L*AGENT DE CHANGE
ire de Thomme de loisir dont In pensée ont â rêver dans une élégante noncha-
i tel dn ces individus, qui eut été peutdtstin^^ué s'il n*avnit été rien, ou qui nt un homme convenable s'il s* était fait iveautés ou de bas de coton, est un être maladroit, important, parce qu*ctan(de financière, il faut qu*il se tienne en mar- [(•nUlhomme.
contraste, qui vous Trappe au premier Qt de chauffe hors de chez lui, vous saumx yeux si vous étiez introduit dans sa
t posé un des rois du monde et de la H joue son rôle partout; aussi son intéinctuaire éléphant des plus jolies fantai- (ùtenses bagatellis; il y en a dans ses
boudoir de sa femme, dans sa snlle à
son antichambre : mohilier gothique, jOuis XV, il y a de tout et du nioillcur
parfaitemen' imité; albums préci(;ux, ts, statuettes adorables sont à leur place, esta lui que parce qu'il Ta payé; il ne î son cœur, de son amour, il n*en jouit [u'en peut recevoir un confrère. Ce n'est >onheur interne, secret, personnel, c'est I puissance de sa fortune. Il ne se sert h comme d'une chose qui lui va ; il le
une inutilité qu'il faut avoir pour être 8. Son véritable appart' ment â lui, c'est asiers droits, cartons nombreux, fauteuil [lapie^registre à compartiments tracés à ii lui tiuut écrire un iiillet sur papier saau besoin de cire odorante avec cachet e: mais cela le gAne, l'ennuie, et sa rite et à son aise que lors'|u'il écrit sur He imprimée, et qu'il soumet sa corresbre à vis de pression qui porte son nom. table existence est la. et (|uoi qu'il fasse, it pas à lui, il s'y sent étranger et joue *ôle qui ment à ses goûts, l'agent de change seule est à son aise frivolité et de loisir. A son aise, en ce l apporté dans les affaires de son mari laquelle il Ta épousée, elle reste tout à i ses affaires, et a tout le temps d'être 3 ou de le devenir; car beaucoup ne le |u'à la longue et n'y • taient pas destitait Glle d'un sabotier enrichi et qui, en Qvail ni s'habiller, ni marcher, ni s'as-
telle qui vient d'un comptoir de prolit appris, chez le vieux banquier dont I compter les feuilles qu'une laitue doit T et à mettre de côté les picci s de trois rvéesqui peuvent se vendre cinquantedur, se sont tran>formces en brillantes a mode.
m sait, la femme se façonne mieux que
où ou la jette, et presque toujours la ; change est, au bout de «{uelque temps, redit des plus élégantes couturières, des nodes Ws plus flambantes. Elle se rai aussi gracieusement que la plu^ belle ingle d'une calèche qui va au Bois ; elle ii Onement, sans se remuer, le beau cast à qui un signe i>iiperceptiiil« a dit deviné dix solecîsmes dans la toilette
d'une de ses bonnes amies, qu*elle a détaillée des pieds Jusqu'à la tête sans avoir eu l'air de l'apercevoir et sans être forcée de la saluer. Dans le monde, elle sait tout ce qui fait d*une femme une femme a la mode ; elle est capricieuse, intelligente des moindres choses, despote, protectrice, impertinente. Chez elle, elle sait accueillir et recevoir, ce qui est bien différent ; tout ce luxe futile qui gêne son mari est pour elle d'usaj;o facile, elle s'entend à remuer tout cela, â en user; elle le comprend, elle l'aime, elle y attache un sens, elle est dans son atmosphère.
Aussi l'agent de change est-il le mari le plus en danger de la terre; car, si tout le monde ne voit pas combien il est étranger à la vie dont il vit, il ne peut le c .cher û Fœil clairvoyant de sa femme, d'autant que vis-à-vis d'elle il ne se croit pas obligé à la comédie qu'il joue envers les autres : il jette la brutalité de ses chiffres dans le chiffonnage de rien de cette vie inoccupée; il pose son livre de ciissc sur le pupitre de vehnrs cl d'ébcne où elle griffonne des billets imperceptibles, et le gros livre brise le joli meuble; il parle bDurse quand elle rêve poésie; il additionne quand elle poursuit une mélodie italienne; il est l'homme d'affaires, enGn, quand elle est la femme du monde.
De cet état de choses il résulte deux malheurs immanquables pour le mari.
Ou la femme est assez spirituelle pour deviner que son époux est pour elle ce qu'il est véritablement, cl que pour les autres il se gourme, il se pince, il se fausse ; et alors elle en conclut que leui^s natures sontnntipalbiijUi s, que jamais elle ne sera comprise, elle Vr^i'vc et ainir.nto, par cet esprit froid et calculateur; et, comme elle ne peut vivre ainsi isolée, elle prend un amant. C'est la chance la plus heureuse pour l'agent de chinpe.
Ou bien elle croit à la comédie qu'il joue, et alor:? ne le trouvant plus pour elle ce qu'il est pour les r.ulres, elle devient jalouse, exigeante, furieuse; elle se croit dédaignée, outr.igée, trompée, et voilà les qre»eU's qui viennent, les tristesses, les attaques de nerfs, les reproches, les menaces, tout cet enfer du mariage auprès duquel l'état de mari trompé est un paradis.
Alors Pagent de change, qui a bien assez de faire l'homme du monde en représentation, cherche un moyen de calmer sa femme, et comme tous les hommes il prend le premier qui lui tombe sous la main; et pour lui, ce moyen facile, c'est l'argent : il en donne à sa femme pour sa toilette, pour ses voitures, pour sa maison, pour une terre, pour des fêtes, pour des bals. El voilà ce qui produit ces femmes d'agents de chiugc clalanl, les larmes aux yeux, le luxe le plus cffrôuc. coiranl tous les plaisirs avec fureur, et y portant un visage malheureux et ennuyé. Voilé ce qui souvent amène la faillite du mari, qui n'en a pas été plus heun-ux, et qui se trouve ruiné.
Si nous ne nous trompons point, tel est l'état actuel de l'agent de change.
(juanl a l'espèce d'influence politique qu'il a eue il y a sept ou huit ans, après la révolution de Juillet, elle tend à s'effacer tous les jours.
En effet, comme les agents de change furent les premiers à faire cour à la nouvelle royauté, elle les acruei!lit, lesfeNtoya, leur donna des épaulettes de colonel dans la garde nationale. Mais, à mesure que cette royauté s'avança, elle se lit une aristocratie propre û elle-même, et qui poussa dehors l'agent de change. Ce furent les aides de camp du roi des Français, les pairs qu'on créa, les hommes politiques qui se firent petit à petit, les grands administrateurs qui s'ébvèrent, les vieux noms qui se rallièrent; encore quelques années, et l'agent de change sera