STANISLAS DAVID
ui, D*en déplaise à TUniversilé, le précepteur est de fait un membre du grand corps enseignant. Il n*a point pris scsgradesdans la chancellerie des salons ministériels, ses capacités n'ont subi aucun contrôle. Sans titres, sans bonnet, sans hermine, il ignore jusqu'au che* onne > et ne s'en donne pas moins pour 'es et es sciences. Dix ans et plus d'aptels sont ses droits. Jeté par sa position ers rangs de la société , â lui appartient ent de former cette jeunesse d'élite qui onimander, donner l'exemple et exrrcer uence. Le précepteur a pénétré Jusque des rois , il s'assied «i leur table , partionneurs, se mêle à leurs conseils, fait ^aris, et rédige les ordonnances. Là il est Jécoré, riche et grand seigneur. Le préait exception à la régie, et se tient à une e du commun des précepteurs : c'est une péce. Pour bien le juger et saisir ses proudraît l'avoir vu de près ; or ces gens-li lans des buissons ardents : à ceux qui peuiclier, de les peindre; nous ne les cone nom , et nous préférons, pour type , le béien , qui se laisse toucher par tout le ire doit être plus prononcée , ses allures
Dt le précepteur est quelque séminariste e homme sans vocation pour la prêtrise,
il abandonne le cloître, et se trouve. dé]»ourvu de toute pensée d'avenir, à l'entrée d'une iufinilô do c.inii'îros. Il saisit la plus facile, celle qui n'en e>l pas une, mais qui a l'avantage incontestable de lui offrir des ressources immédiates : il devient précepteur.
Rien au monde ne peut égaler sa bonne volonté : c*cst un ouvrier consciencieux jusqu'au scrupule, il fait assurément tout ce qu'il peut. M'ilheureusement son b.igngc scientilique n'est pas très-lourd : de grAco, ne lui en Toulez pas; il est parfaitement innocent. 11 sait ce qu'on lui a appris : du latin et un peu de grec, un peu de grec et du latin. Le français, c'est à peine s'il le parle. Il ignore absolument l'histoire, ne connaît la géographie que de nom, et croit que les matliômaliqurs sont des sciences creuses et superilues. Il avait jusque-là regardé la chimie comme Tart des sortilèges, et la physique comme le gagne-pain des escamoteurs, ventriloques, saltimbanques, et de tous autres bohémiens et faiseurs de' tours. Et cependant savez-vous ce qu'on attend du précepteur? connaissez-vous sa tâche? Elle est grande, elle est immense 1 le plus rude académicien reculerait devant une pareille besogne. 11 n'y a que le précepteur qui, dans sa simplicité, puisse Tenvisager de sang-froid. Je dis iimplieité : oui, le précepteur est simple et trèssimple; il en sait tout juste assez pour s'apercevoir qu'il ne sait rien , il tâchera de suppléer à son ignorance par un travail opiniâtre.
On demande en lui un professeur de langues anciennes et vivantes, de musique, de botanique, de dessin , d'histoire naturelle. On veut qu'il remplace tous les donneurs de leçons au cachet, excepté le maître de danse : celui-là est inimitable. La danse a fait de tout temps le désespoir des précepteurs. Que fera-t-il? La nécessité, dit-on, est la mère de Tindastrie, mais d'une industrie honnête, s'entend; les circonstances enlantcnt les lioait!iie& e&^v
LE PRÊCEPrKUR.
3, sans malice aucune, le pauvre garfois, ne lui en voulez pas !
éfauts brillent de précieuses qualités, d'une douceur angélique et d'une rare »*vous que son élève lui fait impreslelle-t-il ftl. Eugène, M. Arthur ou ladoue, le cajole , le trouve charmant, Q*à la moelle des os; le tout par resance. C'est vraiment une bonne ferle haute lignée qu*un précepteur. Il est meilleurs termes avec lui. Des congés es par jour! Jamais de punitions ! Le icepieur ne les comporte pas. C'est êcepteur s'adresse : il veut tout obtenir Qtiments. Je vous défie de lui arracher au désavantage de M. Arthur. M. Ar- D précieux à cultiver; c'est un enfant [igantesque ; il promet à la patrie un M. Arthur s'acquitte de ses devoirs • Il sait très-bien ses leçons, explique I , dessine très-bien , chante très bien, , est très-honnéte , très-gentil : rien s! Réservé à relève de les démentir
Ainsi, par un beau jour» il vous prend fantaisie de son* der le terrain. Vous pénétrez dans le sanctuaire, c'esl-à* dire dcms la chambre à coucher du précepteur : c'est là quil fait ses éludes et ses classes. Vous trouvez le maître et l'écolier engagés dans la plus vive discussion : les conversations sont la condition Hne qua non de succès pour le précepteur. Le préceptorat peut se traduire par causeries perpétuelles. On y instruit en riant , et queU quefois aussi en dormant. Et no vous scandalisez pas trop si vous surprenez les deux champions ronflant à qui mieux mieux. Eveillez-les doucement et interrogez. Gardez après cela le résultat de vos investigations pour vous; surtout n*en dites rien à la mère. Madame n'en» tend pas que son fils soit brusqué. Son précepteur esl plein de mansuétude; il lui convient à ravir.
« Mes enfants ont beaucoup perdu en perdant ce bon M. Morin, me disait un jour madame la baronne de **\ C'était un jeune homme soumis, doux et facile à vivre, toujours content, toujours de votre avis. Il avait pour eux tous les égards et les ménagements passibles. Et puis delà méthode... ah!... il suivait exactement mes principes, ne faisait rien sans me demander conseil ; eofio, c'était uo homme tout à lait â sa place. Quel exceUenl caractère! »