J. BRISSET
es femmes de province ont penilaiit loiv^temps pr.ru posséder des droits excIiiNifs au lilre gloripusi-menl bt>urgeois de bonne ménager e. El, en clTet . la r«''giilarilrt des habitudes intéri(*urcs, la rareté de distractions extérii'ures, les traditions léiçuêos dr mère en fille.
"•une occupation, d'une nctivilé journalière, d'entretenir et de consolider par les minu- 9 de chaque jour une fortune à la((uelle le smble devoir apporter aucun accroissement r-dessus tout le désir ardent qu'elles ont de j d'égaler, à force d'économies intérieures, lemmes plus riches qu'elles, et de pouvoir B crainte la surveillance inquisitorialc qu'elles is cesse les unes sur les autres, tout contrid«-s femmes de province les ménagères par ménagères corps et âme, esprit et cœur, les circonstances de la vie , et à toutes les I nuit et du jour.
-es avoir ratifié les droits incontestables de Bes de province, qu'il nous soit permis de le type modeste et jusqu'à présent ignoré de r parisienne,
5t rEldorado des femmes frivoles , s'il est le femmes riches, belles et coqnettes, s'il est *ainements, d enivrements , d'hommages et 18 pour les femmes faibles et vaines, il est L des souffrances , des privations, de l'isole-
ment et des angoisses intérieures, le lieu des épreuves et dos travaux amers pour les femmes pauvres, honn^ les et fi Tes. Les soins du menace, dont s'acquitte avec aise et facilité la femme de province, à qui ne manque dans sa maisonnette, si modeste qu'elle soit, ni l'air, ni l'espace, ni le soleil, deviennent pénibles, attristants et rebutants , concentrés qu'ils sont dans le ménage parisien, entre les murs étroits d'un quatrième ou cinquième étage. La ménagère de province vit, respire et se meut dans la pratique facile de ses travaux de chai(ue jotr : elle a des Qeurs dans son jardin, de l'eau dans son puits, du vin dans sa cave, du bois dans son cellier; la ménagère parisienne étouffe, languit, s'asphyxie et se meurt dans l'exercice pénible de ses devoirs, auxquels manque l'aide bienfaisante des dons de la nature. C'est dans une boite â compartiments à cent pieds au-dessus du sol qu'il lui faut déployer toutes ses vertus actives; c'est dans celte étroite prison souvent sombre et malsaine qu'il lui faut apporttT le bien-être , l'ordre et la joie ; c'est avec quelques rares pièces de cent sous, qu'on n'est pas toujours sûr de pouvoir remplacer, qu'il lui faut faire vie qui dure et chère convenable pour elle et pour les siens» dans ce Paris où, comme dit J.-J. Rousseau, le pain est toujours si cher!
Sous ce titre, la ménagère parisienne^ nous entendons cette classe nombreuse de femmes qui ont accepté entièrement et sans restriction l'exercice des devoirs du ménage, dans cette grande ville où ils sont si difficiles i remplir, et qui , ayant sagement éloigné de chez elles cette plaie ruineuse et destructive de toute paix intérieure, les domestiques, sont é elles seules la providence, le bien-être et la joie de leur intérieur.
A l'heure matinale où les contrevenu des boutiques
LA MÉNAGÈRE PARISIERHE.
s'ébranleut , lentement soulevés jiar quelques gros garçon jourOu qui bâille, a Theure où la laitière installe au coin de quelque rue son établissement éphémère, où les quartiers les plus bruyants de la capitale sont paisibles comme une pelile ville de province, où le Paris élégant sommoîlle «i la faveur <lu calme de ce moment privilégié, se glisse, ic long des Irolloirs qu*on baUye, une femme a la nîode&te allure, mais dont le chapeau ot le manteau, tout IcruÊR, toul humbles qu'ils soient, la font remarquer parmi les cuisinières et les femmes de campagne qui régnent alors eicksivemeiil sur le pave de Paris, Sa démarche grave, sa lournurc décenle, la propreté eiquise de sa cliaussure , certaine dignité arfiiMe répandue sur son visage calme et souriiint , la dtslinguenl, âne point s'y méprendre, de la grîsette a prétentions. Celte femme que vous vQycf , le cabas au bras, s'avancer au milieu du mouvement et du tumulte d*un marché, c*est la ménagère parisienne , la jeune femme mariée eu tout bien tout honneur â quelque employé peu rétrilmé, d quelque artiste encore inconnu, d quelque Jcuuc médecin attendant une clientèle, d quelque avocat débutant. Cette femme qui marchande d'un air timide quelque maigre poulet, quelques chét ifs Icgnmes, c*esl peut-être la co m fiagne Ignorée de quelque céiêbrilè future; elle Irùnera peut-être un jour dans les salons d'une préfecture ou même d"un minislérc; son nom passera peut-être à la postérité avec celui de l'homme dtml elle aura encourage, soutenu, embelli les anuées de travail et d'ob* scurité.
Se glissant avec crainte k long des échoppes des marchandes et sémillant redouter quelque allocution grossière de leurs bouches hostiles et moqueuses, elle se dirige vers ses fourniïiscuïtes attitrées- Ce sont ordinntrement les plus douces, les plus honnêtes et les plus propres de ces énergiques viragos. Celles-ci la connaissent et raccueillent, elles se feraleut scrupule de lut surfaire ou de la tromper. On lui garde la marchandise k plus fraîche, les fruits les pins appétissants, et, lorsque le cabas trop plein semble peser au bras délicat de la jeune femme, on ne veut pas sotilTrir qu'elle so charge d'un nouveau fardeau, et il se trouve toujours Id quelque enfant, quelque jeune Hlk qui s'offre avec empressement pour porter chez elle son trop lourd butin de la matinée*
H^' a dani! le peuple un admirable instinct qui le porte à com]srcndrc et a jjpprûiivur tout ce qui est saint, convenable et méritoire. Il ^att gré à la femme qu'il sent supérieure d lui d'accepter les humbles functtous qui Tcn rapproclivnt; il se rehausse d ce contact, il est llatlé de cette communaulé de travaux et de peines, et sa fiatiire généreuse s'offre alors d les soulager.
Sounsml â l'aide obligeant qui l'accompagne, la jcuao femme, arrivée ehiî elle, monte Icstcmnil les quatre éj^iges qui conduisent â son modeste logis. Elle entre» eL sans prendre souci Je l'eu fa ut qui la suit de loin, I lie pjircourl tout empressée l'èlendue de fou petit doin,iiue : elle tr*iv(!rjie la salle d manger, le salon, et s'arrêt**, toul atirisiéc, d la porte de la deruiùre pièce, fi II est dùyd parti ! s dît- cl le* tt sou Oïil inlenoîre aJQrs la tasse vide qu'elle avait emplie avant le réveil de son mari, elle s'assure {jn^uitc s'il a pris les vetcmeuts eliaud.^ qiiVIlc lut avait préparés... Tout est bien ; les tisons Siêparés dans TAlre encore pkiji de braise annoncent que Le fcu a pétillé clair et joyeux pendant le sobre d4\ieunerdu travailleur diligent. Le cuïur moins gros, h jeune femme retourne ï^nr se^ pasï le petit commissionuairc est redescendu r clic est seule, elle sera seule jusqu'au soir!
IICÎRI
Se déponilUnt tlon te donnant le manteau et le tache autour de sa Uflle insigne de tes humUes et pti alors dans le sanctuaire de lavate
Auprès de 1^ "^ " ^ "t~ * ^i sombre. Uoe lucarne placée antre obscur un peu d'air d ce jour ne YÎenaent-ils d'une pelile cour entourée de e^tte in^u fïlsafite oo^crture qM peur asphyxiante du durlma, apprête; car ee rédait trutaji des pellls appartements de ^ c|a*i Taide de ce rec servei' aux pièces de n arable! Le pot-au-feu citer appartient esseniiell C'est la limite la plus U du Imvailleur et raisancc ou Geulemenl apparente. A le même pour toutes les claw que l'itii^tructtoa » éfili toutes le même langage â pci diux gTAndes démarcaiionifiîln voiture, et en lias la place de Les in&UDts paués danteel sont les plus pénibles dans U f^ère. C'est là pour «lie le bsi bit, riieure sublime d*aa Ir Plus d une fois les doifti éii s'eugoardissent au cûniact le Ger les légumes, OQ se genol contraire de Teau bouiltanla m nir autour d^elle une Mail il lui Taut alluner la gnante; il lui tsut a[ se fait prompiemeni, rage*,, et la jeune fcnTmeacfevf en songeant au retour de«aépi Apres avoir, non sans un fTW la bflte, elle procède mainleassli intérieur élégant. Le bilai, Icfti range, remue, oeiiote; éki^m ûmour chacun de ces nteaUeid mire ; elle les soigne arec m sance, carlouiâ font partie de loa ont été aftporlés dans la mn ménage de garçon, Toiêk il écrivait ces lettres d'anoar ri â glace mouvante qu'il nMndant %\ sa Qgure d*i rait plaifeâ une jeune Aile; armes de vauriens, pisoéis 1 M, où il a juré de les oublier, et auxquels la jeune famn pbe et de défi.
fi autres meubles plis rîdi TTC fille tans dot par quel^ puis : leur vue attire rnaiiM pieuses larm» de regret Itdl ont été acbetés depu» SM l nomîes , el ceux-là , on la moins aimés.
Tout est en orire un instant pc"* lalaasr veler Tatm i en, ridetui se arajienl
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l'ëumènél
LA MÉNAGÈRE PARIHENNE.
et et rebondi , est recouverl d*unc coqucUe les fauteuils sont ranges, le feu est recon- Ici que la jeune femme se met gaiement à sa
[)ére une transformation prompte et comidierait avec intérêt le spectateur le plus in-
bonnet du matin , jeté avec mépris, laisse fsors d'une riche chevelure, et, de son habile ite Parisienne la dispose avec art en tresses, ;. Bientôt sa tète lisse, bouclée . élégante, r des mains du plus renommé des coiireurs, iple, qu'on devinait à peine sous l'ample marché, ou sous le peignoir de la balayeuse, ésent par un corset ntagique ({ui la maintient r, et révèle ses formes sans les ex.ïgérer ni er, paraît dans toute la grâce de ses élégnnns; une robe d'une étoffe peu coûteuse, mais faite par elle ; un Cchu frais, clair et léger,
soie à pochettes garnies , les fines mitaines les mains auxquelles le citron et la pAte d*arendu toute leur blancheur primitive; et ménagère aussi coquette, aussi pimpante t femme de Paris. Aussi digne qu'une du-
chesse, aussi gracieuse qu'une grisetle; Tienne maintenant qui voudra la visiter!
o Après un dernier coup d'œil jeté à son miroir, elle dispose avec promptitude son établissement de travail. Une petite table est devant la fenêtre, une chaise de pnille est auprès; elle s'y installe, un tabouret sous ses pieds. A l'œuvre , ma jolie couseuse , faites paraître les merveilles que savent créer vos doigts délicats î A la fois couturière , lingèrc , modiste , brodeuse , r^rtmaense et quelqucrois tailleur, la ménagère parisienne, entourée d'étoffes achetées au rabais, déploie ses multiples talents, ses industries innées. Voyez éclore sous ses doigts ce ravissant bonnet qui doit, le soir, parer sa jolie tête, et rivaliser de goût cl de fraîcheur avec les coiffures des Simon, des Tulasno! Plus de vingt fois essayé, le gracieux chiffon s'harmonise enfin avec la douce physionomie qu'il doit embellir encore ; ces fleurs légères se mêleront heureusementaui boucles soyeuses de la chevelure» les plis de ce tulle nuageux entoureront d'une auréole transparente ces jolis traits dont ils feront ressortir les lignes fermes et pures, et ce nœud de satin, jeté négligemment sur le côté , caressera, de ses bouts flottants, une blanche épaule découverte.
LA MÉNAGÈRE PAEISlEIfHB.
Comme (Miur c^ilmer ensuite son imagination ^îvenient surexcitée fmr ce travail d^inspîrntion, ou peul-^tre p<*ur secouer renivrenienl de la coquetterie et ramener sou esprit à de plu^ solides idées, la jeuoe femme se livre mil in* tenant a un travail |ihis sévère. Avec une patience laborieufie. avec une agilité pri'stjue mécanîi|uc, elle conduit €t nraéne, d'un mouvement uniforme, raiguillequî traverse le lin. Il y a d.ms Ci lie occupation des îdêeR d*orlire, d*flvenir, de dm éc i ce sont les premiers fondements malériels d'une bonne maison, ce sont jà les œuvres £im|deïi elf^raves de la fimme forte de rKcrîinre.
C'est maintenanl au tour du mari. Il s'agit de déployer à mn (iruEît Ic!^ talents si divers des industries parisiennes. Par où commencera la jenne femme, qui voudrait faire pour lui tant de choses à la fois? Travaillerat*elle au bonnet qu'elle lui brode en secret pour sa fêle? ou pUilôt, s'occnpi'mt d*npe nécessité plufi pressante» saeri!ipra-i-e11e son chapeau de velours noir de l'on née dernière* dont la forme est un peu passée de mode» pour renouveler le collet de l'h-ibit qui, rajeuni pnr ce cbangenienl, hs dispensera quelque temps encore d'une visita dt-^pendieu!;e au tailleur.'
Un coup de sonnette h tire de son lié^îLaliou. Elle va ouvrir. Ce sont deux jeunes femmes de son k^ù, deux compagnes de pension.
— C est loi» Lise! e'e.'ii toi, Uortcnsel Que le suis aise de ¥ons voir î
— Bonjour, ma bonne Blarra ! Combien il faut monter pour arriver eheï t[»i 1 uotis en sommes tout e^^oufilées,
— Entrez, venes, asseyez-vous !
Les jeunes temmes s'iniitaLlcnt an coin du feu, ravivé par La ménagère. Elles jettent un regard d'inspection eu^ ri en se sur cri ijitérieur irréprochable pour le bon ordre, mais qui semble bien mesquin et bii^n triste â des G lies derirhe.^ négociants, à des femmes de banquiers ou d'agents de change. On parle d'abord des anciennes com|iagni*s (u'on a rencontrées dans le monde : ces deux diimes en ont revu beaucoup, car, n'ayant ri ou a fuîre et s'en* ouyant chez elles, elles sont à I affût de tontes ks occasions qui leur procurent remploi de quelques heures dans la journée,
ënli^raîte de h comparaison intérieure qu'elle Tient d'élîiblir entre son riche hôtel et bi modeste mansarde de celle qu'elle vit-Jrl visiter, llortense p.irle complaisamment de ses chevaux, de ses équipages, de s^s tableau^r, des riches tentures de ses app^irtiments cl du grand monde qui les assiège dans ses jours de réunion. La maîtresse du logis, avec une fierté douce, empreinte d'un firntimcnl vrai, lui répond par Tèloge de son mari qui, dit-elle, sera un jour, Cï^t di'jâ un homme de mérite, de son iiiîirj dont l'amour el les tendres soins Tempéchent de Situger d dé irer jamais une aittre position que la f^lennel Fuis, à chaque question, à chaque remarque faite pnr k curieuse Li<^e. on par la di^daigneusellortense, et lcnd:mt à faire ressortir la pauvreté de leur compagne, elle répond par de malicieuses questions sur la beauté, le c.iractère, l'éléi^ance, la tendresse ou restait de ccni dont elles portent le nom. Lune est oblicrée de convenir que son mari e^l gros el lourd r il s'endort chaque soir |iW>s d'elle, il abhorre la musique^ exècre la litlêrature, fart 11 de la conversation!.*.
L'autre a épousé un avoué qui est aussi sur le cbemîn de la fortune Pi lit, mince, actif et remuant, il a le génie des procès, et son grand art consiste â en inventer sans cesst" pour le com|(te de ses clients ïl esl vrai que, quand le |>rocés ne donne jias, toute son activité, tant soil p'^u Iracasiiîère, f^c reporte sur ion ménage^ où il contrôle tout Gequ*onfiiït.
iiifei I ordre, iHui
^urnii
A CCI iY«1ll, h KMimMâfl
d'amour sur Hicvrestàtlitt
Les jeunes fem metlre à rbun rit voir fien Kime* tmics i ëlt visite pénible peut-être fov i« mari l'accompAgiien : u« tti amour m cboîÂ, elle tcsit sonne. C'e^ qae sud époii rîchesse, c'est II iod ttxc, de la rennnie piiiTi7, dont toi qu'elle aime !
Cependant l'heure du dîiitr peu longue dea eimindet de pot-au^feti a tendon né depab un coup d*œîl et on oan|» de faux de la caîaine ! Le ttai qull trouTetomen soin du ménage, wl alofi peine tl se doute que «a servante, triate idée qnî fitini retour et traublerait le boaèaff^ lui ëpiirgnera autant q«>llc 1t va ni grossiera, des pntatîoQf tion modeste impoi» i ctllf ^ des preatlges de la gkklre et es eh esse. Cetta fiénible véfflé em poison aérait aes traTaoi et ce rêve d'a^eDÎr» où d'aviDCx H que ion eiBur a coBtr«etéet foyer,
Toujoura «it-il que.
rompu plut d*Qne fbîs aller ouvrir avec préoenpitîai k toute la fortune dti raj-OJife. EUei nalement entre aes dotgti fond d'un tiroir, en i sorte de remords sur li daot avec eritfite qui nir! Elle a bien cberelliif diat laa nonvelle elle |hm»?iîI nouvelle elle pourrai supprimé I rimn de le le mois dernier encore, rcmil b Ips plus pénibles? N a-t-elle pat bitudes prises, à nombre de être lui était personnel ?...
lecture, et le desisîn, ^ ta sa vie de jeune fille, poor a« nm utiles de ces beurea dont ^k kv i peut-elle faire de plos, elle piavif sable îndustne, dont rimgiaalîa ^ vent à s^eiercer que tur I'einp4d Itfl*^ nances, que lur les infiioaécaaaMM
Pour ceux que la letre ^
les provisions amajt^ecs par ma npiNP de nouveaux produita, el taadii fat Hi^ chei lui par le froldp par la mm, fi' campagne, foit baisser avec fémlÊ^t grange, tl se ranime i Tidée qaa, durcie « une nouvelle lai
Hais, pour rbibitant ser les reisourcei do ptnéi aucune (iromcsse, vant lui que quelques bourse Iriére^ qui n'a pei infi^coods d'un qnatriène réclamer le lourd lojer» M
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