‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 222 sur 269 · LA BIISÊRE EN HABIT NOIR · texte numérisé non relu

LA BIISÊRE EN HABIT NOIR

rolfctioDS ont Yalu une table, an fauteuil et une »diD8 In grand'sallc du Palais! Recruteur d'afTairrs kt avocats inGmes de la police correctionnelle ou ■uses, il prélève vingt-cinq et quelquefois cin- A pour cent sur les causes qu*il leur procure. Luit donne des consultations de droit civil et de droit id, et pourquoi pas? N*a-t-il pas été étudiant de ère année? N'a-t*il pas subi, il y a quelque vingt DO examen de capacité? Ijas eflforts rivaux des igno- I etde la mutuelle vont chaque jour sapant Texisle récrivain public ordinaire. Pour qui écrira- t-il trkacun saura écrire pour soi-même? Mais l'écrit Palais a devant lui un long avenir encore ; quand I monde saurait écrire, tout le monde ne saurait [iger en trois feuillets, folio et verso, une plainte 9. Tout le monde ne po^^séderait pas la formule e, qu*il déclare sacramentelle et nécessaire au

n Excellence monsieur le procureur, etc., etc., en son parquet.

K Monseigneur,

lexposant a l'honneur de vous exposer que, etc. » ^ le monde ne saurait pas non ])lus terminer un me feuillet par cette autre formule non moins sa- Qtelle :

:i conséquence, votre exposant a l'honneur de vous ider que le sieur N*** soit condamné à faire le honorable à sa réputation et en vingt mille francs IDinages-intéréts, sauf à Votre Grandeur à requête» peines qu'il appartiendra dans l'intérêt de la .te publique et des bonnes mœurs. »

Cl qu'il s'agit du chat d'une voisine, qui s'obstine à ir le paillasson du plaignant pour y terminer l'œu- I ses digestions, ou d'un duelliste de barrière, qui, lanche précédent, a reçu, bien malgré lui, juste un de poing de plus qu'il n'en a donné, rès avoir reçu de vous cinquante centimes pour la , cinq centimes pour la feuille de papier, cinq cen* pour l'enveloppe et les pains à cacheter, l'écrila Palais vous demandera si vous a?ez des témoins; lé... de bons témoins. En cas de négative, il vous mdra d'éprouvés; ce n'est pas pour rien que le hand de ^in dont la boutique touche le café d'A«

guesseau a pris pour enseigne : c Au rendez-vous des témoins. » il va sans dire que, si d'aventure votre affaire est en cour royale, la moindre lettre, la moindi^e note vous coûtera, non plus cinquante, mais soixantequinze centimes; le style s'élève avec le degré de juridiction.

L'écrivain du Palais a encore quelques autres moyens de gagner honnêtement sa vie. Malheur au provincial, au campagnard qu'il avise dans la grand'salle, les yeux en l'air et un papier à la main. 11 l'aborde, et, ne fùt-il porteur que d'une assignation é témoin : c Diable, c'est grave, dit-il. vous arrivez bien tard, mon cher; c'est égal, je dirai un mot au président, suivez-moi. » II le conduit précisément jusqu'à la porte ouverte au public; pour ce petit service, il ne lui demande qu'un franc, et se contente au besoin de quinze centimes. Aperçoit-il quelque jobard cherchant le bureau où se paye la taxe des témoins : « Le bureau est fermé, lui dit-il, ou bien : Vous tombez mal, l'employé ne viendra pas aujourd'hui, sa femme est en couche 11 faudra que vous repassiez â huitaine, ça vous fera encore perdre une journée; tenez... je suis un bon enfant, signez-moi ça derrière, je vous l'achète vingt-cinq sous. » Le jobard signe, et, deux secondes après, l'écrivain a réalisé un bénéfice de trente-sept et demi pour cent.

Il n'est pas qu'en passant rue Montorgueil le dimanche, ou le lundi matin, vous n'ayez remarqué un grand rassemblement d'hommes devant la porte du marchand de vin qui fait presque le coin de la rue Thévenot. Ne vous étes-vous pas demandé ce que c'était que ces gensla? Ne vous êtes- vous pas surpris de la longanimité de la police, qui tolère deux fois par semaine un attroupement si nombreux? Tranquillisez-vous; elle sait ce qu'elle fait, la police; loin de vouloir troubler l'harmonie publique, ces braves gens font de l'harmonie tant qu'ils peuvent : ce sont... les musiciens des guinguettes extra muros, qui attendent un engagement pour la soirée. Les petits instruments sont dans la poche, les gros chez le marchand de vin, et ces malheureux musiciens, le nez au vent, interrogent chaque nuage qui passe, pour lui demander si le soleil de midi finira par prendre le dessus, si l'on dansera ce jour-U et s'ils auront à manger le soir. Le fermier des chaises du PalaL^Royal et l'entrepreneur hasardeux des fêtes de Tivoli ne s'intéressent pas plus vivement aa beau temps.

Que d'habits noirs râpes parmi ces Amphions de btrlière ! Les uns ont quitté le régiment dès qu'ils ont su tant

LA MISËRE EN HABIT KOIR.

bien que mal jouer la Blarseillaise ou sonner le boate« selle; les autres, honnêtes ouvriers, avaient eu le malheur (l'apprendre à racler du violon pour leur agrément, ou à f.'ire crier un flageolet pour le supplice de leurs voisins : la tèlc leur a tourné; ils ont laissé là Tenclume ou le rabot paternels, ils ont voulu être artistes. Pauvres diables I Dieu les prenne en pitié ! Quand les orchestres de nos théâtres secondaires sont gorgés de premiers prix du ('onscrvntoirc, à raison de six cents francs la pièce, répétitions comprises, que voulez-vous que deviennent des musiciens d'un talent problématique? Resteraient les leçons en ville; mais, pour en trouver, pour en conserver surtout, il faudrait de l'exaetitude. de la conduite; il faudrait un vêtement décent, et les malheureux n'ont plus rien de tout cela.

Au premier abord, le métier est séduisant; on a en pers])ectivc les appointements fabuleux des CoUinet, des Musard et des Julien ; et puis, en attendant, c*est quelque chose que de gagner six francs par soirée et donse francs par chaque nuit des jours gras. &lalheureusement l'on ne danse aux barrières que deux fois par semaine, et il n*y a que quatre jours gras dans Tannée. D'un «nutre côté, 11 faut manger tous les jours, il faut boire surtout, et, Tivroguerie aidant à surmonter un reste de pudeur, le musicien des barrières devient musicien des rues. Alors il tombe en pleine mendicité, et il ne nous appartient plus, parce que, remontant sa garde-robe au Temple ou au Marché des Patriarches, il n'affecte plus de ])rêtentions à l'habit noir.

Maintenant qu'on achète un château avec les produits d'un vaudeville, nos auteurs dramatiques ont jeté bien loin derrière eux l'habit noir râpé, qui fut si longtemps la livrée des serviteurs d'Apollon. Pour la retrouver, il faudrait remonter jusqu'aux auteurs de tragédies en cinq actes et en vers du futur second Théâtre- Français, ou descendre jusqu'aux orgueilleux fournisseurs de Comte ou de Bobinot. Les mauvais acteurs, ceux même de province, ne rentrent pas non plus dans notre galerie ; ils .sont bien misérables sans doute, mais le costume qu'ils affectent le plus volontiers, ce n'est pas l'habit noir, c'est plutôt la redingote de castorino en été et de mexicaine en hiver, mais toujours avec des brandebourgs, de lartres boutons, une immense cravate, un gilet bien voyant. Ce qui les distingue surtout, c'est le plaisir qu'ils trouvent à se laisser pousser moustaches et favoris dès qu'ils sont sans emploi, comme les abbés défroqués à laisser croître leur tonsure.

Quand un premier omnibus vous a déposé dans l'espèce de cave ornée de banquettes qu'on appelle fastueusemcnt « bureau de correspondance, » avez-vous remarqué l'habit du buraliste, qui vous a conféré, sous forme d'un morceau de carton sale, le droit d'attendre une demi-heure qu'un second omnibus veuille bien vous conduire un peu plus près de votre destination? Encore un habit noir nlpé* Encore un pauvre diable qui aurait pu gagner cinq ou six francs par jour comme ouvrier, et qui fait une journée de seize heures pour trois francs trois sous. 11 a voulu être employé, ce monsieur; il en résulte qu'il prend la galère à huit heures du matin, qu'il n'en est pas toujours quitte à minuit, qu'il mange froid trois cent soixante-cinq jours de l'année ce qu'il plait â sa femme de lui mettre le matin dans sa petite boite de fer-blanc. Pas cinq minutes à soi pour lire le journal ou penser à quelque chose, toujours le public là questionneur, grondeur et mécontent. Et si d'aventure il est jaloux, monsieur le buraliste, vous figurez-vous ce qu'il doit souffrir pendant celte petite faction de seize heures? Pas de repos, pas de congés, les fêtes et les di-

manches it Bcitémeiit les joars m U plus. Force < i en cepcodaDt ai beniiMi de se faire n »lacer qa^qneCob . aiii à donne les trois francs Irob sons 4e h jm sieur le surnuméraire, car, pow en kôn il y a des samuméraires, et des aspinaii i de ces derniers.

Le militaire firançals, en dispeaibililé ■ codserre invariablement son goût pour Urei le réftigié politique nllecte plus voloslîcnl comibe les quarante-cinq francs qne ooii : par mois ne lui permettent pas de le re souvent, il tomba oaturellemcDl dau as D ailleurs il noue appartient de droit coei langue au cachet ; tronves-rooi donc u p été épicier on tambonr dans son pays ^i ta langue, dn qu'il le trouve a l'étriD».

Les cafés, surtout ceux où Ton fait lipK plés d'habits noirs râpés ; e*est si cooma ne sait rien faire, ou qu*on ne vent ^ trouver de vastes locaux où Ion a fîaii es f hiver; on Ton a pour rien de la lonijere.d un cure-dent, des dominos et des cartes. El f de temps k autre moyen d'emprunter ciL^i connaissance, de promettre une petite pntic de se faire inviter â prendre part à qacl^K tion. Tel que vous voyex lé, en appareiee joyeux, attend que la dernière poale lo^ pourra rentrer à son garni, rue de la Bdj s'il passera la nuit sur le billard, en o»^ derniers garçons. Tel en est i son di^ punch, qain'a pas goûté de paiodepiisbfB qui entrent pour la première fois daos mm qui entendent du dehors leurs broyiili fàâ se disent : c Dieu ! la joyeuse vie ! et q« ai bien heureux ! »

L'estaminet est Tune des roules fâtmàm sûrement an grand hôtel de la rueda CU^I du garde du commerce se présealeal mmà noirs râpés, il les décore du titre de fênm peuple les appelle tout uniment ^oIppisiiilB Petits clercs d'huissiers, vîeîlUs aa ■ëte.a chassés des rangs de la police, ces geas^irti le travail en horreur, qu'ils lui préfool e métier, et que, moyennant six Trancs p« c^d acceptent avec plaisir les coups de piii tloq^ qui, en moyenne, s*élèrent à plusden^d

Vous vous maries demain, et veasiRi ifi précisément le double de ce qne vous amoîi enfin vous avez payé d'avance la CQrhdk,rif mairie ; vous avez reçu les roinplianliéi iM les bouquets des dames de la balK itmwBi quille. On sonne, et vous ailes peut être le taillear, si im| au moins le notaire. Entre un WÊamàm m i râpé, qui vous salue jusqu'à tcire et fSB ' leau de papier blanc, entouré de flaianiv sieur, vous dit-il, voili de petits vHiqssjtt berté de composer é l'occasioB de vike fti née; vous plairait-il accepter ee faiUa hma muse timide? » On bien : c Moniicm, jln | vous serait peut-être agréable de prîssÎMri^ ble future un petit acrostidie Ut av ssi j! vous observerez que ce travail riuMSHk iû d'autant plus grandes, que ai aMS van sBe les noms de madame, ils dnanent lai liMB même ceux du beau^père dans la mm dap prés de deux f muets que, i

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