‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 188 sur 269 · I: HA-i-fT. ^tiiliic -ïzi Hk l^cr. ac pwa · texte numérisé non relu

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LE CHAPERON

plus transparent. A les entendre renchérir par des commentaires inouïs sur une circonstance de patronage assez vulgaire, je compris les volaptés morales que madame de Mcrinvillc goûtait dans sa diaphane inviolabilité. Mortimer seul ricanait dans sa cravate et admirait ma surprise.

a Heureusement, lui dis-je d Torcillc, que la modestie de madame de Mérinville ne suhira point un triomphe burlesque; elle est retenue par un comte ilfrlien.— Est-ce qu'il y a un comte italien? » reprit le peintre avec une grimace horrible d'incrédulité,

Mortimer n'achevait pas celle apostrophe désastreuse, que madame de Mérinville fut annoncée dans le salon. Tandis que celte apparition me clouait dans la pénombre d'une tenture, tout le monde, Mortimer le premier, s'était précipité au-devant de Vange; d'attendrissantes exclamations furent échangées ; on louait sa toilette, sa figure, sa grdce; les yeux brillaient d'enthousiasme et de vénération; mais pas le moindre mot n'échappait qui eût rapport au mobile caché de cet entraînement. Madame de Mériuville, confuse avec élude et languissante par principe, se laissa solennellement conduire par la baronne d travers la foule, et alla tomber sur le canapé, précisément auprès de l'artiste que l'émotion avait empêchée de voler d sa rencontre. Toutes deux se serrèrent îa main en gardant un silence que le cercle entier comfek :»ar un murmure significatif, et on passa discrètement

à des sujets de conversation aussi étrangers que possible au véritable état de la question. Je ne me lassais pas de contempler l'adresse de madame de Mérinville d n'efllcurer dans sa parole cursive, dans son insouciance aCTeclée, que les choses ou les personnes qui jouaient un rôle dans sa vie réelle.

« On prétend, dit ce charmant Prolée, qu'il y a demain une vente au profit des Polonais réfugiés, au Casino ;^ cela n'est pas amusant, mais il faut y aller.

— Bladame est peut-être commissaire? ajouta le peintre en me regardant.

— Oh 1 ma foi non, s*écria la femme inutile; je suis dans les curieux; j'ai envoyé un sachet, commcrtout ic monde...

— Le sachet vaut mille écus, me dit tout bas Mortimer; on le destine à faire valoir la boutique d'une Cracovienne... »

Et le peintre, avec un grand sang-froid, pointa mes yeux sur une petite personne de quinze ans, miniature assez jolie, qui était assise religieusement sur un tabouret aux pieds de madame de Mérinville, dont elle suivait le jeu de physionomie avec un sentiment d'adoration inexprimable. De temps en temps notre héro'ine lissait de sa blanche main, et avec une tendresse presque ma* ternelle, les bandeaux un peu roux delà jeune Polonaise, qui faisait naïvement le gros dos sons ces caresses d*ap« parât, comme les levrettes gAlccs dont on chatotfille le

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démarche est faite, la réhabilitation entière. Voilà un effet singulier du patronage. Avouez que ce monde-là est bien original!... »

Mais je n'écoutais plus cet homme de sang qui égorgeait la plus belle verlu chrétienne, la charité, sur l'aulel du doute et du ridicule. Toutes mes facultés intcllcctvelles se concentraient dans mes yeux qui cherchaient, sur la physionomie de madame de Mérinville à comprendre une spécialité si distincte, d'après les régies de Lavater, de Gall et de Spurzheim. Une afTabiiité générale qui ressort des gestes comme du langage, de la figure comme des regards, une prévenance extrême dans ja conversalion, une bouche continuellement souriante, et un accent presque toujours ému, un art particulier à rappeler à chacun ses mérites, ses vertus, ses talents ou ses grâces, comme à ne point lui rappeler ses défauts contraires, un front pur de toute envie, le haut du corps sans cesse incliné par Thabitude aimable de voler à la rencontre ou même dans les bras de ses pupilles, mille détails inaperçus d'abord vinrent me confirmer l'existence de ce type heureux que madame de Mcrihville promène de salon en salon comme le génie de raum('>nc et le fétiche du dévouement.

« N'allons pas devenir amoureux de cette femme! » me dis-je en m*esquivant.

Elle ne m*avait point aperçu ; je Toulais me trouver chez l'ambassadeur seul à seul avec moi-même pour réver é ma passion déjà naissante. L'infernal Mortimer, qui me suivait, grimpa dans mon fiacre.

c Un instant ! s'écria-t-il en comptant sur ses doigts; nous avons découvert, si je ne me trompe, quatredasses de protégées dans les clientes de madame de Mérinville, à savoir : les artistes méconnues, les réfugiées polonaises/les demoiselles de province à marier, et' les baronnes anglaises compromises...

— C'est bien assez, fis-je avec humeur.

— Mais ce n'est pas tout, reprit l'impitoyable Mortimcr. 11 reste l'amante malheureuse, la femme brouillée avec son mari, la bourgeoise qui entre dans le grand monde, la femme de lettres qui demande une pension, rétrangére qui ne sait pas notre langue, l'actrice vertueuse, etc., etc., etc.

— - Et où verrons-nous cela, grands dieux?

— Ce soir même, cher ami, au bal de l'ambassadeur. »

il*

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