LE COMTE ALBERT DE CIRCOURT
1. i y a quelques jours, un gcnlilhomnic campagnard, dont la jeunesse s'est écoulée sous Tancien régime, me parlait avec philosophie de la transformation complète qu'il avait vu subir à la société. « J*ai , abandonné sans regret la poudre, quoiqu dUû roris^erv.H 1rs Hicveux, disait-il en passant an pelil yi-i'^uc d'ùc;iillo sur son crâne bel et bien dt'garni; li?îi p,iiiLil*iïH Sdiit moins déi.enls, mais plus chauds que ]q^ c\ilt]llcs, il ruil m convenir; je me serais ha- Ijiliii* à vos nouvi'llci* mtthodes de diner »i cinq heure*;, veîlliT, jiG pas SOU] cr, clc, quoiqu'elles ne vaiU lent pus 1c ilinhle; je vous passerais vos contredanses, qui util Tair il'niir mrOée, i-t font une poussière abomilYAhk'i j'rvyr.iis iui*nii' pris mon parti d'ôlre coudoyé â r;iR.îenil.!i"^p pnr 1c fils ûa feu mon intendant : mais ce qti^ je ii'sii jamais pu ivtipporter, ce sont des salons qui r(»ssL mbk'ut ;i dns siiîles d'auberge, où l'on ne sait, en entrant, .S qui nllrr faire sii cour, tant la maîtresse de la mai^ùit oiibLie oïl hltin i;^'iiore son rôle. On trouve encore des clLîti'Inliics, mais il n'y a plus de maitrcsses de maUom, njoutn-l-il eu prononçant ces derniers mots d'un ton spr^teiicicux, partant plus de sociétés où un galant homme so Kenle à Taise ; aussi je reste à la canipaf^nr. 9 — La coneluï^îon du vieux gentilhomme me iicmbla un peu bien sévère, pour parler son langage; cepcndaiil jecruR ]iûuvoir, en sûreté de conscience, lui accorder que rien ne rcsiicnible aux maîtresses de maison
d'autrefois moins que BOt «^p mais je me permis d'émettre le M à r^ard de la coiffare à b Téa 'soixante-quatre et antres trrits à naires. fàt parfaitement coaitp c Certes, lui répondis-je, ce a'eapi tient de défendre la pondre qie m ner, je me rappelle avoir vi in royal, et je n*ai rien à dire ci tel port pittoresque ,: nous avoH iâ ques d'une égale efficacité. Mnili| les assemblées choisies qui omam et se terminaient ptr un soopcr a f nuelr la contredanse â huit, aalMr^ sait cercle, toutes ces vaient-elles pas une Inflaenee i de la société dont les maitresMiàii subir h loi. même lorsqi'dki ■ de toute régie ? car les les auteurs, comme les; qui courtisent on public, demsMrili méléons, et leurs travers^ doit wm\ appartiennent en propre. Si bm ml ne s'occupe plus de ses htoi, M veulent plus qu'elle s'oœapc d'cB;â é un galant homme le loisir di Wl que les hommes font maiatcaaÉtlBfl ne veulent plus faire Isiir esar... —1 cria séchemenl mon gantilhBBmi.fi de bon œil relever le dnpamqrta dre et les pâmera qn'et Jh i Mi poudre et les paniers, idpanlijivi sauffgardes du boa ton cl èa hipi gan et l'épéeen traven^ ha|mimi
LA MAITRESSB DE MAISON
''II
B coKnes d'aujourd'hui, nos heurls indss de rustres? le galop dansé en poudre et >us ne voyez cela qu*à travers un nuage. » ilhomme sourit avec indulgence au jeu de vait bien involontairement échappé, n II ace pour le menuet et la belle contredanse, it qu*un système avec les trois révérences; iDces, elles compliments allaient ensemble ivec la galanterie des manières, la mesure 5 entre hommes, les frais de conversation, ans lesquelles une maîtresse de maison ne ' pour elh' ni ot)tenir pour les autres au- ;c la poudre et les paniers, vous mettiez s dans un salon où nous en mettons six avoir taillé un entresol. Ne trouvez-vous Dcombrement un motif tout naturel à ce >uissiez pas faire agréer votre cour, et envous y soyez coudoyé par le Gis de feu t? Ah! la poudre et les paniers, monsieur, endra? — Vous n*avez jamais connu cela, lez comme un aveugle des couleurs, me nent le gentilhomme campagnard; mais )mme moi vécu sous Tancien régime, vous endre en patience la société telle que vous e, messieurs les novateurs. »
Nous restâmes longtemps sur ce chapitre, et je finis par accepter de bonne grâce le rôle que mon antagoniste m'assignait d*ofQce, celui de défenseur des nouvelles coutumes et des nouvelles maîtresses de maison. Celles do province me fournirent de bons arguments pour mon plaidoyer forcé. En effet, si le type gracieux de la maîtresse de maison, ce type superlatif de la société françMse avant 89, est â peu prés perdu aujourd hui, c'est en province que Ton en rencontre encore quelques reilets. L'art de tenir un salort y est conservé par tradition, et, grâce aux maîtresses de maison, la société en province est encore ce qu'elle veut être. Cependant, avouons-le avec douleur, même dans ces cercles étroits flanqués de solides défenses, que les uns nomment régies des convenances et des bons usages, que les autres s'enhardissent é qualifier de préjugés, il commence à s'infiltrer aussi un esprit d anarchie, et les physionomies heureuses que nous voudrions pouvoir esquisser dispararissent do jour en jour, hélas ! sans être remplacées. Au risque de nous répéter, nous dirons encore qu'il faut aller chercher une image de la maîtresse de maison seulement dans des vieux hôtels où, sans fouiller trop au fond des armoires, on trouverait un carton â poudre garni de sa line houppe en duvet d'édredon. Dans ces respectables familles, jadis atuchées à la robe pour la
LA MAITRESSE DE MUSOB
plupart, les jours de réception . de grande ou petit© aê* iemhiéi, tons les enfanls de la mahoD, mariés ou nubi* les, mni rigoureusement tenus de ne pas s'absenter; ils forment Vélal-major de leur mère et sont charj^, chacun suivant %& cipucîlë» de faire leur part des honneurs. L'un, distingué par des connaissances en office, surveille le service dosrafraichissementsî un autre, que le ciel i doue d'une fine pointe d'esprit, a dans son département les pptlu jeni et la cour à faire aux jeunes HMet, touU* généra temmî qudeonqueÊ , sans préférence, excepté pour \t^ Laides elles plus dédaignées ; le personnage in* struit de la fa mi Ile» celui des enfanls qui se destine aux €m|tlois graves, attaque les hommes d'Age mftr sur !ea questions de politique et d^agrîcuUure, 11 doit prOTCN^ner les diviser talions et les écouter à titr^ de leçons ou de renseignements profitables, sans beaucoup parler lui* même, car ce n'est plus qu'en province que Ton applique ce judicieuî aphorisme : t L' esprit d*aulrui dodi est moms iigrèable que le nôtre. » Une heure avant le cotnr mencement de Tassemblfc, la maîtresse de maison a diîïposé ses fauteuils en cercle, et s'est placée au coin de la cheminée. Quelques tables de jeu sont tout ouvertes et les parties arrangées d'avance. Quatre cartes eUraites de l'un des jeui attendent, ainsi que rallumette en pa* pier et les bougies, que la mnitretse de la maison donne le signal : alors l'un des enfanUi éclaire le tapis vert et oD're respectueusemeut les quatre cartes â quatre vieillards, qui sont au^sî liabitués à faire kur boston que le roi de France son whist. Tout a été prévu dans ce salon ûù Tùrmogement régulier des i^hoses et des gens met chacun à Taise â peu prés comme le soldat au milieu du pelnton. Avant d'arriver, on sait qui od verra, ou plutôt qui on ne verra paï^, car il n'y a pti unfl pervonne invi-^ tée qui ne le soit à un titre connu^ Tikble H admis par tout le ninnde; aussi U société fait corp». Si uo étranger pénétre dans ce salon, il a produit des recommandations^ parenté, amis, position, quelque garantie positive, A chaque nouvelle présentation qu'il t Tbonneur d'ohto* nfr, rhistoire de ses droits à cet avantage ne lait qu'uo avec son nom. Par exemple : « J'ai rhonneur de vous présenter M. *'% cousin de notre ami de...; il a fait la campagne de 1815 avec Louis de la BochejaqueleJD. ■ Apres rënumératiou requise, la maîtresse de maison entame la première un sujet de conversation qui puisse prêter â quelques développements t lorsque les deux interlocuteurs sont, comme disent les marins, solidement ahorâét, elle les quitte, mais sans les perdre de vue, et, dés que les grapins paraissent se relâcher, elle vient prendre à la remorque son protégé pour recommencer ailleurs la même mantruvre. Pendant toute la soîreep elle appartient corps et dme a ce nouvel hdte, comme les habitués de son saton lui appartiennent E^lle répond de tout et de tous, â l'étranger de Turban i té de set comp0trînt<>s, iu jeune homme de ses plaisirs, à la mèreuo peu pfiidê pour ses filles du ton qui régnera dans les discours et les manières, et tout le monde lui obéit, se laisfie exciter ou modérer par elle, lui fait place |K>ur qu'elle exerce partout si surveillance, et les jeunes gens l'escortent pour prendre ses ordres. Sï la maîtresse de maisfin de province savait bannir Teonui de chei elle, secret que sa mcR* ne lui a pas laissé, tous les gonade goût déferleraient Paris et s* en iraient chercher dans nos vieilles capitales la simplicité, la vérité, It sécurité des relations.
A Paris tout est dlfflrent de ce que nous Tenons de décrire; l'organisation de la société y est faite d*après d^autrea bases essentiellement transitoires, et les maîtresses de maison j ont un rMe bien plus compliqué*
son. U i'igii ser tu delà dt porte que ce de eapilAl on de detta; pa ces, Sfait s'il a'eat fniMri ê*j maintenir «âge ka flii eiïûrli. t*«ikiié9 deraim von dire avec litiafactiott : t i deS*~£ 1 eilloiuéetik :»
w^mé&t U princMii pir k uée prt»eliiîae ellei imÊkt gigf, et rien n'empèeàeqw, n'aient fait, earame la lat, cun et ne reneim^ Mlvi treises de musea, ùmmm i de «aloDf , tout t*âèft nous iommct maiBUi
La miitrean de aatatii elle n'en ifcnie jai que tel illci lOïcBtcnlfifci l'oubli dn patte. Si Mm ' l'élégiace. rett imgiBid splendid» nbei il fM nouTellemail anoliiï ttn tes bftt^. Uest vrei ^, Taloir, meîie*éUSl La ffîittreftie de i daua u oondniit.
amoarsr die Im gnîté, que lei leurs filles. U
pbèl
rage lui pemetlwt i dwpi trat câDJngtl. 0« «nMli pas plus loin qne li ^bâÊé^i ^le a leur jalousie, ^^^f^ d'un salen, pour if^ "^ nients detenrrUe* i gnol, da dnégncs.
Le matïii, la momeul de liberté. AnsIMl sortir à pied.d'iUer âkvisi ainsi, dans le sptwe i être qualifiées dlndiss i I Les petits billets i Ta i son retour. Les nos l sont immédislen^l rari^il maîtresse de maieoi de garde pcrar m 1 avant tout. OaUkr «ne] part d'une femme femme, le jour de chetelle, ûu pkei très billets i que sn Foa troofe I dans les kttrw di i rîer, qui, i sur papier po^kt i
ou 1 » ^.TÎllSTfSt. I
de
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LA MAITRESSE DE MAISON
s faire les honneurs de Paris un cercle où il trouvera la plus s la France puisse lui offrir. — li a tant entendu parler de. maies qualités, qu'il veut absolu* s lui être présenté. — Une jeune t son entrée dans le monde, et, T, on éprouve le désir bien nalar le salon le plus distingué, et puissante protection. » — Ici ons de la maîtresse de maison.
refuser? Refuser? pour se le i dut afoir une consistance bien lème peut mmer loin, i des Français s*étend aux plus première Véquisilion, Ton se » avoir de garanties sur le ca- I individu dont on a fait la conlux eaux. L'article de la Charte çais égaux et suscoplililes d*enàres s*est inOltré jusque dans les que Ton peut dire : Thabit fait ibit de Blin, et assez d*argent ir tous les soirs un cabriolet de salon dont un jeune homme ne rte avec un peu de ténacité et Aussi voit-on exiler tout d coup liants quelque individu dont la . Si, par cas, les exigences d'une 9t jusqu*à ne vouloir recevoir de naissance, qui empêche de rticule de? Il n*y a pas de nom lui du boutiquier voisin ; il y en lite escobardirie de pronouciapellation du plus beau féodal ; e le prénom d'Edmond, on peut Blanc ou Noir, l'oreille la plus trement, que monsieur de Monte Moutnoir, et les curieux qui visite seront des malavisés. Ces par une vanité vraiment enfanus vivons, sont devenues si comavec tant d'indulgence, que les beaux noms ne se sentent nulle les intrus. Un Duguesclin, s'il erait pas de se produire modesire de son aïeul, sûr que le pae lui garderait partout la place aurait le verbe haut , le port de : de ses chevaux et dis asperges Un Dugiiesclin tout comme un mg dans le monde, ench.lsserait ersation les noms dea personnes les il est admis. Cette ressem- >arvenus et les grands seigneurs, lour les derniers de rencontrer île de l'intimité la plus étroite, e curieuse à nos salons ; chacun I coq, et le malappris qui vouune personne qu1l ne connaît ponsc ré(|uivalent de ceci : c Je le veux pas me compromettre. »
3ur les maîtres du logis, naison a dans la matinée fie caircr la matinée jusqu'à six heures ' recevoir, on autre pour faire te un registre en partie double técialité est d'être réptndas, car
mettre une carte chei me femme qui a une heure est un moyen sûr de se fermer le chemin de ses bonnes gnlces. La pièce dans laquelle la maîtresse de maison reçoit le matin est un boudoir encombré de ces étagères qui ont remplacé les dressoirs des vieux châteaux. Li se déploie rélcgance des petites choses, là se met le cachet du goût. Des livres richement reliés et dont les titres facilement aperçus laissent deviner de quelle couleur sont les pensées habituelles de la lectrice ; des objets d'art employés à l'usage, des objets de sentiment encadrés et exposés; quelquefois de l'affectation et du mauvais goût dans le mélange, mais toujours de la grâce dans les détails ou là-propos de la mode. Dans le salon qui d'ordinaire précède cette pièce, une table chargée d'ouvrages pittoresques occupe un des angles, ou quelquefois le milieu; les gravures sont destinées à fournir aux personnes d'amalgame difBcile ou d imagination lente, une contenance pendant qu'elles ne causent pas, ou un premier mot de conversation. Les visites du matin sont réel* lement le triomphe de la maîtresse de maison. Le jeune homme qui débute ou l'étranger qui arrive à Paris peuvent alors prendre l'idée la plus avantageuse de notre capitale, fin une demi-heure la conversation a effleuré vingt sujets, toujours fine et courant sur les idées sans les faire plier, comme le pied de Camille sur les épis mûrs. Jamais, il est vrai, la maîtresse de maison n'en a proGté pour établir un lien même passager entre deux personnes qui se voient pour la première fois, mais du moins elle a su produire tour à tour chaque visiteur sur la scène et le mettre sur son terrain brillant. Après cette épreuve, il n'y a pas de timidité qui ne doive être encouragée; mais compter sur une pareille prévenance en toute occasion, le soir, par exemple, un jour de raout, serait vraiment compter sans son hôte*
À une heure fixe, les chevaux sont attelés : quel que soit le nombre ou la qualité des visiteurs, le valet de suite eutre et prévient. La maîtresse de maison se lève en offrant à quelqu'un de ses hôtes de le Jeter, en passant, dans son quartier. La série des visites commence ; il faut semer pour recueillir. Si vous êtes vous-même en visite chez quelque femme à la mode lorsque la maîtresse de maison y arrivera, vous reconnaîtrez tout de suite son rang à la manière dont elle sera reçue. Plus de ces signes de tête pleins d'aménité, de ces gestes gentils par lesquels on indique, sans se déranger, de venir prendre place sur le sofa. La maîtresse de maison a dans le monde le rang de général; on fait d'elle le même état : les gens eux-mêmes savent qu'ils doivent lui ouvrir au large les deux battants de la porte, et la femme à la mode accourt au-devant d'elle comme autrefois faisait une jeune femme pour une femme âgée.
Le regard de la maîtresse de maison est calme, mais scrutateur. Pendant que la conversation marche sur des objets faciles, ce regard se promène lentement sur tous les objets du boudoir qui pourraient être importés avec avantage, toutefois moyennant une modification originale, car le point essentiel est de n'avoir pas ce qu'a tout le monde. En même temps la maîtresse de maison soupèse la valeur des personnes qu'elle rencontre dans ce salon, et se demande si ce seraient du bonnes recrues. Jugement porté et accaparement dt'xidé, il est curieux de voir comment elle présente son invitation. Un diplomate des plus fins prendrait là une leçon dans l'art de proposer comme une faveur, et même de se faire demander ce que l'on désire obtenir. C'est surtout à l'apparition de ce que l'on nomme un personnage intéressant, que la maîtresse de maison met en jeu toute sa diplomatie pour attirer chez elle l'étranger de dbtinction. Quedirait-oo
LA MAITRESSE DE HAISOU
sL no homme illustre venant à PariB pour y étudier la socîélé fratiçaîse n'avait pas été empressé de la chercher â son centre le plus brillant? On nierait Te lîslence de It lamiére. Dans ce genre» le soupçon seul est gi fanefite qu'il donne de Tindulgence en Tait de réputation; la moindre célébrité suffit pour faire rechercher l'étranger. Mais m, le premier soir, il manque son eiïel» si» par eiemple» le radjah d'Aoïide est habillé â TeuropéenDe el ne dislribue pas orientalement des bijoux, si rinfallgaMe naturaliste cjui a Tïsilé les vallée» de TUimalaya fi*a?ise d*écouter au lieu de parler, si le hardi ravisseur de dona Maria d'Asounson de S'" va s'établir à une table de whÎHt, il peut bientôt reconnaître, à T i natte n lion alleetêe dont il est l'objet, que la maîtresse de maison le renie. Partout en France le même sort attend les dêbalanU* Votre mérite nous importe peu, leur dit-on, faites votre succès et je vous adopte -
Les bals ne donnent qfu'un litre illuaoire â la hante et puissante charge de maitressede maison. Un bal est, en effet, un affaire de tapissier et de glacier-restaurateur, et tel est le goût des Parisiens pour la danse, que Ton irait au bal chef un entrepreneur de plaisirs public^;, si quatre femmes à la mode se décidaient hs premières â cette démarche. Les étrangères, qui forment aujourd'hui une partie considérable de nos maîtresses de maison» débutent par des hais, mais ce B*est qu'un acheminement ani Eoirécs séncuses, les seules qui donnent de la consistance a une femme. Chaque, année il se présente sur rhoriion de Paris une nouvelle coniétc, venue de New- York ou Saint-Pétersbourg, Lorsqu'elle arrive sans recommandation, il se fait quelquefois que ses salons, envahis d*abord par une société inférieure» restent ignorés du grand monde. Après dcui ou trois hivers passées en infructueuses tentatives, elle part convaincue de rimpossihilitè de pénelrer a Paris dans les cercles aristocratiques.
Pendant l'été » réfugiée aui caui, sur les bord» du Rhin, la riche Américaine y rencontre une jeune et jolie femme du fauWurg Sai n t- Germa in ^ dont les vieui parents, amoureux de ce bas monde, n'ont pas encore voulu le quitter et laisser â leur ûlle les soixante mille livres de renie nêcessoires â k tenue d'une maison* La connaisîvance se fait facilement entre ces deux posiulanttt, et void quel en est le résultat, L'Américaine e^l ramenée a Paris par de belles cl sûres promesses ; l'hiver suivant die reçoit chez elle Télite des deux faubourgs. Ses billets dUDvitaLion sont contre -si gués par la belle Française, qui cï^t aussi chargée excluihrment de la rédaction des listes. Décora orche^^tres, souper, tout est magnifique; les soins de la p,vtronesse brillent dnns Tordonnance et les détails de la fêle. Les jours suivants, des cartes soigneusement corwffj, mais remises par des laquais, témoignent du savoir-vivre parisien^ et les équipages» sans s'arrêter, roulent vers riiotclde la puissante protectrice, qui ouvre ou ferme à son gré les portes de ce séjour enchanté. L'étrangère a prêté ses salons, ses gens, ses lustres, îieR musidens, ses rafraîchiîisements; la patronesse a donné le liai. C*cst nue sociêié en commiinditi' !
Cette variété do la maîtresse de maison a été introduite
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entre hnii^ wfhmu^k
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bre à conelier 4e k des ÂDglaisei, B*irt|n petits préfMnlïfi ~ la Femwêm fUffr^inrr, é ment, qa*il  pen pr^ ptitoat personne n'eii geois. Deux hemtt hles sont chânféi it |jhi ntére qai doil tftsir IsH l'espace deTanl lal« pmr ^wê geni puisse s'j aime à s^ fùrm^F mie eo«r; k mI porte ou d'une encotgnnit, êm\\ isolée assnre le cercle régulier d^ clukei t complot contre Tlioiineiir im qu*il coDlraînt lei liomiBCS i i  Parts, le d^ordre orfioûÉ tous les capHces ; le soid it fa maris et eus coofessenn . Cm dernière combineisoD établie, ai cinq hommes |>our tliaqeeleuîl sua se repose. Att comraeiicinat fe est encore quelque peu ipp^tM; fCDue aux arrivanU et leiir veront leurs amiSf dans la statistique galante^ ^ changeante et embroalllée pvhi Mais dés que ses salent reprend sa lilierté atee plus qu'à accaparer les quelque Jenne protégée ki qui pourrait la rendre trop ièt. irfi de maison établie dans ma 1er sans préoceupationi, au saint que lui adresse, souvent arrivé depnis un fisi il peine de la cberdier, ca^ qu^elle est chez elle, t^ielk S'y amuse-t-on ? t> enauîe-Mi!
fai.e; la seule ebose qiri dire le leudemain : on ë^ S'il nous était pennb de avoir esiif é de rendre une saurions où trouver le WÊùéëèiÊh hospitalière maiiresse de tude, complaisante «ani sanspares&e, magnifique dédain, régnant eC genr sceptre ni que Ton seule la sans que personne la pûae portrait.
— *>4sad«2«^<-^
LE CHAPERON
ANDRË DELRIEU
adaroe de Mérînville a Irenle-qualre ans. Elle est sans mari, sans enfant, sans amant, sans prêtre et sans poêle; elle n'élève aucune or- ])heline, elle ne panse nncun pauvre, elle ne brode aucune tapisserie. Elle ne lit jamais, écrit peu, se lève de -- --r:v.i- bonne heure et se coutique et la littérature, les arts et l'amour, , ne lui plaisent que médiocrement. Elle ;,des bals, des concerts, ce qui est assez BS rend aussi, ce qui est beaucoup plus out, dans son salon comme chez les de Mérînville ne semble ni distraite, ni lionnée, ni occupée, ni amusée... C'est Rs issue.
5 de Mérînville se meurt d'ennui I — Du
î un jour dans son boudoir, en witomne; ires et demie. Peu de lumière, déjà du le silence. Un repos complet et absolu gniflquc terre en friche. Qu'elle me parnparaison ! La femme inutile était nonndue sur un grand fauteuil, ses jolis rc du garde-cendre et ses yeux noirs peremplalion des rideaux. Apres un échange
plus ou rooms spirituel de phrases toutes faites sur ses amis, qui sont les miens, elle me dit, dans un moment où nous cherchions des idées, et avec une certaine inattention :
a C'est quelque chose de bien triste qu'un célibataire... Vous naves pas d*iniérieur ? »
A cftte queslion de mœurs domestiques, je baissai modestement les yeux. Madame de Mérinville ajouta :
a A propos, venez dîner demain avec moi... J'aurai mon père, un comte italien auquel je veux vous présenter, Frédéric, et une demoiselle de province, personne sans conséquence, »
Madame de Mérinville, en dépit de sa nonchalance, avait appuyé de la voix en indiquant les trois pnmiers convives, mais la mention de la pauvre demoiselle de province fut faite avec un air détaché qui me loucha. J'en conclus que celle personne était réellement sans cnséquencey et que le diner avait pour but ma présentation au comte italien. En rentrant chez moi, je trouvai ce billet de Mortimer, un peintre célèbre :
a 5Ion cher André, « Madame de Mérinville est an mythe dont nous cherchons depuis longtemps l'explication avec plus de patience que de bonheur ; je crois enfin l'avoir trouvée. 11 y avait naguère, aux matinées de Madame de Mérinville, une veuve coilTée d la Ninon, toujours en salin noir et parlant beaucoup du Pérugin, absolument comme le cousin de Goldsmith. dans le Vicaire, La maîtresse du logis ne s'en occupait que pour dire : C'est une artiste
PviÊ Irop. <te Edouard Blut, rue Saint-Loais, 40.
LE CHAPERON
mnconritje. Souvîen*-loi qu'elle se glissait vers midi â la soi:r<i'tfie dons lo salon de si protectrice, el se tenait pré> de la clieminée r:r un pliant ou elle g.inl»it un allonge m'-l.incoli'jMe. Eli bien, le mini^-lre lui accorde un sriUii Jérôr.i»2 et Iroic rliêiuhins pour le nouveau temple. On I re^frnd, dans le> bureaux. i\nelU a de la main. Da Ti -if:, tout le monde ii'nore d'où lui tombe celte f.iTCur. » ser.iit-ce pas de la ruelle de madame de MérinvilW;?clo... »
M is te billet ue mVrumt pas le^ yeuii ccmiatzica *\m:: }*il(ïtU dÊ re.<i[<rU nj<?di^ar4 de 3Iorlînjer et dn l'iml'iiil ii&r dn coaUe îtaltcn.
Il y .1 ru îkl heureusement dan<> la salle i manger de k ftittme inul'dt un biirret cîrcubîre du deraier goùt« en li^ii>^ de ftallssandre et â fond de glace; on voit dans ce îjiïiwr t'jiïtt: la lîiîniî'iue *:ludiée ou francfie de.^ convivei durant le feu roubnt de kur »ppfHît. Celle disposai lion piTlid^tgurna contre sofi autf^iït. ËITectiviinenl, dèst que tiUi\^ h'\n\c% â Uble, il Cél'iblil de mad^imc de Mcjiuxille (i U tIf'umiiaWK de i^rfi^iiif*;, et rcciprofuemciit, une t»5b^r.'ipliît' muette qui îr/edaîrii sur k rôle iurVu^ur du r-iiiriL*: jtalic-n dàrii ce dîner où il uV'tait que le prcleite, UitiiiU qi](* mol j*L-lr-ils le but. Par un hasard* que je rel'htihiK bieiiiôl pour un calcul, on m'avait placé à la dniiti' dii la penofme ium conjfV/ufnrr, i^ini je tufi. oldigà de ii/urcupcr Qxclu^iivi mcnl, eu mUon de l'emploi (jua Ions \vs aiUresi crrriviveH avaient tatt ailkur^ de leur amalûlité* Le gr'is coiiitiu Fnîdéric et le père élaieut absorbés d'ins une conversation lechfM<[UD fiur ta récente ou^ veri un.' ùm clias<ieiï ; le comte italien et madame de Mc'* rinvîlli! proliin;;i!aient un débal animé lur ropéra de BiaumtUo ; mais la pro lectrice ue perdait pas de vue la [irob'gi;^» rt son influence dîrl<,'eait de Imn un léLe-â-têle qui m'obsédait, et où ccpcudarit j'élaia ramené, de tous les cpi!<odcsdu dîner, comuie vcrii un centre inévitable tt pinr un braii invii^ible. Enlraînéc par ma jmrole, la de^ mûi^elle de province nublînil-i lie son rôle d^iipprintieet son m iliaque de PartMcnne» à l'instant je vnvais dnm la gbce niadame de IliVinville profiter de Vealhousiasme da cnmle pour lancer à ma voisina un rtgiird profond . Il fallûil contempler la malheureuse, à ce coup d'œit lerrihtc, demeurer court sur un mot preteatieiiXp oit tonraer bride en rougissant sur la penle irremistible d'une brioche! Bn mangeant des truffes du Pérri^'ord, dont elle était is^^ucp celte pauvre déiiarquée m^avort coaimeneé ane ridicule histoire dont le dénoûment promeltait an vi.Tilatle/b«r Madame de Mérîo ville clignait, tousîiait. Trappait î pclneis perdues! EiiDn, ne tenant plus à ce dari|;ePp elle laissa tomber ane magnifique assieltt de porcelaine, qui se cassa de manière à changer heu* reanen/cnt le cours des entretiens |»irticu]iera. Où allioninom donc? â ua marirign.
Cela Vil bit bien le Sîiint Jérôme et kï ciiéruliins. Au surplus^, rien d^jidmirflblc comme le dcvouemeat de madame dis Mëriiiville, diirnat cette épreuve qui manqua précisément par £ou resisort ordinaire, par le miroir; il y a an dieu pour les célibnlaircs. Dam le monde^ il ne déplaît pas â la fewme {nuiih de câuifr tmk, c*est-âdire de présider au mot qu'on jette en circulation dan^ un cercle, et ([ui revient au point de di'part avec u^e récolte plus ou moins alHmd.inle de commentaires et de broderies; â table Lldevtint moi, elle ne conJîsquait que le comte italien, et dù^ que la demoiselle de (krovince èlcfaitun peu ta voix comme pour prévenir qu'elle avait rencantré de resprîl, aussitôl sa protectrice baiss,'ïît le ton et lai laissait le champ libre, afin qu'elle saisit a la volée cette rare aubaine, lludame de Mérinville a des
des re!K«mrees d« n ca»^-iîn «« e tjot courbées avec mm vt kiai iv » 7 épaules de WÊamiam 4e b d>fSe bk , .
de proTÎnce.aTaît dass se« fïm wk^. r cherche de •oâilropaevêefeei'S^a.' cellents conseils, es re^iscfe u âo r inmiile êuit d*aoe moiesUe eiiif >Ag f Litudes el néine coBtnire 1 Mi C9ï i d'ici prendre soam«»csc£la«sta« VI
« Vcras fsrtei é^i ? bç â i nc 1 twifilr dont Je cr^mprrttiîf 1 d^os une épcN|i;e Cfû les I posîliiHis soda les -
— Je. Toos relr^iDTCTv m 1 lassftdeor d'Angletefte-
^ M«u moo i^e, Frcdàrk <! 1 répôodil en souriaiil m»iaac At 1
Maigre ce reproche diploiudiit > hamble etdotix qai me iértiitii^^i rorcémeT^t éTasires.
« TarbleD, me dî^e en se cette femme 1 bien de rt^pfitsublime de patroocr les fernsef |bi furtunep ni UJentï nuU, tear tiiorne en rîdîeiile 4e 1 enserelît s& bienveilluice éaw m M% vient é son noble but en «fiMTÉ tendre. Il est impossible ÊéÊt\ négTitioii ptos complèle mais aussi sa § énêrosUé < vaine de son palroostge, qu'on accorde Tolonticrs a lij intéressée, 00 le refiucnà] leaie déconTerte el joard'hui de ménage.
£t ma pensée i t\t% que madame de MMiTak { pnreDir I exercer son sonne lui en fît un qu'on nomme le monde ptfnÎK ^\ déjà asseï de mpériotilé pev 4 monarchie repiesentatite, fimi la cour de rhdtel d*( Ter deai fois par jeane« gens aîmtbles de f sur son escalier.
c Ëh bieo^medîtcclbo b Hénn ville.
— Qu'en saîi-lat
— C'en loul simple.^ marier. La femme tnulili que son temps,
— HiJs je erots que ce «iri raatre, répondis ge pas de manière â ce qii*ettti
— Abl vratmenll a Et Mortîmer, étouliitt m IÉ«I
le salon de la baronne. %h sa commande et enlooréids^l d*une auréole « trânall wm h i cercle de badawli larmes dans la voii. \ Cochet d'apcksailes i|ai ii chérubÎDS i peindre dM 1 dileursj ^A — plos oft naiisaoce, ses trâlentsv^ »espectint icofiiitê,<
LE CBAPERON.
ircnl. A les entendre renchérir par des com- Douïs sur une circonslance de patronage assez ) compris les Yoloptcs morales que madame le goûtait dans sa diaphane inviolabilité. Morricanait dans sa cravate et admirait ma sur-
sement, lui dis-je à Torcillc, que la modestie de Mérinvillc ne subira point un triomphe olle est retenue par un comte ii<rlicn.— Est-ce . comte italien? » reprit le peintre avec une rrîble dincrédulitc,
n'achevait pas celle apostrophe désastreuse» e de Mcrinville fut annoncée dans le saloo. celle apparition me clouait dans la pénombre ne, loul le monde, M«»rlimer le premier, s*éé au-devant de l'an^r; d'allondrissantes exfurenl échangées ; on louait sa toilette , sa prâce; les yeux brillaient d'enthousiasme el hn; mais pas le moindre mot n'échappait qui au mobile caché de cet entraînement. Blanuville, confuse avec élude et languissante % se laissa solennellement conduire par la rayers la foule, et alla tomber sur le canapé, . auprès de l'artiste que Témotion avait emdcr d sa rencontre. Toutes deux se serrcrenl gardant un silence que le cercle entier com- Qurmure signiQcalif, et on passa discrètement
à des sujets de conversation aussi étrangers que possible au véritable état de la question. Je ne me lassais pas de contempler l'adresse de madame de Mérinville à n*enicurcr dans sa parole cursivc, dans son insouciance aOfcclcc, que les choses ou les personnes qui jouaient un rôle dans sa vie réelle.
« Onprétendy dit ce charmant Protée, qu'il y a demain une vente au profit des Polonais réfugiés, au Casino r cela n*est pas amusant, mais il faut y aller.
— Bladame est peut-être commissaire? ajouta le peintre en me regardant.
— Oh 1 ma foi non, s'écria la femme inutile; je suis dans les curieux; j'ai envoyé un sachet, commcrtoul le monde...
— Le sachet vaut mille écus, me dit tout bas ftforti* mer ; on le destine à faire valoir la bouliiiue d'une CracoYÎenne... »
Et le peintre, avec un grand sang- froid, pointa mes yeux sur une petite personne de quinze ans, miniature assez jolie, qui était assise religieusement sur un tabou* ret aux pieds de madame de Mérinvillo, dont elle suivait le jeu de physionomie avec un sentiment d'adoration iDCxprimablc. De temps en temps notre héro'ine lissait de sa blanche main, et arec une tendresse presque maternelle, les bandeaux un .peu roux delà jeune Polonaise, qui faisait naïvement le gros dos sous ces caresses d*ap« parât, comme les levrettes g&tées dont ou chatoirille le
LE FAT
place où il va se caswr le cou. La parole est un objet de luxe pour lui. il n'a pas l'occasion de s*cn servir : il y a tels domi'sliques dont les maîtres n'ont jamais entendu le son de voix, qui ignorent comme complètement s'ils sont ddups de cet orgnne inutile à leur profession.
Cest a'isez parler du domeslique, revenons au mîiîlre.
Le vrai fat est peu amoureux; il est cppend.mt susrt'p. liblo de le devenir, mais c'est rare; car. hélas ! du moment où il le devient, il est perdu , sa sublimité cesse , son impertinence tombe, son rôle est fini , il peut bien encore être aimable, spirituel, brave, distingué; il peut devenir homme politique, magistrat intègre, garde national à cheval , entrer dans le régiment des spahis d'Afrique... m.'iis rester fat!... impossible.
Moi. qui vous parle, j'en ai connu un de ces vrais fats : c'était un abonne de TOpcra. Il croyait de bonne fol que toutes les f< mmes étaient folles de lui, et il le disait avec une adorable c^indcur. Un soir, assis avec un de ses amis dans une loge d*avant-sccne, tout d'un coup il s'écrie.
— Que de baisers de femmes, que de baisers de fera mes, je viens de recevoir. Nestor I
— Ah çj, tu es fou, Charles! lui répond son ami.
— Écoute, lui dit Charles sérieusement, veux-tu que je te donne un coup de pied à chaque baiser que je recevrai?
— Ça va ! dit Nestor.
Mais à peine ce dernier a-t-il lâché ce mot, que pan !
— Tu vois bien cette femme en loge de face qui touche une mèche de ses cheveux , c'est un baiser. — Pan ! Cette autre qui rit, c'est un baiser. — Pan! Cette blonde qui bAille, c'est un baiser. — Pan! Cette brune qui sent son bouquet, c'est un baiser... Pan! pan!
Au bout de cinq minutes, Nestor demandait grice.
— Tu y crois, maintenant?... lui dit Charles.
— 11 y a toujours une chose de laquelle je suis certain, répliqua Nestor se frottant les mollets, c'est que si tu rends ainsi à l'amitié les caresses de l'amour, tu feras bien de choisir tes amis dans les invalides. Il faut avt)ir des jambes de bois pour résister â tes confidences.
Une chose trés-remarquable, c'est que le vrai fat, tel que je vous le dépeins , est une création toute de nos jours, et qui n'appartient en aucune façon aux si(*c!es précédents. La Bruyère n'en fait nullement mention : il faut une grande qu:»iitité do ses caractères, ù lui, p<Mir établir seulement la base de l'éditîce du mien, et le lini, ce v«ritis «jui fait le charme de ce dernier, y mani|ue i'ucore complètement. — Ex.iuiinez. Dans la Bruyère vous trouverez .'honmie à la mode, Vesprit fort , Vimpvrtimnt , V ostentation , V orgueil , la magnificence , le courage, le glorieux, le voluptueux, l'ambitieux; mais de Tit. point.
Lv f,it d'esprit peut, à sa volonté, se dispenser de beauté, de jeunesse... même d'élégance... Tout ce qui distingue l'autre au dehors se trouve renfermé chez lui au dedans. Il n'entre pas dans un saUui la tôte haute, le regard fier et en faisant un petit bruit de canne pour I attirer l'atteution générale. D'abord il n'a pas de canne; • il se glisse comme un serpent, le dos voûté, la tête basse, I le chapeau tenu a deux mains, entre les fauteuils, les chaises , les personnes , jusqu'à la maîtresse de la maison, qu*il salue jusqu'à terre, puis se relève peu à peu, jette son regard de lynx autour'de lui : d'un jet il a embrassé toute la société, et s*est assuré que ses frais d'esprit ne sont pas perdus... Alors il se pose, ne dit d'abord que quelques mots, comme simple préparation, ou plutôt pour inviter au silence. Ce premier pas obtenu , voyez
avec quel art il s'impo^; comme sa voix, ba^^e t en apparence, commande bien rattention et don semblée; je dirai même que la modestie de soc est une fatuité de plus; car le liruil le pln« \^2 perdre une de ses paroles. Il ne dit pas : Êantt non. Il n*est pas né cruel, et cependant il tncn. tiers celui, fut-ce même celle i\m l'interrompr en parlant, soit en remuant un meuble, Mit ir éternuant ; son despotisme est >an'i b irue« Du r deux variétés de l'espèce du vrai fat ne se triure: très -haute cl très* bonne société . où il« prenafi sance. La seconde y vit et y meurt. Qa»i j h pre il lui faut plus d'espace pour respirer. pJawurs ^ res pour y étaler ses brillantes coaUsn : elle • souvent dans les environs des Tuileries, ies Lh. Élysées , du bois de Boulogne ; elle flf arit y^V^j Tortoni, an café de Pari<. kI dnns quelque^ m-A des thè.ltres royaux, trop heurcust* qnar.d t\\t &• se faner, se flétrir et se perdre à la fumée des is des coulisses de l'Opéra.
Passons maintenant à la seconde espèce de cet li famille, au fat manœuvre. Celui-ci ej^t au %niîà la parodie est à l'art; l'un suit l'autre pa^ â pa« cule est si près du sublime ! Autant la preiui«Y se défend du titre qui fait roriieineot de ce clu(> tant la seconde met d'ardeur à le conquérir, i ter, à le prouver : c'est une étude constante. a« de tous les instants. Elle le prend le matin à sa elle le suit le jour dans son travail, elle le poi nuit diiqs son sommeil; il quille son chamut Blin qui lui coupe les articulations . ses bottes 1 (|ui lui font venir des cors aux pieds, sa délicici vate (jui l'étrangle , ses agréables pantalons à sous-pieds le font tenir roide , debout coaune a& gants glacés qui le feraient tomber sur son m que sur ses mains, de peur de les salir (les g|^ ne quitte pas sa préoccupation.
Le fat manœuvre peut être laid et gros, O ta presque toujours laid et gros ; il peut être vicu« bossu, si la nature l'a doué de ce surcroit de fam quant à de l'esprit et de la distinction, régie omi il n'en a jamais.
Celte espèce est remarquable par sa Tariété;cBrJ rit partout, en province comme â Paris, sorlatai vards, dans les promenades, au spectacle, énidt comptoirs de magasins et de toutes les maisoisàa merce quelconques , dans les études d'afOMi tf notaires, sur l'escalier des cafés « partout oàflji femmes enfin , excepte toutefois des fenmies coh faut.
(justave était ué en province bon et sinple, ni esprit, encroûté qu'il était par une cooche cpaîwl gueil maternel jeté sur lai à pleines mains, l'anifi faire jour. Ainsi lesté, il arrive â Paris faire SQiài gr^ce aux écus encore maternels, les griscUeià quartier le proclament l'homme le plas adonUi France; et le voilà arpentant avec orgueil les m de l'Ecole do médecine, lorgnant TiiBe. jdMt œillade à l'autre, un baiser i celle-d, on sailli H et finissant réellement par se penuadcr 4e Mil personnel.
Cet autre, nommé Hercule, Tenu i pied deTAi* pour trouver une place à Paris, a réatsi i ctfNi un magasin de nouveautés. La première ibb^'ili placé sa veste de bure par un habit achelé m ta s est trouvé si beau, si éclatant, qu'il lai a parai sible que tout le monde ne fût paa de mm ans; : tend à chaque instant A trouver daiu iMlca Ici M
LE FAT
ses Tadmiralrice de sa beauté, et croit à chacune Tavoir rencontrée; aussi, chez lui contentement passe richesse, c'est le cas de le dire.
Achille est une autre variété. Il est né à Paris, mais dans la bourgeoisie, je dirai mieux, dans le commerce marchand ; son père est un épicier retiré. Achille est assez joli garçon, il est riche, et il aurait pu mener une Tie oisive, paresseuse et heureuse, si un jour, au balcon de rOpéra, où son argent lui donnait accès, il n*eût rencontré Albert, et si. une autre fois, ce dernier ne lui eût parlé chez un marchand de chevaux, où tous deux allaient en marchander. Depuis ce jour, plus de repos, plus de cesse pour Achille ; Albert est pour lui son type , son Dieu , son idéal : il s'habille, il se chausse, il pose son chapeau comme Albert, il a les mêmes étiaipages; comme lui, il fait courir .ses chevaux, qui ne rera|»ortcnt pas le prix , mais qui crèvent. Les étés. Albert part pour voyager, et Achille se renferme chez lui; il ne sort pas, il ne bouge pas, ne met pas le nez â la fenêtre, et 'dit hardiment, â l'entrée de l'hiver, à ses amis qui s*informent de ce qu'il est devenu depuis si longtemps : «J'arrive d'Italie, mon cher : un ciel admirible et des femmes délicieuses! d Mais ne pouvant , comme Albert, choisir ses conquêtes dans les dames de la haute société, fl s'en venge en ayant l'air de les connaître toutes : il affecte de les nommer tout haut quand il les voit passer dans leur carrosse , ou entrer dans leur loge é l'Opéra ; puis il se jette dans les salons de second ordre , et se console de son obscurité avec mesdames de Saint-Ernest, OU de Saint-Victor, ou de Saint-Charles , tous les saints . possibles du calendrier. Il mourra de joie le jour où il s'entendra citer parmi \es jeunes seigneurs.
Notez que je dis jeunes seigneurs, car, aujourd'hui,
c'est le titre de bon goût qui a remplacé ceux de impor-
é lasiis, petits -maîtres y heaux-filSy muscadins, mirli-
f fioreMy incroyables, élégants, fashionahles, dandys, fu-
'• rieux, lions, tigres, qui se sont succédé rapidement dans
les fastes de la belle jeunesse française , depuis le com-
ikiencement de ce siècle éminemment dramatique.
Non-seulement Achille a la fatuité de connaître toutes 1^8 grandes dames de la haute société, mais, â l'entendre , il est au mieux avec toutes les sommités quelcon- ^^ues; il va chez tous les ministres; il a dîné hier avec -^%leiandre Dumas ; il a fumé un cigare sur le boulevard de ^Band, le bras passé sous celui de Janin ou d'Alphonse Karr; 'Victor Hugo Ta salué; Eugène Scribe lui reproche de de- ''^venir rare, et il doit al 1er demain déjeuner chez de Latou- ^he, dans sa délicieuse retraite de la Vallée-aux- Loups. C'est lui aussi qui , dans les commencements de sa ^^rriére élégante, s'écrivait régulièrement trois lettres ypëT jour par la petite poste; cette fatuité était toute ^our son portier ; il ne pouvait supporter l'idée que cet liomme le supposât sans relations aucunes.
Le domestique du fat manœuvre est en tout l'opposé 4u valet d'Albert : autant l'autre est froid, discret, silencieux et actif, autant celui-ci est brouillon, indiscret,
bavard et paresseux ; é lui le monopole de compromettre les amours vrais ou simulés de son maître; de jour en jour plus insolent à mesure qu'il croit qu'on a plus besoin de lui , il ne met plus de bornes à ses exigences : aussi fat que celui qu'il sert, et du même genre de fatuité, la fatuité de manœuvre, il feint quelquefois de brouiller ses conquêtes avec celles de son maître. € Qu'est-ce que c'est que ça? — Adieu, mon chér.t! Agathe, b dit Achille lisant, en appuyant sur le t du mot chéri , un trés-joli billet .satiné , orné des armes de comtesse, que son valet vient de lui remettre d'une manière ostensiblement mystérieuse, devant ses amis à un déjeuner de garçon. •
— Ayel... aye!... que monsieur daigne me pardonner... reprend Frank, ou Jean , ou Tom , — c'est encore une fatuité domestique d'avoir un nom anglais, — que monsieur daigne me pardonner, répète-t-il, feignant visiblement un embarras à travers lequel perce une joie mal déguisée, c'est... c'est pour moi...
— Pour toi, coquin, reprend le fat manœuvre, par ma bonne lame de Tolède ! — terme chevaleresque rerais en fureur par le très-spirituel Roger de Beauvoir, — ces valets veulent singer leurs maîtres ; ils font des conquêtes... tout comme nous... et cette Agtithe est quel |ue giisette, couturière, lingère, ou quelque chose approchant, n'est-ce pas, maraud ?
— C'est une dame de TOpéra , monsieur, répond Frank en se redressant d'un petit air d'épicier vainqueur.
— Allons donc, butor! (Notez qu'il entre dané le caractère du fat manœuvre d'accabler son domestique d'épithètes injurieuses.)
— C'est la cousine de la femme de chambre de cette fameuse danseuse qui était folle de monsieur la semaine dernière.
Ce dernier trait d'audace clôt la discussion. Achille remit le billet à son valet, et dit en se retournant vers les convives :
a Parlons d'autres choses, mes amis. »
Ce qui évidemment devait se traduire par ces mots : Parlons de cette danseuse, amis.
En Un , je n'en unirais pas si je prétendais dépeindre toutes les variétés de l'espèce du fat manœuvre : j'en ferais des volumes entiers si je voulais ; mais, outre que ces portraits sont déjà faits par des gens fort habiles, et dans les champs desquels il ne me convient pas de glaner, les limites de cet article ne me permettant pas de m'élendre davantage, je me borne donc , pour Tédiûcation de mes lecteurs et leur instruction particulière , à leur citer ce peu d'exemples , et à leur répéter cette phrase insidieuse d'un de nos plus habiles écrivains.
Brillât-Savarin, de gourmande mémoire, a dit dans son livre admirable : « Tout le monde mange, mais Thomme d'esprit seul sait manger. »
A mon tour, voilà ce que je prétends :
Tout le monde peut faire le fat, mais l'homme d'esprit seul sait l'être.
LA MAITRESSE DE MAISON