‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 224 sur 269 · MARCHAND DE PARAPLUIES · texte numérisé non relu

MARCHAND DE PARAPLUIES

JOSEPH BIAINZER

I ang un siècle de concurrence et d'imilation, où le trop-plein envahit tous les états, comment se fait-il que certaines industries , surtout parmi celles qui ont le privilège d'exploiter les rues, soient depuis si longtemps la part exclusive d'individus venus du même pays? Pourquoi rôtamcur de casseroles et le rac- BOmmodcur de faïence sont- ils presque toujours Normands? Pourquoi l'Auvergne est-elle, pour ainsi dire, leole à nous fournir le porteur d*cau et le marchand de peaux de lapins? D*oû vient, enfin, que le Parisien , si iccapareur de sa nature, n*a pas même essayé de dispuer son pavé au Savoyard, au Piémontais, à TAuvergnat? e serais tenté d'altribuer ce fait à une cause frivole en pparence, mais qui me semble fournir une explication lausible. Chaque espèce de ces industriels nomades se istingue par un costume spécial, plus ou moins pittoesque, mais qui, de temps immémorial , conserve sa )rine et sa couleur traditionnelles : leur cri se signale ussi par un accent national fortement prononcé ; et de :>ut temps, c*est par le cri et le costume qu'ils se sont ftit reconnaître des personnes qui ont besoin de leur mi-

nistère. Or, le Parisien n'échangera jamais son Tétement léger, sa démarche sémillante et son insigniûant babil contre un massif habillement de velours ou de gros drap, d'énormes souliers ferrés, et un baragouin inintelligible. Son talent d'imitation, sous ce rapport, nç se manifestera qu*i répoque du carnaval , encore ces costumes copiés ressemblent-ils aux originaux tout juste autant qu'une décoration de théâtre au jardin ou k la forêt qu'elle représente.

Le marchand de parapluies appartient à Tune de ces classes privilégiées dont je viens de parler. Il est sorti tout jeune de la SaToie, et, s'il occupe dans la hiérarchie de la rue une place éminenle, ce n'est qu'après une laborieuse persévérance qu'il y est arrivé. C'était, dans le principe , un de ces mille petits enfants que la Savoie nous envoie tous les ans grelottant de froid et de misère, mais courageux , industrieux , actifs, l'œil pétillant d^A de l'amour du gain. A force de patience et d'économie » il a TU s'enfler sa petite bourse de cuir; à chaque faTenr nouvelle de la fortune, il s'est dépouillé d'un de ses bail* Ions, il s'est loué à un maître pour étudier la finesse da métier, et, après un long noTidat» il a fait son apparition dajis la rue.

Le marchand de parapluies n^est pas coquet dans sa mise , mais il est d*une propreté irréprochable. Comme l'Auvergnat, il s'est étudié k choisir un juste milieu qui puisse tout k la fois le protéger contre les rigueurs de l'hiver, et ne pas trop jurer au milieu des ardeurs de la

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