LE C0>1MISS10NNA1IIE
a)Mnt m pltquç pour blasi^on et en s g] g ne. Mnh (inc ctinse qui! côntfiOD individunlité primordiale. Le ï une des nntnres les moins efTacées ilriile effîîîîe, Pnn siens qui ne sfint lêmn^ de dladins qni aurâi(>nl tout à t ae leur province. if*aime qu'un Pa- , el qu'un Au ver gn ut Boit commis-
totre vîe privée, el voyez n quelle
àlre n joué un rôle imporianl. dans
îl {1 tenu entre ses nmm votre !^e*
f Vôtre vcngeunce» voire Tortune. voire
; éloigné Jo voire domïeîle partant un
I détCisté, le (Jl princrpat d'une conspim-
lou voire bilBU, l.e commi«;sîonnaîre
t de loules nos inlnjîue^, de toutes nos
I nos vices, de toutes nos parties pîuî» ou
, nature Fn doué de la prudence du ser-
ndreque le rùle qui lui convient dans
. se joue sons ses yeux, et glisser sans re-
[ les écuells d'une société corrompue. On
actif et j.imais soucieux, il tj.hi^ ^ In
Lir et comme comparse du dr^yme indivi*
le problème d*un pou voir réel et irres-
imsïonnïiîre a la jambe bien développée, h I pieds passablement ronvexe, le torse dijtLlunu ri^ffre solide, ce qui ^l^'Uifie une poitrine larj*e Hîiii(>nl disposée pour le jeu des deux plus vastes *!■' riirroudisîîenïcnt. Un cor Fnons're» déposé - m musée Dupuytren. avait apparienn à un ifiiaire, Jetex maintenant un cottp d'œil sur \]|iis» éliminez ces omoplates moulées pourreic malle, et dites sîl est poFsil>le de nier une r.iiion. Bien que comme porteur il en celle daus .-lif^ion, êe% relations civiles et privées sont de u georc : c*eUiine sorte de factotum qu*nn peut T dom toutes le!« occ^sionfs; le commissionnaire nrement celle d*ê1re utile à rhumanilé. Il poshomme spécial qui le plie à divers emplois, set ÉpRules de malles ou de bas< relief;^, de ta* M d'épreuves de romans dans les quartiers avlrsiûii bourgeois est^ en elTet, un artiste. Il est voué Brome ^ il y a entre eux solidnrilé de Tiirlune. Le ■ imuaire fait eo outre^ dans ses moments de loit^aur^eg du négociant, une partie du mén^^^^de alcre, balaye les de va u turcs, rend aui vitres du îi'u et du marebaiid de nouveautés la iranspn* liniîtîre quo les émanations du camphre ou h "i\ des châles du Tliibet leur ont enlevée. Une 'is oîïïces qui répugnent a 1 homme étalili, à l'épharmacie, ou au jeu u&^prrmiLT enrôlé dans les fres, est accomplie sans scrupule par le commis- 'ê i il n*y a pas pour lui de cbosf's désEionnétesdés représentent un honuMe sahirt". Le commis- ^ connaît le fort et le faible de toutes les proi Irèi-proprc par ceU même à remplir la sienne 1 ÊHt presque pas une, mais qui en résume plu- \reutHin un rrolleur lélé el inlelligenl pour cirer es et les parquets: rien de plus apte à celi qu'un iiîonnalre. Vos tapis réclament*ils, pour être but-. nploi du tapissier i faites monter un commisnion- ^ouki-vous un homme empressé sans être imqui tienne chez vous la place d'un nombreux dole, et %'ous serve â table comme un esUilîer : ayez missionnaire. C'est le valet de ceux qui n'en ont mme économe et économique, tl connaît U recette
du cira^Tc Roberfïton et rapplique aux cbaussureu de tous les formats qui lui ont fait une brillante réputntlou drius le quartier. Le commissionnarre est rétre le plus com* plet de la civilisation : il embrasse l'homme de la li^te aux pied:^; il po'^sédc Tindustrie du castor et les talents variés du valet de chambre il de la femme de ménar^e.
Four apprécier diguement le commissionnaire il faut le voir surtout h^rsque, à feutrée de l'hiver, il s'improvise scL ur de bois.
Pour peu que la maison où il remplace le peso-stére Foït privée d'une cour, fort des rj^glcments de poHc<% il ft'iu stalle sur le Ir^iltotr. M.irqul^ ou manant, peu tut importf" qui ilnfilc à droite ou a gauHjc; il est toul â sa be-inp-nc. Pïuis eu l'ûvnhiilon ne lui ferai! pas jyerdre un trait de sciu. Qi(f Hp teuîsiitm dans les muscles î qut-lle n^xibilité cepeud:iut â Tendroii du cubitus! quelle sueur poétique sur son faciès ! Les bûches les plus respcclabïes, celles ([u'affectîoune le portier, passent par ses mains comme des roseaux ou des allumettes chiuiiqfies. 11 les divise, sans géométrie , en plusieurs sections par* faite m eut égales : c'est T affaire de quelques brassées. La scie lui sert de chihTe, et cet Iniitrument primitif défie entre ses mains le génie même de la mécanique. Après quelques minutes de cet exercice sudoriÛque, le commissionnaire ne conçoit pns qu'on ail b^oin de bûches pour se chauffer. Le bois lui semble un objet de luxe, qui chauffe par lu frottement. Il s'arrête à chaque voie pour »e raff aîchir d*un canon.
Entrepreneur de n'importe quoi, il n'a pourtant rien des allures de ces bohémiens de Paris qui cherchent dans le travail un prétexte de se reposer Incessammi nt. Par un prodige qu explique son incroyable célénté, on le trouve tmijours posé sur ses deux pieds, à Tendroîi ou il a ù%é son quartii^r général : il tient de ces faucons qui venait^ut se poser sur le poing du maître, après mille courses aériennes accomplies «-n un clin d'aîil,
Ne croycï pas, du reste, que son arl soit tout d'improvisation, ou que t*on puisse devenir commissionnaire en sortant d*ètre ambassadeur. Il y a un sphinx â interroger, non moins rempli d'ambages el de circuits que celui qui, au dire de M. de ballrinehe, jouit d'une exi^ stencç mythologique dans la myslérieuse Egypte* Paris el ses mille rues à interpréter, rst-ce l'affaire d'un jour? Le commissionnaire affecte un lobe de son cerveau à chaque quartier, et parvient à se faire un Paris crauioscopique dont on retrouve les saillies après sa mort, ou le livret dans la poche de son gilet.
Etudiez en détail le comnussionnaîre, et bientôt toute la physiologie de Parid vous sera connue. Le commt&sioiinaîre ne stationne pas dans les rues aristocratiques du faubourg Saint-Germain ï il n'est pas moins incoQou dans le faubourg Sa int-!^l arceau; les deux pôles d'une société civiltïîée le repoussent également : il pullule dan.s les zones tempérées, il rst à son aise sur les terrains de transition, et perche volontiers à la hauteur du faubourg Saiiït-Jacques, s'échelonne dans les régions moyennes du commerce et de l'industrie. Paris déteint sur lui sensiblement, chaque rue le moule à son image. U commissionnaire est une espèce d*a franchi » qui a conservé quelque chose des types précieux, aujourd'hui perdus^ des valets de comédie. Là ce n'est qu'un porteur, un homme de peine, un crocheteur; ici c'est LaOeur, c'est Fron tin, c'est Gil El as, ex- oisif d'antichambre, suant aujourd'hui sang et eau sous la livrée du commissionnaire Le rude patronage de U bourgeoisie le courbe sous le salaire et k plie à ses habitudes. On troure en lui le roilet de tout ce qui existe aoug le régime mixte de la propriété.
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LE COMMISSIOKNAIUE.
Dans les diverses parties du globe, la nolure a doué le serviteur de telle ou telle aptitude; à Paris, elle a tout donné au commissionnaire. Allez en Kgypte, vous aurez recours à une légion di; domesli(|ues pour n'être point servi : l'un fora cuire vos lentilles accommo.lécs au persil, au laurier, avec un quartier de mouton, vous servira un oiî^non cru, et fumera sa cbihouquo en votre présence; l'aiitre prendra soin do votre unique vêtement; un lroisK»me. de votre cheval ara lie; tout le monde se moquera de vous, en disant : <r Allah est grand! » Le reste lui est parfaitement étranger. 11 y a nn homme pour chaque chose : sortez de là, on ne vous entend plus; c'est comme si vous parliez héhreu. La bastonnade même n'arrache point un Turc à sa spécialité cl à ses songes orientaux. A Londres, il faut être gentleman, avoir une maison à soi, si l'on veut être servi par des mains étrangères; ce n'est qu'à Paris que l'on trouve ces soins de détiil, ce service précieux qui s'applique i tout, qui n'oblige à rien envers un commissionn^iire, et qu'il exécute sans sortir de sa profession. I^ commissionnaire est un type multiple : il ne saurait embrasser trop de choses pour se faire une petite fortune. 11 com-
bine le fixe et le casuel, et existe Tun portanlVantr envoie tous ses bénéfices à un notaire du pays, cl» restant à la caisse d'épargnes.
()uand le gaz illumine Paris, à l'heure où CGOi^i l'habitude de dîner gagnent les Frères prottnçmx^ café de Ijondres, vous croyez que le commîssionui se croiser les bras, faire le cent de piquet avec ti leur d'eau GUréc : c'est un luxe qu'il se permet ks do grande rel.lchc seulement, autrement il se rend théâtre du boulevard pour faire 17iom me dupeupk cuns frais de travestissement pour lui» sinon dt pièces bislori(|ues, où il revêt un constume d'arcbe représenter un eunuque du sérail et une fignre tfi son rôle l'oblige à conspirer.
Le commissionnaire a-t-il un quart d*henre f fl forcée, voyez avec quel agréable far nienU il Im l'asphalte et sur l'édredon du crochet on cluiii n solail et quelques bouffées de caporal. Son pliaai de cuir a un oreiller de sapin, mais il y dort m des passants et des cochers de fiacre; sa pipe n'a commun avec le narguilhc des adoratenre dn pu mais elle lui sufQt, é'est son vaie tncenai; i
LE COMMISSIONNAmE.
nie au tout, il en retranche le tuyau pour ne pas la iser : les choses humaines sont si fragiles ! t>e commissionnaire n'est ni grand, ni effilé, ni athléue. La taille gêne dans son état; la maigreur lui ôte la confiance de ses clients. Du rez-de-chaussée à la insarde, il doit aller, venir, déménager, emménager, >nter, descendre, charrier, emmagasiner, toujours indi, grossi, matelassé, doublé d'une caisse, d*un bal- , des cartons à chapeau de la grisetle et de la valise n étudiant en vacances. Pour suffire à ces travaux culéens, à' celle gymnastique quotidienne, le comsionnairc a reçu dj la nnlure des dispositions qu'il pléte par l'habitude : la première est d'être né roe et Auvergnat, d'être doué dune large paire de fa- ?, qui représentent la force; contrairement au pré- Jbiblique, qui place son siège dans ses cheveux, le 'Xifssîonnaire se coiffe û la Titus : c'est toujours cela Loins â porter.
existe une classe nombreuse de la société qui est s lorsqu'elle est vêtue. Le commissionnaire fait part oette classe intéressante. Il y a un velours qui se f u c exprés pour lui, relevé sous forme de veste par optons de cuivre délicieusement arrondis. Le com- >E)naire est le même homme de la tête aux pieds, i** outre-mer quant aux guêtres, au pantalon et â la 1.1e. 11 quitte la veste dans de grandes occasions fe ^ les grandes chaleurs, et la met sur son crochet
nieux la porter. 11 n'est chatouilleux que sur la 1)hysiquc, et on ne le voit jamais compromettre
3our-proprc en reculant devant un fardeau, quel SK.<oit. 11 mourrait au besoin, comme un Titan, sous ^ds de cinq cents livres. A port cela, on peut 1 appefc^^n ami, mon brave, le commissionnaire étant une ^ choses qui, aux yeux de la bourgeoisie, entrent ^^e\n droit dans le domaine du pronom possessif;
en compagnie delà femme de chambre, le cornonnaire s'appelle monsieur Pierre; on prend pour ^rler la même voix que pour le maître de la mai-
«n l'accable d'attentions et de poulets froids, i commissionnaire est en rivalité constante avec les éprises de déménagements quelconques, les posscss de tapissières, et les cochers de fiacres ou de ca- ►lels, qui, sous prétexte dune course d'agrément, en- -nl en un tour de mains les effets d'un propriétaire fiade, le mobilier d'un journaliste et le musée d'un an- Jaire ; il brise les meubles deux fi)is moins qu'une enprise, ce qui fait qu'on lui confie deux fois plus lOntiers ceux que l'on tient à conserver. Vous nncontrez quelquefois le commissionnaire bardé cuir, comme s'il avait l'honneur d'être un cheval de it, essoufllé sous le harnois, cédant nécessairement le ; aux andalous, et l'emportant sur eux par l'intelliice du pavé. De là est venu le proverbe : Paris, le radis des chevaux et l'enfer des commissionnaires. Lorsque le commissionnaire quitta Ks vallons pitloques de la Savoie ou les sites enchantés de la haute vergne, sa tfte était pleine de projets ambitieux; il *lait ses vues sur les hauts emplois du château ou de banque de France; il rêvait un bureau de tabac tout moins. Muni d'une lettre de recommandation pour le €t de chambre d'un duc et pair, il aspirait par anlici- ::on des bouffées de faveur cl de fortune; il se créait sein de Paris un Eldorado de gros traitements cl de (Sfues modérées. La ! je vous le demande, n'eùt-il pas '■ b'en placé dans un ministère solide, si c'est possi- !, à l'ombre d'un poêle gigantesque chaufl'é par ces [lues grosses bûches, qui ne sont que des atomes du J^'et, ou dans quelque bibliolhéque parfaitement
royale, méditant sor les livres des philosophes, et l'étant UD peu par contiguïté, ou bien encore attaché aux fossiles de M. Guvier, aux phénomènes de M. G. de Saînt- Hilaire et aux autres curiosités du Jardin des Plantes, donnant â manger de sa main a la girafe ou a l'éléphant, étudiant la botanique par goût et l'astronomie par principes, perdu dans les immenses contours du cèdre du Liban, restauré tous les mois par la manne de ses appointements, ayant un titre, une position, un habit bleu de roi, enfin, tout ce qu'il faut à un employé pour être rentier, à un commissionnaire pour être savant? Hélas! le prolccleur-né du commissionnaire avait oublié son extraction villageoise, son compatriote n'était plus son ami : il n'a rien fait pour le pousser auprès des puissances, de peur de compromettre la sienne. Le commissionnaire n'a pu accrocher la moindre place, et, pour se fixer à quelque chose, il s'est fixé à un coin de rue. Là, il jouît d'une existence semée de longues fatigues et de courts délassements, ^.e grands travaux et de petits profits. On n'est ni électeur ni juré, c'est vrai; on n'a pas le désagrément de s'entendre nommer capitaine de la garde nationale, ou l'ambition de devenir député: mais aussi, quelle existence triviale', l'épicier vous regarde à peine comme un homme émancipé; le charcutier croit vous régaler avec son cervelas â l'ail ; le garçon de magasin se regarde à vos côtés comme placé dans les inamovibles, vous confie de son chef la besogne qui l'humilie, et l'humanité tout entière vous traite de portefaix. La moindre querelle fait éclore les dénominations outrageantes d'Auvergnat ou de Savoyard. C'est ainsi que le bcotisme parisien lui glisse en douceur des phrases comme celle-ci : « Dites donc, monsieur Pierre, les Auvergnats sont- ils Français? »
On a évidemment tort de donner le commissionnaire ' comme la dernière expression de l'incivilité rustique ou de l'inurbanilé parisienne : il est poli, discret et même consciencieux. 11 ne surfait jamais le prix d'une course ou d'un paquet. A telle dislance, c'est tant; sa carte, c'est son expérience. Pour le poids, il en a la balance dans la main. Cherchez-moi un Euclidc qui soit aussi savant que lui dans l'art de retourner une malle ou un paquet, dans la science du plan incliné, et qui connaisse mieux la ligne droite dans ce Paris, où si peu de personnes la suivent d'un bout à l'autre.
Le commissionnaire n'est entaché d'aucun des préjugés qui tiennent aux corporations; il n'est membre d'aucune société savante, il a grand soin surtout de n'être pas de l'Académie. Trop fier pour se lier avec des laquais à livrée, il a trop hon genre pour frayer avec les cochers. Employé souvent comme garçon de recette, il a une considération â garder, outre l'eslime que chacun lui accorde. Dans l'arriére-boutique du marchand de vin, le commissionnaire s'entretient généralement de politique; pour peu qu'il y ait un commencement d'hostilités du côté de la Belgique, le marchand d'en face n'expédiant plus de salin-laine, il se ménage d'avance la pratique d'un fabricant d'équipements militaires. Si l'élection ramène à la Chambre tel ou tel député, ce sera pour lui une connaissance toute faite; si telle actrice, dont il soigne les débuts, comme romain, obtient un grand succès, il aura de l'ouvrage pour toute la saison. Son existence est liée aux fibres les plus intimes du corps politique; il en suit les mouvements afin de ne manquer aucune commission importante. Le commissionnaire dit : c Not' bourgeois » en parlant du roi des Français.
Des passagers, des hommes sans vocation, après avoir dû leurs premiers succès et leurs premières épargnes à la commission, conçoivent le projet de monter un fiacre,
LA MAITRESSE DE MAISON
si un homme illustre venant à Paris pour y étudier la société française n'avait pas été empressé de la chercher a son centre le plus brillant? On nierait l'existence de la lumière. Dans ce genre, le soupçon seul est si funeste qu*il donne de l'indulgence en fait de réputation; la moindre célébrité suffit pour faire rechercher l'étranger. Mais si, le premier soir, il manque son effet, si, par exemple, le radjah d'Aoudc est habillé à l'européenne et ne distribue pas orientalement des bijoux, si l'infatigable naturaliste qui a visité les vallées de T Himalaya s'avise d'écouter au lieu de parler, si le hardi ravisseur de dona Maria d'Asounson de S*** va s'établir à une table de whist, il peut bientôt reconnaître, à l'inattention affectée dont il est l'objet, que la maîtresse de maison le renie. Partout en France le même sort attend les débutants. Voire mérite nous importe peu, leur dit-on, faites votre succès et je vous adopte.
Les bals ne donnent qu'un titre illusoire à la haute et puissante charge de maîtresse de maison. Un bal est, en effet, un affaire de tapissier et de glacier-restaurateur, et tel est le goût des Parisiens pour la danse, que l'on irait au bal chez un entrepreneur de plaisirs publics, si quatre femmes à la mode se décidaient les premières à cette démarche. Les étrangères, qui forment aujourd'hui une partie considérable de nos maîtresses de maison, débutent par des bals, mais ce n'est qu'un acheminement aux soirées sérieuses, les seules qui donnent de la consistance à une femme. Chaque, année il se présente sur l'horizon de Paris une nouvelle comète, venue de New- York ou Saint-Pétersbourg. Lorsqu'elle arrive saus recommandation, il se fait quelquefois que ses salons, envahis d'abord par une société inférieure, restent ignorés du grand monde. Après deux ou trois hivers passrs en infructueuses tentatives, elle part convaincue de Timpossibilité de pénétrer à Paris dans les cercles aristocratiques.
Pendant l'été, réfugiée aux eaux, sur les bords du Rhin, la riche Américaine y rencontre une jeune et jolie femme du faubourg Saint-Germain, dont les vieux parents, amoureux de ce bas monde, n'ont pas encore voulu le quitter et laisser à leur fille les soixante mille livres de rente nécessaires à la tenue d'une maison. La connaissance se fait facilement entre ces deux postulantes, et voici quel en est le résultat. L'Américaine est ramenée à Paris par de belles et sûres promesses ; l'hiver suivant elle reçoit chez elle l'élite des deux faubourgs. Ses billets d'invitition sont contro-signcs par la belle Française, qui est aussi chargée exclusivement de la rédaction des listes. Décors, orchestres, souper, tout est niaguilique ; les soins de la palronesse brillent dans l'ordonnance et les détails de la fêle. Les jours suivants, des caries soigncusfinent cornées, mais remises par des laquais, témoignent du savoir-vivre parisien, et les équipages, sans s'arrêter, roulent vers l'hôtel de la puissante protectrice, qui ouvre ou forme à son gré les portes de ce séjour enchante. Lélrangére a prêlé ses salons, ses gens, ses lustres, ses musiciens, ses rafraîchissements ; la palronesse a donné le bal. C*esl une socicié en commandit.'î
Cette variété de la maîtresse de maison a été introduite
nouvellement en France, le taccês qu'elle a porte à croire qu'elle se perpétuera.
Qui surprendrait une maitreftse de naiioii ch entre huit et neuf heures, le jour qu'elle reçoit, pi pour un fâcheux fieffé. Ai^onrd*hui lei appartenir parade sont en même temps ceux d'habiutm; U bre à coucher de la maîtresse de maison, ce un des Anglaises, n'est pas même toujours riscnc petits préparatifs domestiques que BalsK a décrit la Femme supérieure, si spirîtuellemeBl et â eos ment, qu'il serait inutile de Tessaycr apréi Jii\ s à peu prés partout avant de recevoir éê aonde, personne n'en voudrait convenir |»artt fR c eit geois. Deux heures avant que le monde aRÎi(,Wi blés sont changés de place, disposés d'iee mnui niére qui doit avoir tout prévu. Ici un catafc i l'espace devant lui, pour qu'une petite eolcrie 4e gens puisse s'y établir autour d'une jeune Cmi aime à se former une cour ; là un fautenil flanqn porte ou d'une encoignure, dont la position for isolée assure le secret des téle-â-téte. En prof! cercle régulier des chaises a pour but de prêve: complot contre l'honneur des famillet, en méoii qu'il contraint les hommes à une politesse noiTi à Paris, le désordre organisé des meubles doit tous les caprices : le soin de la morale est Ui; maris et aux confesseurs. Ces arrangements bits dernière combinaison établie, celle de réuiflir de cinq hommes pour chaque femme, la maîtresse < son se repose. Au commencement de la soirée a est encore quelque peu apparent; elle souhaite li venue aux arrivants et leur désigne le coin ob Of veront leurs amisj sans jamais commettre ose < dans la statistique galante, quoiqu'elle soitpanibii changeante et embrouillée par les mœurs qn cm Mais dès que ses salons commencent à élre reapii* reprend sa liberté avec son indivîdnalitê, ne l'o plus qu'à accaparer les causeurs aimables cl csii quelque jeune protégée les attentions d'un beneii qui pourrait la rendre trop fiére. A voi» une aiîl de maison établie dans son coin favori, causer d a ter sans préoccupations, répondre par on n§m é au salut que lui adresse, en passant, on iiOflnM qâ souvent arrivé depuis un quart d'heure et n'a gsérf j la peine de la chercher, certes, on ne devîsaiÉj qu'elle est chez elle. Quelle tournure prend Ja «U S'y amuse- t-on? s'y ennuie-t-on? Ce n'est pHmi fai.e; la seule chose qui l'inquiète, c'est qi'Mfui dire le lendemain : on s'y étouflàit.
S'il nous était permis de peindre des exceptimai avoir essayé de rendre une physionomie génink,H saurions où trouver le modèle de la noble, gndn hospitalière maîtresse de maison, attentive sans ia^i tude, complaisante saus connivence, pleine d'Aaé sans paresse, magnifique sans ostentation, exdwien dédain, régnant et gouvernant sans que l'oa m sceptre ni que l'on sente la main, s*oubliaat elleaè sans que personne la puisse oublier; mais es mû portrait.
LE CHAPERON
ANDRÉ DELRIED
adame de Mérînville a Irenle-qualrc ans. Elle est sans mari, sans enfant, sans amant, sans prêtre et sans poète; elle n'élève aucune or- ]iheline, clic ne panse aucun pauvre, elle ne hroilo aucune tapisserie. Elle ne lit jamais, écrit peu, se lève de bonne heure et se couche tard. La politique et la littérature, les arts et l'amour, la toilette même, ne lui plaisent que médiocrement. Elle ^onnc des dîners, des bals, des concerts, ce qui est assez commun ; elle les rend aussi, ce qui est beaucoup plus rare. Mais partout, dans son salon comme chez les «Ulres, madame de Mérînville ne semble ni distraite, ni ïêvcuse, ni passionnée, ni occupée, ni amusée... C'est tin labyrinthe sans issue.
Votre madame de Mérînville se meurt d'ennui ! — Du tout.
On m'annonce un jour dans son boudoir, en automne; ^l était trois heures et demie. Peu de lumière, déjà du i^Bu, beaucoup de silence. Un repos complet et absolu ^Vitour d'une magnifique terre en friche. Qu'elle me pardonne celte comparaison! La femme inutile était non- ^iliolamment étendue sur un grand fauteuil, ses jolis l^ leds sur la barre du garde-cendre et ses yeux noirs j>er- ^us dans la contemplation des rideaux. Apres uu échange
plus ou moins spirituel de phrases toutes faîtes sur ses amis, qui sont les miens, elle me dit, dans un moment où nous cherchions des idées, et avec une certaine inattention :
« C'est quelque chose de bien triste qu'un célibataire... Vous n avez pas d'iniérieur? »
A Cftte question do mœurs domestiques, je baissai modestement les yeux. Madame de Mérînville ajouta :
« A propos, venez dîner domain avec moi... J'aurai mon père, un comte italien auquel je veux vous présenter, Frédéric, et une demoiselle de province, personne sans conséquence. »
Madame de Mérînville, en dépit de sa nonchalance, avait appuyé de la voix en indiquant les trois pnmiers convives, mais la mention de la pauvre demoiselle de province fut faite avec un air détaché qui me toucha. J'en conclus que celle personne était réellement sans cnsequenccy et que le diner avait pour but ma présentation au comte ilalien. En rentrant chez moi, je trouvai ce billet de Mortimer, un peintre célèbre :
a Mon cher André, <x Madame de Mérînville est un mythe dont nous cherchons depuis longtemps l'explication avec plus de patience que de bonheur; je croîs enfin Pavoir trouvée. 11 y avait naguère, aux matinées de Bladame de Mérinville, une veuve coilTée à la Ninon, toujours en satin noir et ])arlanl beaucoup du Pérugin, absolument comme le cousin de Goldsmith. dans le Vicaire, La maîtresse du logis ne s'en occupait que pour dire : C'est une artiste
Pm» Imp. de Edouard Blot, rue Saml-Loais, 46i.
LE CHAPERON
méroniiuc. Souviens-toi qircllesc glissait vers midi à In sonniino dons le salon de sa prolocirice, el se tenait près de la clieminôo sur un pliant où elle gardait un silence nn'lanooliiine. Eli bien, le ministre lui accorde un saint Jérôme el trois rliéiulûns pour le nouveau temple. •' On prelend. dans les bureaux, i\y\ elle a de la main. Du reste, tout le monde ignore d'où lui tonibe celle Civeur. Ne serait-ce pas de la ruelle de madame de Mérinville?elc... »
M.iis ce billet ne m'ouvrit pas les yeux, convaincu i\\\v jVîiais de Tesprit niêdisanl de Mortimer el de l'im- )icn t.inc«* du romte italien.
Il y a niallieureuscmcnl dans la salle à manger de la femme inutile un buffel circulaire du dernier goût, en bttis de ]>ali>sandrc cl à fond de glace; on voit dans ce miroir toute la minii.iue étudiée ou francbcdes convives durml le feu roulant de leur appétit. Dette disposition pirlide tourna conlrc son auteur. KlTectivi ment, dès que nous fûmes à table, il s'élnblit de madame de Méi inville à la demoiselle de province, et récîproi|nemeiit, une télégraphi." muette qui m'édaira sur le rôle inférieur du comie italien dans ce dincr où il n'était (]ue le prétexte, tandis que moi j'étais le bul. Par un liasard. que je reconnus bientôt |)nur un calcul, on m'avait ]>lacé à la droite de la personne sans conséquence, dont je fus oldigé de m'occuper eiclusivimenl, en raison de l'emploi que tous les autres convives avaient fait ailleurs de leur amabilité. Le gnïs cousin Frédéric et le père étaient absorbés dans une conversation lechni«iue sur la récente ouverture dofi cbasses; le comte italien cl madame de Merinviilf prolongeaient un débat anime sur l'opéra de Maomvtto ; mais la protectrice ne perdait pas de vue la protégée, et son influence dirigeait de loin un lête-à-tête qui m'obsédait, et où cependant j'étais ramené, de tous les épisodes du dîner, comme vers un centre inévitable cl par un bras invisible. Entraînée par ma {larolc. la demoi>clle de province oubliait-c lie son rôle d'appn ntic et son masque de Parisienne, à l'instant je voyais dans la glace madame de Mérinville profiter de l'cnlbousiasme (lu comte pour lancer à ma voisine un ngard profond. Il fallait contempler la malheureuse, à ce coup d'u'il icrrible, demeurer courl sur un mol prétentieux, ou tourner bride en rougissant sur la pente irrésistible d*une brioche! En mangeant des truÂTes du Périgord, dont elle était issue, cette pauvre débarquée m'avait commence une ridicule histoire dont le dénoômcnt promettait un véritable /bur. Madame de Mérinville clignait, toussait, frappait: peines perdues! Enfin, ne tenant plus à ce danger, elle laissa tomber une magnifique assiette de porcelaine, qui se cassa de manière à changer heureusenicnt le cours des entreliens particuliers. Où allîons- DOQs donc? à un mariage.
Cela valait bien le saint Jérôme et les chérubins. Au surplus, rien d'admirable comme le dévouement de madame de Mérinville, durant cette épreuve qui manqua précisément par son ressort ordinaire, par le miroir; il y a un dieu pour les célibataires. Dans le monde, il ne déplaît pas a la femme inutile de causir seule, c'est-àdire de présider au mot qu'on jette en circulation danp un cercle, el qui revient au point de départ avec u:.e recolle plus ou moins abondante de commentaires et de broderies; à table el devant moi, elle ne confisquait que le comte italien, el dés que la demoiselle de ]irovince élevait un peu la voix comme pour prévenir qu'elle avait rencontré de Tesprît, aussitôt sa protectrice liaiss;iit le ton et lui laissait le champ libre, afin qu'elle saisit à la volée celte rare aubaine. Madame de Mérinville a des
mains charmantes dont la graciense exhll.:'." n. des rcNSOurces de sa coqu-fteric : elle le* l-:.' tant courbées avec un art infini piMir ne pi-» t:"j épaules de mouton de sa cliente. EnGii. si la «l- •■ de provincc.avait dans ses plus simples atoi.rcherche de goût trop élevée pour n'éln* p.is .!•■ r cellcnls conseils, en revanche la loîU-lie d»* ! ■ inutile était d'une modestie exlraorJin «ire \'/-ir bitudcs cl mémo contraire à son aprêineul. Vm d'ici jjrcndrc sournoisement mon clni'C.in .■>; r -
a Vous parlez déjà? me dit à voix bos,*» i inutile dont je comprenais main tenant loiiirdans une ép0i[iie où les hommes accapurti.t I. positions sociales.
— - Je vous retrouverai ce soîr, à la rêceyîJojA bassadeur d'Angleterre.
— Biais mon p^re, Fré«!érîc cl le comte n'y -'jrc répondit en souriant madame de Mérinville.
Malgré ce reproche dipIomnlii|ue, je sal'-,?i i humble et doux qui me sert dans toules les cire:. forcément évasives.
« Tarbleu, me dis-je en me jetant Jnn? -\i cette femme a bien de l'esprit ! Elle sV*l 'J-'nri ! sublime de patroner les femmes qui n'ont r.j infortune, ni lalent; mais, comme n«»tre si-cle c leur tourne en ridicule de semblables dévtput:.-!.? ensevelit sa bienveillance dans un r.iiix ê^^oî^m*. • vient â son noble bul en ayant l'air de n'y pc-: tendre. 11 est impossible d'être généreuse avi-c r négation plus complète des jouissances de h i mais aussi sa générosité dépend de son abnég ti-*: vaine de son patronage, elle serait moins admire, qu'on accorde volontiers â la protectrice mo<!e<lef intéressée, on le refuserait probablement â Vtbln Icuse découverte et bruyante. Uicr il s'agissait d'art jourd'hui de ménage... »
El ma pensée curieuse passa en revue IodsIkoI des que madame de Mérinville arait dû uiacre f parvenir à exercer son genre dUnnucnce. uasqiMi sonne lui en Tit un guet-apens dans la forêt k h qu'on nomme le monde parisien. Je lui recosBui déjà assez de supériorité pour être mloisUcdwi monarchie représentative, quand mon fiacre «Uni la cour de l'hôtel d'une baronne anglaise, qui reoilil ver deux fois par semaine, pour être au OMnat i jeunes gens aimables de Paris. Je rencontrai fatà sur son escalier.
« Eh bien, me dit cet homme railleurp tn asdîKd la Mérinville.
— Qu'en sais-tu?
— C'est tout simple... sa cousine du Pcrigwie marier. La femme inutile ne perd pas plu a ce que son temps.
— Biais je crois que ce soir elle aura perds ïm l'autre, répondis -je en me mordant léTres; j« mo pas de manière à ce qu'elle me rattrape.
— Ah! vraiment! »
Et Mortimer. étouflfant un rire léger, ne pomi le salon de la baronne. UartiiU m^roniiNe, rajevii sa commande el entourée de son tableau fatir m d'une auréole , trônait sur un canapé, an flulki cercle de badauds auxquels elle racontait, im larmes dans la voix, ma<s sans nommer pcnoon,! Cochet d'apostilles qui lui valait uu saint Jértee* chérubins à |icindre dans la basiUque â la moie.L diteurs, tous plus ou moins dans le secret da nf naissance, s'extasiaient sur son protccleir Moan respectant un incognito d'autant plu flallav qil
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plus Iransparenl. A les entendre renchérir par des commenlaires inouïs sur une circonslance de patronage assez vulgaire, je compris les voloptés morales que madame de Mcrinvillc goûtait dans sa diaphane inviolabilité. Mortimer seul ricanait dans sa cravate et admirait ma surprise.
a Heureusement, lui dis-je à rorcillc, que la modestie de madame de Mérinville ne subira point un triomphe burlesque; elle est retenue par un comte italien. —Est-ce qu'il y a un comte italien? » reprit le peintre avec une grimace horrible d'incrédulité,
Mortimcr n'achevait pas celle apostrophe désastreuse, que madame de Mérinville fut annoncée dans le salon. Tandis que celte apparition me clouait dans la pénombre d*une tenture, tout le monde, Morlimer le premier, s'était précipité au-devant de l'ange; d'allondrissantes exclamations furent échangées ; on louait sa toilette, sa Bgure. sa grâce; les yeux brillaient d'enlhousiasme et le vénération; mais pas le moindre mol n'échappait qui Eût rapport au mobile caché de cet entraînement. Malaroe de Mériuville, confuse avec élude et languissante piar principe, se laissa solennellement conduire par la baronne à travers la foule, et alla tomber sur le canapé, pfcrécisément auprès de l'artiste que l'émotion avait emt^êchéc de voler a sa rencontre. Toutes deux se serrèrent Ml main en gardant un silence que le cercle entier corn- ^^ ^r un murmure significalif, et on passa discrètement
à des sujets de conversation aussi étrangers que possible au véritable état de la question. Je ne me lassais pas de contempler l'adresse de madame de Mérinville à n'enicurcr dans sa parole cursive, dans son insouciance alTcclée, que les choses ou les personnes qui jouaient un rôle dans sa vie réelle.
« On prétend, dit ce charmant Protée, qu'il y a demain une vente au profit des Polonais réfugiés, au Casino ; cela n'est pas amusant, mais il faut y aller.
— Bladame est peut-être commissaire? ajouta le peintre en me regardant.
— Oh I ma foi non, s'écria la femme inutile; je suis dans les curieux; j'ai envoyé un sachet, commcrtout le monde...
— Le sachet vaut mille écus, me dit tout bas Mortimer; on le destine d faire valoir la boulique d'une Cracovienne... »
Et le peintre, avec un grand sang-froid, pointa mes yeux sur une petite personne de quinze ans, miniature assez jolie, qui était assise religieusement sur un tabouret aux pieds de madame de Mérinville, dont elle suivait le jeu de physionomie avec un sentiment d'adoration iDexpriroable. De temps en temps notre héroïne lissait de sa blanche main, et avec une tendresse presque maternelle, les bandeaux un^peu roux delà jeune Polonaise, qui faisait naïvement le gros dos sous ces caresses d'ap* parât, comme les levrettes gfttécs dont on chatouille le
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haut des reins. Jamais point d'orgue ne fut plus saTam* ment placé. 11 y avait dans la foule des célibataires attendris qui se cachaient en pleurant pour écrire sur leurs calepins le nom en ka de la marchande, qu'ils se promenaient bien de revoir à sa boulique Ce charlatanisme de tutelle reporta mon attention sur le costume de m.idame de Mérinville : dans son genre, il était cb5sir|ue.
Un turban à la juive, extrêmement léger, et (\m fir-rmettait de suivre, à travers les modulations de la mousseline, les reOets brillants de la plus noire chevelure, ajoutait siiflisammcntde gravité à la femme inutile, pour que ses trente-quatre ans fussent accusés sans risque et ses prétentions apparentes a J3 futilité égal* ment maintenues. Elle était fort peu décolletée, mais .son corsage dessinait avec art des formes parfaites, et, sous ce rapport, elle savait a la fois donner de salutaires exemples à ses pupilles et tendre de séduisants pièges â la galerie. Comme elle ne dansait jamais sous prétexte de santé, mais réellement dans le but de ne point manquer mille causeries profitables que la cohue d'un bal autorise entre deux portes avec les plus grands personnages, ses robes ne sortaient pas du velours épingle. La science particulière de sa toilette consistait surtout dans une recherche desojipositious ou des harmonies qui pouvaient faire valoir SCS clientes sans pn'judicicr à son élégance; car la femme ne perdait jamais ses droits. Je ne saurais dire combien la jolie tête de la Cracovienne gagnait en relief sur le fond mat et chatoyant du corsage bleu de madame de Mérinville, et à quel point les nattes dorées de celte charmante infant miroitaient sur le velours ondoyant de sa loge. Ici la femme inutile se sacrifiait un peu moins pour la Pologne que pour sa cousine au dînf r. C'est tout simjdc : hi Cracovienne n'était pas pressée d'un mari, et elle avait le temps de grandir. Le résultat général de mes observations me conduisit à cet elTravant soupçon :
a Si, dans l'espace de vingt-quatre heures et grAce à Morlimer, j'ai surpris â l'existence désœuvrée de madame de Mérinville trois intérêts féminins assez majeurs, tels que la réputation d'un arti.sle, le mariage d'une demoiselle de province et le pu/f d'une réfugiée polonaise, il faut m'altendre à passer en revue, dans le plus bref délai, tous los types que son patronage exhumera de la misère sociale, et Dieu sait où ne va point cette misère pour son sexe! D'ailleurs, l'ambition d'une femme, qu'elle procode du cœur ou de la tête, est aussi n)uUi))le que sa co (ueltcrie. Madame de Mérinville joue gros jeu : nous vivons dans une ép0i(ue où la charité manque de critique, et des esprits chagrins seraient bien capables de nommer empirisme ou comédie ce qui n'est que bienfaisance ou loisir. 0 Providence, voilà de tes coups !... »
Il parait que Mortimer se douta de mes inquiétudes ; le traître voulut nrachevtr.
« La Cracovienne, me dit-il, n'est qu'une fiche pour madîMue de Mérinville; rien de plus facile, et conséqueiuinentde moins glorieux, que de faire un nom dans le monde à une jeune lille qui a tout pour elle, c'est-àdire la beauté, la fraîcheur, la gnlce, l'esprit et le malheur. Mais il y a des patronages plus dangereux, où la difliculié vaincue augmente le prix du triomphe et garantit le dévouement de la |-upille. Ce soir même, sous vos yeux, il se passe une délicieuse tricherie dont vous êtes dupe, vous, homme d'esprit, obsolument comme les excellentes mères de famille que nous voyons prosternées dnvant la Rlérinvillc...
— Vous êtes affreux î m'écrîai-Jc, expli<|uei-vous.
— La baronne, mon ami. était fort compromise dans la haute société par sa prédilection toute spéciale pour
les diplomates rosses. Il fallait oo conlre-poidi i I> nion. La baronne, menacée d'ua iso!emeat ccmf'let y cet hiver, frappa aux f'orles des E«pa gnôles. dt% ltili< nés, des Allemandes et des créoles p«jar se faire monde; on ne lui répondit pas. Ses coînpatriotfi r:-" oublièrent leur nationalité comrr uce. Dins c>»ue ^i: mité, la baronne jeta les yeux surmadan.e if Mwni dont une sculo démarche pouvait la réhabiliter: r. cette démarche, comment IVjb'enîr, si ce u"t-i j » service d'une femme qui profite aMs«i birn ':r< f..* que des vertus de ses amits dGii^ i*ir;l-'T»l dï **i. r tier? Et quel service rendre ù maJjine de M^iar.-. # . en rend à tout le monde avec une proJi^ii;;fs^ .:-: : saille, que les ressources de la vie iari>:*i:* «-; ,:i concentrées dans ses mains' L'occa-ioa yty^t-i parce qu'à Paris toutes les occnsirtns se \pvi\*t, même les occasions du bonheur : il ne s'aril qiit te jb saisir.
« Madame de Blérinvillc, consultant plutôt va cz; que sa bourse, accepta dernièrement la respoosiirLi: d'une loterie, dévouement immense dans l'exi^teno? i salons, qui regardent tout orphelin adoptif coam* a bâtard déguisé, et où l'argent ne vu nt aux femm?» \: par le canal des maris. 1^ domaine de la ch^rit»^ fr-:r ment dite, les quêtes, les troncs, les aumûne^. it>t: reaux de secours, ne sont pas compris dans l'af-iri:* : notre héroïne; mais elle eut la main forcée, tt Ti comment. A l'époque où, par une mesure n:DDiri;a!' les tours furent supprimés, la renommée de sa !ii?:ti«: lande lui porta malheur, et dans une seule nuit as j. posa sous la porte cochére de son hôtel cinq Do::vr2i nés vagissant. Cette maternité soudaine prêtait aau cule : que ce fût malice ou hasard, madame de lois ville comprit le danger, et, dans les TÎngt-qaalrrkfira s'occupa de mettre cette famille improrisée loai [a auspices d'une congrégation quelconque. Mats, cw!» la loi ne les autorise guère, les congré^alîoo^ se f>ic d'autant plus payer qu'on a un besoin plussiupcctd leur manteau. La disparition de ces cinq marmot: a gcait un débourse préalable que madame de SlèriLvfù se trouvait, pour le moment» hors d*état de fomiri couvent, et (|uc les sœurs grossissaient â | roportiac ^ soucis de la bienfaitrice involontaire. Dans celle rlri mité, â cinq heures du soir, le jour même dalaû^. celte femme incomparable, sachant par ezpérieaci cor bien les Anglaises ont le cœur haut placé, tomba dbal baronne dms le plus douloureux de sa solitnde, c'cttdirc au moment où la réouverture de ses soims pans sait impossible. C'était tendre un «ppât aa plai fni: poisson. La baronne accepta pour son compte la recjh. sabilité de quatre enfants; madame de Mèrioville i garda toute la gloire, et un article secret du irailêftifG que la belle Anglaise rentrerait de gré oade faiTedii un monde dont elle est le plus digne omenieDt AM fin. aujourd'hui les soirées ont été reprises; an avis m fidentiel, remis â domicile par les laquais de la hirvcc en sus de la lettre d'invitation, a prévenu les cbalit: que madame de Mérinville honorerait cette réonvertv de sa présence. La société de Paris esl qoelqnefou béte, malgré tout son esprit, que les pins eicelleBli mères de famille, imitant les moutons de raour^. m donné dans le panneau britannique. Assurément li fcil ne manipie pas. Vous avei vu l'entrée Ticloriesse é madame de Mérinville et l'épanouissemenl de li Lanaai C'est un coup monté. On répétera partout denaîa ^ noire femme inutile a passé une demi-heare ckn i belle Anglaise, au préjudice du bal de Tambanata où elle est cependant toujours si Tivement attcodac b
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démarche est faite, la réhabilitation entière. Voilà un effet singulier du patronage. Avouez que ce monde-là est bien original!... x>
Hais je n'écoutais plus cet homme de sang qui égorgeait la plus belle verlu chrétienne, la charité, sur l'autel du doute et du ridicule. Toutes mes facultés intellectuelles se concentraient dans mes yeux qui cherchaient, sur la physionomie de madame de Mérinville à comprendre une spécialité si distincte, d*aprés les régies de Lavater, de Gall et de Spurzheim. Une afTabililé générale qui ressort des gestes comme du langage, de la figure comme des regards, une prévenance extrême dans ja conTersalion, une bouche continuellement souriante, et un accent presque toujours ému, un art particulier à rappeler a chacun ses mérites, ses vertus, ses talents ou ses grâces, comme à ne point lui rappeler ses défauts contraires, un front pur de toute envie, le haut du corps sans cesse incliné par Thabitude aimable de voler à la rencontre ou même dans les bras de ses pupilles, mille détails inaperçus d*abord vinrent me confirmer l'existence de ce type heureux que madame de Mérinville promène de salon en salon comme le génie de raum<»nc et le fétiche du dévouement.
« N'allons pas devenir amoureux de cette femme! » me dis-je en m'esquivant.
Elle ne m'avait point aperçu ; je voulais me trouver chez l'ambassadeur seul i seul avec moi-même pour réver è ma passion déjà naissante. L'infernal Mortimer, qui me suivait, grimpa dans mon fiacre.
c Un instant ! s*écria-t-il en comptant sur ses doigts; nous avons découvert, si je ne me trompe, quatredasses de protégées dans les clientes de madame de Mérinville, à savoir : les artistes méconnues, les réfugiées polonaises, les demoiselles de province à marier, et* les baronnes anglaises compromises...
— C'est bien assez, fis-je avec humeur.
— Mais ce n'est pas tout, reprit l'impitoyable Mortimcr. 11 reste Tamante malheureuse, la femme brouillée avec son mari, la bourgeoise qui entre dans le grand monde, la femme de lettres qui demande une pension, rétrangére qui ne sait pas notre langue, l'actrice vertueuse, etc., etc., etc.
— Et où verrons-nous cela, grands dieux?
— Ce soir même, cher ami, au bal de l'ambassadeur. »
LE COMMISSIONNAIRE
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