‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 26 sur 269 · L. COUAILHAC · texte numérisé non relu

L. COUAILHAC

a mère d*actrice 8*ap- .nelle assez généralement diadame de Saint-Robert.

Elle a cin((uante ans, les restes d*un cœur sensible, et une flUe sur la (èle de laquelle reposent toutes ses espérances. — Madame de Saint-Robert est — ou une ancienne soubrette de comédie qui a longtemps fait les délices Ue Vuryie-rraiiçais, de Quimper-Corcntin, d*Oude- Dardeet autres villes de cette importance, — ou une coquette émérite qui avait obtenu un bureau de loterie, sous la branche aînée» par la protection d*un vieux chevalier de Saint-Louis, et qu'un vole de la Chambre des députés a chassée de son antre aléatoire; —ou cnOn une ex-portiére de la rue Coquenard, qui s'est saignée des quatre veines pour faire entrer sa chère enfant dans les classes du Conservatoire et lui assurer une position brillante. Mais madame de Saint-Robert n*avoue aucune de ces origines; depuis que sa fllle Âurélie a débuté avec quelque succès sur un théâtre, elle les trouve de trop bas étage. Il lui faut des antôcédopts de meilleur aloi. Or. voici Thistoire qu'elle a. fait rédiger par un écrivain public, qu'elle a apprise par cœur, et qu'elle raconte à tout propos :

c M. de Saint-Robert était, du temps de Vautre, ofGcier supérieur dans un régiment de la vieiUe. Son physique était si avantageux, qu'on ne l'appelait que le beau SaiolRobert. Plusieurs fois le petit caporal , en passant la refuede ses grognards» lui donna de petites tapes sur la joue. Ces différentes circonstances me déterminèrent à lui accorder ma main, malgré l'opposition de ma famille, qui revenait de l'émigration, et qui était infectée de préjugés. Aurélie naquit de cette union. Pauvre enfant! le ciel oe devait pis longtemps lui laisser son père l »

Ici la Saint-Robert tire de son sac un grand mouclioit* à carreaux bleus, et essuie deux larmes complaisantes qui coulent le long de ses joues ridées. Puis clic continue :

c La fatale expédition, de Russie fut résolue par le grand homme. M. de Saint-Robert, qui faisait partie de l'avant-garde , entra des premiers dans Mo.^^cou ; il en sortit le dernier. Dieu avait marqué son tombeau dans les neiges de la Russie ! Au passage de la Dérésina, la surface glacée du fleuve craque autour de lui : mais il touche presque le bord opposé... il n'a qu'un pas à faire pour être sauvé... Tout à coup il entend dcrritTc lui un cri poussé par un de ses camarades... il veut voler à son secours : héroïsme inutile! il disparaît avec lui dans le gouffre!»

Ici la Sainl-Roberl tire encore de son sac son grand mouchoir à carreaux bleus, et essuie deux nouvelles larmes. Puis elle continue :

ff Restée veuve, je me consacrai à l'éducation d'.Aiirelie. Je l'éleyai dans la pralii|ue de toutes les vertus cl

dans l'amour des arts. Et. coniuic elle montrait les plot

LA MÈRE D'ACTRICE

belles dispositions poar le théâtre, je n'hésitti pas, sans égard pour ma toute-poissante famille, â la diestiner à la carrière dramatîqae. A peine le nom d'Aurélie de Saint- Robert eat*il paru sur une aCIehe, que Je reçus de Sainl- Pétersbourg une lettre menaçante de ma cousine Paméla, qui a épouwi un prince russe, M. de Trombollinoi; j'allai immédiatement en parler A mon commissaire de police, qui m'engagea i tivre calme et tranquille sous la protection des lois. »

Ici la Saint*Robert, après sToir pris une prise de tabac et s'être moudiée fort bruyamment, ijoute en guise de péroraison :

c Et vailUà la chose ! »

Nous ne croyons pas que ces derniers mots se trouvent dans le manuscrit de récrivain public : mais U Saint- Robert a cru devoir faire celte petite addition au récit pour l'enjoliver.

Pour jouir d'un curieux spectacle, il aurait fallu voir la Saint-Robert le lendemain de l'heureux début d'Aurélie. Quelle joie dans ne» yeux ! quel air de triomphe répandu sur sa physionomie ! Quelle vivacité dans sa démarche ! — Ce jour-li, elle se leva é cinq heures du matin, réveilla la portière, réveilla l'épicier, réveilla le marchand de vin , réveilla le boucher, réveilla le commissionnaire du coin, et â tous elle disait : t Ah ! mes agneaux, quel début soigné I Des applaudissements... des applaudissements... que ça n'en unissait plus I Jamais on n'a vu une actrice claquée comme ça ! Le brave homme de directeur a dit lui-même qu'il n'avait point encore entendu un tonnerre pareil dans c'te salle de l'Ambégu ! Et puis des fleurs ! et puis des compliment ! L'auteur de la pièce en était rouge comme le feu, quoi ! Et il a embrassé Aurélie sur les deux joues, et il l'a appelée son ange sauveur! Hein!... 3on ange... Quel honneur ! Nous allons signer un engagement de cinquante francs par mois , les costumes fournis et la chaussure payée ! J'espère que me voilé joliment récompensée de tous mes sacriûces ! Ah ! dame ! c'est qu'Aurélie a dansé comme un Amour et chanté comme un rossignol ! Quelle jambe I quel gosier! J'en étais dans l'admiration, et au troisième acte j'ai perdu mes sens entre les bras d'un pompier! Et voilUà la chose! s

Et voilllà la chose est devenu le refrain ordinaire de la Saint-Robert.

Si le premier jour est donné â la joie, le second appartient é l'orgueil. — D'abord, la mère d'actrice, qui s'est appelée jusque-là madame Robert tout court, commence à trouver ce nom un peu vulgaire ; dés ce moment elle aristocratise son nom et s'intitule madame de Saint-Robert, veuve de M. de Saint- Robert, qui, du temps de Vautre, etc., etc. (Voir plus haut.) Ce changement de nom implique nécessairement un changement de domicile. En effet, la mère d'actrice ne peut forcer toutes les commères du quartier, qui ont 1 habitude de l'appeler marne Robert, à l'appeler madame de Saint' Robert gros comme le bras. — Et puis, comment faire i son ai.se tous ses embarras , comment marcher la léte levée , comment se rengorger d'imiK>rtance dans ce quartier où on l'a vue passablement malheureuse, où t elle a eu des obligations â tout le monde, où elle a semé j des dettes criardes chex les fruitières, les épiciers, les f marchands de vin, tous ces grands fournisseurs des petites existences?

; La Saint-Robert quitte donc la rue du Grand-Hurleur I pour aller s'établir me de Lancry.

Des lors, — changement complet de manière de vivre. La Saint-Robcrl dépose raiguillc de ravaudeuse ou le cordon de portière, qui l'ont fait vivre jusque-là. Elle se

drape majestueusement dam ion tartan coalesr loUi des bois , et accompagne ta fille aux répéthiont m, m spectacle. Elle veille jour et nuit sur ce précieux IréHr, Unt elle craint qu'il ne lui toit enlevé. Elle redoute avtout les inclinations et les Mises ée eomr; cêr die a rêvé pour Aurélie le plus magnifique avenir. Ouïs tes fièvres d'ambition maternelle, elle la marie suis façon à un miloré anglais, ou â un jeune boyard tréa-blond et très-bien corsé. Elle la couvre de diamants, elle la fait monter dans un brillant équipage, eUe l'appelle maimm la duchesse, madawu la prînesssf . — Aussi combien ne craint-elle pas que quelque muguet, à force de paroles mielleuses et d'oeillades assassines, ne vienne i boni de renverser tout ce magnifique échafaudage de douces illu* sions I Elle suit pas à pas Aurélie au foyer, dans sa loge, dans le cabinet du directeur, sur le théâtre. Elle ne la quille qu'au moment où elle parait devant le public ; elle ne s'arrête que sur l'extrême limite qui sépare la scène de la coulisse. Elle redoute surtout les auteurs, les journalistes, les habitués. Aussitôt qu'elle voit Aurélie causer d'un peu près avec Tun de ces messieurs» elle s'interpose brusquement et mêle son petit mot à la conversation. Mais le diable est bien fin, et Aurélie est actrice et femme : elle se laisse prendre ordinairement par le cœur ou par l'amour-propre. Et , au moment où la Saint-Robert honore de sa surveillance toute particulière M. Alfred Ressigenc, jeune rédacteur du Veri-Vèri, qu'elle a vu fort assidu auprès de sa fille, et dont elle se déGe à ccuse de ses poses penchées et de ses réchmes louang3iiscs, Aurélie tombe dans les fileU de H. Charles Lousteau, auteur à la crinière noire et aux drames eicea- Iriques. C'est un rôle qui a servi d'appât. — Tout se sait au théâtre. — - Le lendemain, la défaite de rattrajante et cruelle Aurélie est le bruit du foyer, des couUsset, des avant-scènes. Comme il y a de bonnes langues et des âmes charitables partout, et surtout derrière un manteau d'arlequin , la Saint-Robert ne Urde pas â apprendre la fâcheuse nouvelle. Elle ne laisse pas tomber ses iongt cheveux sur ses épaules en signe de denfl comme une mère de l'antiquité; elle ne couvre pas sa léte de cendres, elle ne cherche point à se faire mourir par la Mm, elle ne maudit point, elle ne gémit point, elle ne versé point de larmes abondantes... Elle se contente de s'écrier : c Le polisson'... » Pas un mot â Aurélie; if

faut bien vouloir ce qu'on n'a pu empêcher, comme dit le proverbe. — Seulement les yeux de la Saint-Robert sont maintenant tournés vers un autre kit. Elle dispose sa vie , elle arrange son avenir suivant les circonstances. Elle ne rêve pins mariage, mais protection. Bl, comme désormais son amour maternel, dépouillé de sa pureté première, se trouve un peu battu en brèche par l'pgoîsme, comme désormais ses intérêts propres doivent tenir autant de place dans sa pensée que C(>ux de sa fille, elle ne voit plus dans ses songes un jeune boyard très* blond et très-bien corsé, mais bien un banquier hollandais ou francfortois, excessivement chauve et d'une corpulence énorme. Mais , pour faire place à ce tonneau d'or, il faut éloigner l'heureux du moment, M. Charles Lousteau, l'auteur à la crinière noire et aux dramee escentriques. Pour en arriver là , la Saint-Robert met en œuvre toute la malice que le ciel lui a donnée en partage. Elle envoie M. Charles se promener au Loiem* bourg quand Aurélie est aux Tuileries; elle lui demande son bras pour aller voir l'obélisque de Luxor, ou VArekê de Triomphe de VÊUrile; elle lui parle, avec de grands hélas, des nombreuses dettes criardes de sa fille; elle lui ferme la porte au nés, et lui dit le lendemain qu'elle l'a pris pour un créancier... Si bien que M. Charles Loue-

LA UÊRE D'ACTRICE.

teiiii , effrayé àe ces fréquents appeU a sa bourse vide , fatigué de ses promenades sentimentales avec la Saint- Robert, irrité ^^ Taccueil froid d'Aurélie que sa mère

la place m^me qu'il occupait ordinairement sur le modeste divan de calicot janne, un ventre tres-proéminent, surmonté d*uoe espèce de figure kumaine mal dessinée^

a indisposée contre lui en la trompant ndroitoment, quitte «nWfo la partie, et quelques jours après on peut voir, i

et finissant par deux petites jambes trés-conrtes. (Test un banquier! — Les créanciers sont payés, le mobilier

LA NILT.E b ACntICE.

H but qo^ j^ m \rT^f9; nn irfi:i'.l |;«'.vr bko fixer ohmi |»oif f d* 4': <rt. — Efi '>! «: Jr i» 4 ; r -cil, ud'- Cf>of%<im

^*r* 4^ m^re^ 4'-nrî'.* : - ! . m r*: .*^ril*-bK fti ■«« \nr \ fj?. 1* m«'r»r Ki-.re, li j't | li^ ui >.!; imer aioti^ — JF^t U ib r«: 4 •-myr^ihi.

i* T«ii Too*4ir«r ''#r q'j« c>»t q';e la n.t;re 'î'^mprnDl.

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l'i ffi.ilk ùi eniO'jr.ge. On ri*: j*"jr rojn^il p.-^s 4'aiil^f^l-fiU; p^r*onn#r iKt •« •0'ivi<rril 4«j I« avoir vues jeuii««. H j« rroi». bien rrt^* pardonna, qu'un beau jour elles M>ril Ufmé-'.t àii ciel. iouIi-k ca-^» e( toulei ridéef« romme un^ f.luie 4e crapauds; ou plutôt je pencherais i pfiwT qu>li«r^ *onl lorti»-», par uiip Ennbre mnl d'hî* » 'T. 4 ij ti -oupir»!! 4e I «-nfï-r. a rh«^v3l sur un inmeose thtufh*' h baUi E.le» port^-ut toole* ua cL^pcaarose (aoé, i.tif- Thh»: 4e fiie puce rnaDgée aux ver<;, de\ socques imperm^abl«4. uo parapliiie tricolore et 4ei luDCttes. Ou le* r^fi^ot.lre, prR4ant le jour, au Palais-Royal ou sar les b'iiiievar<1%, réchauffant leurs rhumatismes^ an itoleil. Ces n)é;r#rri'f aiment aivez à vivre dan» la scvciët' 4es reines d< th'-ltres. » Lz/ruqu 'une jeune Clle au joli minois, au pie'l le^te, au gentil coruge, a paru avec agrémeoC sur la kcene et a nuM a son avantage l'ezameD des binocles 4e l'a va rit- ftr*? ne et des siallets, elle voit arriver cbei elle, le l«'n4eni.iiD matin, une vieille fernme exactement scmbhlile a relU-« que nous venom» 4e 4épeindre. Cette vieille femme la regarde avec compassion, el lui dit d'une voix fare\^nte :

^ Ma rh'Te enfant, vous êtes lancée bien jeune sur une mf:r fertile en naufrage». Vous tvfx besoin 4'un K'ii'Je; je suis ce qu*il vous faut. Je TOtis servirai de m<Te..,

Cela dit, elle embra«>se, la larme a roeil, sa fille improviwie, el va v(!ill«,T au pot-aU'f<.'u. — Et comptes sur elle... M la st'^inillantc actrice n*est point encore coupable, elle ne tnrdiTa patt à le devenir.

Une mf:n; d emprunt se p.iye ordinairement cent francs pnr moî<i. plus les petits protils, le café le matin, et des é^'ard>. Un air d<'*ccnt et une toilette convenable sont de rigueur

Au point on Anrélie en est arrivée, et après les sacrifices que se K(»nt laisst* tout doucement imposer les scrupuleN vertueux de la Saint-Uobert. il n*y a plus aucune diir«'*reiire entre elle el la mère d'emprunt, jilème moralité, m«^me genre d'exintenre. Les nuances ont dis|)aru. Il ne rente plus que la mero d*actrice.

Je continue :

Il est dix heures du malin, la Saint*Robert se réveille : le mndras en l^te et le cvtrps enveloppé d'un peignoir f(Ml ^rns. clle descend é la cuisine, où elle surveil e les apprêts du déjeuner. Quand elle a donné la fiâlure à sou |i4*rro(|uet, A set aerins, à son chat, à son vilain petit rbien noir, elle aonge é Aurél le ; elle s'intirme auprès de In domehtique si momieur rsî parti (monsieur ne peut pas la voir en face), et s'empresse de porter à sa 11 lie une tasse de chocolat dans scm lit. Ce sont alors des amours à n'en plus finir. Elle n*gardo sa fille, elle l examine, elle l'admirp, elle b dévore des yeux, c Quels cheveux! quelle bouche! quel teint! El dire qu'elle ressemble comme deux gouttes d'eau i sou grand chenapan dn péret »— Tuis elle lui soute nu cou, elle la baise aux deux joues, elle la serre dans ses bras, en l'appelant : « Mon mignon, mon chou, mon loulou chéri, mon tré*

«0-. » — Sî birn qirxun^ii--. fatîgu-'*e d- <e« d ■moo^tration«. ini «e r?proi>i*<enl tou< \e^ matins au-^M vires et aij«oi sincères, lui dit a.ec le plus grand resf^cl de ni '1:4 e :

— «'^man. v^ donc voir dan* le salon si j'y suis!

.Kun'Vii: a U flus p-a:ide cor.Gince dan^ sa femme de ckmb.e. Tu^dertinx^iAi Friitité C'est elle qui Taîde â eadi»rr. aui ymx 4»; vi m Te el de s-in proîMrtPur, loole* I ^ j<;lile> iuirî/ h-i, tous le> |€l;ts l«inhciirs qui acriitff.teLi vn eii-ltnie. Sj pr ('Tei.re |our rlle se trahit a toit n.om> ni : ::U^si la Sainl-Rubcrt e'^t-elle fort jalouse tie t-ettt- favûritc. E.le h cr >i!de et la rudoie saus ee^se; elle trouve to ij>urs a reprculre dau< son service. Toutes les loiv que »a fille est >ur b* point d entrer en scène, elle ne manque pas de lui dire : c Comme c'te Fé.icitélef.gote mal! Voilà un pli i gauche, en voil.i on autre à droite. Et ce bouillon dans le dos!... Si ce u*esl pas enc horreur! Vraiment ou ne tirera jimais rien de Cette péronuelle-Ià. « }h.U Auréiie f:.itla >oiird*' or ille, il elle a de bonnes raisons pour cela. Quant â Félicité, iûre de >on empire. Tir te ile> Nccrets qu'elle a c-ntre les maios, elle tient aiiil3cicu>eiiieut lOle a la Saint- Robert;

v-.^«ia

elle Ini répond n\ec iiis«»I<mi<h'. elle n'exécute aiicnn de ses onlrcs. elle alT^'lc de jotor sur elle des regards de hr.ivade et di^ mépris: et, nu milieu de toutes ces immoralités, ce n'est pas la chose la moins immorale que cette guerre de tous ks jours engagée enlr une servante et une mérc. et se tcrmin-tnl ha'iiiuellement é l'avanta^ de la première : mais c'est l.'i une des conséquences inévitables de 11 position respectif e de ces trois personoegcs Quand on a foulé aux pieds Tiiae des lois de la so* ciété. c'est en vain que Ion voudrail Jipir du béDétlce des autres. Une maille roin|tiie, plua éi Blet. Vou^ arei dédai^mé l'opinion da monde, il se eep|e. Vous êtes ua paria en di hors de toetes les coedidsai'ordinaires de la vie. Arriére le respect humaiu... arrière les rangs, les distances, les inégalités d'éduealion. de position et de fortune... Oh! le vice est un impiloy«ible nivelcur!

Midi : — voici le moment d*ailer ait lUéâlre. On doit répéter géiiéralenient un grand ouvrage neeveau. dans lequel Aurélic a un rôle ln>s-impcirtant. La Saint-Robert accompagne toujours sa fille ; c'est plus déceut. Et pais elle aime à être vue avec Aurélie. soa orgueil maternel est doucement flatté lorsqu'elle s*.-tperçoit que les regards curieux dos passants ve fixent sur sa chère progén ture. Alors el!e se redresse, < lie ratonne, elle man*he d'un pas grave el Iriomph.-il ; clle voiulrait pouvoir dire à tous les passants, elle voudrait pouvoir crier dans la rue : c thù» c'est bien là Aurélie de Sainl-Aobcrt, artiste du théâtre

LA WÊRÊ^ IVACTRICË.-

de... qui a joué avec tant de snccés dans le drame de... dailsf le vaudeville de... dans ropcra-comîque de... El je suî* M mère! »

On airive. — La Sainl-Roherl fait en passant un pelil fal«l for» sec à la concierg<* des coulisses, celte puissance dramatique, avec Inquelle elle est fort mal depuis longtemps. Du reste, il est difûcile de citer dans tout le Ihêà- Ire une personne avec laquelle clic vive en bonne intelligence; son caractère ac.triâUrela constitue en état d'hoslililé ouverte vis-à-vis dtTgenre humain tout entier. Elle 8*est disputée avec les ouvreuéii de loges, avec le souffleur, avec les machinistes, avec le* chef d'orchestre, avec le chef d'accessoirelB, avec lotig les comparses. Aussi, quand elle parait au thé'Ure,.im»|rimace fort expressive se dessine-t elle surloutesli» iihnpsionomies.

Aurélie rencontre dans les escaliers le régisseur, qui parait tout iITaré.

— Ah' vous vola enOn, mtdemoiaeïc Aurélie! s'écriet-il. J'allais envoyer cher vous. Vous êtes en retard de plus d*un quart d heure.

— Voyez-vous le grand malheur! seh.He de répliquer la Saint-Robert. Comme il est échauffé, le cher amour! Ne dirait-on pas que tout est perdu 1 II fâf«t bien donner le tcm|>s aux gens! Nous ne sommes pas, Dieu merci! comme votre pie-gricche Ù0 fomnicre danseuse, qui dé jeuue avec une botte de radis pour avoir de quoi placer à la caisse d'épargne, et qui n»» met pas son corset le matin, parce que ça pourrait Tuser!

-—> Ce n'est pas à vous que je parle, madame, mais à mademoiselle votre Glle.

— Eh bien!... c'est moi qui te réponds, mon cher... Quoiqu'd présent tout soit bien en désordre, une mère est toujours une mère...

— Mademoiselle Aurélie, je me verrai forcé de vous mettre à Tameude.

— C'est bon... c'est bon .. reprend la Saint-Robert; on vous la payera, votre amende! Ma parole d'honneur, ici tous les appointements s'en vont en amendes ! Avec ça qu'ils sont frais leurs appoiutements! C'est égal, on n'en sera pas encore réduit à manger des coquilles de noii ! Fait il des embarras, celui-là ! Ma parole d'honneur s'il ne ressemble pas comme deux gouttes d'eau à la grenouille qui veut se faire aussi grosse qu'un œuf! ça fait pitié, ma parole d'honneur I

Le régisseur hausse les épaules, et Aurélie rit comme une folle.

Le directeur et l'auteur, qui sont déjà depuis longtemps sur la scène, donnent de fréquentes marques d'impatience. Un ah! fort expressif leur échappe lorsqu'ils aperçoivent Aurélie; mais le directeur ne parait pas fort satisfait en voyant sa mère à ses côtés. Les mères d'actrice en général, et la Saint Robert en particulier, sont Tune de ses antipathies. Il sait qu'elle porte partout le bruit, le désordre, la division : il sait qu'elle ne peut retenir sa langue, et qu'elle trouble souvent les répétitions et les lectures; il sait qu'enfin Aurélie serait une excellente pensionnaire si sa mère ne lui montait pas la tète et ne I indisposait pas quelquefois contre l'administration. Pour toutes ces riisons, i^ souhaiterait bien vivement que la Saint-Rol>ert n'eut point son entrée dans le théâtre; maïs il ne peut la lui interdire : Aurélie a stipulé dans son engagement que sa mère ]H)urrait l'accompagner. Presque toutes les actrices a mœurs faciles exigent qu'on permette l'accès des coulisses à leur mère et à leur amant. 11 nous semble que l'on des deui est de trop.

-f- AUoDS ! voyons ! commençons! s'écrie le directeur.

— Mooneiir, loi dit la Saint-Robert, qui ne lâcbe pas €M:ilemeDt prikO, recommande! donc i votre régisseur

d'être un |feu plus galant avec ks dames... 11 nous a parlé si durement, à ma Glle et à moi, que la pauvre chatte en a presque eu un saisissement.

— &eBi bien., c'est bien... madame...

— Quant é votre amende... on vous la payera, votre amende .. On n'en est pas encore réduit à manger des coquilles de noix...

La Saint- Robert va se placer dans la salle pour admirer sa fille, et voir la pièce tout à son aise. Mais elle ne peftt pas rester seule dans son coin. A qui communiqne-raît-elle ses impressions? à quelle oreille complaisante confierait-elle ses observations malicieuses? elle aperçoit de laulre côté de l'orchestre madame de Sainl-Jullien, mère de l'une des camarades de sa fille, et qui bégaye au point de ne pouvoir dire deux mots de suite. C'est son affaire; elle aura tous les avantages de la conversation. Elle court Vasscoir auprès de madame de Sainl-Jullien.

L'ouverture va commencer... l'orchestre prélude...

— Bon, dit la Saint-Robert, j'arrive à point... eh ! eh ! eh!

-«- Silence ! s'écrie le régisseur.

Un énorme coup de tam-tam annonce le commencement de l'ouverture.

— Tiens, dit la Saint-Robert, c'est absolument comme dans Burg ou les Javanais,

— Silence ! s'écrie le régisseur.

La toile se lève. Un décor nouveau étale dans le fond du théâtre toutes ses magnificences. Les spectateurs privilégiés qui garnissent quelques parties de la salle le saluent de deux ou trois bordées d'applaudissements. Le directeur et l'auteur félicitent à haute voix le peintre, et vont lui serrer cordialement la main.

— Oui... il est pro))re votre décor... dit la Saint-Robert. J'ai vu mieux que ça dans mon temps au Panorama dramatique.

— Silence ! s'écrie le régisseur.

La pièce marche.

Aurélie, qui a un très-beau rôle, prodigue, pour faire plaisir â l'auteur, les gestes et surtout les éclats de si voix. Son organe s'enroue un peu... Tout â coup, la Saint-Robert l'interrompt au milieu d'une tirade longue et passionnée pour lui crier :

— Avale un morceau de jujube, ma pauvre fille.. J't'ea ai fourré dans ton sac... Avale... ça te fera du bien...

— Silence ! s'écrie le régisseur.

— Mais silence donc! n'prend le directeur; silence, madame de Saint Robert... on ne peut pas répéter ainsi.

— C'est bun... c'est bon... on se lait.. Ne voilà-t-il

LA MÈRE IKAGTItICB.

M vn frtnd crioM que de tooloir faire o pek4e bica

Ml VI

L*aclioD da dnme s'engage.

Au moment où Tun de» penonniget eut frappé d'os eoop de poignard par le trailre, madame de Satni4obcft dit tout haut :

— Tiens... c'est comme dans Cardillae,.. Ab ben !... excases 1...

— Silence! s'écrie le régisseur.

— C'est insapporlable ! reprend l'autenr.

— Oui! c*est vraiment innupportable ! s'écrie i son tour le directeur. Nais, pour l'amour de Dieu, taises- TOUS donc, madame de Saint-Robert I

— Ou se tait, on se tait.

Le directeur est furieux; et, s'il ne craignait de contrari<T Aurélie, qui porte en grande partie le poids du drame, et de lui enlever ainsi quelque chose de ses moyens, il inviterait madame de Saint-Robert à sortir de la salle.

La pièce continue.

Au moment où rhcrolne se jette au cou du héros, et lui Jure de mourir avec lui plutôt que d'épouser un inttme qu'elle hait et méprise, la Saint Robert dit encore tout haut :

— Ah ben I c'est bon... v'ié dn neuf! On a vu ça dam Fitt'Henri,,. on a vu ça dans Tekéli,,. on a vu ça dans les Ruines de Babylone,,. on a vu ça dans le Pauvre Berger.,, Et on a le front d'appeler cela une ouvrage bien écrite I... Merci !

— Silence ! s'écrie le régisseur.

— C'est i n'y pas tenir ! r> -prend l'auteur.

— Non, vraiment, c'est é n'y pas tenir ! s'écrie à son tour le directeur. Madame de Saint-Robert, je vous le dis é regret, je serai forcé de vous prier de sortir...

A ces roots, la Saint- Robert se lève; elle a des éclairs dans les yeux.

— Ne'prier de sortir... en vli une sévère ! Pas plus d'égards que ça pour mon sexe et mes cheveux blancs... me traiter comme un chien !... Apprenez que ma fille sortirait avec moi, et qu'elle ne remettrait plus les pieds dans votre baraque... Ah! mais .. ah! mats...

Aurélie lait signe à sa mère de s'apaiser. La Saint-Robert se rasseoit en grommelant; l'auteur et le directeur rongent leur frein.

Malgré les avertissements sévères et r^lérés qu'elle a reçus, la Saint-Robert, piquée au jeu, ne peut tempérer le feu de ses critiques. Tel acteur gesticule comme un télégraphe, telle actrice est froide comme une carafe d'orgeat, telle situation est pillée dans le répertoire de M. de Pixérécourt, telle décoration serait sifflée par le public habituel du théâtre des Funambules. Enfln le directeur, poussé é bout, supplie Aurélie d'éloigner la Saint-Robert. Aurélie va trouver sa mûre dans la salle, et la décide à aller attendre au foyer la fin de la répétition. La Saint-Robert se retire en criant de toutes ses forces :

— Oui... oui... je m'en vais... mais c'est a ma fille que je cède, et non pas & vous, malhonnêtes que vous èles... S'en prendre à une femme!... Et ça s'appelle Français... allons donc !

Arrivét* au foyer, la Saint-Robert piétine et gronde quelque temps. Nais elle ne peut rester seule; il faut absolument qu'elle verse dans le sein de quelqu'un les confidences de sa colère : elle cherche un être vivant dans tous les coins et recoins du théâtre; enfin, elle avise un allumeur qui est tranquillement occupé é arranger ses quinquets pour la représentation du soir. Cela suffit ; ^ elle s'approche de lui, et sans prendre le temps de respirer:

— U est gentil, votre grigou de directeur ! Poli comme

u Coaqae... Ccst an dcBMiieile Lùomit f«*n a pris faiL.. il ert â bonae école... La veodail des q«alre-saisaos sv le Bon chien clîasae de race .. Kl pan mieux que l'astre... Q«i se resnaible s enlendrâr...

La SaiotpRobert parlerait pendant troîa kearts sur ce ton à l'allumeur ébahi si le signal de la fin de la répétition ne venait pas retentir é ses oreilles. Bile s*tfnipresie de courir vers la scène. Elle rencontre dans un eorridor le groora du protecti ur de sa fille, qui lui annooce que U voiture de monsieur est en bas; le temps est beau, ces dames sont invitées à aller faire un tour au bois. A ceCla nouvelle, la Saint- Rob<rt hâte le pas; suirie du groom, elle arrive triomphalement sur le théâtre, jette un regard de dédain au régisseur, é l'auteur, an directeur, coudoie avec insolence toutes les femmes qui sont U» et dit é Aurélie d'un air narquois :

— Viens, mon enfant, notre calèche nous attend I

Elle entraine sa fille avec fracas, monte lestement dans le brillant équipage en adressant un geste d'adieu protecteur à tout le personnel du théâtre, qoi est eus fenêtres de l'établissement comique, et jette au eodMr ces mots :

' Au bois... par la rue de Lancry...

Le cocher hésite un instant, car la rue de Lancry n'est pas le chemin le plus direct pour aller du boulevard Saint-Martin au bois. Mais la Saint-Robert lui crie a¥ee colère :

' Par la rue de Lancry... que je vous dis!

Alors il n'hésite plus : il irait au bois de Boulogne pur la barrière du Trône, si on le lui ordonnait. Ce sont les chevaux qui ont toute la fatigue. Il les lance donc dn côté de la rue de Lancry. Eu passant devant la maison qu'elle habite , la Saint Robert fait tout ce qu'elle peut pour être remarquée des voisins et des voisines; elle se* voure avec délices les témoignages d'admiration de tons les boutiquiers qu'elle honore de sa pratique, et de tous les petits locataires qui demeurent au-dessus d'elle. Mais elle enrage de ne pas voir â son balcon la dame du premier étage, qui est si ficre de son mari, le receveur des contrii>utions du sixième arrondissement, et qui n*a ja« mais daigné répondre a ses avances.

Au bois , la Saint-Robert s'ennuie beancoop. Que lui fait tout ce monde d'élite qu'elle ne connaît pas, au mK lieu duquel elle n'a jamais vécu? Elle se sent mal i son aise en présence de ces grandes manières aristocratiques, de ces toilettes simplement élégantes et si

LA MÈRE D'ACTRICE

ment portées. EHe a beau a? oir un chapeau Jaune à panaches flottants, un châle indien à grandes palmes d*or, une robe rase lamée d*argent ; elle a beau afDcher un luxe de toilette éblouissant ; luxe dont elle a été chercher les éléments un peu fané*; dans la TÎeille défroque de Tille et de théâtre de sa flile, elle ne peut ressaisir son assurance habituelle ; elle comprend qu'elle n*est point â sa place. Oh t qu'elle aimerait mieux promener son éclat de fraîche date à Belleville , dans la rue du Grand-flurleur, dans la rue des Enfants-Rouges, sur le boulevard de la Galiote , localités où elle a exercé les professions les plus humbles, où Ton ne doit pas encore avoir perdu le souvenir de ses misères !

On rentre , on dîne avec volupté ; car la Saint-Robert joint a toutes ses autres qualités un fond assez remarquable de gourmandise. On prend le café, le poussecafé , les trois petits verres obligés de liqueurs des îles (tout ce qu'il y a de plus fort) ; enfin on se rend au théâtre pour le spectacle du soir.

La Saint-Robert, qui a la tête un peu montée, est encore plus insupportable que le matin. Assise dans m coin de la loge de sa fille , elle surveille sa toilt tie ; elle ne laisse pas un moment de repos é la femme de chambre, â rhabilleuse; elle les harcèle sans cesse, elle leur cherche querelle é brûle- pourpoint : tantôt c*est une manche qui va mal ; tantôt c'est la jupe qui est trop relevée; tantôt c'est la coiffure qui est trop basse; tantôt

c'est le rouge quf e^ mal mis, Heureusement qu'on a pris depuis longtemps l'habitude de U laiiser grommeler toute seule dans son coin, et de ne pu bire pins attention à elle que si elle n'existait pas.

Drelin... drelin .. drelindindin : c'est la sonnette do sous-régisseur. Il crie du bas de l'escalier :

— Êtes-vous prêtes, mesdames ?

La SainURobert se précipite vers l'escalier, et répond d*nne voix criarde, qui contraste asses drôlement avec U voix de stentor du sous-régisseur :

— Pas encore, ma fille n'est pas prête. C'est bon pour celles qui n'ont rien à se mettre sur le dos, d'être prêtes au bout d'une heure. A-ton jamais vu presser le monde comme ça?

Enfin Aurélie descend. La Saint-Robert la suit, prend une chaise dans le foyer, et va. malgré la défense de l'administration, se placer, pour bien sabir l'effet de la pièce, dans une coulisse d'avant-scéne. Là, elle trouve déjà installées trois ou quatre commères, et entre autres la Saint-Jullien Le régisseur découvre ce nid de vieilles femmes et les force à déguerpir; elles en sont quittes pour transporter leurs pénates de l'autre côté du théâtre : le régisseur les y poursuit encore, et leur dit d'un ton colère :

— Mesdames , vous savez bien qu'il est défendu de s'asseoir dans les coulisses... Reportez ces chaises au foyer.

LA MÈRE D'ACTRICE

» C'est bon, répond la Saint-Robert, c*est bon, monsieur Bagaenaudet... On ne tous les mangera pas vos chaises el vos coulisses.

Les commères fuient encore une fofsëefiuit le régisseur, et vont reprendre la place <iqa*e11es oocapiient d'abord. Le directeur Tait demander M. Baguenandet dans son cabinet. Lrs voilà tranquilles... pour un acte au moins. Le cercle est Tormé : on dirait une réunion de sorcières. La conversation s*engagc, les paroles «Ncédenl rapidement aux paroles . ou pliilùl s'enehev^trent les unes dans les autres; toutes ces bavardes veulent se faire entendre à la (oh. La Saint-Julliin ne peit |MS finir une phrase: tandis qu'elle en est encore é Mgayer le premier mot , sa voisine en a déjà débité une quarantaine: ce qui fait qu*elle en est toujours à son exorde : que nest-elle souvent imitée par bien des orateurs que je connais et pourrais nommer ! ' -v- •*

Chacune de ces dames raconte , pour la cinqoimliéMe fois au moins, Thistoîre de ses antécédents. Vom est veuve d'un banquier qui a eu des malheun 4«is les fonds d'Espagne; l'autre est flUe d'une grande lune ma n'a jamais voulu dire son nom , qui l'a mise en penvco jusqu'à l'ége de vingt ans cbes une boHlnngère de Coivbevoie, et qui a tout à coup cessé de donner de tes non» Telles (mouvement d'indignation mêlé de surprise): one troisième soutient qu'elle serait riche à inillions si. en 1815, les Cosaques n'avaient pas découvert l'endroit oà elle avait enterré les trésors qu'elle avait gagnés A la lo-

terie. Q-.iant a la samt-noDerc, eue répète le récit de sa liaison douloureuse avec M. de Sainl-Roberty le plus bel homme iè la vieille garde et le favori de l'empereur Napoléon.

Quand on a bien épuisé toutes ces banalités, comme la pièce ne commence pas encore, on se rejette sur d'autree styets de conversation.

— Dites donc, mame Saint- Jullien. dit la SainlrPhir... ou donc que vous aves ocheté cette rolMï?

— Aux trois Ma .. Ma... Ma... Ma...

-* C'est ça, aux Trois'MagoUf se bâte de dire la

Saini-Phar. Ça vous coûte au moins cinquante sont Faune?

— (}ua... que... qua... qua...

— C'est ça, quarante sous l'aune. Eh ben! Us n'sont pas mal voleurs ! (*omm^ on écorche le pauvre monde à pré>ent ! Et c'est de couleur claire encore! la mort ai savon ! Tenex, v'ii une étoffe foncée qui ne me revient qu'A trente-cinq sons. £t comme c'est gentil! on en a plein la main.

«- —Je ne sau vraiment nu comme foos laites^ marne

Saint Phar. reprend la Snint-Robert, mnis vous aTex teejours tout meilleur marché que les autres.

— C'est que je sais chercher, ma bonne.. • J*ai le lex à la marchandi e ..

Chut ' — Le sous-régisseur a frappé les trois ceeps obligés. Le nouvel ouvrage . sur lequel radministntiiin fonde les plus grandes espérances , se produit devant le public.

La Saint-Robert et la Saint-Phar ne manquent pas de donner carrière à leur langue pendant le cours de la re* présentation.

. — Regardez donc c'te Léonide !... est-elle faite... die croit p'I'étre avoir des z'hanches , tandis qu'elle n*a qie deux coins de rue qui fout tomber sa robe des deux côtés... Ah ! ah! ah!

— £t Francine... reprend la Saint-Phar, voyes donc eonone elle minaude, comme elle joue de l'œil avec les gants Jannes de l'avant-scéne... C'est indécent, foi d'iMtnéle fenMne... Ah I si j'étais tant seulenient quelqae chose ici, elle a*y ferait pas de vieux os.

— Dites donc... mame Saint-Phar, il me semble qi*en

— Déjà... neos n'en sommes encore qa*aa second ade...

— Aussi... je leur disais bien ce matin que leur on* vrage était ma/ ^rrîle.

— Bon ! voilà Alfred qui faU four* dans sa grande tirade... Au vrai... j'n'en suis pas fâchée... Depuis qat c'garçon-là s'est un peu lancé dans le moyen dge, en n'peut plus en approcher... il est fler comme un pMd!

— Dites donc... dites donc... mame Saint-Phar. mail voilé qu'on appelle encore Asor... Ça va mal... Ah! si ma lille n'était pas là pour soutenir la chose...

— Votre fllle!... mame Saint-Robert... je n'ai pas voulu en faire la remarque tout é l'heure... mais il ma semble qu'elle a été un pen travaUlée*.

— Travaillée 1... ma fille!... s'écrie la S«-iint-lloWrt.j Ah çâ ! vous êtes donc sourde ? on l'applaudissait à faire crouler la salle...

^ Oui... les Romains \.. mais le vrai public... Ak! ce n'est pas comme ma fille, mon Eujrénie... Quel succès elle a eu hier!... ses claqueurs, A elle, étaient partout... dans les loges, aux stalles d'orchestre, k Tavant-seese... à la bonne heure!...

— La Saint Phar, vous me laites pitié ! Gomme si eu ne connaissait pas le talent de votre fille... elle no aait pas seulement marcher...

» Ce n'est pas votre grosse Aurélie qui le lui dra, toujours... elle ne marche pas, celle-U... elle depuis la coulisse jusqu'à la rampe...

^ Ça vaut mieux que d'être maigre A écorcher qui sont en scène avec vous...

— Aurélie n'a des rôles que parce qu'elle Init k aux auteurs...

— Eugénie ne jouerait pas si elle n*était pas au i avec le régisseur .

— Votre fille n'est qu'un bouche*trou.

~ £l U vôtre une panade.

— VieiUe folle !

— Vieille mendiante !

Les mains sont levées, et le duel de paroles deviendrait un duel sérieux si un pompier, en véritable chevalier français, ne se hâtait de séparer les deux combattantes.

< Terme d'arrrot dramatique s Ne pat produire d'effet

* Chinée, mal teçœ pir le pabUe*

* Les daqnaun.

i^nMdf iser veal dire j4}lir.

LA MÉI'.E D'ACTRICE.

On en est arrivé au dernier f ntr'aclc. La Sainl-Robert jette un coup Mil dans la salle par le trou dn rideau, el dît à sa fille, qui, nssise dans un large fauteuil gothique, soafDe toit <« son aise et rassemlilc toutes ses forces pour arriver jtisqu*nu dênoûment :

— Aurélîe... as-tu vu ton gros qui est là aux stalles des preBMÉtts?... Fais-lui donc de temps en ten\ps une petite nAMjgfentille... Um^ a rieuqni (latte cm Homme comme fa^.'Ta m 40iijoiirs lloir de<ne |)a«j9«a«inai- Ire... T« terra* qu'«vec m iminonllerics la Ciuicioe finira pay te renlevw^ Et-c^t tin l ûo...

PendM tqttt cet «lAr'aqle., h SdfAéoherl iriBe «nr sa fille comme une poule ««r son;pDiiiiîn.11 n'y a moyen d'aborder Ikurélie d*aucnn côté; à *pelne chcrche-t-on à faire un pas vers elle, que Ton se trouve tout à coup face à face avec la more ; et alors il faut bien reculer. C'est que la Saint-Robert n'ignore pas que. les jours de première représentation, les coulisses sont pleines d'auteurs, de journalistes, d'artistes, loiis gens fort aimables, fort séduisants, fort spirituels, nMiis fort feu capables de faire le bonheur d'une femme à Ta manière dont l'entend madame de Saint- Robert. Aus!»i a-t-elle coutume de dire à son Aurélie :

~ Ma chère enfant, défio-toi toujours des écrîvassiers, des barbouilleurs, des saltimbanques et autre mauvaise graine; ce n'est pas ce peuple-lâ qui mettra du beurre dans tes épinards.

Au cinquième acte, le drame setelève... grAce aux claqueurs ; le dénoiiment bien chauffé ne rencontre au* cun obstacle, et Aurélie est rappelée après la chute du rideau La Saint Robert la reçoit palpitante d'émotion dans ses bras maternels, et crie à la Saint-Phar, qui n'a pas quitté son coin :

— Plus souvent que votre Eugénie aura jamais des triomphes comme sa!

Rentrée au logis, la Snint-Robcrt fait un punch au rhum pour eéléfeRNr le double succès de la soirée. A trois heures du matin «Ue regtgne sa chaiobre A pas douteux, el se couche, D^n^tontefois sans remercier Dieu, qui lui a donné une fiRe si honnête et si iiéiltante.

Maintenant que voua connaisscB h caractère et les habitudes deilaSoinl Rob^it, je valsnius dire sa fin.

Aurélie«6t une nature mcdle, paresseuse, insouciante, qui se laisse raller 41» cemnl de la. fie, tantôt obéissant é ies etjjl^cee , taottôt me volontés de ceux qui l'entoul9Dt, — mats ioojouÂs sans râflocion. Airingt-huit ans, iuvnomeift où«11evdetfait cemmencer à=éM raisonnable, •elle tombe dans le jpiége «^ue sa môre fedoutail tint pour elle : elle se prend de belle pasden pour M. Vic^ tor Rouss( au, homme de lettres d'une quarantaine d'années, très-farceur, très-mauvais sujet, très- boute- entrain, qui, chaque Fois qu'il lui parle, la fait rire aux larmes. Après une jeunesse assez orageuse, M. Victor Boussean a; pour tout bagage cinq ou six vaudevilles, quelques articles de petits journaux et beaucoup de créanciers Ce n'est point asstz pour marcher à son aise par les chemins poudreux de la vie. Aurélie paye les dettes de son Adonis, et l'épouse. La Sainl-Robert. qui voit s'en aller tous les jours les économies de la maison, ne peut vivre d'accord avec son gendre. Alors on lui fak une pension de six cents livres par an, à condition qu'elle ira les manger rue Copeau, faubourg Saint-Marcel, dans une pension bourgeoise des deux sexes . el qu'elle ne passera jamais les ponts. Le premier moment de rage exhalé, la Saint-Robert s'habitue parfaitement é son exil. Elle devient dévote , entend tous les matins la messe é sa paroisse , se confesse deux fois par semaine au premier vicaire, fait maigre depuis le mercredi jusqu'au dimanche, et meurt de saisissement le jour où on lui annonce qa*Auré!ie a un amant. >

L'ÉCOLIER

AENBl ROLLAND

'écdlRf n'iïtt f^fi seulement un ty|ïc, cVsl uni iiriticipe. L^école, c'e*;! le cre«sel où s'é- Litwire Ta venir d'une i;<îïicrîirmH , m fpfmf n tei I H 0 II tes l€j; h n A- ^ïnflïlans i^ue la HCÎen- ^M^claïredeiiailîimTne .ne, et drtiit elle f^iil au un mcLil commun qu'on rejelte, ou un jOTiu précieux qui éblouîU Pir le mot icoiui noua en- Undùm tout ce qui reçoit un euselgu émeut, d« ^h le bambin déguenillé, qui é|jéle Ta l|» h a bel Sion& k dorgt d'un îréTt ignorantim^ jusqu'au dandf de [ibilosDpbie, qui, Kur les graditii d*iin cours pUiiHc, écoule avec une comptaisAoce Donch«linte les diait^rtiliunii filandreuses du i)rof«f{?teur sur Lo^ke, lloblie^ ou SpiDOi«,

Il noua iuffll d'avoir iudîqué seulement les disciples des Treres ei de rénseigneitient mutuel; Itnr cnrriène scoUstiqne n'est p^i ats^z éieui^ue pour trouver une longue place ici* Aires quelques éïémints plus m tntiins incomplets de lecture, d 'écriture el d'arilbmctîque, ils révèlent, pour la plupart, le tablier de cuir ou de lerge, ntlribut des apprentis. Ifous nous occupeP^ns spécialement de cette jeuoesïse d élite qui ccnsncre si s plu!t belles années aui études sérieu^«s^ et qui tau mit des écrivains, àt* roodeciD». de^^ légistes, A U société^ dtM orateurs i la tribune, des bommes de talent et de sa^ob à li nation.

Le colléire auln-fotft était nn bAtim^nt triste et sombre, avec des murs épai» 1 1 des renélre!^ Iiérlsst'>ejt de barreanx« Au dei1;>nSp un ^^ilence de cloître, de vastes snlitudes, d^fi prilles au lieu de porte^i, des i^uiclii^U: derrière lesqui b un cRil sournois observait des curridurs

ténébreux où Ton voyait des ombres noires aoi viMfii renrrognés se glisser le long des murailles. Paît, c'é> talent des cliAliments terribles, nne concarmiee d^ aé» vérité qui faisait hésiter les vieilUirds entre les Orstorîm et les Bénédictins, mais dont les Joseph isles emportaicat le prix. Maintenant la physionomie du collôge est iihmk austère; c'est une maison blanche et riante, qœ la rayons du soleil inondent à pleines croisées ; ce soot des sailes aérées, un jardin dont les arbres t'»uffÎM tendent au delà des mnrs leurs rameaux, comme des bras» as père de famille. Le correcteur, bourreau gmCesqae, acteur néces.saire du système pénitentiaire vieilli, a dispara. Ce n'est plus le régent en hal^t noir, aux sourcila firoacës, À la physionomie d'ioqnisitenr; c'est an diredc^r aimable, empressé, quasi galant, mielleux comme « prospectas, qui promet bien-être, soins paternels, noav» riture saine et abondante. Certes, il y a pr<^rés eu paaai au présent, mais trop souvent cet extérieur sédaisml n*est qa*an appât de plus : A l'intérieur la : siège; la parcimonie ou l'incurie arrêtent la de réformes utiles.

Dans les collèges comme dans les institutions libres, il y a deux sortes d'écoliers : le pensioanafas el l'exterui . L externe, c'est l'être envié, Tétre heureasaai a nn pied dans ce monde du dehors que le pensHNiana ne fait qu'entrevoir A celui-là la liberté d'adioa, les diitsîpations, la vie extérieure, les plaisirs de la ifflt, l'intimité de la famille, les soins affectueux : à Taiitre, h dé|iendance complète, I uniformité monotooe des detalfs journaliers, la limite d horiioo, l'isolement. .\m^ h pi'nsionnaire livré i lui- même malpropre, chaitria par la réftercnssion de soo malaî<e phy.<ique Nur son malaiss moral, r«^semble au<;si peu à l'externe enfant pi. allègre. coqu«ltenient vêtu, que ces chiens mal soignés, de mauvaise humeur, assis tristement prés levrette fringante, folâtre, qui bondit sur ses

du foy. r, i h I sessou|ilttijar» ï

LE(;OL|l-R.

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rets. L'externe devient un lien qui rattache le pensionnaire au monde dont on Tisole : c'est lui qui importe les balles, les toupies, les jouets de toutes sortes, et surtout les provisions qui changent en régal le sobre ordinaire des collèges à deux repas par jour. G*cst lui aussi qui introduit ces délicieuses brochures que Ton dévore à Tom* bre d'un dictionnaire, tandis qu*un livre est hypocritement ouvert au sommet d*un pupitre, et que la main semble tracer des caractères sur le papier.

Cette distinction des élèves en pensionnaires et externes est une distinction de fait, de laquelle résultent deux nuances bien tranchées. Les professeurs «Hablissenl encore deux catégories, celle des élèves forts dans leurs classes, des travailleurs, et celle des faibles qu'on flétrit du nom de paresseux (en style technique, lesptocheurs et les cancres); car la faiblesse est toujours considérée comme provenant de lu paresse et non de l'incapacité, vu que le directeur déclare indistinctement à chaque parent que V enfant a des moyens. Mais Técolier n'admet pas cette classification : la paresse est un fruit savoureux dont il se gorge avec trop de délices pour en faire une cause de dégradation. Il établit la supériorité de la force brutale, de la force matérielle, de la loi du coup de poing, sur la force intellectuelle qu*il méprise, le plus souvent par impuissance. Cette aristocratie est encore assex bien cntendae, en ce que le partage de la force

appartient ordinairement aux plus avancés en âge. et par* tant en études, de sorte que la considération croît en proportion de l'élévation des classes. Au reste, si Tinsolence envers la roture peut être admise comme preuve de noblesse, cette aristocratie en est possédée au plus haut degré, et l'égalité tint vantée du collège n'existe pa« réellement. Ces patriciens superbes comprennent toute la plèbe qui les entoure sous la dénomination injurieuse de moutards ou de mômes, et se livrent à leur égard é des extorsions et â des abus de pouvoir qui caractérisent un despotisme clTréné.

Sous le rapport physique, généraliser la physionomie de l'écolier est difiicile; néanmoins, suivant le point de vue ordinaire, nous lui accorderons une expression espiègle, des yeux hardis, un sourire perpétuel sur les lèvres, un nez retroussé à la Roxelane, indice de la malice et de reflronterie ; des joues roses, des cheveux autrefois en vergette, mais qu'on a soin maintenant de laisser croître, depuis qu'une ordonnance ministérielle a préciséipent ordonné le contraire. Les vêtements sont une partie trop intégrante de l'écolier pour que nous n'en fassions pas mention. On comprend que nous allons parler de Tin* terne de pensionnat, et non de l'interne du lycée, où la coupe de l'habit est invariable.

L'écolier a d'abord la télé ombragée d'une casquette, laquelle est ornée d'une visière démesurée que le posses-

Paris. Imp. <le Edouard Blot, rue Stinl-Louis, 4G.

LA MÈRE D'ACTRICE

belles dispositions pour le théâtre, je oliésitai pas, sans égard pour ma toute-puissante bmille, à la destiner à la carrière dramatique. A peine le nom d*Aurélie de Saint- Robert eut-il paru sur une afiehe, que je reçus de Sainl- Pétersbourg une lettre menaçante de ma cousine Paméla, qui a épousé un prince russe, M. de Trombollinol; j'allai immédiatement en parler i mon commissaire de police, qui m'engagea i Titre calme et tranquille sous la protection des lois. »

Ici la Saint-Robert, après avoir pris une prise de tabac et s*ètre mouchée fort bruyamment, ijoute en guise de péroraison :

c Et voillld la chose ! »

Nous ne croyons pas que ces derniers mots se trouvent dans le manuscrit de Técrivain public : mais la Saint- Robert a cru devoir faire cette petite addition au récit pour l'enjoliver.

Pour jouir d'un curieux spectacle, il aurait fallu voir la Saint-Robert le lendemain de Theureux début d*Aurelie. Quelle joie dans ses yeux ! quel air de triomphe répandu sur sa physionomie ! Quelle vivacité dans sa démarche ! — Ce jour-lé, elle se leva i cinq heures du matin, réveilla la portière, réveilla l'épicier, réveilla le marchand de vin , réveilla le boucher, réveilla le commissionnaire du coin, et A tous elle disait : f Ah ! mes agneaux, quel début soigné! Des applaudissements... des applaudissements... que ça n*en finissait plus I Jamais on n'a vu une actrice claquée comme ça ! Le brave homme de directeur a dit lui-même qu'il n'avait point encore entendu un tonnerre pareil dans c'te salle de l'Ambégu ! Et puis des fleurs ! et puis des compliments ! L'auteur de la pièce en était rouge comme le feu, quoi ! Et il a embrassé Aurélle sur les deux joues, et il l'a appelée ton angetauvturi Hein!... son ange... Quel honneur ! Nous allons signer un engagement de cinquante francs par mois , les costumes fournis et la chaussure payée ! J'espère que me voilé joliment récompensée de tous mes sacrifices ! Ah ! dame ! c'est qu'Aurélie a dansé comme un Amour et chanté comme un rossignol ! Quelle jambe I quel gosier ! J'en étais dans l'admiration, et au troisième acte j'ai perdu mes sens entre les bras d'un pompier! Et tùilUà la chose! s

Et voiUlà la chose est devenu le refrain ordinaire de la Saint-Robert.

Si le premier jour est donné a la joie, le second appartient à l'orgueil. — D'abord, la mère d'actrice, qui s'est sppelée jusque-lé madame Robert tout court, commence à trouver ce nom un peu vulgaire ; dès ce moment elle aristocratise son nom et s*iniilule madame de Saint-Robert, veuve de M. de Saint-Robert, qui, du temps de Vautre, etc., etc. (Voir plus haut.) Ce changement de nom implique nécessairement un changement de domicile. En effet, la mère d'actrice ne peut forcer toutes les commères du quartier, qui ont I habitude do l'appeler marne Robert, i l'appeler madame de Saint- Robert gros comme le bras. — Et puis, comment faire à son aise tous ses embarras , comment marcher la tète levée , comment se rengorger d'im|H>rtance dans ce quartier où on l'a vue pas.sablement malheureuse , où ) elle a eu des obligations à tout le monde, où elle a semé I des dettes criardes ches les fruitières, les épiciers, les f marchands de vin, toos ces grands fournisseurs des petites existences?

; La Saint-Robert quitte donc la rue du Grand-Hurleur I pour aller s'établir me de Lancry.

Dés lors, — changement complet de manière de vivre. La Saint-Robert dépose Taiguille de ravaudeuse ou lo cordon de portière, qui l'ont fait vivre jusque-là. Elle se

drape majestueusement dans son tartan couleur Robia des bois , et accompagne sa fille aux répétitions et av spectacle. Elle veille jour et nuit sur ce précieux tréior« tant elle craint qu'il ne lui soit enlevé. Elle redoute tmi' tout les inclinations et les Mises de comr; car elle a rêvé pour Aurélie le plus magnifique avenu*. Dans tes fièvres d'ambition nuternelle, elle la marie sans façon i un milorê anglais, ou é un jeune boyard très-blond et très-bien corsé. Elle la couvre de diamants, elle la fait monter dans un brillant équipage, elle l'appelle wuidawè9 la du€Ke$$e, madawke la princesse. — Aussi combien ne craint-elle pas que quelque muguet, é force de paroles mielleuses et d'oeillades assassines, ne vienne é bout de renverser tout ce magnifique échafaudage de douces illusions ! Elle suit pas i pas Aurélie au foyer, dans sa loge. dans le cabinet du directeur, sur le théâtre. Elle ne la quitte qu'au moment où elle parait devant le paUic ; elle ne s'arrête que sur Textréme limite qui sépare la scène de la coulisse. Elle redoute surtout les auteurs, les journalistes, les habitués. Aussitôt qu'elle voit Avré* lie causer d'un peu près avec Tun de ces messiears, elle s'interpose brusquement et mêle son petit mot à la conversation. Mais le diable est bien fin, et Aurélie est aetrice el femme : elle se laisse prendre ordinairement par le cœur ou par l'amour-propre. Et , au moment où b Saint-Robert honore de sa surveillance toute particulière Bl. Alfred Ressigeac, jeune rédacteur du Frrl-Fcrl, qu'elle a vu fort assidu auprès de sa fille, et dont elle se dcfie à c£use de ses poses penchées et de ses réclames louangeuses, Aurélie tombe dans les filets de M. Charles Lousteau, auteur à la crinière noire et aux drames excentriques. C'est un rôle qui a serri d'appât. — Tout se sait au théâtre. — Le lendemain, la défaite de rattn3^nte et cruelle Aurélie est le bruit du foyer, des oonliases, des avant-scènes. Comme il y a de bonnes langues et des âmes charitables partout, et surtout derrière un mantean d'arlequin , la Samt-Robert ne tarde pas â apprendre la fâcheuse nouvelle. Elle ne laisse pas tomber ses longs cheveux sur ses épaules en signe de deuil comme «ne mère de l'antiquité; elle ne couvre pas sa tète de cendres, elle ne cherche point à se dire mourir par la faim, elle ne maudit point, elle ne gémit point, elle ne ymna point de larmes abondantes... Elle se contente éo s'écrier : c Le polisson!... i Pas un mot é Aurélle; — fl faut bien vouloir ce qu'on n'a pu empêcher, .oomne dit le proverbe. ^ Seulement les yeux de la Saint-Ro» bert sont maintenant tournés vera un autre bot Elle dispose sa vie , elle arrange son avenir suivant les dreonstances. Elle ne rêve plus mariage, mais protection. Bt» comme désormais son amour maternel, dépouillé de sa pureté première, se trouve un peu battu en brèclie par l'égolsme, comme désormais ses intérêts propres doivent tenir autant de place dans sa pensée que ceux de sa file, elle ne voit plus dans ses songes un jeune boyard très* blond et très-bien corsé, mais bien un banquier liollandais ou francfortois, excessivement chauve et d'one i pulence énorme. Mais , pour faire place â «e toni d'or, il faut éloigner l'heureui du moment, M. Lousteau, l'auteur à la crinière noire et aux drames es* cen triques. Pour en arriver là , la Saint-Robert met m œuvre toute la malice que le ciel lui a donnée en partage. Elle envoie M. CbarTes se promener ai Iniem bourg quand Aurélie est aux Tuileries; elle lui demande son bras pour aller voir l'obélisque de I«uxor, on riârcte de Triomphe de VÊtoile; elle lui parle, avec de grands hélas, des nombreuses dettes criardes de m iile; eiie lui ferme la porte au nés, et lui dit le lendemain (^ Ta pris pour un créancier... Si bien que M. Gharlos'l

LA UÊRE D'AGTRKE.

te«n, effrayé <^ ces fréquents appels à sa bourse vide, fatigué de sea promenades senh'mcnlales avec la Saint- Robert, irrité <ie Taccueil froid d*Aurélie que sa mère

que sa mère

a indisposée contre lui en h trompant ndroitoment, quitte iukilo la partie, et quelques jours après on peut voir, A

la place m^me qu*il occupait ordinairement sur le modeste divan de calicot janne, un ventre trcs-proéminent, surmonté d*une espèce de figure liumaine mal dessinée^

et finissant par deux petite» jambes très-courtes. (Test un banquier! — Les créanciers sont payés., le mobilier

LA MÈRE D'ACÏIIICE;

est renouvelé, le cachemire de VInde remplace le Ternaux. et In Saint-Ro!»crt triomphe!

Il faut que je m'arrtHe un instant pour bien fixer m^ point de départ. — En cet endroit du rôcit, une confasiôn inpvitiiblc s'établît entre deux gnudes variétêsi de Tes* iiêce des mères d*nctrice : - la mère véritable, ht mère rur s:in^, {:% mère mère, si je puis m'exprimer ainsi, -^ pt la mère d'emprunt.

Je vais vous dire ce que c'est que la mère dVmprunt. ;— H y a sur le pavé de Paris une race de vieilles femhies, au nez bourgeonné «t au menton en galoche, qui forment une légion passablement nombreuse. Elles n'ont ni famille ni entourage. On ne leur connaît pas d*antéccdi^nts; personne ne se souvient de les avoir vuesjeunc'^-, et je crois. Dieu me [lardonne. qu'un beau jour elles sont tom^é»îs du ciel, toutes causées et toutes ridées, comme une pluie de crapauds; ou plutôt je penehenisi penser qu'elles sont sorties, par une sombre nnît d'hi* ver. d'un soupirail de Icnfer, à cheval sur un immense manche à balai. E. les portent toutes un chapeau rose fané, une robe de soie puce mangée aux vers, des socques imperméables, un parapluie tricolore et des lunettes. Ou les rencontre, pendant le jour, au Palais-Royal ou sur les boulevards, récliaulTant leurs rhumatismes au soleil. Ces mégerfs aiment assez à vivre dans la société des reines de théâtres. — Lorsqu'une jeune GUe au joli minois, au pied leste, au gentil corsage, a paru avec agrément sur la scène et a subi â son avantage Texamen des binocles de l'avAnt-scène et des stalles, elle voit arriver chez elle, le lendemain matin, une vieille femme exactement semblable à celles que nous venons de dépeindre. Celte vieille femme la regarde avec compassion, et lui dit d'une voix caressante :

— Ma chère enfant, vous êtes lancée bien jeune sur une mer fertile en naufrages. Vous avez besoin d'un guide ; je suis ce qu'il vous faut. Je tous servirai de mère...

Cela dit, elle embrasse, la larme à rŒÎl, sa fille improvisée, et va veiller au pot-aufeu. — & comptez sur elle... si la sémillante actrice n'est point encore eoupable, elle ne tardera pas à le devenir.

Une mère d emprunt se paye ordinairement cent francs par mois, plus les petits proGts, le café le matin, et des égards. Un air décent et une toilette convenable sont de rigueur

Au point où Aurélie en est arrivée, et après les sacrifices que se sont laissé tout doucement imposer les scrupules vertueux de la Saint-Robert, il n'y a plus aucune diOërence entre elle et la mère d'emprunt. Même moralité, même genre d'existence. Les nuances ont dis|)ara. Il ne reste plus que la mère d'actrice.

Je continue :

Il est dix heures du matin, la Saint-Robert se réveille : le madras en tête et le corps enveloppé d'un peignoir fort gras, elle descend i la cuisine, où elle surveil e les apprêts du déjeuner. Quand elle a donné la pâture a son perroquet, à set sérias, à son chat, a son vilain petit chien noir, ellt songe i Aurélie; elle s'informe auprès de la domestique si tnonsifiir est parti (monsieur ne peut pas la voir en lace), et s'empresse de porter à sa fille une tasse de chocolat dans son lit. Ce sont alors des amours à n*en plus finir. Elle regarde sa fille, elle lexamiue, elle Tadmire, elle la dévore des yeux. < Quels cheveux! quelle bouche! quel teint! Et dire qu'elle ressemble comme deux gouttes d'eau à son grand chenapan de père! i— Puis elle lui saute au cou, elle la baise aux deux joues, elle la serre dans ses brss, en l'appelant : « Mon mignon, mon chon, mon loulon chéri, mon tré-

sor. » — Si bien qu'Aurélie. fatiguée de ses démonslrations, '|ui se reproduisent tous les matins nussi vîv(*s ei aussi sincères, lui dit a«ec le plus grand res|iecl da monde :

— ^'aman, va donc voir dans le salon si j'y suis!

Aurélie a la plus grande confiance dans sa femme de chtimbre, mademoiselle Félicité C'est elle qui Taide i cacher, aux yeux de sa mère et de son protcïCteiir, lootes li's petites intrigues, tous les |<etits bonheurs qui accidoiilent son exislenre. Si prélérence pour elle se trahit à tout moment: aussi la Saint-Robert est-elle fort jalouse (le cette favorite. Elle la gronde el la rudoie sans cesse; elle trouve toujours à reprendre dans sou service. Toutes les lois que sa fille est sur le point d entrer en scène, elle ne manque pas de lui dire : « Coin me c'te Félicité le f.igole mal! Voilà un pli à gauche, en voiLi un autre â droite. Et ce bouillon dans le dos!... Si ce u*csl pas ane horreur! Vraiment on ne tirera jamais rien de celte péronuelle-lâ. » Mais Aui élie fait la sourd»* or ille, et elle a de bonnes raisons pour cela. Quant à Félicité, sûre de son em|'ire, forte des secrets qu'elle a entre les mains, elle tient audacieuNement tète à la Saiut- Robert;

m^mm^'

elle lui répond iwvi: insojiMire. elle n'exécute aucun de ' ses ordres, elle alf-cte de jeter sur elle des regards de bravade et dl^ mépris; et, nu milieu de toutes ces immoralités, ce n*est pas la chose la moins immorale que cette guerre de tous les jours engagée entr une senranle et une mère, et se terminant habituellement à l'aYanta)^ de la première : mais c'est là une des conséquences inévitables de h position respidife di ces trois personna* ges Quand on a foule aux pieds TiNriB des lois de la société. c'e>t en vain que Ion voudrait JÉBir du bénétfoe des autres. Une maille rompue» plu^ ÂTllet. Vou<« «tci dédaigné l'opinion du monde, il se vcpie» Vous êtes an paria en d( hors de toutes les condîrifawordinaires de la vie. Arrière le respect humain... arrièr» les rangs, les distances, les inégalités d*fdnestion, de position ci de fortune... Oh! le vice est un iRi|iiloy«ible niveleur!

Midi : — voici le moment d'aller att IhéAlre. On doit répéter généralement un grand ouvrage nenveau. dans lequel Aurélie a un rôle irès-imptirtint. La Saint-Robert accompagne toujours sa fille ; c'est plus décent. Et pois elle aime â être vue a\ec Aurélie. sou orgueil maternel est doucement Uatté lors(|u'elle s'aperçoit que les regards curieux des passants »e fixent sur sa cliére progén ture. Alors el!e se redresse, < lie rayonna, elle roarrhe d*un pas grave et triomphal ; elle voudrait pouvoir dire â tons les passants, elle voudrait |K)uvoir crier dans la rue : c Odk^ c'est bien là Aurélie de Saint-Robert, artiste du Ihéàteo

LA MÈRE* lyACTRlCfe;

de... qui a jotié avec (aht de siiccés duns lé drame de... dailR le vandeville de... dans l'opéra- comique de... Et je suhna mère! »

Onairive. — La Saînt-Robcrl fait en passant un pelil falttl for sec à la concierg»^ des coulisses, celle puissance dramatique, avec laquelle elle est fort mal depuis longtemps. Du rcslo, il esl difûcile de ciler dans loul le théâtre une personne avec laquelle elle vive en bonne intelligence; son caractère acariâtre la conslilue en étal d'hostililé ouvorlc vis-à-vis dflPgenw humain tout entier. Elle 8*esl dispuléeavec les ouvreiiM^ de logos, avec le souffleur, avec les machinistes, avtcîcchrf d'orcheslre,avec le chef d'accessoirei, avec loua les comparses. Aussi, quand tllc parait au thérUre».imr grimace fort expressive se de>sinc-t elle sur lontes fc» pb^ionomies.

Aurélie rencontre dans les oKaliers le régisseur, qui parait tout rflaré.

— Ah' vous vola enfin, mademoiaeBe Aurélie! s'écriel-il. J'allais envoyer chez, vous. Vous éles en relard de plus d*tm quart d heure.

— Voyez-vous le grand malheur! se hi^te de répliquer la Sainl-Robert. Comme il esl échauffé, le cher amour! Ne dirnit-on pas que tout esl perdu 1 II ti%i bien donner le temps aux gens! Nous ne sommes pas. Dieu merci ! comme voire pie-griéche de pfemîcre danseuse, qui déjeune avec une botte de radis pour avoir de quoi placer é la caisse d'épargne, et qui ne met pas son corset le matin, parce que ça pourrait Tuser!

-^ Ce n*est pas à vous que je parle, madame, mais â mademoiselle votre G Ile.

— Eh bien!... c'est moi qui te réponds, mon cher... Quoiqu'â présent tout soit bien en désordre, une mère est toujours une mère...

— Mademoiselle Aurélie, je me verrai forcé de vous mettre à Tameude.

— C'est bon... c'est bon .. reprend la Saint-Robert; on vous la payera, votre amende! Ma parole d'honneur, Ici tous les appointements s'en vont en amendes ! Avec ça qu1ls sont frais leurs appointements! C'est égal, on n'en sera pas encore réduit d manger des coquilles de noii ! Fait il des embarras, celui-là ! Ma parole d'honneur s'il ne ressemble pas comme deux gouttes d'eau à la grenouille qui veut se faire aussi grosse qu'un œuf! ça fait pitié, ma parole d'honneur !

Le régisseur hausse les épaules, et Aurélie rit comme une folle.

Le directeur et l'auteur, qui sont déjà depuis longtemps sur la scène, donnent de fréquentes marques d'impatience. Un ah! fort expressif leur échappe lorsqu'ils aperçoivent Aurélie; mais le directeur ne parait pas fort satisfait en voyant sa mère A ses côtés. Les mères d'actrice en général, et la Saint Robert en particulier, sont Tune de ses antipathies. 11 sait qu'elle porte partout le bruit, le désordre, la division : il sait qu'elle ne peut retenir sa langue, et qu'elle trouble souvent les répétitions et les lectures; il sait qu'enfin Aurélie serait une excellente pensionnaire si sa mère ne lui montait pas la tète etnel indisposait pas quelquefois contre l'administration. Pour toutes ces raisons, i< souhaiterait bien vivement que la Saint-Robert n'eut point son entrée dans le théâtre; mais il ne peut la lui interdire : Aurélie a stipulé dans son engagement que sa mère pourrait l'accompagner. Presque toutes les actrices a mœurs faciles exigent qu'on permette raccés des coulisses à leur mère et à leur amant. Il nous semble que l'an des deux est de trop.

^-Allons! voyons! commençons! s'écrie le directeir.

-* Mooateiir, loi dit la Suint-Robert, qui ne lâche pas iSMifoment priae, recommandes donc à votre régisseur

d*élre un |feu plus galant avec les dames... Il nous a parlé si durement, à ma fille et à moi, que la pauvre chatte en a presque eu un saisissement.

— C'est bien., c'est bien... madame. k.

— <}uant à votre amende... on vou«s la payera, votre amende .. On n'en est pas encore réduit â manger des coquilles de noix...

La Saint-Kobcrt va se placer dans la salle pour admirer sa fille, et voir la pièce tout à son aise. Mais elle ne pent pas rester seule dans son coin. A qui communiquerait-elle ses impressions? à quelle oreille complaisante confierait-elle ses o!)servalions malicieuses? elle aperçoil de laulre côlé de rorchestre madame de Saint-Jullien, mère de l'une des camarades de sa fille, et qui bégaye au point de ne pouvoir dire deux mots de suite. C'est son affaire ; elle aura tous les avantages de la conversation. Elle court s'asseoir auprès de madame de Sainl-Jullien.

L'ouverture va commencer... l'orchestre prélude...

— Bon, dit la Saint-Robert, j'arrive â point... eh ! eh ! eh!

— • Silence ! s'écrie le régisseur.

Un énorme coup de tam-lam annonce le commence* ment de l'ouverture.

— Tiens, dit la Saint-Robert, c'est absolument comme dans Burg ou les Javanais,

— Silence ! s'écrie le régisseur.

La toile se lève. Un décor nouveau étale dans le fond du théâtre toutes ses magnificences. Les spectateurs privilégiés qui garnissent quelques parties de la salle le saluent de deux ou trois bordées d'applaudissements. Le directeur et l'auteur félicitent à haute voix le peintre, et vont lui serrer cordialement la main.

— Oui... il est propre votre décor... dit la Saint-Robert. J'ai vu mieux que ça dans mon temps au Panoraww dramatique.

^ Silence ! s'écrie le régisseur.

La pièce marche.

Aurélie, qui a un très-beau rôle, prodigue, pour faire plaisir à l'auteur, les gestes et surtout les éclats de sa voix. Son organe s'enroue un peu... Tout â coup, la Saint-Robert l'interrompt au milieu d'une tirade longue et passionnée pour lui crier :

— Avale UB morceau de jujube, ma pauvre fille.. J't'ea ai fourré dans ton sac... Avale... ça te f«ra du bien...

— Silence ! s'écrie le régisseur.

— Mais silence donc! reprend le directeur; silence, madame de Saint Robert... on ne peut pas répéter ainsi.

— Cest bun... c'est bon... on se tait.. Ne voilâ-t-il

LA BIËRE D'ACTRICE.

pts un grand crime que de f oaloir faire un peh de bien i fooealaiill

L*actioa da drame s*engage.

Au moment ou l'un des personnages est frappé d'un eoop de poignard par le traître, madame de Saint^Robert dit tout bant :

«Tiens... c'est comme dans Cardillae,,. Ab ben !... excusesl...

^ Silence! s*écrie le régissear.

— C*est insupportable ! reprend l'auteur.

— Oui I c'est vraiment insupportable ! 8*écrie à son tour le directeur. Mais, pour l'amour de Dieu, taises- TOUS donc, madame de Saint-Robert I

— Ou se tait, on se tait.

Le directeur est furieux; et, s'il ne craignait de contrarier Aurélie, qui porte en grande partie le poids du drame, et de lui enlever ainsi quelque chose de ses moyens, il inviterait madame de Saint-Robert â sortir de la salle.

La pièce continue.

Au moment où rhcrolne se jette au cou du héros, et lui jure de mourir avec lui plutôt que d'cpouscr un in- Cime qu'elle hait et méprise, la Saint Robert dit encore tout haut :

— Ah ben 1 c'est bon... v'ié du neuf! On a vu ça dans FiiZ'Henri... on a vu ça dans Tekéli... ou a vu ça dans les Ruines de Bahylone,.. on a vu ça dans le Pauvre Berger... Et on a le front d'appeler cela une ouvrage bien écrite l... Blerci !

— Silence ! s'écrie le régisseur.

— C'est à n'y pas tenir ! nprend l'auteur.

— Non, vraiment, c'est â n'y pas tenir ! s'écrie à son tour le directeur. Madame de Siaint-Robert, je vous le dis i regret, je serai forcé de vous prier de sortir...

A ces mots, la Saint-Robert se lève; elle a des éclairs dans les yeux.

— Me prier de sortir... en vie nne sévère ! Pas plus d'yards que ça pour mon sexe et mes cheveux blancs... me traiter comme un chien !... Apprenez que ma fille sortirait avec moi, et qu'elle ne remettrait plus les pieds dans votre baraque... Ah! mais .. ah! mais...

Aurélie lait signe à sa mère de s'apaiser. La Saint-Robert se rasseoit en grommelant; l'auteur et le directeur rongent leur frein.

•^«algré les avertissements sévères et réitérés qu'elle a reçus, la Saint-Robert, piquée au jeu, ne peut tempérer le feu de ses critiques. Tel acteur gesticule comme un télégraphe, telle actrice est froide comme une carafe d*orgrat. telle situation est pillée dans le répertoire de M. de Pixérécourt, telle décoration serait sifflée par le public habituel du lhé.1tre des Funambules. Enfin le directeur, poussé à bout, supplie Aurélie d'éloigner la Saint-Robert. Aurélie va trouver sa niùre dans la salle, et la décide â aller attendre au foyer la fin de la répétition. La Saint-Robert se retire en criant de toutes ses forces :

— Oui... oui. ..je m'en vais... mois c'est à ma fille que je cède, et non pas à vous, malhonnêtes que vous êtes... S'en prendre à une femme!... Et ça s'appelle Français... allons donc 1

Arrivée au foyer, la Saint-Robert piétine et gronde quelque temps. Mais elle ne peut rester seule; il faut absolument qu'elle verse dans le sein de quelqu'un les confia dences de sa colère : elle cherche un être vivant dans tous les coins et recoins du th<«étre; enfin, elle avise un allumeur qui est tranquillement occupé à arranger ses quinquets pour la représentation du soir. Cela suffit ; — elle s'approche de lui , et sans prendre le temps de respirer:

— U est gentil, votre grigou de directeur ! Poli comme

un Cosaque... C'est sans doute depuis q«*i1 991 avec mademoiselle Léonide qu'il a pris cet manières- U... Am fait... il est à bonne école... La mère de cette eréalara vendait des quatre-salsons sur le carreau des Hallci. Bon chien chasse de race .. Et puis, l'un ne vaut pat mieux que l'autre. . . Qui se ressemble s'assemble. . . A boa entendeur...

La Saint-Robert parlerait pénnant trois hearas sur ea ton à l'allumeur ébahi si le signal de la fin de la répétition ne venait pas retentir i ses oreilles. Elle s'tfinpresaa de courir vers la scène. Elle rencontre dans un corridor le groom du protecti ur de sa fille, qui lui annooce que U voilure de monsieur est en bas; le temps est t>eaa, ces dames sont invitées à aller faire un tour au bois. A celle nouvelle, In Saint-llobi rt hâte le pas; suivie du groom, elle arrive triomphalement sur le théâtre, jette un regard de dédain au régisseur, à l'auteur, au directeur, coudoie avec insolence toutes les femmes qui sont U» et dil i Aurélie d'un air narquois :

— Viens, mon enfant, notre calèche nous attend I Elle entraine sa fille avec fracas, monte lestemenl

dans le brillant équipage en adressant un geste d'adieu protecteur à tout le personnel du théâtre, qui esl aui fenêtres de l'établissement comique, el jette an codMr ces mots :

— Au bois... par la rue de Lancry...

Le cocher hésite un instant, car la rue de Lancry n*eil pas le chemin le plus direct pour aller du bonlevari Saint-Martin au bois. Mais la Saint-Robert lui crie avee colère :

— Par la me de Lancry... que je vous dis!

Alors il n'hésite plus : il irait au bois de Roulogne par la barrière du Trône, si on le lui ordonnait. Ce soni les chevaux qui ont toute la fatigue. 11 les lance donc du côté de la rue de Lancry. Eu passant devant la maison qu'elle haUte . la Siiint Robert fait tout ce qu'elle peni pour être remarquée des voisins et des voisines; elle sa* voure avec délices les témoignages d'admiraUon de Ions les boutiquiers qu'elle honon' de sa pratique, et de tous les petits locataires qui demeurent au-dessus d'elle. Hait elle enrage de ne pas voir à son balcon la dame du pro» mier étage, qui est si ficrc de son mari, le receveur des contributions du sixième arrondissement* et qui n*a ja* mais daigné répondre à ses avances.

Au bois , la Saint-Robert s'ennuie beaucoup. Qne loi fait tout ce monde d'élite qu'elle ne connaît pas« au mK lieu duquel elle n*a jamais vécu? Elle se sent mal i son aise en présence de ces grandes manières aristocratiques, de ces toilettes simplement élégantes et si

LA MËRE D'ACTRICE.

BMOt portées. EHe a beau avoir un chapeau jaune à pa- Mdies flottants, an châle indien à grandes palmes d'or, vie robe rose lamée d'argent ; elle a beau afDcher un Ime de toilette éblouissant ; luxe dont elle a été chercha les éléments on peu fané^; dans la Tieille défroque de ^e et de théâtre de sa fille , elle ne peut ressaisir aoB assnriDce habituelle ; elle comprend qu'elle n*e$t point à sa place. Oh t qu'elle aimerait mieux promener ton éclat de fraîche date à Belleville , dans la rue du Grand-florlenr, dans la rue des Enfants-Rouges, sur le boalenrd de la Galiote , localités où elle a exercé les profesnons les plus humbles, où Ton ne doit pas encore •voir perdu le souvenir de ses misères !

Od rentre , on dine avec volupté ; car la Saint-Robert Joint à tontes ses autres qualités un fond assez remarquable de gourmandise. On prend le café , le pousse- Cifé, les trois petits verres obligés de liqueurs des îles (toul ee qu'il y a de plus fort) : enfin on se rend au théâtre pour le spectacle du soir.

La Saint-Robert, qui a la tAte un peu montée, est eneore plut insupportable que le matin. Assise dans m eoin de la loge de sa fille , elle surveille sa toil( tie ; elle ae laisse pas un moment de repos à la femme de chambre, A rbabilleose; elle les harcèle sans cesse, elle leur cherche querelle é brùle-ponrpoint : tantôt c*est une manche qui va mal ; tantôt c'est la jupe qui est trop relevée; tantôt c*est la coiffure qui est trop basse; tantôt

c'est le rouge qnf es( mal mis. Heurensement qu'on a pris depuis longtemps l'habitude de la laiiser grommeler toute seule dans son eoln, et de ne pu bire pins attention â elle que si elle n'existait pas.

Drelin... drelin .. drelindindin : c'est la sonnette do sous-régisseur. 11 crie du bas de l'escalier :

— Êtes-vous prèles, mesdames ?

La Saint-Robert se précipite vers l'escalier, et répond d*une voix criarde, qui contraste asses drôlement avec U voix de stentor du sous-régisseur :

— Pas encore, ma fille n'est pas prête. C'est bon pour celles qui n'ont rien à se mettre sur le dos, d'être prêtes au bout d*une heure. A-ton jamais vu presser le monde comme ça?

Enfin Aurélie descend. La Saint-Robert la suit, prend une chaise dans le foyer, et va , malgré la défense de l'administration, se placer, pour bien sabir l'effet de la pièce, dans une coulisse d'avant-scène. Là, elle trouve déjà installées trois ou quatre commères, et entre autres la Saint-Jullien Le régisseur découvre ce nid de vieilles femmes et les force à déguerpir; elles en sont quittes pour transporter leurs pénates de l'autre côté du théâtre : le régisseur les y poursuit encore, et leur dit d'un ton colère :

— Mesdames , vous savez bien qu'il est défendu de s'asseoir dans les coulisses... Reportez ces chaises au foyer.

LA MÈRE D'ACTRICE

» C'est bon, répond la Saint-Robert, c*est bon, monsieur C?guenaudet... On ne tous les mangera pas vos chaises et tos coulisses.

Les commères fuient encore une fofsëefiuit le régisseur, et vont reprendre la place qu^elles ooeapaient d*abord. Le directeur fait demander M. Baguenaadrt dans son cabinet. Lrs voilà tranquilles... pour un acte au moins. Le cercle est formé : on dirait une réunion de sorcières. La conversation s*engagc» les paroles snecédenl rapidement aux paroles, ou plutôt s'enehev^lrent les unes dans les autres; toutes ces bavardes reniait se faire entendre à la fois. La Saint-Juilim ne peut pas finir une phrase: tandis qu'elle en est encore à bégayer le premier mot , sa voisine en a déjà débité une quarantaine: ce qui fait qu'elle en est toujours i son exorde : que n'est-elle souvent imitée par bien des orateurs que je connais et pourrais nommer ! ■ .^ ^

Chacune de ces dames raconte , pour la cinquantième fois au moins , l'histoire de ses antécédents. L'nae est veuve d'un banquier qui a eu des malheun ëans les fonds d'Espagne; l'autre est fllle d'une grande dime qui n'a jamais voulu dire son nom , qui l'a mise en pension jusqu'à l'ége de vingt ans ches une boHlnngère de Coarbevoie, et qui a tout à coup cessé de donner de ses non» Telles (mouvement d'indignation mêlé de surprise) : nue troisième soutient qu'elle serait riche à millions si. en 18t5. les Cosaques n'avaient pas découvert Tendroit oà elle avait enterré les trésors qu'elle avait gagnés é la lo-

terie. Q-iant t la saint-nonerc, eue répète le récit de sa liaison douloureuse avec M. de Saint-Robert , le plus bel homme ii la vieille garde et le favori de Tempereur Napoléon.

Quand on a bien épuisé toutes ces banalités, comme la pièce ne commence pas encore, on se rejette sur d'aatre« SHJeU de conversation.

— Dites donc, mame Saint- Jullien. dit la SaintrPhir... ou donc que vous avex ocheté celte robe?

— Aux trois Ma .. Ma... Ma... Ma...

— C'est ça, aux TroU-MIagoU , se hâte de dire la Sakii-Phar. Ça vous coûte au moins cinquante sous l'aune?

— (jua... qaa... qua... qua...

— C'est ça, quarante sous l'aune. Eh ben! ils n*sont pas mal voleurs ! t-onim^ on écorche le pauvre monde à pré>ent ! Et c*est de couleur claire encore ! la mort an savon ! Tenex, v*lé une étoffe foncée qui ne me revient qa*& trente-cinq sous. £t comme c'est gentil ! on en a plein la main.

«- — Je ne sau vraiment nas comme vous iaites^ mame

Saint Phar. reprend la Snint-Robert, mais voas avex toujours tout meilleur marché que les autres.

— C'est que je sais chercher, ma bonne. •• J*ai le nés à la marchantli e ..

Chut ' — Le sous-régisseur a frappé les trois coups obligés. Le nouvel ouvrage . sur lequel rndministralion fonde les plus grandes espérances , se produit devant le public.

La Saint-Bobert et la Saint-Phar ne manquent pas de donner carrière à leur langue pendant le cours de la re* présentation.

. — Regardez donc c'te Léonide !... est-elle faite... elle croit p'i-étre avoir des z'hanches , tandis quVIle n'a qae deux coins de rue qui font tomber sa robe des deux côtés... Ah! ah! ah!

— £t Francine... reprend la Saint-Phar, voyex donc eomme elle minaude, comme elle joue de Tceil avec les gants jaanea de l'avant-scène... C'est indécent, foi d'honnAte femme... Ah! si j*élais tant seulement qudqK chose ici, elle n*y ferait pas de vieux os.

— Dites donc, mame Saint- Phar, il me semble qn*en

— Déjà... BOUS n*en sommes encore qa*au second acte...

— Aussi... je leur disais bien ce matin que leur oivrage était ma/ érrtfe.

— Bon ! voilà Alfred qui faii four* dans sa gmnde tirade... Au vrai... j'n'en suis pas fâchée. •• Depuis qaa c'garçon-U s'est un peu lancé dans le moyen Age, os n*peut plus en approcher... il est fler comme un fîmt!

— Dites donc... dites doue... manie Snint-Phar, mab voilé qu'on appelle encore Asor... Ça va mal... Ah! si ma lille n'était pas là pour soutenir la chose. ••

— Votre fille!... mame Saint-Roberl... je n*ai pas voulu en faire la remarque tout à Theure... mais il ne semble quelle a été un peu traxaillée*.

— Travaillée I... ma fille!... s*écrie la SainC-ltobcrt. Ah ç.i ! vous êtes donc sourde? on rapplaudissnii à faire crouler la salle...

— Oui... les Romains^... mais le vrai public... Ah! ce n'est pas comme ma fille, mon Eugénie... Quel succès elle a eu hier!... ses claqueurs, & elle, étaient |«artouL.. dans les loges, aux stalles d'orchestre, i Tevanl-sceBe... à la bonne heure!...

— La Saint Phar, vous me biles pitié ! Comme si en ne connaissait pas le talent de votre fllle... die ne sait pas seulement marcher...

» Ce n'est pas votre grosse Aurélia qui le lai , dra, toujours... elle ne marche pu, celle-U... elle' depuis la coulisse jusqu'à la rampe...

— Ça vaut mieux que d'être maigre à ftftorrhcr qui sont en scène avec vous...

— Aurélie n'a des rôles que parce qu'elle faU la aux auteurs...

— Eugénie ne jouerait pas si elle n*étail ps ara i avec le régisseur .

— Votre fille n'est qu'un boucha^nm.

— £t U vôtre une panade.

— Vieille folle!

— Vieille mendiante !

Les mains sont levées, et le duel de paroles

un duel sérieux si un pompier, en véritable dievalicr français, ne se hâtait de séparer les deux

< Terme d'anrot dram^tîqae

* No pat produire d'effet

* Chinée, mal reçue par le pdUie.

* Les daqneun.

a^Mifr issr vem dise a4)br.

LA MÉl'.E D'ACTRICE.

On en est arrivé au dernier enlr*acto. La Saint-Robert jette un coup 4^4^11 dans la salle par le trou dn rideau, et dit à sa fille, qui, iissi<(e dans un large fauteuil gothique, souffle toit n son aise et rassemble toutes ses forces pour arriver jusqu'au déiionment :

— Aurélka... as-tu vu Ion gro« qui est là aux stalles des preBMètts?... Fais-lui donc de temps en tenvps une petite nAM^ntille... Umyi a nenquî (latte cm 1h»nme comme ja^/Ta m 40iijoiirs 1!oir demc pa«4i«onnaH Ire... T« terra* quteec «s| «ninauderics ta Eiimclne finira papte îenlevwU, Et'e>fit tin l ûo...

PendM tqnt cet «ittr'aqio., :li SiAftilRdlierl lillle un* sa fille comme one poule ««r son,pi)iiiiîn.il n*y<a moyen d'aborder 'Aurélie ê*aucnn côte; à pleine chcrche-t-oQ à faire un pas vers elle, que Ton se trouve tout à coup face à face avec la more ; et alors il faut bien reculer. C*est que la Saint-Robert n*ignorc pas que, les jours de première représentation, les coulisses sont pleines d'auteurs, de journalistes, d'artistes, Ions gens fort ainiiibles, fort séduisants, fort spirituels, mais fort feu capables de faire le bonheur d'une femme à Ta manière dont Tentend madame de Saint- Robert. Aus!»i a-t-elle coutume de dire à son Aurélie :

— Ma chère enfant, déde-toi toujours des écrivassiers, des barbouilleurs, des saltimbanques et autre mauvaise graine ; ce n*est pas ce peuple-lâ qui mettra du beurre dans tes épinards.

Au cinquième acte, le drame setelève... grAce aux claqueurs ; le dénoùment bien chauffé ne rencontre au* cun obstacle, et Aurélie est rappelée après la chute du rideau La Saint Robert la reçoit palpitante d*émotion dans ses bras maternels, et crie à la Saiut-Phar, qui n*a pas quitté son coin :

— Plus souvent que votre Eugénie aura jamais des triomphes comme ça !

Rentrée au logis, la Saint-Robert fait un punch au rhum pour eéMRNr le double succès de la soirée. A trois heures damatin «Ue regagne sa chaiotire à pas douteux, et se couche» D4||i^toutefois sans reniflfci«T Dieu, qui lui a donné une 'fille si honnête et si «jéiltante.

Maintenant que vous connaisses !• caractère et les habitudes deAaSoint Robert, je vaisttus dire sa fin.

Aurélie«st une nature mé[\e, paroneuse, insouciante, qui se Uiase-aHer JHi o«vnait de la. fie, tantôt obéissant é ies <n|^icei , t^tôt.«tf "volontésde ceux qui TentouinpDt,*-^3naisloa|jonii& sans fâfleorion. Arâgt-huit ans, auviomeiit où«llè^de«nBit commencer à éM raisonnable, •éfle tombe dans le. ^égeigue sa inôre «edoutait tint pour elle : elle se prend de belle passlfififpour M. Vic^ tor Rousseau, homme de lettres dHine quarantaine d'années, très-farceur, très-mauvais sujet, très- boute- entrai n , qui, chaque Fois qu'il lui parle, la fait rire aux larmes. Après une jeunesse assez orageuse, M. Victor Rousseau a; pour tout bagage cinq ou six vaudevilles . quelques articles de petits journaux et beaucoup de créanciers Ce n'est point assi z pour marcher à son aise par les chemins poudreux de la vie. Aurélie paye les dettes de son Adonis, et l'épouse. La Saint-Robert . qui voit s'en aller tous les jours les économies de la maison, ne peut vivre d*accord avec son gendre. Alors on lui fait une pension de six cents livres par an, à condition qu'elle ira les manger rue Copeau, faubourg Saint-Marcel, dans une pension bourgeoise des deux sexes , et qu'elle ne passera jamais les ponts. Le premier moment de rage exhalé, la Saint-Robert s'habitue parfaitement é son exil. Elle devient dévote , entend tous les matins la messe é sa paroisse , se confesse deux fois par semaine au premier vicaire, fait maigre depuis le mercredi jusqu'au dimanche, et meurt de saisissement le jour où on lui annonce qu*AuréIie a un amant. »

L'ÉCOLIER

HENRI ROLLAND

-écolier n'est pas seaiement ud ly|>e, cVst un principe. L*école, c*esl le creuset où s'é- Iflhore l*avenir d*une ^cncralion , où fermentent toutes les iina- /mations que la scien- '*e éclaire de sa flnmme ytwe, et dont elle fait ou un métal commun qu'on rejette, ou un joyau précieux qui éblouit. Par le mot icoii» nous entendons tout ce qui reçoit un enseignement, d< puis le bambin déguenillé, qui épéle Talphabet sous le doigt d*un frère ignoranHn, jusqu^au dandy de philosophie , qui, sur les gradins d'un cours puulic, écoute avec une complaisance nonchalante les disxertitiona filandreuses du professeur sur Lorke, Hoblies ou Spinoia.

Il nous suffit d'avoir indiqué seulement les diséiples des frères et de l'enseigoemeiil mntuel; leur carrière scolastique n'est pas asseï étendue pour trouver une longue place ici. Après quelques élémt nls plus ou moins incomplets de lecture* d'écriture el d'arithmétique, ils revêtent, pour la plupiirt, le tablier de cuir ou de serge, attribut des apprentis. Nous nous occuperons spécialement de cette jeunesse d élite qui consacre it^s plus briles années aux études Kérieuses, et qui fournit des écrivains, des médecius. des légistes, é la société, des orateurs à la tribune» des hommes de talent et de sa^i^ à la nation.

Le collège autrefois éuit un bâtiment triste et sombre, avec des murs épais «t des fenêtres hérissi^ de barreaux. Au dednns, un silence de cloître, de vastes solitudes, des grilles au lieu de portes, des guichets derrière lesqut Is un œil sournois observait des corridors

ténéhrenx où l'on voyait des ombres noires aoi renfrognés se glisser le long des murail1e!i. Pais, c*é> talent des cliâtiments terribles, une concarmioe de i^ vérité qui faisait hésiter les vieillards entre lesOntorieus et les Bénédictins, mais dont les Joséphistes emportaieut le prix. Maintenant la physionomie du collège est raoiai austère; c'est une maison blanche et riante, q«e lei rayons du soleil inondent à pleines croisées ; ce soot êm salles aérées, un jardin dont les arbres touATiM tendeat au delà des murs leurs rameaux, comme des bras, au père de famille. Le correctoun bourreau grotesque, acteur nécessaire du système pénitentiaire vieilli, a dli&pan. Ce n'est plus le régent en htUt noir, aux scNircils tracés, é la physionomie d'inquisiteur; c'est ud diroeltw aimable, empressé, quasi galant, mielleux comme m prospectus, qui promet bien-être, soins paternels, nomu riture saine et abondante. Certes, il y a pr*^rés eu pmei au présent, mais trop souvent cet extérieur sédmaml n'est qu'un appât de plus : à l'intérieur la spéc»klMi siqre; la parcimonie ou l'incurie arrêtent la de réformes utiles.

Dans les collèges comme dans les institutions lit^res, il y a deux sortes d'écoliers : le pensioBÎmfaa al l'extemi . L externe, c'est l'être enrié, l'être benren mm a no pied dans ce monde du df4iors que le penakmaMs ne fait qu'entrevoir A celui-là la liberté d'actioa, las dissipations, la vie extérieure, les plaisirs de In vQht, l'intimité de la famille, les soins afleclueu\ : à rantie, h dè|iendance complète, 1 uniformité monotone des éevél|s journaliers, la limite d horison, l'isolement. A«sti la pensionnaire livré à loi même malpropre, chagrin par la répercussion de soo malaise physique Nur son malaisa moral, ressemble au<;si peu à Texterue enfant gai. allé. gre. coqn«'ttenient vêtu, que ces chiens mal soignés, da mauvaise humt^ur. assis tristement prés du foyt r, i h levrette fringante, folâtre, qui bondit sur &e* sou|ileK jaiw

LR;OL|liR.

CAjujt

ÊKIMi^r.T S

rets. L'externe devient un lien qui rattache le pensionnaire au monde dont on l'isole : c'est lui qui importe les balles, les toupies, les jouets de toutes sortes, et surtout les provisions qui changent en régal le sobre ordinaire des collèges à deux repas par jour. C'est lui aussi qui introduit ces délicieuses brochures que l'on dévore a l'ombre d'un dictionnaire, tandis qu'un livre est hypocritement ouvert au sommet d'un pupitre, et que la main semble tracer des caractères sur le papier.

Cette distinction des élèves en pensionnaires et externes est une distinction de fait, de laquelle résultent deux nuances bien tranchées. Les professeurs (Hablissenl encore deux catégories, celle des élèves forts dans leurs classes, des travailleurs, et celle des (iiiblcs qu'on flétrit du nom de paresseux (en style technique, lespt'ocheur» et les cancres)] car la faiblesse est toujours considérée comme provenant de lu paresse et non de l'incapacité, yu que le directeur déclare indistinctement à chaque parent que V enfant a des moyens. Mais Técolier n'admet pas cette classification : la paresse est un fruit savoureux dont il se gorge avec trop de délices pour en faire une cause de dégradation. Il établit la supériorité de la force brutale, de la force matérielle, de la loi du coup de poing, sur la force intellectuelle qu'il méprise, le plus souvent par impuissance. Cette aristocratie est encore assex bien entendae, en ce que le partage de la force

appartient ordinairement aux plus a? ancés en âge. et partant en études, de sorte que la considération croît en proportion de l'élévation des classes. Au reste, si l'insolence envers la roture peut être admise comme preuve de noblesse, cette aristocratie en est possédée au plus haut degré, et l'égalité tint vantée du collège n'existe pa« réellement. Ces patriciens superbes comprennent toute la plèbe qui les entoure sous la dénomination injurieuse de moutards ou de mômes, et se livrent à leur égard é des extorsions et à des abus de pouvoir qui caractérisent un despotisme effréné.

Sous le rapport physique, généraliser la physionomie de l'écolier est difficile ; néanmoins, suivant le point de vue ordinaire, nous lui accorderons une expression espiègle, des yeux hardis, un sourire perpétuel sur les lèvres, un nez retroussé à la Roxelane, indice de la malice et de reflronlerie ; des joues roses, des cheveux autrefois en vergetle, mais qu'on a soin maintenant de laisser croître, depuis qu'une ordonnance ministérielle a préciséipent ordonné le contraire. Les vêtements sont une partie trop intégrante de l'écolier pour que nous n'en fassions pas mention. On comprend que nous allons parler de Vinterne de pensionnat, et non de Tinterno du lycée, où la coupe de Thabit est invariable.

L'écolier a d'abord la télé ombragée d'une casquelte, laquelle est ornée d'une visière démesurée que le posses-

Paris. Imp. <le Edouard Blot, rue Stinl-Louis, 4G.

L'ËCÛLIEK.

seur taille en dentelle à sa fantai>(ie avec un custache, pendant ses heures de loisir. La visière n*est perceptible que pendant les premiers jours de la possession de la casquette : un prompt divorce fait justice de cet accessoire incommode. Un col de chemise chiiîonné s'échappe inégalement de la cravate noire qui est jetée nôgligeminent autour du cou, et dont les bouts, après un nœud préHlable, retombent sur la poitrine. U blouse est Thabillemeut le plus ordinaire de Técolier pendant les premières années des classes, mais ce costume enfantin est bientôt remplacé par un de ces habits ambigus qui participent à la fois de la veste et de l habit. Les manches en sont courts, étriquées; TétoITe, usée jusqu'à U tntmc, se contracte entre les coutures : elle est mouchetée de taches mon>trueuses ; le collet est fripé, les parements sont graisseux (quelques-uns enserrent précieusement leurs avant- bras dans des manches de percaline, mais on les flétrit du nom dVpir.iers). A la boutonniTe pend une ficelle élégante qui soutient la clef du pupitre ou de la baraque. Vient ensuite le gilel, trop court, demi-attaché, faute de boutons, qui sembent se séparer avec horreur du pantalon, tant est grande la distance qui laisse entrevoir des bretelles de lisière, et donne à la chemise un interstice favorable pour se produire : le gilet est un vêtement de passage; il disparait avec le> premières chaleurs de Tété Le pantalon témoigne de la croissance de son maître; il l.iisse à découvert des bas indigo qui se perdent dans des souliers informes, au cuir inllexible, aux semelles épaisses, aux clous acéré.. Des livres maculés, déchirés, sont artistcment ficelés et (lenJent sur Tépaule. QuelquefoÎK on leur substitue un vaste carton vert bourré de livres, maintenu par un corde en bandouillère sur la poitrine. Il est inutile d'ajouter que les gants sont proscrits. Un écol'er (|ui s'aviserait d'en mettre serait appelé fat pour ce raffinement de coquetterie.

cP) .

Un des mérites les plus saillants de l'écolier, c'est TeffroBterie; au moyen de cette précieuse qualité, il dé-

ment sans rougir une accusation . lors ménne qii'*il eil collé en Qngrant délit : c Vous coiusez, monsieur !» Il interrompt la phrase commencée avec un voisin, el répond avec énergie un Non où l'expression d'un étoonemeol hypocrite se mêle à Taccent e liunocence injustement soupçonnée. Pour s'excuser d'une infraction à la règle disciplinaire , il sait aussi construire avec promptitude une gausse dont un expert chercherait en vain le eôté faible. Il est donc essentiellement menteur* el-d tel point, que la franchise est considérée comme une preuve d idiotisme, et le mensonge comme un accessoire nécessaire, dont le succès a le double avantage de détourner une pmnition et de duper un ptrm.

Car l'écolier se fait gloire de combattre le maître d'étn* des. On respecte celui-ci dans les collé|çes. on c'est presque un fonctionnaire public, où il sVtaye du formidable proviseur, qui n'hésiterait pas a renvoyer un élève indocile; mais dans les pensions l'exil du coupable diminuerait d autant le revenu du directeur ; aus>i I écolier, fort de cette considération, entretient soigneusement ane lutte avec le pouvoir, lutte aussi haineuse, aussi acharnée que celle des Guelfes et des Gibelins, lutte qui se poursuit de génération en génération, et fait couler des flots d'encre. L'élève y met son indocilité, ses dispositions hargneuses, ses moqueries tracassieres , son opposition d'inertie; le maître y pè.se de toute rautoritc qui lui est dévolue, et de sa prodigalité dans la répartition aveugle des pensums, dos retenues et des mauvais points. Ce dernier est d'ordinaire un fils d'artisan, qui sort «lu collège avec des connaissances â peine ébauchées, et un profond dédain pour les travaux manuels de son père. Avec cet immense orgueil (|ui est le privilège d.' rign<»rance, il s'assied au faîte par la pensée; mais vient le jour où son incapacité se révèle, jour de déchéance où, simple soldat, il revêt les épauletls de laine dans la milice de l'instruction publique : il devient pvm.

Si position varie suivant son caractère. S'il e<i ce qu*on appelle un pion bon enfant, il est tr>ité comme le soliveau de PhèJre, ce roi inerte que les grenouilles, ses sajettes, couvrent de boue et de fange : on le raille on le berne, on le trompe, on le hue, on l'insulte: il n*f>st aucun excès qu*on ne se croie permis dès •{U*il y a indulgence plénière et impunité. La classe alors est un tojtr de d'sordre; des causeries actives, des dérangements continuel", des querelles commencées avec la langue, terminées avec le poing, viennent y jeter le trouble. Les avertissements bienveillants du maître sont accueillis par des huées. L'écolier ne sait pas user, il ne sait qu'almser : aussi il arrive ordinairement que le pion aigri Lit succéder une rigueur inusitée à son humeur débonoaii^: il devient chien.

Se montrer impertinent et raisonneur envers le maîlre, lui jeier nu visa,!;c des épithèles injurieuses, avoir avec lui une affaire, c'est un titre d'honneur pour un écolier. Celui «|ui Ose affronter la tyrannie est généralemenl estimé de ses condisciples; il est de toutes les parties, de tous les jeux: il a de Doml>reux copains. Être copain, c'est .se joindre par une union fraternelle avec un ciroarade, et mettre en commun jouets, semaines, confidea* ces, tribulations; c'est une amitié naïve et vraie, sans arrière- pensée d'égoisme ou d'intérêt, qu'on ne troave guère qu'au collège.

Les autres défauts capitaux de l'écolier sont la paressa et une intempérance fabuleuse de langue; il n'est pas de lazzarone nui se livre avec plus de délices aux charmes du dolce far nienie; il n'est pas de nonne ou de perroquet disert, instruit par une vieille femme, qui ait u pareil épanchement de paroles; ce sont deux hydres i

yÉCOLIER.

ceot tètes que le.« petnumê et les retenues terrassent vainement. Ce n*est pas seulement la pnresse qui trouve l'oubli des devoirs dan<; des distractions frivoles; c'est la paresse inerte, brutale, la pare>se qui fait de la mnchine humaine une horlo«;e arrêtée, la paresse du sauvage qui tient dans une léthargie absolue les ressorts de la pensée et de l'action. Cet amoirr du babil que nous signalons est uo trop-plein qui déborde, ou plutôt une inondation immense devant laquelle il faut sr r 'signer et croiser les bras ; c'est comme les économies d un muet qui a recouvré la parole.

Les dispositions querelleuses que l'écolier témoigne envers ses supérieurs se retrouvent dans leurs relations mutuelles. On sait qu'il n'est pus de plus grand plaisir que celui de houipiUer un nouveau, pauvre provincial engourdi que chncun s* nipresse de tourmenter. La ta* quinerie est l'arme du fuible qui, p;ir ses provocations, blesse des susceptiliiiilés : indè irœ! De là des combats grotesques Dès que deux combattants se prennent au collet, ou accourt, un cercle se forme, cercle animé d'où partent des intcrpcil.itions. — Tape dessus, va ! —soignele; ~ des huées ou des applaudissements, suivant qu'un pochon bien appliqué vient nuancer un œil ou foudroyer un nez. Le pion joue ici le rôle des dieux d'ilomcre : il intervient, et envoie vainqueur et vaincu expier en pénitence victoire ou défaite.

La gourmandise a aussi une place d'honneur dans le cœur de l'écolier; mais, commec'estun vice réclamé par les mouta ds, la honte de paraître gueulard comme eux en arrête la manife>talion parmi l'aristocratie. Elle consiste chez les petits à faire entre eux tin échange de pro-

visions, à chipper quelc^ues friandises, et à faire une consommation fanatiifue de croquets et de sucre d'orge, dits iuçons. Ces derniers sont d'un puissant secours con're la longueur des soirées d'études. Plus lard, les instincts gastronomiques se mocliû» nt et viennent comparaître devant Fé ix. le dimanrhe, jour de .sortie.

A tout ce que nous venons de dire, qu'on ajoute un grand amour pour le jeu, leiourderie ordinaire de Isi jennesse, un fonds de malice nationale, et l'on aura le caractère de l'écolier, chez qui, comme Von voit, les défauts l'emportent singulièrement sur les qualiiés; mais du moins ils n'excluent pas la boule du cœur, l'amour du bien au fond de r«1me, et. combattus incessamment par les soins de la famille , ils disparaissent avec l'âge et les progrés du discernement.

Il est une manie que je n'ouhlicrai pas de mcnliouner en parlant de Féco'ier, c'est celle d'élever d«s animaux. Quand la régie n'est pas trop sévère, on tient en cage queltfues pierrots, quelques pies ; dins le cas contraire, on cloître des vers à soie dans sa baraque, et ce n est pas une t^che facile que de leur procurer des feuilles de mûrier, et de les empéch«T d'être confisques parles pions; m:tis, si le bienheureux écolier s'épanouit sous la deminition bénigne d'un pion hon enfant, une paire de souris blanches trouve un asile hospitalier dans son puiiitre. Il faut voir alors avec quel soin, avec quel amour il choyé ses jeunes élèves; quelle jolie petite calèche il sait façonner avec les couvertures de ses grammaires, pour y atteler son couple chéri; comme les bandelettes de cuir de sa casquette se transforment en harnais élégants, et avec quels yeux d'envie ses camarades dévorent son triomphe!

Si ces béatitudes lui sont interdîtes, l'écoMer se console avec les hannetons, les birhe.s, les cerfs volants et autres lamellicornes. C'«st alors qu'il déploie avec un rare bonheur ses heureuses dispositions pour le des.sin et l'histoire naturelle : soit qu'il trau^f ^rme ces malhi^ureux coléoptères en prédicateurs dans leur chaire, ou bien encore en comhaitants l)ariolés de diverses rouleurs et armés d'allumettes: soit qu'il leur applique sur le dos un morceau de carton fi!:;urant quelque Irve satanique. Quelle est sa joie, quand le pion stupéfait recule devant ce promeneur qui ) rélasse son travestissement au beau milieu de I étude, et procnre d ordinaire à toute la classe la faveur d'une retenue générale !

L'écolier est un sujet d'études curieuses : ses sentiments, ses passions n'ont pis encore appris é se cacher sous an masque, elles se dissimulent mal sur ce visage inhabile. Vous foyez à nu toutes ces dispositions de jalousie, d'envie, de sot amour-propre que I homme du monde ne laisse pas transpirer au dehors, l/éniulation tant vantée de rinstrucûon commune sert admirablement

à développer ces instincts honteux. Dans une lulle d'intelligenct's rivales, le vainqueur a en partage un or(:;iieil misérable, le vaincu une basse envie qui cherche à rabaiss* r le talent de l'adversaire, ou à attaquer comme entaché de partialité l'arrêt du juge. Ce sont ces considérations qui font du piorh^ur un être peu aimé. On rit de ses angoisses dans l'incertitude d une lutte, de son dépit après la défaite de sa m*'>fiance comiiiue qui guette les regards plagiaires des voisins: on tst enchante qu'il soit vexé et qu'il bisque. On trouve odieux son é;;oisme; et pour ne pas avouer une infériorité humiliante, on convient entre soi « que les succès du collège sont bien loin d'être décisifs pour évaluer la portée intellectuelle; que tel ou tel est très-fort en thème et n'est qu'un sot, et qu'en déQnitive ces météores éclatants qui ont brillé dans l'enceinte du lycée vont s'éteindre dans quelque petite ville de province, où ils déposent leur auréole lumineuse pour prendre en main l'aune héréditaire. »

Je ne terminerai pas ce portrait général de l'écolier

LlGOUER.

4ttlp|ef tn^seb ie f>m se croît ea droil 4e faBwwW «o Irarail fUt Myterc. vue cûÊÊâwkt plos rcfsiim qae c^lle ét§ »win%, f«or iDcnicr la CiTear 4obI ils soet fntjfiét. Ea peikftioo, les booniery D'esisteoC ^: mais. p«r «j:.e maamvre nlére»iée. Icsdirecteon doaoent ane crfncatioa gralaile é ées eDCiiDls sios fortnse: bieo enteûda «i«e cet actes et bienCûsaBce soot étalés avec os- Uuiêlkm et rrpéfés aroeUemeot au oreilles àt ceux qù en «ont Toi jet, §'3% m b récompenseot pas par des succès a» oovs poUics.

L'écolier se lève à cinq keores eo été. i cinq heures on qoart eo kifcr ; b cloche l'arrache an sonmeil, anx songes oô il réfait de b bmille; aissi b cloche est pea popubire. Après b Bétolatioo de juillet, aoe réactios mîlifaire s'opéra daos les collèges, b proscription de b clorhe fat obteoae, et le tanboar l'a remplacée, s^is non dans les pensions, ni dans les pensionnats de demoî^f-lles. L'ècolif r reste concbé, en la mandissant, jnsqa a ce qne les vibrations en soient éteintes; alors il se I^TC les paopiéret {ronflées, bâillant et se tirant les bras; il ê'k»\ iile â b faite, et poor gagner les quartiers ira- Terse demi-vétn des corridors où on vent gbdal circule. Apres la prière, on procède â des mesores hjgiéniqoes de propr«ié, dont Técoll r ose avec modération, sortoot eo hiver où Peau des aUotJons estgbcée. Après le bps de temps accordé, chacao prend place devant son pupitre, et en exhume les livres nécessaires; le pion s'assoit magii^tralemeDt dans sa chaire, qui domine les tables, et d'où il peut surveiller les élèves. Le matin est ocdinairement co&sacré aui leçons; chacun tour à tour, aprtfs un travail de mémoire plus ou moins long, vient les réciter au maître sur un ton monotone et chantant, avec des hésitations, des répétitions, des Inonnements entremêles d'un $uh! euk! fort divertissant pour le |iatient qui suit sur son livre. Qu'on juge de la position d'un homme contraint d'écouter pendant plusieurs heures des lambeaux de latin ou de grec, épunt chaque élève pour ne pas se bisser tromper par les ruses usitées en pareil cas. telles que, lire sur son voisin, coller b page sur la chaire ou dans sa casquette, se bire aider d'un S4iiiffleiir. écrire la leçon sur ses ongles et ses doigts; et qui. la tète alourdie, ne quitte cette tâche que pour retombiT dans une récréation bruyante on il doit jouer le rôle de surveillant. A cette récréation le di'jeuner vient (aire une agréable diversion. Chacun est mis en possession d'un énorme morceau de pain (heureux celui que le hananl gratifie du croûton, morceau par excellence, pétitionné par tous les gourmets) ! Les élèves dont la baraque est approvisionnée creusent dans leur portion un sépulcre énorme où s'ensevelissent les confitures ou le beurre salé; puis tous se divertissent en hâte comme des gens pressés de jouir De nouvelles heures de travail succèdent à un court moment de plaisir, et se prolougeut juM|u*au dîner, qui a lieu au milieu de la journée. Nous ne parlerons pas de la parcimonie, de la négligence qui priVhleiit ordinoir. ment é la partie culinaire dans une pension : chacun peut consulter ses souvenirs et se rappeler l'iihofidonce, eau rougie dans sa plus simple expression et dont le nom est la critique aroère ; les potages lymphatiques, les haricots nageant dans une sauce limpide :

Apparent rari nantea in gurgite vuto.

et toutes les plaisanteries sur les divers plats du réfectoire ; mais nous dirons en passant combien nous semblent odieures ces spéculations qui attaquent le bien le

phu précîen, b nmé, et des mesares qui garantiraieat au tare simple , mau sue. On wmu dira q«e lUai envoie yn inspecteur dans les dn personnel, de Tordre inlérieBr. d« bien-être nel , de même qn'elb envoie on cxannanAear po«r sTi surer do progrès inlellectoel ci des •▼aiataget êm adopté d'enseignement : mais â cela que l'on donne au dernier des marines JreMéci fmr demandes et par réponaes; qo'am prenicr oo Hait goèlcrb bouillon de madame et boire le via des deaai-boateilles accordées joamalièrement anx maîtfes, qse deTaat ioas deux on jooe one comédie.

Après le dîner, on intervalle d'étade sépare ém rt^ de quatre heures, id^ reprodactioa de eelni do dn pain, de Tean ; et b clodM rappelle de la au travail, jasqu'â b in de b joamée- L^appodie de la nuit fait allumer des qainqvets doot je ne saurais peiadre la malpropreté, la piètre et fomease Ineor. Cesl k moment ou les poètes de collège troofeni leors iaspirations; car, le soir, le silence do dehors el dn dedans, b btjgoe du jour qui concentre b pensée, ont le aingate prinlége de donner une certaine exaltation anx idées. Vient enfin l'heure du sommeil, heore fsTorile on, aprèi un souper indigeste, l'écolier rcf^reni la pasagnsian ds lui-même. Tapi sous les draps, on trouve nnechaiev bienbisante , que l'on ne peot se procmei dans b jaa^ née avec un poêle de fonte aux fiancs castes du cheval de Troie, où quelques bàcheltea sans se brûler â la flamme. On peot penser, s*ahaorbcr dans ses rêves et ses souvenirs , sans qn*nn pion cria é l'inaction , et le sommeQ vient continuer en songe ces douces pensées.

Les jours se suivent ainsi avec une r^nlarîté désesp^ rantc , mais le dimanche ouvre miséricordiensemeat las portes aux captifs que des pensums ou des retenues n'ont pas atteints. Le cœur tressaille lorsque reflceal eontre-signé dit : Sésame, ouvre4o%, et que, debont snr le seail. on met le pied dans cette me animée oà tout nn moado bourdonne, ou l'on va se mêler â b foule peadant qaelques heures de liberté. Aussi b reUtmêe est une graads puissance du maître : c'est un frein â llndodlité, aa aiguillon à la paresse ; aussi, pour conquérir eetle pré* cieuse sortie, on subit toutes les exigences* el pourtaat elle entraîne une trbte, mais naturelle conséqfuenee : la rentrée.

Le jeudi est au dimanche ce que le reflet est 4 b bmicre, car la pâle liberté qu'il donne est illusoire. Bb consiste à circuler dans les promenades pobllqnes.es rang, deux à deux, captifs au milieu de ces gens Hhra. Des marchands de gâteaux, de massepains, de fruits» bs escortent avec les prières les plus pressantes, les iannuations les plus adroites; mais la régie défend d^ackelff» et le pion fixe sur tout son œil d'Argus comme un doua nier vigilant : personnification humaine du chÉUmentfri attend b chute.

Outre ces jours réservés et les fêtes rèligieases, hi écoliers ont encore leurs fêtes particulières. La Sefa^. Charlemagne, qui convie a un banquet annuel Télila ém lycées; la distribution des prix, épilogue de l'année se^ lairc, préface des vacances, et, é ce doaUe titre» ao* cueillie avec transport. On a trop souvent tourné en i^ dicule le pédantisme des maîtres, la partblilé qui a*^ déploie, l'improvisation méditée i l'avance, la aoleaaili de la cérémonie, l'inévitable comédie de Dacerceau, Ta^ gueil des parents et des lauréats, le désespoir el la attitude des vaincus, pour que nous voulions pesantir; nous dirons seulement qu'on arail

L'ÉCOLIER

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faire un moyen d'émulation, et que les directeurs en ont fait une réclame pour leurs établissements.

Nous avons décrit la physionomie ordinnire de Técolier, nous avons (ait Thistorique de sa journée, mais Ton doit comprendre que son caractère et ses habitudes, à une époque de progrés et de développement, doivent se modiGer et s'altérer à mesure que son accession au monde devient pins immédiate. Ce sera donc compléter le tableau que de suivre année par année ces moJiÛcations, ces changements dont nous avons été obligés de confondre les nuances dans un portrait général.

En neuvième et huitièmey c*est le bambin en blouse qui le matin traverse la rue avec un panier d*osier, dans lequel reposent deux tartines tendrement accolées, et dont le couvercle béant donne passage au goulot d'une bouteille d*eau, ou d'eau rougie. Je signale le panier d'osier au premier chef, parce qu'il joue un grand rôle dans ces premières années. Il est l'agent nécessaire des dînettety le thermomètre des amitiés de cet Age. Dans ces classes, le maître est despote avec impunité, il impose par le regard, par la voix, il (ait trembler toutes ces petites créatures; la férule (que quelques vieillards regrettent à tort) 88 retrouve pour meurtrir ces mains délica* tes. Mais, quand vient le soir, pénitences et bonnets

d*Anc, Chapsal et Lhomond, Epilome et Sélects, tout est oublié; les élèves sortent en essaims bourdonnants, font en passant la nique à l'épicier, lui volent ses pruneaux et crachent dans ses barils de sardines Ils rapportent à leurs familles des billets de contentement, et quelquefois (d decus!) la médaille.

La septième est la porte par où Ton entre au collège; les septièmes sont les plébéiens du lycée ; ce sont eux que l'on voit à la télé des phalanges, salis, déchirés, crottés noircis d'encre, pliant sous le faix de livres innombrables. Le septième est le bouc émissaire d'Israël; les élèves le traitent avec une dédaigneuse pitié, les pions le rudoient, les professeurs le criblent de pensums et de devoirs; car, par la manœuvre la plus intelligente, les devoirs s'éclaircissent en proportion des progrès et de Tavancement. Les connaissances littéraires du septième se bornent à Berquin et à Robinson Crusoé, et il reçoit en prix Numa Pompilius ou les Aventures de Télé* maque.

S'il est quelqu'un de plus orgueilleux que le premier, c'est certes l'avant- dernier. Le sixième en est la preuve. Nous parlions tout à l'heure du dédain des grands envers les septièmes : de sa part, il y a mépris, il y a l'arro* gance ridicule d'un subalterne envers le nombre restreint

L'ÉCOLIER

de ses inférieurs. Pourtant, le sixième dilTiTe à peine du septième; comme lui. il manipule des boulettes, il éd 6e .des cocotcs, ri couvre ses cahiers de bonshommes; c^mme lui. il accueille avec transport les livres neufs. proNcrit la blouse, miis reste fidèle à la collerelle. pnriage les amours de Nêmorin pour ta |i;racieuse Estelle, cl les ter reurs de Robinson dnns ^on ile.

La première communion est ordinairement tlu domaine de la cinquième et répand sur celle année un parfum de béatituilc. On s'isole des conversations prof.nes, on se montre nu doi^rt, comme uu phénomène étrange, Técolierde philosoj hie que le bruit public accuse d'une maîtresse; on rougit, on balbutie quand sous le doigt, en expliquant (Juinte-Curce, se rencontre un mol tel que pellejr ou scortum. Le Mois de Marie, le Pensez- y bien, les Histoires édiGantes ajournent les romans et les pièces de théâtre.

Kn quatrumc, le voile officieux que la religion avait jeté sur les yeux est soulevé peu a peu; Toreille s'habitue aux propos obscènes, la pensée s*en1inrdit au désir. Ceux qui ne suivent pas ce progrès sont qualifiés d'innocents, et il n'est pas do mauvaise plaisanterie qu'on épargne à leur naïve simplicité. C'est l'Age des amours pour de jolies cousines, ou pour les femmes de trente ans ; amours bucditiues, s'il en fut, semés de soupirs et d'extases. La [ïoèsie vieni prêter ses ailes à ces inspirations platoniipies. Les satires contre les pions, écrites avec les secours de toutes les divinités mythologiques, font place à des strophes mystiques, à des stances élégiatiques :

Oli! t'est loi, toi sylphe. an$îc avec un nom de fentme, ((Jii' sur mon chemin comme un joyau j'ui trouvé^ Étoile dun5 ma nuit! que rcHi'te mon âme .... Oh ! c'est toi que j'avais rêvé !.. ..

Vers que Ton cache aussi bien aux camarades qu'aux maîtres, car la littérature latine a seule droit de cité au collège.

En troisilmcy ces passions douces tournent au brutal. Pigault-Le!>rnn et Paul de Kock sont feuilletés avec transport, les passai;es équivoques *;ont disséqués jus«|u'à l'os, les rélicences sont complétées avec une prodig euse fécondité d imagination. Quel(|ues tentatives sont faites pour fumer des feuilles de tabac roulées dans le papierchandelle distribué au collège, et je ne dirai pas où on le fume pour absorbi r l'odeur par un système hoinœopathique istmifta similibusK Précaution inutile uu reste! car de funestes résultats décèlent infailliblement le coupable.

Le seconde est petit-maître, il se fait friser le dimanche quand il sort et met des gants. Faublas et Casanova courent sous son chevel; ces lecturcN dangereuses Ironblent son iniairinaiion et brûlem ses sens; aussi, il en est dont ou peut dire, comme de lehin de Frollo : « Ses débordcuîcnls. horreur dans un enfant de seize ans* allaient

sou ventes fois jusqu'à la rue de Glatigny. » Uni" dame galante, quand les dognins ou les pt-rrurhes ne «ont pas é la mode, .se charge quelquefois de son éducation, oa bien quelque grisetle découplée à qui il promet sérieusement mariage pour sa majorité, (/est alors qu*oo voit cclore des satires mordantes sur la fragilité des femmes. C'est au.ssi à cette époque qu'indigné de voir la France indigente de poëme épique l'écolier se mal résolûmeiit à l'œuvre pour en doter la nation.

La rhèttirique t st divisée en deux sections : les vHé* rani et les nouveaux. Les vétérans sonl sordides et négligés comme des savants; ce sont des élevés omscieiicieux, mais routiniers: pauvres diables confinés dans le» collégi s. à qui le monde n'a pas envoyé ses rayonnement»; qui ont pour maîtresses Didon et Lavinie, lisent la Harpe et les modèles de liltérature, écrivent sur leur lianni.Te: Racine, et rompent des lances contre Victor Hugo. Entre eux et les nouveaux, il y a schisme. Ceux « i |>oursuiveDt do leurs huées le p- dantisme de ces embryons de sayants et leur zèle courtisan Le nouveau a des priuci|»es de moustache, des ganls blancs, des éperons, un cignre qu'il jettp sur le seuil du col.ége. Au lieu de lire Horace et Virgile et de s'orcupt r de discours latins, il se forme le style dans la lecture des romans, et apprend réi >quence dans les journaux qui rapportent les 8é<*nces de In Cham* bre. Les moins hardis fout des \7iudevilles.

Le philosophe ne s'avoue membre du collqi^e qu'en rougissant; il s'y rend en amateur* et change les cla«»es en promenades par un beau jour de printemps ou d'aa* tomne. Il a deux routes à suivre : ou bien, lils de famille. dandy, il siège aux stalles de l'Opéra et chevauche aa bois de Boulogne, ou bien, il prélude à la vie d'étudiant en copiant se<« allure^ négligées, sa pipe chari^ée de esporaL et ses assiduités à la Chaumière. 11 est libre ci llàncur émérile, mais lexamen jette de l'ombre sur ses joies : son admission au baccalauréat clôt son exia^lmee d écolier < t notre sujet, et nous ne le prolongerons pas jusqu\n la biographie de l'étudiant, car ce serait de la témérité après le portrait mintitieux qu'une plume extitct a peint, comme chacun sait, avec un rare bonheur et wc mervi illeuse fidélité dans les pages de ce recu«|.

Voilà quelles sont les dilTérent* s physionomies de Tesfant et du j«une homme dans nos écoles et nos Ijcé». mélange de vices et de qualités, et, comme la statue il Scythe Babouc. formé de pierres précieuses et d*argik. Nous ^avon^ dépeint d'apré% des souvenirs récents, d si la critique vient mettre en pièces le moule de pensée, en accuser les formes irréguiîéres, et crier :

Tu chantes faux à rendre envieuse une orfraie,

nous lui répondrons comme le Gracieux â Laflei Maître, le chant est faux, mais la chaniOD est vnn

LE GARÇON DE BUREAU

J. V. BILLOUX

D est destiné par son aptitude ou sa vocation à prendre place dans la société soit comme magistrat, prêtre, soldat, industriel ou artisan : mais je ne sachr pas qu'un jeune homme ait jamais été élevé dans la vue d'en faire iin employé ou garçon de bureau, deux états sans apprenlissaj^e que Ton nVmbrassc , d'ordinaire , qu'après avoir manqué ou usé plusieurs carrières, et parce que pour vivre il faut bien qu'on fasse quelque chose. Emparons-nous du garçon de bureau.

Sous l'Empire, cette grande époque des longues et glorieuses guerres et des mutilations sans nomlnrc, le type des hommes destinés à cet emploi «tait bien moins varié qu'aujourd'hui. Napoléon avait voulu qu'on réservât aux soldats qui lui étaient devenus inutiles le privilège de ces places trés-subaltrrnes, il est vrai, mais non entachées de domesticité puisqu'elles comportent uniquement un service rendu à l'Etat, et payé par l'Etat. Dans ce temps, disons-nous, les bureaux pouvaient être regardés comme une troisième succursale de l'hôtel des Invalidis. Mais, depuis que le rétablissement dû gou vi niement constitutionnel est venu rendre à nos Chambres une si grande prépondérance dans le règlement des affaires du pays; depuis que les ministères ont été mis en coupe réglée, et pour ainsi dire annuelle, depuis enfln qu'une îdflnité de législateurs ontadmis, en principe, que le complément de la confection des lois était l'obtention de toutes les places pour des protégés ou des parents, la cause des vieui soldats s*est amoindrie; leurs intérêts ont été négligés, et, qu'on me passe la trivialité de rex|«ressioD, le troupier a été YaiDca par le talei de chambre.

' Quoi 1 pour des places infimes de garçon de bureau?... Cela vous étonne, n'est-ce pas? Eh bien ' moi, je vous le déclare, et j'appelle en témoignage tous les hiiuls barons de l'administration, il est moins difûcile d'enlever une sous-préfectun; qu'une place de garçon de bureau, et voici pourquoi.

D'abord, répondez moi, jeunes lauréats aux couronnes déjà effeuillées, jeunes avocats sans causfs, vous tous solliciteurs aux démarches instantes et multipliées, qu'avez-vous obtenu des protecttnirs puissants qui vous aval nt promis tant et de si belles choses? De simples apostilles sifr vos placets, apostilles banales et décolorées, qui bientôt ont été rejoindre leurs cent mille soeurs dans les cartons hécatombes des ministères. Mais, |iOur un vieux domestique, un fidèle Caleb qui a rendu à l'homme qui navigue dans les eaux du pouvoir de ces services de tous les instants, de ces services dont on aperçoit le terme et qu'il faudrait récompenser d'une pension alimentaire, qu'il est si commode et si doux de mettre à la charge de l'Etat ; oh ! pour ce vieux serviteur-Iâ. c'est différent, on ne se borne pas à apostiller ses pétitions^ on se dérange, on marche, on court, on vient voir le ministre, on y retourne, on revient dix fois, cent fois, on im« portune et on obtient.

Et puis les ministres eux-mêmes, qui ont passé plus ou moins rapidement aux affaires, n'ont-îls pas eu à récompenser les gens de leurs maisons privées et les dévouements intimes qu*Us ont eu l'occasion de mettre i l'épreuve? A cet égard, Dieu sait s'ils s'en sont fait faute! é ce point que, si quelque historien avait besoin de recourir à la chronologie ministérielle de ces vingt-cinq d«*rniéres années, je lui conseillerais d'entrer dans le premier minist>'re qui se trouverait sur sa route, de demander qu'on en fit ranger tous les garçons de bureau

LE GARÇON DE BUREAU

par ordre d'ancienneté, pais de leur faire nommer le bienfetllant patron qui les a poamia de leur charge individuelle. A part ploMeort doubles emplois, mon historien aurait sa chronologie atec la plus rare euctitude.

Vous comprenez que cette dit ersîté de provenances a causé celle des types : aussi de nos jours le garçon de bureau m présente4-il sous des fiices bien diverses et avec le caractère, les qualités et les défauU qui sont le décalque des précédents de sa vie.

Voulez-vous me suivre un instant? venez avec moi dans un hôtel ministériel dont je connais les détours : placez* vous derrière cette porte vitrée, d*oû vous pourrez tout voir et tout entendre ; ils sont là danie cette pièce (il n*y a plus d'antichambre), six garçons de bureau, dont on peut dire ce qu'on dit des moines : ils sont entrés sans se connnitre; ils vivent ensemble sans s*aimcr; ils se quitteront sans se regretter.

Einminez d'abord le seul qui soit debout et toujours debout : quel aplomb, quelle assurance, quel contentement de lui-même ! C'est le mouvement perpétuel, c'est la mouche du coche, c'est Taudiencicr général. Il s'occupe de tout, répond à tout, excepté pourtant é la sonnette des chefs de bureau, dont il a délé;(ué le service à ceux que nous appelons ses camarades, et qui pour lui ne sont que des inférieurs. Remarquez encore, je vous prit\ comme cette plume mouillée d'encre est flchée avec art le long de sa tempe droite, et comme elle fait valoir le brillant de ses lunettes en chrysocale qui se meuvent du front au nez, et vice vena, selon la gravite de l'interlocution. Dans ce moment il éconduit deux solliciteurs de province qui ont la complaisance de s'incliner devant sa grandeur, et dont les tiHes respeclueusemeni découvirtes semblent en se baissant porter sur un ressort qui fait relever d'autant celle du garçon de bureau. Retenez bien la formule du refus d'entrée qu'il répète dix fois sans y rien changer : « Non, messieurs, vous n'irez pas plus « loin ; j'ai mes ordres, et je ne puis rien y subroger. »

Cet homme a nom André Pellerin. II a servi pendant vingt-cinq années en qualité de maître d'hôtel au Rocher de Cancale ; il a assisté a bien des repas politiques de diverses nuances; il a pu voir inter pocula bien des séductions de tous genres ; il a vu des hommes réputés bien forts devenir subitement bien faibles. ËnGn André Pellerin, en servant le monde, l'a étudié avec assez d'intelli* gcnce pour remplir avec la dignité que vous lui connaissiz une place de garçon de bureau que lui a fait obtenir, en souvenance d'une longue suite d'attentions prévoyantes et confortables, un vieux C(»nseiller gourmet, frère d'une de nos Excellences passées.

Ainsi, par ses précédents, Pellerin a de la tenue et de l'aplomb : il est beau parleur par habitude, actif par devoir, admit quand son intérêt l'exige. Toutes ces qualités résumées font de lui un homme important.

Un garçon de bureau important ! Cela vous étonne, ce n'est pas lui qui s'est fait ainsi, c'est sa position, ce sont nos lois, c'est la société dans laquelle il vit. 11 est important ! j'en connais dix qui le sont à moins de frais que lui.

Sachez donc que, en cumulant vingt-cinq années de grasses économies culinaires, André Pellerin s'est fait propriétaire dans la lianlieue, qu'il a pignon sur rue, qu'il dit Ma maison et Mes locataires; sachez encore qu'il est élerifur. rt qu'à ce titre il a été visité, sollicité, par les plus notables champions du comliat électoral II vous fera lire, pour peu que vous le désiriez, trente lettres où l'on invO({ue ses hautes capacités intellectuelles et ses lumières patriotiques. On vous dira qu'un jour, ayant une dis-

cussion avec on employé, il la rompH par ee

qu'il jet! avec majesté : « Saches, mousieor, q«e tooi m

diltes que des lettres, et que moi je fais des dépvtés! i

J'ignore le nom de celui qui est assis derant ce barean où sont déposés des dossiers sur lesquels André Pdlerin n'a pas encore jeté son coup d*œil ioTesligatear; mais ce que ce garçon de bureau fait en ce moment, fl k fait tant que la journée dnre, il mange. C*esl an (rieateur perpétuel, et l'on a peine à comprendre qoe deals et estomac d'homme puissent suffire à nne telle nartication. Ce gaillard-lé use i se faire des core-dents plosée paquets de plumes que l'écrivain le pi os laborieni. Sei approvisionnements de bouche, toujours ooplenz et soa> vent trés-recherchés, lui viennent de l'office ministériel, qu'il dessert en extra les joon de grand gala. Il fbonit au chef de cuisine du papier pour ses enfants qui vont î l'école, et celui-ci, par réciprocité de bons procédés, lii repasse les débris opulents qui occupent son appétit ëévorant. Regardez la table de ce garçon de bureau, flei a fait un petit buffet à compartiments. Rien n'y manque, pas même un fourneau économique sur lequel oa léchauffc les salmis et les émincés : et, quand pariau on lui demande d'où peut provenir l'odeur extra-bore»cratique qu'exhale cette cuisine privée, il ne manqae pn de répondre avec audace et malignité : « Ça Tient de cba le ministre! » Il ne ment pas.

Voici venir maître Colin, qui résume en lui la nia1pi«> prêté, le bavardage, la curiosité. II a débuté dans le moafc par l'état de perruquier-coiffeur. Dans sa jeunesse, il obtint le service du théâtre de sa petite Tille ; et, coani des coulisses à la scène il n'y a qu'un pas, et que d'ailleurs le terrain est glissant, Colin, quittant la uvoanette et la houppe, se lança dans l'emploi des amovcax de son nom, chanta l'opéra-comique de l'époque, et s flt surtout applaudir dans Biaise et Bahet,

Le Colin que vous voyez est tantsoit peu déformé; cepcadant il reste encore vestige de comédien sur celte botït gérement ridée et sur celte antique perruque à fnsac hebdomadaire : mais avez- vous rien tu de pareil! la si- Icté de son accoutrement ? Ce malheureux porte depaii quinze ans au moins le même habit. Tontes les foui» tares qu'on lui fait, toutes ses économies, sont employai au soutien d'une moderne Bahet, qu*il idolâtre en soavcnir de ses anciens succès. Aussi l'habit de ce malbeareux n'est que pièces, et, quand il est obligé d'en raiplacer une, il coud en chantant avec un long soupir Vit de Dezède :

C'est poor toi qœ je les arrange.

Si Colin n'était malpropre que sur lui, el seuIcMil au profit de sa passion artistique, il n'y anr^t pu Inp à se récrier, car enfin il est célibataire et libre dans m affections ; mais ce qui est plus grave et ce qui lui arih des réprimandes fréquentes, c'est son indinerenee casplètc pour le soin de ses bureaux; un balailui dnrecneat plus qu'un habit, et on n'a jamais eu à lui reprocher la dfr gradation d'aucun meuble. Un jour, l'un de ses ch fatigué d'une telle nonchalance, écrivit stcc le do^ la glace du bureau couverte d'une couche épaisse di poussière ces mots, qu'un moment de Intime colkl peut bien faire excuser :

« Vous êtes un cochon ! »

Vous pensez peut-être qu'après avoir lu ee »'f|HttH Colin va se l'adresser à lui-même; pas du tout: ik laisse subsister, et, le lendemain, il attend Tarrivésda chef pour lui dire en coni lence : c Monsieur, je ne aA quel est l'employé qui a été issez osé pour vous éafre et

LE GARÇON DE BUREAU

pareilles injures : ce qu*il y a de certaÎD, c*est qu*hier soir j*ai bien fermé les portes sans loucher à rien. — Je le crois facilement, répliqua le chef, qui, pour dissiper tous les doutes de son garçon de bureau, ajouta le soir au haut de la même glace :

« Monsieur Colin, vous êtes un cochon ! »

Notre ci -devant Biaise fut trés-piqué de ce reproche, car il était devenu sale comme Sédaioe a prouvé qu'on peut être philosophe, c'est-à-dire sans le savoir. Sa mauvaise humeur éclata dans un propos qui aurait pu lui coûter sa place avec un chef moins paternel : « Eh bien ! monsieur, s'écria-t il, puisque vous êtes si ridicule, — je veux dire si exigeant, — demandez donc pour le service une fontaine filtrée comme on en donne partout. Il n'y 1 plus que dans votre bureau qu'on voit des cruches ! »

Colin est encore plus curieux que malpropre; il passe à lire les pancartes des employés le temps qu'il devrait mettre à les ranger et à les nettoyer; et, à cet égard, sa naïveté et son imperturbable assurance vont jusqu'à lui faire dire à ses supérieurs lobjet des lettres cachetées qu'il leur remet : « Monsieur, voilà de bonnes nouvelles ; » ou bien : c Cest des invitations pour dioer. »

Si Colio n'iTait pas conservé les goûts de son ancien

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emploi théâtral, s'il n'était pas toujours amoureux, il n'aurait pas cherché à suppléer par une certaine adresse à l'insufQsance des ressources de son médiocre état, qui ne rapporte plus ce qu'il produisait autrefois.

Depuis que le système des adjudications publiques i prévalu sur celui des marchés de gré à gré, les petits bénéfices des garçons de bureau ont considérablement diminué. Lorsqu'un traitant sortait du cabinet directorial ou ministériel, avec la concession d'une vaste entreprise dont les résultats avantageux étaient certains, puisque les prix n'en avaient été que faiblement discutés, sa générosité allait au-devant de toutes les exigences de la servitude bureaucratique. Mais, à présent que les opéra* tions de cette nature se font à la clarté du jour et au milieu d'une lutte acharnée, l'adjudicataire qui en sort vainqueur, mais vainqueur épuisé, ne se croit obligé à aucune rémunération gracieuse, qui deviendrait un surcroit de pertes et de sacrifices. 11 est bien vrai que tous les abus de l'ancien système ne sont pas encoie entièrement déracinés, et que, de temps à autre, en entend encore parler de pots-de-vin. Sans nier le fait, nous affirmons que les garçons de bureau ont cessé d'y avoir part.

Colin, pressé par les besoins de sa position, a jugé les

LE GARÇON DE BUREAU

fnDesteic efTets de cette réfolutinn administrative, et il s'est appliqué à les conjurer. Tout aussi au fait d(> la correspondance que le ministre qui la signe, il en prend soigneuse note; et le suir, en rai>ant son courrier, il abandonne aux fart< urs les lettres insigniûantcs ou de I reproches; mais il s<î réserve les dêp»'ches qu'il juge ; agréahlet, et avant tout celles de ces dcpèch^'s qui annoncent aux fournisseurs et aux banquiers de prochaines remises de fonds. Il les porte lui-mc^me pour ne les rendre autant que possible qu*en mains propres, et se fait annoncer en quai té d*employé Ocs garçons de bureau n*en prennent jamais d'iiutres). (les démarches porteront leurs fruits â répoque des étrennes, et Babet aura son tirtnn, peut-être un cachemire Ternaux : Colin croit à la, puis- Kincc des écus et aux profils de ceux qui en annoncent la venue. 11 est vrai que. dans son bon t mps, on ne chantait pas, comme dans les opéras de nos jours :

L'or est une chimère 1

Le gros Auguste, qui arrive tout essoufflé avec sa serviette sous le bras, comme un garçon de restaurant, est aussi propre, aussi soigneux, que son collègue est négligé. Essuyer ce qui se trouve sous .sa main est pour lui l'occupation de tous les instants. Ce n'est point un travail, c'est une habitude. Cet humme a toute sa vie été valetde chambre, tt dans radmini.>tration il est re>té valet de chambre Comnifces personnes qui, en nuisant avec vous, ont la manie de vous défaire les boutons de votre gilet, lui, s'il a à donner quelques renseignements, il utilise envers sou interlocuteur la serviette qui ne le quitte jamais, et, tout en parlant, lui essuie ses boutons, son habit, voire même ses souliers. Auguste n'est pas du reste sans intcl.igince et sans malice, vous allez en jugtr.

« Ji* désirerais parler à monsieur le dirrcti-ur, lui dit un jeune solliciteur fort empressé. — &1 on sieur le directeur n'est pas visible les jours d'audience pnbrn{nc. Ecrivez pour demander un rendrz-vous. — Mais je repars demain ! lAugusle lui a pris son chapeau et Tessuie avec sa serviette.) — Qu'y pui>-je faire? - Quel contretemps! moi. le fils d'un de ses meilleurs amis! — Ccpeiid.int... reprend Auguste, je vais voir si monsieur le directeur cou.si nt. »

Entre Tassertion je suis le flis d'un ancien ami et le cependant d'Auguste, il s'est Ojéré une nianœuvn* habile, une démonstration enicacc, qui n*ont point échappé é l'ieil exercé du garçon de bureau : la clef du cabinet directorial a p.-.ssé de la poche du jeune solliciteur dans la main d'Auguste, qui vu s'en servir.

« Monsieur le directeur! — Eh bienl qu'est-ce? — Le fils d'un ancien ami. — Auguste, vous m'obsédez! — Blon>ieur, le tils d*un ancien .. Jeune homme, donnezvous la peine d'entrer p La place c>t emportée d'assaut; mais il faut croire qu'on ne put s'entendre sur les articles de la capitulation, car le .solliciteur sortit avec l'air du mécontentement ; et, quand il fut parti, la bruyante sonnette ra) pela Auguste, qui reçut l'ordre trés-sévére de ne plus désormais introduire son protégé, ce q i le fit s*exrlamer : « Le fils d'un ancien ami consigné ! je parie qu'il lui aura demamlé quelt|ue chose ! »

Auguste a pour collt^gue un pauvre diable, espèce d'héiH'té, dont l'infirmité est d'écorcher tous les noms propres qu'il est ch«.rgé d'annoncer Pas un n'est épargné. Je crois qu'il estropie m^me celui de Niipoléon. Je ne lui connais de comparable que l'huissier de la direction des postes, qui a transformé M. Pozzo di Borgo en Jlf. de la ponte de Bordeaux et ftl. Dédelay d'Agier en Af. Udey d'Alyer. H y a peu de jours, M. Marec, uo des

plus habiles et des plus conscieocieux travailleart éi conseil d'Etat (je lui demande excuse de me servir de son honorable nom), ayant à conf'rer avec le prêsîdeil de .sa section, dut s'adresser, pour être introdiiil, au garçon de bureau dont il est question. O'iui-ci rapporte i» médiatement du cabinet de M. de 11*** cette in ouceva* ble réponse qu'il brode â sa façon : « Mon bravie homme, vous I ouvez vous retirer, monsieur le comte ne fera pti danser cet hiver. - (Comment! danser? — Fichtre... • Enfin tout s'explique : notre impitoyable écorcheor, ai lieu de M. Marec, maître des requêtes, avail annoncé M, Marc, mait e d*orchestre.

Cet autre est une victime des besoins de son înconmensurable nez; il est devenu chipeur pour satisfaire aax menues dépenses de son tabac, dont il fait un usa;;e prev qAe immodéré; il récolte tous les vieux papi* rs, et chaque soir s'en fait une cuirasse qui serl «i disNimuler soa innocent larein : je dis innocent, car pour beaucoup d'iodividus ce n'est pas voler que voler le pfouvernem'nl;cc qui fait que notre garçon de bureau se permet parfois d'entasser pê e-méle les morts et les vivants, et dejt* teraa vieux papier des pi»»ces que leur importance devrait préserver d'un trépas aussi prématuré. Par bonheur, les élucubntions miuisl'Tielles ne sont pas comme les fleuves qii ne remontent jamais à leur source : elles y reviennent, flétries, il est vrai, mais elles y reviennent par rentremise d'un charcutier qui en a enveloppé des saucisses; la fruitière, du beurre, l'épicier, du fromage; vaisselle plate des malheureux commis qui font à leur bureau le modeste repas du matin.

11 y a des gens qui deviennent fous de leur propre fortune, celui-là est devenu grotesquement orgueilleux de celle des autres. En effet, tant qu'il n'a été attr.cbé qu'a un simple chef de bureau, il était d'une fréquentation facile; mais, depuis que ce chef est devenu conseiller d'Étal et dé|>uté, B... s'est fait une dignité parallèle à celle de son supérieur, et il se croit obligé de passer la durée drs sessions législatives dans la salle des confêreaces.

N'rics-vous pas encore assez édillé? suivei-nioi : tenei, regardez dans ce corridor ce grand gaillard qui vient à nous; s'il y avait place dans son cœur pour les remords, il serait accablé du poids de ceux qui le rongeraient : il a fait, dans son temps, une horrible consonfimation d%mployés; il a desséché plus de poitrines que tous les plus hiibiles médecins de France n'en ont guéri : et. si la Providence est juste, il sera condamné au feu étemel.

Cet homme aurait brûlé le ministère pour f<iire de h cendre à I épo({ue où la cendre des foyers était Timmanilé des garçons de bunau. Les feux des cuisines de Corée I et, de Véfour et du café de Paris ne sont rien en corn* paraison de ceux qu il préparait et entretenait pour ses profits cinéraires; on eut dit qu il avait pris à tâche de réaliser de nos jours cette prédiction un peu hasardée de Sully, que la France périrait par les bois.

Peu lui importait, à cet infernal rôtisseur dVmployéSy que les thermomètres indiquassent que le degré de la chaleur de ses bureaux dépassait celui qui est nécessaire pour faire éclore les vers à soie, le feu ne cessait d*aog* menler d intensité, malgré les réclamations et les plaintes des commis à moitié consumés, et qui, de giiem lasse, se seraient vus forcés de se faire assurer, s! l'oo n*eùt mis ordre â une telle dilapidation des bûches de l'Etat.

Depuis que les cendres administratives sont deveniies la propriété du domaine, qui les vend pour le compte di trésor public, notre impitoyable chauffeur s*est mis i combattre les spéculations du fisc et fait maintenant de la braise au profit du fourneau de sa ménagère; pour ti

LE GARÇON DE BUREAU

procurer celte braise le moins ostensiblement possible, il faut la retirer des feux allumés en dernier lieu, et alors, contrairement au passé, les foyers restent dans un abandon presque complet durant tonte la séance, et ne sont alimt ntés qu'une demi-heure avant la clôlure des bureaux. Puis, lorsque les employés sont tous partis, on retire la braise, on la met en corm Is dans son clin peau, dans ses poches, pour se soustraire à la surveillance -du portier; quelquefois aussi le tnns[iort s*en crfeelue dans un inimense portefeuille qui est censé contenir le travail du soir de messieurs les supérieurs.

Mais ce genre de larcin n est pas sans danger, el il advint un jour que noire chauffeur faillit subir la peine du talion. La braise enlnssée dans ses poches avait été mal étouffée, et, à peine arrivé sous le péristyle, une fumée noirâtre sortait des basques de son habit enflammées déjà dans riutérieur. A celte vue, le factionnaire, donnant une interprétation générale à sa consigne, se met à crier : « Au feu ' au feu ! hors la garde! » Le délinquant, qui ne voit et ne sent cncttre la cause de celle cîamcur, tourne plusieurs fois sur lui-même en rcg.inlanl le hnul des cheminées, cl se prend au^siâ crier : m Au feu ! au feu I » lorsqu'enfin doux seaux d'eau bien mesurés el lancés en nappes sur son individu lui indiquent qu'il porte avec lui le foyer d'un mobile incendie.

Tenez, avant de nous quitter, contemplez ce vieillard dont la tête est encore si belle el si martiale. Saluons-le; car, s'il nous eût aperçus le premier, il se serait levé de son siège cl nous eût fait le salut militaire : c*esl un hommage (|u'il ne refuse à personne, pas même aux employés. Cet homme est un des rares débris de la glorieuse armée d'Egypte : c'est dans l'adminislralion le dernier survivant des protégés de l'empereur. 11 est décoré de longue date ; mais il ne porte sa croix que le dimanche sur ses habits de fête et en famille. On doit dire, à la louange de ses chefs, que. par suite de la con>ideration qu'ils lui portent, son travail est à peu près volontaire. Mais voyez comme on n'est jamais parfailenient heureux : le sort a donné pour collègue à notre vieux

soldat un ancien valet de chambre, que les événements de la Révolution ont jeté à la suite de 1 émigration, et qui, plus tt'ird, a pris du service dans les troupes autrichiennes. Tant qu il n*est pas question du ^assé, les deux garçons de bureau vivent paciliquei^enl ensemble; mais, une fois que le mot de dragon de la Tour est llclié, le vieil Egyptien rugit comme un lion, s'empare des bllons ou des règles qu'il trouve sous sa main, et se met en devoir de charger, comme s'il était encore en Italie ou à Wagram.

En dehors de ces différents types, il ne nous reste que la classe insignilianle des garçons de bun au hommes d Etat. Entendons-nous : hommes d'Etat , c'est-â-dirc exerçant, durant les repos que laissent les sonnettes, des professions manuellrs, telles que brossicrs, carlonuiers, tresseurs de chaussons, etc. Parfois aussi les antichambres des ministères sont transformées en ateliers de peinture dont les artistes ont exposé au Salon, ce qui ne prouve pas qu'ils puissent renoncer au trop modique traitement qui h ur est attribué.

Tris en masse el dans leurs habitudes générales, les garçons de bureau sont, comme les employés, jaloux cl défiants l'un de l'autre, égoïstts par-dessus loul. Une bonne aubaine en réunit parfois quelques-uns à la buvette clandestine, contre laquelle sont déchaînés tous les marchands de vin patentés du quartier. Mais ces réunions ne survivent pas aux circonstances éventuelles qui les font naître. Ainsi point d'esprit ni d'amilié de corporation et de position identique. Et puis la politique est un obstacle à ce que ces hommes puissent s'accorder. Notez que chacun d'eux représente un système qu'il défend avec acharnement, parce que c'était celui du ministre qui l'a fait pincer. Or, comptez combien depuis vingtcinq ans nous avons eu de systèmes et de ministres, (lest à ne pas s'y reconnaître; c'est à se jeter tes bouteilles par la tête. Il faudrait que les maîtres pussent enfin s'entendre pour nmen r la n'concilialion des valets. A ce compte il est fort à craindre que la désunion des garçons de bureau ne dure encore longtemps.

LA FIGURANTE

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PIIILIDERT AIDEBRAND

\u sak()a€ de lûiil lenif^R, tu France» le £oletl ût h miiipe A à\t\Q\n Imn des g rn nd «i 71 u I noi rs et 1j1 e n â< el fuit tourner bien dis jolies lêteF. Ow^^d même Waltcau, le peinlre des amoun: mtgriûrds , m nnus aurail pas lats^^é quelques silhouettes des n)in|ihes d'Ojïéra d*autrtfais, gradeui lutins qui abandonnaient La solitude de Jetirs comFitoirs pour aller se fiîèler auît rangies de la sc^ne, persùone cepcndaiit n'ignorerait que^ dès 1770, peu éê jeunes filles de h cUast ouvrière savaient résister au désir, il lu nié en elles comme une ûevre, de se produire cti public, au milieu des pompas d'un chceur ou des splendeurs d*un balkU

Loin de s'éteindre avec le temps» ce délire enihou* sla^te n^a f^iît que prendre de jour en jour plus de ééve* loppfment. On comprend que cel* devait être, d Paris surtout, où l'art drii ma tique accapare pre!;que â lui seul Tcmpirede la vie sodnla. En erfeti tant de séductions, tâut de ressources, tout d'âtlraîts d'un charme tout puis^ Mttl, ressortent du Iheàlre modernep que rien n*est facile a concevoir comme cet évett donné à toutes ces petites et folles amltitions.

Ainsi tl est un rêve roîïe et doré qui poursuit sans ceïïse une clft^se nombreuse de jeunes li II es du monde parÎMen. Je veux parler ici de celles qui naissent éam la soupente du por lîer^ aussi bien que de ces groupes d*oisiîlons jaseurs, joUrs reclu ics des m.igasins de mo Jes, qui » pencbeet matin et soir, comme Pénélope, sur un métier de gnzes et de rubans, sont pour ain^i dirêcundamnêes a un travail sans ûiu Lorsqu'uprés les longs labeurs de la se-

maiite elles rentrent le dimonche dans leurs ma ni en proie aui émotions d'un drame â grand fracasoud'ii vnudevtUe lugubre, c'est Cê révc qui les endort: il fillige, en se jouant I autour de leurs paupières; U tef m^ rb^inte et les fascine. Lt.^ ricbes vétfments, le ntanlfii de reine tout étoile de pailli lies, les cttiiimydes grei^cg à la queue tmiuanto, les robes lamées d'argent, Im ft^ les dans les cheveut, les pendants d oreilles, les eollas de diamants, les anneaux de topaze, celte blfttrcliev à nette delà peou que ne se refuse aucune iclnce, telibourbcs de soie et de velours, tout cet appareil féertqii bi ille ^ leurs yeui comme un mirage, Oo dirait qu'a cei beur es-la la reine Mab de Shakspeare leur apparaît souriante sur son char étincelsint de pierreries !

Les pauvres petites î elles se voient apptaiidlfii^ vertes de fleurs, comblées de caresses , n avec transport ; elles jouissent des désirs qu*e!Ies Insfà^ rent, elles sont ûères de la beauté dont on les ione. Bacore si ces songes décevants devaient s*arrèter lé !

Mais, tout en accomplissant leur tâcli?, qnind^ |^ guille et les ciseaux à la main, elles cau^nt en bftiHi a la manière des filles de Minée, chacune d'elles les couplets qu'elle a entendu cbaater. Toute» joueiii rôle dans une comédie pour rire ; on essaye sa votî, m se f^çnnne un peu aux allures de la scène ; on récite Itt tirades qu'on a vu applaudir avec le plus 4e C'eU une parodie sans fin, une sorte de lutte ta t ^ps. De là à fomiuler des désirs, la transîUnn, c oii pense» ne saurait se faire longtemps atteodr^. leurs, comme si ce n'était pas encore Assez de aspirations jetées aux ¥enU, on se conte à V mille fables sédu fiantes qui circulent dans la foule nr ravancement inouï de toutes l déesses théâtrale da jour. On n'oublie jamais de uire quVaoi phes de TAcadémie royale ne istque, o4 ses

ses lieus j

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