LA MÉNAGÈRE PARISIENNE
ill !
!, el chaque jour qui s'enfuit, en enlevant jfa VirrelrouTable mctal, semble un pas de nible abime de la misère et de In fiiim. se comprend, ne ressent mieux ce supplice e parisienne. Élevée dans une atmosphère de délicatesse, loin ào Tair libre des champs I vif liants de la campagne, elle a acquis en ifeèptioni, en TÎvacité d'émotions, en dclipiek, loatce qui lui manque en richesse de fatÈf^e masculairt". Sur cette organisation MVWiise, les chagrins ont plus de prise; I ftlUe et impressionnable, les Inquiétudes Ipniliies et les travaux plus accablants. feWnlMiiille sublime vient tout à coup en nae lM>Dnéte et pure, qui souffre ainsi sous Hea seul, et lorsque le coup de sonnette atinonce le retour de son mari, elle court lui I visage joyeux, plein de confiance et d*c8-
ses moments de bonheur. Voici enfin celui duquel elle a travaillé tout le jour, celui «lie trouve les sacrifices doux el faciles â li sur la tète duquel reposent tant de rêves i'avenir! II y a bien encore au milieu des éunion quelques moments pénibles et qui ins le cœur de la pauvre femme tout un lagrins oubliés, soit que le mari se plaigne le l'exiguïté de son repas, soit qu*il trouve le de coutume le feu dans lequel une main . ménagé le bois qui se fait rare au logis ! int de foi dans l'avenir chez cet homme sûr , il y a tant de nobles intentions, tant d'idées iDt d*aroour stimulant au cœur, que sa douce npagne se retrempe à ce feu sacré et puise prés de celui qu*elte aime, la force et la li doivent alimenter son dévouement de
ibicn la soirée sera douce ! Ira-t-on dans le éjd le mérite du mari et les grAces de la issurent un accueil Qatteur? Affrontera-t-on, manteau, des socques et de tout< s les prérgeoises employées en pareille circonstance, imidité d'une soirée d'hiver, si bosiile pour {érement vêtue qui se rend à pied dans ces éesoù les autres n'arrivent qu'en voiture?... tter les vêtements chauds de la saison, proe ces deux billets de spectacle donnés au il a rapportés tout triomphant?
Eh bien, non! Il fait bon dans la chambre échauffée, le vent souffle au dehors froid et aigre, et il y a du bruit et de la boue dans les rues... Ils sont si bien là tous les deux ! Ils ont tant de moyens d'employer agréablement cette soirée!... Et ce piano, sur lequel les doigts de la jeune frmme s'exerçaient autrefois avec tant de succès, et ces livres nouveaux qu'ils veulent lire ensemble, et ce travail Important qu'il a, lui, entrepris et d'où dépend peut-être tout son sort à venir, et Touvrage qu'elle n'a pu, elle, achever dans la journée !
Ainsi se passe la soirée du ménage parisien. Assis au coin du feu devant la table qu'ils ont approchée, l'un écrivant, et s'interrompant plus d'une fois de son grand travail pour contempler à ses côtés cette chaste et suave figure qui resplendit aux reflets de la lampe, s'interrompant aussi pour lire ou pour communiquer à celle qu'il aime la pensée éclose sous l'inspiration qu'elle a fait naître; l'autre cousant, simple mcnagcre, et liissant tomber, é l'appel de son époux, avec un doux regard, un bon conseil, une parole encourageante, un jugement judicieux et sain.
Et après ces travaux si doux, faits qu'ils sont en commun, la table est éloignée, les sièges se rapprochent, une main cherche une autre main. En regardant luire les derniers tisons qui achèvent de se consumer, on parhs de l'avenir, on parle de ses espérances, de ses projets, on se console, on s'encourage, on rcve à deux les honneurs, la gloire et la fortune. On a des protecteurs, des amis, du talent !
Mais plus rien ne brûle dans l'Atre. Les charbons qui, tout à l'heure, faisaient briller leurs formes capricieuses, sont maintenants réduits en poussière; les bruits lointains de la rue sont assoupis, et minuit sonne à la petite pendule en palissandre placée sur la cheminée.
» 11 est tard ! dit le jeune homme.
— Il est tard! répète faiblement la jeune femme.
Au bout de quelques instants, les conversations ont cessé, la lampe n'éclaire plus la petite chambre bien » close, et l'enivrement du bonheur, des illusious, des espérances règne seul dans ce modeste réduit.
Bientôt l'ange qui veflle sur les amours bénis du ciel salue le doux sommeil des époux, en leur répétant ces bonnes et sainte;^ paroles de la Bible : « La femme forte est la joie de son mari, elle lui fera passer en paix toutes les années de sa vie... Comme le soleil se levant dans le ciel, qui est le trône de Dieu, orne le monde, ainsi le visage d'une femme vertueuse est l'ornement de sa maison. »
LE FLANEUtt
AUGUSTE DR LACROIX
onnaisscz-voiis un signe plus approprié à son idôo, un mol plus exclusivement fran çais pour exprimer une personniGcalîoD * toute française? Le llAneur! type gracieux, mot charmant, ^clos , un beau jour de printemps, d'un joyeux rayon de soleil et d'une fraîclw brise, sur les lèvres d'un artiste, d'un écolier ou d'un gamin, — ces trois grandes puissances néologiques î
Le il.^neur est, sans contredit, originaire et habitant d'une va>te cité, de Paris assurément. 11 n'y a qu'une grande ville, en effet, qui puisse sertir do théâtre à ses explorations incessantes, et il n'y a que le peuple le plus li'qcT et te \*hs ^^lirihifl de h lç*rru qui nil pu produira 4 & espi'cc de plkllosojklie sans le savoir » qtii semble C;. fcerd'inHLlncihfaculU' de tout .saisir d'un coup d'œil et d*-'malr>iur t-n passaiil. Le fliueur csl essenlîelIcmenL natîoïKil, i /^tTenl en cela des grniiJs honimes, en général, qui Miiit de tous les y^'^v^, et du iourhlc en parljculler, qui oliscne à la coorsc. Snm doute le FlAneur dinic aussi le inniivemcnl, la varictô et la foule ; maïs îl i^cî^t pas LravaiUi^ yav uu iirà>isljblt^ besoin de lacomotiori i il circouscrlL voEuiktîiT^s son donnine, pourvu qu*il y trouve Ta II ment jourualîtT de sou e.«^|inl, et, gr.^cc â lïnc merveille Lise porspicacité, 11 sait moisNOuniT encore d'incruvjiblis richesses dan;; ce vaste cbiimji de rob^erifatîorj ou le vulf^'aïrc ne Tatiche i]u'à la mu face.
Cumuieou le voit tléja, uoiis ne pro^lîhions pas le litrû d€ tUaeur k cch mrtfis de c nu tit façon >i pluï ou
moins ridicules d'un type estia:Ue le long du jour, leur oisiTHêacm Usurpation inouïe, mèmedassci tioos arislocrallques sont à la pr^ plus roturière : — * Ifoai ne koêm que ce pet t nombre pririicpê Ap d*esprit qui étudient le eeor |p même, et la sociécé dans ce pué k jours ouvert sous lenn jeu. LU n'est observateur qu*â dent; k lÉ c'est le Uânenr. c'est-é-dire ll^flarf tile, qui va sans cesse explorai Mi mainc principalement, paneoC. W toutes les conditions, ^ phûom^m comme discutaient les pcripalâipA
Nous n*admettons pas atacllfl autre part qu*à Paris. 0»*^-». mM en province, sinon un "^M
tigués et l'esprit émoossé par lii abjel£ Giiisscui pi.: ,, .fi
Pour le Tulgaîr^r ie coupd'œtl, qaî le dcit liipèdes bumains | de hadamdê. Pourtant la i £tre sîf^^lée. Le tUncsr etf «1 met est au glouton, une actrice de Iréteaoït 4 êeboppe, ou, pluldl, li liajînl TAuvergne ou du Lli ' -^ Jaud marche pour i tout JDdîsiî&ctemenli liti Il va dam la vie. eovfli le I tanlderaîle brisé à tout i mÎD ^uî piSii.irM'|Milill
LE FLANEUR
lis
I yeux, et il n'apercevra pas; des oreilles, i pas. 9 L'expression bayer aux corneiUes té inventé à son întenlion. 11 passera, en es entières à suivre de Tœil l'hirondelle mouche qui va bourdonnant, et cela sans réflexion, sans la moindre arriére-pensée. ) pense pas ; il ne perçoit les objets qn'ex- [1 n'y a pas de communication entre son sens. Pour lui les choses n'existent que superficiellement, sans caractère pnrtinuances; le cœur humain est un monofiiéroglyphes ne l'intéressent ntillement. lilosophique lui est inconnue. Los sociéses yeux que des réunions d'hommes, et \, des amas de pierres. Une scène popnpour lui en une certaine somme d'injures poings. Il était sur le filon d'une mine lécouvertes, et le voilà qui se détourne chien qui aboie ou un tambour qui bat. nr de la pèche à la ligne, de l'ingénieux s ricochets et des ronds concentriques.
Il y a entre ces deux espèces d*étres organisés tous les degrés de la création, toute la distance qui sépare l'homme du polype.
L*cnveloppe corporelle du flAneur est telle, à peu près, que celle des autres animaux dénommés, sans doute par antiphrase, pensants et raisonnables. Il a, comme ces derniers, une figure assez insignifiante et habituellement inoiïcnsive, excepté quand on dérange le cours de ses promenades sans but, ou qu'on s'interpose directement entre son rayon visuel et le bateleur qu'il admire ou la commère qu'il écoute, auquel cas son œil lance des éclairs et son naturel bénin tourne à la férocité. Il s'habille, du reste, comme tout le monde et marche comme vous et moi, si ce n'est qu'il trébuche beaucoup plus souvent, bien qu'il chemine plus lentement et passe pour y voir beaucoup mieux. D'aucuns, des hypocrites, des flâneurs déguisés, prétendent que les individus que nous essayons de décrire doivent nécessairement avoir, aux yeux de l'observateur, des traits caractéristiques qui échappent au vulgaire. Ils vous diront qu'en les examinant attentivement tous découvrirez une finesse mo-
r#l... - IttiM'it.ci.i ..« L.lxuall UUJ'l, r.14 54101-LouiI* kS
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LE FLANEUR
quet|(ic dans leur sôunre impercepûble et une frodi* gîense perspkncilé dans kiira regards. Ils vous diront..* ^ue !ifii<;-jiî? n y a dans tel air de tête, dans tel pli du village, lirévélalîondunesuïjériorUùbleilectuellequeU conipie ; ici la profondeur de !a [lens^^e, la puissance de h Ingiqnc, la perception des rj^pports éloîf^nés; là, Tes» prît d'anaîjse rapide et sublile. — Iklluciniilions de la screiice, alchimie poétique ïi fysage des imîîgiuations ronumrsfjnes. — Ddflcz-vous de celle manie iitiportèe du roman dans la vîg rucUc. Ils ont beau dire, ces iiongeerenx de la physinlogie, l'esprit ne déteint pas sur le /WnVs huTTiriin ; je connais des bommcs doués d'émincD tes facnllês qni sonrïonl d*une façon slupide, el fn ¥U des gens .ilicïnts el convaincus de crèlinismc moral donl le re|:a i-d é t î n c e 1 a i l tî "i n tell i ge n ce .
Lt; iklnrur est un élre es^ïcntiellemenl ccïfnpleie, îl n'a pns de goiU particulier, il n toui les goûts j il comprend liiïil» îl est susce|iUble dYprouver loulesles paft* iions, ei^pîiiine t<ins les travers et a toujours une eicu&Q prêle pour toutes les faiblesses, C est une nature uécesjairemeul mallêalile, une organisation d'artiste^ Ausd aimc^lMl tes arJs camnie un rot conf^litulionncK 11 est dihUaftîe, peintre, poète, auli«pnure, bibltophile: il déguste en couuais5cur un opéra de Meyerbecr, un tableau d'inirres, une oJc de Hugo; il flaire rElïêvïr, hanle les Imladin^ et court sus â la grisetlo. Il a des adniirAtions pour uMdemoiiielle llacbel el des tendresses pour Odry. VûUfi le rencontra z parloul, dans lis promenade», «ux B.iunVs, aux concerts» au sermon, aux Funambules, dans les î^alims, îi la guinguette, au boulevard de tiand et dans la rue de la Grande-Truanderie, il pesé devant les carreau \ (le Stisse, stationne tour à lour au pied de Nolre- Dauïe el pré^ de Tétatage d'un boui|uinisle* Il est curieux, prcMjue indiscret. C'est un homme que Tamour de U science peut pousser jusqu'à la cruaulë, et qui prendra qneb]uefois, imur sujet de ses cxiicriences , le cœur même de son ami le plus intime.
Le ililncur csl comme toutes les belles choses, comme les jolies femmes j îl n'a pas dl^c.-. Il existe depuis vingt -cinq Ans jusqu*d soixante, aussi longtemps que rbiintn^e jouit pleinenienl de ses facultés intellectuelles el locomotives. Le flâneur, ayant besoin de ses jambesi autant qu«; de s^on esprit^ quand les premières Id font dérmî, passas a Tétat d observateur : c^esl alors une autre existence, une autre condition ; sa nature se dédouble et s'affaifflit; cVsl le commencement de la fin.
Pariiï nj [Ktrtienl au llâncur par droit de coDquète et pardrnît tte naissance. Chaque jour il le parcourt dans tou<r h?. çi?iLS, en scrute les profondeurs et marque, dans sa nu-nifiire, les recoins les plus obscurs. Il voit tout par luî-n^^^me, et promène incessamment dans Paris ses oreilles de li.Hre et ses yeux de lynï. Il n'ignore Hen de f e qui s y (laîîsc, il connaît, dans ses moindres détails, la iinrivrllc du jour, révènemenldc la veillp;il sait ce qu*il faut cMÎrc et ce qu'il faut rejeter des débals en police correctionnelle rn contes par la GazeUa; il sait mieux que le pr^fiueur ih\ roi, mieux que le préfet de police, ou et de qiN'lt m.irii^Te a commencé ce drame sang^lant {^^tyle de rriiuÎMfnîn) qui a épouvanté la société, et réclame de Il justice* nu grajid et salutaire exempte, — il sait bien d*aulrï.*i> cîio es, ma foi. — 11 sait commenl s^élaboratt les Itii^ et co;nmcut elles s'eiécutenlï îl possède le tarif des vol s, b^ secret des improvisations de tel orateur, el le I rix du dernier discours de tel autre. Il vous dira où se trouvent la plus belle galerie de tableaux et la plus riche colbTlîou d'antiques et d'autographes; â quel amateur a ppni tient lesLul portrait existant de Raphaël peint par lui* même, el quelle biblioilièque renferiûe les plus
im^i
nu
rares édi
heureux i
siog el le
plus joli
jamb^ U mieoi arrociilie.
Dous devons les plnt
lions tes plus merreiiteiiiei-
Qui nous révèle ck»qiie joir ki Qui a décanrert des utî îtés du G|iitiuse? — Hi
Qui e Irourâ le gtltmaisMÎ — sur ion balcon en Cûmpefak €wmm
A qaî deroDs~n0iis ht cité, de r«ttractiûiif de la UYiaU. des naturalîtlcs, cok boisioiiiuére*
Qui a lû¥C!iité U boimoleî— & dtnt son tieiire de quart, itee »
Qui a inventé la |KHidreî ^ ti des mars salpètrea& d'en fkmcs
Les arlt, les scicoees;» b moins leurs progrès jonrBalioi de lui et catir^rgenl vers UL H Mlti social i il e plus fait povr h cœur humai a que 1^ plas k vantes lliéori^
On a remarqué que ks pm des gens d'espriu On eoiiçiiit,a en soi-même beaucoup de Tlvre aiui^i bablliielleBtatéea»
marmotte de sa firopre ssIbum particuticremeûi vraie à réfvidi au préalable s'enlendre sorltsMi consister le paresse d^^ia TaiMattA suivie, de loot travail assurément le fflânear est remarquer néasmoitta qae f pas rhomme le pli» afaU^aliM toujours une chose appricliHi I M rraî, produtt peu, nais il Dtr pour lui rigedesiiMveaîittf #k période de ta vîe qui mi mamêk ûùn des idées acquises, «li tiitf m dans le cerveau delbeaBalli" fond de itmagiDatioD cl dai sa lui l'heure de la retraita » c'a^ii de rophthaliEile et de la ssidl mer alors, sous la reroie da m vres philosophiques^ lei éuà en apparence si luoccnpéa al d\ quelquefois, â rapparllïo» dte haute phllûsopliie al d'IifMlH qu'il est rœntre d'na m d'ut} jeune homme qoe vos parmi ces désceuvrcs doal la nulle part. Crofez-votti éoaa dans la solitude, et qm la «1 qu'Où étudie ta ooia da Im!
fût permit de demsado' nas auteur de la FAfffelifit il a puisé celle protbi ' cables mystères de la WÊÊmi que tous méprises qiÉ IMS qtie toas les paasean H i Passe cr^re pfior *-^ par le sec i deiïsecla lo raal mais hon
LE FLANEUR
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r ses terres. Combien d'hommes distingues ont ïticé par être d*obscurs Qâncurs! Qui ne connaît itudes de flânerie du plus puissant des orateurs de tibre, et le caractère et les goûts dVtisle de ce arnalistc dont la Révolution de juillet a fait tout à tu grand ministre, le plus habile Jongleur de » le plus récond et le plus spirituel causeur de ? Demandez à ces deux hommes quel traité, la (ue d'Aristotc ou TOrateur de Ciccron, leur a li-
fils électriques qui se lient mystérieusement à
^ des flbres du cœur humain.
^*est surtout la littérature qui possède l'élite de
rio. Les noms ici se pressent sous ma plume. La
«8t le caractère distinctif du véritable homme de
Le talent n'existe, dans l'espèce, que comme KeDce; rinstinct de la flânerie est la cause pre* C'est le cas de dire, avec une légère variante : ^ OTS parce que flâneurs. Le quoique serait une t,é démontrée par l'expérience. Goroprendriezft littérateur, c'est-â-dire un homme faisant mé-
peindre principalement les mœurs et les pas* Kui ne serait pas vivement sollicité par un secret est i obserrer, i comparer, à analyser, i voir par
ses yeux, a surprendre, comme on dit, la nature sur le fait? Aussi voyez comme les exemples abondent ! Le prétendu ermite de la Chaussée-d'Antin est un flâneur émérite qui n'a pu renoncer encore à ses habitudes de jeunesse. L*auleur du TahUau de Paris a dû flâner énormément. Quel plus grand flâneur que la Fontaine? Rousseau a flâné pendant les deux tiers de sa vie, et employé le reste a raconter les flâneries très-peu édiûantes de sa jeunesse. Racine étudiait, comme on sait, le cœur humain dans les coulisses de la Comédie-Française, ce qui fait sans doute (soit dit en passant) que ses héroïnes grecques et romaines ont une tournure toute française. Que dire de Bernardin de Saint-Pierre, qui, après avoir flâné dans les deux hémisphères, passait des journées entières à s'extasier éloquemment devant un fraisier chargé d'insectes microscopiques, et qui ne trouvait d'admiration, en face des tours de la cathédrale de Rouen, que pour les hirondelles voltigeant au-dessus de sa tète? Si le touriste n'est autre qu'un flâneur en voyage, dans quelle classe rangerons-nous, je vous prie, le chantre é*Àtala et de René? Et qu'était-ce autre chose qu'une éternelle flânerie que ces poétiques pérégrinations sur Iti grèves de l'Océan, sur les bords de TOhio ou da
ne
LE FLANEUR
Blesrhascrbé, & travers les vertes savanes de la Louisiane ou sous les forêts murmurantes du Kentucky? Où en serions-nous aujonrd*liui si un va{;nc instinct de flânerie n'eût conduit le barde chrélî«^n près des ruines de Jérusalem, ou parmi les tribus guerrières des Natebez, auprès d*un vieux sauvage, poêle et conteur comme lui? Qui n'a pas surpris, plus d'une fois, en flngrant délit de Uitnerie sur le quai des Auguslins ou sur le boulevard du TcMiple, le savant linguiste, l'êlcgant écrivain dont la bonboniie si pleine de iincsse a pu seule hériter légitimement de I épilbèle caractéristique accolée au nom de la Fontaine? Qui ne connaît sa passion pour Polichinelle, son admiration pour Débureau et ses assiduités aux stalles des Fun.imbules? Voici, à ce propos, «ne anecdote qui m'a été racontée par l'auteur même de Trilby, et (|ui prouve que lo goût de la (lAncrie n'est pas plus incompatible avec l'élévation de l'esprit qu'avec la gravite obliger des fonctions éniinentcs.
Lorsque M. Frani;ais de Nantes fut appelé à la direction de la librairie, il ouvrait les portes de son administration a un grand nombre d'hommes de lettres, qui trouvèrent ainsi, dans les loisirs d'une position aisée, les moyens de se livrer avec succès a leurs travaux de prédilection. Parmi les écrivains privilégiés et les plus dignes de celle faveur accordée au talent, se trouvait le poète si gracieux et si \mr qui Gt, plus tard. Fragoletla et la Vallée aux loups. M. Français de Nantes avait pour ce dernier une estime et une alTcclion particulières. Il l'avait nommé tout exprès à un emploi qui n'exigeait que peu de travail. L'bcurcux sinécuriste pouvait se prélasser et rêver à son aise dans le fauteuil bureaucratique, en attendant mieux. L'assiduité était pour lui la seule condition obligatoire. Pendant trois mois tout alla pour le mieux dans la meilleure ( t la plus douce des administrations. A cette époque, le ponctuel bureaucrate parut perdre peu à peu le scnliment du devoir, celle relijiion des femmes vertueuses et des employés irréprochables. Plus d'une fois ses confrères étonnés échangèrent entre eux un sourire équivo(|uc et des propos qui ne l'étaient pas du tout, en voyant l'humble palérc déshéritée du feutre accoutumé et l'infortuné fauteuil d'acnjou tendre incessamment ses bras dans le vide. Le scandale allait croissant, la gcnt gratte-papier s'en émut; le vent, ou tout autre indiscret de même genre, en glissa la nouvelle jusque sous la porto du cabinet particulier du directeur. Un jour, l'employé rotardatairc était debout, la tête basse et l'air contrit devant son protecteur. Celui-ci avait, contre sa coutume, le front plissé et le regard sévère.
— J'apprends, monsieur, disait-il, que vous manquez à la seule condition que j'avais cru pouvoir vous imposer. Vos fiuictions seraient- elles trop pénibles, et puisji- relr.inclier quelque cbo<e à votre travail journalier pour r.'iiiministraliou? Vous ai-je fait une position trop diflicile?
Cela fut dit d'un ton de reproche amical, qui toucha vivenu nt le coupable.
— Croyez, monsieur, .juc ma reconnaissance...
— Pourquoi ne pas m'en donner un témoignage qui vous soit utile a vous-même, en vous rendant exactement, sinon à vos fonctions, du moins d votre bureau, ainsi que nous en sommes convenus?
— Allons, reprit l'employé visiblement embarrassé, après un instant d'hésitation et comme faisant un effort sur iui-m«*mc, je vois bien qu'il faudra déloger.
— Comment, monsieur, répliqua vivement M. de Nantes se trompant sur l'intention exprimée par ces paroles, est-ce là le témoignage de votre reconnaissance?
— Pardon. moBsicw bfiraow.jn.
lemeot que je senis foreé 4e feovbj j'occupe depnis qaelqoef jnm.
— Je com prends, tous baiîta hcHpaig ce qui cause vos inesactitodes d « i tes?
— Je dois TOUS aToner, m j'habîlc Paris.
~ Nais alors, faîtes-moi 11 cette énigme.
— Ah ! voilà justement la i mais...
— Je vois ce que c'est, dit V. de!
malice, vous êtes sons le coup de ( sîon, monsieur le poète, en paiiy..
Jalouse, exigeante peut-être, qui ma tient en charte privée.
— nélas! monsieur, je d'u poij d'autre maîtresse que lapoêûectfi celle de la gloire. Mais j'ai one EAlcn-J gis...
— Eh quoi ! aimerics-voss le «ÎB.ki^'.
— Tenez, monsieur le direcicv, jamais, dit tout à coup te jeuM haamCii solution, j'aime mieui vous k dire wàdonc que j'habite le Marais, cl ^itfKV suis obligé de parcourir dans timleaint vard du Temple toujours si aaiM, al combré d'individus el de chofcs cbïh de dents, escamoteurs, jonglcnn. ^ sirènes, d'enfants i deux têtes, de | dites, qu'on est tenté i chaque pas^
— Ah! monsieur, interronpil k I d'un ton dédaigneux, je n'aurais JH homme tel que vous pùl s'intéresser ii ses. Et ce n*est |ias pour cela assvcHu de vous le dire, que j*ai pris sur m à < — sinécure aux frais de TÉtat. En SKUMlÉni crojex4e bien, j*avais pensé que la \émh, dont j'honore le talent ne seraient ^feii^ et j'ose ajouter pour la gloire du pan. 1 ; i* l'enfantillage A s'arrêter à de scmhUUa'kçi
— Je confesse» monsieur le directes, m telles en général, et les ba§aUlkt êi hpi culier, ont souvent pour moi un dmc 'lam iichinello lui-mémo...
— Quoi! vous aimerics PoUckinclla?
— Avec passion.
— Et vous ailes vous amuser de m ft^ ses tours d'adresse?
— Tous les jours, pendant une beat su
— Cest singulier, repartit gr je ne vous y ai jamais rencontré.
Nous aurions encore bien desexcaploia ne craignions d'abuser de ce mojfa fa;! Les hommes de lettres et les artistes Mai i profusion ces sortes de preuves pari tons-nousde rappeler ici que ■. et < doit se connaître en hommes de lémc^ad des enfants iubiime$.
Et, en eflTet. celte dmplicité de < rente bonhomie qui fait qu'on slnL.
choses et qu'on ne craiot pas de se ( vulgarités de la vie, est presque i mérite éminent. La véritablo i en se laissant voir t loucher. « pularîse par le libre accès ci le 1 les nains et les gens dUTormes fri
LE FLANEUR
; de monter sur des cchasscs. Les esprits 'opie prennent en pitié les sages et les t avec les petits enfants et s*évcrtuent à loses futiles.
ence d'opinion et de conduite entre ces *boinmes s*explique tout naturellement les premiers. Les uns s'arrêtent n la surplongent jusqu'au fond : voilà tout le scrérence.
première enveloppe de chaque chose des ms, des aperçus ignorés, tout un nouveau de réflexions et de sentiments qui s'cissenl tout à coup sous le regard exercé r, comme la source cachée sous la sonde 'our le vulgaire, l'enfant qui habille, qui joue, n*est qu*un être incomplet, le plus ins raisonnable de tous. — Pour le phyit le roi de la création qui s'essaye, c*esl les instincts, ses passions, ses facultés navêlent et trahissent pcutclre ses destinées me du peuple, nature abrupte dont les litifs n*ont pu être effacés par le frotteliomme policé, énigme vivante, dont chaique parole, est un mensonge, et souvent mme, chimère insaisissable, qui s'ignore i s*évanouil dés ([u on la devine, et fait ii ne peuvent l'expliquer; la société, inexthe; le monde enfin, cette grande énigme, le toutes les autres, dont le mot est resté Dieu : tout existe, vit, se meut et pose eur.
lous Pavons dit, qu'est-ce que le flâneur, teur en action, l'observateur dans son exs élevée et la plus éminemment utile?
Une dame nous demande si le flineur est amoureux. — Un profond sentiment de tout ce qui est beau est la première condition de sa nature. — Constance? — Hélas ! demandez au philosophe quel abîme il y a dans le cœur de l'homme; au poète, s'il est de constantes amours; au voyageur, quel irrésistible instinct le pousse à chercher sans cesse de nouveaux sites, des climats plus doux et des ombrages plus verdoyants; demandez au marin si son cœur n'est pas vaste comme l'Océan et changeant comme ses flots, à combien de rivages il a amarré son navire et jeté ses aifections, s*il a trouvé quelque part des contrées aussi belles à ses yeux que celles qu'il n'avait pas encore visitées, et des liens capables de résister aux caprices des éléments et aux bourrasques des passions. Ne demandons pas compte à la suprême sagesse des facultés reparties a chacune de ses créatures, ni au fl^lneur des imperfections inhérentes â son organisation exceptionnelle; ne demandons pas â l'hirondelle pourquoi elle voltige, au ruisseau pourquoi il serpente en fuyant, au fl.^ncur pourquoi il fldne. Assez d'autres se plaisent aujourd'fiui à dénigrer ce type aimable et léger de notre caraclcre national qui va s'effaçant chaque jour. Laissons aux aveugles le triste privilège de médire de la lumière, aux sourds de nier Tharmoiiie, aux sols ce qu'ils ne comprennent pas.
Qui de nous ne sentira pas dans son cœur quelque se> crête sympathie pour cet être si bon, si facile, si ino^ fensif et si gai qu'on appelle le U.lneur?
Qui de nous, en interrogeant sa conscience, osera se I proclamer assez pur du péché de fldnerie pour jeter au fldneur la première pierre?
Qui êtes-vous enOn, vous qui lisez ces lignes?
£t qui suis-je, moi qui les écris?
Un ilâneur
•Ç" a.c*uU4^-^
LA BOUQUETIÈRE
MADAME JIÉLANIE WALDOB
C5 lemmcscl lesflcurfi somblcnl avoir ôtd crées ksnncs pour les nvUrcs, et jc ne fi.Tssc j il m, lis devant un *"ta* bpe de roses et dcjas< nnns s^ins euvicr le son de celte njarcliande qui vit dans luie r.lmo^ f:)iliôrc cnbaiimce cl n'ft sous les yeni que derbnlesïmtijîCs.Pour celle femme si gracieusement occupce, il devrait y avoir comme une révélation de pensées dcKcaLes et de suave poésie... Je voudrais que toutes lesbouiueliiire^ fin^isent jeunes, Traiclies et charmantes comme les Heurs qu'elles oITrent, et j*ai souvent éprouvé une sensation pénlUeeti voyant une fllle grossière et mal vôUie me poursuivre eu faisant entendre ce cri si connu des Piinj;iens \ Fieu^ rissez'vous, madame I Pour un fou« embaamoiouMÎ On peut diviser en quatre cla^stPG les LoiiquetlcrcSp et dire avec raison qu*il existe dans cet élat une c^iiéce d aristocralie.
La marchande de fleurs qui se lient au comptoir de &a boutique ; La marchande de fleurs assise au coin d une borne; La femme qui porte ses bouquets sur un cvcnlaîre; La petite GUe qui va courir les bois pour y cueillir des violettes.
La première classe des bouquetières pourrait se comparer d la noblesse; elle domîtie, elle a ses vanités! chez elle sont les fleurs les plus belles elles plus rares 1
Ja féconde ctaste semlile rap rAÎt de continuels elfaris se donne beaucoup de mêmes re^ult^t» : chez elle achète plutél par gaût que par i
La iroUîéme est Hm^ige de li^ veut obligée de se cûiirorntcrwii elle n*B que des Qeurs ( s'enrîcjiit rorcmenl.
Ln qu.-iirîëmc représente Ut privations et ne fend que des 1 quels cueillit et Fiils i de la i>eur.
La bouc|Detîère de premlén i visiter les jardins, encore moiti ta I jardiniers fleuristes qui neUcit I pour elle les fleurs les pUtti peu lui Importe le pris, elle t clio connaît ses pratiques: alliai a| chaisies comme elle clioisit pn nd mîeu» qu'elle voie une lieure avant le bat^ \ comment on peut troiti|ier wic^ ^ d'uu mari et le regard d'une »mi ■! I fomme elle li plie guîrteiiée iet. ~ Ti'eles brn jères.— L*£lïit9de éê ml des hum m es aîmâMes et donne au sien quelque i __
iaire dire d'elle : « fiUe K*«tpv1
vécu avec la roi^. m JL i»*|^j
jc nmgedaosle nremiére cImm^ tÊfk ^^^ que entre wu , , Uln^ itÉhik>^^^
LA BOUQUETIÈRE
européen. — Madame Provol fut longtemps un *6nTie et de chagrin pour ses rivales. Sa mort a tttbli réqnilibre entre elles, en laissant vide une [|*aucane encore n*a pu, ou n'a osé conquérir. La Quelle avait acquise était telle, que son nom était une autorité, une nôcessilé... Les femmes s*abor- Ux spectacles et dans tes bals en se demandant bouquets venaient de chez madame Provot? Elle I art presque inimitable : les fleurs semblaient tous ses doigts un asprct plus gracieux que sur get» et ce qu'elle vendait de bouquets dans une Urailfait la fortune d'une bouquetiôrc de seconde Les jeunes gens formaient à madame Provot une tsiTaricé que ses fleurs; le journaliste, Tartiste, !• Tauteur dramatique, Tagent de change et tout D appelle les heureux du jour, qui vivent de leurs n*ayant pour occupations sérieuses que les cour- Boit et les galantes aventures qu'ils vont cherat les bals et les théâtres; tous ces hommes si Lt d*espril, de goûts et de fortune, affluaient chez » Provot. Un même dé>ir les y rassemblait : celui e. — Madame Provot témoignait une préférence iix journalistes et aux artistes; elle leur devait I p, et les bouquets dont elle leur faisait hommage f e ne sais quoi de plus gracieux, de plus élégant, bouquets qu'elle vendait.
5Dt, voluptueux jardin de fleurs et de parfums, kvélé é cette femme vraiment extraordinaire ses «s langueurs, ses poétiques inspirations. Combien ta soyeux n*a-t-elle pas glissés sous les larges pé- .m camellia, sous une blanche touffe de jasmin du ■is qu'aucune autre bouquetière elle a deviné bien .cires romanesques, dont les Gis inaperçus vese renouer au bouquet commandé le matin, ensoir; plus qu'aucune autre bouquetière elle a ge gardien des mystérieuses amours. Son ingéadresse faisait parler aux fleurs une langue invenz les peuples d'Asie, devinée parmi nous. Toutes lient une pensée, un sentiment. Les tendres les craintes, les serments, les rendez vous, se caau fond de leurs calices, comme l'amour se ous un regard voilé. Jeunes Glles, jeunes femmes , qui de vous n*a épelé avec son âme ces mots nr des fleurs, mots adorés, incompris de la foule, uî, pleins de fraîcheur et de parfums, tremblent cœur quibat.se fanent sous des lèvres brûlantes, . chaque débris renferme un souvenir, une espé- Qiii de vous n*a conflé à des fleurs ses plus intinotions, n'a redemandé à des fleurs ses plus enii sensations? qui de vous n'a retrouvé dans leurs is le rêve divin de son premier amour î Quelque i. quelque éphémères que puissent être les fleurs, ]Q rattachent presque toujours au souvenir que ardonsdes belles et fraîches années de la jeunesse. I conté à ce sujet une anecdote moitié russe, moiiçaise.
lime à Saint-Pétersbourg tout ce qui vient de la »; les femmes surtout ont un penchant beaucoup rand pour notre pays que pour le leur. Nos modes suivies, nos livres y sont lus avec une véritable D. On ne peut aimer la France sans aimer les Fran-
jeune diplomate attaché i notre ambassade était H, contre l'ordinaire des diplomates, éperdument tui : il aimait une des filles d'honneur de l'impéî. Cette jeune personne, mademoiselle de B***, était point d'épouser un seigneur plus riche qu'aimalas ambitieux qu'amoureux. La jalousie est de tous
les pays. Le seigneur surprit des regards et des soupirs qui n'étaient pas pour lui, il se plaignit amôrement. Mademoiselle de B"*, prévoyant un orage, mit limpératrice dans ses intérêts. — « jObtencz de votre gracieuse souveraine, lui avait dit l'adroit diplomate, que votre main soit le prix d'un bouquet de fleurs, et cette main esta moi! » — Parler d'amour à une femme, quel que soit le rang qu'elle occupe, c'est faire vibrer en dlc la corde la plus intime, la plus sensible de son îîmc.
L'impératrice aimait mademoiselle de B"*, elle consentit à prêter son royal ajipiii à une plaisanlerie «jui intércssoit à la fois son cœur cl sa curiosité. Le péio de mademoiselle de B*** fut mandé à la cour, et ce \ i.riix seigneur, tout en riant de ce qu'il appelait un baJin.iîjo d'enfant, sévit oblige d'obéir aux ordres de la cz irinc, ordres cachés sous la forme d'une prière, mais (|ui n'en étaient pas moins des ordres. — 11 déclara à son futur gendre qu'il devait songer au moyen de se procurer, dans l'espace de quinze jours, un bouquet composé des fleurs les plus belles et les plus rares, sous peine de voir la main de sa jolie fiancée passer dans celle du secrétaire d'ambassade, qui, de son côté, s'enj^ageail suri honneur à renoncer à ses prétentions si le bouquet du s; ii^ncur russe l'emportait sur le sien. — Toute la cour hilm émoi pendant le temps qui s'écoula jrisqu'au dénoùnimt de cette frivole et bizarre aventure. Cepcnd.jut le seigneur russe, confiant dans sa fortune et son bon go^t, levait un front superbe et prenait à l'avance un air m rital qui faisait trembler la jeune fille et sourire le dipln. mate. — Lorsque le quinzième jour arriva, une nombreuse assemblée se réunit autour de limpéralrice, et les deux prétendants furent introduit;. MadeniMJst Ile lio B'**, vêtue de blanc comme une mariée, se tenait | aie et tremblante derrière le fauteuil impérial. La cz; rine d. vait être juge. Le seigneur russe s'avança le premirr : ses droits étaient les plus anciens; il paraissait m'it dj réii>sir et présenta un énorme bouquet ! Il était fort beau, il faut l'avouer: les fleurs les plus rares et du prix le plus élevé s'y trouvaient réunies. On voyait qu'il avait dà coûter autant de recherches que d'argent. On se récria sur sa magnificence; mademoiselle de B*** JcNint plus tremblante, et l'impératrice jeta sur elle un regard (pti disait : a Ayez courage!» Cependant le Jeune diplomate, loin de paraître déconcerté, avait sur les lèvres une imperceptible moquerie; il attendit que l'entiiousiasme des dames fût calmé, et ofl'rit à son tour un bouquet (|ui, moins grand de moitié que celui de son rival, avait une grâce difficile à décrire. Plus les dames rcxaininaient, dans le but peut-êlre d*y trouver un défaut, plus elles y découvraient do beautés : il y avait dans le clioix et le parfum de ses fleurs un charme inconnu jusqu'alors à la cour du czar. La surprise se mêlait à l'admiration, et le bouquet du seigneur russe était oublié. — Le p 'rc de mademoiselle de B**% fort inquiet de la décision de l'impératrice, se hasarda a déclarer que la gageure était nulle, parce qu'il était impossible que plusieurs de ces fleurs, totalement étrangères à la Bussie, ne fussent pas artificielles. Après un nouvel examen, les fleurs de ce merveilleux bouquet furent proclamées aussi naturelles que fleurs puissent l'être, et l'impéralrice sourit eu de* mandant au jeune Français A quel jardinier il s'était adressé. « A madame Provot, bouquetièie à Paris, » répondit-il en s'inclinant. — L'étonnement fut au comble, et, pour que l'on eût foi dans une déclaration aussi invraisemblable, il fallut que les pièces de conviction parussent à l'appui. — Un des courriers attaches à l'ambassade fut appelé; il confessa qu'ayant été envoyé à Paris, voyageant jour et nuit comme pour une alTtire d'Etat, il
LA nOUQLRTIIlRE.
la
ctaïl descenda cfiei une bonqudîére nommée madame Provot, et que celte dame lui avait remis, le lerîdemoiji de son iirrïvcc, une petite boîte de fcr-bliiicliçrmeiiqiiemenl fermée, ^ La boîte fui présenléc ù rimpérntrîce : les filusdoiiï parfums sVneïlialiTÏent»ertl demeura pmuvê que le bouquet de madame Provol venait de faire un îop^e jujjê alors presque rabuïeui pour des fleurs* « Vous aveï perdu, monsieur, dit la czarioe en $e tournant vers le seigneur russe ï les fleurs de VurU Pemporteul sur les llcurs de Saînt-PélersLour^î — Depub te temps» déjà loin de nous» ics bouquets d*? madame Pm- TOt OMl souvent fait l'oruemcnt de la cour de Russie, «» Les bouquetières de seconde cLi?sc sont â peu prés les seules que l'on voie dans les provinces; mais, en gêné' rai, il n'est aucune Ttlle où les fleurs soient aiuices et rerbercliccs comme ejles le sont à Taris. Cependant» de* puis que des socÎL'tés d horticulture sont établies et que des concours sont ouverts, le goût des Ueurs sVst répandu, et la province peut lutlcr quelquefois avec Pans, et même lutter avec succès. Si la seconde classe des bouquetières est plus nombreuse que la première el se rcncoutre dans presque toutes les villes, c'est qu'il uc fml â la pauvre femme qui prend cet êtrtt qu'une Ircnlaîucde francs pour s'établir. Une chaise, nu parapluie qui Pabrîte du vent ou du soleil, di^ux [laniers J'o4er, tin biquet plein d'eau, quelques fleurs el parfsMs une petite table, voilà ce q^ui forme le modeste bagage de sa
bouirqu^ en plem air. Mail mm éÊÊÊkJ soit à Tangle d une ni€« Mt «» 91 qu'elle nit des pratectloat l«Bi que la tienne; car ce ii*eilaa*t police que ta bouqtiettfrt oi l staller pour atteudre psllsiiiiiifil 4I }__ tique du momeni H li pntifitdt bd parmi tes nonribrirtu abonné iiifiMi je donne cet arttele %û trûttftr»44l f ~ ayant souvenir d'ane blsli^ Ite ^ qu'elle était vraie. Sllt« lliéraiKilfMl devenue bouquetière 4o itconid cÉm '^ quoi die trouve place tel» LMVfWJiE seuil d'une porti', rue do ttiroli, l«Ml4 petit en Tint, et à sji imtt et ckmi 1 que personne n'nchciiij» tt y anit^ lualhi urcusc femtDe était tant pcui, ^ sa fhambrc, je n*j %h qu'itft fiei él | en b»iillnu3( (?t 1111 hntRnsia infirnit, T cin^ko : celait lniu^rid'Elto; 9«i dans la campagne de Russie! U^ que soiiifrtr* Aujiiunniaî c«Uâ i rente de ce qu^elte était élan : L,__ minière t Cette aisance, Elîe U diil imt «tait donné rcoergie dit iknmi Crèt l'état de hniiiiuift||êr«. P«nM moi les ^ *ume hom^t
LA BOUQUETIÈRE
lir, et ce qu'il faut qu'elle endure sscries avant de pouvoir s'asseoir 1 de ses fleurs. Elie passa par tous
riche Ifcnore, et, le jour où elle ic, sous l'arcade qu'elle avait tant redit, un des plus beaux jours de int. comme un pur reflet du bons. Les journaux, mus par un sende générosité qui les anime souroduisant Thisloire d'Ëlie, rendu populaire.
pauvre femme fut extrême lorsjx ét]uipages s*nrrétcr devant son i être payées le double et le triple
fendent ordinairement. Elie ne*
ni bien mise; sa figure brune et ouleurs passées, et ses vêtements longue misère. Elle était peu haut de ses fleurs; mais elle avait, qu'aucune bouquetière ne pouvait lieurs, son courage, et un regard t, qu'il lui faisait de chaque praliis premières maisons du faubourg
la Ghaussce-d'Antin s'ouvrirent 'est ainsi qu'en peu de temps Elie es de seconde classe ce que mabouquetières de première classe, années, se tient au même endroit; es de fleurs, places sous l'arcade sont en face d'un magasin de conant; le jeune ménage qui l'occupe r Elie dés le premier jour où il l'a lise et ces paniers, qu'il recueille épargner la fatigue de les apporter Isultc de cette touchante hospilatiques de la pauvre bouquetière 1 confiseur. Le magasin de la jolie a petite boutique portative est de* .'intérêt que m'inspirent les bouclasse prend sa source dans tout es fatigues et des peines qu'elles ocurer des fleurs d'un prix assez puissent les vendre avec un gain r elle qu'il faut être à la Halle à est le plus doux, qu'il faut savoir isqu'au lendemain, si la vente du t que cet état, si gracieux en ap-
grandes inquiétudes et de nomie m'a confié qu'elle achetait quelles de fleurs et qu'elle n'en ven- Lii fallait alors, ou les jeter quand es vendre à bas prix aux bouquesse. Si Elle avait eu une boutique, ;ne, elle eût fait mettre son nom, n'aurait-elle plus besoin de venivre. — La bienfaisance est une une vertu.
roisiéme classe serait peut-être de 3 la plus piquante et la plus poc- )nserver cette grâce coquette qui 1 de charme et de gentillesse. Un je ces bouquetières étaient autrei\ charmantes, qu'elles le sont peu ne disait-il, elles avaient la vogue; it en reines le boulevard des Ita- •rt cher aux galants promeneurs rs regards. » Les temps sont bien eune homme qui ose acheter au-
jourd'hui des fleurs placées sur l'éventaire d'une fille grossière, dont la roix enrouée et criarde lui oO're des bouquets sans grAcc et sans faicheur. Aussi ne les voit* on plus s'arrêter dans les lieux fréquentés par ce qu'on appelle dans le peuple le beau monde. On ne les trouve qu'aux abords des passages, des ponts, des quais et des théâtres du boulevard. Les hôtels ne s'ouvrent point pour elles, mais elles ont un libre accès dans les boutiques. Le faubourg Saint-Jacques est leur Chaussce-d'Antîn, et, parmi leurs meilleures pratiques, elles comptent les étudiants et les femmes qui aiment à prendre place à leur comptoir entre deux vases de fleurs. Les charcu-> tiores et les pAtissiéres sont la providence des bouquetières de troisième classe ! Celte troisième classe est si nombreuse, qu'il serait difficile d'en fixer le chiffre; il dépasse de beaucoup celui des bouquetières de première et de seconde classe, et le matin, si Ton s'arrête auprès des marchés, on est surpris de voir ces femmes surgir de tous côtés, ployant souvent sous le poids de leurs fleurs, et retenant les cuisinières par ce cri cent fois répété : Achetez ma gnofléey met œillets, étrennez-moi! Cette armée de bouquetières nomades vous presse, vous poursuit et ne disparaît qu'a l'heure où les sergents de ville sont attendus ! Heure fatale pour tout ce qui s'appelle petits marchands des ruesl Lorsque cette heure est venue, les bouquetières s'éclipsent, ou du moins feignent de s'éclipser; car, par une manœuvre aussi savante que celle d'une troupe de comparses, beaucoup reviennent sur leurs pas; d'autres, plus craintives, parce qu'elles connaissent les agréables salles de la préfecture de police, s'éloignent rapidement, errant de carrefour en carrefour, le nez au Tent, le poing sur la hanche, l'œil à la piste des chalands. Dans leur nombre, j'en ai remarqué une presque jolie, le soleil a bruni ses traits, mais ne les a pas flétVIs ; sa taille mince et souple se cambre avec gr<1ce sous la large courroie qui, en relevant sa jupe d'indienne, laisse voir une jambe fine et mieux chaussée qu'on n'est en droit de s'y attendre. Cette fille est venue fort jeune de son village; elle avait suivi à Paris ce qu'on appelle de bons bourgeois. Elle ne savait rien et n'était riche que de sa jolie figure et de sa foi en Dieu. Celte foi la rendait sage et courageuse. Le bon bourgeois, dont elle servait la femme, se prit pour elle d'un de ces vifs intérêts qui changent les rôles dans un ménage. La pauvre enfant eut peur, et un matin, avant le jour, elle descendit dans la rue avec son petit paquet et dix francs dans sa poche. Elle était libre, mais où iraitelle? Le jour la trouva appuyée contre la borne d'une fontaine où des femmes arrosaient des fleurs, et. comme elle pleurait, ces femmes la questionnèrent. Et les dix francs de la jeune fille passèrent dans l'achat d'un panier plat, d'une courroie et de deux paquets de fleurs. — EJle fait le métier de bouquetière depuis trois ou quatre ans. Est-elle restée sage? je le crois, car je lui trouve un air décent que ses compagnes n'ont pas. Elle s'est tenue longtemps prés du pont des Arts, et c'est là que j'ai su d'elle sa simple histoire. — Le dimanche est le jour le plus aimé des bouquetières de troisième classe; ce jour-là, elles mettent la robe blanchie le samedi soir et repassée le lendemain matin ; ce jour-là elles se rendent hors des barrières; puis, à l'heure où les lampions rouges et bleus s'allument, où les violons s'accordent, elles quittent leurs éventaires, et pénétrent dans les joyeuses salles de danse, en tenant leurs bouquets à la main en criant d'une voix perçante : Pour un sou, fleurissei vos danseuses IQ* est ainsi qu'elles achèvent de vendre les fleurs demi-fanées qu'elles ont achetées le matin et plus souvent la veille. Mais, pour avoir entrée dans une
LA DOUQUETItRE.
{l^ingnelte, !1 fanl qu'elles payent un droit, une espèce dlmt^t au moUre; impôt proporlkntié au pelit bèoôBce de ceR pauvres Qlles, mais qui le réduit à presque rien. Les bouquetières de troîï^léme classe n'ont aucun rapport avec la bûnno société, ce qui eiplique k ton rude et grossier de la plupart d'entre elles^ Presque toutes sont jeune Ri indi'penda n tes; presque toule;; ticnueivldela ca^te bohémienne par rinsoucîance, la hanlicssc et des moeurs aussi avetitureuscs que leurs courses; presque toutes, si elles pouvaient eiprimer leurs peufiées jur des mots, dirnicnl qu'elles puisent dans ces Heurs qui se fanent et meurent sous leurs doigts plus de leçons de philoiïOpbio que le savant n'en pétri trouver daas ses livres. — Voyez-les errer de rue en rue, de place en place, vivant au jour le jour, supportant la Tattgue, le soleil» le vent» la pluie I Qucstionnez-lci : dle^i vousdi* ront qu'elles sont bien pauvres, mais qu'elles aiment cette vie libre et sans cesse imprévue qui leur montre à chaque instant, sous une forme nouvelle, les oljets qu*elteg ont sons les yeux.
Nous arriverons & la quatrième classe des bouquetières si nous suivons ces malheureuses petites Ûlles qui, pour gagner quelques sous, courent pieJs nus dans Les bois, se glissent sous les broussailles^ écartent de leurs mains rouges de froid le gaion humide de neige ou de rosce, y cherchent les violettes qui s'y cachent, puis, blotties au pi^ d'un arbre sans feuilles, forment leurs lïouquets sous un pâle rayon du soleil de mars. Elles pleurent ! elles s'aperçoivent que le nombre de ces bouquets n'a pas atteint le chiO^re commandé par i leurs mères ou par les bouquetières de troisième cinsse^ Elles recommencent â courir, à chercher; puis Vheure où il faut revenir se pa^se, et elles reprennent le chemin de Paris en trein^ liant d'être grondées et balluçs« ce qui ne les empêche pas, tant qu'elles sont dans les bois, de regarder sans cesse autour d'elles, car ce qu'elles craignent par- dessus tout, c'est d'être ramatiéeif sous le cruel préteite qu'elles sont en état de vagabondage, — t;t les femmes riches et parées achètent quelquefois ces bouquets en souriant, et pas une alors ne pen^e aux larmes qu'ils ont fait répandre, tui profondes misères quHls soni appeldi a soulager. — Parmi ces pauvres petites marchandes, U en e^t une qui evploîte depuis deux ans les omnibus; elle peut avoir douïe ans; elle n'est pas jolie; elle n'a rîeu de la timidité de son âge, mais elle grimpe avec l'a* gilité d*un chat sur les marchepieds des voitures* Les
cooducleyrs f« soali
ils la l&bsciit m '^ ,
faot, soaple el barfit tMli| dire â acheter sa fîiltfl doivent la oonniUn pMtl soufent repoutsée, , |>Iuii complet qae fee 1 de c|uatnènie classe. —1 jeunes Ûlles sans ptiad^Ot i seol sou feu t pour la tiec. i méniec|qe les guûifiieUcs i troisième classe, les tkêèhm vrenl aux bonc|uelîéraéei Elles acliéteot ehèremcatl corridors, el cet tmpdt é'uoîoti cfui les réniiît aa i Tous les bouquets sont i pfi| des deml-coD naisse art, et il la houqueliére du coin des rv quetiére pateutée, sa Ignt i .
et la pauvre femme se cnouklii ennuis qu'elle eodore le quelque dîlTérence entre ii bouquetière, cette diiëreKia^ sic de une ^aade teodasceli droits des autres; ^ dei gers sont devenus pitknm, I sont mises à rendre des feu ^ d'orangers* Pour se les marchandea de fli c*cst ainsi que a'cipll, , qui furent si bien en «ofiti vue forcée de r^eter daas lil
Et tnatuteuaot quefai quatre classes bien dîitw j'ajouterai que la ptcniïn.
^nde bien plus qa'dia m :
est sa rivale, rsutre j
Les relati oua q ne ^ . „
dernières classes sont ammt morgae d Vrisloeraiie i
U bouquetière
bouquetière qui oc
rir U petite fille qui. a'apalp des fleurs, va les cbercào'iffsl
Bizarre échelle i