L. ROUX
e faubourg Sainl-Germnin a se» duchesses, qu'on croit d^autant mieux connaître qu'on les aperçoit moins ; le théâtre ses prime donne, ses danseuses aux formes aériennes, ses Ilemiioncs ou ses Céliménes; l'art enfin, la liltcrature, se symbolisent volontiers sous les traits d'une feniin<' dont on ainue à rêver l'idéal. La dcmois(;lIe du comptoir, pour trôner quelques degrés «lunlnssous de CCS divinités diverses, n'en jouit pas moins d'une royauté réelle, incontestable. Elle résume tous 1rs talents, cl elle y joint celui de fnirc de for, qui équivaut â lieaucoup d'autres.
Parmi ces léîjions de victimes que le commerce parque dans ses rrz-dc- chaussée, au-dessus du commis, cet être si fade avec ses cheveux bouclés, ses allures de jeune premier, sou j.iri^on de boutique sléréoty|ié dans une bouche qui s'elforcc de sourire douze heures sur vin^'tquatre. pour jiclivcr la vente et donner aux produits de 1 industrie une valeur idéale, se révèle par un air plus di>tin^ué, des manières plus élégantes, une physionomie moins banale, la reine de ce salon , dont on a fait une boutique , en un mot , la demoiselle de comptoir. Elle siège sur un fauteuil de palissandre incrusté, et tient à toute minute registre de ses impressions. Mais les orti*
clés qu'elle met an jour sont des articlaieiali:c'( la gr«^ce soumise i une sorte d'algèbre . la lètaâiti plii)uée au tnRc. Les païens avaient bit di mm un dieu tant soit peu voleur; liur MercaitnlMi simple marchande de la rue Richelieu?
La société, — souvent une société en coawiaft exige plus d*nn genre d'agrément de l» kmmà comptoir. Il faut, en effet, qu'elle sache pliîre«c 1er, distraire l'attention par de menas prupsi, ctb sur un article par un brusque retour au fOBbC mission; discipliner les commis qui sont Moiwi et fasciner les chalands placés dans la dircdn^ rayon visuel; répondre par un mol auxAlaen^ chétent pas, et épeler le vocabulaire du oonams la gent méticuleuse des pratiques qui achclMl femme vraiment extraordinaire est de celks fie appelait de fortes têtes, i une époque où lalm rieure n'était pas encore inventée.
Elle habile , dans la rue Saint-Denis oa SA ces deux grosses artères du commerce fn Aihambra dont la soie forme les comichei, h les arabesques et le coton populaire les souIh Nous n'hésitons pas à le proclamer : qû m T^ | se mouvoir dans le vaste parallélogramme m cadre à son activité , ou organiser les opénti commerce qui embrasse quelquefois Ict den I res, ne peut avoir qu'une tréa-faible idée de fa de la femme. U y a telle demoiselle < présente d elle seule un chef de bar division , un colonel , un général d'à
LA DEMOISELLE DE COMPTOIR
lr>#el de conseil de ministres. On peut sans exagération "Voir en elle le Napoléon du commerce de détail.
L'intérieur et l'extérieur sont également de son ressort; le passif et Taclif de la maison et les nombreux casiers sont logés dans la pulpe cérébrale de la demoiselle de comptoir. Une de ses indispositions porterait le trouble dans l'organisation de la vente, et influerait comme non-valeur sur la recette de la journée. La demoiselle de comptoir est, dans son magasin, l'objet qui flatte au premier coup d'œil. Aussi un chef de commerce a-t-il soin de l'établir comme le spécimen de la maison. Il peut rester indirférent sur la qualité de beaucoup d'articles, celui-ci doit toujours être de premier choix. Ce qu'un courtisan disait de Louis XIV, on peut le dire de la demoiselle de comptoir : tant vaut la demoiâ^lle de comptoir, tant vaut la maison elle-même. Le •commerce cite des prodiges dans celte spécialité : des passages entiers ont été construits avec les recettes d'une demoiselle de comptoir; plusieurs, dont la statuette n*existe même pas , ont gagné de quoi se faire mouler en or massif. H y a dans le domaine de l'art, au théâtre, un mot doré emprunté à l'idiome du comptoir : on dit Tactrice à argent , locution touchante empruntée à la science dont Barème a tracé les éléments dans son art poétique; en revanche, le magasin a ses demoiselles en vogue, et obtient det succès d'enthousiasme 1
Nous avons parlé de prime abord des grands talents, ou, si l'on veut, des sublimes exceptions qu'offre le commerce; l'immense majorité des demoiselles de comptoir se compose de talents moyens , dont les aptitudes sont estimées à la moyenne somme de trois cents francs par an. Leur emploi est de ceux qu'on désigne sous le nom d'emploi de confiance. Les catégories s'établissent ensuite d'après les quartiers , selon le genre d'utilité fondé sur les services de la demoiselle de comptoir. Dans les cafés et les établissements de luxe, le beau est souvent pris pour l'utile. C'est là surtout que la représentation , ce mot immense et d'acceptions si diverses dans le monde actuel, est la première des qualités de la demoiselle de comptoir. On n'exige alors de sa beauté, ni une arithmétique bien profonde, ni une tenue de livres bien compliquée; sa science, toute d'improvisation, assez semblable à celle des courtisans, ne consiste qu'à bien recevoir; le reste, pour être susceptible de trop de commentaires, peut parfaitement se passer de développements. C'est dans cette classé privilégiée qu'il convient peut-être de placer la demoiselle de comptoir, parée de ses plus riches emblèmes.
11 en existe une autre dont la physionomie se confond avec celles des femmes de commerce prol>rement dites, et qui se distingue par des aptitudes plus spéciales , par l'entente réelle et souvent très-étendue des intérêts
>rls«— lBp.d« Kdosard Blot, ru« Siiat-Lonu, 14
LA DEMOISELLE DE COMPTOIR
qu'elle représenlc. Ses appoinlcmcnts peuvent s*élevcr jusqu'à douze cents francs, ce qui prouve sufGsumment que rabnôpralion est encore une des conditions de son existence. Le patron la consulte sur les achats qu'il doit se penneltre, et s'en rapporte à elle de tout le détail de la maison : cela doit s'entendre du commerce rn général, et comprend morne au deli. C'est de ce type profoni dômcnt étudié qu'on devra partir pour établir la supéj riorilé délinitive du génie de la femme sur celui de . l'homme.
' Ici ne fnul-il pas, en effet, admettre au préftlable que le I commerce puisse devenir à lui seul une passion ; cette ])assion absorber toutes les autres, imposer silence à tous les intérêts de la femme, et surtout à son intérêt, inspirer tous les talents qui supposent le travail et le talent, exclure l'idée de calculs personnels au milieu de la science la plus compliquée des affaires d'aulrui, et consentir encore à n'avoir qu'une bien faible idée de cette demoiselle de comptoir?
11 sufûrait peut-être de saisir quelques traits de celte physionomie pour obtenir une expression du commerce et de la bourgeoisie, qui manque encore à une époque bourgeoise et commerçante. Voulez-vous connaître le secret d'une vocation réelle, ardente et positive tout à la fois? Il est tout entier renfermé dans cette pcrsonnidcation élégante et esscntiellemonl parisienne ^la demoiselle de comptoir, qui oublie ce que les femmes n'oublient jamais, d'être belle , pour être tout entière à son commerce.
Faut-il maintenant s'étonner qu'un commerce mette son orgueil dans ses affaires, quand une femme place sa vanité, sa beauté, sa coquetterie, tout ce qu'elle possède de puissance et de force, de mérite et de talent, dans celles d'un autre, qui est son maître pardessus le marché ?
Femmes de lettres , mes sœurs, tandis qu'un éditeur s'en rapporte à la postérité pour s'acquitter envers vous, les diamants tombant de*la plume de la demoiselle de com])toir; elle bâtit sur l'indienne, le foulard, le mérinos, la toile à très'hon marché^ des maisons de six étages , dont elle n'apercevra même pas le frontispice; elle écrit dans la prose de K. Turcaret de ces valeurs qui ont à la Bourse un cours bien plus prodigieux, ma foi, que les plus sublimes rêviries des poètes contemporains L'or est une poésie , et il n'y a rien de plus lettré que les billets de banque.
La demoiselle de comptoir aurait son auréole si elle savait compter pour elle-même; mais elle est aux appointements dans la maison qu'elle fait mouvoir du contre à la circonr'Tence, et ne s'associe pas même à la fortune qu'elle a faite. Elle est elle-même tenue en partie double, et. vu sa modestie, le seul article du magasin dont elle ignore la valeur.
K:) jrénôral , la vogue qui s'attache aJa demoiselle de twîMi loir est une servitude déguisée; elle est indifféremn;(iit riiiliii^'éiiio des châles, des modes, du pot de pomni iilr cl dos bonbons à la vanille. Celle qui se pavane d IIS rélÔLMnle bonbonnière d'un confiseur vit de sucrerîi's 0 «njnie Vort-Vort; la parfumeuse est, au contraire, une divinité mythologique qui réalise l'existence toute d*aml)roi>io que les anciens peuples faisaient à leurs iili^Ios : toutefois son apothéose doit paraître peu digne d'envie si l'on réfléchit que son autel est une prison en bois de citrunnier. C'est aux demoiselles de comptoir de la ru*' Vivienne (|ue l'on doit attribuer les migrations rt'iléréos «pii s'oporcnt dans le quartier d'oulre-Si-inc. On voit les étudiants qui habitent le faubourg Saint- Jacques ne fumer que des cigares du passage de l'Opéra;
c'est ce qui s*appeUe prendre le chemin de récolc, improviser l'Orient sous une latitude peu comfAt avec ses jouissances horizontales.
La demoiselle de comptoir doit être parée à hnît \ res du matin; et, tant que la lumière du S4)len oq l'hydrogène se projette de l'asphalte aux recoins 1^ ] profonds de son paradis terrestre, elle représente ne ces esquisses que l'on croirait échappées an en d'Eugène Umi. Il appartient aux commis et aux i chandises fanées d'être placés dans la demi-teictc demoiselle de comptoir doit, au contraire, se t^nir le premier plan du tableau; elle en est l'âme et l« t vcment. Son rôle lui commande d'être aperçue d« t son patron exige qu'elle vende au plus grand neei Elle existe et tient les comptes de la maison en y* double. Centre et agent d'une vie asseï active et i compliquée, elle respire â peine pour son propre con chacun de ses mouvements est une grâce, et chaque : à son prix. Tout, jusqu'aux fleurs qui ornent la ci lurc de la demoiselle de comptoir, fait partie de Te cice annuel, entre dans rappréciation quotidien» financier, qui voit en elle sa poule aux œufs for. ' l'une, c'est la main qui fait recette; chex Taott sont les yeux. Sourires , propos gracieux , niMs e géantes, tout, jusqu'à ses dédains sublimes et h» A motivé, est coté au jour le jour. Elle doit aoeep(e souriant les pièces d'or des papillons de cinqnal»ans, et feindre de comprendre les grosses pliiiwif des béotiens de la flnance. Les œillades des panab jusqu'aux impertinences des dandys, elledeftlstfi tre sur le chapitre de la galanterie française tf m grand livre de la raison sociale. La demoiselle é m toir reçoit des billets parfumés et les garde wèm p ne pas éconduire quelqu'un qui a da style tfèhli tune. C'est ainsi qu'an merveilleux en gantiÎpMBii plit quelquefois sa chambre de lampes Cared.ëf peaux Gibus, de clysoponipeSp de bonbons idefÎKi de corsets élastiques , précîpux échantilloM fue sion dont on a pris facture en attendant. Pdf caay une petite place dans le cœur de la demoiselle ic a toir, on risque une colonne entière sur leconpIriM de la maison. La demoiselle de comptoir est Icpiki que la civilisation pose perpétuellement an Caa de Tére nouvelle. Son abord, d'une facilité dcseipén rend tout succès douteux, toute conquête iapan c'est la ville de Paris imprenable par cela méne^ n'est pas défendue par des forts détachés. rniifJ porter d'assaut une place ouverte â tout renaat? U moiselle de comptoir n'a que tout juste le mp plaire ; elle n'a pas assex de loisirs pour aimer, di destinée surtout à être longtemps et toujours dbfi (iardons-nous de croire qu'elle est la femme saas es mais la recette nuit ches elle aux manifestatioBS èk \ liment. Ses plus grandes faveurs sont toutes étm regard furtif où le commerce entre pour moitié. 0e| elle n'a ni caprices ni besoins! c'est anefemaeB quable. Actrice, on pourrait compter de sa pvf n semblant de passion; griselte, on serait portée ialê scr son faible cœur, mais elle échappe i la tealalioi un travail de tous les instants , k la pauTrelé par w pointements. Les malheurs de ses heureux anaals i lèvent rien â sa réputation , et foulent quelque cài la fortune de son tenancier.
Le moyen cependant de se dérober A ses iianai, qu'elle les fasse ou qu'elle en reçoive ! Le prix €m ticle a l'air d'un compliment dans sa bouche; ou m i chande plusieurs, et on les achète parce q«'« I marchandés. On lui fait foire Tlngi i
LA DEMOISELLE DE COMPTOIR
TÎngt fols comment elle en fait un, pour avoir l'occasion de louer une main parfaite, et de penser la même chose d'un bras plus parfait que la main. On arrive ainsi au billet de banque, croyant n*en être encore qu'à son premier écu; le portefeuille du client se vide, et le comptoir se remplit. L*or emportant nécessairement l'idée d'un plaisir, il faut croire qu'on a joui beaucoup puisqu'on a beaucoup dépense.
C'est de la demoiselle de comptoir qu'on peut dire, sans hyperbole aucune : Mange- l-elle? c'est un mystère. Son couvert n'est mis que pour la forme à la table de son César Biroteau. Au milieu du va-et-vient perpétuel que sa profession entretient à l'avant - scène de son théâtre, elle se nourrit dans rarrière-boulique. comme Erigone, de quelques fruits enlevés au dessert. Elle abandonne aux lourds appétits de son chef de commerce les tranches de bœuf sec et les éternels haricots de Soissons, dont se compose l'ordinaire très-ordinaire de la maison. Son appétit d'oiseau-mouche est encore une économie.
De ce qu'elle est apte aux transactions les plus délicates et les plus multipliées, vous la croiriez versée dans les secrets intimes du cœur humain, au courant de cette diplomatie de sentiment qui se traduit en in-8^. Il n'en est rien cependant. La demoiselle de comptoir en est encore à TA B C D de la passion contemporaine. Les rêves de Lélia n'ont jamais troublé le sommeil de quelques heures que lui octroie la régie monastique de son établissement mondain. Elle ne connaît que par de vagues échos le nom de G. Sand, et n'a vu qu'une seule fois en sa vie la Duchesse de la Vauhalière, drame simple de M. Balissan de Rougemont; Tivoli est son conte des Mille et une Nuits.
En fait d'héroïnes, en existe-t-il beaucoup qui soient à sa hauteur? Sans parents, sans amis, sans protecteurs, sans vice et sans contrat, n'est-ce rien que de s'impro- Tiser une destinée, de soutenir de ses faibles épaules le fardeau d'atlas d'une colossale — style de comptoir — industrie? de s'implanter, de son chef, dans la fibre la plus organique du commerce parisien?
Il serait facile d'abuser de notre titre pour interpréter toutes les physionomies plus ou moins de notre sujet, bouquetières, modistes, boulangères, chapelières, charcutières et autres femmes artistes qui donnent du relief à l'iconographie pittoresque du Paris moderne. Nous remarquerons seulement la tendance des demoiselles de comptoir à faire adjectif. L'enthousiasme populaire n'en a qu'un pour désigner la belle chapelière, limonadière, lingère, ou n'importe quelle autre femme de son choix. — il est établi que l'on ne peut faire la cour à une boulangère sans marcher sur un volcan, mais cet ordre a fourni la belle Fornarina, titre et souvenir immortels. Raphaël s'est accommodé d'une boulangère, et lord Byron ne s'est pas montré plus difficile ; les modistes ont à se plaindre de M. Paul de Kock, qui les prosaïse, mais Gondi ne trouva pas autre part de la résistance. La manière dout Richelieu triompha d'une simple ébéniste ternit l'éclat de ses grandes aventures. Louise Labé, la plus belle fleur poétique de la Renaissance, était cordière; la rue où elle donna tant de fil à retordre aux Cléments Marols de son époque s'appelle encore la rue Belle-Cordière.
Madame Rolland, surprise un jour chez une de ses amies dans la rue Saint-Denis, fut priée innocemment de tenir le comptoir. Cette héroïne de la bourgeoisie raconte en termes charmants l'embarras que suscita chez elle rémeute de gros sous dont elle se vit lors assaillie. La vente de détail 'ni coûta plus à tenir que le portefeuille
de l'intérieur. L*anecdote suivante, d'une date plus récente, est également empruntée aux archives de la rue Saint-Denis. Une femme du grand monde, élevée dans un pensionnat aristocratique avec la fille d'un marchand de la rue Saint- Denis, recevait les hommages d'un élégant de la nouvelle cour. Son amie de pension, mariée depuis à un commerçant, et devenue veuve l'année même de son mariage, se trouva placée à la télé d'un magasin de fleurs artificielles qu'elle conserva, parce que cela convenait autant à ses goûts qu'à ses intérêts. La beauté de la jeune veuve, astre incompris sinon inaperçu, avait attiré les regards de l'inconstant aide de camp du château; l'amant présumé de la grande dame était aide de camp, et il vivait partagé entre ces deux amours. La noble dame, se souvenant de son ancienne amie, lui rendait un jour une visite dans le but de ITnviter à une soirée qu'elle donnait ce jour-là, et qui devait réunir le plus grand monde, bien que la belle marchande y fût invitée. Laissée seule un moment, à cause des exigences du commerce, madame de *** eut la curiosité de trôner dans le fauteuil de son amie. Là elle vit arriver le chasseur de M. le duc. Prendre de ses mains le billet adressé à son amie, et y répondre sur-le-champ fut pour la jalouse comtesse une scène de comédie improvisée. L'amant ne connaissait aucune des deux écritures des maîtresses qu'il se promettait. Trompé par une missive on ne peut plus favorable, il accourt sur-le-champ. La femme du faubourg Saint-Germain avait prolongé exprès la conversation Grand fut l'embarras du nouveau Don Juan entre l'enclume et le marteau, entre la noblesse et la bourgeoisie. Il s'en tira toutefois avec assez d'esprit sans rien laisser soupçonner d'une situation dont il ignorait luimême tout le poignant; et il acheta quantité de fleui^ artificielles sans compromettre aucune des deux rivales, et en se ménageant auprès d'elles avec un art qui n'a été connu que de Molière. La marchande, qui ne se doutait pas des termes où l'avait mise, avec son noble poursuivant, le manège de son amie, vendit à M. le duc, de la meilleure foi du monde, la moitié de son magasin. La conséquence de cette belle emplette fut toute en faveur de la grande dame. M. le duc, hors d'affaire, n'eut pas de peine à lui persuader que les fleurs devaient être pour elle, et à les lui faire accepter. Il dut, par la même occasion, engager sa parole pour le bal que donnait ce jour-là madame de **\ son adroite comtesse. Or, à ce bal, dans le salon d'intimité de la maîtresse de maison au faubourg Saint-Germain, la marchande retrouva ses fleurs et son aide de camp, non moins étonnée que M. le duc lui-même; pour lui c'était tomber de Charybde en Scylla. Qu'on juge de sa situation pendant toute la soirée donnée soi-disant à son intention ! Un lion de la régence s'en fût à peine retiré sain et sauf. En présence de deux femmes qui toutes deux étaient censées lui appartenir d'avance , et des fleurs accusatrices ! Tant que dura la soirée, ce fut de la part des deux amies, dont la seconde avait été mise dans la confidence, un feu roulant d'épigrammes. Sir Jean FalstafT lui-même, de shakspearienne mémoire, ne s'était jamais trouvé à pareille fête. Cruellement persillé par deux femmes de cœur et d'esprit, quoique lune fût comtesse et l'autre marchande, A|. l'aide de camp eut l'occasion de s'orner la mémoire de cette vérité, que, entre la noblesse et la bourgeoisie, un fashionable n'a désormais que les bénéfices et la liberté du choix.
Posons en principe que la profession de demoiselle de comptoir embrasse depuis le dernier échelon jusqu'au sommet de la pyramide sociale, depuis la jeune pensionnaire qui accepte une place au défaut d'un mari, jusqu'à
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LA DEMOISELLE DE COMPTOIR
la femme spéciale qui, élevée dans le doit et Vavoir, en connaît toutes les roueries, depuis la débutante qui arrive de province sous le patronage des Petites' Affiches^ jusqu'à la Didon actuelle sur qui repose le sort de tout un phalanstère industriel. Dans toute rue parfaitement civilisée, si vous apercevez une émeute de gants jaunes ou de clercs d'huissiers, soyez sûr que c'est le roi qui passe, ou une demoiselle de comptoir auprès de laquelle on se hAte de ne point passer.
Est-ce un crime d'exposer tant d'organisations nerveuses aux influences délcttTCs vi polissantes de la vie de comptoir? Est-ce une vertu d*orner les rez-de-chaussée de ces vivants portraits à la manière du Titien, pour animer la physionomie d'une ville avant peu exclusivement commerçante? La femme de comptoir viviûe, poétise une chose qui n'est ni attrayante ni poétique... le commerce. Grlui-ci décolore la femme de comptoir, et inscrit à l'article profits et pertes la jeunesse, les illusions et le produit net de son ange gardien. Ingrat commerce !
Aussi, lorsque toute cette foule élégante et occupée, coquette et commerçant!' des demoiselles de comptoir prend son essor le dimanche , une solitude , un dédale monotone, des catacombes : voilà Paris.
Le soir d'une belle journée de mai , la demoiselle de comptoir se fait fleur des champs, se couronne de véronique, de liserons et de myosotis. On la confond avec les chMelaines (|ui peuplent les charmantes solitudes de Saint-CIoud , Ville-d'Avray, Alontmorency, Fontenay-aux Roses. Toute métaphore à part , la nature et la civilisation se donnent la mnin , ce jour-là. Il est une beauté demi-parée et demi-champêtre, qui est celle des Parisiennes du dimanche. Pourquoi cet amour si vivace des ravissants paysages qui avoisinent Paris n'aurait-il pas sa raison artistique et ses nuances pleines de poésie? Qui donc oserait soutenir que pour être heureux il faut éviter avant tout de l'être bourgeoisement? 0 précieuses traditions des dîners champêtres, joies savamment équilibrées des bourgeois et des bourgeoises de Paris, plaisirs soumis à un calcul intégral , j'abaisse devant vous le désordre de mes esquisses et la sauvagerie de mon pinceau. 11 suffit d'un Hoghirt pour peindre la grisette; la demoiselle de comptoir demanderait un peu moins d'abandon qu'on n'en trouve dans l'école flamande, plus d'animation que dans l'école italienne.
(observons cependant comment tout procède dans le monde par succession de tableaux du même ordre avec un fond différent. Le marchand qui improvise une partie de campagne n'oublie rien du comfort de la ville. Même aux champs, le Parisien sait dîner. Sur l'herbe il dispose SCS douze couverts, plus ou moins, comme chez Vélour. Les crèmes, le moka, les mille rafÛnements d'un dessert
splendide, rien n*est oablié. Poinl de eei établissent des solutioos de conliBoilé dim la I joies de la nation des étudiants et des griscitcs, ^ que l'on revient à pied pour s'être mis es mmk voiture, pour avoir trop accordé aos difsîpMM« valse et à la carte du restaurateur : le Bsitiu connaît qu'une chose, vivre â son aise en Isas Im I et se servir soi-même pour n'être pas éconkt r conGe à une tapissière son ofGce an graad coa^ sa demoiselle de comptoir prend sa part d'oac & tion logique et d'une partie bien comliiaêc. Ccb dix ou douze ans, jusqu'à ce que Tune ne soit é^ jeune et que l'autre ait fa fortune Taite.
A cette époque, la demoiselle de complair s'cB prononcée en faveur du doyen des commis, iii homme qui a débuté avec elle dans les CKhcnim. lui accorde sa main. S'ils ne succèdent point, â k chand a oublié de créer un majorât en lenr btca conçoivent ensemble le projet d'élever autel ogb&i tel , de battre en brèche la roaisiin dont iU ont «! deux colonnes; acharnement justiGé par la leûaa leur autocrate commun, par l'exploitation qu'ih « qu'alors subie sans se plaindre. Ils emporleot sou autre enseigne, au défaut de sacs d'écus, la v^ maison.
En efTet, après plusieurs années de sncrê» 1>m d'inventaires pyramidaux, qu'est-il resté entre !« a de la demoiselle de comptoir , de ce Pacty.f ^i alimentait incessamment? la valeur d'une in«crf(u rente de six cents francs. Son chef a pris da tcbit des actions dans les asphaltes , il Inspire à fin 6i pair. 0 justice distributive ! ô réuiunératioo mak Une tête moins forte que celle de la demoiscIieàrsB toir passerait du coup au saint-simonisme, dctlipi miére formule est celleH^i : A chaque femme fcomfl selon ses capacités, â chaque capacité seloB««iT Elle fond»; une maison, cela suffit à sa veofeaHscii succès futurs.
Quoi qu'il en soit, la demoiselle de comptotroia une de nos supériorités réelles, incontestaUcs. L'i quité a eu ses gynécées, TOrient possède ses km avez- vous rien de plus monotone qu'un hanm! Ea gleterre, en Russie, en Allemagne, en BoDiaie, commerce est exclusivement dévolu à des hmm bière.
La France seule a donné pour enseigne i m U trie ce qu'elle avait de plus gracieux, de plmm^ plus avenant. Va maintenant, p«11e esquisse d'mciii touchante, ef puisses-tu rencontrer de parlemmii demoiselle de comptoir, une seule, qui lassa Ufrt et nos lecteurs qui demanderont la demoiadla difli toir auront l'avantage de la tenir de «
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LE PHARMACIEN
É. DE LA BÉDOLLlEÏ\ï\E
e pharmacien est un curant de la Rérolulion. Elle a. dans ses transformations régénératrices, substiluéau procureur l'avoué, au traitant le banquier, au perruquier le coiffeur, au roi de France le roi des Français, d l'apothicaire le pharmacien.
Beaucoup de fondions sociales ont changé de nom sans être intrinsèquement altérées : le préfet rappelle Tintendant; le commis des contributions n'est pas moins inquisiteur que le préposé aux gabelles; les volumineux dossiers ont beaucoup d'analogie avec les sacs du procureur. Biais entre l'apothicaire et le pharmacien il y a un abime, un bouleversement social et médical. Le second est fils du premier; mais c'est un enfant ingrat qui dédaigne et renie son père, un novateur perverti par Broussais et la
Riche d'onguents de mille sortes et de potions merveillensef» Je sais le pharmacopole aax innombrables boites. Il n*est rien de ce qoi a puissance d'arrêter la vie prête k s'échapper on de chasser du corps les maladies qu'on ne soit i ûr de trouver dans mt boutique. Ma main sait mêler tous les sucs bienfaisants, et en composer habilement les remèdes les meilleurs. Malades et bien portants courent vers mes fourneaux, et le riche aussi bien qoe le pauvre a besoin de mon art.
HAaTMAN ScHOPPEB, lô Lhffê id UitUrt,
médecine physiologique. Le pharmacien n*a plus d'extérieur professionnel, plus d'allures originales, et, de l'ancien costume, il n'a conservé que la cravate blanche, qui contraste avec les noires couleurs du reste de son équipement. La cravate blanche semble encore aujourd'hui un ornement indispensable, un sine qua non du métier; quand la cravate blanche serait bannie de la terre, elle devrait se retrouver au cou d'un pharmacien.
0 maitre apothicaire de l'ancien régime, membre da sixième corps des marchands, qui comprenait aussi les épiciers, vendeur de galbanum, de lignum vitœ, de trochisque de cyphéos, d'emplâtre diacalcitéos, de feuilles d alkékenge, et de mille remèdes non moins inertes et non moins ridicules, s'il t'était octroyé une autorisation provisoire de revenir sur la terre, quels seraient ton désappointement et ton embarras! Tu ne reconnaîtrais plus ton humble boutique métamorphosée en somptueuse officine ; tu chercherais en vain tes vieux médicaments officinaux et magistraux, juleps, émulsions, apozèmes, embrocations, épithémes et magdaléons; tu considérerais comme autant de sacrilèges les perfectionnements qu'ont
LE PHARMACIEN
subit tes liassioef, tes alambics, tes (Kjts-â-canoD et tes f>iluli/rn ! DfTonté par les dêaomifialions gai lo- grecques de la chimie moderne, tu te demanderais arec anxif-té ce que c'efct que le sulfate de cuivre, le carbonate de potasse, le prolo-iodure de mercure; et. en entendant mcntioniifr Tent' rite, la |iérilonite, la péricardite, la bronchite, la gastrite, persuadé que des maladies ignoras de DOS ancêtres augmentent la somme des misères humaines, tu t'em presserais de retourner en l'autre monde avec le re^^ret de l'aroir quitté.
Néanmoins, ions le rapport pharmaceutique comme sous le rapport poliiiqne, le bon vieux temps n'e^t pas à reprf tter. L'ancienne pharmacie, complice de l'ancienne m«'d«'cine, semble avoir été une conspiration contre la S'-ilubrité publique, un sysl'-me r.rLMni^é pour l'empoisonnement du genre humain. S'inia,L;inerait*on qu'on a préconi>é comme sudoriG {ue le bézoard oriental, compoé de serres de homard, de musc, d'ambre gris et de coquilles d'huîtres? Entrerait-il dans la t^te d'un individu quelconque qu'on a presrrit d«'S rloprirle^ ronlre la jauIli^«'e, du fiel de t:iureau contre les maux d'e^-tonmc, de l'or potable contre l'aiioplexie séreuse, des vers de terre en poudre et de l'huile de petits chiens contre la sciatique, de«« michoires de brochet contre la pierre, d* s perles, de ]'i\oirc calciné, de la corne de c^^rf préparée philotophiqurtnenl à Veau contre les aigreurs, et des cataplasmes de nids d'hirondelles contre h s maux de gorge? Y .1-t-il un mnlade, fût-il à un millimètre du trépas, qui consentit aujourd'hui à prendre de l'eau de frii de grenouilles pour se rafraîchir, du sirop de vipères pour se [urifier le sang, des scarabées de fumier infusés dans l'huile de laurier pour dissiper les foulures, des aiguilles d'acier dissoutes dans l'ncide nitreux pour calmer If'S douleurs articulaires? Comment a-t-on pu croire à l'eflicacité de remèdes tels que l'essence carniinative de Wcdi'lius, l'elixir de vie de Mathiolc, le bdumc tranquille, Tcmplâtrcde grenouilles, le milhridate, l'orxiétan, la thériaque, l'eau générale, dans lesquels il entrait treize, vingt-trois, vingl-<|uatre, trente-deux, quarante-six, cinquante-trois, soixante-cinq, et jusqu'à soixante-dixneuf substances d'un clfet nul ou contradictoire?
Grâce au ciel, la pharmacolog.e a été complètement bouleversée. C'est à peine si quelques retardataires osent inscrire le titre d'apothicaire au-dessus de la porte bâtarde de leur laboratoire; et soyez sûrs que ceux-là portent une perruque , ou sont dignes d'en [ orter. Les pharmaciens ont cessé de réserver un cabinet sombre à l'administration du remède si redouté de M. de Pourceaugnac; et c'est â tort qu'un vaudevilliste disait de l'un d'eux, à propos d'une émeute hydrauliquement réprimée :
A la de /i Colonne,
Il i jadis prott'gé le roy.iume
Par des moyens adoucissants; Monsieur Canule, i la place Venddmc,
Joua des lôlcs iinpoilants.
En ce «^TJnd jour, payant de sa pcr.<onnc, Mi>nsicur Canule as))crt;ca l'cnncnn; Et je Kuis fier d'un unii tel que lui.
Quand je regarde la colonne.
Notre camarade Népomucéne Donnisson, qui nous fournit ces curieux renseignements, eût dédaigné d'être apothicaire, mais il embrassa de plein gré, à l'âge de dix^iept ans, la profession de pharmacien. Il habitait une petite ville d'un département du centre, qu'il eût volontiers quittée pour aller étudier à Paris. Plus d'une fois,
à ses débuU. il réra Pkm et Id kalf fvV'îcs ?i les griseUes avides de jojub», el la cai&ar»dfnc o^ bins, et les promenades da matin dans !«• jardîi ie .' de pharmacie, et lespaochs du smt «-«a flaeiV>« . dérobé au patron !... Mais la pauvreté loi ferain h min de la capitale.
Car il y a , sachex«le bien . deiix ordres de f> i ciens : les uns suivent les conrf d'ane é:olr . va treints â qoaire années de stage, siibi«««nt der?:: professeurs un examen qoi leur coûte q«iiarz* francs, et sont autorisés par diplôme i «ifr*? toute la France. Les autres , condamnés à ksii i de travaux prêt imrna ires , payent troi^ centi ti: droit d'être a Jmis par un jury médical . ei on W ii gne une résidence comme à des forçats libéré^. C^ gories sont établies par la loi da 31 çermînal ii i régit b s professions médicales , loi transîtcire . v par la prescription, loi défectueuse comme tant d'i et conservée, comme tant d'autres , en dépit de rérla mations. Il n'est pas de ministre de no^tr publiijue qui n'ait rêvé la réorganisa lion de la m*-. et de la pharmacie, la suppression des jurys, li rr d'écoles nouvelles, la proscription des remèdes «« .M. di.' Corbière s'm est activement oocopé en 1^ 18-JS; M. Guizol s'en est activement occupe ea .M. d»» Salvandy s'en est activement occupe «a Des |»rtilions ont été signées, des mémoires rédijé* rapports ont été lus. des discours débités. de<cja sions créées, de graves questions approfithiiei. chambre des pairs, à la chamiire des dépuiéf. 1 1 di'niic de médecine, â la ^ciété de pharmacie, i !i ci<'-té de prévoyance des pharmaciens de la Seisf i rt connu la nécessité d'une réforme, et la rêfineii eii lieu, el l'on n'est pas encore parvenu i roAr/i soii^noment ph.trmaceutique uniforme, à IrKfiRi portée do tous, et a imposer à tous les niaesoUi tions en leur accordant les mémos privilèges.
Mon estimable ami Népomucéne sait gré ta k^ leurs de n'avoir pas abrogé la loi de Tan xi. Ce«li( loi-ld qu'il doit la vie; c'est grâce k ses dispoôt (celles de la loi) qu'il a pu tenir ofRcioe. Si Foa exigé des études plus bérieuscs , des connaiisiKB étendues, des épreuves plus difOciles, Bonnissoa. rr par les obstacles, eût été agriculteur, notaire, sép» membre de l'Institut, mais il ne serait pas etir ap])rentissage chez le pharmacien qui s'enga^. bm nant huit cents francs par an , à le garder trois us, le prendre au pair au bout de ce temps d'épreove.
Quel métier que celui d'élève en pharmacie I pirti tiblier de serge de l'ouvrier, piler des drogaci, rcc des bassines, nettoyer des bouteilles, polirdes Uu se livrer à un exercice gymnastique conlinaelpHri ger et déranger une multitude de bocaux plaecs II des murs! Jleureuscment Bonnisson se plia I ee| de vie. A la Gn d'une journée de bligaeSp il voilait ché sur la Chimie de Dumas. Il ne sortait qne ta quinze jours , évitait le café, ne fomali Jamais, rt renoncé â l'amour après avoir tenté Tainemenidc léi une servante, sa compagne de captivité, qu'na âge pectable et des cheveux roui auraient dû ndUti I d'une pareille audace. Jamais il ne respirait Pair « campagne, à moins que son patron ne l'envojlt réo des plantes médicinales. Il ne connaissait les Icars par les rapports qu'elles avaient avec son élal; il ai les roses, non pas dans an parterre, mais en boal» la forme d'une décoction astringente; il admirait l'iris, non pas ses pétales veloutée», mais ses ndacsi secs en boules pour l'entretien de* ]
LE PHARMACIEN
En peu de temps Bonnisson acquit un certain degré de icicnce théorique , et surtout une grande dextérité manuelle à tourmenter un pilon, â coiffer une topetle d'un morceau de papier artislcment découpe, à imprimer sur la cire brûlante le cachet de la pharmacie, à coller une étiquette , d fabriquer de la pAte de lichen et du sirop de guimauve.
Ici il est bon, en passant, de détruire un préjuge vulgaire. On croit généralement que le sirop de gomme n*est pas composé uniquement de sucre, que le sirop de chicorée a pour base de l'eitrail de chicorée , et la pâte de guimauve, une décoclion de guimauve; que la pale de jujube s'exlrait des fruits du jujubier, et la pâte de lichen^ du lichen d'Islande... Quelle erreur! De la gomme , du sucre , des blancs d'œufs , un peu de Heur d'orange , tels sont les ingrédients de ces innocenles préparations, nommées, en vertu de la régie, lacus a non lucendo. Le rédacteur du nouveau Codex a même supprimé dans leurs formules la guimauve, le lichen et le jujube. Non-seulement ces substances sont inutiles, mais encore si un pharmacien trop consciencieux s'avisait de les employer, il s'exposerait à perdre sa clientèle; car leur effet principal serait de communiquer un goût désagréable aux médicaments qu'elles revêtent de leur nom.
A vingl-cinq ans révolus , âge requis par les réglemenls, Bonnisson était apte à se présenter devant les quatre pharmaciens et les deux médecins du j»ry médical, séant au chef-lieu du déparlement , sous la présidence d'un délégué de la Faculté de Paris. Bonnisson était tenu de soumettre à ses juges neuf préparations pharmaceutiques manipulées de ses propres mains; mais, peu conliant dans son habileté, il acheta chez son patron neuf médicaments composés, au nombre desquels, pour amadouer le jury déguslateur, il eut soin de comprendre d'excellentes pastilles de gommé arabique. Il copia les neuf formules dans le Codex, les fit imprimer, et mil en tête une dédicace :