‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 172 sur 269 · L'USURIER · texte numérisé non relu

L'USURIER

tel

L JOUSSERANDOT

'argeiil cst-U une marcliaiid]>t: ordiisalre, ou doît-îléirc sotiiinsdiiii tiirif cûmme h% choses lus \}\us indLs[)ens^liles de h vie ? f/est là une q lies* ion trop grave \i{iW i]uc je ne lilsic pa^ n d'ûtilrcH le soin île la rcsoiidrû; mon but est seulement de peindre le caraclérejes habitudes, les ruse?, de celle rla^^sed^honimes qu'on nomme usuriers; espcee de vampires sans cesse en aixél sur nos Trcdaincs, el tuijnuri! |UTi:i d sucer notre bnur<;e, en nûus étourdissant par le liruiî des plnisirîi, comme la terrible chauvr-souris dWniériquc suce 1c sanj^ du Tûpgeur as- ^OLi|ii en remlormajjt avec k frémissement de sea ailes.

A vîn^t ans, nous afi!ii:^înTi'i » la vie comme à un somp* tneui banquet dont le rni rst le plaisir; et nous ne voi'ons pas h!^ laquaiâ qui imiLs servent rire tout bas de no« folies, ri compter d'avanre le profil quMls retireront de

uoLre ruine L'u^iiniT est noïre intendant â cet Ige;

c'est lui que nous ckrtr^^^ons de nos affaires ; à lui le soin de nous fonruir des Fonds ; a lui la cordée de répondre d nos crt'anciersp cl nous allons de la srirlis sans regarder en arri^Te, jusqu'au moment oiï îl demande d nous rendre ses comptes. A tnri^, malheur à nous l s'il nous abandonne, c'est qu'il ne nous reste plus rien qui puisse te nier sa cupîdilé.

Il y R une grande dîflereuce entre l'usurier de Paris cl l'usurier de province, quoiqu'ils emploient d peu prés les mêmes moyens pour arriver au même but. L'usurier de profince est presrjuc toujours un licui bonhomme

retiré des alTaîrei, qiita après j rante années de sà tîo i rrnny mlile francs, ?lt tranquilkini qu'il sait faire frudllier. et qui Bni i mille livreidt rente, quelqiieJbîft|~ surloul un des habitués du café le } car c'eijt au café qu'il élablil prédit I de ses eiploits. Dans Ici villes de [ tcnce est si monolooe, le café etf es Al contre Fennu! ; c'e^t un lieu de i vient chercher les uouTdlei da j qui pour la plti)>art u'^at rien i bin,] grande partie de leur journée if des objets de consommaiion. puis 4c I les pièces de cent sous tarisaent, «il maiire de réiablis&ement. eosnite des gens d'un âge respectable, i c ne jouent pas, mats qui rafirdctt JQiW«4

vent leur avis Lorsqu'un j««it t

pressé par le besdio d'ar^Dl, ifiHl ' lard aisFECTiiLK, antremenl iîU Na le consoler :

— Vous devex, lot dtl-iU ccBi ém deux cents francs à wo$ amb; Êm pêêW pas ; je sais ec qae c'est^ j*ii kà JiBii main malin cliei 11101...P

Le lendemain lûua ^xirti ail cinq cents francâ dont f oui avest sii cents, pour que ?ous a|o m failf's un simple billet, av«c lilè an, et tous rentretcbet vo«a tffill bité si grande, et prél à ém TOUS dirait qu'il existe dat ] sauf le billet et Vh ^kU ^ aà M «] un père ne ferait ) t miii

LUSURIER.

K que l'amorce, et tous ne prenez pas garde é la racler qu'elle recouvre.

tni, joyeux, comme au jour où vous êtes sorti du

poar D*y rentrer jamais, vous marchez sans

MHS ^'grels ; les dépenses succèdent aux dé<

les folies aux folies ; les Gnances deviennent ra-

anii tODl aussi gènes que vous ; mais qu'im-

<Mir(|iioi 8*alarmer, 1 honncle homme n'esl-il pas

oone vous est ouverte. Depuis six mois vos dé-

»Dl aagmenté à cause de la Tacilité que vous avez

MTOCOrer de l'argent, vous allez trouver votre pro-

»n brafe monsieur, lui dites- vous, je suis dans une Irà-embarrassanto, et jai recours àiotre bonté a tirer d'affaire.

: de quoi s*agit-il? vous répond-il bonnement, ■f'besoio d'un billet de mille francs.

■ible« diuble, mon jeune ami, prenez garde, tous 30 TÎte, vous dit-il avec un air d*intérét. a bah! mon père est riche... répondez-vous... •• rendez-moi ce service.

»us faites de moi tout ce que vous voulez.

providence vous fait alors signer l'arrangement :î. Vous devez déjà six cent trente francs ; car on nt pas sur le premier billet, quoiqu'il ne date que ois, et que les intérêts aient été stipulés pour un nille francs que vous recevez, auxquels on ajoute mt du billet, plus cent francs qu'on vous donne i vous soyez un p* u en avance, tout cela fait bien pt cent trente francs. Mais, comme les fractions uyeuses dans le calcul, et que d'ailleurs il y a ôis, on vous propose d'arrondir la somme, et vous 'avement un billet à ordre de deux mille francs. i "VOUS pouviez encore vous sauver en avouant à mille des fautes qu'elle pardonne toujours, et que Tusurier craignait, c'est pour cela qu'il a ss mesures avec vous ; mais, quand vous aurez de L recours à lui, ce ne sera plus pour une petite dette ct'Dts francs, qu'un ami, un parent pourrait vous Knais pour des sommes de quatre, cinq, six mi!le mi jamais vous n'oserez en faire l'aveu à ^otre lors l'usurier vous tient dans ses griffes : â chaque 3 prêt, ce sont des renouvellements, et â chaque vilement faute de payement, ce sont des intérêts i s ; et puis les lettres de change ont succédé aux a billets et aux billets à ordre, la dette grandit naniére effrayante; et, si vous vous permettez des itlons, on vous dit d'un grand sang-froid : ayez, si vous n'êtes pas content !

répondre à un tel argument? L'usurier sait trop 18, lorsqu'un jeune homme en est arrivé là, il ne as rembourser, et qu'à l'avenir il ^-era toujours e se soumettre à ses exigences. Aussi, au bout de dix ans, le malheureux doit quarante ou cinquante rancs à un homme qui ne lui en a réellement prêté : ou douze mille; et, lorsque ses parents viennent •ir, il est forcé de vendre leurs biens, ou l'usurier vendre par autorité de justice. — Et voilà de ces :|ue rien ne peut guérir ; nos lois sont impuissantes l'adresse de ces misérables.

urier qui spécule sur le plaisir, qui ruine des jeunes iches, est certainement bien coupable ; mais ces dévorants qui profitent de la misère pour s'enrîoh! ceux-là sont hideux; car ils sont plus cruels s sauvages qui vivent au désert, eux qui sont sans Il qui vivent dans un monde civilisé... Combien oe I pas, dans nos province^, de ces gros paysans, un noueux à la main, la taille serrée dans une ccin*

ture de cuir remplie d*or, courir les foires, les marchés, pour faire leur offre de services ; el quels services, grand Dieu ! Un pauvre cultivateur rcgarde-t-il d'un œil d'envie deux belles têtes de bétail :

— Voilà de la belle marchandise, mon braTe homme, lui dit l'officieux.

— Oh! oui, monsieur, répond le conGant cultivateur; et ça me conviendrait assez, à moi qui ai perdu tous les miens par la maladie.

— Pourqut)i ne les achetez-vous pas?

— C'est l'argent qui me manque, dit le pauvre laboureur en baissant les yeux.

— .Mais vous ne pourrez pas labourer, reprend l'autre. Tenez, moi. j'ai pitié de votre peine, et si vous voulez...

Et l'usurier profite de la nécessité où se trouve ce malheureux pour lui prêter vingt ou vingt-cinq louis, à la condition qu'il lui en rendra vingt-cinq ou trente après la moisson... Lorsqu'à l'échéance on ne paye pas, l'innme arrive la lettre de change à la main, et menace de faire tout saisir; si le malheureux a un champ ou une vigne, le champ ou la vigne devient la proie de l'usurier; et s'il n'a (|ue ses instruments de labour, ils sont vendus sans pitié, et le fermier est réduit à la misère.

L'usure est encore chez nous un mal qu'il sera bien difficile de guérir, en province surtout, où tout se passe dans l'ombre, le mystère, où l'usurier est sinon l'ami, du moins presque toujours la connaissance intime de ce« lui qu'il dépouille; et il ne fait pas d'étalage, il se plaint sans cesse, accuse la misère du temps, et parait de plus en plus pauvre, à mesure qu'il s'enrichit... En un mot, l'usurier de province est honteux... Mais à Paris, quelle différence!

Ici ce n'est pas l'aspect d'une fortune médiocre, ni une basse hypocrisie, qui sont la règle de conduite de l'usurier, c'est par le luxe, l'audace, l'aplomb, l'insolence, qu'il mène sa barque. Chaque jour on peut voir au bois de Boulogne un délicieux tilbury traîné par un grand cheval cendré, que conduit un homme encore jeune, quoique déjà sur le retour, perché sur trois coussins, à côté d'un groom imperceptible ; eh bien ! cet homme qui manie avec tant d'élégance un fouet en corne de rhinocéros, /{iii jette au vent la fumée de son cigare av< c tant de poé.sie, qui est toujours monté sur vernis, ne porte que des gants jaunes et des chapeaux Gibus; eh bien ! la forlane de cet homme, qu'on croirait millionnaire, ne va pas au delà de quatre cent mille francs. Et pourtant il a les bonnes grâces d'une dame de l'Opéra qui lui en coûte vingt mille; il ne dîne qu'au café Anglais ou au café de Paris; il a un appartement somptueux dans la rue Saint- Lazare, et...

— Mais, dira-t-on, cet homme est sorcier.

— Non, mais il fait l'usure.

Oh ! qu'est devenu le bon temps où l'on faisait traiter

ces sortes d'affaires par des laquais, où l'on faisait bàtonner un usurier insolent? Aujourd'hui, c'est la tête découverte et le sourire sur les lèvres qu'il faut aborder ces messieurs, et bien heureux nous sommes quand ils daignent nous rendre notre salut. Voilà les bénéfices de l'égalitt'... Mais revenons à notre [ton... je dis lion, car l'usurier de Paris est presque toujours un lion des plus féroces, un merveilleux plus orgueilleux qu'un marquis ruiné, et plus fat qu'un parvenu. Les lions de nos jours sont pour la plupart des braves garçons qui ont le tort de vouloir faire constamment de l'effet; ils s'admirent, ils se trouTent beaux. Eh bien ! c'est un traTers qu'on peul facilement leur pardonner r qui de nous n'a pas son traTers? Et puis, ce sout ordioairement des jeunes gens riches qui savent la vie, la mènent voluptueuse et bril-

U\)U\ et Gnissenl pcr devinir d'excellents maris. Mais rnsurior grand seiîinciir est l'^lre le plus insilent qneje roiiiuiisse. surtout cnverN les gens qui sont forcés dererouiir à son iudii>trîe. Une chose digne de remarque. rVsl que. lorsqu'un jeune h:«mme s adresse pour un emprunt à un de ces hommes d'une proLtlé plus ou moins suspecte, il n'arrive jamais à lui avec l'cs^urance que donne la conscience d'une b^nne r.cli">n: c'e«t prfspc on IromMant qu'il lui parle, il a l'air d'imf î.irersa pitié; li c'est 1-^ 5:cs ^y.We ce qui a donni à l'u^urifr de hîul oî.\;e u:; ::r d'iî::jo:îii:eï:ce ei de |rolcclion qui ne îe qîiilie jarri.is. Ticl i! enivrai que. lor^.pe :e besoin nous prexse. lov.^ nous fii?o::s le>lrès-h'.:m -les servite'îr< de celui de ] :i nous a.loï.dons du sec -urs, quelque mépris que nous ayor.> [our ^a pir^or.ce ou son caraclrre. Du veste, rrsurier d.-nl jt= [arie ici a toujours soin de chercher à faire vr.b.icr la profession qu'il exerce, tt pjur cela il u'rgit jan-.?.is par liii-méme , il est loujj^urs 1-^ [rêloniu :^ent d'un tiers, il jamai< son nom ne [larail dans hs billets. Quard on va lui |ropos r un emprunt, voici prest^ue toujours comn:e il se Ci'::d-iil : d ab -rvl il n'a pss d\irgei.t; il ne peut |JS en ?.v.vr. Le Iraia qu'il mène, le lu\r qu'il déploie, ne lui porm-lloiîl |as de faire assez dWononiics pour obliger des amis: il a même des dettes.

Ceprodapl Q tâcbcn de tirer d*Mkmih| s'adresse i loi; parmi ses noBbraMi «■ espère troorer quelqu'un qiî posniitotl dont oa a besoio. Quant à \mu c'criwM il n*a |»s d'ari^i; eU malgré a fartât ii| (as TÎTre. s'Q n'cuit dans lcsalbHfi;MU grand, et ne se mêle pas de semhhlkihfli Te) est le raisonnement par kfari Tm^ à proDTer que c>$t un scrrice mik^nàwM fine affaire d'intérêt qu'il vent tméim;fUi die son monde en disant :

— Revenez dans quelques jonn»fa|iR*' de bonnes nouTelles.

Deux 00 trois jours aprcs, kciatfllMi surier, et dès que oèlui-d râperait :

— Tn votre aOaire, M fit^l. M fH sans peine...

-Ob! nmisieur. quedenMdaA*

— Vonsnem'eadeTCBpM.cveiM^ TOUS obVige. Void la Ao&t : Jt cmiAs*! an mien au. a^ doit tnnrhrr es iiH^ d'êc i '" — rlh|W— l^ pr ;.

LTSUBIER.

I Bem*eD a pas parlé.

II demande au client quelles sont les siennes; re dix ou douze pour cent avec une année de retire en annonçant une visite prochaine pour e wumneur aura touché ses mille écus. C'est sommencer pour Temprunteur une suite con-

promenades à la demeure de Tusurier; vingt réienteni chez ce dernier, et toujours il lui

L pas de ma faute; que voulez-vous? ce mon-

ami, Drapas touché son argent; le billet est

*M. pas payé, et TalTaire est au tribunal de

j^ alors, on le supplie de s'adresser à un aum. connaît tant de monde; on a grand besoin k tout prix, il en faut. G*est là ce que voulait setimable industriel ; il ne vous a fait aller si et lui que pour vous fatiguer; il sait que Tat- B les désirs, et il compte bien que, plus vous plHS il lui sera facile de vous faire consentir a mI voudra. C'est ce qui arrive... Quand vous shez lui, il vous offre toujours, de la part du 5 écus, avec quinze pour cent d'intérêt pour

Vous vous recriez ; jamais vous n'accepterez Eons aussi pénibles, et vous le quittez sans ■ire... Mais la rêQexion arrive, vous avez bcmai; à qui vous adresser? Vous allez le voir le

et vous lui dites :

spte...

S trop tard, vous répond- il, ce monsieur a

3Dd8 ..

DUS le priez de nouveau, il vous fait attendre BDze jours pour vous prouver combien il est se procurer de l'argent, et vous finissez par acceptation de trois mille francs à six mois ontre laquelle vous recevez deux mille cinq anle francs.

t parle ici que de l'usurier grand seigneur, usurier bourgeois est à Paris ce qu'est à peu rier des villes de province; seulement, il est gcreux, en ce sens qu'on n'a pas avec lui des ►urnaliers... Presque toujours, en province, le argent va au-devant de l'emprunteur, tandis c'est le conlraire; car il est dillicile, dans celle bylone, qui change de face à toute heure du uîvrc en tous points la conduite d'un homme, à sans cesse pour le pous«;cr dans une voie pluns une autre. Aussi, celui qui spécule sur les rgeois ou sur leurs enfants, c'est en général un e qui vit tranquille. failcha({uc jour la sieste, son terme, et monte régulièrement sa garde. f a dans la conduite du grand usurier, surtout 5S variantes Irês-curicuses, et l'on doit s'esliheurcux lorsqu'on reçoit de l'argent monnaye, c l'inlérct le plus forl. Vous lui confiez, par une acceplalion de six mille francs, pour qu'il scompter; il y met du temps, beaucoup de •us allez chaque jour chez lui, et, comme vous rfiné, il vous avance de petites sommes; ces Timcs finissent par en faire une assez ronde, et, ur six mille francs vous en avez reçu à peu mille, qui sont déjà dépensés, il s'arrête, trouve, vous dit-il, à placer votre IçUre de mais la personne qui veut bien l'escompter arrangements particuliers; elle vous donnera 5 francs d'argent, que je garderai pour rentrer 3nds que je vous ai avancés, et, pour les trois îUc francs, vous recevrez des marchandises,

dont il TOUS sera, an surplus, facile de vous défaire...

Vous avez beau crier que c'est un tour infâme, un guet-apens, l'usurier vous ferme la bouche en vous disant de lui rendre l'argent qu'il vous a avancé; et, comme vous ne le pouvez pas, il faut bien en passer par où il veut. Ces marchandises sont ordinairement des fou« lards, des tabatières, des pipes, quelquefois même des objets plus difficiles à placer. — J'ai connu un jeune homme â qui l'on avait donne en payement des pierres à paver, des moellons ; ces pierres étaient déposées dans un chantier... et, le lendemain, le propriétaire du chantier fit dire à ce jeune homme que, son terrain étant loué, il eût à le débarrasser le plus tôt possible; force lui fut bien de vendre ses moellons à vil prix, et de perdre au moins soixante pour cent. — Un autre fut contraint d'accepter un fonds de café, un troisième un fonds de marchande de modes. — Enfin un dandy, qui a joué, il y a quelques années, un grand rôle dans le monde fashionable, vit arriver un matin dans la cour de son hôtel une ménagerie complète : c'étaient des ours, des chameaux, des singes, plus, deux voitures de souricières, et tout cela en payement d'une lettre de change... Jugez de l'eflet... Le malheureux ne savait à quel saint se vouer; dans l'impossibilité où il était de trouver un acquéreur qui voulût le débarrasser de ces valeurs d'une nouvelle espèce, il se vit contraint de faire construire sur le boulevard du Temple une baraque pour y loger ses animaux, et de louer des gens chargés de les montrer au public, moyennant la modique rétribution de cinq sous par personne... Le dandy était devenu saltimbanque... quelle chute!... — Je ne m'arrêterais pas si je voulais citer tous les moyens qu'emploie l'usurier pour écorcher sa victime, sans compter la prison de Clichy, qui est toujours prêle à vous ouvrir ses portes en cas de non -payement à l'échéance.

A propos de Clichy, il est arrivé, il y a quelques jours, une aventure plaisante, qui trouve naturellement sa place dans ces pages, puisque c'est un usurier qui y joue le principal rôle.

Donc, mon usurier, auquel je donnerai le premier nom de vaudeville venu. M, Blainval, par exemple, est un dandy de premier genre, un lion pur sang, qui, avec vingt mille livres de rente, trouve le moyen d'en dépenser cinquante mille par an sans se ruiner. M. Blainval, malgré ses quarante-cinq ans, est un abonné de l'Opéra, et, comme il jette de temps en temps son dévolu sur une des nymphes de ce paradis, à l'époque dont je parle il possédait les bonnes grâces d'une mignonne jeune fille que j'appellerai Juliette, et il avait la faiblesse de s'en croire aimé, avec tout l'aplomb que donnent une jolie fortune et les débris d'une jeunesse orageuse... Hélas! la pauvre petite clait loin de partager les idées de son maître; longtemps elle avait résisté, refusé des offres brillantes, car elle n'avait que dix-sept ans; mais Blainval, impatienté, finit par passer des prières aux menaces, il la mit dans la cruelle alternative de céder ou de se voir chaque jour chutée et sifilée : et pourtant la pauvre enfant avait du talent. C'est ainsi que les choses se passent à l'Opéra... Messieurs les abonnés y ont une puissance illimitée, je ne sais trop A quel titre ; ce sont de petits sultans qui ont transformé ce théâtre en un sérail, où ils jettent à leur gré le mouchoir; et Juliette fut bien obligée de le ramasser comme tant d'autres. Biais un jour vint où elle rencontra sur ses pas un jeune homme que je nommerai Charles : c'était un beau garçon, à l'œil vif, a la voix sonore, et, lorsqu'elle le compara à l'autre... Malheureux Blainval, tu avais quarante-cinq ans et un faux toupet!... Cette intrigue

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