‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 199 sur 269 · ETC., ETC., ETC · texte numérisé non relu

ETC., ETC., ETC

)e et Uippocrate en grisaille montraient Imirs ives au-dessus de la porte de rarriére-bnuti* apercevait à travers les carreaux des piles de le gélatine et de chocolat ferrugineux, des giiîr- ! pois à cautère , des festons de colliers demin boa constrictor dans l'esprit-de-vin , et un éphale. L*air était imprégné d*odeurs sui gen€» parfums combinés de Téther, de Tassa fetiJn, loniaque liquide, du camphre, et de divor!^c!> romatiques. De nombreuses afQches indiquaient uvait à la pharmacie des dépôts de pâte de Rele sirop de colimaçon , de mixture brésilienne , ;s créations éminemment utiles à leurs invensoir, des bocaux d'eaux colorées avec le sulfate , Tacide sulfurique et la teinture de coquelicot, l sur le pavé leurs reflets rouges et bleus , et ml les passants d*une amaurose immédiate. Il y t de bon goût dans l'arrangement de ces nthérapeutiques, tant de magnificence dans ces ts professionnels, que Tavidilé des consommalit stimulée, et qu'on se sentait presque tcnitï alade pour avoir le droit d'entrer dans ce saiiciarmacculir|uc.

(emplation des bocaux de cette splendide offictne ouvcnt procuré le même plaisir que la leclurt griphes du Corsaire et des charades du Chari^ us nous demandions avec anxiété ce que signU^ L's inscriptions latines tracées en abrégé sur la lie. Nous sommes fier à juste titre d'en avoir déuelqucs-unes. Ne faut-il pas une certaine capar deviner les énigmes suivantes :

; CROC : alcool croci (teinture de safran) ;

CAR : PLU : pommas carhonatis plumhi (pom-

I carbonate de plomb);

coNC : sEM : c : oleum concretum seminum cae^o oncrête de graine de cacao);

AD RAB : EQ *. uTiguentum ad rahiem equorum it contre la rage des chevaux).

t obligé non-seulement de se rendre compte «le Uion, mais encore de traduire en français un s plus macaroniques :

( stillatitia, eau distillée; is aluminicO'poiassicus, alun:

is cuporicus, acétate de cuivre; cum oleo terehinthinœ , savon de térébenthine; iretum sodicum cum aqua , sulfure de sodium stallisé.

Devines si ta peux, et choisis si tu l'osci.

Ces barbarismes ont plus d'un inconvénient. Malgré Tordre qui régne dans une pharmacie, il arrive aux éié* ves de prendre un purgatif pour un fébrifuge, un vomitif pour un antipasmodique, et tice versa. Jugez de Tefl'et !

Bonnisson vit prospérer son établissement; il se fit bien venir des médecins du quartier, et les docteurs et le pharmacopole s'adressèrent réciproquement des clients. Cette assurance mutuelle n'a rien d'illégitime, et parfois l'homme de Tart prélève une prime légère sur le prix des remèdes livrés aux malades qu'il envoie. Avec Taide d'un officier de santé, Bonnisson annexa â sa pharmacie un cabinet de consultations gratuites, destiné surtout â l'usage des gens trop cruellement punis d'avoir négligé ce précepte d'un auteur latin du seizième siècle :

Quid facics, farics Vcneris cum veneris antc? Ne sedeas, sed eas, ne perças pcr cas.

Croyez-vous que le prudent pharmacien songeât à guérir brusquement ces infortunés? Rien n'eût été plus nuisible à leur santé... et à sa bourse : « Voyez- vous, répétait-il à chacun d'eux, il y a des empiriques qui prétendent enlever une maladie comme avec la main, mais ils laissent en vous un germe de désorganisation, qui, comprimé par d'insuffisants palliatifs, réagit avec fureur, et cause intérieurement les plus afl'reux ravages. Vous croyez vous bien porter; pas du tout, vous êtes à ipoitié mort sans vous en douter. Agissons donc avec lenteur et sans secousses; temporisons, je vous le conseille. Vous sentez que je ne tiens pas à vous vendre quelques pilules de plus ou de moins; mais, ce que j*en dis, c*est pour votre bien. »

Cette paraphrase du proverbe italien Chi va piano va sano, chi va presto muore lesto^, produisait une impression profonde, et comme les médicaments n'étaient pas aussi gratuits que les consultations, Bonnisson réalisait d'amples bénéfices.

En général, h s bénéfices du pharmacien sont considérables, et sembleraient parfaitement usuraires, si on le considérait comme simple marchand, sans songer aux longues études dont son lucre doit Tindemniser. Les loochs qu'il fait payer un franc et plus lui coûtent é peine dix centimes; une bouteille de sirop antiscorbutique qu'il achète deux francs soixante-quinze centimes, rue des Lombards, lui rapporte au détail douze francs quatre-vingts centimes; il vend dix centimes chaque grain d'émétique, ce qui met la livre â neuf cent quinze francs quinze centimes : or elle lui coûte deux francs!...

Bonnisson avait calculé cela, et comptait parvenir rapidement à la fortune; mais la concurrence l'accablait : concurrence de ses confrères, concurrence des herboristes et des droguistes, concurrence même des épiciers. Il eut toutefois de bonnes années, c'est-à-dire des années détestables pour la généralité des hommes. S'il désirait le retour du printemps, ce n'était point par un bucolique amour de la verdure, mais parce qu'il espérait que les variations de l'atmosphère amèneraient une foule d'indispositions. L'automne lui plaisait, non par ses joyeuses vendanges, mais par ses fièvres intermittentes, et il saluait avec joie Thiver escorté de rhumes, de catarrhes et de fluxions.

L'apparition du choléra fut pour lui une bonne aubaine: pendant que les tapissières roulaient é la fosse commune les victimes de l'épidémie et de l*empirisme médical»

^ c Qui va doucement va sagement, qui va rondement lestement.»

LE PHARMACIEN

Bonnisson, dûment imprégné de chlorure el de camphre, amoncelait dans son escarcelle les tributs de la peur el de la souffrance. Il y a des gens intéressôs par métier à tenir ouverle la boite de Pandore, et si la peste noire, la Icpre, le mal des ardents, ou tout autre fléau du bon vieux temps, revenaient désoler la France, ils auraient, certes, des adorateurs parmi les médecins, les pharmaciens et les croque-morts.

! N'allez pas croire cependant que Bonnisson fût un être ] exclusivement avide et égoïste, cherchant toujours son I Lien dans le mal d'aulrui. Non; il était bon el sccourable à l'occasion. Plus d'une fois (suivez son exemple, ô phar- ' maciens î) il accorda aux malades indigents un crédit il- [ limite. Une femme tombait-elle en défaillance. Bonnisson ! accourait armé d'un flacon d'élher. Un passant était il I renversé par une voilure, Bonnisson le recevait sanglant ] entre ses bras. Un buveur demeurait-il sur le trottoir, Bonnisson lui prodiguait l'ammoniaque liquide. S'élevait-il une de ces rixes trop fréquentes entre ouvriers, > l'ofGcine de Bonnisson était Tasile des blessés. Heureux j dans leur misère ceux qui recevaient une tuile sur la ' léte, ou se^cas>aient un membre, ou étaient frappés d'a- ' poplexie, car ils jouissaient de la satisfaction d'appren- : dre qu'il est encore dans ce siècle mercantile des vertus libéralement exercées î

Au gré de Bonnisson, le ciel ne récompensait pas assez proniplcment son mérite. Sa clientèle était circonscrite à son quartier, et il eût voulu voir déCler devant son comptoir des députés de toutes les parties de la France. H cul un moment envie de .se faire pharmacien homœopathe, et de remplacer ses drogues par des dixmillionniènics de substances inCnilésimales, ce qui permet d'emporter son fonds sous son bras, cnmnie le père Anchisc ses pénates. Il fut aussi passagèrement tenté d'aller s'installer rue de la Paix, et d'y fonder une pharmacie anglaise.

a Quelle spécialité lucrative! se disait-il en contemplant un jour une des apothaccrics halls de Paris. A ce que je vois, on ne vend guère là-dedans que des sels el des poudres, Cheltenham salts, purificd Epsom salis, Prcston salis, Rochelle saltSy salts of Lemuns, Que de sels!... que de poudres!... On dirait que les Anglais ont invente toutes les poudres imaginables, sans compter celle dont on attribue la découverte a leur compatriote Roger Bacon, genuine india currie powder, efferrercing iemoYiade powdcr, soda powdcr, plate powder, gingerhecr potoder, tooth potrdcr, improved sodaic powder, butlers taseless seidlitz powder. Avec ces compositions, des sauces au piment, du savon de Windsor, du macaroni, du thé, du vermicelle, des pilules apêritives et des pilules dige.«itives. j'aurais un superbe fonds de pharmacie anglaise. Quel est le premier besoin des Anglais? celui de manger. Quelles sont chez eux les maladies dominantes? des indigestions, j»

Bonnisson résista toutefois à ces velléités britanniques. Un soir, il avait invité à dîner plusieurs amis (j'étais du nombre). Echauffe par des doses réitérées d'élixir de Garus, l'amphitryon se lança au dessert dans des dis.sertations médicales. Il avait, disail-il, empiété avec le plus heureux succès sur les privilèges des membres de la Faculté : il avait guéri en moins de trois semaines une femme attaquée d'un opiniâtre coryza ; une potion antihelminthique, qu'il avait préparée lui-même, avaitdébarrassé un enfant d'un nombre incalculable d'enlozoaires. Peu content de délivrer une multitude de malades d'une multitudes d'affections aiguës el chroniques, notre médecin-marron avait expérimenté son talent sur les animaux, et séché les larmes de plusieurs douairières sur

le point de perdre leurs chiens favoris! Eofir: qu'il était de son devoir de soumettre le fruit d servations au public savant et éclairé, il co:: ouvrage intitulé : Nauvtau système de méditai talâj applicable en hirer comme en tU, ti rr avec avantage des remèdes illusoires et da ; dangereux.

Ces confidences eurent pour effet de faire fcl sivement tous les convives» el je les aurais s-: leur évasion, si je n'avais en le malheur de ciè^ invincible somnolence. Je fus réveillé |ar U%0; ami, qui me disait d'un ion de reproche :

c 11 me semble que vous donnez.

— Mais, oui, répondis-je, c'est reffel d'une pénible.

— Tanl pis; voyons voire pouls. »

Il me serra délicatement le poignet entre Ml pouce, el compta gravement les pulsations.

« Un peu d'irrégularité, dit-il , un peu d'irrii brile. Vous ferex bien de vous mettre à ladi^:^ quelques jours, el même de prendre quelque^ b d'eau naturelle de Sedlitz. J'en fabrique d'eicei!

— Vraiment, mon cher, répliquai-je en «in; avez manqué votre vocation. Vous auiiez duéin en médecine.

~~ Ah ! que ne le suis-je I s'ccria-t-il avec ce Je rougis de traiter clandestinement ceux qoi <t à moi parce que leur médecin habituel refase purger.

— Quoi ! il ne vous suffit pas de débiter des n et vous voulez encore en prescrire !

— Ce serait double profil, et puisque je scis. | connaissances, eo étal de faire honneur i h Fx. ne vois pas pourquoi j'en serais exclu.

— Faites vous donc recevoir docteur, cli'a plus.

— J'en ai eu souvent le désir, el je mysnû \ regret de ne Tavoir pas satisfait.

— Qui vous en empêche?

— D'abord, la difficulté de passer moa ott«9 chclier es lettres. Je serais obligé, pour v fxt^ rapprendre le grec que j'ai oublié, on pla'lèt qie jamais su, puis d'étudier l'histoire, la rhêthon philo.sophie, les mathématiques, que je ne poisdt parfaitement. »

11 résultait de cette énumération que moa sua ne savait presque rien.

<K Mais, du moins, repril-il, sijcn*aipaskini donner des remèdes connus, je m'arrogerai le èi composer de nouveaux. Je veux créer on f^èàêf mirable, infaillible, prophylactique et cmaliL Qi tes-vous?

— Je dis qu'il y a cent fois pins de reMfa s maladies. iM al heureusement les remèdes paoHlr malades aussi.

~ Il ne s'agit pas de guérir, mais de imét 1 sayais d'un clixir odonlalgiqne?

— N avons-nous pas le Paragaay-Bonx. h oi Tes^ence de pyrèihre, la poudre péravieBM, Ah trifice philodontique qui arrête la carie, oléii f du cigare, et blanchit en peu de tempe les in* i*i heureuses?

— C'est vrai : si je fabriquais nlmporti fà rient?

— Et Tallataîm du harem« et le i et le Palamoud, et le uiCDi, oufiiel les ( vent leur embonpoint procerMol, cl le I grande réputation à Un

LE PHARMACIEN

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^lli'i^ «-Si^^db,

— Si je délayais quelques grammes d*un remède nauséabond dans une centaine de pilules, cela s'appelle faaliter Tadministration de la médecine.

— D'accord; mais nous possédons des myriades de capsules toutes plus gélatineuses les unes que les autres.

— Que diriez-TOUS d*UD remède inrailliblc contre les «ors aux pieds?

— Il y en a cinquante qui tous sont les seuls efûcaces, et notamment le spécifique phénix^ autorisé par le ministre de rintérieur, comme le seul reconnu pour faire fondre les cors entièrement et sans nulle douleur. Deux jours de son application sufCsent pour se chausser juste sans être incommodé, et on le débite indifféremment chez les bottiers et chez les pharmaciens.

— Approuveriez-vous un Uniment contre la goutte et les rhumatismes?

-— Le sirop antigoutteux enléye toute acuité â ces terribles maladies.

— Une pâte pectorale sans opium ni autres ingrédients narcotiques?

— J'en connais deux cent cinquante, toutes également supérieures aux pectoraux connus jusqu*à ce jour, et dont l'efficacité a été démontrée par des expériences faites

puhliquement à la clinique de M. Lisfiranc, chirurgien en chef de l'hôpital de la Pitié.

— Si je transformais la fécule de pomme de terre en nouvelle substance analeptique?

— Aliment sain et de facile digestion, conyenable dans Tcpuisement, l'accroissement trop rapide, les asthmes, les rhumes invétérés, indispensable aux adolescents, aux ouvriers, aux vieillards, aux convalescents, aux femmes débiles, aux personnes nerveuses... c'est usé, mon cher, c'est usé.

— Alors, je suis au bout de mon rouleau, à moins que je ne me rabatte sur une liqueur insecto-mortifère pour la destruction des punaises, une pommade du lion, du chameau, du rhinocéros, ou autre pachiderme, ou en* core sur une eau phénomène propre à nourrir et a fortifier la racine des cheveux, d les faire croître, à les empêcher de blanchir et de tomber, même dans l*àge le plus avancé.

— Vous voulez donc empiéter sur la spécialité des coiffeurs, et nuire au débit de la pommade mélaînocome? Vous savez pourtant que les éloges qu'elle a méritée dû* pensent de s'appesantir sur ses innombrables qualités.

— Ah ! qu*il est difficile, en pharmacie comme en Ht-

J, TflARSàfûO.

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■ Swihé I'aihihiiii i. rliTfnir, ofliriiT do la garde iiiiliiiiinir il iViAvii^r-do-iMmouillrt ((Iharcntc- InliTiiMiri'). •

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