‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 223 sur 269 · LA MISERE EN OABIT NOIR · texte numérisé non relu

LA MISERE EN OABIT NOIR

irimoDs à volonté. » Allons, mon bel épouiïcur, cette conlribulion indirecte, mettez la main au , donnez quarante sous â Tépithalnmisle de votre é cet imbécile qui. au lieu de faire de bonnes Q de bons ch.ipcaux, a passé sa vie â fain^ de mau- I anx dépens de tous ceux qui. depuis trente ans, mariés sur le troisième arrondissement de Paris.

La garde qui veille aux grilles des Tuileries n*en exclut pas bien complètement les chiens errants, comme Yoas savez ; elle n'en exclut pas non plus absolument la mendicilé; on n'y entre pas avec la veste du travail; mais elles s'ouvrent pour l'habit noir râpé de la paresse et du vice.

Fuyant la tourbe des promeneurs i la mode, vous

tes enfoncé dans l'allée des Soupirs; vous entenie1qu*un marcher derrière vous, machinalement mblez le pas, on vous appelle : « Monsieur, moniet vous, tout entier à vos réflexions, vous n'y pas garde. Tout à coup un grand individu, vous

it la main au collet, vous force à le regarder en

face : « Monsieur, je suis un pauvre honteux. » Vous lui donnez deux sous, et croyiez n'avoir à craindre que l'expression prolongée *de sa reconnaissance. « Monsieur, monsieur, qu'est-ce que vous faites donc? prenez donc garde. — Eh bien ! est-ce que vous ne m'avez pas de« mandé?... ~ Sans doute: mais vous me donnez deux sous comme à un pauvre ordinaire, et moi je suis un pauvre honteux! » Et c*est donc pour arriver à cette profession de pauvre honteux que cet homme a passé au- Iretois dix années an collège ! En vérité, je tous le dis, si vous n'avez pas de fortune à laisser à vos enfants, faites- les vaudevillistes ou faites-leur apprendre l'épicerie. *

Cette galerie n'est pas complète; mais l'espaça me manque, sans quoi nous aurions pu vous montrer encore le surnuméraire, l'employé a mille francs, le sous-courtier d'annonces, le voyageur en librairie pour l'intérieur de la capitale, le placeur de vins à la sonnette, et ce pauvre diable, enQn, qui vient présenter son hoM noir râpé à l'éditeur des Français, pour savoir si messieors du comité de lecture voudront bien lui permettre d'en changer.

LE BOTANISTE

EUGÈNK YILLEHIN

ataDt la nature, de ses entrailles int!puisables , a fait éclore de végétaux dîfTérenU, dont elle a peuplé tous les recoins du globe, vallées, montagnes, plaines arides, pics rocailleux , collines fertiles, enfin depuis les fentes des rochers f jusqu'au fond des ruisseaux , des fleuves et des mers, autant il s*est trouvé d'individus qui , panni ces quatre-vingt mille espèces de plantes, choisirent un groupe particulier, objet de leur prédilection et de leurs éludes spéciales.

Abeilles laborieuses, qui chacune apportent leur miel a la ruche commune, les botanistes, selon la branche qu'ils cultivent , se montrent avec des caractères particuliers et originaux dont l'énumération dép.isserail les limites de cet article. Pareil à ce paysagiste qui, d.ins un point de vue, ne saisit que les masses culminantes, nous nous contenterons de dessiner à grands traits les physionomies les plus saillantes de ces bons savants, dont Tallure candide, naïve, pleine de franchise et de simplicité, nous fournira , je l'espère, quelques dôtails ignorés du monde aristocratique, artistique, bourgeois et industriel: car, hâtons-nous de le dire, c'est un monde i part qui a conservé quelque chose du noble dêsintc-

rcsscment e( de U tiques.

gnndeur

iii^

Mais k rbamanil^, n parljil qw r« fll^ Toigoan par quelqae faible oa paya «t U

Au milieu de raille qoalitct fwîtfilw. ptoi vie solitaire , laborieuse, ezceDlriqM. sw )mk percent de ces petits traTen, ianoesilirtaii auxquels, par cette couddératiOD, lesaîiHliiri bien dû faire grftce; maiSp pour pandiv mlÈM du bon la Fontaine, leur langue est iaeipii

N'a-t-oo lias osé dire, par exen^ji^' ' leur idée fixe, tout s'écli|ii blés à ces végétaux unisexnés qui i un éternel célibat , si le Tent ne complir leur hvménée. Us Tivent ( non moins profonde? Le bruit eourti est leur jubilation, quand leur keiMsr iitbi possède un fétu pour lequel brûle de ( d'un envieux confrère, c Parlei-le». •4eii ajouté, d'édiOces, de colonnes ( répondront sérieusement que la perbe à voir est une double perte de vue. Le marteau i monument historique les laisse blés; la cognée du bûcheron moins du gnmd siècle est capable de las liii< en syncope. » El voyez qu^le eontafidinl I fureur coUcction^nnle, viennent-Oa à !■!>

lad

LE BOTANISTE

^^2fïo*-

ou croissent quelques plantes rares, ils se metaeilHr en grande hâte et avec une incroyable

cent fois plus d'échantîllons qu'il ne leur en rmblerait qu'ils ont peur qu'un autre ne s'enri- I même trésor. C*est ainsi que plusieurs espèces nticrement détruites; c'est ainsi que la Gesce lis a disparu des environs de Paris : c*est ainsi gaiement disparu des campagnes de Montpellier

oculit solU , et sa sœur la tulipe de Clusius, 16 fleur, blanche comme du lait et marbrée de iines roses; c*est ainsi, ô douleur! que Taspleréré des poètes, Tasplenium de Pétrarque, a cessé (jours de suspendre son reuilla<re Gnemenl dé- IX roches de la fontaine de Vaucluse ! ! 16 j'ai eu occasion de le faire remarquera propos gr, les objets extérieurs reflètent en nous quelle de leur physionomie; c'est une influence à

il D'est donné à personne de se soustraire.

le botaniste physiologiste et expérimentateur;

renfermé dans son cabinet, où son jardinier lui des végétaux dont il a besoin, combien il est loin fallare enthousiaste et vraiment poétique du bo-

taniste voyageur! Toujours armé de son microscope, on dirait que Thabitude de ne se servir que d'un seul de ses organes visuels a laissé sur son visage Tempreinte d'une contraction qui ressemble beaucoup au sourcillement du mécontentement et de la mauvaise humeur. Les fleurs charmantes qu'il mutile sans cesse seraient-elles capables de dérider son front, en y réfléchissant un rayon parfumé de leur gracieuse et riante figure? Hélas! le plus souvent, elles gisent sur la table du savant, disséquées par tronçons et quasi réduites, les malheureuses! é l'état de cadavre...

Il ne faut pas s'y tromper, grande est la dlfTôrence entre celui qui s'occupe de physiologie végétale et celui qui, sillonnant en tous sens la surface du globe, court à la recherche de ces nouvelles espèces qui comblent de jour en jour les lacunes rencontrées encore çà et là dans la chaîne élégante de ce beau régne, le régne végétal!

Poussé par un de cei penchants auxquels rien ne résiste , le dernier s'est épns de la botanique pour ellemême; il lui consacre son existence avec cette ardeur qui caractérise les grandes passions» tandis que l'auu^

LE BOTANISTE

choisissant an hasard, n'a cm faire cl n*a faîlcn réalité qu'un mariage de raison où le cœur n'est compté pour rien. I/cxpérimentatcur absorbera toute matière assimîlablo à son intelligence, quelle qu'elle soit; ce ne sont pas plus les fossiles que les asires , les chirtres que les miniraux, les animaux que les plantes, c'est quelque cliose avec quoi Ton fait de la science plus ou moins a'jslrailo, plus ou moins froide (l positive.

Entre le physiologiste et son nomade confrère existe une région intermédiaire occupée par des individus qui, snns se donner la peine d'approfondir la structure anato« njiiine dos vôgétaux, tel que M. Vauchcr de Genève, viennent s'asseoir auprès de la plante pleine de vie et de snuté, dans les lieux où elle se complaît davantage; et là , examinent comment elle épanouit sa jeune corolle, prend sa nourriture, se développe, féconde et dissémine les graines qui perpétuent son espèce.

Pour mieux caractériser cette nuance d'observateurs, je ne puis résister au désir de vous en citer an« qui reçut en naissant le rayon sacré d'une vocation vraiment extraordinaire : c'est Fabre . ce simple jardinier des environs d Agio, qui, las de semer, transplanter, couvrir de leur manteau de verre les cueumis melo, se prit tout à coup d'une passion violente pour la hotaniiiue. Je ne S'is I s'il savait bien lire, mais à coup sûr il comprenait d j pt'ine le français singulièrement déGguré par le patois de sju pays. Qu*impinle ! rien ne l'arrête , il se pourvoit d'une Flore; mais, grand Dieu! l'infortuné... pouvait-il soup.;onner que Taigot scionlifique, pour ceux-là même qjii savent le mieux leur langue, fût de Thébreu tout pur ! î.n face de tous ces termes barbares, fruit posthume de deux mots grecs ou latins accouplés après coup, il <e trouve fr.ippé de consternation, le découragement s'empare de lui; mais ce n'est pa^ pour longtemps, i revient à la charge, et, pour dernière tentative, il imagine de pren'Ire un arbre bien connu, le noyer p-^r exemple. « Ah ! se dit-il, ceci est un chaton, voilà ce i|n*on appelle unf élamine. » — Ejf«x, comme s'écriait ArchirniHl.» : € J';.i irnuvè! » En effet, cî fut j our lui le fiât lux, (!"est ainsi qu'il devint, non ]as un b «taniste ordii aire. m:.is un savant IwtaniNle. si bi- n qu'-uî lui doit U dccr^uv. rte d'une nouvelle espèce de marsiléa, marsilea Fabri, pl.-^nle aquali ]ue, qui, baptisée d*? son nom, le conduira à l'immortililè.

Pendant trois ans, trois grandes années. Il se mit à observer celte même plante, et par une infatigable persévérance, il y déc'-ïuvril d jns h fructification d *< phénomènes entièrement ignorés, d-Mil le récit fit l'ai mirai ion de l'Institut.

Hâtons-nous d'en finir aver h bjtani.pe positive, en disant un mol des nomenclitours d»? n is jotirs. ce< si'»riles imitateurs du grnnd Linné, dévorés de la g!» ire de< lettres initiales , ces frelons impuissants qui . d.ins leur ardeur inpaièle, plus désireux de >ai<ir un irétexle pour s'inscrire au bas d'une p.: g;? imprin^.'e que de f iro propresser h science, vont sans ocs<e démembrant les amîiio*. disîoiuanl les g^vire^, monvlint les .sn.co^ cî jus.pî'aux v.iri--îés. Vandales! Vaiidiîesî qui p rJonl l'unité de !a s'i vn*e, et d^<ocîenl les n'pports n-lMrels Je? plantes eiîîre elb^s par des xiiv'si-^îN ot sublivixjoiistjue les c<| rils si.mî<'s dép'-^renl. et kWaI, hél ïs 1 ils n'entrevoient | s !e t-i me ; c\r. pour yi a juoceîa continue, nous avr.ins ■••lîTst .îe f.inniles l'.ie d'csieccs, ce qui vevsîJire q'Titrc-'.i:\^l PMiîe!

Lin-. ■'. c \érit.îb'e prince dos b-'kîa'^islcs. a^compitle proHl l'iîne r. T^nt»^ générale. Smi |:é::îe en1"«r*:r. to':to> les ;è*.os d i:n cnlh>'^si.isme diùl-'ile i dé|tî:: îro. d.îns leur zle r?:\iii.;'i-\ ses élevés u' cr-ijneiit pns d: s'ex-

patrier, Lœflmg en EspigM, Eahi im Tk Iford. Bartslot dans la hante Egrple. m il Si Hasselqnist en Sjrie, Ternstnm iui le J^ très encore, sur toos les |»oîots di pMc, ia la Téj^étalîon de ces contrées loioliiBa,«i aux pieds du maître lef prérien mMm l ment éternel qai sauvera leur nom et TuéL

L'ardeur qui s*était emparée de l'Allai^ munique bientôt à la France. AeooatoMiÉ sor en toutes choses, elle eflt roagi étémm rière pour une science qui, ao chinaedc ha joignait l'irrésistible attrait qu'elle \ink i eitsence. Aussi Toyons-nons de Um ki pii* généreuse patrie surgir d'illustres trmaifi les Toumerort, les Michaud et 1m Jaaia. pa tout langage une loupe, un scapel etn hta: dispersent comme un essaim ao nilica faii fleurie, dans mille directions diflereatcs. lioiè position sociale, ramonr lui-même, Faiva sur des âmes aussi Impressionnables, nca «h confesseurs d'une religion nouvelle, ib l'oa que ses nobles inspirations; apôtres dé«aaè;,li fient à son culte, à son triomphe, à sa fnpi^

Adieu donc ! généreux prosélytes, lif^aai des ; allez, franchisses l'immensité dci am. des monts les plus inaccessibles, les sdhin des déserts, et de tos courses périllcncs, nfpa pas ces monceaux d'orque r&pagnol afiiiÂi dans les mines du Pérou , mais des lRHn|l ris.<able$; car il n'y a qu'une seule chMept vive au delà du tombeau, les biens à tW Crésus, Sardanapale et tant d'antres, «tiai leurs richesses arec leur dernier saafir; I après tant de siècles révolus, possède CMiik

U serait assurément trop long de sshif ik dans ses vagabondes pérégrinations, hraisi nistes célèbres, la reconnaissance, ane j«ki pour son savoir et la droiture de son tee. m à chiiisir un de nos contemporains les phi « le monde scientiOqne, H. Auguste de SùM

Tel que Toumefort, qui fit maintes fan fi sonniêre pour aller recueillir des flean,4èia une pente invincible le poussa ven Fclalc é naturelles. Dès qu'il en ent fini avec ce fi*« alors ses humanités, il s'abandonna avec |n goût favori, et griiee à la méthode dyehetsM abbé Dubois, théologal de l'église d'Orléaai, phyte devint, sans s'en douter, passé ati sciînce des Jussieu. Sur ces entrefaites, cni; bicr dt^ joie, on lui propose une place détail seil d'État : c'éuit sous l'Empire. Hélas! qâj désespoir! Tout le monde, parents dans,! le soit ici lent. le harcèlent pour lui faire ac position qui pouvait le conduire ani plas k tes: et lui . pendant quinxe jours, qnimaJB reprocha bien souvent depuis comme a c féhnie inversai chère botanique, ilhésila..^ allé joMÎr une dernière fois de ee Jardin des fi:t si longtemps ses uniques délices , il râl devant un tussilage qui lui rappela milla am vranies de ses herborisations antériesres; c' cette circonstance si minime en appamea< t M'.t S in avtuT, la voealion sera plus Mi i::t'Vi;rambitîoo, cette Phryné ceaitiiéa p doratcurs. aura tu, stupéfaite, ses ckHmas peaux pîlir auprès de U botanifuc, cMii des champs

Plusieurs années se

LE BOTANISTE

L^ de la joie, vient de recevoir une mission du gou- LlMiit, qui le charge de composer h Flore du Bré- ^f qui rendra ses transports d*ivrcsse! II va donc Mt contempler par les yeux du corps, ces forêts Si dont ChAteaubriand, aux yeux de son imagina- Mitnila avec tant de pompe et de richesse le magnitirpedarJe? Il va donc les voir, ces forêts vieilles te le monde, et sous leur coupole embaumée il va '■r à chaque pas les mille variétés de fleurs que la ij sème avec profusion.

■me a-t-il jeté Pancre dans la superbe rade de Rio- 1ÊS3^ que, muni d'une caravane de mulets et d'un Wiùt dévoué, le voilà parti vers ces forêts dont il lui Vexplorer la majestueuse profondeur. Leur aspect l le transporte de joie : saisi d'étonnement, il meiÉlPœil ces arbres gigantesques dont la cime sem- ^berdre dans les cicux ; mais, hélas ! pourquoi faut- Vuins ce monde on marche sans cesse de déceptions ■MtpUons! Il s'était imaginé que les fleurs allaient BÉÀBr avec autant d'abondance que la manne aux t|kt Hébreux, et, désappointement cruel ! il s'aperiVNitèl que ce qui fait la beauté de ces arbres et l'étîfk firodigieuse de leur stature sont précisément ce ■Nléahérile des trésors qu*il est venu leur demander. INbl^e, lorsque, perdu dans l'immensité des savanes, ft«D atome dans l'espace, il vit se dérouler devant j^^Hrizon sans Gn, un véritable océan de verdure, injPRlsiirable pelouse dont la monotone étendue était coapée çâ et là, à d'énormes intervalles, par qucljuets d'arbres rabougris et clairsemés! Les ennuis id'ane nature toujours semblable à elle-même ne pas à s'emparer de lui et à lui faire revenir au souvenir de cette patrie, de cetle France bien-airimage n'est jamais plus chère que lorsqu'on se éloigné d'elle... Le célèbre botaniste ne nous a toutes les larmes qu'il a refoulées au fond de son nd, au milieu de privations de tout genre, déles langues de feu d'un soleil insupportable, et quelquefois à travers des roches, fournaise ar- [QÎ reflète l'incendie du ciel, son imagination, eu une exaltation fébrile, lui remémorait les insbonheur écoulés dans les fraîches campagnes de lis. Oh ! c'est alors qu'il était à même de comcette touchante réflexion d'Ovide :

I Ifescio quâ natale solum dulcedine cunctos..

pous a raconté qu'un jour, dévoré par la soif, il en-

ide loin la chute bruyante d'un ruisseau qui devait

iMorer un double bonheur. Sur ses bords se balan-

carex, un pauvre et obscur carex, le premier

revoyait depuis son départ de France : « Oh ! nous

quelles émotions cette plante fit naître dans mon

[elle me rappela les charmes de Tamilié et les bords

il du Loiret, si dilTérents des austères solitudes que

prcourais alors. Cet humble carex, je ne l'aurais pas

* pour les Mélastomées les plus élégantes, pour

idendrum aux panicules dorées, pour les Casses

gués grappes, et toute la pompe de la végétation

xiale. »

lÉmmoins ce serait une erreur de croire que notre bit pèlerin ne trouve aucune compensation aux fatiiians nombre qu'il lui faut surmonter. 11 a au coule des jouissances qui le dédommagent largement des nnents qu'il endure. S'il compte des journées stériles, toit l'aridité du sol dans la plaine, soit la densité du liage dans les forets, l'empêchent de rien butiner, il

en est d'autres plus heureuses où, rencontrant de verdoyantes oasis sur la lisière d'un bois moins élevé et moins toufl'u, il découvre des plantes toutes nouvelles que non-seulement il ignorait jusqu'alors, mais que lui il voit, admire et nomme le premier. Penser que, dans son enthousiasme de botaniste, on a sous les yeux, on contemple à loisir ce que nul autre avant soi, comprenezvous ? nul autre au monde n'a pu regarder, ni même soupçonner dans son imagination! La faim, la soif, la combustion d'une longue marche au soleil, les nuits passées sous le ciel sans autre oreiller que la terre humide de rosée, tout cela, dans le ravissement qui transporte le botaniste, s'eflace en un instant; mais il faut être initié aux joies mystérieuses de cette science enchanteresse, pour se Ogurer les émotions qui lui tourbillonnent dans le cœur.

Qui pourrait ne pas croire é une loi de balancement dans l'ordre moral comme dans Tordre physique, loi par laquelle nos sensations vont oscillant d un extrême a l'autre, de telle sorte que plus grand est un plaisir, plus vifs sont les tourments attachés à sa suite? Examinez le botaniste amateur : il ignore ces secousses ravissantes que procurent les nouvelles découvertes, mais aussi il ignore de même les calamités qui assiègent le botaniste voyageur; et, somme toute, le premier est encore celui pour lequel les jouissances de la botanique sont le moins mêlées d'amertume. J'en atteste votre ombre plaintive, martyrs de la science, Commerson cl Dombey !

C'est l'amour qui donna naissance au premier poêtebotaniste français : une femme, en gravissant un sentier à jamais célèbre, montre une fleur au sensible Jean-Jac- ^■er, et la Pervenche,

A la tige rampante, à la rosace oblique, ^

inculque dans son cœur le goût d'une science qui seule put alléger par instants les infortunes de l'existence la plus tourmentée. La révolution que Linné opéra parmi les savants, Rousseau la fit éclater en France chez les gens du monde. A sa voix élorjuente, les imaginations s'enflamment, et chacun à l'envi, femmes et jeunes gens, se met à botaniser avec une ardeur qui malheureusement ne tarda pas â se ralentir. Si quelqu'un après lui fut capable de la ranimer, ce fut George Sand, qui, dans sa nouvelle à*Andréy répandit toute la magie de son style, toute la mélancolie de son âme. Dites-moi, qui n'a point senti battre son cœur en suivant sa Geneviève, paie et frêle jeune fille, à travers la prairie? et quelle femme surtout n'a pas du s'épandre d'amour pour la botani(|ue, en voyant cette charmante fleuriste trouver, dans l'étude de celte science, le secret d' inciter avec tant de perfection celui de ses chefs-d'œuvre où la nature a mis le plus de coquetterie?

Pour compléter la typologie du botaniste, il nous reste à dérouler celle du botaniste amateur. Le botaniste amateur se rencontre généralement entre dix-huit et vingtdeux ans; il a cinq pieds moins quelques lignes, il est un peu maigre, alerte, ingambe, poète par occasion, et toujours amoureux. L'amour et la botanique vont rarement l'un sans Taulre.

Il professe un profond dédain pour toute plante qui a \ subi l'arrosoir profane de l'horticulteur; c'est en vain que ce dernier, qui est pour lui ce que l'Ichneumon est au Crocodile, lui montre ses magnifiques planches de tulipes et ses pépinières de rosiers les plus rares, il s'obstine à n'y voir que des monstres; et la fleur, la seule fleur qu'il aime.

LE MTAlIRn.

Eft ftecie, wvsr^t *^*.*x. miztinaae et dSctte. 0>e.BWï ea tt b<. ^:<lrii «kiCLS C4«t pias-oos l'cxi;

Lt pir ."i zotb:r> ▼«et «^r >; boct d6 nti{e IriLi-zT ijt-i ^at mr un. il.

C^M la ti'-ir dei cLimrf. Il 'Tiic fl<:cr. la fiear nalire, si Mnî ft-s: jîi il ea exis'c er.:ore dati notre vieille Ear'ff'. •] Tit le 'ol a r-té tact de fjis reti^orcé (ur le soc de la c.vrr-ie.

L*; U n r; : « ti a rr. a le; r e ^ t de ri jueur rt '. é.^'ué dans le for.1 liir..? j.ro7ir*ce, Sr.^Té du commerce de tiat ce qui f.':n--"î «ît c-jmj r-fid u:;e peiiS^e: car je ne donnerai (•oint ce i.om â Ji:.e vo-^^e de s»: rni caristes qu'un pror«>eur fij -ne d'-truir-; toys n >* piuvré'» la lercuics d'Orchidées *\-i'i .'/i'.l j^i L'on di:i^ 1 s Lois : ps plu^ qu'à une esouade dVl.;-.'*:s «ie rL^iienorm.'ile qui sii-enl t;l ou tel meni- Lro de l'Institut d.n^ h for^t de \ inoennes ou dt* Fontair.f.L.fai], et li ir.iivent besuc orip flus simple de se faire nommer les plantes l'une app.s Tau Ire que de se donner la joie de d'^rouvrir Iturnom eiix-mèmes : — s'ils s -> raient le plaisir d-int ii< se frivent!!!

Donc \f'. holanisle rima leur p'^rl dés le matin pour ne rffjlrer que le soir: le ciel e^t pur et sans nuages, tout prumet une belle journôe. Sa boilc en fer-blanc derri»:rù le do^. sa .>crpett'\ son scalpel et ^a loupe dans la piiche. son b4ton a la main, le voilà parcourant pour la millième fois peut-être giiêrels, boi<, coteaux et prairies, tous lioiix dont cliai|ue brin d'herbe a iiardé l'empreinte de ses pas. Léger d'ari^'enl, il considère le terroir qu*il exploite comme â lui appartenant : ce sont ses domaines de botani-le.

Le plus i>eau moment, dans la vie éphémère du botaniste amateur, c*est quand il commence à s'occuper de dénommer les llenrs et qu'il a le bon esj rit de se livrer tout seul à ce tr.ivail plein de charmes. Cha>|ue piant*^ nouvelle qu'il ajoute au nombre do celles qu'il est parvenu a connaître est la source des sensations les plus délicieuses; aussi toute fleur ignorée qui s'offre â sa vue lui arrachc-t-elle un cri de joie.

A la saison suivante, non-seulement il augmente le catalogue de son herbier, mais encore chaqui* fleur analysée «ju'ii rencorilrr est pour lui une vieille ami.- qu'il re-* trouve avec un plaisir qu'on ne peut apprécier sans l'a-

ddâ i^mm njôa oe Jcaz à trois lieset, Q Ikh ter SOI cnloa, cl m il révc ira vongt des b

5ow aTODS bicD Gui de dire qoll le rè«t..

Eaia il w njc.^ sur les cryptofanes. iina les iMfêrcs ao laite des mnz murs, le Dde s des artvcs, U scolopendre â la margelle da ^^ lâioocoapde grice, el son bonheur «t L-^ j s'éraiioair, s'il ne rencontre a sa portée q>^ sr«ne aimable â Uqoelle il traosmeite soa ici scieslifique; c'est alors qall éproavenilkan crêtes à nommer tontes ces plantes dont in im barmonieni les uns qae les aalrcs, «nUBtli être rêpêlés par des terres de femme.

«Quelle eii cette jolie flear janseèmiel sont si êl^mmcnl découpées?— La Taracnâkautre qoi eU bleae, et dont la corolle miii ■ tavantée avec nn fer à gaafrcr? — L'ÂMdi'.>2 la qui n'a point de feuilles et donlla ti-eoitmi — Le Tossilage. — Quant â celle-d. je la cana dit-OD avec nn sonrire* c^est le XvoMlâ, â I sG<i venir. »

Le boUoiste amateur ne sV'nnnie DiOaot rôle de professeur ; nuu Theare des irrMcipn rieuses vient de sonner, il faat songer à m mi faut se créer une position dans le mnde,diis

Adieu, Téroniqoe des ans; Adico. myosotis MasUiles:

Adica, (Prudes herbes fleiUa; Adîen. earezy adieu, roseiu!

Mais il a beau délaisser sa chère klaip^l vient toujours pr le sourenir ; ehaqqefaîipii méneâ travers la campagne, sonoeilcarenavi toutes ces bonnes vieilles amies qui rajfaaismid printemps; leur image délicate el grades», ta fums connus le reportent Ters une époqn en et de simplicité» qui sonléve dans soa cnrèp douces éniolioas de jeunesse.

El n'avais-je pas raison de tous dire ^àfei qui cultivent la botanique il est celsiqaiaM ciiarmes avec le plus de délices, de pocâ^tf hi d'amertume?

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