas de roses pour point d'exclamation. Nais enfin, pourvu qu'il réussisse, c'est tout ce qu'il demande, c'est tout ce qu'il lui faut ; et il réussit, parce que le chaland de la souspréfecture aime mieux choisir lui-même que s'en rapporter au choix du voyageur. Le voyageur maroltier conserve toujours le même vêtement, hiver comme été; il mange avec les rouliers, boit avec les rouliers, couche

LE CONUIS VOTAGEim.

dnns m marotte avec m lim&uêine. sa femme et sop

cliîeii. Iiù ceLtf' ni»tiîiTe. il am.is^e ile^ piiceA, màh il écn- I Tinmi^c rtnijiuih^! centimes psr nuit Le jonr« il trarAÎlle / cumiiin un LMl<''rÎLni, va Uardant c imnie tin Grîin^et, et, îiir fmut dn CDTn]ilf.% il n'en c-^t pas plus riche. Autreruîs il Dtîsnîi rmliLiif* la Li;iUode Uilne^ut le dosi; anjonrd hnt il a tine vniïiiin, tm»s fois plus de tnarcliandi^espet trois foi^ nioiik!ï de t^ùm'^flcGS,

Que H vous oou^ dcmnndéï maintenant ce qti€ devîenl sur <if js viens jours le Gomniis voj'aiïpur, nous vons ré» ponttrouji r Sauf de fri's-r^res excrpiiuns, le vovd^^enr pntriin devient {goutteux, Tnîllinunalre et jir^ede \mi de $nn i\mH:pT. i\[\tès îivDir distribué auis commetl.int», et du madîi|balarn, el di^ i^orst^ille et du trnîs-six« il dislrî* hw ^n% plaidmir!», et des senBon<i. et de^i eihorlMions, et dit papier timbra. Il n*a pninl chan|^é de m elle n la Torme e^t Imij^iurs k mêmCj il n*y a que le fond qui ait vmjé.

Le voya^cnr iuléressé, devenu seplnag^énaire, a pas!ïé par toiilE>â liiÈ Staminés de h partie, el s\ fin<i1cmeQt obtenu pour siiKcnrp la place d'in^lrunientî^te daoj^ qnel* qne LÎji Vitre du boulevard; H a ^u ainsi mettre â prnât un talent j;roIjli}niÉitiipie» maî^qui lui procure Tavantage d oui^rïcjyiT &VA >ûiri<cs, d*aNsi^ter anx rf^pétîtioos« tt de Sï'orenprr des avvnturcî; de coulifisie^. Apres avoir été int TeîisL\ ri s'iniên ^st a m antres, te qui fait que &b coa* dilion e>l n peu prus toujours la même.

Li voyageur à commission nnîL vit Pt tneurt, on mourra en diSi|,^ence : pour lui l'élat doit être immuahlement liériLMÏÎIaJre; m\^sâ ^hi-\[ inhiVent a la mnnnutte, comme la marmotte e^^l inbi'rcnle â lui; aussi ne f^auralt'il pai pïUM alinudr^iiniT la bdclie de Timpt^naleque ]v vétéran 8a giitTÎte rt "iou eoupe^luiu; nussi, tant que comme fuu le Juif crraiil, il aura cinq sous dans m poche et un cam* mettant en pers|ieclÎTe, sera4-il loujourîï henreui* content, sans th^+prlns, sons soucis el sans eJi vie d'en avoir. La ilîîîponic e4 loiit pour luî, sa patiie,<;a famille et ses amis; la <fiifprt*nrc doîî donc, recevant son premier hou* rîi'f^j arf <^pti'r en jiu de compte srm dernitT soupir.

Le voniL^iur libre, rentré à la mais m. esi devenu ma* qtainifr, il>iil;ii]t de rubans, de firhpi^'ts phosphort qne5 ou di^ ^riini s de «^aluioln; puî^ il a «luccéde à son pafron, si'fsl ylouçii' ju^iju^au cou dans les dèli^'es du primo mil t. a r-.nt:ls^ê de ifuin^P i vlupt mille livres de ri'jil.'. ti e*t -litisi arrivé û l'^iff; de tfnaranieans, jlge raj- >0i;( ildï* ifiî hî a |n'rniî?î dn dcvinir d/-]iuté, el [Our ne p.is Mïiî'r Ai- %^n rule purnilir, d'aller dé fendre u la Ch-'inihn! b liliTl ■ ilu pnys,

La vovïiL: u* jii'ton sVst mi'lamnrplioîie en boutiquier de h riifv M.JMiih uh, eu fa -riuriutilc bouiriPHdiaph^iups ou de b.iETiji U ^Ei' d»[oik nhirs II a eu j'ambîtion de suivre le I f -^ïv-î U [ ossi'de donc une épouse, d- s m*:rmoU qui ra]i|.iiknt pupa. el un chien biis^^et qui fait Texui^ cîcc PII iloAJr ti lïii^s, el porte nu p'inîiT entre ses dents, à riu>.(ar de ilehini rillu<.ti is^imc Miiuito*

(Jiiaut riu vopiïi'ur Uhimttier, à furce de plisser dans Vcslipnt 11' li.ird rm}[^i\ le finis sou et la pièce blanche, il a iv^nrii»' un petit saiiitfrusiqmn qn^îl a eupédlé |.our le p:i\s (|'n>;iui3 !oiîjoni^ rAuverguc ou le ^tmoiîsïn); puis, |or>.|i2tî son ïoixniiliénic hi^er, comme disnit D-j- IMÏ, If'i a fiiit saulu" le besoin du rp( 0^, U vend viùture ct'IievaL Isrg'L^e et vieux Tujrds, et retient au mi ieudo .^es p/>nîsti?:, 'ieîie de qu.Mre renl rinqiiaote fr.iiics de reulfi. d itn deiui -arpent de viirues el de douleurs rliunïari!-u*< l > lâ:'niieu.seinctit ainrissves pendant quarante auniTs dir].|iiii;'iudes et de priva lion s.

Tel e>l b' ^ epicm viral lîu ron-mi'i vnvafîeurp tel qu'il a êi«.% tel qu'il e>i, tel qu'il j^era longtemps encore, eu

I B ifral 4,1 Ji I piaiiitL

pi e u l'oo «ftCtail aai oa aaimi» si Iimii a|, dre ^tîmablé el éèmmj Uni veDaîi irè^-lmiiiWr livee da voyagrnr. te commis<cîon |>r#le huH ^ ptï.-itt potir que oelt€ i rail volootien mi a a [ désins; il «'ércrlaaîi ^ ménage, jysqti'â pav» ti i coniprâ le baim ém î>M; ij dêtre polis. pré«enAiiliL,i Ket papillotes el de mcUrc i gèitiuFe de Ikire la avec U milD ; i ton i café pour preodre la 1 „ enteudre les vaiidevîllei IttJ pour voir lest vitraoi eolari^ voir Ju toni ; etiSn« c'^iînil, de compInisaDces mîrobolittiil ché, alletidu qae le voj^pvp qu'aujourd'hui le* rôlts luaU ai a?itres, le% hnoimes et ks < plus elFADge de& trait v^ leverxés, le« tiomme? wt comnii^ï voyageyrs te <H| ^ suIvroQl tti extrmmU div ctl rfjiguére le commeltaet m l Amiens que d« nom, rtee qaeé-i genrs, ces canaux de llaivlr .

partout les produîu héléi^ào { marmùttem comrm Imsi hookmM à la porte du coiifîaeur.clte^ che£ lut ces merreill^ d« li i avÊC fierté sur son eonpiarfrl Çest qu UQ colifiebet nia hmiÉI lièrcmeai exoiîfino qat Vm «Mti auitsi cette véaéraliiw *^ •*

voyageur, rheurcv» el

phisTéeriques produrti<«^ liÂi^ d atarfj / «ujourd^Kiti i|b# ^mm 1 1 l'homme, je ne sab Imp «rUtÉi permet au timide îitdigêMd«r^ Lire transporter i PiHs m u r;iut pour rei-mer les |e«. toaM rer une prî^e de tabac, j| B'«t|^ mdtant se prive dn nmfi ^lai

seul, ce petit dêlili«iii i

cette rufinii: tr^idiiclpoii de ..„ tolr. lemargouliii seul ea'cai son brouhnhap koo lobu h^ «i cmtéqumteM qu'il faut jUm^mlà meni qu'à Laval <ui à B^r^î^fhe^wmt ronmurcs ou la |joale«o m Aiw-f béoiieo, le margoulîo esl-îl le du ptuvre ifoyaR^^nr. En r|bt»ri iian^ la ppitie commi^^siofi jfralé, et queittueroja niéiiiu trou emM k^

Tel ea P'iurum le r^fellil él bi ^rcs : la civili^Hno a loé lefti rrhryjïfllide de celui-ci eit mrû < le progrèa i enfiiiité les avec le bas prix do twu genrn: la etvilifi ^^ et des ceodres el«i^ gmi

LE COMMIS VOYAGEUR

le progrés a innove les chemins de fer, qui îUgeDces, et, ûnalement, grâces à Green et eroni le pis aui aéronautcs et aux ballons; ûte, jasqu à ce que la perfection, donnant i l'impoissible, rencontre en elle-même sa

li bit que, de nos jours, les commis voyapu échapper au naufrage deviennent les lOuiGre-douleurs, les victimes expiatrices !S besoins de leurs patrons ; voilà ce qui fait ib Toyageurs deviennent les frères récolaz les mendiants rebutés, bafoués, honteux, I qu*iU représentent ou essayent de reprcdoDC, pauvre hère, va, moyennant douze ir» y compris la nourriture û table d'hôte et BB diligence, va prostituer ton caractère, va •science, va mesurer la sincérité de tes snr li qualité de tes sucres et le bon teint • Cours de porte en porte quêter le sourire oignée de main de Taulre, une commission

de tons, pour, en résumé, ne rien obtenir. Cours, toi qui nas ni foi ni loi, ni principes ni religion; non, car quelle foi peut te guider, quelle loi peux-tu suivre, quels principes peux-tu professer el quelle est la religion qui t*inspire? Tu n'as rien, rien ne t'appartient; lu ne dois pas même avoir d opinion à toi. Tout doit te venir du commettant, foi. loi, principes et religion ; caméléon, tu te mires sur la pratique, tu reQUes ses couleurs, tu copies son langage, tu reproduis ses manières, tu marches à sa remorque, tu la sui< pas à pas, tu es à elle, tout à elle, rien qu*ù elle ; c*cst ta divinité, ton idole, ton étoile bienfaisante; c'est ton espoir, ta boussole et ton appui; c'est ta désolation, ton bon ange et ton ancre de salut... Salut donc à elle, la toute-puissante ! puisse-t-elle étro reconnaissante de cette servile dévotion à sa personne sacrée; puisse-telle récompenser ton abnégation persoo nelle en sa faveur, tt, par la remise d'une bonne corn* mission, répandre le baume de sa confiance sur les blessures qu'elle a faites si souvent à ton amour-propre et d tou repos ! b

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