‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 16 sur 269 · J. CHAUDES-AIGUES · texte numérisé non relu

J. CHAUDES-AIGUES

i j*aTais le malheur d'être académicien, je ne me permet- Irais pas, certes» de dessiner le présent portrait, car je serai^ arrêté court par le titre même de mon sujet. Le mot sTàpin, en elTet, ne se trouve pas dans le Dictionnaire rédigé par les quarante. Pourquoi?

c'est ce que je ne me charge pas dJexpliqiier d'une façon &itisr>îHHîrkfp, ii'iiy.titt jkos pria la peine d'étudier la question. Tant ^til qû^ profitant de mon indépendance, je saute à piedis joints par-dessus 'rinterdiction tacite de l'Académie française Qui sait? Peut-être l'Académie, encouragée fl|r mon exemple, reconnaitra-t-elle, un jour, l'existence gjpimvilicale du mot rapin, et lui donnerat-elle, enfin,j;4roit de cité?

En attendîfht, el pour abréger les travaux auxquels seront obligés de se livrer messieurs les quarante, quand il s'agira de trouver au mot rapin une origine, je crois devoir, comme préambule naturel au sujet que je traite, proposer d'avance trois élymologies possibles, entre lesquelles il ne restera plus qu'à choisir. La première m'a été donnée dans l'atelier d'un de nos sculpteurs les plus célèbres, par un modèle qui posait pour un centaure. Comme j'interrogeais tous les artistes présents, demandant avec anxiété où le mol rapin pouvait prendre sa source.

— Eh ! parbleu, dit le centaure, qui n'avait pas encore ouvert la bouche depuis une heure, rapin vient de rat.

Un éclat de rire général accueillant cette explication étrange, le centaure ajouta avec un sang-froid imperturbable :

— Ma foi, si ce n'est pas ça, qu'est-ce?

L'argumentation était positive, et il n*y avait rien i répondre. Personne de nous n'étant en état de proposer une explication plus satisfaisante, l'hilarité n'avait pas d'excuse. Aussi, pour sortir d'embarras, me bâtai-je d'ajouter :

— Nais, mon cher, pin, que faites-vous de pin, dans cette affaire?

Ce fut le centaure, cette fois, qui partit d'un éclat de rire.

— Pin? dit-il, c'est lé ce qui vous embarrasse? Comment! rat qui peint; rapin, vous ne comprenez pas?

Et il reprit aussitôt sa position, qu'il n'avait quittée un instant que pour nous faire plus en face sa réponse dédaigneuse, ne se doutant pas de l'énormité de son calembour.

Plusieurs témoins de la scène que je raconte, après quelques minutes de réflexion, déclarèrent se ranger â l'opinion du centaure. Et au fait, pourquoi pas? Combien d'expressions, passées aujourd'hui dans la langue, sont fondées sur des jeux de mots beaucoup moins raisonnables que celui-là !

La seconde explication du mot rapin, qui m'a été donnée également par un homme dont la compétence est fort respectable, consiste à faire du mot un dérivé du verbe rapiner. Voilà une étymologie qui ne ressemble guère à l'autre, mais qui, à tout prendre, n'est pas plus flatteuse que l'autre pour la classe qu'elle désigne, ni plus improbable, analogiquement parlant. — Quant à la troisième, je la donne comme l'expression de mon opinion personnelle : opinion, du reste, assez généralement partagée ; je crois que rapin vient de râpé. Mais dans rapin, me dira-t-on, où est l'accenl circonflexe? C'est là, je l'avoue, une objection sérieuse qui, cependant, ne m'arrête pas; car, jusqu'à ce que l'Académie a trîop-

LE BAn5.

deseore libre ^éerire rapia avec u aee«sl dreiNiieM.

Dose j'arrif t tsia, afrét eeUe djgreasiqp que mt fat- JowMrottl eertamoDCiit les franBaîrieM ci les éif molegiilei, é Une qae le rapia a de doose i dh-hoit ans. la fasilimi aeeUle est éea ftee koooraûes, sîooo des phM brillealef. 0 est ik €mm pertier erdÎMvemeaC, o« #1» aitiaaa fndceafM; 3 pevt Berne, é la rijroeer, éfre tb #«1 iauifiiia, rcsUcr heenéle et paistUe; Mis ee ^ eal certain, cfeet «11 É'eat jaMb fils d'an aillioiiBa««. ■ se peet kâea Hre, par kasaai. que le riptB ait m eade es âMT^w, et fi'an beaa jour fl riche; laMfM^ le cm m se prâcale pas

Iref, pour coBseieer la petBtire de BMNi persoBiuge, Je perlerai de sa ifure, etfaf<»erû UMt d'abord que le rapiB e^eat n beaa u laid, il a des jeu, ao nez. nue booche : c'est toet ce que Feo en peut dire. Qaant i la taille de cette beocbe, qoaiit à U grosseur de ce eex,

I enaiit é réeiat de en yeux, ce sont U autant de pro- Meaies, atteada le peo d'estime qoe le npin professe poar Teaii. — lloo que le rapio soît i^rogoe. ce n'est peiot U ce qve je Tcai dooner i entendre : le nptn. ao contraire, et sans doute par système hTgiénîqoe. fait de rea« Kasage le plus immodéré a ses lepas; scnlement, hors de ses r^pas, l'ean n'est pies pour lui qu'on liquide iaotile et insipide : d*oû il résulte que l'on ne sait au jnste à quoi s'en tenir sur la finesse de ses traits ou sur U couleur de son teint. — Mais an lait, comme il y a exception à toute rtç^t, et que je craindrais d'exposer les rapins exceptionnels an blâme des jeunes gens â la «ode et des petites^maitresses, j'arrive du général au particulier. Je connais un rapin, nommé Théodore, qui a la fifiire aussi mal lafée qoe le pabsent indiquer les qvelqoes lignes précédentes, et qui, de plus, est rapin dans la YérilaMe acception du terme, an moral comme as physique; c'est donc de lui que je Tab parler. Th^dore, sur la tète que je riens de dire, a d'abord

« IB chapeau des plus extraordinaires que l'on puisse imaginer, aossi brge des bords que possible, et il ne se peut plus pointu. Ce chapeau fut noir autrefois, cela e»t incontestable; mais, hélas ! pour le croire, il faut l'avoir ▼n. Aujourd'hui, l'infortuoé chapeau, soît effet de Fusage, ioit la quantité de poussière qui le recouvre, tourne au gris d'une façon déplorable. Des bords de ce chapeau sort é flots farouches une chevelore comme on n'en vit jamais la pareille : longue, embrouillt^e, sèche, tout à la fois. Est' ce par économie que Théodore laisse prendre i ses cheveux une taille si extraordinaire ? Mon Dieu non ! Par fatuité? pas davantage. Théodore n'est peutêtre pas bien sûr de la couleur précise de ses cheveux. Il a TU des portraits de peintres célèbres où ces maîtres dtaif nt représentés les cheveux flottants sur les épaules; voilé toute sa raison. 11 s'est demandé pourquoi lui aussi,

' qui deviendra un grand peintre, il ne prendrait point per anticipation le cottume des maîtres. D'autres choses rembarrassent, il n\i vrai : la cravate, par exemple, qu'il jetterait volontiers au diable pour montrer son cou, qu'il croit tout auui agréable que celui de Raphaël; par malheur, 6 funeste r^ullat d'une mauvaise habitude ! rahsenee de cravate lui cause de violents maux de dents. 11 voudrait bien encore se vêtir d'une façon originale et fantasque, toujours é l'exemple des peintres du seizième siècle; mais c*est tout au plus s*îl a de quoi payer le simple ft infime costume, comme il l'appelle, dans lequel il e«t ««mprisonné. Donc, de tous les souhaits que forme Th«'o<I<)re pour sa toilette, le seul qu'il puisse réaliser à son aise, c'est de porter de longs cheveux; aussi en use- I

ipale. Qwat â son haUt, bea-

*— ^ a reate ewiTerl de cendre, 4i

coalears et de taches dluîle, ea si^ae d*afBictiott. Et, aa bit. il faet être juste : h v^ q«e iBéoe Théodore n'ea pas fort dhertisaafte: elle ne saoraH guère pousser k conir et le riaafe à répamaisscment.

Levé i aepc hcorcs éa matin, Théodore est é sept hêtres et qoef^acB minntes chei son seigneur et maître, moa^ev le pcûtre un tel oo un tel. On TÎent de voir ^ "'^»— *M"* ^ MÔK i apporter à sa toilette qm povrraieal id compromettre Texactitode de Théodore. Arrivé chet son maître, Théodore met Tatelier m ordre, y mIraMtde Tair. ai Ton est en été ; si l'on est en hiver, n ahme le peéle et renfoorcke avec les brai et avK les jambes. Mifi sonnant, Théodore, en quekpK saison qne Ton soit, s'en va aa Mosëe laire des onio pour son maître. Ceat U qull tant le voir, se promenant avec dédain devant les loiks qni ne rentrent pai dans le système de son maître, et s'exUsiant, ao coatraire, devant celles .;ue son maître loi a commandé d'étudier. Théodore, en ces momenU. prend an air capable; il re-ank du coio de Tceil. et en haussant les épaales, et en imprimant à ses livres un sourire de compassion, ceux qui font mine d^admîrer ce qu'il dédaigne es dcdédcigner ce qu'il admire. C'est alors, surtout, que Théodore recrcltc de n'avoir pas de moustache i retrousser arec un geste de supériorité cavalière. — Sa petite visite des tableaux les plus imporUnts une fou faite il s'installe devant la toile qull doit copier. '

Tout en ruxrant sa boite, ou en essayant ses crayons, ou en préparant s« s couleurs, il jette de nooTeanx coups d'oeil à droite et à pnche, pour voir si quelque étraT ger ne le re^Mnleraii |.oiul, d'aventure, comme nn personnage d'iniporlance. Cela fait, il se met é l'œuvre

prenant le plus qu'il peut l'air inspfa^. Chaque eom da crayon qu'il donne est indiqué par un mouvement de m tête en sens contraire. 11 sue sang et eau. Ceux qai nat» sent prés de lui sont tentés de lui proposer rasage faal médiat d'une boisson calmante. Et cependant, malgié tout ce mal et toute cette 'fatigue, malgré ces ondlia» lions de télé et ces déplacements de cheveux, Théodore. quand sonne Theure du départ, n'a presque pas avancé la besogne; ce qui ne Tempéche pas de jeter an regaid satisfait sur son œuvre avant de l'enfermer pour Tinnquatre heures, et de s'en aller dîner d'un aussi honân» petit que s'il venait de faire un pendant é la Madêkêm du Corrége. Pois, son dîner Uni, il se rend i l'école des

LE RAPIN

Beaux-Arts, où il travaille quelques heures avant île se livrer au sommeil. Tel est le cercle invariable dans lequel tournent les jours du rapin Théodore.

Uélas ! si là cependant se bornaient ses peines, il ne serait pas trop à plaindre, le malheureux ! Mais il ne passe point sa vie dans un isolement aussi doux et aussi complet que le récit précédent le pourrait donner a croire. A l'atelier, il se trouve en compagnie de jeunes Raphaëls en herbe, qui, passés de Tétat de rapin à Télat d*éléves, le rendent victime de mille vexations. Théodore est, à peu de chose près, Tesclave des élèves. S'il plaît i ces messieurs de se procurer du tabac frais, ou d'envoyer quelque part une lettre, Théodore doit leur épargner la dépense qu'occasionnerait l'emploi d'un commissionnaire. Qu'il s'agisse d'aller d'un bout à l'autre de Paris, peu importe ! Théodore a des jambes pour s'en servir; trop heureux encore que chacuD n'ait pas un ordre particulier à Ini donner.

Au moins, en échange du service qu'on lui fait faire, Théodore jonit-il de quelques privilèges? est-il admis i présenter, par hasard, quelques timides objections? Pas le moins du monde ! 11 doit à messieurs les élèves toute obéissance et tout respect ; c'est pourquoi la parole ne

lui csl accordée en aucune circonstance. Se permettre de parler ! Dieu l'en préserve ! Quand cela lui arrive, il sait trop comment on s'y prend pour lui imposer silence. On se moque de lui. d'abord ; on paraphrase le plus petit mol sorti de sa bouche; on le tourne en ridicule; puis, l'affaire s'échauffant, les charges commencent. Charge, en langage d'atelier, signifie grosse plaisanterie en action. Tirer brusquement sa chaise à un rapin qui travaille, de façon é le faire tomber à terre; ou bien lui couvrir la figure de couleur et d'huile, ou encore lui barbouiller si bien un dessin quasi achevé, qu'il soit obligé de recommencer complètement son ouvrage : telles sont, entre mille autres, les charges qui se pratiquent dans les ateliers.

Donc, si Théodore a la moindre chose i objecter quand on dispose de lui pour quelque course, ou s'il se permet de prendre part é une conversation qui lui est étrangère, il peut s'attendre à tout. Et, s'il n'oppose pas aux tracasseries dont il est victime la douceur la plus Inaltérable, la plus parfaite résignation ; s'il fait mine de se ficher, s'il se gendarme, malheur à lui! Alors l'affaire devient plus sérieuse; on ne se borne pas aux divers genres de plaisanteries ci-dessus mentionnées. Cette (où.

LE POETE

Aht UtMei-moi rèyor, pensif et tolkairct Pourquoi Touloir mêler mes c)*prct a Tot fleurt , Votre gaielé tans fiel â ma tn^tcs^e amcrc, Votre doux sourire à mes pleurs?

Qu'importe le vain bruit d'une lyre sonore, Qui s'enfuit emfiort6 sur l'nile des aulans! Faible arbuste, mes fruits ne sont pns mûrs encore. Je suis â peine en mon printemps.

Ah 1 bissex-moi rêver, pensif et solilnire, Riisscmblcr quelques fleurs pour en tirer le miel, Uéditer en silence et chcrciier sur la terre Quelque rayon tomb<^ du ciel.

Jamais, pour m'inspirer, les passions rapides N'ont versé dans mon cœur ) jurs onigeux lorrcntf . Attendez que mon front soit sillonné de ridce Par la douleur ou par les ans.

Mais cet émule de Bllllevoye, si (riste. si lenilrc, si sympathique, est sans doute le plus conip.ttissnnldc tous les êtres? Sans doute il pense avec Saint Just que les malheureux sont les puissances de I.i terre? Erreur! il plaint des misères humaines imaginaires, snns jamais soulaj^er tes misères en chair et en os qui 1,'cmisscnt autour de lui ; sa compas>ioD in partibus s*cxerce sur des chimères et néglige les réalités ; il a de la sensiblerie et point de sensibilité, de Tesprit et point de cœur, des larmes pour de vagues souffrances, et point de pitié pour les douleurs véritables.

Le même contraste exi>te souvent entre la conduite et les œuvres du poète sacre. Celui-ci est un p( rsotinagc tout biblique, repu de la lecture du Pentatcuquc et des Prophètes; oriental et bondissant dans ses images, apocalypti |ue dans ses lyri(|ucs cmporlcmcnls. Il erre sans cesse sur les bords du Ki^lron ou sur la cime du Golj,'otha. A genoux , la tête rase et couverte de cendres , il invoque Jchovah , supplie Elohim, le dieu des arnié.K, déplore la ruine de Tarche sainte et de la maison d'Israël, et paraphrase les quarante-deux chapitres de Job avec VJkt constance digne de leur auteur :

O cité de Sion I Jérusalem céleste, Quand pourrai-je en ton ^ein contempler Jéliova ? S'il faut verser des pleurs, c'est sur l'homme qui reste, Et non sur l'homme qui s'en va...

Car. si du tentateur les promesses trompeuses Ne l'ont point détourné du sci vice de Dieu, Entre les chérubins et les âmes heureuses Il aura sa place au saint lieu.

Car, apnt seeooé la terrestre poussière, U verra de son Dieu l'étemelle beauté;

Esprit pur, il prendra des ailes de lumière Pour voler dans rimmentilé.

A ses yeux éblouis apparsUront sans voile Kl l'orchestre inflni que dirige Uriel, Et les anges assis chacun sur une étoile, Dans r«mpliitliéàtrc du ciel.

Mais sachez que ce christianisme , ou plutôt ce judaïsme, est simplement une affaire de forme. Le poète sacre ist chrétien à Tépiderme, et nullement intus et in cute. Bien qu'il entonne les louanges d'Adonaî sur le kinnor et le hasor, ou en s'accompagna nt du nehtl, il se irouvcrait fort embarrassé s*il était mis en demeure de réciter le Confiteor et le Credo. C'est un ermite mondaio, un ûpùlre de boudoir, qu'on rencontre plus souvent i rOpéra qu'à la messe. Il compose pendant un entr'acte une ode sur le jugement dernier, et je ne serais pas étonné qu'il fut athée comme Hébert, et matérialiste comme un chirurgien.^

Parlez- moi de ce petit vieillard aux cheveux poudrés, a h figure effilée, aux manières affables et mielleuses.

qui a conservé presque en entier le costoroe des i jours, gilet à fleurs, culotte courte, bas de soie, soaliefi à boucles , et qu'on voit parfois rôder aux alentours ém pont des Arts : voila un catholique fervent. Il ne manque pas un office ; son bonnet de soie noire se distingue ae

LE POETE

milieu des télés nues inclinées à Vinstant de l*Elévalion ; il se glorifie du dire de raarguillicr, et veille assidûment aux inléréls de la fabrique. Eh bien ! ce dcvot si zélé ne jure que par Jupiter, il ne connaît d'autres divinités que celles de l'Olympe , d'autre paradis que les Champs- Elyséens. Si vous lui parhz Satan, il vous répondra Plu- Ion... C'est un poète classique.

Ombres de Boucher, de Iklille, de Rossel. de Fontanes, d'Esménard, de Saint-Lambert, de Dumolard, vous devez tressaillir de joie en contemplant ce dernier rejeton de la littérature impériale. Lui seul élabore des poèmes didactiques, lui seul confectionne des idyllrs et des églogues, et appelle ses personnages Acis, Thémire, Almédon, Philis, Dolon, Zénis, Phylamandre, Amarylle et Nyras; lui seul ose invoquer les Muses et Apollon , et employer le langage des dieux, c*est à-dire un pathos incompréhensible aux simples mortels. 11 faudrait un dictionnaire spécial pour servir à rintelligence de sa poésie. Sous su plume :

Le télescope devient de Castini le tuhe observateur; la trompette , le belliqueux airain ;

la flûte. Vharmonieux roseau:

le caféier, de Moka le timide arbrisseau;

le soc, le fer agriculteur;

le mûrier, Varbre de Thisbé;

un médecin , V enfant de Chiron;

un fusil, un tube enflammé;

une baïo •! n ette , le g laive de Bayonne ;

un tambour, une caisse d*airain couverte

en peau d'onagre; — la mer, V humide Nérée;

un hippopotame , des rivages du Nil le coursier

amphibie, etc., etc.

Ses vers sont autant d'énigmes et de logogriphes destinés à exercer la patience de ses lecteurs , heureusement peu nombreux 11 a horreur de la trivialité et revél toutes choses d'un style noble et emphatique. S*il avait à rendre le mot populaire de Henri IV (je venx que le paysan mette la poule au pot tous les dimanches), il écrirait

.... Je veux que l'humble Uboarear Célèbre avec gaieté le saint jour du Seifrneur; Je veux voir sa misère un instant cuoiclée, Et qu'à son appétit la géUne immolée.

LE PCHETB.

Déponnt tout ses sucs dans un yase fumaot, Fasse d'un doux btnquel le plus bel ornement.

Le poète classique est Tenu au inonde deux mille ans trop tard. Il est vrai qu*il ignore parfaitement le grec, attendu qu*on ne rapprenait guère au temps du Directoire exécutif. Cependant, parlez-lui de Lamartine, il vous citera une ode de Pindarc en Thonneur des jeux olympi* queft ; chantex-lui les Hirondelles de Bérnnger, il vous ripostera par V Hirondelle d'Anacrcon. Admirez devant lui les tableaux de Decamps , il vous racontera comment Dibutade inventa le dessin. Les travaux astronomiques d'Arago lui sont peu familiers, mais en revanche il vante Ilipparquc, Pilhéas, Aralus etTymocharis.En géographie, il préfère à l'étude de Maltehrun celle de Strabon et de Pomponius Mêla. II dil rOccitnnic pour le Languedoc, la Paunonie pour la Hongrie, ribcric pour TEspagrfe, l'Ausonic pour l'Italie, Parthênopc pour Naples, et Lulèce pour Paris : il passe insouciant devant les grandes œuvres de Robert de Luiarches, de Jean de Cliclles. cl autres archi ectes catholiques; mais il se pâme d*uise à l'aspect d'un fronton soutenu par une monotone rangée de colonnes corinthiennes.

Comme corollaire du poctc classique se présente l'auteur de poésies légères. C'est un homme de loisir, c'està-dire un êlre dont le mélior consiste à ne rien faire, à recevoir et à rendr«' des vi>ites, cl à consommer à la ville ce qut' produisent les halnlanls des campagnes. « S'il voulait s'en donner la peine, nssure-t-il, il éclipserait Victor Hugo; mais provisoirement il se contente de se délasser d'études plus sérieuses, au moyen de la poésie.» Il daigne rimer, le gentilhomme I il polit de petits vers de société, de petits compliments, de petites fables, de petites épitres, des Imuquets a Chloris, Tépilaphe d'un cpagncul chéri , des ch irades et des acroslichcs. H cultive notamment le madrigal.

msi DAVE * on m'avait istité a me tLEynKt a sa maisost de

CAMPACXe, £T A LAQUKI.IE j'aI ItÉPONnu QUE JE KE POUVAIS T AUXB, PAnCE QUE j'kTAIS HETENU PAU UNE INTRIGUE d'aMOI'K.

Iri<, charmant objet que l'enfant de Cylbcre Dans les bois de Paplios aurait pris pour sa mère,

» Twit le monde drvinora sons ccUc simple désignation la belle btponne de ..., née fomicssc de .... dont los charmes cmbeMissont les ce-cles les plis dlsting aés de la capitale. {N0U de routeur du mâdrttëi.)

En votre heureux séjour *. ah! ne m'attiret pas ; Je suis, vous le savez, épri? d'une autre belle *.

En voyant vos divins appas,

Je craindrais trop d'être inûdèle.

* Allasion à la ravissante maison de campagne que possède nadaae la baronne de ..., née comtesse de ..., an riant village de ..., tv le penchant du coteau de ..., si renommé par rexcelleoce de ses eerrièras à plâtre. {Id.)

' Autre allasion i la charmante marquise de..., matntenaot nadame de ... , dont j'enlevai le cœur au chevalier de ... , ancien écmjer cavalcadour de feu Sa Majesté Charles X. {Id.)

Il y a quelques années, il s'est opéré une réaclUm contre le genre classique; et, comme toutes les réactions» elle a été trop loin. Il s*es( créé une secte de ri meure qu'on peut désigner sous le nom de poètes nébuleux , et qui. en haine des Grecs et des Romains, se sont évertués à imiter les Anglais et les Allemands , â singer lord Byron, Schiller, Gœlhe et Hoffmann, émettre la ballade el le fantastique à l'ordre du jour.

Le poète nébuleux amalgame tout ce que la nature et l'esprit ont pu créer de plus laid :

Souvent sans y penser un écrivain qui s'aime...

Il groupe toutes les monstruosités imaginables du monde réel et métaphysique.

0 sorcières, à vos balais! ! I Des colenux larves et follets

Descendent; Voici tous les spectres des nuits, Dons les cimotièrcs des bmils

S'entendent;

Des bruits qui viennent de l'enfer, De for heurté contre le fer,

Klr3ii{rc5.

Et qui. montant jusques aux cieui, Vont r.iirc dresser les cheveux

Aux anges.

Les ondins planent sur les eaux, Les vents à travers les bouleaux

Gi'missont.

D iiii la couclie des nouveau-nés, Des rept los empoisonnés

Se glissent 1 ! I

La belle nuit pour les sibbats!

Allons, quittez de vos grabats

U piiilc!!!

Le maître infernal vous attend, Accourez faire avec Satan I i !

Ripaille!!!

Infatipablcs fossoyeurs, Vampires, soyez pourvoyeurs

Du diable; Lutins, à nous pUire empressés, Auprès de ces gibets dresses

La table.

Jusqu'aux premiers feux du matin Que tout mon peuple à ce festin

S'assemble I!

Kécromamictis et démons, Rions, ch intons et blasphémons

Ensemble .' ! I

Ainsi Belz6bulh dans les boit Appelle la foule à ies lois

Sufette; Et s«r de fantasques coursiers

LE POETE

L'armée enlière des sorciers Sejdtçp

Rt Toyant leurs noirs tourbillons Tracer par les airs des sillons

De flamme, Le passant, saisi de terreur, Prie, et recommande au Seigneur

Son âme.

Ces vers, et W^tresnôh moins rocailleux, sont escortés d'une multitude d'épigraphes. Le poêle nébuleux les prodigue , les sème  pleines mains , en met dix pour une ode. Elles sont, h plupart, tirées d'écrivains étrangers ; et s'il y admet des auteurs français , c'est pour la plus grande gloire de ses amis et connaissances, dont les poésies inédites lui fournissent un beau choix de cititions.

Bêla»: bêlas:

(SnAESPEABE, traduction de Lelourncur.)

C'est un spectacle étrange, et qui mérite certes Qu'on tienne pour le voir les fenêtres ouvertes.

(AniSTiPPE Grfluciiard, Saj/nète^.)

Oa'ille était bille!

(LoRD Btros, tradoction nouvelle et inédite.)

Oh I la société

Use bien promptement le cœur qu'elle a frotté !

(Le comte Alfred db Balamt, Dê^ralio.)

O •nblimes Iransporls:

(Gabriel Rouakoticb Dershawsi, Odê à Dku.)

Je vais mettre le nés à la fenêtre ronde

Où l'on passe le cou pour voir dans l'autre monde.

(Stlvestre de la Morandière, Dernier Jour d'un Condamné,)

Ctui aimt sans trtcl)em Vie penôT, n'a ttoh^ n'a ioj, Wxine i^enU tst îréôiras, Cil que [ot}ax amovs lie*

(Jehan Momot, Poésiet du treiMtème iiècle.) (KomBi'F, Adelaile rf« Wolfingen, acte II, scène vn.)

Parfois, pour se donner à peu de frais un vernis d'érudition . le poète nébuleux pille çà et là, dans les grammaires et les guides de la conversation, des épigraphes en anglais, en allemand, en espagnol, en turc, en russe, en chinois et autres langues dont il ne possède pas la moindre teinture. Il aflTecte aussi les tours de force en fait de versiGcation, et danse sans balancier sur la corde rfaythmique.

Quand la guerre, sur la pU ine

Pleine De bataillons, où la mort

Mord, Dans le sang et le carnage

Nage, Jetant les roii des combats

Bu;

Dans les enfers tout rougeoie :

Joie; Orgie et repas sans fin,

Fin;

Car miint pécheur qui trépasse

Passe Par la porte du manoir

Noir.

Comme le poêle nébuleux , le poète intime est une création moderne : c'est un intrépide flâneur qui passe ses jours à regarder par sa fenêtre, à courir les rues et

le

LBPoen.

,€% dusfft, i fsifre 4e rœfl le v«l fa MNidMs ci des ppilkN» : pife-lempt fort inoi^ssif sH oe teaiit ea fnm risée va joan»! de tes Ciiu et gestes.

Hier par un bcao tempt je quittai ma demeure Pour m'àWvr promener: il pouvait d'tre une heure. Je m'en fus à Monl martre: or c'est un bel endroit. Où l'air qui; l'on respire eti pur, et d'où l'on Toit Se dérouler raii*, le vicuf gé;inl de pierre, rtoyé djns un brouill.ird dr |m»o Ireuse lumière. Dea lorrctilA de aolcil inondaient le vallon; I/oi*eau cinniail en l'air, dans rbcrbc le grillon, Lt »ouf le berceau vert l'ouvrier eo soj^u^te. Tout ^taii p.ii. le ciel, les diaoïps et b f^injnictle; Moi-mêm'* je «rniain mon rasur libre el joyeux... Mm tout a coup des pleura ob»cureircnt mes yeoz; L'n tonge de n«'aiit |k;»:i »ur ma poitrine, Cir je ven ii« de vir. mu pied de la roliioe, A l'ombre de ryprcs par le vent babnccs, Des flocons de tombeaux bbucliélres et pressés.

Le poêle* intime alTt'CtionDe le sonnet H combine deux qu.ttraiits et deni tercets en Tlionneur de qui que ce soit, et pour expriratT n*im porte quelle idée.

F!oré.iI est venu; le moi< de^ gibouloes Cr^^e de d«'lrrnip«.T les fljiics do nos coteaux. Voici des jours de flimnios et des nuits ctoilées, t'ii soUil radiciii se mire djos les eaux.

Et dt',â ramariditT, suis cnindre les {(cices, D'uno lilanclK: dentelle arg«.'nte set* rnme.iux: L'on eiit'^nd ^utniiller sous le» vertes feuillées Un cœur li.irnioriieux d'insectes et d'oiseaux.

N'est-ce pis ? il e^t doux d'errer dans la contrée, Qui s'égaie au .soleil, de mille fleurs parée. Albins ensemble, ami; viens donne-moi b main.

Loin d'un monde brillant quand le bonheur s'exile, Pour le suivre à b trjce abandonnons b TÎUe, Et puissions-nou5 bientôt le trouver en chemin I

Le fibnCfllit dA Mmuncei réunit en lui le poêle élégiaquc. le poète nébuleux et le poêle intime. 11 est auieur du Chant du pâtre , de Ha Chaumièn , du Chasseur tyrolien . de 1o Fleur des champs , de la Brise du soir, de Toujours loi , de C'est toi que fai rêvée , et d'une foute de barrarolles sur les gondoles et les farandoles, ^ien qu il soit obligé de se plier au caprice du musicien, Nf'attribue exclusivement le succès do leur oeuvre com-

c Coonaisscfvous BU derDÎêre romance?—Je l'ai enleodo cbanter; l'air est délicieoi. — L'air D*est rien ; ce sont les paroles qui lai donnent un certain relief; je m'adresserai désormais à an antre compo^iteor.

Le mnsicien parle différemment, c Connaissex-YOQs ma dernière romance ?— Elle est charmante. — Von s me flattez; Il est vrai qu'elle a réussi, malgré des paroles dé- • testables. Dorénavant j'aurai soin de me pourvoir d'un autre poète, b

Quelle différence entre le faiseur de romances et son collègue le chansonnier, débris de l'ancien Caveau H au Caveau moderne . président de goguette , membre de la Société du Gymnase lyrii|ue . conserv.-^teur des la /"aridondaini, des Ion lan la landerirette, et autres vieilleries du Ihéilre de la Foire. Le chansonnier descend le fleure de la vie en Tégayanl par des flonll »ns. Le chant est sa langue naturelle, et. quand il parle comme tout le monde, il déroge à ses habitudes. Sa présence anime les banquels ; il accompagne chaque service d'un refrain, et bénit l'ingénieux faïencier qui imagina le premier de graver des couplets sur les assiettes.

€ Silence, mesdnnies et messieurs î je vais vous chanter l'éloge du Champagne; ayei la bonlé de m'accorder un moment d'attention ! Je porterai un toast à la Gn de chaque couplet, et honnis soient les retardataires qui ne me feraient pas raison. Premier couplet!...

Aia de la Révcrcr.ce.

Au cb.impagnc il Hiul consacrer Une cliansonnctle b'îgtTC :

Je Consens à le célébrer, liais d'abord emplis»cz mon verre.

De ce vin l'cnivrinl bouquet Bicllrj mon esprit en campagne El c'est rempli ilc mon fujcL Que j'aime à chanter le Champagne (frtt) Le Champagne!

A la mémoire de Désaugiers!... Vidons Iik coupe en trois temps!... Allenlion, mesdames et messieurs, Toid

Pans. laap. dtIdoMrd tUOTiratStlat-Utls »4f.

LE rOETE.

le couplet politique; on le chante â voix basse. Regardes, je vous prie, si les portes sont bien fermées, et s*il n'y a pas de sergents de ville dans Thonorable société... Deuxième couplet!...

Du gonTemement d'aujourd'hui Le Champagne est Tauxiliaire; • Que de Toix conquises par lui

Dans les banquets du ministère I On connaît plus d'un député, Jadis siégeant sur la Montagne, Dont la conscience a sauté Atecle bouchon du Champagne (&t«), Du Champagne I

A la Révolution de juillet !... Voici maintenant le couplet immoral, qu'il faut chanter encore deux fois plus bas que le précédent. Prenez vos éventails, mesdames, si vous en avez... Troisième couplet!...

Ce Tin sert les projets d'amour, Il captiTe la plus rebelle ; Au souper servi chez Véfour D'abord on invite la belle; Elle résiste peu d'instants, Car bientôt l'ivresse la gagne...

Sa vertu dure moins longtemps Que la boulciUe de Champagne (6û), De Champagne I

Au sexe qui fait le charme et le tourment de notre existence! aux femmes!... Vient ensuite le couplet patriotique. Vous êtes priés, mesdames et messieurs, de déployer le plus vif enthousiasme... Quatrième et dernier couplet I

Quand, pour nom imposer des lois.

Les Prussiens marchaient lur nos villcfl, Au sein du pays champenois Us trouvèrent des Thermopyles.

Si des ennemis orgueiUeuz Osaient se remettre en campagne, Ils auraient encor devant eux Les paysans de la Champagne (6»), De la Champagne I

A la France!...

On se lève, on applaudit, on crie, on tend les verres, on les choque avec fracas, le chansonnier triomphe. Et pourquoi? parce qu*il a réveillé des sentiments nationaux qui couvent sans être éteints, parce que, tout en rimaillant, tout en fredonnant, il a remué des idées populaires. Ou peut lui reprocher de répéter régulièrement aux noces auxquelles on le convie un épilhalame omnihuê qui s'accommode à tous les mariages comme la botte du Petit-Poucet à toutes les jambes.

Mais à porter des nœuds si doux

Pans. Tmp de LJouird Blot, roc Saiut-Louis, 46.

LE POETE

C'c«l l'amour seul qui tous engage ; Vous serez heureux en ménage, 0 mes amis, mariez-Tous (bit).

On l'accusera de ne jamais prendre une demi-tasse mentionner une chanson qu'il a faite sur le café.

Des traits de la maligne envie Par lui Voltaire a triomphé:

Il puisa plus d'une saillie Djiu une lasse de café (bit).

On dira qu*il improvise annuellement depuis yingtcinq ans la même chanson en l'honneur de l*éphémére monarchie de la fève.

Sans intérêt l'on va chanter;

Point de loua; ge mercenaire,

On le louera sans le flatter :

C'est un roi comme on n'en Toit guère (ftfa).

Et pourtant, malgré ses trarers, malgré ses rimes hasardées cl ses vers parfois boiteux , le chansonnier est peut-être de toute la corporation des rimeurs celui qui , t'adrcssanl aux masses par la forme et par le fond , a le plus de chances d'être hi et d'être compris.

c Mais d'où vient le peu de succès des poètes en général ? demandais-je à un vieillard dont l'âge n*a point détruit la verdeur; est-ce que la forme de leurs poésies est défectueuse ? est-ce qu'elles ine sont pas .assez riches de mélodie, asscx enjolivées de métaphores, assez festonnées d'expressions pittoresques? L'amateur économe hésite-t-il â [4iyer 7 fr. 50 c. quelques rimes qui courent les unes

après les antres dans un Taste désert de papier bbac? I est vrai que c'est cher comme un gouTeniemciil à hm marché.

— Dans ma jeunesse, me répondit mon iDCeriocutcv, j*ai vu commencer un mouvement qui se conlinoe acore : il s'opère dans les niasses un travail qui esl ik lois une négation du passé et une préparation de Taftnîr; chacun cherche l'xd'un problème inconnu, etcetrevoit sur le corps social des écrouelles que les ros mêmes n'ont plus la puissance de guérir. Au milieu éi l'agitation générale, quel intérêt vouIcz-tous que l'oa prenne à des aligncurs de mots vides et sonores , à àa mécaniques organisées comme des serinettes pour rendn certains accords, et qui, en tout temps, en tout lieu, ea toute saison, dans le calme ou dans la tempête» psalmodient leur insipide et monotone symphonie ? Il*e$t-oo p« en droit de leur dire : c 0 versificateiurs. Platon vo« bannissail de sa république; mais, si tous êtes digaci d'être diissés de toute société bien constituée, à pis forte raison doit-on vous mettre à la porte d'un Etat trr Taillé d'un besoin de reformes, et qui veut des hommes habiles et dévoues pour les accomplir! Êtes-roos des a^ tisans du progrés '. poussez-vous la roue dans un chemin meilleur? Non. Quand on tous demande une mavre grande et utile, vous répondes par un feu roulant éê rimes croisées sur une banalité quelconque ; méprisés des gens sérieux , vous n'êtes pas même des bouflbos , car les bouffons amusaient, et tous ennuyez; car les bouffons faisaient rire de leur maître, et si vous faites rire de quelque chose, c'est de tous. »

Cet arrêt de mon vieillard quinleux est loin d'èlre sans appel ; mais que de poètes semblent prendre à UcIm dt le justifier 1

LE RAPIN

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