MM
il n*a que sa femme, sorte de flgnre chu la ti^te à vos moindres ordres, et dont le typé commence an premier de Tan poin 2!>ylvestre. A vous voir monter ches ccl plus haut palier de la maison, TÎTant da. phiiique, entre un perroquet déplané et «m taiifi sent la cuisine, un provincial croirait qMia«lB|i^ toz quoique aumône; vous sortei eepcndaiLil iiv n conduit, son bonnet de soie noire é la ma dant vingt ou trente marches. Seraltice u est trop modeste; un propriétaire? 0 ava logo; un auteur? cela pourrait être. Leici taja^i regardez cet écriteau : il tous dire i
r/est un tailleur.
Et ce monsieur en frac noir mnllrmail pâli svli coussins de cet élégant cabriolet, ayant M ntai*^ vrce à côté de lui, et qui conduit i
LE TAILLEUR
crier gare par les rues les plus difnciles? Son hnrnnis •ftl dans le dernier i^oût: son cheval lui a été vendu par
Ë lieux; il a acheté ce nègre, parce 4|u*un népre dans quipage est de trés-bon air. Les roues de son char frôlent en passant, il mamiue de vous écraser, t Quel est cet insolenl? d demandez-vous au cominission- Utire du coin, qui le connaît. Il répond :
« C*est un liillour. »
Dans l*étal de tnilleur on est le favori ou le p1a<:tron de la fortune On h.ihifc des salons ou une mansarde; on a me loge aux Bouffes, ou Ton végète. Un tailleur du lOm de Reblet vient de faire construire une fort belle laaison en pierres de taille, rue de Richelieu, à deux pas « monunit'nt de Molitire; la façade porte son nom. Un «tre tailleur, qui sans doute avait lu Chatterton, s'est nicidé rue du Pot-de-Fer pour avoir manque un habit de jurde national.
Ao temps où nous vivons, tout le monde i'hahilkj à rés-peu d'exceptions près: mais ce qu'il y a d'infiniment risle pour les tailleurs, c'est que tout le monde s'halille de même. L'habit noir est devenu la charte univer- ^lie; il fera le tour du globe. C'e^l à l'Angleterre que iOS malhcuroux drapiers doivent cotte rcvoUilion. L'ha- »it de Franklin et son grand chapeau do quaker ont sorte, vers la fin du dix-huitième siècle, le premier coup I la soie et au velours. Autrefois, dans une maison bien r^lée, le valet de chambre d'un grand seigneur devait
Endre soin d'habits tellement miraculeux, que les plus nx coffres en laque et en bois de rose ne paraissaient pas trop magnifiques pour les renfermer. La confusion des rangs n'avait pas encore amené celle du costume; les princes étaient vêtus comme devaient l'être les princes, les bourgeois portaient Thabit de la bourgeoisie. Les artistes, poètes, musiciens ou peintres, avaient non-seulement des Ordres qui les distinguaient et les classaient dans le inonde; mais encore on les reconnaissait à la seule cou* leur ou à la coupe de leur vêtement. La condition du tailleur sous les siècles précédents st mble plus lucrative au premier abord; ils taillaient en grand dans la soie et le velours, ils étaient à la fois marchands de bas, rubaniers, cordonniers, etc., ils se chargeaient de tous les détails d'une toilette. La scène huitième du Bourgeoit gentilhomme mentionne expressément les bas de soie et les souliers envoyés par le maitre tailleur à M. Jourdain ^. Atteints dans leur industrie sous les premiers régnes, par la publication des lois somptuaires, les tailleurs ne se vengèrent que trop de cet édit par la suite : Tampleur des étoffes, les broderies, les fourrures, coulaient de bons écus touRnois à nos ancêtres. Le plus beau temps des tailleurs dut être celui des Valois, de Louis Xlll et de Louis XIV. Les mode<( d'Italie ( t d'Espagne servaient de prétexte à l'exag'Tation du luxe, il est ▼rai; mais, il faut le reconnaître aussi, les tailleurs, à cette époque, étaient de véritables artistes. Ils existaient en corporation, ils se communiquaient des dessins et des idées. Les peintres, on ne peut le nier, avaient alors sur
* M. iouBiMN. -p- Ah î V0U8 voilà. Je m'allais mettre en colère contre vous.
iB MAÎTKE TAiLLEUB. — Je n'ai pu vcoir plus tôt, et j'ai mû vingt garçont après votre bahit.
M. iODBDMX. — • Vous m'avez envoyé de* bai de ioie «t étroit 9^ que j'ai eu toutes les peines du momie à les mettre; et il y a déjà deux mailles de rompues Vous m'avez aussi fait faire dee eoulure qui me blessent furieusement... La perruque et les plumes sont-elles comme il faut?
LE MAITRE TAILLECB. — Toul OSt bicn.
(Le Bourgeoie gentilhomme^ acte II, scène Tin.)
les modes une influence plus marquée qu'ils ne la pos* sèdent aujourd'hui que tout le monde se ressemble. De* puis les gravures de Callot jusi|u*aux toiles de Boucher, quelle vaste bii'arrure, quelle friperie de costumes ! Alors le tailh ur pouvait s'écrier à bon droit : Etegopictor! Il répandait le dessin et les flMirs d(; la broderie sur le co>tume ; il était charité d exécuter les pompeux habits Inventés depuis les fêtes de François l*' jusqu'aux carrousels de la princesse d'Klidc. (Juelle gloire pour lui de voir son œuvre applaudie a l'égal d'une œuvre de Molière, dans ces admirables (|uadrillcs de Versailles, où il ne s'agissait de rien moins que de rejirésenler Thalestris, reine des Amizones, venant au caujp d'Alexandre avec sa suite! Le dauphin, surcharge de pierreries, d'or massif et de dentelles, faisait Alexandre; madame la duchesse de B >urbon représentait Thalcstris. Les Amazones de cette foie guerrière, toutes distinguées par leur rang, leur esprit et leur beauté, toutes portant des noms aussi illustres que c« ux des Choiseul, des d'Eslrées, des la Fare, des d'IIaufort, des d'IIumières, passaient et repassaient dans ces jeux galants et magnidiucs comme autant de constellations royalos. Les diamants pleuvaient û leurs cheveux, à leurs robes; quand elles couraient la bague, c'était à éblouir, à vous donner le vertige! luiaginez-vous pendant ce temps le tailleur de la cour' caché dans l'ombre de quelque charmille, comme un auteur qui se cacherait dans la coulisse, suivant du regard chacun de ces héros qu'il a vêtus, chacun de ces princes qui lui a coûté tant de veilles! Il tremble, il frémit à chaque volte décrite par les chevaux, à chaque froissement impétueux des cavaliers; la sueur inonde son front, il croit voir l'habit de !M. le Prince so déchirer, le pourpoint guerrier de mademoiselle d llumicres craquer insidieusement. Il lui faut les éloges d'un Coudé ou du roi lui-même pour se remettre ; sans cela le digne homme se frapperait peut-être de ses ciseaux comme Valel de son épée.
Mais aujourd'hui, bon Dieu ! que représente un homme qui s'intitule : rai//eur de la cour et des princes? Aujourd'hui qu'il n'y a plus de maison du Roi, et que les tailleurs ne portent plus l'épée; aujourd'hui (ce qui est plus gra\e) que le premier des princes s'habille comme le premier des bourgeois, que veut dire ce mot : Tailleur de la cour? Il y en a par centaines et par milliers; il y en a jusque dans la banlieue, aux Batiguolles ( t à llelleville. Il suffit d'un homme qui a fait six g lets de bal à quelque prince, pour que le prince lui donne ce titre < n guise de rentes, d'honneurs, et de louche à la cour En général, ce sont de tristes ouvriers que tous ces tailleurs en titre, fussent-ils protégés par 1rs maisons «le Fraiire, d'Allemagne ou de Nassau. On ne sa»irait rien voir de plus maussadement habillé que tous les gens de la cour, depuis les précepteurs des princes jusqu'aux commis, depuis les ministres euxmêmes jus<{u'à leurs laquais. D'où vient ceci, et n'y aurait-il point (juelque flatterie indirecte dans cette humilité princière qui s'est retranchée
* Il y en avait six couchés sur l'état de la Maison du Roi, aux gages de cent vingt livret chacun. Mais le premier d'eux tous travaillait seul pour lee habite de Sj M;)jcsté. Il était qualifiiS valet de chambre du Roi, et devait, pendant qu'on babillait Sa Blajcsté, se trouver à son lever. Quand lu Rui prenait un \ habit neuf, pour cette première fois, le tuillcur présentait les chausses de Sa Jlajesté.
Outre ses gages ordinaires de cent vingt livres, il avait cent cinquante livres de recompense par quartier, payées au trésor royal, et encore six c«^nt$ livres à la hn de l'innée, payées pur le trésorier de l'argenterie, et bouche k la cour toute l'iniH^.
LES tItlS DE PA&I&
A Toulouie, un rencontre mm petite Qlle qui poKe sur se iàxe une griode f orbcille de chiitaignes bouLlIîei, en criact i Commo <fivous qui hùt de caHagnotisT Qui veut des châtaîi^nti grcstet e^mme des œuf $7 Quelle
I éloqueiiee dans ce peu dt ] if^lo ptv m I ramé et une bourse tigérm ! Onaai «b Iri j ^du Midi parait \m femme i is bdl« nnimi l 'que, en chintaDt cetlt gneieoie |-->'J--
^la - jûr - cfl, mu - .*oi" - cé, U liar-îia cou - !■«
on conçoit que rouvrler quitte aus^^it^t son atelier, que Ifl couturière descende de Ba mansarde pciiir %t désaltérer avec des fruités sît succulenta. si juteui, que ^a harhe en coule! Sauraît^on trouver une îavîtation plus pressante t^onr un gosier desséché par vingt* quatre degrés de chaleur?
Mais essayons de débrouiller» sHl se peut, ce chaos d'industriels notnadee de dîlTérentes castes , ce tohubnliu de chanteiin! ombulanls, et de mettre quelque ordre dans un sujet si compliqué, dans cet immenie tintamarre de CTjf et de chants qui commencent avec le jour, ne Gni^sent que très-avant dans la nuit, et que dtx volumes în-rolio ne sufliraicut pas à reeueiltîr, £*îl ralialt le$ uoter tdus. Et d'abord, bous pensons qu'il ne jîera pas ^ens intérêt de (aîre connaître ici ce que nous avons recueilli chex les ancÎËns auleunt sur lea cris de paris.
L'origine des cris dis rues remonte trés-baut, et ils n^ont pafi toujours été eiclusivemcnt adoptés pour la mérnemjirchandise. Dans le prineipe, les gros marchands eux-mêmes ne dédaignaient pus ce moyen d*attîrcr Tattentiondpif paissants* D'anciens ouvrnges nous apprennent qii'iiux douzième* treizième et qualoi^îème sii?cles« les marchands %e tenaient sur le seuil de leur bouliqfie* et engageaient les dialands à j entrer, il n^était aucune profeï^^ion qui pen,4l déroger par l'emploi de ce petit mimége. On était h^ircelé alors, comme on Test encore aujourd'hui dans les petites villes de rilalie, par le coiffeur, qui veut â toute force vous reser^ pur la fruitière, qui vous otTre de la s-ilade, et par le charcutier, qui exige que vous lui achetiez des $aiamL Sans aller si loin, on peut sa faire une idée du boutiquier des dou-
zième et treiiîêmt tiéetes, m tfaipriiH k I Temple, ou des cenUlucs de jenoo fllçii eu vous prodlpant lei ncmit In plti i vous offrir des draps, des bsI^b, do layette, etc., etc., ce qui n'éUmne pu i provincial, (ïen babUué â jw le f^t ie] avances dans le seul bai de T merce,
La ffante paritienne^ acheta de PMttppe'Aagiist«« lanfiia^i ^îs cent vingt livres. Ici criûgm et taùi ries des marcha ndisee à vendre, placer et de déplacer In cnenn. f livre IX, p, 455) qu'alors qui Vttidiil dii  Paris, c'est-à-dire dti via en détûl, i et payer droit â la ville. 1 ris, régla, dans une ordonntiKe le tlSI^ I Paris et les droits qii*lls devakril mpr i h i
Guillaume de Vtlleii0iivfi« éerifiia Ai siècle, nous a laissé, dans im iddt flâif rents cris en Ui^age de mm lempi i rail. Lsa bien que souvent fort richei. mn^mm l et dans tous les quartiers kan frém { demander raumôot. Les îrèvm et ta*.
saint L^uis avait enrichis de i que matin crier dans 1« met: fhi| Croire! Puis c'étaient les firéra J ctrmes, les pauvre écoliers, m, ki I qui tous demandaient aîn^i du ptiri. Dtl nos jours à Home des eonfréries aller de i son solliciter des lecoars ra eJtantiat !#) leurs mélodies:
■ don-na budc-Lis
gn^-m
Le poëte chroniqueur du ifimtoniémp siècle cite encore les émisés île la terre sftinte panui les criuurs de ^éïln^|^ïe, ainsi q(je los fil les- Dieu, qui s'en allaient disant d'un ton kmenlabEc : ^u pain pour Jkf'$u nastre sire. On voyait aussi Its aveugles di*s(Juînïc-Vîngts, qui se fûisaJunt eoiidnire par toute la ville en crî;inl comme des sourds. Du pain pour ffux du Champ pourri/ {L*ctnblîssem»'Ul d s Qoinzii Vingts avait éié fondé sur un terrain «|ui portait ce nom.)
L^ ni-' me auieur nous apprend que les Hudski so pl'çaÎHil Je grand malin sur leur'; portes, et criaient i tut^li^te : Seigneur, hâL^vous d'à! Itr tous baigner; ItM haine tont diaudSf je mui l'aHUTc! Et il donne le dé-
tail de tous les eris usllà ilfln; tcrons de préférence ceax qui pwMtltw en quoi le commerce des nxes, â Min l| du commerce de ces temfts^lif leqod mI par échange :
Sauce à Vail m ûu mwII INas i««tii Poids ehaudten purée, ftvm rhiadtaf Tmi tans frais et ialéi, fai dt^ m ^ ^ /Vr/ — Qui veut de tmm p^m-'ém pem f ' i la commère, la corsintl — AnMc Nf^al ks! ^ Qui a data é€ mêm à «r«d«? - 1 marthandiiu à jouêr ééil — Fè^n ié JoncA«r(li^rues).«* wm$
LES CRIS DE PARIS
ms ça, vide cette écuellel — Qui a de$ pott d^étain à t^yet? — Pùivre pour un denier ! — Qui veut des 20, ^i en veut? — Qui a des manteaux? Gare le •^ ! Qu'tm me V apporte à raccommoder ! «Jdquefoif on entendait crier : Le ban du roi Louis m^T fournir au roi homme et argent 1] — Mèches de T apprêté pour les lampes ! — Chnndoile de coton, madùile qui plus art cler que nulle estoile (qui éclaire uM» que les étoiles l), etc., etc.
^3t meuniers parcouraient les rues, faisant grand Lt et criant : Qui a à moudre et du pain à cuire?
U y • dans Paris tant de marchands de friandises, ;- de loteries i plaisirs, à oublies, dit le naïf Guilcane de Villeneuve, que, si j'avais beaucoup d'argent, §.16 Je voulusse avoir de chaque chose que Ton crie w 110 denier seulement, mon bien, si considérable Ll fât, serait bientôt dépensé. La gourmandise m'a babillé; léchcrie m'a dérobé de telle façon, que je ne » pins que devenir, ni par où me tourner. Je ferais ^^e de tout bois ! »
«nnequîn, dans une composition intitulée Cris de wim $aus François P% nous a conservé un grand abre de ces crieries, dont la plupart, après plusieurs dftSy sont restées les mêmes, tant pour le chant que r les paroles.
^Mnr les cris des rues, comme pour toute espèce de B& populah-e, il ne faut pas oublier de faire la dislion entre la mélodie et l'exécution. Un bon chan- * fait valoir la plus insignifiante composition, et lui A vn charme qu'elle n'a pas. Une belle composition t devenir méconnaissable lorsqu'elle est mal exécu-
Sie chant populaire, c'est-é-dire celui qui, poésie et XqQe« a été créé par le peuple, varie dans chaque SBiha; chacciii le brode, le fredonne à sa manière, et Vie il peut. Souvent la mélodie primitive est diflicile MroQver; elle ne semble pas digne d'attention, et naot il est reconnu que les chants populaires de la Mrt des nations ont toujours fait l'admiration des ^wwiteurs; ils ont été pour eux une source inépuisaoe richesses inattendues, et leur ont fourni bon nom- 4e leurs plus belles inspirations. Qui ne reconnaît m la Vestale de Spontini, de même que dans la mUê d*Auber, le caractère des mélodies populaires de felle? La Dame blanche n'imite-t-elle pas les chants
montagnards de l'Ecosse? Existe-t-il, en un mot, un
Ssiteur qui n'ait pas étudié les chants populaires de , de l'Allemagne, de l'Ukraine, de la Scandina- W Cette originalité de pensée, qui tient son caractère wo\ qu'habite l'homme, du ciel qui le couvre, ne se ■nre nulle part dans les théories. On chercherait en ■I dans le monde savant des mélodies qui égaleraient Invention le Cereno tre litelle du peuple romain, Là-haut sus las mountagnes des Languedociens. V« Ronsseau admirait les chants vénitiens, dont il a fait BeoUection; Grétry parle avec transport des mélodies Éaines; Byron n*a pas assez d*élogcs pour celles des ICs. Et qu'on ne se figure pas y voir de ces antiquités te déterre : ce sont des compositions toutes pleines We, souvent d'une ravissante beauté, fruits d'une IglBation brillante, et manifestations des sentiments pitn» nobles et les plus généreux. Elleii se transmet- ^ de père en fils, de génération en génération ; on les dans les mêmes vallées, sur les mêmes montait semble que les échos les reconnaissent, et sent répéter, depuis des siècles, que le même air, \ ballade. I cris des rues ont beaucoup de rapport avec les mé- I populaires, et en font, en quelque sorte, partie:
ils sont extrêmement intéressants par leur originalité, ce que très-probablement j'apprends aux Parisiens comme une chose toute nouvelle; car, habitués dès l'enfance i les entendre , ils n'y prennent garde en aucune façon. L'enfant de Paris a grandi au milieu des marchands d'habits, des repasseurs et des savetiers; il a été bercé avec leurs tendres mélodies , il les a sucées avec le lait de sa nourrice. Ce sont pour lui de bien vieilles connaissances; il leur doit ses premières impressions, sa première éducation musicale; aussi ses oreilles en ont-elles pris un pli tout particulier : elles ne se sont pas mr>(liocrement endurcies à cette école de chant. De m^me que le meunier, au milieu du vacarme de son moulin, entond tout, excepté son moulin, le Parisien vit au milieu des crieurs sans les entendre. Mais il n'en est pas ainsi pour l'étranger assailli tout à coup par le bruit de ce redoutable tic-tac. Quel assourdissement! On lui crie à l'oreille, il n'entend plus; il se sauve, il a le vertige, et plusieurs heures suffisent é peine pour qu'il puisse recouvrer ses facultés auditives. L'étranger est ainsi frappé à Paris de mille choses sur lesquelles la pensée du Parisien ne s'est jamais arrêtée. Nous ne croyons pas que le dernier soit bien propre à faire connaître au premier sa ville natale; celui-ci sera souvent plus frappé de ce qu'il apercevra par hasard que des objets sur lesquels celui-là appellera ses regards avec intention.
Les musiciens sont naturellement ceux dont les cris des rues ont le plus vivement intéressé la curiosité; tous ont essayé de les imiter avec leurs instruments , ou de les noter. Combien de fois, dans les rues de Vienne, de Rome, de Naples, de Londres et de Paris . ne nous est- il pas arrivé de nous détourner de notre course, et de suivre pas é pas quelque marchand ambulant, dans le seul but de saisir le caractère de sa crierie, et de le transcrire sur nos tablettes !
Du reste, il ne faut pas s'attendre é trouver dans toutes ces mélodies des trésors de beauté et de bon goût. Il y en a de très-insignifiantes , et souvent même ce sont de véritables cris de sauvage , des hurlements inarticulés. On ne doit pas oublier que les marchands crieurs battent journellement le pavé de Paris au nombre de quinze ou vingt mille, et que pour eux l'important est de se faire reconnaître : chacun d'eux s'est donc ingénié à trouver un cri ou no chant qui lui soit particulier, et auquel la ménagère ne puisse pas se tromper, car la ménagère possède seule la clef de cette langue à part, et si l'Académie était chargée d'en donner une explication, nous sommes persuadé qu'elle se trouverait dans un fort grand embarras. On est plus d'une fois tenté de se demander où cet homme, cette femme, onl pu trouver des mélodies qui ne ressemblent à rien de ce que nous connaissons dans le domaine musical , et qui sont en contraste avec tout ce qui a jusqu'alors frappé notre oreille. Toute la notation est insuffisante pour rendre de telles intonations ; le système musical n'admet que des demiton j, et la mélodie de l'homme do peuple nécessiterait des quarts de tons. A cela se joint la différence de caractère qu'il sait donner é chaque son ; des sons de poitrine, de médium, de fausset, un cri nasillard ou guttural , un autre qui semble partir du vontre , tout cela se succède souvent dans une mélodie qui n'a pas plus de quatre ou cinq notes.
L.es crieurs des rues peuvent se divifier en deux grandes catép:ories : les vendeurs et les acheteurs. Ces deux classes d'industriels se composent d*hommes , de femmes, d'enfanU, de rieillards, de Parisiens et de paysans, dont quelques-uns quittent , à une certaine époque de l'année, des provinces asses éloignées, pour fcoir à
LES GRIS DE PABIS
Paris exercer un métier ou vendre une denrée, et reloor^ nenl ensuite dans leur pays, où ils achètent quelque coin de terre avec le fruit de leurs épargnes.
Les uns vont seuls , comme les marchands d*habîts , les savetiers et les marchands de fruits, de fleurs et de légumes; les autres se montrent par paire, comme les ramoneurs, les marchands de cartons, les vitriers et les couples de marchands d'habits, homme et femme 11 en est qui portent au bras leur marchandise ; d*autres la traînent ou la poussent devant eux dans une petite charrette. On en rencontre qui ont un cheval, un Ane, un chien, pour les seconder. Ainsi la majeure partie chemine à pied ; le reste se fait voiturer. Certains marchands n*ont pas trop, pour exercer leur petite profession, de toute la ville et de ses environs; d^auircs se sont approprié les faubourgs ou la cité; on ne les voit jamais au delà de tel quartier, de telle rue. 11 y en a qui s'établissent à poste Gxe, à un coin de rue, sur le même boulevard, sur le même quai, sur le même pont. Quelques-uns enfin font choix d'une porte cochére pour y installer leur commerce, et, du matin au soir, depuis le premier jour de l'année ju^^qu'au dernier, la moison est régalée d toute heure, à toute minute, du même cri, de la môme chanson, du même appel aux acheteurs.
Chaque heure du jour, chaque saison, et même le beau temps et la pluie ont leurs représentants dans Icscrieurs des rues. Il est tel quartier où rarri\ée régulière des marchands vous dispenserait au besoin d'avoir une montre. Les volets de votre appartement sont encore fermés, que vous entendez le haut en bat du petit ramoneur : il est sept heures. Vous entendez plus tard le refrain de la femme aux pttils pains : c'est l'heure de votre premier déjeuner. Le maraichercrieur avertit la ménagère qu'il est temps de mettre les légumes dans la marmite : il est onze heures. Le rnccommodeur de casseroles, de faïence, vous appelle qu'il faut mettre en état les ustensiles dont vous vous servirez pour le dincr. Le repasseur de couteaux se fait entendre à Theure où vous devez mettre la nappe, et au moment où vous allez poser le dessert sur la table, votre oreille est agréablement frappée par le cri de la vieille femme qui tient au bras son panier coquettement recouvert d'une serviette blanche et parfumée» et t'en fa
cbtnUnt : FMà 1 Mfir, finfio, Toof pootex ilraassoré qvHoihHihi soir, lorsque Iras XDisnires de VotfÊÊ ii M cèdent le cri : Lanà m' «iaf<fWp fSki cmi cris, et ceot antres, vous inidiqwil les haaa avic autant de précision que le adiw et DM et nous-mème, pendant pins d'âne anse, ss réglé les heures de notre journée séries arisél Poissonnière.
Quelques marchands ne se flbm mÊiÊên ^ certaine époque de Tannée : levr arrifée.cn de l'hirondelle , vous annonce le retow îi pi Combien d'êtres souffrants , retenus àam \m par les longs et rigoureux mois d'khv, » sent quand la voix argentine de la flcnrs Tient frapper leur oreille !
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Un sou 9 un sou, la
Combien de gourmets, à la bourse trspn^ acheter les primeurs ches ChoTet, tressaîDcstè en entendant le cri tant désiré : Ma klk ia
i|i^f r rif ■!
Ik bott' d'it-f cnfi!
Ou : Poil romii, f>ois éeoMséil
j'iJ /'J-Vi
Pou ra - mes, pois é -cas - *l
LA
41TRESSE DE MAISON DE SANTÉ