‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 248 sur 269 · ODO · texte numérisé non relu

ODO

Le préfet de police connaît seul les agents secrets cm* ployés à la politique. C'est lui qui les reçoit, leur donne ses instructions, écoute leurs rapports et rétribue leurs senrices. Chaque mutation de préfet amène un changement dans ce personnel, beaucoup trop variable pour être étudié. Seulement, nous devons dire en passant que les espions envoyés dans les cours étrangères ne partent pas do la rue de Jérusalem. Chaque ministère a sa police secrète; celles du ministère de l'inlérieur et des Tuileries sont les plus importantes. C*est de là que sont expédiés nos mouchards à l'étranger ou dans les salons de la haute aristocratie.

Le cabinet du préfet se compose de dix-neuf employés *. Aucune pièce ne sort de ce bureau sans avoir été lue, enregistrée et portée au préfet lorsque la note est importante.

Le secrétariat général comprend un secrétaire général et vingt-neuf employés '.

La préfecture renferme deux grandes divisions : la première, occupant cent trois employés, exerce la police Q judiciaire*; la seconde comprend cinquante-deux em* ployés*.

)B * L'occupation de ces employ^Ss consiste dans roaverlare» l( renrcpistrcment, la distribution des lettres, pièces et dépêches ji^ adressées au préfet et s'élevant par jour au chiffre énorme de deax mille. La correspondance du préfet avec les ministres et les autorités pour causes politiques est faite aussi dans ce ba- " reao. La formation des dossiers relatifs aux affaires politiques, ■^ le dépouillement des pièces adressées par les agents secrets, les ài réfugiés politiques, iont du ressort de ce cabinet, où se trouve Bg en oulnfun registre qui contient le nom de tous les individus ^ F qui ont figuré dans les aflaires politiques. \^ s Dans leurs attributions se trouve : la rédaction des arrêtés , , de nomination des employés do tous les services, la formation '.^ et le classement de leurs dossiers, les demandes d'emplois et les ^ renseignements sur les candidats, les archives générales, l'ad- ^ luinistralion de la garde municipale , des sergents de ville et jg <3c8 sapeurs-pompiers, les théâtres, saltimbanques, réunions ' publiques, lôtes^ jeux, afiicheurs, crieurs publics, cultes, Télat «ivil, le timbre, les débits de poudre, les déserteurs, etc.

< Dans ses bureaux sont les archives des arrêts et jugements

V«ndu9 en matière criminelle dans toute la France depuis cent

"^ingt an«, les crimes et délits, la sûreté publique, les forçats,

"^•gabonds, mendiants, brocanteurs et cbifTonniers , la garantie

^es matières d'or et d'argent, les laminoirs et balanciers, Texa-

men, l'interrogatoire de tout individu arrêté, si mite en liberté

et son renvoi au procureur du roi. Un individu arrêté est d'abord

conduit au dépôt de la préfecture , où il ne reste jamais plus de

Tingt-qualrc heures ; il est interrogé par un commissairede police

md Aoc, renvoyé s'il n'y a pas lieu à suivre , ou conduit devant

nn juge d'instruction s'il y a lieu. Les prisons, les maisons d'ar.

rêt, de correction, de justice, de force, de détention, de régime

pénitentiaire, dépendent encore de cette division , ainsi que le

- bureau de mendicité, le di-part des chaînes, les passe-ports, les

s ports d'armes, les livrets, les permis de séjour, les hôtels garnis

et les logeurs.

* Ce sont ceux qui veillent aux approvisionnements des halles B at marchés, aux cimetières, exhumations, ^>pidéraies, poids et s- mesures, à la Morgue, la Bourse, aux bateaux à vapeur, bains .a aor rivière, navigation, marchands de viu, traiteurs, charcutiers, m Cliantiers de bois et charbons, édifices publics et carrières, netc toiement, éclairage et arrosage de Paris, égouts, puits, fontaine H es, aqueducs, voitures publiques, roulage, professions des nié- '.. «l^ecins, chirurgiens, sages-femmes, herboristes, droguistes, . ^■*«0ièdes secrets, eaux minérales, etc.— En dehors do ces deux ' ^irisions, on doit placer la comptabilité, qui occupe douze employés , le bureau det archittctet «1 eommi*tairt$ de la petite ^9oirie, composé de treize architectes experts , la caieee et ses ^nse employés, et le conseil de talubrité (orme de huit médecins, chimistes et pharmaciens. Cent quatre-vingt-dix employés sur- ^^eillcnt et perçoivent les droits dans let hallee el marchés; lee courtière gourmets piquewrs de vins, au nombre de quarante,

C'est de la première division que ressort le bureau des mœurs, triste séjour où viennent aboutir bien des existences de femmes amenées a cet état de dégradation par la misère, le vice ou la coquetterie. Souvent il y a pour premier échelon d leur douloureuse position un somptueux hôtel, des jours de luxe, des nuits de plaisirs, et pour dernier degré la honte, la misère et le lit douloureux de rhôpital, où la main d*un ami vient si rarement presser celle de la mourante. Elles viennent, les malheureuses, oublieuses du passé, insouciantes pour l'avenir, chercher à leur tour une place pour leur nom , pour le nom de leur famille, sur ce fatal registre qui grave une tache étemelle de boue sur chaque nom qui s'y trouve marqué.

Cependant on les voit arriver là sans regrets, sans pudeur, sans remords; elles sont jeunes, elles sont belles, leur voix est pure, leur regard doux et tranquille; elles ont souvent à peine seize ans lorsqu'elles s'empressent ainsi de solliciter un brevet d'infamie. Quelle douloureuse mission que celle de flétrir malgré soi tant d'existences que Dieu avait faites si brillantes ! comme il faut que les hommes de cette administration soient purs par leur caractère et dans leur existence, pour que la malignité publique n'ait aucune prise sur leur conduite! Parmi ces jeunes filles , il s'en est trouvé souvent qui n'étaient qu'égarées, que de sages conseils ont ramenées â la vertu ; mais si les hommes qui sont à la tête de cette dangereuse administration n'étaient pas honorables, s'ils abusaient de leur position pour profiter du vice, s*ils se servaient de leur ascendant sur ces pauvres filles en faveur de leurs passions, alors une telle organisation, loin d'être salutaire, deviendrait monstrueuse et ne servirait plus qu'à la corruption.

Bien que ces femmes, une fois admises sur le registre, soient â jamais perdues pour la société , la police s'est pourtant préoccupée de leur sort. Elle a compris qu'elles seraient chaque jour par leur position confondues avec le restede la société, <|u*elles vivraient, malgré leur honte, dans la vie commune , et qu'elles deviendraient dangereuses si elles n'étaient l'objet d'une surveillance assidue. Depuis douze ans , l'administration s*est constamment efforcée de les renfermer chex elles, de les cacher an regard de tous , de leur interdire l'accès des promenades publiques, oti, par leur présence , elles exposaient les honnêtes femmes aux insultes des passants. 11 n'était plus possible, comme au moyen êge, de leur donner une toilette distincte : c'eût été les enseigner i tous ; la police fit mieux, elle ne les toléra que sur certains points, et veilla sévèrement à ce que leur mise fût toujours convenable. La moindre infraction est sévèrement punie; un pouvoir absolu sur elles est donné au préfet , qui peut les condamner à plus d'une année d'emprisonnement, et des agents spéciaux, chargés des maisons de tolérance, veillent sans cesse sur ces femmes et sur les fillei intoumises, qu'ils conduisent au bureau des mœurs pour requérir leur inscription.

Ce n'était pas assez de maintenir l'ordre dans une classe aussi dépravée , il fallait encore songer â la santé de ces malheureuses. Le dtspenjatre fut créé, et dix médecins furent chargés de ce pénible service, dont l'utilité ne saurait être trop appréciée. Toutes les femmes , soit en maison, soit en carte, passent chaque semaine sous l'examen minutieux du docteur qui se rend auprès d'elles

dégustent les vins qui arrivent, et empêchent la fiilsification. Ensuite paraissent les employés de la navigation eS des parle, le contrôle de la halle aux grains et farine, des bois et charbons, de la fourrière, le personnel dos prisons, ele.

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