‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 164 sur 269 · MAURICE DE FLASSAN · texte numérisé non relu

MAURICE DE FLASSAN

Il y en a mfime qai regarderaient tolontiers la mosiqne, h Paris, comme ur.e affaire d'État.

J.-J. fiOCSSEAU.

^^:"). - «ris est la pairie des

^^' ^îf^ïk cantalrices de salon;

il n'y a que là qu'elles existent dans toute leur splendeur. — 11 n*y a que là qu'une femme fasse de son salon un théâtre, et d'elle-même une comédienne. Les femmes du monde, à Paris, ont soif de rein et de notoriété publique. Et foulant aux iaronne impérinlo de leur modeste dignité fêles courent toutes blanches, toutes fraicheset Ses, avec leurs bras nus et leurs poitrines déleurs guirlandes de fleurs et leurs ceintures i robes de dentelle et leurs écharpes de gaze, m public dans rarènc, et lutter, avec cette ige, la critique, devant trois mille specta-

siéde ou tout le monde a une mission, où le persécuté, le génie méconnu, la femme incombâmes ont la mission de chanter. A la femme rt à la femme qiji soulTre (canonisées par tous m depuis fort longtemps, et surtout depuis BDt se joindre, pour compléter la triuité, la i chante.

La femme qui chante est sacrée, • .••■•*•■• Li femme qui chante est bénie t

Et ces dames ont l'air de croire que beaucoup de péchés leur seront remis parce qu'elles ont beaucoup chanté.

Le chant est leur baume de fler-â-bras ; elles s'imaginent y avoir découvert un spéciflque infaillible contre tous les maux, et appliquent un concert, comme remède universel, i toutes les plaies saignantes de la malheureuse humanité.

Le chant et la charité ballottent entre eux ces dames. La charité les pousse au chant, le chant les pousse à la charité. Rien n'est charitable comme la femme chantante, et personne ne chante tant qwi la femme charitable.

Un malheureux qui manque de tout, dont la femme est mourante et les enfants aflamés, et qui a entendu célébrer la bonté divine de ces sœurs de charité chantantes, s'adresse à une d'elles : elle l'écoute avec une aflabilité vraiment touchante, et puis, au lieu de lui donner de Targent, d'envoyer un médecin â sa femme, et du pain 4 ses enfants, lui répond : < Je parlerai à madame de B » et nous donnerons un concert pour vous. > Le pauvre misérable s'en va, accablé de douleur, mourant de faim et de froid. La cantatrice, lorsqu'elle raconte l'histoire â ses amis, le soir, a une attaque de nerfs; ce qui fait dire à toule la société : c Quelle àmc divine et quel cœur d'ange ! » â quoi elle répond : c 11 est vrai, je suis trop sensible! » Et puis, dirigeant un regard humide et languissant vers un grand et mélancolique jeune homme 4 moustaches noires, avec lequel elle chante ordinaîremMt le duo des Huguenots, elle ajoute en soupirant : c Vont ne saves pas comme je sens vivement I la sensibilité me tue! c Six semaines après, la cantatrice, resplendissante de toilette, fraîche à force de blanc et de rouge, brillante

LA CANTATRICK DE SALON

à force de bijoux, applaudie h force de dîners, chante deux cni'ittines, deux duos, deux Diialcs* et des rom«inceE sm^ nombre devant sli ceols per^naes, et se trouve tiiûl n U Un.

Son concert fait fureur, et quand elle ae prépare à donner quelques secoiirit à rînfûrtiiné qui, sans le voïtloîr, la aidé a rcnrcliur les oreilles a la nîoilîê du monde cli^ganl de Paris, elle est tout étonnée d*apprcndre que Bîi femme est morte depuis trois semaines, que lui-mAme fi*e$t Irùte k cervelle, et qu «n ïgnore ce que sonï devenus ses enfanL^. Elle lève se^ yeux vers le ciel, et dit avec un air de résignation chrétienne : « 11 y a dans ce monde de^; gens bien ingrabt. » Sei^ amis Icfeul les ycu3t vers le ciel , et disent : « Qurllc femme sublime i elle ne pense qu'aux oulres! i» ijorst|u*clle i secouru tous les pauvres de son î^rrondissenient^ et tous les ouvriers malheureux des provinces, que, pice A elle, il n'y a dans son quartier plus de pauvres, et d»us les proTÎnces^ïUisd'onvrieriî malheureux, sa charité inopui- Kahle prend ^qu essor, traverse les mers, franchit tous le« obNtacles, ne se laisfïe tirrt-Ler par Heu, et Unit par découvrir quelque vîllaf^e nfricain ou amêricaîu dout h s liidiitaiits souffrent (c'est le mol), qiidques victimes du feu ou d*un trrinlilcmcnt du terre, d*une rivière débordée, ou d une révolution, d'une aviiLinchQ ou d'un volcan. Les virtimes nécejisaires uni' ffus trouvées, elle orptnise tout de suite un concert, écrit des lettres humanilaircj! [car la femme chnntani*' a au<isi ffarfuis des prctentionfi littéraires), qn'elle termine d'urdinnireen vous euga^eaut a itller chez elle le lendemain à deux hiurcs pour une répétition.

Ceux qui n*y ont jamais as^sii^té ne pcuvejii ^c faire une idée de ec que c'est qu'une de C'S répétitions ou on exécute toutes sortes dr chreurs et de [îii.iles. Peiul:iiit un nioiii, k cantalriec qui doit nr[^.-iiiiser eecoiieert-nmiistre en miniature demande de?i voi^ à tons sen auiis, rtfer;ut au bi'soin chanter sa femme de chamlire ùii son portier. (Juand tout est arraui^é, elle eufern^e soixante di^ iridivïdus mâles et femelles daui^ son snlon, et pré^ide ellemême au charivari tepluséiiouvoutable qu'il sait possible de concevoir.

Sir tQhtn mit hhîn ^thî grimbeii, l'tn^ mnutn** £ riuïr, nrimtn^i ^iianj«

On souffre la chaleur et la soif sans jamais se procurer tle l'eau ou de l'air, et on tmnbe de sommeil sans pouvoir s'endormir^ car rorchcs^rc et les voix grondent et iniTgissent coin nie une tempête, avec celte difFérencc que, dnns l'orage vérîinble» le tonnerre i^e lonne pas tonjours, tandis i]ue dans ces ouragans improvisés, il ne cesse jan»ais pendaul au moins quatre heures.

Cet ange de charité à nniEndrs fait f»rendre des billets en masse â tous les Jeunes gens qui ont le malheur détre protégés par elle^ chante elle-même tnus les plus beaux niûrneaus, et fait chantera ses amis tous ceux qni ne liuir eonvicnrR-nt pas, puis, à la Gu de cette œuvre de bi u faisan ce msG en musique, « chose la plus lugubre, la [lins assimiin:inic que j'aie entendue de ma i'îe, et que je n'ai j^miais pu supjïorier une demi-heure Bans gnpitruu viiden! nral detéie^» les incendiés et les banqueroutiers, le-v estro^^iés, les sourds- muets et les aveugles, les ouvriers de Lyon et les ble^^sés de Juillet, les veuves de^ suidais tués à Coustantincel les orphelins JcH curieux éer.tscs dans les émeutes, les émigrés ila- Jieaii et les exilés polunais. les vieillards paralytiques et

' Ruu^seAU, ta NouuUe Hwhitt, tt^ltre ixui.

tes enfants tn ^t c*^ IMbIb ou intagi natales, crient GMg m caDtatrîCû de s «p ctck«nC«t

. . La TiùiK^aiBe£l:rai^

tappriiettJ

rit&l

On a sa eanUInce â Partt CQBai«|i chaque quarllerp chaqsa soaéiê.f sienne. Il f ë la canUlrice dcftdmi de la Chaussée-d'Anlin; alliai «t| flora de l'espèce. Elle eâ poorki quîse ou priacetse, ttJ deurs, sus minlstrêSp mx Après cela, il j a lespeliltti poussent pariont comme de i femmei de notaîreij d*aTOCâts, taîaes d'étal-major et de joaraaUfc i corn tecsesf ru i a ées demeura nt la \ épiciers- proprîétairea demesfwlîl tons les gens qui, lomqu'its i sirop de f^ToselUes^ ei qui Suti^f Saint-litrmnin par le chemia^rfaj contrer an moins une, et tites filles qui ne savent ^s'ntilM^l rendre plus iuKÎpides et |>lnt \ leur manière de les cliantcr, faiï Tuget et de M. Griser, qui ^ la, se )Ktsser de leurs elTorts.

On pent diviser loulea la 4 deux classes : celles qui Pei . .

tûiu qui di^ntent lost. Il f m il d.imes qui Ronl connues pamf~ tfnt constntnmenl : mada»td' ~

le linaled*4fiiia Jlafdia;t

1 air de la Norwta; madamltl line de la Sonnamhuta: nuimmt f HianL 11 SI rail pluK court, ce wi damei par le nom de leur i Bolena, Norme, la Sannambah. b I snurait tant de suite â quoi t'ial aux cantatrices qui ebanteal ^sl^ i nomtircuses (non que je vearlïefci [meuvent chanter qu'au Boccess danpreuies que les autres: car, « t.ilrîcea un seul ressort, os eil«r^ de prédilection fini, elle u'onvrin fis k soirée, tandis que les uoîrersilîdBMr un instant de pois. Elles I ver des morceaux qu'elles est i et qu'elles cbanleut en ti»i ja pour la premién; rois. Qoand 4 elles se rappellent toutes sorteid létes dépareillés pir en^nr, cl fi mtî eu train de faire cette nissent plus, surtaui si iwstlMI clianter. Il est â remarqua^ qsa kl cliante jamais quand ob 1^ i quand on ne Vj tangage pas, < triées de nos jours soat ea qi*li i Cé^rs. Ce qu'il y a de yCB fis f cantatrice qai chânle igmi. e'i ' ceci esi un horrible pict-apm, a^ I apparences, doit être \ elle-même que pour eeui qÉi i tatrice de «ion o'^nrM» i myope, et n cm

Gudrolls di ils « I

U CAIfTATRICE HE SALON.

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18 elle avance, moins elle voit; elle a beau au sucrée, la toux conlinue avec la môme et De cesse que lorsque dan^ sa pnrlie il se lote à Tunisson avec les autres voix, et qu'a- } preuve de bonne volonté, elle se fait un tnter avec une force a.ssourdi<;santc.

lent que le chant est très- préjudiciable à la le toutes ces belles et brillantes cantatrices iroonoDS dans nos salons (et dont quelques- * de se porter même trop bien, si on ose ÎDsi), il n'y en a pns une qui n*ait ses attas, ses palpitations de cœur, ses évanouissemts; il n'y en a pas une cnGn qui ne soit et dont les souffrances ne proviennent de ensibililé et d'impressionnabililc nerveuse péescbez elle Tctude de la musique vocale. s ce que c*est qu'une cantatrice de salon, i enivrez chaque soir des accents mélodieux le ces bouches divines? vous qui, pour leur ire admiration, vous transformez en de vérisoirs ambulants? Insouciants ! ingrats ! je le i-yous ce que c*est qu'une cantatrice de }us a demandé si vous saviez ce que c'était d'une femme, que la létc d un homme, que I le vice, (|uc le conseil des Dix, qu*un galé- B a fait subir un interrogatoire d'inquisition

sur tout ce que vous saviez ou ne saviez pas ; mais jamais ni M. Hugo, ni M- Dumas, ni M. de Musset, ne se sont avisés de vous demander si vous saviez ce que c'était qu'une cantatrice de salon : c'est une pendule d cavatines dont tout le monde a la clef et dont personne ne peut arrêter le mouvement.

Vous vous êtes imagmé peut-être, parce que vous voyiez ces dames s'empresser de courir de soirée en soirée et de concert en concert, parce vous les voyiez négliger leurs devoirs de lilie, d'épouse et de mt>re (tous leurs devoirs sociaux cnûn), que c'était le plaisir qui les entraînait : vile pensée! pas du tout; elles remplissent une mission sainte et sacrée ; leur vie est une vie de fatigue, de privation et de mortiGcation. Elles sont poursuivies par l'envie, 1 injustice et la haine, et, pour comble de malheur, elles sont incomprises. Une de ces dignes créatures, une de ces nobles femmes, me disait l'hiver passé : c Je me lève bien souvent avant le jour parce qu'il faut travailler ma voix ; je passe ma journée entière dans les répétitions, et je rentre à deux heures du matin, accablée, brisée... je sens que cette vie-là me tue, mais il faut se dévouer pour les autres. »

On pourrait faire deux questions à ces dames : qu'est-ce qui les force à ce dévouement héroïque'/ et pour qui te dévouent-elles? Des Ames bien méchantes ont répondu i la première question : la vanité et le désir de la publi-

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