EDOUARD D'ANGLEMONT
a classe si intéressante des horticulteurs se subdivise en un £^rnnd nonibre de variétés :
les Christophe Colomb des fleurs, les mulliplicateurs des végétaux ,- les pores nourriciers des plantes exotiques, les créateurs de p«'pinières, les Soulmfjes-Bodin, les Pyrolle, ■eteléer, les Bnchoux , les Billard, les Martine, etc. 9f, de toutes ces variétés, la plus curieuse et la moins anue est sans contredit le jardinier de cimetière. I^abord, le jardinier de cimetière ne jardine jamais; f a plus, s'il jardinait, son métier, qui est prodîgieunent lucratif, ne lui rapporterait' pas de quoi vivre tiine un maçon ou un figurant de TAmbigii-Comique. 3ela a tout l'air d*un paradoxe : vous verrez tout à Bure que c'est une vérité incontestable. -i© jardinier de cimetière ne ressemble en rien aux res jardiniers, si joyeux d'ordinaire, qui chantent le tin avec l'alouette, à midi avec la cigale , et le soir ^ le rossignol. Le jardinier de cimetière ne chante fc^is : c'est un homme grave ; 11 a le teint blém« , le ^rd sombre; son nez, comme celui du père Aubry, »lre à la tombe.
2e ne sont pas les classes élevées, les (amiiies riches.
qui font la fortune de ce jardinier : aux grands de la terre qui trépassent, il faut un terrain concédé à perpétuité, un tombeau de marbre ou de granit , une épitaphe en lettres d'or; ces morts-là payent cher leur sépulture, et on leur en donne pour leur argent.'
La clientèle du jardinier de cimetière est tout entière dans la classe moyenne, parmi les petits rentiers, les petits marchands, les modestes employés, tous personnages auxquels le culte des tombeaux est permis pendant cinq ou dix ans seulement. Lorsque l'entreprise des pompes funèbres lui a révélé un décès, cet homme questionne, interroge, et, dès qu'il est parvenu à découvrir l'adresse du mort, il ne s'arrête plus, il court, il a des ailes, et les parents le voient apparaître au milieu de leur plus grande douleur.
M. D..., jeune avocat qui n'avait encore plaidé qu'une fois, et devant la 7« chambre, venait de perdre son père, ancien commis du ministère de riulérieur. Le char mortuaire était à la porte; on clouait la bière dans la pièce voisine de sa chambre; il était assis , morne , immobile, dans un large fauteuil. Tout à coup se présente devant lui un homme vêtu d'un habit-veste de gros drap couleur foncée , portant de gros souliers ferrés , et tenant à la main son chapeau d'un noir rougeâtre, illustré d'ua crêpe dont la vétusté semblait annoncer un deuil perpétuel.
« Monsieur, dit-il d*une ?oix sépulcrale, j*ai appris le malheur, le grand malheur...
— Ah! monsieur, dit le jeune stagiaire en interrom-
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