‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 23 sur 269 · ALPHONSE KARR · texte numérisé non relu

ALPHONSE KARR

''î 1^ *esl surtout quand on voit ~^^^ certains goûts qui remplissent et rendent heu* reuse la vie d'un homme {que Ton comprend bien que chacun a besoin d*a* voir sa madone de plâtre >u de bois qu*il puisse >arer à sa fantaisie.

C'est ce qui explique comment des hommes souvnzkC ir€s-Mi|>LTU ur> cousacrent toute leur vie à quelques fleurît, a iim'lques insectes, quelquefois é un seul Insecte, à une seule fleur; tant un instinct admirablOt ou quelqut^fms peut-être une sage philosophie, leur enseigne à présenter le moitis de surface possible à la fortune, i vivre tout bas, et à se contenter d'un bonheur facile i cacher aui y eus un monde.

n ne faut pas rroire que l'intensité et la violence d'une pa>siau piiîs^ïent se mesurer â la petitesse de son objet. Lei! horliculteuri, qiii vivent dans les fleurs comme les abeillei, ont comme elle un aiguillon dangereux. Les passionft douces s'eniourenl de férocité comme on entoure une pi.iute précieuse de ronces et d'épines pour la préserver de la dent des troupeaux.

Cela me rnppelle comment me fut un jour dévoilé Talroce caractère des moutons, que j'avais toujours regardés comme Temblème de la mansuétude et de la bienveillance, 9 Monsieur, me disait un berger avec lequel je veDais de vopgcr sur la route d'Epernay, il n'y a rien é% %l méctiani qm les moutons ; ils n'aiment pas plus rherbe de ce champ qui est ensemencé que celle de celui d'à côté, qui ne l'est pas ; eh bien! ils fiont tous dans le champ ensemencé... Brrr... brrrr. Mords li. Nédor, brrr.». C'est donc pour me faire prendre par le garde et me foire mettre à l'amende. Tenes, eo vollâ on là* bas.*, un soir.., qui agace mon chien. Ici» Médor... Il

l'irrite à plaisir... fiiédor, veux-tu v«mr ici ! allex éer- Hère... Il espère se faire étrangler, parce qu'il sait bien que, quand an chien étrangle un mouton, c'est le imuvre berger qui le paye. »

Celui qui écrit ces lignes a fdlli perdre U vie -pour s'être permis de dire un jour, à propos d'une giroflée annoncée comme bleue , et qui avait produit des fleUrs du plus beau jaune : c A quoi sert-il d'avoir me giroflée bleue si elle fleurit toujours jaune? » Mais void une histoire dont nous avons été témoin.

On se rappelle la fureur avec laquelle on a, il y a une trentaine d'années , oritlvé les tulipes dans toute l'Europe , et surtout en France , et plus encore en Hollande.

Un oignon, semper augustuê, fut vendu douze mille francs.

Une eotcrotme jaune, onze cent vingt-trois francs, et une calèche attelée de deux chevaux bais.

Une tulipe médiocre, le vtr«-roi, fut vendue pour tes objets suivants :

Quatra tonneaux de froment, huit de seigle, quatre bœufs, huit cochons, douze moutons, deux tonneaux de vin, quatre de bière, deux de beurre, mille livres de fromage, un lit complet, un paquet d'habits et un gobelet d'argent.

A cette époque, on voyait dans les gazettes, taxjNiMi* velleê étrangères:

Amstesdaii. — L'amiral Liefhens a parfaitement flewri chez M. Berghem.

Mais passons i notre histoire.

Un jour on avisa (|ue ks tulipes â fend ja«n^il*élaienl plus belles, que c'éuit â tort qu'on les admirait depuis si longtemps ; que les seules tulipes que l'on dût avoir et cultiver éuîratles talipes à fond Uanc; qoe toute tulipe Jaune serait mise à la porte des plates-bandes qui se

L'HORTICULTEUR

scnic Miafite d jetée

4* £H»«RBl ; «I ccriTU et» let-

chnifMt, et» foiphleU. et»

La imatsan et» tJtSfe» jàWÊtt» fmtwÊ. tnitês iTolisUm, 4k f^u eavcioffci to tuiecs det pr^agêt , d*illi« biviiix. << réfirofEradet, 4e gmachcs. 4*eBiicniîs det la* 3UHnsi. etdei^BÎtcs.

Usi [MfiisuM des talipci Uaichcs farent dédarés auiaci^x. Bflfvatenrv, molirtioBiiaires, démocralet, ta|Ni" ;i^fin, »M-«ii«itte9i. jeanes gens.

Oei imû se brovilkreoty des Béuges forent désuois, 4m filin illes dhîiée*.

Ca «4ir fue M. Maller jouait aai dominos avec un de Ms lamarades d'enbnce , horticulteur comme lui , on parla des tulipes, des tulipes jaunes et blanches. M. Huiler lisait aux jaunes ; son ami était pour les idées nouvelles ; Méhul. du reste amateur très- distingué, tenait akn de peis^er aux blanches.

M, Millier et «on ami. U}ti% deux hommes de bon goût et de uvoir-vivre, mettaient la plus grande modération 4âm leur* parles , ci évitaient avec un soin extrême d'en venir ju«qu'â la discussion.

— OsrUin, dirait M. Muller, la nature n*a rien fait de frr»p ; il n*eftt pas une pierreric de son riche écrin qui necharmeld vue; il est triste de voir des personnes prric«4|i;r par eiclusion. Il est certainement quelques luiipM A fond blanc que j'admettrais volontiers dans ma r^ill^rtiofi si mon janlin étiit plus grand.

— Ile niAme » reprit Tami , désirant ne pas rester en »frlélr^^ rn U\i de |»oliteHie et de concessions, j'avouerai

2 MA àrymanthéf*, toute jaune qu'elle est, est une fleur ifl pfRienI Aille.

^ Je ne méprise pas Vunipn de Delphei *, malgré thn Unvî liUfir.. reprit M. Mu lier.

-^ fClle ii'Mi pa« très blanche, reprit l'ami ; ce n'est ^fi'iiii bout de froi* ou quatre joum qu'elle se débar- #«••« 4'nfki Mikle jMunequ ellr a rn ouvrant ses pétales; 4iM«l H' Mi fmêéfnê'nMu pas grand ras.

- t.ttH Mipend<int dé votre crillection celle que je

Im* i1«u»« mi4 ^Utent dans ces excellents termes tfitnil m'Mfxm'* tfullef mi^ùi partir (aire le thé.

l\ M^i iliHlMlA de Ihaii dire par quelles impi^reeptihles <» i.fM.'.ti- "i «n irior^ol h l'atgrrur, à l'injure, à l'In- «••ifii mtiJ f/»<i|/ifir4 ^'f-il que, IriT^que m.idame Huiler

itfii . ÏM I friMiMMa 4pf#-9, #:ile le« trouva sous la table.

.H r.. t «•!# fhn^rni ef te g/mrmant de tout cipur.

4 vl..ii»r «Mil ^lA I#t4 d/»mift/i« «M visage de son ami,

,.. . i«..^...Mf f'* fiollA h/»nfA furent «lisis les deux ^êm.f «f^ «t/^''« 'ftiA U pr«*.miere effervescence fut

t,^^i U- .«* ,^#Ml#miiirt, If Wiiller écrivait â son ami :

, ^ . :. M*- ^t*' Vv'.^^ w un bftmme mal élevé; re-

. , .«. ,*.i.^^ J'.i/'f ifiri^nne amitié effacera ce

.... « f ....' .«.«..I iff fêTnitim **tnt prie de diner

:< - '1' I / lit/^ lii <*.ev petit! choux de

i ' Jt*% fini,

1 Sfr.LLfa.

meure de côté qnelqves-nnes 4e tm helln tn blanches, auxquelles j ai réservé . pour remiée chaîne, «ne de mes meilleares plates baudet. Je l surtout i palatÊuéê * et â Ym§&tg royale*. »

jjiéj^in MtM '*!tkfr ami , de me

.«^(.r .^tÊi/é'. i ^a

n reçut immédiatement la réponse saiveote :

c Je serai chex vous â cinq hevres moios on qi Vous me p<Tmettrei , mon exeelleot ami , de vous sentrr «n horticulteur qui désire admirer vos mi flques tulipes.

ff II désire sartont voir votre fmAraue ', votre recourt^ et votre délideose lias*, a

Par une délicatesse que tous deux comprirent. M. 1er faisait porter son admiration sur les pi as blao d'entre les tulipes blanches, et son ami D'était pas m poli i l'égard des fonds jaunes.

Cependant le mouvement de générosité de M. Mi ne pouvait se maintenir toujours â la même haut M. Valter, lui, n'avait fait qu'une concession aa<si rable que le sentiment et l'impulsion qni ravaient sée : celle de N. Muller devait survivn à rélan.

La terre dans laquelle on mit les tQli|.es blanche fut ni soignée, ni amendée, ni tamisée, comme celle tinée aux fonds jaums.

La seconde année, ^, Muller s'aperçât qu'elles combraient le jardin ; la troistemt* année • elles fa placées sous une gouttière: elles fli^tirirent mal M. Aluller, après avoir montré s«s tulipes javoesi tout leur éclat, disait aux visiteurs: c Voici ce qâ il y mieux en tulipes blanches : elles m'out été données mon ami Walter. et j'y tiens infiniment. > Et qnand. minutes après, il disait : c Je ne compnjMliK pa^qi puisse cultiver des tulipes blanches. » on se trootait lurellement de son avis.

On ne connaissait que quatre roses sons le wtmm Louis XIV; aujourd'hui. Ion hocticoUeurs modestes» c qui ne donnent pas quatre ou cinq noms difereals i même rose , ceux qui ne se Ll^seut pa« aTcwIcr Tamour du nouveau et Torgueil des décoavertes, cei lent quarante espèces et plus de dix-huit cents varia Certains amateure. entrainé> par ramliilioo de poA der seuls une variété (|iielcouque, recherrhenl dans roses les défauts avec autant d>mpres«enienl qned'i très y cherchent les qualité>. Pourvu qn^aoenHei rare, elle est a^^z belle, et elle rem|*orte à lews y< sur les plus riches de forme et de coulenr, ainsi qaei les plus odorantes. Ces amateurs chorchent depû ri q ente ans la ro<e verte, la rose bleue, la race aoae la rose capuriue double.

Mrfdtimr de Gémis, qui dit avoir inventé la roaemai seu>e, donne, dans un de ses ouvrages, on prmjêdj m avoir la rose noire et la rose verte. Lt procéda est Ik simple : il ne s\gil que de jnvffer une rose sur ■■ a si< ou sur un houx. >*«»us Tavctn» essayé, et !• bons i dnané que ses ( utiles vertes H piquantes et ses corail, et le cassis a produit dVxce|i#iit CASvi*.

Tous les ms. vers la tin df mai on bruit m qu on a trouvé 1* ruMf capucine d4Mibïe : nous avons fi de loug>» trajeu pour la VMÎr, jusqulct nons m Faiii

• C.l'^nibi'i. p>iiïje t hJme.

• iViin-rc yXr. HMr; • et btaae.

' l'm.i- U«\'. i-»*»»'^f t •.tuMc.

^ C»»iltur •!. lin. .1 ji.e e* n*a9Ee.

L'HORTICULTEUR

jnïli^ï^^

jamais t ue ni double ni capucine. Quant i la rfk^ meue, c'est en vain jusqu'ici que plusieurs amnteurs remplissent leurs jnrdins du très- petit nombre de fleurs bleues que produit la nature, dans Tespoir que les abeilles portant le pollen d'une de ces plantes sur un rosierf il le fécondera, et fera naître une rose bleue. Nous avons â ce siyet des idées qui nous appartiennent, et dont nous ferons 1 essai quelqu'un de ces jours. Les roses décorées des noms les plus noirs, la nigritienne, ourikay etc., sont des roses violettes.

Les amateurs sont à l'affût des moindres différences. Ce rosier est remarquable par son bois , celui-ci par ses aiguillons, cet autre est précieux par l'absence de telle beauté, celui-ci tire tout son prix de ce qu'il n*a pas d'odeur; celui-là vaudrait bien moins s il ne sentait pas légèrement la punaise.

Plus un iujei s*ccarte de la rose ordinaire, de la rose que tout le monde peut avoir, plus il acquiert de valeur pour les amateurs passionnés.

Heureux celui qui posséderait un rosier qui serait une vigne, et qui boirait le vin de ses roses t Nous avons vu un rosier dont le possesseur explique que, depuis cinq ant qu'il l'a obtbru de semence , il n'a jamais fleuri. Homme fortuné ! plus fortuné encore si son rosier pouvait, l'année prochaine, n'avoir plus de feuilles !

Un horticulteur distingué était le curé de Palaiseau, petit village du département de Seine-et-Oise, la où mon

ami Victor Bohain avait un rosier de haute futaie grand comme un prunier, un rosier qui est mort dans l'hiver de 1858.

Le curé de Palaiseau a vécu jusqu'i rige de qvatre* vingt-deux ans , au commencement du printemps , ai

LA COUR D'ASSISES

échappés da ba^ne, des Ttariens, des désœufrés, des habitués , se pressent aux rampes de Tescalier qui mène â la salle des assises. A peine ouverte, ils Tinondent, se tiennent debout, se serrent, se pressent, se coudoient, se léfent sur la pointe du pied, s'agitent dans tous les sens, et présentent de loin comme une masse noire et mouvante d*Ott s'échappent des gestes brusques , des plaintes étouffées, des contractions énergiques cl des bruits confus de pudeur, de jurements, de langue et d'argot. Tel filou

ou tel assassin vient y apprendre comment on doU ter un témoin , éluder une question , inventer uo alibi » masquer un fait, interpréter une pénalité. Tel n'y ▼« qae par curiosité , qui en sort avec la tentation d'un crÎMe, avec un germe formé et tout prés d'éclore. La manie de l'imitation fait plus de criminels que l'appareil da juge* mcnl et la crainte des supplices n*en épouvante. La ooar d'ass'ses est une détestable école d'immoralité. Voila le premier plan, le plan du fond, l'auditoire. Le

peuple (ne profanons pas ce beau nom), la populace est debout au parterre. Les dames occupent les banquettes ou l'orchestre. Parées, aUifées, coiffées de plumes et de fleurs , elles viennent se poser pour voir ou pour être vues.

La femme du monde n'est pas méchante; mais elle est la plus curieuse de toutes les créatures de la création ; elle vit d chaque pas d*cmotions : elle se meurt d'émotions à chaque minute. Elle a un amant à cause de ses vapeurs; elle a des vapeurs à cause de son amant. Il faut qu'elle souffre pour mieux jouir, il faut qu'elle jouisse pour mieux souffrir. Elle ne redoute rien tant que les heures réglées, que la somnolence de la vie, que les molles tiédeurs du boudoir et de Tédredon. Elle est perpétuellement en quête, à midi et à minuit, au spectacle, a la chambre, au sermon, au bois, au bal, de tout ce qui peut troubler, divertir, ébranler, ravager, désordonner sa pauvre âme et son pauvre corps. Elle se multiplie dans chaque objet qu'elle touche. Elle se porte avec toute sa vie, avec tout son être, dans chaque sensation nerveuse qu'elle éprouve, et Ton dirait qu'elle n'existe plus pour le reste. Rien ne lui est obstacle. Dés qu'elle a résolu de voir quelqu'un ou quelque chose , elle le verra. Elle écrira dix petits billets ambrés au président des assises, pour obtenir la faveur d'une entrée , un fauteuil , une chaise» no bout d'escabeau. Elle s'échappe des la pointe du jour de son lit chaud et reposé, et va faire queue à la porte du Palais. Elle y restera le front au vent de bise et les pieds dans la bouc, s'il le faut. Elle s*enveloppe de sa mantille. Elle grelotte et frémit dans ses membres délicats. La porte s'ouvre, et la voilà qui se faufile, se presse, se foule, se pousse, se baisse, entre et pénétre a travers les gendarmes , les huissiers , et les robes noires des stagiaires. Elle se pend et s'accroche aux basques du sergent de ville, lui parle à l'oreille, le supplie d'une voix douce et ne le lâche pas qu'elle ne soit casée, assise, les coudées franches , le binocle i l'œil , et à bonne portée de l'accusé et des juges.

Voyex comme elle suit pas à pas le drame quisedéroule, et comme elle marche , la poitrine haletante , d'émotion en émotion ! Si le criminel a la barbe hérissée et les yeux hagards, elle éprouve en le regardant un plaisir de peur. Emotion. S'il a les joues rosées et les cheveux artistement bouclés : c Le beau garçon 1 se dit-elle tout bas, et quel dommage ! t Emotion. Si les témoins arrivent les bras pendants , ou débitent des phrases prétentieuses et entortillées, elle ritsoas son mouchoir. Emotion. Si l'accusé

sanglote , clic pleure chaudement par sympathie* Emo tion. Si quelque jeune fille s'évanouit, elle court, Tole, délace son corset et lui fait respirer des sels. Autre genre d'émotion. Mais n moins que la salle d'audience ne craque sous ses lourds piliers , celte intrépide audienciére ne quittera pas la place. Les heures coulent, la noft s'avance, les jurés délibèrent, elle attend. 11 iàut que ses yeux se collent avidement sur les yeux du criminel , qu'elle se suspende à ses lèvres tremblantes, et qu'elle repaisscsonrimedes tcrreursind 'finissablesd'uneautreâme. Il faut qu'elle recueille les convulsions de cette consdenee bourrelée. Il faut qu'elle entende et le coup de sonnelle du dernier jugement, et la sentence de mort, et le râle de cet homme dont la face se décompose, et dont la vie inl^ rieure se brise et se déchire en lambeaux. Gomme die se penche vers lui ! Comme elle prête l'oreille à ses cris inarticulés, i ses soupirs qu'il étouffe! Comme elle le suit d'un long regird jusqu'à ce que les portes do ca^ûC se referment avec l'espérance ! Alors elle retombe sor sa chaise, anéantie, absorbée dans la contemplation de son drame; l'huissier de service est obligé de l'avertir quels salle se vide et de la pousser par les épaules. Elle sort enfin, et se traîne le long des sombres corridors du Palais, rentre au logis épuisée, rompue de fatigue, les nerfi crispés et l'Ame en pleurs , et se jette sur son lit. sans songer que son vieux père n'a pas diné, et que depob le mntin sa jeune fille s'inquiète et l'appelle. Cependant cUe p^llit, elle rougit, elle frissonne, et son imagination Cûl asseoir é son chevet le condamné qui lui apporte sa télé. Elle voit la prison, les chaînes de fer, les juges, l'aœasateur, le bourreau et ses aides, et le panier gorgé de chairs et de sang , et elle pousse un cri d'homar. Digne femme I

Que font ces agrafes d'or, ces bandeaux de perles , ces fleurs, ces. gazes, ces plumes légères, parmi le lugubre appareil des cours d'assises? Est-ce en spectacle que Tae» cusé vient se donner, et le prétoire n'est-il donc qu*ia Ihéfttre ? Qui me dira qu'à l'aspect de ce raout curieux et brillant l'accusé , revêtu de l'habit grossier des prisons, ne se troublera pas, que quelque témoin ne perdra point la mémoire, et que quelque juré ne sera pas plus oecupé de l'émotion rougissante d'une jolie femme que des an* gotsses du prévenu ?

Si j'avais l'honneur d'être président de la eoor, je n'admettrais dans son enceinte que les parentes de Taa* cusé , et je dirais aux autres : c Mesdames , tant anÎNS i que debout , écoutez ce que je vais vous dire : VeM^

LA COUR D'ASSISES

c allei triccter les chausses de messieurs vos flis , ou c mettre au bleu les collerettes de mesdemoiselles vos c filles; TOUS, ayexsoin que le rôt ne brûle point; vous, < que Tos parquets soient cirés proprement ; tous , que c rhuile ne manque pas dans vos lampes, ni le sel dans c Totre soupe ; vous, nuancez de fleurs vives les paysages c de vos tapis â la main; vous, déployez sur le théâtre c l'éventail des grandes coquettes ; vous , faites des c gammes, et vous, des entrechats. Allez, mesdames, c allez , la jugerie n*a rien à voir avec les Grâces , et la i cour d'assises n'est point la place de la plus belle raoic tié du genre humain, c Huissier, exécutez les ordres de la cour! » Voilà en effet les ordres que je donnerais, et je serais, je crois, approuvé de tous les honnêtes gens.

Le président a, en outre, quelques autres devoirs se* condaires à remplir.

Laisser aux témoins étonnés, troublés du spectacle solennel et nouveau d*une assise , de leur isolement au milieu des juges et du jury, du témoignage qu'ils vont rendre et des conséquences de leur serment , le temps de reprendre leurs esprits, de se recueillir en euxmêmes et d'assurer leur mémoire et leur voix. Il doit parler aux témoins avec accentuation , égard et bonté , poser nettement les questions qu'il leur adresse, et, s'il le faut, les répéter.

Disposer les bancs de manière que l'accusé puisse voir les jurés, aussi bien qu'il doit en être vu ; car les jurés sont les juges. Un froncement de sourcil, un mouvement de lèvres, un regard, peuvent avertir Taccusé qu'il va trop loin, qu'il s'égare, qu'il se nuit â lui-môme.

Faire ouvrir de temps en temps les fenêtres de l'audience : ces précautions hygiéniques sont trop négligées. Qu'on se figure l'accusé sortant de l'humidité d'un cachot, exténué de veilles* amaigri, faible, souffrant et ayant peine â retrouver ses esprits plongés dans I air épais et méphitique de l'audience ! L'accusateur et le défenseur qui, au demeurant, font tous deux beaucoup trop de contorsions de bras et de corps, et qui lancent leur voix comme une cloche à tour de branle , sont en nage sous leur toge ; les tètes des juges , des jurés et des spectateurs s'aflkissent , et la sueur ruisselle de leurs fronts : toute l'audience est enrouée. Il faut avoir pitié de l'accusé, mais il faut avoir aussi pilié du public, et c'est à quoi l'on songe le moins.

Je m'arrête : on ne peut pas tout dire.

Législation pénale, instruction criminelle, jurisprudence , procédure, police de Taudience , composition du jury, droits et devoirs des avocats généraux et des présidents, hygiène des assises, tout cela reste un peu en ar* riére du progrés qui pousse en avant toutes choses.

La publicité, cette reine des pays libres , veille sur la France avec ses cent yeux sans cesse ouverts, pendant le repos des nuits et la fatigue du jour; elle fait, non moins au moral qu'au matériel , plus de la moitié de la police du royaume. Rien ne lui échappe, ni ministres, m rois, ni députés, ces autres façons de rois. Elle se pose i leurs côtés, et, d3 quelque part qu'ils se tournent, elle les tient en haleine, son aiguillon à la main. Il n'est pas bon non plus pour eux ni pour nous que les magistrats dorment sur leur siège.

Je suis mouche, je bourdonne et j'importune , mais je réveille.

LE MÉDECIN

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