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LE PROPRIÉTAIRE

AMÉDÉË âGHâRD

nclincz-vous devant les douze lettres de ce motlà ; toutes les puissances se résument CD elles; en elles sont le commencement et la fln, Talplia et Toméga de ce qui est.

Qui D*est pas propriétaire veut le devenir, qui Test veut Fétre toujours.

Le monde pivote autour de ce substantif; c'est Tarche sainte des royaumes constitutionnels, le fétiche de Tunivers, la clef de voûte de la société; tout passe, le propriétaire seul ne passe pas; les empires croulent, mais les propriétaires restent. Ils sont plus forts que le temps et que les révolutions, deux choses qui usent les trônes et le granit.

L'arbre généalogique du propriétnirc a ses racines dans le jardin d'Eden. C'est un substantif antédiluvien; il surnage au-dessus des temps bibliques, et Thistoire n'était pas encore, que le propriétaire était déjà. 11 est contemporain du monde. Le premier homme, Adam, notre père, était propriétaire, et la meilleure preuve qu*on en puisse donner, c'est qu'ayant manqué au contrat synallagmatiquc qui le liait au jardin céleste, Dieu l'expropria.

Depuis le premier congé qu'un archange signifia au premier homme, jusqu'aux congés que les huissiers parisiens signifient quolidennement aux locataires récalcitrants, le propriétaire n'a pas changé. C'est toujours et sans cesse uu individu de qui la qualité commande le respect. Afin que nul ne l'oublie, il le professe lui-même

en son endroit. C'est de lai que DanUm wmk Ah qu'il marche comme an saint McrenwDt Kn ^ voir passer, on comprend qae le propriétHR • ft. importance sociale au sérieaz; il se aoipaeoBB vieille dévote. Si ses vêlements ne sont fia 4b 4 plus beau, ils sont aa moins da plos fart; waàà sont peut--étre pas très-brillantes, mais dks m jours les plos chaudes. Il est dans ses habittcaB saint dans sa châsse, hermétiquement opTilsifi I taquant A sa personne sacro-sainte, les vcMscnî taquent à la société; s*îl tousse, elle est aew» fluxion de poitrine, et le propriétaire freailliy dont il est le plus auguste représentanL

S'il n'avait appris-la modestie avec lepwéiW s'est empressé d'oublier au sortir des damii. id le propriétaire dirait comme Louis XIT: c LDb moi. »

Il y a, au temps où nous sommes, à pwfrâ^ lions de Louis XiV en France. La Fcaaeesrtlci en possède le plus; mais tous ces Louis XI? sa i de grands seigneurs; il y en a lieaaeon à eri h propriétaires ne donne absolument que la à mal diner après n'avoir pas déjeuné. Si eos-d a pour vivre que leur qualité seulement, ilsesani le risque de mourir de Taim; mais, giiee à F ' trouvent le moyen d'échapper A celle di y a des propriétaires savetiers»

y on a d'autres qui sont marcL*.

contre-marques, conducteurs A\ sais-je encore? Gardons-nous do taircs-H, ils usurpent un titre qui se I>arce que le dicliooni i de T ~

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LE PilOPP.IÉTAIRE.

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pour leur octroyer un substantif plus convenable; et passons au propriétaire que la tradition nous représente couvert d'un habit marron, d ce propriétaire aisé, rentier, fortuné électeur, éligible et décoré, que le vaude- TÎlle a fait passer d Tétat d'oncle.

Ceux-In seuls sont les petits saints de ce paradis où il j a tant d'appe'és et si peu d'élus ; les autres ne sont rien que des intrus.

Ainsi que Paris résume la France, le propriétiire parisien résume les propriétaires français. Pour les bien connailre tous, il u'est donc point nécessaire de passer les barrières et d'aller voir comment les foins se fauchent en Normandie, et de quelle façon les raisins se foulent en Bourgogne. Kous Pavons dit, les propriétaires sont un : c'est Phydrc d mille queues de la Fable; ils sont dix millions de corps qu\inime une seule pensée. Cette pensée a pris un nom dans la science dont Gall fut le Messie, après que Spurzheim en eut été le précurseur. Cherchez bit^n sur un crAne phrénologique. et vous le trouverez écrit sur une protubérance latérale. Ce mot est Vacqui» tiviU,

Ilélas! et pour le dire en passant, cette protubérance, ou, si mieux vous Paimez, cette faculté qui fait mettre à

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la caisse d'épargne les économies qui doivent un jour payer une métairie, n'est ce pas celle aussi qui conduit la main des voleurs dans la poche des passants? Quelle médaille n'a pas son revers ! y

Pour peu qu'on soit doué de ce sens physiologique qui fait discerner la profession sous les traits du visage et deviner le caractère sous Penveloppe des paroles, on re« connaîtra bien vite un propriétaire à la manière dont il marche et dont il cause. C'est un personnage qui ne fait rien comme tout le monde. 11 y a dans sa tournure quelque chose qui trahit la puissance de l'homme sûr du len* demain ; comme la mer. «'il s'émeut, c'est à la surface ; au fond il est vvi!i<.;:rv caime. 11 sait que. quels que soient les événemei«^> c W, h isard des circonstances, sa terre ou sa maison !ui resteront toujours; si l'incendie ou la ruine passent sur ses propriétés, il y a. de par les douze arrondissements de Paris, assez de compagnies d'assurances pour répondre du sinistre, et si tout périssait, les compagnies elles-mêmes, le sol du moins n'est-il pas impérissable? Cette pensée, dont le propriétaire ne se rend pas compte, le soutient dans toutes les épreuves qu'il plait a la Providence et aux locaUires de lui ménager. H plie, mais ne rompt pas. Que la guerre menace de chas-

LE PROPRlfiTAISE.

ser le rameau d*olivier que depuis lant d^années la paîx promène d'un bout du monde à Tautre, que lui importe? Au demeurant, ne faudrat-il pas toujours que riiumanité mange le blé de ses campagnes et dorme sous le toit de ses maisons?

Regardez le propriétaire, tandis qu'il se promène sur les boulevards, prudemment enveloppe d'un paletot en drap pilote. Il contemple toute chose d'un œil serein comme le juste d'Horace. S'il fait beau, les rayons du soleil dorent ses moissons et ])arfumcnt ses vendanges; s'il pleut, l'eau du ciel rafraîchit ses prairies. Le visage du propriétaire s'épanouit comme une pivoine.

liais que le soleil trop chaud li* force à chercher un abri le long du trottoir que sillonne une traînée d'ombre, que la pluie redouble et change les ruisseaux en torrents, le propriétaire pftlit. Une funèbre pensée empoisonne ses joies ; l'épée de Damoclès se joue au-dessus de ses rêves, et voilà l'homme ferme du poète qui a peur. Les rayons qui doraient les épis ne pourraient-ils pas les brûler? l'eau qui rafraîchissait les prairies ne s'aviserait-elle pas de les inonder? et si la récolte allait périr, le fermage serait-il bien payé? Et qu'est-ce que le fermage, sinon tout; la robe de velours de la femme, la maîtresse de chant de la fille, la rétribution universitaire du fils, le bal de l'hiver prochain, le grand dincr du dimanche, tout le bonheur de Tannée? Le rayon d'or qui met une élincelle à chaque brin d'herbe, c'est une llèche aiguë dans le cœur du propriétaire; ce nuage qui fuit d l'horizon, c'est un voile noir sur sa tête. L'homme heureux a disparu; ce n'est plus qu'un mortel infortuné qui déplore sa condition et se prend en pitié lui-même. Sa femme n'aura certainement pas le cachemire qu'elle lui a demandé, et il parle de réformer un plat de son ordinaire.

Mais qu'un courtier d'immeubles vienne le lendemain lui proposer la vente de ses terres, le propriétaire réconduira sans rien entendre.

En somme, ne croyez pas que ces bons propriétaires soient fort à plaindre; leurs craintes quotidiennes sont une partie de leurs revenus; on les compte dans l'actif des émotions; s'ils se désespéraient moins, ils seraient moins heureux.

Cependant, disons-le, les propriétaires de bois et de prés, de terres labourables et de vignes, ne présentent pas un type aussi curieux ni aussi complet que les propriétaires citadins, les seuls qui soient vraiment les propriétaires pur sang, si l'Académie veut nous permettre une expression empruntée au vocabulaire du sport. Les autres, en effet, tiennent par trop de côtés au commerçant; comme lui, plus que lui presque, ils s'occupent du prix des denrées et du cours des marchés. Aujourd'hui que l'agriculture est une science, le propriétaire est un industriel.

Le propriétaire parisien n'a point a se préoccuper de tout cela ; il lui importe peu qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige; il ne redouterait pas la grêle s'il n'avait des vitres, et les orages Finquiéteraient médiocrement si ses maisons, ses chères maisons, n'avaient des tuyaux de cheminées. Ce propriétaire-là semble n'être venu au monde que pour jiercevoir les termes échus; quatre fois par an, à des époques trop bien connues pour qu'il soit besoin de les rappeler, il appose sa signature au bas de petits chiffons de papier, et va voir au soleil si les asperges poussent. Son Dieu, sa foi. sa loi, c'est le terme; hors du terme point de salut; qui le paye est honnête, qui le doit est fripon. Le propriétaire n'a pas d'autre évangile.

Que de fois le locataire, en le voyant frais, calme, reposé, tenant dans sa main les fatales quittances, tandis

qu'une confortable robe de chambre bahye le tif« i ses talons, ne l'a-l-il voaé aa diable, loi, ses ^iHibi et sa robe de chambre!

Nais vous ne savez donc pas» 6 locatairef bm ma res ! que vous êtes sa grftle, m pluie, sa nn|e, a ta pête, à ce paufre propriétaire? Si sa pcrsoaic ot 1 1 bri des intempéries de Tair, sa bourse ne pnticp des crises qui troublent riurmonie de voirez Lorsque le propriétaire campagnard énnmêrc Ici ta mités qui rongent son patrimoine, comme }m 'wmà tîoos, les chenilles, la sécheresse, les saotm&a.i qu'en manière de péroraison il marmore à h pmé son homélie : c Je donnerais toutes mes tcms para bonne maison, » le propriétaire citadin sourit amk bras, hoche la tète, et répond victorieuseneatie*» rie de désastres par un root seul: «Le locataire !*Btaii bouche ce mot prend des proportions gipstnqaa:! résume toutes les infortunes; ainsi que la boite éc^ dore tenait tous les maus» il renferme dans eei pm syllabes le germe de tous les eonnii : d^ts,Rbiè payement, citations, saisies, procès. Et cepeodmLiliV avait pas de locataires, que deriendraient Ici piipiils res? La conscience qu'ils ont de rabsolue aécealiè ce mal leur permet seule d'en supporter Faiaf rtsw I d'ailleurs l'expérience n'apprendHclle pas aa pUmpli â tirer un peu de bien de toutes choses .' Ds ic na* tent donc, et acceptent le locataire en raison éahfft

Si les propriétaires parisiens ont des analoçici^i» nent â leurs physionomies un air de parcHé, fl ■ irt pas croire cependant qu^ils soient tons Cu ondm semblable et sans individualité aucune. Km pe !■ reliés les uns aux autres par les inriaUeiiaièh protubérance dont nous parlioBS lantAl, ils m dam en quelque sorte des habitudes et une qèâÊé; âk fond ne change guère, ils sont TarlaUisÉBiii&mf; néanmoins nous vous engageons à ne fBkif pis cette mince surlace, déposée comme unaiMft|v1i flot des circonstances, sinon les teintes 8*aABntal bien vite, et tous retrouTeriei le propriélMt i àtà sur le terme. Sous quelque habit qu'il le oAt. M toujours le même moine.

Dans une rille où le terrain moaTant de la faABii tant d'agitation et de caprices» il était iaifsnili fi quelques spéculateurs ne fissent pas muchadMàl propriété. Ils bâtissent des maisons oomna MMil briquent des pièces de toile pour les Tendre. kita^ barrassent aussitôt qu*elles ont arboré surkarlik drapeau symbolique qui donne A la maison Mliili geoisie dans la cité. Ces propriélaire»4à ne iqitf mais de contributions; ils ont bien garée ésSMi leurs filles de pierre jusqa*aa jour on le Ise nik clame l'impôt des portes et fenêtres. Us possèiol ou six hôtels et demeurent ches autmi. fmk tasr déjà deux ou trois douiaines de mes dont las «nli se dessinaient i peine, il y a dix ans; naiSatSilM vaillant à l'agrandissement de la villet ils Imii aussi A Tagrandisseroent de leur fortune, ctMtai progresseut ensemble. Dans leurs heniensm Hi plâtre se lait or. Mais cependant» queia que sria succès qui marquent leur carrière, noos n'amnin sympathie pour ces propriétaires. Da ont, Mil possèdent pas.

Parmi les hardis argonantaa laneés é FavMhi l'océan des constructions , il en est qui l'srrftital avoir bâti un lambeau de place , un tionean dan spéculateurs ils passent propriétairee ; Us asMml cœur s'émouvoir à la Tue de loua ces élMS m doivent le jour, et c'est alors qaHs ■■ afamasl v

LE PROFUIÉTAIRE.

confrères, pères dénatures qui vendent leurs enfants. Les ^ ^dmiceurs et les ennuis de la paternité commencent aus- -^tîlôt; la mnison est nclievée; le foyer n*allenil que la ^limme; la fenêtre aspire au rideau. Mais alors la qucs- ^Uon du locataire se présente dans toute sa majestueuse ^obscurité. 11 s^aj^il de sécher les plâtres, pour nous servîr de IVxpression consacrée, et ce n'est point là une ^ Mnince affaire. Le rentier retiré du commerce . le foiic- '. •IcMinaire , Tavocat, ne veulent pas s'en charger. Que Aire alors? Prendre soudain un parti décisif : appeler à ^WÎ quelques escadrons flottants de celte vagabonde po- ' ^loUtîon qui a fait de la rue Notre-Dame -de-Loretlc son ^^tumîer général, et leur abandonner les maisons toutes Ifaiiches écloses sous la truelle du Limousin. Avant six '■lois, elles auront perdu leur robe d'innocence et d'hu- "Snidité, et la main qui les a ouvertes alors pourra les ^ nfermer. Il y a toujours par la ville assez de ces insou- I liantes alouettes parisiennes prêtes à suspendre leur nid - 46 Tenlre-sol A la mansarde , pour que les propriétaires Qnignent d*en manquer jamais. Elles s'abattent par vo- ^ Uesau premier signal, et prennent sans crainte possession - iê la maison virginale. Au temps critique du terme, •lors que les murs ne suintent plus , elles repartent, la chanson aux lèvres, sans courbature et .sans névrose, car i celles qui n'ont que la santé pour fortune Dieu mé- ■•ge rindisposition. Voilà comment s'est peuplée tout d*abord une bonne partie du quartier de la Madeleine, la plus aristocratique moitié de la Chaussée-d'Antin. Les Vagabondes, et surtout insouciantes lorettes, ne sont- •Iles pas les hulans de la civilisation? elles marchent C^l^vn^iit à Tavant-gardc de Paris , et soyez sûrs que le j^Qr où la grande ville crèvera les langes qui Tenserent, elles seront les premières à franchir le mur ""octroî.

Il y a entre le propriétaire et le locataire , ces deux les de la population, un lien qui leur sert de conduclurel les met en communication. Ce lien, le plus soucoiffé d'un bonnet crasseux et chaussé de savates Vapetassées, est le portier. C'est lui qui perçoit les loyers ^1 transmet les protocoles qui vont du propriétaire au locataire et retournent du locataire au propriét.iire. C'est vn chargé d'affaires qui sait tous les secrets de ce petit Etat qu'on appelle un hôtel, et qui, à ce titre, est le plus ^ aOQfent inamovible ; mais tout a été dit sur le portier, et 1^ BOUS n'en parlerons pas davantage.

^ Quelques propriétaires, héritiers des traditions du ^ grand siècle, et ne voulant point se commettre avec . leors commensaux, se donnent le luxe d'un intendant. Il ja bien aussi une pensée politico-économique dans l'adjonction de ce fonctionnaire intime dont l'espèce va s'amoîudrissant. Pour si développée que soit la protubérance de Tacquisivité, on n'en est pas moins homme; quoiqu'on soit propriétaire, il y a toujours dans le cœur une corde sensible qui vibre parfois; or, les vibrations de cette corde se résolvent en soustractions; ce n'est point là le compte du propriétaire qui aime les revenus Inaltérables. Cependant, comme il ne peut se défendre des pleurs de la veuve et des prières de l'orphelin qui rognent le budget annuel, il met entre sa sensibilité de propriétaire et les souffrances du locataire un bouclier ▼ivant et imperméable qu'il revêt de toute son autorité. Ce bouclier, c'est l'intendant; les larmes n'ont aucune prise sur son habit noir. Inflexible comme la loi, il fait sommation de payement au moindre retard , et ne tarde pas à appeler l'huissier A son aide pour procéder à la saisie et faire déménager l'ameublement en place du Châtelet. Quand un locataire, plus adroit ou plus tenace, arrive jusqu'au cabinet du propriétahre, celui-ci se retran-

che derrière son incompétence , et , prétextant de son ignorance en matière d'argent, il écooduit le solliciteur qu'il renvoie à son intendant a Arrangez-vous avec lui, dit-il . c'est son affaire: je ne demande pas mieux qu'il puisse vous accorder un délai. »

L*^ locataire part ; mais l'intendant a des ordres sou* vernins. La charte que le propriétaire lui a concédée ne se compose que d'un article unique : « Les loyers senmt payés en totalité, cl sans retard, aux termes échus. »

Les propriclnircs ont aussi leurs excentricités.

Il en est qui ne veulent admettre sous leurs toits aucune espèce de chiens, si petit qu'ils soient. Les King's Charles, ces aristocratiques animaux qui se peuvent cacher dans un manchon, ne trouvent même pas grâce devant eux. Li loi de proscription s'adresse à la race entière , aux terre-neuviens comme aux Bleineime. Le concierge est chargé , sur la responsabilité de ses appointements , de l'exécution de Tordonnauce , et il s'en ac.|uitte en homme qui sait que l'introduction d'un chien équivaudrait à une destitution.

Mais il ne faut pas croire que l'ostracisme s'étende seulement aux chiens présentés par les locataires, il s'applique aussi aux chiens qui viennent en visite; aussitôt qu'ils sont aperçus, ils sont arrêtés et mis en fourrière dans la loge du portier. Volontiers , s'il l'osait , le propriétaire ferait graver au seuil de sa porte inhospitalière ce distique tyrannique :

Aucun chien ne passera, Ni caniche pareillement.

Si les chiens sont proscrits dans un grand nombre de maisons, il en est d'autres où les chats ne sont que tolérés. Certains propriétaires inquiets les soupçonnent véhémentement de détériorer , par leurs ébats nocturnes, les régions aériennes de leurs immeubles; ce sont eux qui, pendant les heures sombres où l'amour les fait voltiger de gouttières en cheminées , dégradent les ardoises, ébranlent les tuiles et grattent le zinc. Les vieilles filles arguent vainement de la légèreté du chat; n'importe : aucune objection ne peut apaiser l'esprit prév( nu du propriétaire; il faut que tout individu de la race féline aille porter ses pénates ailleurs.

Mais ce n*est pas tout encore. Que les propriétaires proscrivent les chiens et les chats par respect pour leurs toits et leurs escaliers, cela s'explique; mais que plusieurs d'entre eux aillent jusqu'à exclure les enfants, voilà ce qui ne se comprend plus, et voilà pourtant ce qui est. Nous n'inventons pas, nous faisons tout bonnement de l'histoire. Il y a des maisons où les jeunes Français au-dessous de sept ans ne peuvent pas loger; le propriétaire barbare leur refuse impitoyablement la porte. Le père de famille qui, sur la foi des usages, a imprudemment arrêté un appartement dans la maison d'où l'enfance est bannie, voit sa progéniture consignée sur le trottoir, quand il vient prendre possession de son nouveau domicile. C'est en vain qu'il réclame : le propriétaire, par l'organe du portier, est inflexible; tous les pauvres petits chérubins, en robes blanches on en vestes bleues, sont repoussés; les frais sourires et les blondes chevelures ne peuvent rien sur un cœur qui appartient tout entier aux moellons et aux briques. Le propriétaire sait que les doigts de l'enfance sont parfois barbouillés de raisiné, et il a peur pour le stuc lustré de ses murs. Il ne veut que des célibaUires; quant aux enfants, ils peuvent repasser dans quelques années, lorsqu'ils seront majeurs, et, si la maison est encore debout^ le propriétaire les recevra.

LE PROPRIJ&TAIBE.

Hais le propriétaire ne borne point là ses tyrannies : soucieux de la moralité de ses pensionnaires, il lui arrive quelquefois d'exiger de tous ceux qu'il tieni sous clef, des mansardes au rcz dc-chaussce, une vertu digne de concourir au prix Monlyon. Voulant à toute force faire leur salut éternel, il rétablit au proGt de leur âme une règle sévère empruntée à quelque défunt ordre religieux. AOn de mieux leur ouvrir les portes du paradis, il leur ferme la sienne quand ils s'avisent de cogner après onze heures de la nuit. Ceci prouve, pour le dire en passant, r que rien ne passe : le couvre-feu vil encore en plein Paris. Blalheur au locataire indigne atteint et convaincu d'avoir, ne fùl-ce que pour une heure, donné asile a quelque fille d'Eve ! son congé lui sera signiGé soudain, et le portier, commis à la garde de la vertu, le priera, en voilant sa face, de chercher gîle ailleurs pour son immoralité. Nous savons de ces couvents-là même dans le deuxième arrondissement, celui des douze enfants de Paris, qui marche le plus avant dans la voie de la perdition.

S'il est des propriétaires qui ne veulent pas que minuit trouve personne éveillé sous leur toit, il en est d'autres qui ne veulent j>as qu'on s'amuse chez eux. La valse leur inspire une horreur dont ils ne pouvcnt se défendre, et le seul mot de galop les fait pâlir. Aussitôt qu'ils entendent parler do bal. ils s'épouvantent; si le locataire persiste, ils le menacent d'un procès, et feraient intervenir au besoin les huissiers jusqu'au milieu des quadrilles. Ces propriétaires prudents, qui ont des entrailles de père pour leurs parquets, savent tous les mystères des conslruclioiis parisiennes; ils n'ignorent point combien leurs maisons ont la conslilution délicate, et ils se gardent de les exposer de mourir au printemps de leurs jours. Cependant, hâtons-nous de le dire, ils permettent qu'on boive du thé, et ne proscrivent pas un peu de musique.

Il est une chose dont le nom seul réveille la ternur au cœur de tous les propriétaires; une égale sympathie les unit pour la maudire; heureux s'ils pouvaient, en la rayant du dictionnaire, la bannir du monde. Cette chose, c'est la réparation.

Qui que vous soyez, locijlaires du premier, sans entresol, ou des combles, ne leur en parb z jamais, si vous ne voukz voir leur front s'obscurcir; la réparation est une ennemie mortelle qu'ils ne savent comment éviter;

c'eallePîU

▼oient partoni. », m ref— eh», ék B*a |B(

plus rerveDts que lei kwiUirct; e*ert pv hn

qu'elle s'introdait d la

voquent; les chemin.. j foment, ammtm

été inventées pour faire autre

ment pas; les fenélret jouenl mal;

lent; les conduits s'obstooeat, et,

priétaire, c'est toi]|Jours, peniaat

queue de maçons, de fanûslcs, da

rent ce qui est irréparable.

La réparation est le consentiraient a tout, aux cbiesa, aux bals, à condition d'en être paralion est sœur de la l'autre va.

Si, pour le propriétaire l'état quand le prix, des denréea propriétaire citadin, tout Ta leur des mondes quand les îaji ment. Entre toutes les questions prodigue, c'est la seule qui les quiètent de la guerre» c'est parce qulb victoire ne diminue le nombre des ~

En .somme, le propriétaire est pins qala b c'est presque un demi-dieu. Entre ses Baisiii sommeil de la nation ; d'un mot il ponnail, ulif sie lui en prenait, envoyer la nation coachcri h étoile, et l'on sait ce que c*est que la belle HAè de Paris. Quand nous pensons à cette l'iisliiÉ'. sentons notre Ame saisie d*un respect nËpea, ^ l'aspect d'un propriétaire graTcmentrevéti fa ■■ de son pouvoir, sous forme d*une qniUaaa; «ha nous nous écrierions avec M. de Voltaire:

Qui que tu iou« Toici ton ma&it, Il l'est, le fat ou le doit £tre.

Maintenant que nous sommes au boatéeaMm graphie, permettez-nous, 6 lecteur, debinHud ne fut-ce que pour vous récompenser de assi MÉri jusqu'ici.

Si vous êtes propriétaire, restei-le; si «■■D pas, hâtez-vous de le devenir*

Mi

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