‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 157 sur 269 · LE GARDE DD COMMERCE · texte numérisé non relu

LE GARDE DD COMMERCE

I, homme de robe on homme d*épée, commerce apparaît sons tons les habits, s*af> li lee costumes, jeune ou vieux selon Toccaland. Picard» Gascon , il a IMge de tous ses Me tous les idiomes, parle toutes les langues. I ^ai rusé, le plus adroit, le plus complet il ae puisse rencontrer, tmtations les plus curieuses , et qui révèle i raiaonrces et la puissance de leurs expélalle d*nn cocher de cabriolet contre lequel ris longtemps un jugement de prise de corps, parvenu à se soustraire jusque-là à toutes les

s liitOp le garde du commerce avait moit suspendu ses poursuites, lorsqu*un jour, une de ses expêdiiions, notre orficier public ant triomphalement sur son siège, à quelloi. Le faire descendre de sa voiture et Parne rue, c*eût été ameuter la foule, qui n*est

A prendre fait et cause pour les gardes du lassi prend-il un autre parti : il s'élance avec praticiens dans le premier cabriolet qu'il codant que son autre acolyte court au cocher it d'arrêter, lui jette dix francs, et lui désiture qui s*éloigoait avec vitesse : « Pour -l*il, si vous parvenez à la rattraper. » Le .c de faire place à ce riche inconnu ; de la B, il gourmande son cheval, qui part de son ftlop; on traverse le boulevard , on longe la Blanc, enOn, vis-à-vis le n® 48 de la rue de »iinu saute sur les rênes, et, les tirant à lui,

réian du cheval. Quelques secondes après, it enterré à la prison pour dettes.

rifé d*une arrestation simple est de cent '^M en rapporte huit. Un garde du com-

merce bien posé, et qui aurait fait ses preuves, pourrail arriver à un revenu annuel de six ou huit mille francs. Heureusement pour lui , le casuel vient tripler et même quadrupler cette somme. Il est tel créancier qui , pour activer les poursuites du garde du commerce, l'intéresse pour un cinquième ou un sixième dans sa dette. On cite l'arrestation d'un riche fournisseur qui a été payée le prix énorme de dix mille francs. On dit même, mais nous prévenons que nous nous faisons Vécho de ce bruit sans y ajouter la moindre croyance, que le débiteur concourt parfois à grossir le chiffre de son revenu, et qu'à un certain prix il obtient que son arrestation soit dilTérée d'un temps plus ou moins long, ou, mieux encore, il achète un délai qui lui permet de passer en Belgique ou i Londres.

La liste civile annuelle du garde du commerce finit, au moyen de tous ces petits crédits supplémentaires, par être assez ronde pour lui permettre d'avoir un cheval et un cabriolet, dans lequel les dimanches et les jours fériés il va se pavaner aux Champs-Elysées et au bois de Boulogne, puissance invisible pour tous comme le bravo de Venise. Après deux ou trois ans d'exercice, il achète, sur ses économies, une maison de campagne. Après dix ans, il a cent mille écus de fortune placés sur l'Etat, il vend sa charge de vingt à cinquante mille francs; il habite le Marais et marie sa fiile au limonadier qui lui fait sa partie de piquet. Son fils , s'il en a un , est de droit avocat.

Retiré des affaires , le garde du commerce n'est plus reconnaissable ; cette finesse ; cette malice inépuisable, cette énergie dont il nous a donné tant de preuves, l'ont complètement abandonné; pendant dix ans de sa vie il a joué un rôle de comédien et il a possédé au suprême degré les qualités de ce rôle; mais tout en lui a fini avec la pièce.

[A^AihJ

Parif. Imp. <!• Edouard Blot, rue Seint-L/>ais« 46.

LE MAITRE DE PENSI

ËLÏAS RECNAULT

a Glle aiiTcc des rois a %M bien doîi â<!sauts»

Gouircrl bien dos Jkiimî- Ibtioiis, dévoré bien des outrages, et pourtdnt, debûul encore, T Univers i le gouverne iQiijonrs noire enHinct', ei préside aux deslinées de l avenir. C'est c|Ue, maîgrt; loua ses défaiil», le KyÂlême unîversllalre n lUé ynn\v par les dûTfltits ptiis|ïrands des; syslémes qui ont prcleîjtlii lui rnîrc concurrence- La vérilé sur rîotérîcurdcs rn litiges n'est pus Ircs-belle àiotr; la réritê sur l'inliTietir des pensions ea elîrapnle. Le collège est le jiruiciL c de plus d*UD vice, h pension €n est le dévelopjiemcrU,

Au restr, h:Uons-i]Oiis de le dire, ce n'est pas sur les niaiires que doj[ reLomber le bli^iue, mais sur les famUles qui hul les nKiitrcs ce ^l\^ih sont.

Unepcijsiuii est un nsile ouvert â la faiblesse des ptronls ipii ruJdutiMit pour leur ûh la dÎKejpllne des collé^cii, à trt faiblesHe des ctifants r^ue les comploisances nialerneUe'f outde bonne be;ire corrompus, i la faiblesse des itiLenii^ences racbîiu|ucs i]uî ont épuisé sans fruit lonlL^^ U's l'or m (lies niiivcrsiiaires. G*est T hospice des infîmiltr-s îoloUectuclles et morales de toute une Camille. Or CCS inrinriiLt'-s sont incurable», et pour de? plaies ta* ciinblc.< un mrdecîn est inmiïe. Rc pareils m n la des veu« lent unchûrtalaiii le maître de pension doit l'être en d^'pit de sa conscience. On lui amène un enfant a redresser, cl on plie l'cufaut en sens contraire; on lui demande des coni^eils, et on lui impose une opinion; on exige do lui la vérité, et Ton s'onense de tout ce qui n'est pas mensonge. Tour le maître de pension, tromper,

vie illii

C'est vî?re;]iepti1 dilemme entre U et c'est aimi qae les nèf nécessaires lee peosiiîikii des peniions.

L^éd nation est un fiîl i ae saurait assez déplorer es «elr I lions abandonné ccHnme oo jsi faible femme. L« plopert lei considérer leurs eolants qbb méioe celle doitl ellet mmmÊn pour gouverner œtte proffifti, i sil^nalure iu mari, ktmà m '■ selon la déûnition romatoe, ^i fant est un menble qu'elles p qu'elles décorent pour *'•' tantôt une idole, tantôt itft i jouer a ta poupée. Od en quMltô appellent des prn leurs Qls au colléfe ; isaii à I iuiie de déj^ôts dÎM frdpw Que de rdMÂctÎMi dnet 1m i leur proprMIèt QÏ* & pfâa Elles foulfeuHtli^ntri cbactioe de leurs i Intoire; chacniie de li qua non; enfla elles 1 d'entraves leltenient r son aalonté se trouTei due.

Il j i bien des honmet «ai iHt I porl. c Je suis le meilleur Jeftii Uon qui couTieiit à idoo flc^ifl ce qne je tous aiLitesti* ^ vient à un jujce. Oa jiif»^ ptsiionol; ^ML^^ttà^i

LE MAITRE DE PENSION

Ire dainroyant, et vous êtes aveugle. Adorez I» piiiiiqae telle est votre fantaisie; vouez-leur ftnatique, encensez-vous dans votre image; m pas dans le temple de l'éducation, vous Mriei que des sacrilèges, vous n*y proféreriez

Kéme

i Mlb |irovinciaux, quelques bourgeois de la Mb diowssent aussi la pension par des moitdt. Ds s'imaginent, les bonnes gens, qu'ils iMmrqne le priz brut de la pension. Biais il ^ budgets de famille, ainsi que dans les bud- ■ftt, 11* chapitre des dépenses extraordinaires, urirât et complémentaires; et la pension à i rentre dans la classe des mêmes illusioos •«mement à bon marché.

.JM la vie du maître de pension un moment

c*est lors(|U*il voit entrer dans son salon ud aduisant par la main un petit garçon de dix . El pourtant, avant de posséder ce nouveau

avant dVijoutcr une tête à son troupeau, sou commentaires et d'impertinentes disser* 1 contraint de subir ! Aujourd'hui que la de la réforme s'attaque à tous les inachrolos vieilles institutions, il n'est certes pis I l'esprit novateur veuille s'introduire dans 5*esi même par la que toute bonne réforme icer. Mais ce qu'il y a d'étrange» c'est due des partisans acharnés du stolu ^o politiftnl des airs de rénovateurs dans les détails mestique. Le défenseur immobile du Justela grande famille sociale se fait'îrévolutlon* a petite feuille, d'autont plus opiniâtre dans i qu'il y apporte moins de logique, mateurs sans principes sont pour le maître es clients les plus désespérants. On les rentut parmi les médecins et les avocats; leur 'ougueuse attaque sans pitié les plus graves ■ Monsieur, s'écrie l'un d'eux , Téducation B est un contre-sens dans notre siècle. A lI, je vous le demande, le grec et le latin, mge des jésuites? Les sciences naturelles, «s sciences naturelles doivent former la base ^xine éducation.» Cette apostrophe est suivie m harangue physiologique, que Tinstituteur se l'interrompre; car une des vertus de sa proile ne jamais avoir d'esprit mal â propos. Le tae : « Surtout, monsieur, point de bigoterie, a préceptes étroits qui obscurcissent l'esprit « D'abord, je n'entends pas que mon flls aille : ce n'est pas la peine qu'il revienne sur ses je m'en rapporte â vous pour lui infliger des

débarrassé de cet esprit fort, le maître de ^it la visite d'une pieuse mère, qui vient s'alui parce que les collèges lui paraissent des 'éligion ; elle espère rencontrer dans une inarticulière les saintes traditions qui s'effalelqucs rayons de la foi exilée des collèges. 3 le maître de pension obligé d'afficher auvotion qu'il avait tout à l'heure montré d in-

II trouve des paroles onctueuses, cite à proie texte de l'Evangile, déplore la corruption et gagne un pensionnaire de plus.

B passe sa vie, tiraillée en sens contraires, ir les idées les plus opposées, et les acceptant ur n'en faire triompher aucune. Tous les préressent à lui» et il les caresse ; toutes les vanilosent leurs lois, et il s'humilie devant elles ;

toutes les faiblesses l'invoquent, et il leur promet son appui : ne l'accusez point d'hypocrisie : c'est la condition de son existence» c'est la loi de son être; c'est le chemin de sa vie, dont il ne peut s'écarter sans tomber dans un précipice. Que parlez- vous de vérité? Pour lui, la vérité serait un suicide.

Plus il compte d'élèves, plus il a de transactions d subir, de caprices â ménager, de passions à caresser. Son abnégation morale doit être en raison directe de sa recette, sa recette en raison inverse de sa probité.

On comprend aisi^ment qu'au milieu de toutes les exigences qui l'oppriment il ne peut y avoir dans les études ni ordre ni unité. Gomme la pension a été préférée pour ne pas subir les lois du collège, chacun apporte â la pension sa loi particulière. Il y a des élèves q|ui sortent tous les quinze jours, d'autres toutes les semaines ; Tnn sort le samedi soir, l'autre le dimanche itetin, ^'un avant la messe, l'autre après la messe. L'un Àvprendlegrec et le latin, l'autre le latin sans le grec; I nn n'étu(He que les langues vivantes, l'autre que les sciences naturelles; l'un suit la méthode Jacotot, l'autre la 'tnéthode Robertson, un troisième ne suit aucune mé* thode; c'est son père qui l'entend ainsi. L'anarchie est Imposée au maître, et le maître accepte l'anarchie et s'en désole ; et les élèves acceptent l'anarchie et s'en amnsent. Anarchie dans les études, anarchie dans la discipline, anarchie dans les mœurs. Ceux qui veulent kitter contre ces nécessités entrent dans une voie terri- Ue de fatigues et de combats. Beaucoup y succombent : quelques-uns, et ce sont de rares exceptions, en triomphent; le plus grand nombre accepte le joug et s'en trouve bieiD. Mais nul n'a mieux profité de son inaltérable dévouement aux pères de famille que l'honnête H. Moisson.

M. Moisson est un homme de cinquante ans, gros et rabougri, vif et sémillant malgré sa rotondité, remuant et loquace malgré ses prétentions i la dignité. Ses petits yeux brillants roulent sans cesse dans leur orbite, comme s'il était toujours en présence d'une bande d'écoliers indisciplinés. On voit qu'il est accoutumé a multiplier ses regards. Dans toute son allure, il y a un mélange de hauteur et de servilité, d'humilité et d'orgueil, qui témoigne que sa vie est un composé de ces deux éléments. Mais ils sont distribués à doses si égales, qu'on ne saurait dire si c'est en obéissant qu'il apprit à commander, ou en commandant qu'il apprit i obéir

A côté de lui fleurit, dans toute la béatitude d'une union bien assortie, madame Moisson, gardienne jalouse des clefs de la cave, dragon vigilant qui protège les farineux classiques contre les déprédations des domestiques et des écoliers. C'est elle qui manipule l'abondance, distribue les rations de pain, et découpe les viandes en surfaces égales, mais non sans se rappeler la définition géométrique de la surface : c C'est ce qui a longueur sans épaisseur. »

Madame Moisson parait rarement au salon : c'est le garde-manger qui est son temple, la cuisine son sanctuaire. C'est là qu'elle reçoit les hommages des mères prévoyai^tes qui veulent étudier l'hygiène culinaire de la pension. Elle leur montre avec orgueil le bouillon surchargé de caramel, et se vante de n'y pas mettre d'oignon brûlé. Elle surveille avec une inquiète sévéïilé tous les mouvements des domestiques, leur dispute un moment de loisir, met la main à tout, tire profit de tout, et se glorifie^ !:on sans raison, d'être la clef de voûte de l'établissement. Pour qu'un maître de pension réussisse, il faut qu'il se pourvoie d'une femme qui ne craigne ni l'odeur du charbon ni les taches de graisse. Celui qui

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