LE NAITRE DE CBADSSOII
8*einbrasscnt pour montrer qu'ils ne se gardent pas rancune, et n'ont aucun fiel dans le cœur. Cette coutume a quelque chose de loyal, de touchant, et doit prévenir Lien des querelles. L*agilité et la prestesse des maîtres Liltonnistos sont rcellcnient effrayantes. M. Lecour exécute en une minute des carrés composés de vingt coups sur chaque face, il a mcnic été jusqu\^ deux cents coups de bîllons à la minute, ce qui est [irodipeux; Ton ne voit pas le bâton, on rent<nd seulement siffler.
Les assauts de savate viennent ensuite. Les coups de pied, les coups de poing se suivent et ne se ressemblent pas, mais ce spectacle n'a rien de repoussant, les mouvements sont si justes, si précis, si bien raisonnes, si Lien calculés, que toute idée de do«ilcur est éloignée : on croirait plutôt assise r à une leçon de voltige qu*& un combat; les temps d'arrêt, les coups de pied exécutés par Lecour et sou frère, sont aussi gracieux qu'un temps d'arabesque de Perrot, le merveilleux danseur. Les combattants, suspendus au milieu d'un tourbillon de bras et de jambes, semblent ne pas tenir à la terre. Âuriol n'est pas plus vif, plus pétulant et plus allègre; et cependant ces mouvements si prompts, si lestes, sont d'une force prodigieuse: le plus faible de ses coups vous renverserait.
Voici quelques-unes des poses qui se prati(|uent. On donne des coups de tête dans la Ogure et dans l'estomac : pour cela on saisît l'adversaire par le collet ou par la tète, et en l'attirant vers soi on lance le coup.
Si votre adversaire court sur vous, vous placez le coup de tête dans l'estomac, vous lui saisissez en même temps les deux jarrets pour le renverser ; quelquefois, comme une arabes(|ue fantastique, comme ers parafes à main levée que l'ou fait au bout d'une page dont on est content, vous le faîtes passer par-dessus votre tête, et vous l'envoyez, en manière de fioriture y décrire une parabole derrière vous.
Ce coup, comme toutes les bottes possibles, a sa parade : en l'exécutant, vous pouvez être saisi par la nuque: plié â terre et recevoir sur le nez un coup de genou ou un coup de poing fourré.
Il y a aussi une infinité de moyens pour jeter son homme par terre : le passement de jambe du jarret et le passement de jambe du coude-pied. Le premier se pratique en croisant la jambe derrière le jarret de l'adversaire, que l'on saisit simultanément par le colr on tend le jarret vigoureusement, on le pousse, il perd p.ed, chancelle et tombe ; dans le second cas, l'on pose
son pied derrière le talon de mb m fit soi par un mouremeDt de Imsqae oeaii ^ avec le coude-pied, et il tombe £wm ni la encore tréMisément renTencr qed^^n o un tour de clef à la cravate, d en In fM sous le jarret, ce qni lai bit perdra ré^aui
Nous écririons on Tolnme n wws «OBiîi toutes les rases et toutes les ressoerto à Toutes les attaques soDt premes et i
Si un homme tous atUqve et toi let, vous lui saisissez le poignet à den faites un revers sur les talons : le coadeè se trouve placé sur votre épaaie; tods Cote qui lui rompt le bras placé à fou à Ytiùa saignée.
Si un homme très- vigoureux voascalOiRdi que vous ne puissiez vous d^ger, appliqa»4 de la main sur le menton ou sur le ocs. psv k la tète en arrière ; la douleur qu'il cpron atroce, q^i'il lâchera prise sor^Ie-chanp,
On tient aussi la tète de son aola^îMc m en parapluie, et on lui fourre des tcriei à poing dans la figure. Si, en lançant un eoipii vous avez la jambe ramassée, faites as rav tomberet en équilibre sur vos denz diîm: ai de pied dit Ump9 éTarrêt est si vite pisé. « est si violent, qu'il n*y a guère de dai^éet
Quand ces coups sont portés sérienst-nerici nues, ils sont de nature à causer des bkn», même la mort.
Vous voyez que la savate est une sdatt f qui exige beaucoup de sang-firoid, de léleiis. cul, d'agilité et de force; c*est le plas knin ment de la vigueur humaine, une lotie m$m mes que les armes naturelles, et oé Tas Vfrtj être pris an dépourvu.
Ce spectacle est tellement attn|abfB|b grns du grand monde font dans lôr i salle où ils s'exercent eux-mêmes, | faire assaut entre les maîtres de i assaut chez lord S... avec Loze, la [ Bordeaux; et M. de W... a une salle sa «l élégants de la loge iorernale du < aussi chez M. le due V .. Michel FioeBit çons au duc d'Orléans. La savate est i naillée, et prendra dans les pennoBH la gymnastique et de l'c
LA LAITIERE
JOSEPH MAINZER
eporlcï-vous par la pensée au temps où vivail le bon la Fontaine (nous en sommes tl jâ bien loin par les minées, et plus encore l'nr les mœurs!) : depuis la triste mésaventure dent il s'est fait rbislorien, Perrctte a disparu; elle s'est enfuie avec les débris de pot au lait. Son costume gracieux et léger, sa pbysioie ouverte, son allure dégagée, sa naïve ambition, nom même, elle a tout emporté avec sa simplicité i les montagnes de la Suisse. C'était une pauvre anne , vivant laborieusement à la campagne du trade ses mains. Si elle venait tous les jours à la ville, ita pied, dans ses moments de loisir; le lait qu'elle portait était le superflu de sa nourriture, elle le li- , à ses pratiques aussi pur qu'elle l'avait reçu le n des mamelles de ses vaches : le produit consti- , ses petits profils. Qui lui eût dit qu'un jour la dé- •erte du café donnerait à son obscur commerce un si igieux accroissement? que ses successeurs seraient imbreux. qu'à toute heure de la journée on les trou- It, sous diverses formes, sur tous les points de la cae : ici, assis au seuil d'une porte; là, circulant dans iiartier; plus loin, établis à grands frais derrri ère gants vitraux ; que dis-je? passant même bruyarat dans les rues, et montés dans des voitures, avec inscription aux deux côtés: Laiterie Sainte-Anne? combien tout a changé dans cette progression ra-
pide : industrie, marchandise, individus! Il ne reste plus rien de la simplicité de Perrette; sa mélodie seule nous a été conservée. La voici :
Qui veut du Uit
II y a des laitières dans tous les pays civilisés. A Londres, les milkmen , ou milk-women, traversent les rues de très-bonne heure en portant sur leur tète un grand pot de fer-blanc, et en faisant entendre ce cri perçant : Milk-oh! milk-ohl
Mi oh
oh ! mi oh !
La manière dont elles prononcent ces mot8:m!-o! mi-o ! les fait ressembler au miaulement d'un chat. Un Français a dit spirituellement que ces honnêtes marchands de lait voulaient dire apparemment mi-eau! mi-eau I tout en déguisant la vérité sous une forme étrangère.
On peut diviser en trois classes la grande famille des laitières. Si l'industrie est la même, le mode en est dif-
LA LAITIÈRE
férent, et la distinction s'établit mieux encore dans les mœurs.
La laitière de la campagne habite un village situé quelquefois a quatre ou cinq lieues de Paris : tantôt elle est attachée à une ferme, à un château, tantôt elle exploite pour son propre compte. Elle se lève à une heure du matin, elle attelle un vigoureux cheval à sa charrette, dans laquelle sont rangés avec ordre, et entassés dans la paille, les énormes seaux de fer-blanc qui renferment la consommation du vulgaire et les petites boites rcservces des pratiques privilégiées. Elle s'entoure la Ggurc d'un mouchoir, couvre ses épaules du mantelct gris à bordure noire, s'installe sous le dôme de toile de sa voiture , donne le signal du départ a son fidèle coursier, qui connaît parfaitement la route, penche sa tète sur sa poitrine, et s'endort. Toutes n*ont pas la même aisance, ni les mêmes agréments. Souvent la charrette n'existe que dans les vœux de la laitière ; il faut aussi qu'à la place du cheval elle se contente d'un Ane, aux flancs duquel elle attache deux paniers; mais elle trouve encore le moyen de s'asseoir et de dormir sur la croupe de son modeste quadrupède, dont l'instinct, pour la conduire, n'est pas moins sûr que celui de l'aristocratique Bucéphale. Le jour commence à peine lorsqu'elle fait son entrée a Paris , et elle arrive sans encombre dans le quartier de sa résidence , a la place qu'elle occupe de temps immémorial, et dont personne, si ce n'est quelquefois la police, ne lui dispute la paisible possession. Elle s'installe avec son bagage de boîtes, de seaux et de mesures, à l'angle d'une rue, sur le devant d'une boutique d'épicier, ou de marchand de vin, à l'entrée d'une porte cochére, et là, elle attend gravement que ses pratiques passent devant elle, comme des vassaux soumis devant leur seigneur. Tour à tour se présentent la jeune fille au regard vif, la vieille au front ridé et à la démarche chancelante, le vieux garçon coiffé de sa casquette à visière, et l'enfant qui boit sans cérémonie son sou de lait dans un des couvercles de la laitière. Tous se plaignent: celui-ci de n'avoir pas eu bonne mesure la veille, celui-là de ce que son lait était trop bleu et trop clair; un troisième jette feu et flammes, parce que, son lait ayant tourné, il a été obligé de se passer de café; mais ils n'en rapportent pas moins tous leur boîte et leur argent. Chez la laitière . tout est uniforme ; on dirait que sa vie entière est soumise à une loi géométrique. Depuis vingt ans, c'est toujours le même costume, le même fichu, le même petit bonnet rond et plat; c'est aussi la même prestesse a faire voyager la mesure de sa boite au lait à la tasse de la pratique, de manière à escamoter à son profit une bonne partie du liquide; chaque jour sa distribution commence et unit aux mêmes heures; que son commerce prospère lentement ou avec rapidité, elle n'en a ni plus d'élégance dans sa mise , ni plus de morgue dans sa démarche, ni moins de régularité dans son travail. D'ailleurs trop de considération l'entoure pour qu'on aperçoive en elle de telles faiblesses ; son royaume est restreint, mais elle y régne en souveraine. Bien qu'elle reste invariablement à son poste, rien de ce qui se fait autour d'elle ne lui échappe; elle a partout sesafûdés et ses espions, sans que cette police vigilante soit pour elle le motif d'aucune subvention secrète ; elle connaît l'intérieur des familles sans jamais y pénétrer; de la cave au grenier, elle pourrait faire mieux que personne l'inventaire financier et moral d'une maison : c'est la gazette vivante du quartier. Pendant que les maîtres sommeil* lent, les bonnes viennent se grouper autour d'elle ; le cercle se renforce d'enfants et de vieilles femmes, espèce essentiellement indiscrète et bavarde; elle est le point
de mire de tons les regards» le ecalre et t fidences; elle prénde. Après qa'clk a i aventures roiracaleoses arrivées la campagne* elle écoute à soo toar. afln 4e ponv ter au village des Doavelles de Paris, loit fnk soit découvertes, et les projets du goaTcmaes. probation on le mécontentement da peuple. Ces son siège que se fait entre les bonnes an bei échange de propos de tonte natare; ckacsse no qu'elle a entendu ou cm entendre dire à m k qu'elle a vu ou cm Toir, ce qu'elles poué, 9 1 a rêvé. Une fois la pierre lancée, qai uH a s'arrêtera? Chaque comére lait son obscmài commentaire; l'imagination féminine m fr4 mais à moitié chemin. Politique et religîu, ôà* fer, amour et haine, tout se confond, s'cnM surtout grossit en ronlant comme la boale it iq pois viennent les prédictions, pour IcsqieDaîfy a tant d'amour : on devine» on explique, os lÊn suites, les conséquences, la fin dechaqae ckw; ■ pose, d'un coup de langue, et du globe et dsfiin Après quoi la laitière, pliant donoemcnt kp|L 1 tire du même pas que la reille. pour reooaaovk demain.
Mais il est rare qu'elle s'en retourne i nicai.i ses fonctions de laitière, elle cumule ceOs k u gère. Au village, chacun la charge de ses naaàm de ses achats : l'habitant du château, cdm àkk le jeune homme et la jeune fille, lui eoêSmJÊ^ missions les plus secrètes. Elle s*en aeqaillianf et avec autant de discrétion que le factcsridiiri sur lui l'avantage d'arriver plus tôt le ■Mn.aèi porter plus vite la réponse, même nrkaknitf facteur ne se charge pas. Toulelblses sTalyBiri ment de commissions, de messages à'ammékïÊt doux que la laitière charge sonlne. SHdsrin voiture ; souvent elle rapporte encore di hoflfe; fumier qui doit fertiliser son champ, b édî^il quelques donceurs. en lait on en oràM; cb njjii quelques-unes de ses pratiques la psille êêXImkm l'ctable. Si vous aves habité, pendant h Uk à Nogent, Joinville, Saint-Maur, Chsifif, ■fdjj autre village sar la route de Paris» vous ski A«ri laitières arriver par files de PSuis» vcn kaAni^l l'une assise enfire ses bdtee» l'antre ctfsHMpf et de pou de fleurs, et la plupart jochtaHràia ceaux de fumier.
Dès qu'elle a quitté la me. une ailn sIb^I la laitière ambulante commenee sa •omés.OM bite ordinairement les faubourgs de Fin» es taA qui en sont le prolongement. Comme h |nÉto|i ses quartiers de prédilection, ses liahiluii.aipj^ mais ce qui se passe, ce qui se dit rWnm|V curiosité ne va pas au delà de son eammoe^Ml sa matinale devandére choisit on piinlf<i<ii elle parcourt de toute la vitesse de sh ctalM âne, et quelquefois de ses jambes^ le fHtivMl s'est adjugé le monopole, s'arrêtait, sfss mitfl leuse ponctualité, touk les jourt détail las Ékm tes; et il n'est pas une me» qndqne igMrisfMi pas un coin, une fanpasse. qu'elle ne esaria^^ site. Son cri perçant et r^|»élé :
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Qui vent du Ut*
LA LAITIÈRE
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Dte de h base au sommet, et varie suivant la proronnr du corridor ou la hauteur de la maison. A chaque Ition, elle ne s*arrêle que le temps slrictf^ment nécess; elle sait le nombre de ses habitués de telle cour, I telle maison, combien ils ont d'étage à descendre, et î|à ses mesures sont prêtes, car elle a aussi une con- Bnce exacte de tous les besoins.
' La laiterie n*était autrefois représentée que par ces fe^az classes, la laitière stntionnnire, et la laitière ambulaunte : la première apportait aux Parisiens leur déjeuner; ^ seconde répondait aux besoins du reste de la journée; Mt le débit de celle-ci, loin d'élre préjudiciable au comfltoerce de celle-là, pouvait plutôt en être considéré Éomme le complément. Elles partageaient sans rivalité, tans haine, une royauté qui leur appartiendrait encore Utijourd'hui si l'avidité ne les avait malheureusement fait ftotrcr dans la voie dangereuse des abus : ce sont les llbus qui tuent les royautés les plus anciennes et les mieux établies.
Les consommateurs se plaignaient chaque jour amèrement de voir se reproduire pour le lait le miracle des SlDces de Gana : les cupides laitières firent la sourde Mireille. La concurrence, toujours à TalTut des bonnes oc-
casions, fit un matin irruption dans les rues, sema en *^uise de harangues des milliers de prospectus, dans lesquels elle promit monts et merveilles, et la révolution fut accomplie. De rapides voitures sillonnèrent Paris dans toutes les directions, transportant, dans une multitudes de bouteilles en fer-blanc, soigneusement fermées et scellées, les produits de la laiterie Sainte-Anne et de la laiterie des Familles. Le consommateur y gagna-t-il? Oui, d'abord : quelle est la révolution qui ose, dés le principe, mentir à son origine? Hais Tamour de la vérité m'oblige à dire que le programme des laitiers novateurs ressemble aujourd'hui à une foule d*autres programmes.
Il y a des degrés dans la hiérarchie des laitières comme dans tous les états. Quelques-unes n*ont à vendre que le lait qui leur est fourni par une vache ou par une chèvre seulement; tandis que d*autres, regardées d*un œil plus favorable par la capricieuse fortune, possèdent, soit dans les environs, soit dans le cœur de Paris, de vastes étables où se pressent douze, vingt, trente, et jusqu'à quarante vaches. Les propriétaires de ces établissements se sont décorés du nom emphatique de nourrUseuri. Ne croirait on pas, à entendre un pareil nom, qa'il s'agitda
LA LAITIËRE.
rhomme au petit manteau bleu, de ces philanthropes qui portent à domicile le bouillon, le lait et la bouillie, qui nourrissent le pauvre de leurs épargnes, et se sacrîflent au bien-être de l'humanité? Rien pourtant n*y ressemble moins. La femme du nourries ur va à Tétable avec ses seaux, les reins entourés d'une jupe, la tête coiflëe d'un capuchon ou d*un mouchoir, ayant les manches retroussées, les jambes nues, les pieds chaussés d'énormes sabots. Assise sur un escabeau, elle trait ses vaches, et se fait aider par quelques scnantcs. Vers le matin, elle se met en roule avec son équipage, s'installe à la place qu'elle a adoptée, et envoie ses filles dans d'autres quartiers, non sans avoir calculé d'avance combien de gouttes renferme chacun des pots qu'elle leur confie, y compris l'eau, et combien elles doivent lui rapporter de pièces de vingt sous, de décimes et de centimes.
De la femme du nourrisseur, de la véritable paysanne à un di gré plus élevé, la distance n'est pas aussi grande qu'on pourrait se l'imaginer. Le nourrisseur se trouve aussi établi en qualité de restaurateur dans les rues et les passages de Paris, et sur sa boutique on lit celle inscription : Laiterie suisse. L'i, vous pouvci aller déjeuner ou di..er pour quinze ou vingt sous : le lait et les œufs y forment la base de vr.'tre rcpns. On vous y sert une soupe au lait, du lait et des œufs pour entremets, des œufs et du lait en guise de rôli, de salade et de dessert. De longs prospectus imprimés, de grands programmes alficliés sur la porte, vous préviennent qu'il n'existe pas au monde de nourriture plus saine que le lait et les œufs, et que les poitrines sen^bles, les constitutions déliciles, ne sauraient mieux faire que s'adresser à la laiterie suisse.
Entre la femme qui fait paître sa chèvre sur la lisi('Te des foss/'s, et la laitière de premier ordre, il y a autant de gradrilions qu'entre l'usurier à la petite semaine et l'agent de change : la dcrnii're peut arriver à cinquante mille francs de rentes, tandis que l'autre, menant ellemême sa chèvre au pâturage, ne gagne pas assez pour payer le garde champêtre et ses procès-verbaux, aussi réguliers que le loyer.
Le luxe, qui semble aller croissant à mesure que grandit la misère du peuple, n'a pas manqué d'exercer aussi son influence sur celle innocente et candide industrie : la femme ou la fîlle du nourrisseur s'est faite dame de magasin. Un jour, derrière un comptoir élégant, au fond d'une boutique où s'entassent par milliers des œufs blancs comme la neige, où le beurre se présente, selon le caprice de la marchande, sous mille formes variées et a[>pétissantes, tintôt en pyramides, tantôt en étoiles, et offrant l'image de bras, de jambes, de petits bonhommes tout entiers, où le lait, remplissant jusqu'aux bords des vasésd'um* exquise propreté, aiguillonne le désir par une apparence, hélas! trop souvent trompeuse, vous retrouvez celte Ogure fraîche et vermeille, ces yeux noirs, col affiible sourire que vous connaissez si bien. Mais autres temps, autres mœurs. La métamorphose est complète; et, si vous levez un peu la tête, vous lisez en lelUvs d'or ce seul mot, qui porte le secret de ce changement, et qu'on dirait placé là comme une ironique auliplirase : Cuémièp.e.
La crôniiiTe n'a rien, pas même un souvenir, de la laitière que vous connaissiez jadis. Avant de passer de la rue au magasin, elle a secoué sur le seuil la poussière de ses pieds; ce qu'elle était hi»r, elle le dédaigne aujourd'hui : son costume, son langage, sa voix même, tout a changé av«c une facilité qui lient de la m;igie; ses cheveux, jadis emprisonnés ou flottant avec désordre, se parlagenl en bandeaux sur son front; un collier brille à
son coa;1eo rii|M a rèiâé
nos; an tablier i : détone n taiDc mains, ont pris nae conleiir crémière est arenante et gradeue, aao pi i h niére de ces dames de comptoir qui ssal p0«ii ou trois francs par Jour poar être aimblstf « mab par caractère, par position. En pownU^j trement? Son commerce prospère, sa icfate^ dent, elle réalise de gros bénéfees. et je sej^ii que vous ne la rencontriex nn jour, anat pai^ dans une loge d'opéra, on élendw sv b ■% coussins d'ane roitnre, arec pins de DitanlnCh don que la bourgeoise de la Chanssée^Aslik
Mais la crémière et la laitière, la j petite induiOrie. si différentes par les I res, se rencontrent tontes dans le i damental. (Test entre elles comme u ( one foi jurée, une espèce de mot d'ordre, ànj çonnique. Qnelqoe précantion qne 100 mpi^ quelque degré que tous en élevici Toiinhi kjH le lait. s*il a passé par lenrs mains, ne vaiiiim| mais dans sa pureté natire, et, depuis Tm'pf^ mélange de farine cl de janne d'ceaC. H an ^| nombreuses injures. A Paris, où tout se miÉ^ chiffres, on devrait calculer de coDhiea h omh tion du lait est supérieure an produit, et i^éâU 1res preuves, la conrcience de la laitim aiAvJ certainement pas â celte inflexible logi^
Les laitières et les marchands de via < d'analogie, en ce sens que la lâlsilcatioB, m. m l'expression consacrée, le teptAnr, eri lepéb^ positif du métier. La cupidité est une puns'mi née dans une certaine classe de commaoÊKêé raisonne si peu, que l'on a tu PappU éi'pMi cruels les caractères les pins inoflensift. AniltaiÉ des laitières mêler â nn lait bapiisé de koàm de la chaux, pour lui donner une sorte ànH| sans compter qu'elles ne font pu moîaimvill provisionnemenl de leurs pralîqnes le IdlkaBl malades, dont le nombre est souvent CHÉriàl en est résulté plus d*une fois à Piuis éepniiÉ dies, qui, en attaquant snrtonl lesenfMbiènhV tagefait la principale nourriture, ont jeté Idnaiil désespoir dans le sein des familles. Les jsnmV saieot bien par insérer quelques aria taittwAi de l'Académie, soit de quelque savant CHiâ|i hasard à la découverte dn méfait; manilèMn|l et mainte maison arait payé, sinon par la aatai par des coliques et mille antres îneoaaHilnii se serait passé volontiers* son tribut à nanam gardiens de la salubrité publique. LachiKcrtfM assez grave pour qu'on s'en oecape : najarti nous en sommes persuadé, on on daigncn ùê^ sérieusement; mais, pour que r«tlealNniBl« éveillée, il faudra sans doute que qaelqnalmth naire ait été frappé de prés, cl dens ses yhiài fections. Dans une ville de prorinee, dontjtaii pelle pas le nom, on a publié nagncreveafe qui devrait être suivie dans tontes les pmàn i qui serait paifailement de eireoostancs k M désignait des experts pour reinmea da Ut : laitière était tenue de se aoamcltre à kar 1 première réquisition, et le oonoMm élul â !■ interdit à celle dont on trourait le lait 1
Au commerce de lait se mtteclie d*nne 1 celui des fromages, depuis l'd surnommé fromage à lapit^ ^ Marolles, si cher aux bureurs.^
U LAITIÈRE
i fromage blanc, grâce à son prix, qui le met â la ie de toutes les bourses, est devenu d*un usage si hra], qu'on le rencontre d^ns tous les marchés et sur ilaUges de toutes les fruitières. Les crémières, pla-
plttt haut sur Téchelle, se sont réservé le débit du Mge à la crème. Elles savent lui donner toutes les 0t» celles d une étoile, d*une tourelle, et même, il*OD peut considérer comme le chef-d'œuvre de Péjromantique , celle de cœurs mi-partis de rose et de s, nageant dans une sauce jaune épicée de cannelle t sucre. N'est-ce pas là une preuve qui témoigne des ré» sentiments de notre époque en général, et de
des crémières en particulier?
speodant le fromage â la crème est aussi crié dans ^Ms par des marchands ambulants, qui, du matin au .. le font voyager dans leurs paniers» en compagnie flis NeufchÂtel, qu'enveloppe sa One robe de papier •le. A propos de fromage de Neufchâtel, nous pour- S demander ici à quel titre, et si c'est par amour SÔBtraste, que, depuis quelques années, les charcu- I se sont avisés de faire Ggurer au milieu de leurs bctîons éminemment salées et poivrées ce produit le io'^ootestable douceur. Le fromage à la crème SODce par une jolie petite mélodie :
TnTi
 la crôm'I fro-mag* k la crém' •
èA vous l'entendez, vous pouvez dire : les primevéaommencent à s'ouvrir, les champs se couvrent d*ar- Bs et de fleurs, le feuillage des forêts se déroule, le UoD sillonne de son vol incertain l'air parfumé sur 3rd des ruisseaux, Ihirondellc est de retour de son Toyage d'outre-mer, et a biUi son nid sous le toit litsiier du fermier. Cette mélodie est aussi fraîche que
le premier sourire de la rose pompon qui s'onvre ; elle frappe aussi délicieusement notre oreille que le parfum du muguet notre odorat. Ajoutez à cette touchante mélodie la voix pure de la jeune et jolie fille qui vient la chanter sous votre fenêtre, et vous aurez une image complète de la jeunesse et du printemps; vous vous sentirez vous-même rajeuni ; votre esprit se reportera aa temps de vos plus beaux jours, et vous vous écrierei^ comme je me surprends à le faire quelquefois : c Quel charme dans l'air du printemps! Quel attrait dans la voix de cette jeune fille! Quelle puissance dans sa mélodie, même lorsqu'elle chante le fromage à la crème! »
Ce n'est pas de nos jours seulement que les fromages sont criés dans les rues de Paris. Il en est dont la célébrité remonte aux douzième et treizième siècles, tels que ceux de Brie et de Roquefort, les fromages à la crème de Montreuil et de Vincennrs, que les paysannes apportaient a la ville dans de petits paniers de jonc, comme on le fait encore aujourd'hui. La haute réputation du fromage de l^larolles date aussi de plusieurs siècles, car l'abbé de Marolles, dans une traduction de Martial, qu'il publia en 1635, y ajoute une très-longue liste de tous les fromages de France, parmi lesquels figure naturellement le fromage de Marolles. D'anciennes gravures nous représentent le marchand de ce précieux comestible avec une longue barbe descendant sur la poitrine, une hotte sur les épaules, et un panier au bras; Tune d'elles est enrichie de ce quatrain :
Pour fiiirc trouver le YÎn bon. Et dire les bons mots et les Qnes parolcf, Au lieu de tranches de jambon, Prenez fromage de Marolles.
Voici, sur ces fromages, deux des mélodies qui courent aujourd'hui les rues; la première est la plus vulgaire, et, outre qu'elle est plus mal chantée, elle n'a pas autant de couleur mélodique que la seconde :
Fro - mag* de Ma - roll',
oon Ma - roU' 1
Fro-mag'Ma - roll', fro-mag' Ma - roll'
b Yfelllard, qui se tenait dans les environs du Palaisal et du passage Véro-Dodat, attira longtemps l'ation des passants, tant par lui-même que par la sinére mélodie qu'il avait adoptée. C'était un bel ime, ayant un extérieur imposant, une figure noble Expressive, les cheveux d'une couleur argentée, pure out alliage, il avait la tète coiffée d'un bonnet de
coton aassi blanc que sa chevelure; le tablier qui ceignait ses reins était, ainsi que tout son habillement, de la plus appétissante propreté. Son bras gauche était pas>é dans l'anse d'un panier; de la main droite il tenait un bAton, et, pour allumer la convoitise des friands, il adaptait à son cri de : Fi omage à la crème, fromage de Neufchâtel, la mélodie suivante :
Fromige à U crêm', fromage è la crê
FFF^
- - êm't
-j^L^Lh^^
Bon * fro - mag' de Nea - châtt' *
LE SERGENT DE VILLE
ARMAND DURANTIN
Ati^é4i^'
I y a dans notre monde civilisé de CCS plaies tellement vives , tellement hon« tenues, que le cœur se sou lève de dégoût rien qu'à les voir; il est de ces cloaques dont l'impureté réle assez pour que Ton tremble en mettant le pied le seuil de leur porte; il existe quelques classes llines dont le nom seul est une insulte, une igno- By un fer rouge qui se grave ineflAçahle, comme les terribles lettres T. F. sur l'épaule de galérien, i fallu du courage à Parent-DuchAtelct pour visiter goats ténébreux de la capitale, il lui fut nécessaire troir plus encore pour Tranchir la porte de ces re- S impurs, de ces égouls parés de guirlandes flétries DO voit trôner en souveraine la prostitution dans la irne Babylone.
Ml dans les grandes villes comme Paris, que toutes lisérés de la société viennent se cacher. Ici, la déhe qui jette un regard de convoitise sur la jeune , U, les tripots secrets du jeu qui présentent aux imeots, aux gens usés, un lucre facile et des émotions isantes; plus loin, le vol, le meurtre, qui se cachent Tombre, vous attendent au passage et vous dépouilavec le Cjinisme révoltant des voleurs modernes.
Pour se défendre contre de semblables ennemis, il fallait à la société une arme terrible, une puissance occulte, active, vigilante, qui fût toujours là, sur tous les points, à toute heure, en tout lieu, pour voir, »iisir et frapper le coupable. La société étant impuissante d se protéger elle-même, sa sûreté devait nécessairement devenir Tobjet des soins empresses de tous les gouvernements.
La police fut établie.
Invisible réseau, géant aux mille bras, aux mille oreilles ; fantôme à la marche ténébreuse, la police est là qui, nuit et jour, veille sur la cité. Pour elle, jamais de repos, jamais de nuit. La fin du jour n'amène pas la fin du travail, elle lui apporte un nouveau labeur. Sa tAche est celle des Danaldes; c'est une tète qui conçoit sans cesse, et dont les bras sont toujours en activité. Sa pensée est constamment éveillée, ses mouvements se croisent sans jamais s'arrêter. Les fêtes se succèdent pour nous, sans qu'il y ait de fêtes pour elle; les plaisirs passent près de nous, nous entraînent, nous enivrent;... il lui est défendu de jamais s'y mêler. Il faut qu'elle nous protège et soit à chaque instant prête à crier d ses agents, comme les hommes d'armes du moyen âge : c Sentinelles, veillez-vous? »
Si la police s'arrêtait un jour, la société serait perdue: vous verriez surgir au milieu des places publiques ces hommes dont Paris môme semble étonné ; qui paraissent sortir des entrailles de la grande ville, que l'on voit seulement dans les tristes jours où l'émeute promène son drapeau sanglant, et qui sont vomis des cloaques de la cité; alors le pillage, le vol, le meurtre^ se dresseraient
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LE SERGENT DE VILLE
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