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L'HABITUÉE DU LUXEMBOURG

Ici, Lien mieux que là-haut, les choses se passaienl avec un ordre, une régularité à eflrayer les Bréguets de l'ôpoque; jamais pendule n*eul un mouvement plus précis : c'rtaicnl les habitués du lieu qui réglaient la pousse des feuilles, el les roses ne s'épanouissaient que parce qu'elles savaient qu'on attendait leur arrivée : la pension glissait, silencieusement causeuse, de tel quart d'heure à tel quart d heure; et comme je n'étais pas assez riche alors pour posséder une montre, je m'étais appliqué é suivre certaines marches, certains repos, certaines évolutions, qui me disaient à merveille chaque instant de la journée, alors que le vent du sud charriait vers la rue de Tournon la voix de l'horloge du sénat.

Une dame surtout était le principal point de mire de mes invcsli^'aliuns. Grâce i la promeneuse méthodique, je n'ai jamais manqué les heures de mes récréations et de mon dîner.

Elk arrivait Tctc à sept heures cinq minutes, elle marchait lentement, très-lentement, a la hauteur du premier carré le plus voisin du palais; elle approchait son ombrelle de la touffe de lilas du coin, secouait légèrement les branches, étudiait les progrés de la végétation, et, cela fait, sa démarche devenait plus grave : on eût dit qu'elle venait de faire une importante découverte, et qu'eUê. la cinssait dans sa mémoire. Deux minutes plus tard, elle arrivait près du bassin, posait un pied sur le bord en saillie, poussait un petit siAlcment pour appeler les cy;:[nes, leur donnait gracieusement une moitié d'écbnuûé. passait sa douce main sur leur plumage soyeux, et lesreuilail ensuite à leur liberté. Ce travail durait sept minutes et demie, après lesquelles la machine mouvante tournait à droite, comme si le vent fût venu de Test; elle montait une à une, excepté les deux dernières, les marches du grand escalier conduisant à la belle avenue des marronniers, prenait une chaise, puis uYie autre pour ses pieds, levait les yeux au ciel, ouvrait un livre et lisait, sans que rien au monde pût lui faire quitter cette position, ({ui me rappelait la belle statue antique du silence et du recueillement.

J'ai vu cette dame saluer d'un signe de tête, et par leur nom, les personnes qui passaient auprès d'elle, sans qu'ille les eût regardées.

Une marchande de ))laisirs se présentait une demiheure après, faisait sa révérence, comptait la douzaine de cornets, )irenait les six sous jetés d'avance sur la chaise, et s'en allait, ressort actif de la grande horloge, donner du bonheur à d'autres habituées.

Biintùl apn*s s'avançait sautillante une manière d'éléç^nnto, que Tbabituée devinait de loin; aussitôt deux chaises s.- trouvaient côte à côte, deux robes se frôlaient, et ce mol était toujours le premier de la conversation : « Eh liii'u? D puis elle continuait : « Bonjour, chère.

— Miî^raine aflVcuse; mais je vous vois, le mal s'en va.

— Toujours l)onne, délicieuse, vous êtes un ange, et vous seule avez le pouvoir do nie distraire de Montesquieu, yuel hiinime (|ue ce Montesquieu! Je n'en vois qu'un seul qui puisse lui être comparé : Pascal... — Et Pope.

— El Locke. — El Montaigne. — El Biiffon. — Et Cuvier.

— Et Kniit. — El Lessing. — Et Schlegel. — Et... » Drof, on lui comparait tout le monde; car j'ai oublié

Je vous dircî oflicifllement ce que vous aunz sans doute découvert vous même ; à savoir, que mes deux inlerloculricf's éiaicnt deux bas-bleus très-prononcés. Cela fait, ces diHix dames se prenaient par le bras, se dirigeaient vrrs Tf xljvniilé de la grande allée condui>ant à la rue de Fl( iirus : .irrivéos au bout, elles tournaient à gauche, revenaient sur leurs pas, faisaient halte eu face du magni'.i |uc c:.rrc de roses, ornement principal du jardin.

8*appayaieDi rar la balmlnde. se reawilinncac conde fois, ou faisaient mine de te racaeîltir te admiration ponr Montesqaieii et ses nonbnnm puis reprenaient leur ronte, soas le plasêpaii fay talions, pour revenir i leors chaises, garién pv( mouchoirs Inrodés et par les plaisirs qa'atiicai ka pendant leur absence, les pierrou volenn, et ki d plus Yoleurs encore.

L'habilaée dn LuMBaboiirg est de noUa oripat i presque de rigaean maie plus son aati^wlécttte plus elle affiche derain de dacbesse. Elle apprihi sieor, son valet» qui vient, cbapeav bas et à liai p distance, prendre ses ordres» sans mot dire.

Elle appelle aussi monûenr» son caniche; Mn le bambin qui marche i peine, et madame, n 9» nanie et la poupée de sa fille.

Mais l'orgueil impertinent de l*habitoée éa la bourg ne fait jamais tant b roue qve lorsqie. f h ture, quelque élégante natorelle de la Gbaaûce^h vient se risquer dans cette contrée lointaiae :ce«ii regards, des haut-le-corpe, des gestes, de pctik 1 rires sarcastiques, tous des pins meurtriers, sa à m destinés à l'être.

Mais la légère voyageose, qni s*en apcroML km pas à prendre sa revanche. Fierté de femaîeUMi si ingénieuse ! J*ai vu nn jonr une ParinenDe(«M* qu*on n'est pas de Paris qnand on fréquente le Imb bourg) s'avancer vers nue observatrice au Marinni s'approcher d'elle, et lai dire d*nn Ion scnnx.aai nant autour de Tunique bassin du lieu, quelle iffri une mare...

« Pardon, madame, Toudries-vons avoir h beau m'indiquer le jardin dn Lnxeiiiboarg?^]|m,nifai TOUS y êtes. — Tiens * voilà en eCfa d'ami jabvft pour des arbres de province. »

Ce qui ajoute aux blessures que rbttaéeàUse bourg reçoit dans sa vanité, et, partait, à HaMuà c'est le mépris qu'on fait de son jardin faMiToat* se révolte à 1 outrage, et le p«Ut ver k «or m m s'étend, s'irrite, se redresse contre le taka^r»

Lorsque, aux Tuileries, on parle de ducs, éeoa de barons, de marquis, on dit tout simpleBOlki le comte, le baron, le marquis; ici rhabitaéettoà coupable de ne pas faire précéder k qnaliiâpelii monsieur.

Le titre ou même Tallare de tout étndiaataM en mé'^ecineest un motif de proscription pavll tuée dont je détaille ici les traits, carcfanm exhalent une odeur de calé ou d'estaminet qahha dorât; et ils font trébucher les enfants pssrM plus vite, et regarder en face les je que veut l'habituée du jardin d% pect de tous les Ages.

Cette digne personne fait d'habitude partM« à bourrelet par une cuisluière groase» graWLij rubiconde, et voilure elle-même aon camekii cabas. L'un el l'autre sont bien soignés, Um fà bien proprets; mais il est aisé de s'apummf plus intimes confidences et la meilleure p«t4B|l sont pour le quadrupède.

L-i-bas, dans l'autre monde, aux Tuileries. Farf conduit à la main par une bonne liien eoilBe. !■ rce, bien chaussée, mais étourdie et fistnilBi a'ta jamais le poupon qu'après sa chute. H lapasi s'être déchiré la main contre le sable. QaaM aai ches, ils sont en plus petite quantité qn*ae »^t^ et la dame ne mène le sien qu*an hontd^id d'un cordon d'une grande élance. Vous rmm,

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ET I/nABlTUÉE DES TUILERIES,

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L'habituée du Laxemboarg.

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tout le diamètre de la terre enlre ces deux belles promenades de la plus folle cité du globe.

H n*est pas permis à Thabituée du Luxembourg d*adopler une mode à sa naissaoce ; elle ne doit s*en parer qu'alors qu elle est usée autre part. Le seul ridicule qui soit toléré prés du boulevard Mont-Parnasse, c'est celui de la vétusté.

Il est vrai de dire aussi que le palais des pairs est là, que les quasi- fossiles se meuvent à la surface, et que le Jardin repose sur les catacombes. Un pas de plus, c*est de la cendre, de l'immobilité ; un pas de moins, ce sont les vanités et les passions.

Mais ne quittons pas encore notre digne habituée du Luxembourg. Son éventail doit être grand, à paillettes et À peinture gouachée ; elle doit avoir force rubans au chapeau, une ferronniére, boucles d'oreilles, bracelets et bagues : tout cela est de première nécessité. Si ses souliers étaient carrés, elle serait désavouée par mesdames * ses amies, et l'on en causerait le soir chex monsieur le duc. Au surplus, sa robe, toujours de soie i taille haute, a pour ceinture un ruban de couleurs tranchées; ses

gants sont en filet, car sans cek .es bagues deviendraient inutiles.

Non pas que sa pudeur en soit alarmée, mais elle ne regarde les statues du jardin que dans le crépuscule , comme on le ferait é propos d'un objet qu'on redoute et qu'on cherche à la fois.

Je me hâte d'ajouter, dans la crainte que vous ne trouviez un trait de perfide médisance dans cette phrase tout innocente, que Thabituée du Luxembourg va, sans scrupule, assister à une leçon de dissection anatomique... Que peut donc un marbre sur ses sens aguerris? Mais c'est une jouissance d'artiste que se donne la promeneuse , et qu'elle veut subordonner toutefois aux exigences du monde, et surtout de son monde.

Ces choses , et bien d'autres encore , je les avais remarquées A ma première venue à Paris. Depuis lors, les années ont passé sur ma tête, mes cheveux ont grisonné, les arbres du magnifique jardin se sont bien des fois pa* rés et dépouillés , bien des rois ont passé du trène à la tombe, bien des révolutions ont annîé des hommes, Inen du sang généreux a coulé, bien des tètes ont été fiuH

L'HABITUÉE DU LUXEIIBOURG

chces ; moi-même , hélas ! battu par les vents , ballotté par les mers, sous toutes les zones, dans tous les océans, j'ai fatigué ma vie aux périls , aux privations, aux douloureuses pensées ; j*ai étudié les mœurs des peuples sauvages, j*ai dansé sous le Pont-Neuf; et quand, après avoir échappé à la colère des Ilots , â la turbulence des éléments , je me suis trouvé de retour, j*ai couru au Luxembourg , comme on aime à regarder au midi de la vie quand elle est à son déclin. Eh bien! j*ai vu, j*ai reconnu mes anciennes promeneuses, mon unique bassin joyeux, mes allées silencieuses, mes beaux carrés de llci rs d*où le parfum s'exhale en boufl'ées coquettes ; j'ai retrouvé encore les enfants qui jouaient au cerceau , les grandes demoiselles qui fermaient la marche des écoles, les gazes et les mousselines papillonnant au zéphyr; mais, hélas ! Tenfant est devenu grave, la jeune fille occupe la place de l'habituée que j'avais d*abord étudiée avec tant de soins , et dont la tombe s*est emparée. Je cherchais en vain sur le front de cette jeune femme Tincarnal de la jeune Glle : une p.lleur plus grave et plus pnssîonnce, des teintes plus chaudes et plus soucieuses Pavaient remplacé; et celle à qui jadis j'avais entendu dire : a Maman, je vais jouer avec Lucie » dit aujourd'hui : a Viens, ma Glle, tu es fatiguée; repose-toi a mes côtés. »

Le jardin aussi s'était transformé : des allées gigantesques avaient été tracées, et une magnifique avenue s'étendait du palais à l'Observatoire. Le doigt de l'empereur s'était promené la.

Quant au palais lui-même, il avait pris du ventre , et sa ceinture légère de lauriers et de lilas menaçait de céder à l'obésité envahissante de l'œuvre immortelle de Jacques Debrosses. Un édifice plus lourd qu'imposant avait été plâtré sur l'ancien , et l'on pouvait déjà saisir des bruits de chaînes et de verrous sortant de cette nouvelle enceinte. Je n'avais laissé que de bannes âmes et de jolies (leurs dans un jardin de prédilection; j'y retrouvais des corps de garde et des prisons Oh ! oui, le temps avait marché.

Mais quittons cette promenade si gaie , si calme • si sommeillante jadis , lorsque la malice aimable , le ridicule naïf et la rieuse jeunesse erraient seuls sous les sycomores... Je ne sais si mes souvenirs ne sont plus aussi vifs , mais il me semble que tout cela est un peu changé; les physionomies ont moins de bonhomie et d'abandon : il y a comme une odeur de crime et d'échafâud dans l'air...

Passons vite. Vous le dirais-jc? c'est ce groupe qui s'enfuit là-bas, que seul j'ai retrouvé toujours jeune, toujours frais et toujours joyeux. Ce groupe-là, c'est une griseltc et un étudiant... Mais, hélas! ce n'est pas à moi de vous parler des élèves en tous genres , des couturières, des modistes, qui peuplent les avenues, et qui, pareilles à des nuées de papillons voyageurs, voltigent çà et là, l'œil ouvert à tout, et sur tout ce qui rappelle la force, la jeunesse et l'opulence ; ce n'est pas à moi de vous parler de ces insectes étourdis allant se brûler é toutes les flammes, se prenant à tous les réseaux , s'accrochant à tout obstacle , se brisant à toute résistance, vaincus ou vainqueurs tour à tour, et laissant à l'air, à la ronce, au bouquet, à la charmille, quelques lambeaux d'antenne ou d'aile diaprée... liélas ! moi je n'ai plus mes jambes de quinze ans, et je ne peux atteindre au vol ces feux follets terrestres , pareils aux météores du firmament. Ainsi donc passons, et passons vite...

Toutefois , malgré les rapides évolutions d'une jeunesse âpre au plaisir, et s'agitant à l'air libre comme pour secouer la poussière des bancs classiques ; en dépit

des rapides ioTestigatiom de eei jevnes fBa ik»| cherche d'un volage dont l'iiiooDstance cMscai(ie)i| de périls, il y a dans rensemble du JanUa di Ln» bourg quelque chose de triste el d'endolori qii wa| Téme. On dirait un de ces vastes et soUuire «a plantés autour des cellules de chartreux oa àtaftm, alors que la prière se récite dans les chip«llfs !:âc déserter les pieuses allées. Le silence rvgne n Lasbourg comme si le bruit devait 7 être traité» ^iia Nul roulement de voiture, nulle querelle àtnt Ak carrefour; cl les arbres, alors même que ie i«s:a nord en agite violemment la chevelure . reod^r. 3^ missement pénible et lugubre.

Le Luxembourg est un lieu de recaeillemeit £ • méditation ; la science s'y retrouve beurtaot li xkk elle apporte avec elle un parfum de pédantitine q^m monte à la gorge; et si vous écoutes !esgnvesci::y» ces qu'on se lait à l'oreille, vous n>ntendezq3«(^| quetis assourdissant et confus d'x, d'y, deoMÏcB.É tangentes, de gaz hydrogène» d'alpha, de pile valbipL dont les mots seuls vous rappellent lesdoolnnetli déchirements qui vous troublaient dans votre ckajtt aérienne.

Les rigueurs et les aspérités de la sdencs vnip» suivent jusque dans vos rêveries les p!asd<mai.fl« capables, même sous la brise rainkhisnole, et m faire renoncera tout ce qu'elles ont decoafolaltfÉ glorieux pour l'avenir.

Nais un jour, dans la semaine, échapfe^BvMi cette monotonie lugubre, é ces hoaleci icslwtifw fi font de la jeunesse une époqne si loDgat €!■«■: ce jour, c'est le dimanche. FigureS'VDasafwial» fants se jouant sur un cimetière nivdé, ■ fil drJMi filles courant après les Joies d'ane wmtmtirmié devinant, comme par instinct, le IvBêkkfnumk où elles sont sûres de trouver un fani fw kv hm, un sourire pour leur sourire. On va, on iÎBft,«ieH|, comme si le hasard vous poussa pv Vb è^^ mais le hasard est souvent an dieu a tiiéhiRaij» nés cœurs , que les mythologues , an liei ie U éim un bandeau pour emblème, devraient l'araffl'vi^ che et d'un grelot. Le hasard est sans pnimw cKi la folie, et la folie régne seule le disuncheiijaiiii Luxembourg.

En effet, au milieu des élans de eeUe jofeiMlèln^ qui semble rapprocher la vieillesse de rcBfaMt.B^ nant à celle-ci plus de virilité , en étant à cMïb rides et sa couronne de neige , Tune afKle,a*» tinant, des airs d'indépendance et de force, TiriBie ressaisissant ses lointains souvenirs, onbliseiqa|M les ans et les infirmités. La joie coflune béiàMiBl contagion.

Blaintenant que, fidèle é ma tâche, je vtma Luxembourg, et que j'ai fait poser devant vssimta principaux ornements, embarqnoi plages , traversons de laiges roiitet , troiis sentiers, heurtons-noni au aux piétons imprudents, doublons toires, ménageons nos vivres, tnvi d'eau, des ponts, des quais, leurs richesses, des masures avec l'ancre en face de cette grille nrfnle, où nous attendent des étndea aèriai frivolités qui s'y donnent qnolidieBMBHlnBli

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il y a partout de graves leçe-n é puaàs, il f a d'utiles confidences à écoi r^ e| céM-li dans le monde qui ne r s m*à nas pishal

que dans son cerveau. q^ ^^ l^fbt b 1

ET I/IIAIHTLKE DKS TUILERIES.

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L'habituée des Tuilcnes.

« ment... Éludions la vie, et laissons à la mort ses 1er* 9 iribles et mystérieux secrets.

■ Le jardin des Tuileries est grand , aéré comme celui ^ ^a Luxembourg, mais moins varié peut-être; il est vaste, Ualgré le soin qu*on a pris de le rétrécir en Télargisù sant d*un petit parterre qui emprisonne le château. Deux ^ terrasses élégantes lui serrent les flancs, et là-bas, prés ^ de la place de la Révolution, deux exhaussemen(s régu- ^ Bers dominent un des plus riches et des plus magiques ^h panoramas européens. Mais voyez la bizarrerie du monde, on plutôt de la mode ! Il y a d*un côté une plantation magniGque, de Tombre fraîche à toute heure du jour, du mystère, de suaves émanations, et la foule s*en va, pousaée, pressée, heurtée, s'amonceler sur un point unique, OÙ des maisons pareilles à des châteaux arrêtent toute bouffée du nord , où le soleil darde ses rayons les plus pénétrants, et où la gent moutonne parait d*autant plus é Taise qu'elle est plu^ coudoyée dans sa marche inégale 6l tortueuse.

Eh bien ! soyons moraliste et critique à la fois; j'établis là mon observatoire, etj*étudie tout ce qui se passe

devant mes yeux. Nous sommes en été, et sept heures el demie viennent de sonner. La dame que vous voyex Id descendant de son équipage dit â haute voix à ses amis et a ses voisins qu'elle a trente-deux ans; moi, je vous assure qu'elle n'en aura jamais trente-trois , car je sais qu elle en a quarante. Elle suit les modes, mais elle ne les fait point; son binocle aux yeux, elle ne regarde pas, elle étudie les toilettes, et son exclamation favorite est : c Fi donc! ça ne se portera guère. » C'est que madame de Alorangy est blonde , el la robe qu'elle attaque est jaune. Sa place sous les marronniers eai nu^rquée d'avance, et presque gardée par la loueuse ; les adorateun arrivent plus tard , comme un vol d'abeilles sur la rose qui va tomber, el dont elles bâtent la chute.

« Tiens ! que dites-vous de ce spencer chatoyant qui passe?— C'est gracieux, coquet, de bon goût. — Le nom de rhéroîne? — . Inconnu. — C'est bon un jour, demaia on ne le regardera pas. Voici pourtant une iigore é nos faiseuses, et cerUines bourgeoises ont parfois quelque chose qui ressemble i du goût. — On les compte, ma* dame. — Ce monsieur Ernest est une satire fifante. —

L'HABITUÉE DU LUXEHIIOURG

Baronne, mettei au roascnlin, dit M. de Salerne. — Oh ! monteur, c'est un oouplet de vaudeville. — Dont je ne me fâche nullement, madame, poursuit Ernest; monsieur ne s'est pas compris-lui-méme. — Allons, je ne veux pas que la discussion continue, on a les yeux sur nous. — C'est une habitude de tous les jours , madame, réplique Ernest galamment; il n'est question ici que de ▼os somptueux dîners , de vos élégantes soirées, et surtout de votre toilette, dont la gracieuse simplicité...

— Vous ne savex ce que vous dites ; les diamants et les rubi^ ne sont jamais de la simplicité. La simplicité, c'est la misère, c'est l'impuissance; la simplicité en morale, c'est la bétisc ; dans la vie réelle , c'est la pauvreté : rien n'est simple comme ce que vous venez de dire . et vous devriez faire un tour de promenade avec Arthur. ~ Il est si simple de vous obéir, madame, que je n'attends pas un nouvel ordre de vous. »

La brouille parait sérieuse; je m'attache au pas du jeune homme justement offensé qui dit à son ami Léon» de moitié dans sa rancune : c Cette femme est insuppor^ table , autant par ses qualités personnelles que par les airs de sufGsance qu'elle emprunte à la situation d'indépendance qu'elle s'est faite. Elle s'ennuie i mourir, elle ne vit que de ses épigraromes , et griffe en minaudant, comme une femme qui ne veut pas qu'on suppose de colère dans son Ame. Elle ne vient ici , croyez-moi , que pour persuader à ceux qui la remarquent qu'elle n'a rien d faire. Ce qu'elle désire avant tout , ce n'est pas qu'on sache que sa maison est bien tenue , ses réunions très-confortables, ses valets bien payés ainsi que ses mémoires, mais que chacun soit convaincu que toutes ses heures sont des heures de loisir.

c Vous voyez quelques habituées du jardin occupées , en causant, d'une broderie , d'une lecture passagère : elle, madame de Morangy, se tiendrait pour deshonorée de toucher i une aiguille ou à une bande de mousseline. Elle est exacte ici autant que les statues. Eh bien ! écoutez-la, elle n'est contente de rien, elle ne se plaît à rien. Si le vent souffle, elle ne voudrait que le calme de l'air le plus parfait ; si la brise garde le silence, elle accuse la monotonie de l'atmosphère ; quand le sol est sec, elle gronde les gardiens qui ne songent pas â la santé des promeneuses ; et si l'on arrose, elle assure que c'est une inondation projetée, un déluge pour chasser le monde, et qu'on veut faire des Tuileries une école de natation. Madame de BInrangy sait la gène ou la prospérité des maisons de commerce, les soulTranccs qui pèsent sur une industrie quelconque, les mésaventures de telle ou telle famille, et, le soir ou le lendemain, elle en égayé ses visiteurs. Une gazette est moins perfide, car, si elle parle i plus de monde, du moins a-t-elle un contrôle dans le démenti public. Je te jure que madame de Morangy n'a jamais dit une vérité vraie. — Tu la juges avec bien de la rigueur, mon ami; n'y aurait- il pas en ce moment chez toi cette exagération que tu reproches à ton ennemie intime, et n'est-elle pas le résultat de ta rancune?

— Point: je me fais ici l'écho de toutes les langues, et je suis d'autant plus à croire, que je les ai longtemps combattues. Au surplus, tant pis pour elle, si elle so pare de ses ridicules; mais ce que j'ai plus de peine é lui pardonner, c'est sa manie invétérée des mariages. Elle marierait, je crois, l'empereur de la Chine avec sa femme de chambre, pour peu qu'elle se le mit en tête. Si elle vient seule maintenant aux Tuileries, c'est qu'elle a donné deux de ses nièces â deux jeunes provinciaux adroitement attirés chez elle; ils n'étaient qu'imbéciles, lit sont devenus sots. Et comment le contraire aurait-il pu arriver? Les jeunes filles la suivaient constamment

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anx bili, anx Ihèfttres, â k p rangy est comme Tambre, qui 4onM tas qui l'approche. Ses deux ncT«ax mbI n ' ménage qu'elle leur a lait, <ia*ik vie l'on pour on voyage en Orient, oô fl doit ou huit mois; l'autre poor Cakatta, qall 4tà trois ou quatre ans ; c'est le moins é plaiodre. %a se coudoie avec une parente de madame de fkn^, est prudent de |ireodre an passe-port â étrangère. — Diable ! tn me tentes; moi^nenf J vie de visiter les Indes. — Et le ridicale?-* flnfcf»{ sonnes eo meurent» beanconp en Tirent; vob â A grit — C'est vrai, la odntnre de madame de Infl eraprisoDueraît trois tailles comme eeUe de n^ij Sarolles, qui passe là prés de noas. — A-i-ffr quelque nièce é marier? ^ Oh ! crile-d« e'ctf ■ tout différent; avec elle, mon cher, fl j a plmi dre de la médisance qoe de la calomnie. Elle et inconséquente et folle, mais irréprochable nriHi reste. Je connais vingt de non plas ëépja fà morts à la peine. Tons ont rcçn des espcmen» pas un senl n'a obtenu de rendei-voas, n hiki, mV gne, un mot de sa main; certo «slaat — Qa^ elle donc? — Un mari, rien qnnn.— Ccttpa.— K trouve que c'est asses; Tenve é vingt aas,eDemnl4 puis dix-huit mois. Les firdona boardonBcH, iappin voltigent, ses oreilles et ses y eox ne son cœur. — C'est peut-être qn*il est trap rlaB?'*ÎK trop plein de vide. — Bsl*elle jolieT ~ 1MHiii:aÉ son premier mariage la dent en gvdacmktmmri maître. — El son premier épooz est msrt jmkam mes? «— Gomme au temps de Fige d*sr.— iasH|^ elle n'est point amie de madame daMn^y.*— 0b dis-tu? elles se détestent. — Gda s'a^piiftmi pm qu'elles ne fussent intimes. — Oni;mii|èmkhdm de madame de Sarolles, il y a qnél|BM9mB4ia^ pris, et tout effort poor les rappiechvMriliBA L'obstination de celte dernière a M js^A M roîsme, tant l'autre y mettait de vasïîi — I iml qu'elle l'a échappée belle; et tn k db jdh!-» est plus que cela, elle est piqoanleetmiiaâhlk Un jour que je la soivak depok plas d'Éaadmita^ je l'aperçus donnant l'ordre é «ne kasma li U^ porter une chaise â côté d'one chaim isriis. kmW tai, je pris le devant et je jetai li an fait quand on court après toute honne sit, elle toucha du bont de son omhrdkkpHir,h crus qu'elle alliil k lire. Bh inen! non; dhb Un dans ses gants, puis elle lo déchira» sms màstf chercher i voir si quelqn*un avait ks yeas «dk* Et tu appelles cela de la vertn T — Essaysmatei» tagême sur madame de Morangy; on lîra limisMl du billet, mais on le lira et Ton en linnjnii»] nité. — Quelles mœurs que les memn dss MmnU 1

— Gomme celles de partout, saon tmà, si |iB d 1 moins; seulement il j a ici plus d'dekl dmihdft| comme dans le triomphe. Les femmes» «aiB-li^m|^ donnent qu'après avoir pnni; ww fbk vnifim^ JÊBW \ deviennent bonnes et gênéresaes; eBs sbnmifti couler des larmes, ne fùt>ce qnc ponr ks mmjm, dh | jardin des Tuileries est nn jaidm de knmsk 1h vois cette ceinture de fleurs, qui rivaBssHl ûMmt celles qui parent ces riches carrda. — TeU shhIJ digne de DoraL » Non, J'alow arieniqnslBi core de madame de *"— *" ... Jn^ tiens infiniment é i i garfian. remercicras-tu un joar on i

— De la coquetterie de < Jeune iuunsâdiR^I

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