LA FI<;UI\AX1R
'Âl^Wrn»^^
yeux seuls l'ont conduile, mademoiselle*** a été couturière. Pour mademoiselle*'*, elle a été modiste tout uniment; mademoiselle***, pis que cela, et mademoiselle*** encore pis.
Voyez maintenant combien le sentier des illusions devient glissant, une fois qu*on est engagé sur cette pente rapide. Il n*est alors aucune prétention, si exagérée qu*^lle soit, que les pauvres enfanti ne se croient en droit de former. Après ces préliminaires obligés, quelques jours se passent pendant lesquels on prend en dégoût le travail du magasin. Les fahfreluches sont négligées ; on D*estdr]à plus au fait des modes. Bientôt tous les ustensiles du métier sont jetés de côté avec abjection ; puis, tous les dimanches, Foiseau parvient à s'échapper de sa volière pour s'enrôler, de dix heures du matin a trois de l'aprés dinée, parmi les élèves dramatiques de M. Saint - Aulaire. Il n'y a plus moyen de se dédire : on a un théâtre, un genre, nn répertoire à soi; on joue devant un public qui applaudit plus souvent qu'il ne blâme. Rien n*enipéche de croire qu*on est de première force dans les conûdentes de la tragédie voltairienne^ ou dans les Hadelons délurées de la comédie de Molière. A présent, on est de taille a oser bien des choses, à tenter bien des essais, dont le moindre sera de solliciter auprès d*un directeur
la faveur d*un prochain début. Inutile d^ajouter que, dés la première vue. on sera engagée avec empressement à faire partie... des Ggurantes.
Figurante! c'était sur tout autre chose qu'on avait compté. Figurante ! c'est-à-dire dame de chœurs, condamnée à d'obscures pirouettrs ou à des monosyllabes fugitifs dans les chants, quelle coupe d'absinthe à vider jusqu'à la lie I N'importe. Il faut bien commencer par quel()ue chose. On est Ggurante ce soir, demain on sera peut-être prima donna. Mon Dieu ! on a vu cent fois de ces miracles-là !
Pauvre fille ! elle ne cesse jamais d'espérer. Qu'on te garde de croire qu'elle fera désormais le moindre effort pour avancer d'un pas. Tout humble qu'il soit, ce rôle de comparse satisfera pour longtemps tous ses désirs.
Atin d'obéir autant qu'il est en elle à la tradition, la Ggurante n'oublie jamais d'avoir un nom doux comme le miel, blanc comme le lait. On sait que, par les baptêmes qui courent aujourd'hui au théâtre, cVst une chose de la plus haute importance que de bien se nommer. En ceci, les choses ont été portées à un tel point, que les nomenclatures du calendrier sont devenues iosuflisantes. Avant donc de faire son choix, la figurante met à contribution toutes les héroïnes de romans à sa connaissance.
LA nnURANTE.
Ell^ cherche, e\\p s'infonne, plie foiiillp dftnx tous ses soiiT#-nir<. elle «'inlprrojçe lonjrtpmp^. Cela f;»il, elle conclul à s*ap|»eler an choix Pampla, Maria. Cœlina, Flora, In'liana. Emma, ï/lia,Liiry. !léloï<e.oiim«**mploufcelaala fois. Plus lard, dans rpif-hiup soirôe solonnelle, au milieu de* cauMTie<i d'un enlr'arle ou d'un triomphe de foyer, elle rer*'Vfa de ses ramnndes un soltri'pioi carnctéri<ticomme Bet-OEU, Bourhe-Rose ou FiM-OreUlc, petit afipf ndice qui, pour n*<'*tre pas son appellilion réelle, nVn d<' viendra pas moins le nom auquel on riiabi tuera â répondre.
Au jour de son déliut, la figurante a dix-sept ans, quelquefois plus, rarement moins. La prfmi<»re fois qu'elle se produit en sn-ne. bien des jumelles d h.ibilu«'»s se lèvent à son approche pour s'assurer si elle est blonde ou brune, ou pour voir si elle a de j^rands yeux voil»*s rie lon|:s rils. Le plus souvent, la friponne a bi«'n d'autres trésors vraiment à étaler devant h s sultan< de l'orchestre : c'est une b'tuche mulini*, un petit bras rond, une petit main, un petit pied, et bien d'autres richesses encore ! On la trouve jolie : cVst déjà bien, mais ce n'e^t pas encore a>sez. Tnus ces av.întafçes ne lui serviraient pas à çsTîind chose, s*il ne lui él.iit pas permis de les mettre en évidence. Etre belle, vdibi sans doute une excellente raison de surci's; élre intcllifrenle, e'esl-â-dire vive, enjouée, saulillante, mobile, avoir TiL'il en coulisses, la taille bien dégrî,'ée. la janitie tendue, voilà mitux que Ti^spoir du succès, voil.i le succi's certain. On sait qu'il consiste, pour la figurante, à s'avancer toujours la premi re, soit qu'il s'a<;issc d'une ronde villa{;eoi<e, soit qu'il taille simuler au n.iturel un cercle de bourgeoises endim.'iuclMTs. Pour se conquérir cette place au premier ranjif, il n*esl pas d(* petites lutles qui lui fassent peur. Tous les «irtilices de la coquetterie, un chAle plus frais, une bouche plus souriante, ces souliers si petits, ces liras arrondis sur les hanches, comme les anses d'un vase étrusque, les ffîillades assasNiues au rég>sseur, les coups de langue sur le comple des l>eautés rivales, un baiser par-ci une complaisant' par-là; rien ne lui coûte pour ohti'nir le droit de marcher en (été S'il le fallait, elle provo(|uerail au besuin une nouvelle épreuve du juge meut de IMris; de même encore, rien ne lui semble aussi cruel que de se voir reléguer, de chutes en dégringolades, jusqu'aux d«>rniers anneaux de la queue : on sait. en effet. qu*«i ce point, la tête, si jolie qu*i lie soit, devient imperceptible aux yeux du public.
Une chose qui n'est pas moins digne de remarque, c estriiumilitéde la figurante vis-â-visdes chefs d'emploi. On dirait de la soumission, si ce n'était mieux que cela, de la crainte. Une reine, une grande coquette, un tyran, la robe à queue, le sce| tre de carton peint, la couronne d or, exercent sur elle un pouvoir souverain : ils peuvent s'en servir par un mouvement in.ittendu , rejeter quelqui fois même sur elle, selon leur caprice, la mauvaise humeur que leur a causée la sévérité du public La figurante val leur hochet. Qu'ils s'en amusent comme une peusioun.^.ire de sa poupine, si cela leur fait plaisir, c'est un lonttm d'une docilité extrême. Au lieu de se plaindre, elle regardera chacune des agressions dont elle sera l'o!tje< comme un honneur insigne. On n'a |ias oublié ce mot d'une figurante au bon temps de la l'.omêdie-Fran- Çii^e. C'était à la tin dun entracte. En rentrant dans la coulisse, elle manifestait au milieu de ses camarades une joie inaccoutumée, c n*où le vient donc tant de gaieté t lui demanda Tune d'elles. — Ah ! s'enipressa-t-elle de répondre, c'est liien naturel : M. Saiot-Prix vient de me ni.-trcher sur le pied ! »
Bien que la ûguraote soit née dans les couches infé-
rirures de la société, il arrive parfois, je ne vonsfiii pns comment, mais cela arrive, qn elle se Imave tooti coup posséder toutes les délicatesses du confort. En ce cas. rien de ce qui fait, à Paris, la vie douce et henmst pour les jolies femmes ne manque à ses dé>ifs. ^acb^ mires, boas, riches écrins, cristaux, ta|tis, calêcbei. t vrée, groom, tout ce qui sâluit.'tout ce qui enivre, dk accepte tout cela, sauf à se voir forcée d'y renoncer as nn temps proch.iin. D'hiibilude, ses bonnes fortunes <m ra]tides comme l'éclair; c'est tout au plus si elle aeck loisir d'oublier un instant sa petite toilette d'anlref-i< : ce tartan rouge rayé avec lequel elle mourra, ses hnitquins noirs, une robe d'indienne, un ch.ipeau de sstis passé, et une chaîne en similor. Redevenir |iau\Teor]Q coûte pas beaucoup. Alors adieu au protecteur qii li combla de cadeaux. L'oiseau revient à son premier lùL Vive la joie que personne n'achète! Vîv*^ l'amour pov : tout de bon. avec un flacon de pomard ou une bouteille de bon chablis ! Fi des grandes parures qui as!servi«>eot! Tombent ces marabouts qu'il faut payer av c de meol'O^es caresses ! Voilà le lit de plumes, un peu dur, ma'is oà l'on dort si bien ' Voilà l'étroite mansarde d'oii rooiToisine les astres!
Potir la figurante qui reconquiert son indéprndaïKC c'f^st toute une révolution à accomplir. Du premier ét^f elle grimpe au cinquième au-dessus de l'entresol, à éta cents pieds au-dessus du niveau de la Seine. C'est ai pt« haut. B.ih ! la coquette passe devant. Sa jambe est si fiuc! Que le ciel la protège !
Ce n'est pas qu'il f lille tant la plaindre de-celte libre misère Une fois de retour dans sa cHIule si proprette i la fois et si modeste, elle n'est pas en peine de se Irwver du b'uiheur pour long' emps. Avec an oiseau chitteur, on trouve dans un coin de sa demeure une oolooîe de vers à soie qu'elle prend plaisir d élever de ses propres mains, et puis, sous sa fenêtre, s'épanooissent lei plantes et les fleurs les plus aimables. 11 y a lé luc petite ibrct de roses qui la regatdent d'un air amoureux: u pot de réséda jette ses animes au vent. On y Toil encan de rouges uMllets aux parfums humbles « t suppliants, 4 des clématites qui montent le long du mur jusqu'à elle, et font presque irruption dans sa chambre, comme ue idylle qui la poursuit. I^n regardant bien , vi^-i-vb u petit fichu de Bareges suspendu à la croisée en guise de rideau, on trouve encore une guitare castillane, à l'aide de laquelle la pauvre recluse module les cantiléoeftdi mademoiselle Loïsa Puget, ou les romances écheveKei d'ilippolyte Mon|K)u.
Cependant, comme, à son gré, il D*est rien au monde d'aussi ennuyeux ({u'une existence solitaire, il arrive aoe heure où elle s'arrange de façon que son monologue soft toujours interrompu. L ange aux formes bumaînes qui doit lui donner la réplique est commis mercband dans un magasin de nouveautés, et passe îmmanquablemeat pour son cousin, comme cela se pratiijue dans les tu* devilles du jour.
Li ne se bornent pas les relations de la flgnrante. h« dépendamment de l'habilleuse et de la tleurisie do théâtre, elle compose encore sa société des Taglioni en beite des Funambules, et des Dorval en espérance qui s*eier^ et nt tous les quinze jours à hurler le mélodrame i k salle Ghantereine Au reste, elle est au mieux arec a portière, à qui elle donne presque quotidiennement one foule de billets de spectacle sans droit. Elle n a pa» de cartes de visite, mais elle écrit sur sa porte aTec de k craie :
Mademoiselle *", artiêîe dramatifue^ demeure ici.
LA PIGnRANTR.
On sait combien est mince la rôlribution que la figurante reçoit de la caisse du tht'âtre : ce prix varie toujours de quinze sous à deux francs, mais il ne va jamais ail deM. La figurante trouve que ce n'est pas as^ez pour lés besoins les plus usuels de la vie. 4ussi. pendant tout le Jour, aux heures où elle est dispenséo de s'ajusler le fiipon de villageoise ou le bôguin de la nonne, elle cherche de nouvelles ressources dans le travail. Abeille intelligente, elle picore partout. Malgré le levain de paresse Mtive qui fait la base de son caractère, elle se plie à toutes les petites exigences de Touvriére â la journée. Tantôt elle lave, plisse, blanchit et ourle des cravates; tantôt elle brode des bretelles et des calottes grecques pour les marchands de pacotille.
Généralement, c*est avec les économies qui pirovrennentdeee travail qu'elle va le dimanche diner, monsieur son cousin sous le bras, dans les cabinets parlirulièrs de TErmilage. Le festin de Balthazar n est rien comparé au laxe de ce banquet à doux tét&s. Souvent, dans les transports d'une double i\resse, les deux amants s'oublient jusqu'à demander une omelette au rhum, suivie de l'indispensable bouteille de Champagne. Qu'on s'imagme à quelles joyeuses extravagances elle s'abandonne alors. 11 n'y a pas d'aimables folies dont on ne s'ingéra; toutes les atrocités y passent ; on casse des piles d'assiettes, on chante des cavalines avec accompagnement de couteaux, et» si aucune solennité de rigui^ur n'appelle au théâtre, on va terminer la soirée dans les mystérieux bosquets de 1 Ile d'Amour.
Mais, aussitôt qu'elle remet les pieds dans ce sanctuaire qu'on appelle les coulisses, la figurante se rév«*le prude, affectant une petite moue vertueuse chaque fois qu'un g.'ilant s'approche trop de sa taille de guApe. Il faut bien dire toutefois qu'elle ne garde pas la même rigueur envers tout le monde. Par exemple, bien loin de témoigner tant de rudesse aux faiseurs à succès, elle tourne au contraire tout autour d'eux, les suit sans cesse, les entoure d'agaceries, et leur dit souvent avec une adorable/naîveté, tout en leur faisant un collier de ses deux lùras :
« Mon amour d'auteur, ne me ferez-vous pas un tout petit bout de rôle? »
Alors, pour peu que l'auteur paraisse hésiter, elle le serre de prés, le cajole, minaude, 'darde sur lui d'amoureuses œillades, et finit par mettre^n jeu toute l'artillerie des séductions.
c Ne me refusez pas, grand iiomme ! s'écrie-t-elle avec des larmes dans la voix; j'en mourrais, d abord. Chaque jour que Dieu amène, vous sacrifiez tout plein de belles choses à des mijaurées qui ne me valent pas. Tenez, je serai tout ce qu'il vous plaira. Commandez : c'est vous qui êtes le maître, moi, l'esclave. Voulez-vous une bacchante? Me voilà. Est-ce un vampire que \ous désirez? Je suis prête. Si, par hasard, c'est une grande dame qu'il TOUS faut, voyez comme je remue l'éventail. Croyez-moi, les grisettes et les impératrices ne me sont pas moins familières. Allons! dites que vous finirez par me faire un petit rôle de rien du tout. »
Le dragon du ja^lin des Hespérides était plus facile A séduire qu'un auteur à succès. Dés longtemps blasé sur ces sortes d émotions, le grand homme donne une petite tape sur la joue de la suppliante, et s'éloigne en disant : « Eh ! mais, divine ! je ne dis pas non, mais je oe dis pas oui non plus : nous verrons ça. »
Or, cette parole d'indifférence, la figurante la ramasse comme une pierre précieuse qu'on aurait par mégarde laissé tomber à ses pieds. C'est une promesse qu'elle réchauffe dans soo sein comme une trompeuse espérance.
C'est qu'elle comprend combien il est avantngeux de ne pas être confondue dans la foule, et de paraître au premier plan. D'ailleurs, à mesure qu'elle avance en Age, l incertitude de sa vie l'inquiète; toute son ambition serait d'avoir au moins quelques jolis costumes à mi ttre, et assez de paroles pour être remarquée des loges d'àvant-scéne ; c'est là, en effet, que se tiennent les vieux généraux de l'Empire, les banquiers célil>ataires, les Ulyssps cosmopolites de l'hôtel des Princes, tous armés d'indiscrètes jumelles. Pour nous servir d'une expression consacrée dans le langage des coulisses, c'est en faisant bien Vml de ce côtc-lâ que la figurante parviendrait à retrouver toute l'existence dorée qu'ille a perdue après les beaux jours de sa jeunesse. Biais ce sont la autant de soupirs jetés dans les nuages : auteurs et spectateurs, personne ne songe plus à elle.
C*est ici qu'il convient de laver la figurante d'uu reproche injuKle : on n'a pas craint de l'accuser d'ingratitude. I^ figurante ingrate! la figurante mauvais cœur! Voilà bien notre siècle qui ne n specte rien ! « Aussitôt qu'an peu de bonheur vient luire pour elle, at-on dit, elle oublie ses parents, elle les méconnaît, elle les aSandonne. b C'est une calomnie, pour ne rien dire de plus. Il est constant, au contraire, que ce pauvre ange dépasse Antigone pour la piété filiale. Son père fait ses commissions, et elle le paye; sa mère cire ses brodequins, elle la paye; die porte ses billets en ville, elle la paye; elle fait sintinelle autour de sa vertu, et elle la paye plus que jamais. Personne n'ignore que ce n'est pas là une charge gratuite. Tant que la fille est belle, il y a de bons profils à recueillir. Outre que chacune de ses courses est payée, la mère trouve continuellement à glaner dans le mé-^ nage.
Elle reçoit de plus, comme une redevance naturelle, les gants fripés qu'elle saura bientôt remettre à neuf, les ro!)es passées de mode qu'elle rajustera, le vieux tulle qu'elle rafraîchira, les vieux rubans auxquels elle rendra leur lustre, les vieilles pantoufles dont elle fera de ravissantes babouches. Et encore, dans cette nomenclature ne sont point comprises bien des petites inutilités qui ne laissent pas que d'avoir une valeur : les épingles, les broches, les colliers, modeste joaillerie d'or apocryphe, les petits flacons, la porcelaine de Sevrés, la parfumerie, tous ces outils enfin dont on se sert pour entretenir la beauté fugitive et la jeunesse qui s'en va : précieux débris dont la mère remplit toujours une corbeilk de revendeuse à la toilette.
Non, la figurante n'est pas ingrate. Celui-là s'en serait convaincu qui aurait vu ce qui se passait l'hiver dernier dans l'un des couloirs de l'Opéra. On donnait, je crois, le Diable boiUux. Une denii-heure environ avant que le rideau ne se levât pour le premier acte, une querelle des plus vives s'était élevée entre une ouvri use et une petite comparse brune, charmant lutin appelé, autant qu il nous en souvienne, Jambe-d' Oiseau, sans doute à cause de la finesse de son pied. Selon l'habitude consacrée parmi ces dames, on ne s'épargnait pas les vérités de part et d'autre.
« Jambe-ifOiseaUt tu finiras mal, c'est moi qui te le prédis, s'écria a la fm le Cerbère en jupon : le moins qui puisse t'arriver, ma petite, c'est de monter un jour sur l'écbafaud. Eh quoi ! n'as-tu donc pas de honte t tu as une luUHïienne à tes ordres, et tu laisses dans la crotte ceux qui t'ont donné l'être ! Tu vis grassement, i s manquent de tout. Ton respectable père, que fait-il, je te prie? Il vend des contremarques dans la rue. Quant à celle qui t a nourrie de son lait, j'en rougis pour toi, elle en est réduite à faire des ménages !
LA FIGURANTE
— Halle-Uy k mille ! iDterrompU tout i eoap Jautbi- ^Oiumm ; pour le coop, c*ea trop fort ! Où preoex-vous q«'oo ne soit pas utiU à ses parenii suivant ses moyens ? Mon père ne peut pas souffler mot; le vieillard est heu* rcux comme uo poiisoo rouge dans un bocal ; il a du ta- Imc à discrétioo, et je rhabille en nègre chaque fois que je rais au bois avec mon petit vicomte. A preuve, qu*il vous lasse voir sa livrée de ratine jaune. Pour ma mère, c'est diOcrent : j'en ai fait ma dame de compagnie. Digne femme 1 je m'arracherab le pain de gruau de la bouche pour le lui donner. Dites ensuite tant que vous vou* drez qu'elle a soin de mon intérieur je ne le oie pas ; mais enfin qu'y taire, puisqu'elle le*veut absolument, ce trésor? »
Revenons à la figurante que nous avons vue délaissée, pauvre, ou, ce qui n'est pas plus consolant, riche seulement des restes d'une beauté caduque. A cette heure néfaste, bon gré, mal gré, il lui faut se résigner à vivre obscure et oubliée ; il u*y a pas d'exemple qu'elle se fisse applaudir alors une fois au plus toutes les années bissextiles. L'apparition d'une comète présage qu'elle créera peut-être un rôle muet ou quelqu'un de ces accessoires connus sous la dénomination de grande.^ utilités. Au fond il lui serait à peu prés impossible de faire autre chose que figurer.
Voilà les mauvais jours qui arrivent à grands pas.
Tandis que l'insoucieuse fée donne étourdimcnt tête baissée dans toutes les joies, son septième lustre sonne tout à coup i l'horloge du temps. Voici les années qui arrivent avec leur cortège d'outrages irréparables. Une soudaine transformation s'opère alors en elle. De pétulante que vous l'avex connue, elle devient bientôt triste.
morose, Ucituroe, rôv Poor elle, hélas! lo«tail belles choses du passé efTeailléet à la fim. n
si svelte naguère, si oeiiee dam sa taille, elle fre de l'embonpoint; c'est iu««u»enant one femme e«m| la base, sur le poids spécifique de laquelle oo a'ctf | d'accord. Comment se hasarder désormais sor ki pk ches? elle les ferait craquer soos ses pas. D'aiUevis larynx n'aurait plus de voix poor les douces modnhli« et, si les lèvres essayaient As s'épanooir, ce se saral| un sourire, mais bien une grimace qui Elle a trente-cinq ans!
Elle a trente-cinq ans. c'est-Mîre se ses ongles sont devenus biens. Qu'on r^arde Misi nant combien sa jolie fossette disparaît sous le lri| étage d'un menton légèrement barbu! G*eB €Slfiâ,l roses de ses joues ont pâli. En même temps» un léwa rides impitoyables sillonne tous les contours de smi sage. On peut hardiment la placer parmi les aaindi M. de Balzac s'est lait le consolateur : elle a traie à ans!
Trente-cinq ans, c'est l'heure de la retraite pev la 1 gurante. Un matin elle sort du théâtre conune eOt y i entrée, sans éclat, sans bruit, sans apparat.
Voilà comment, après avoir passé les plus bdksi nées de sa vie à espérer la fortaoe et le talent» ip avoir gaspillé en vraie folle toutes les occasions qâ s'i fraient à elle d'assurer son avenir, elle dit adiea i e coulisses où, malgré tous ses efforts, elle a jeté n p d'ombre.
Elle devient alors concierge d'une actrice en vogse, moins qu'elle ne préfère concourir pour être oavreesei loges dans un petit théâtre du boulevard.
LES BANQUISTES
É. DE LA BÉDOLLIERRE
1 n*y a rien de politique dans cet article :
il n*a pour objet que les Kallimbanques de la rue, les charlatans les places publiques, auteurs , jongleurs , aiseurs de tours, montreurs de curiosités, ^auvages.nains.g^ants.
hercules, prestidigitateurs, acteurs et directeurs de théâtres forains, veiHiciirs a'ui vi«:i.ui, arraclieurs de dents, acrobates, tireurs de caries; race vagabonde, race de bohémiens et de parias, qui court les foires et les fêtes, saute, «hante, danse, babille, bat la grosse caisse, mange des cailloux. s*échinc et s'écartéle pour VabatemeiU de la population française.
L*usage a prévalu d*appliqucr comme un outrage le terme de banquiste. Un député passe-t-il trop brusquement des extrémilés au centre, on le traite aussitôt de l>anquiste. Un médecin court- il toute la journée en tili>ury pour visiter les malades qu il n*a pas, les passants ^u il éclabousse disent : «Quel banquiste! » Un journal «ntreprend-il le panégyrique du ministère qu*il dénigrait la veille, le mot de banquiste erre sur les lèvres des
lecteurs. Un sectaire se proclanie-t-il le régénérateur de rhumanité, ses concitoyens ingrats lui décochent Tépithète fatalp Bref, la qualiGcation de banquiste se donne à des avocats, à des députés, à des savants, à des docteurs, à des académiciens, é des philosophes, à des administrateurs; et pourtant il est parmi les banquistes, parmi ces gens dont le nom est une injure, des individus estimables dans leur vil métier, honorables dans leur dégradation; bons pères, bons époux, bons citoyens, qui ne voleraient pas une obole, qui vivent en patriarches, qui demandent à leur profession seule de quoi soutenir leur misérable existence, se disloquent avec toute la^ conscience possible, e^ gagnent loyalement leur vie à se rompre le cou.
Les banquistes ont été calomniés, comme tant d'autres pauvres hères qu*on a gratuitement supposés incapables de résister aux provocations de la détresse. Certes, ils ont des défauts ; mais ces défaut*; se retrouvent dans de plus hautes classes, d*où l'éducation aurait dû les bannir. On leur reproche d*exagérer leurs talents, d*allécher les badauds par des images mensongères, par des déclamations ampoulies; mais n*est ce pas aussi le fait des créateurs d'entreprises industrielles, des marchands de cachemires, des inventeurs de panacées, des donneurs de consultations gratuites? N*est-ce pas en quelque sorte une nécessité dans une époque où tant dlntéréts se heurtent, oii tant de rivalités sont en présence, où il faut
Ptni. trop de Éîjuir»! Blot, rn« Salnl-tooU, 4S.
LES BANQUISTES
moins de capacités pour enfanter un chef-d'œuvre que pour le faire accepter par un public blasé et tiraillé en tons sens? Le journaliste qui consacre un pompeux articb' â un roman qu*il n*a pas lu est le frère du paillasse qui tambourine à la porte d'une baraque. Ue la réclame i la parade il n'y a qu'un pas.
On accuse les saltimbanques de voler des enfants : de pareils rapis ont eu lieu en Angleterre, mais en France il soniit dirOcile d'en citer un seul. La race des saltimbmques est assez prolilique pour n'avoir pas besoin d'enlever la prog'''niture d'autrui. Les femmes des banquistes sont fécondes, malgré les fatigues d'une vie nomade et les dérangements que peut apporter dans la gestation de quelques-unes la funeste habitude de se
faire casser des moellons sur l'abilomon. On naît saltimb;in*{ue comme on nait prinrc; In profession se transmet héréditairement comme un liln* de noblesse. Sans chercher des recrues ailleurs que dans sa famille, le père saltimbanque dresse ses enfants d»îs r«îge le plus tendre, et suit leurs progrès avec sollicitude. Quand on leur a suffisamment démanciié les membres, brisé les reins, désarticulé les jointures, ils sont aptes à leur métier. Ils iront !
Examinés sous un point de vue de métaphysique transcendante, les banquistes sont, de tous les industriels, ceux qui démontrent le plus évitiemment i|u*il y a dans l'homme un principe spirituel, actif et libre, doué du pouvoir de suballerniscr la nalur3 passive. Quels hommes sont plus que ceux-là maîtres de leurs corps? quels hommes soumettent leurs organes matériels avec plus d'énergie, et luttent avec plus de spontanéité contre les instincts et les exigences de la chair? L'nn marclicsurla télcdonnantainsi un démenti au vcr« d Ovide : Os homxni êuhlimededit; cet autre s'introluit dans l'œsophage une lamcd'épée; un troisième fait i'excrciceen se servant de sa
jamb« eo guise de fusil; nn quatrième jongle avec des barres defer; celui-ci vomit des étoupes entlammces; celuilà parle avec le ventre. Non contents de se dompter euxmêmes, les banqnistes triomphent des quadrumanes, des quadrupèdes, des oiseaux, des reptiles, des insectes, et les
forcent à contribuer aux plaisirs des amateurs. Aa mandement d'un maître habile, les chiens jooent an dominos, les Anes font des additions, les chevaox diseit l'heure exactement, et désignent la personne la plas curieuse de la société, les serins tirent le canoD, les singes dansent sur la corde, les lièvres battent le tambour, les puces traînent des carrosses, et les éléphants sonnent de la trompette. Les banquistes ont seuls des droits incoatestables au titre glorieux de rois des animaux.
Malgré ces ressources, rexislence des banquistes est précaire : aussi sont-ils chétilis et rabougris, quand leor profession n'exige pas qu'ils pèsent trois cents livres oa qu'ils aient huit pieds de hauteur. Un arracheur de dents entre dans une petite ville, escorté de son paillasse indispensable et de ses musiciens ordinaires ? « Dînerons-noos aujourd'hui? demande la troupeaffamée. — Nous allons voir ça.» répond lechef; et il court chez le maire. Si le magistrat. mécontent de sa femme ou de son déjeuner, refuse l'aotorisation demandée, il faut plier bagage et chercher fortune ailleurs. Admettons qu'il ait été bénévole, que le tambour de la ville ait convenablement proclamé l'arrivée de l'incomparable dentiste, que les commères et les enfants de l'endroit se soient déjà attroupés pour écouter les lazzis de la queue rouge, vienne une averse, et toute espérance de recette disparait avec le beau temps. La question est résolue négativement : on ne diiicra pas.
La misère toutefois n'est point la compagne inséparaUe du banquiste. En remontant au dix-septième siècle, oi voit que Tabarin, Turlupin, Gaultier-Garguille et Gros- Guillaume, ces Christophe Colomb de la parade, ballîrcnt monnaie dans leur jeu de paume de la porte Saint- Jacques. Bobèche est mort dans l'aisance* tout grand homme qu'il était. Des charlatans trouvent dans là vente du vulnéraire suisse assez de bénéfices pour entretenir un nombreux domestique, et se retirer à la fin de leor carrière dans une métairie payée de leurs deniers. Malheureusement c'est le petit nombre qui jouit de ces doox loisirs, car la plupart, après avoir rôdé de contrée eo contrée, essuyé mille revers, mille insultes, mille rebuffades brutales, arrivent un jour, las et ridés, à une der niere étape, y meurent de fatigues et d'épuisement, et sont jetés dans un coin d'un cimetière étranger, à ceot lieues de leur pays nafal.
Isolés par leur genre de vie du reste de b société, 3 semblerait que les bamiuistes doivent former une emr munauté compacte et fraternellement unie; mais la CM* currence les divise. Hien de plus faux que ce pnMMke: Les loups ne se mangent pas entre eux. Les anipiaiiàl même espèce, au contraire, cherchant nar les mmm moyens à satisfaire leurs appétits, se livq^nt ttDejpnnt civile acharnée. Les banquistes viveo^.^ar j||fHi|Ci. «1 chaque compagnie est enneirilè et riwile AftJpbtes kl autres. Dans une fête de village, les baraqumRgafcitt touchent et s'engrènent, mais leurs habitants 8*evilCiL Le funambule ne donne pas la main a Talcîde da IM; le directeur du thé.1tre des marionnettes regarde de Invers l'éducateur d'animaux savants. Chacun epviv k place octroyée à son voisin par Tautorlté municipsk. Celui dont la tente n'est pas surmontée d'un tabïeao irom toujours moyen de glisser dans son annonce une phnsB déprédatrice dirigée contre des rivaux plus heureux: a 11 ne faut pas vous fier aux tableaux, messieurs et ne^ dames; vous voyez souvent de magnifiques peintures à l'extérieur, et au dedans il n'y a rien.» A la jalousk haineuse que se témoignent les banquistes, on les prct* drait pour des hommes de lettres.
Entrons dans le champ de foire une jour de fête pitronale, et passons en revue cette grande légion ta
LES BANQUISTBS.
banqiiistes, saltimbanques et marchands Tornins. La muUilude est nombreuse. Paysans et bniirgenis, ouvricres en bonnets, dames en chapeaux, hommes en blouse, dandys en frac, se mêlent, se pressent, se heurtent, scrulbnlenl, all/'chês par une opale cnriositi*. Mille bruits divers se confondent : le nasillement des clarinettes, le mugissement des grosses caisses, le cliquetis des cymhales, le grincement des mirlilons, le rire des jeunes filles, Texp'osion des pétards, les invitations séduisantes des ninrch.'uids. — «^ Ronm ! boum ! boum ! — Voyons, madonloi^clle, qu'est-ce qu'on va vous vendre? — Czing ! czing ! czing ! — Allons, madame, mes six derniers numéros pour un sou. — Pif I pan ! pnn ! — Par ici, messieurs, à tout coup Ton gagne. — Trom ! trom! trom ! — Une partie de bague en passant, messieurs.— Crin, crin, crin! — Une, deux, trois, partez muscade! Psim ! psini ! psim ! baound I — Voilà, messieurs, six macarons pour un sou !
Que de boutiques, de tentes, de baraques, dlndustries variées, de spectacles et de speelaleurs : Voulez-vous e«sayer la force de vos poings, de vos reins, de vos poumons: frajtpez sur ce tampon en ligne verticale ou horizontale, appuyez l'épine dorsale contre ce coussin, soufllcz dans ce tube, et un cadran indiquera en kilogrammes le résultai de rexpérience ; vous pourrez même voir surgir du dynamomètre un hercule en bois peint, tuquel il vous sera loisible de vous comparer. Avez-vous envie de chanter: vous trouvez selon vos goûls des cantiques, des con)|l:)intes, des chansons militaires ou grivoises : h Juif errant, Pyrume et Thishéy le Combat de Mazagran ou la Pauvre Iiourbonnaise, Désirez-vous exercer fructueuseuiont voire adresse : lancez un anneau dans une des neuf quilles solidement fixées sur ce tréteau, couvrez une do ces plaques avec des palets de
Aimez-vous mieux connaître votre future destinée: approchez l'oreille du long tuyau que vous présente ce magicien, cl recueillez religieusement les graves arrêts
Kkêroc dimension, et vous allez ga|:^ner des chandeliers, ées couteaux, des porcelaines de Nevcrs, des gravures enluminées au bas desquelles on lil : « (Jue les sons de h guitare font éprouv^ de plaisirs à des cœurs faits pour se comprendre, a'urtoul lorsque c'est l'objet aimé qai les fait vibnr ! »
Ou bien prenez cette arbalète, et visez â la poitrine eel Arabe à l'air féroce, à la face basanée, que vous aurez
le plaisir patriotique de voir renverse sous vos coups, taflidis qu*un Amour, glissant le long d'une ficelle, viendra d^jNmer sur votre léte une couronne de roses.
qu'il prononce : « 1. 2, 5, 4, 5, vous aurez du bonheur. — A, 2, 3, 4, *>, d'ici à peu do jours vous changerez de position. — Dame de cœur, une fi ninie blonde. — f, 2, 3, 4, o, une lettre de Paris; vous saurez ce quMle vous apprendra. — Dame de pique, une femme brune. — 1, 2, 5, 4, elle est jalouse d'un jeune homme blond, — 1, 2, 3, 4, argent. — 1, 2, 3, vous n«; le recevrez pas. »
Étes-vons malades : adressez-vous à ce cliarlalan qui, du haut d'une calèche à deux chevaux, distribue des m/'dicaments au bruit d'un orchestre formidable. C'est avec empressement qu'il se présente devant vous, avant de se rendre auprès de plusieurs souverains qui Pont revêtu de leurs pouvoirs et désirent vivement sa présence. Si vous craignez la calvitie, il vous vendra une pommade capable de faire pousser des cheveux à une tHe à perruque. « Celte pommade, messieurs, pénètre ji^qu'à la racine des cheveux, et comme elle nourrit l'intérieur, il s'ensuit que l'extérieur se porte bien. Elle est d'une odeur délicieuse, qu'on ne saurait comparer qu'aux parfums d*un jardin dont Pair est embaumé par la réunion des (leurs les plus suaves. Je l'ai toujours vendue d Paris vingt francs le pot, mais... je n'ai jamais élronné; aussi, désirant propager celte incomparable découverte, je me contenterai de la vendre dix centimes. »
On j)ent, à cette fête, s'instruire en s'amusanl. La lanterne magique vous promène dans les cinq parties du
monde, en révèle les mœure. les costumes, les époques historiques. « Vous y voyez l'empereur de llussie au moment oti il passe la revue de sou armée, en culotte
LES BANQUISTBS.
de peau. Des cavaliers s'éloignent de la ville : ils parai^^sent se diriger vers la campagne. Une jeune ûlle s*ap|iroche de Taulocrate, et lui dit : a Sire, mon père c V4'utme faire^pouserun dégraisseur, tandis que je suis c amoureuse d'un teinturier. » L'empereur lui répond par CCS paroles remarquables : € Altenkxikoff, » ce qui veut dire que, lorsque rhumauité souffre, les souverains doi- TCQt élre compatissants, i
La lanterne magique s'en va. Elle est remplacée par le panorama, le diorama, le géoraroa, le cosmorama, et les tableaux mobiles de la chambre noire, où Von voit ce que Dieu n'ajamaiêvu (son >emblable). et qui s'intitule actueîlccnen! daguerréotype présenté à VInstitut,
La physionomie la plus scientiQque de la i^îc est celle do personnage qui se proclame physicien ordinaire du peuple français. C'est un homme d'un âge mûr, d'un ailérieur prévenant, d'une figure douce et honnête. La propreté factice de son habit rftpé décèle de longues luttes entre l'orgueil et le dénûment. Ancien préparateur d'un cours, où il a ramassé quelques bribefi d'instruction, il se livre à des essais de physique expérimentale, au grand ébahissement des paysans, qui se demandent comment ce monsitar t'y prend pour mettre le
tonnerre de dieu en bouteilfes. Le théâtre de set travaux est soigneusement entouré d'une ficelle maietenue par des piquets. Au milieu, un aatel coiiTert et drap rouge porte une cabane de zinc surmontée d'as ptralonnerre, deux obélisques en fer -blanc, des bonleillcfl de Leyde, des isoloirs, une machine pneamaliqne, ene pile de Volta, des aimants, un éolipile, des dieblctcartésicns, et divers accessoires de la machine éleciri^iie. La voix du physicien a des accents plaintifs et né* ' liques, quand il dit: a Avec mes connaissances, je rais travailler dans le palais des princes, i 11 le peut-être; il conserve encore des illusions dens st llCs chauve; il se persuade qu'il était appelé i de heiitet dettinées scientiQques, et le voilà forcé d'entrer ea coaov» rence avec des bateleurs, de prodiguer son mwéir à ém ignorants incapables de l'apprécier, d'exposer à llntsaip^ rie des saisons sa belle machine électrique, d'élre leCif* Lussac des carrefours, et d'électriser pour deez se«s!
La multitude dédaigne le pauvre physicien, ei va sir le cercle qui s'est formé autour d'une fanifllede teurs. Le père, en se dépouillant de sa laissé voir un costume de Turc, tel que tonî le est susceptible d'en porter, excepté les Turcs. Den et-
LES BANQUISTES
lants jouent sur un tapis, avec autant d'insouciance que s'ils n'étaient pos destinés à se tenir en équilibre sur le menton paternel. La Temme tourne tout é Theure comme un cheval de manège, et repousse les assistants, en disant d'une voix rauque : « En eirièrey messieurs ; un peu de place, s'il vous plaît. »
Le père débute par faire voltiger des boules de cuivre et des assiettes, initiant ainsi les assistants aux jeux kirghiz, hurons, malabrais et chinois. De temps en temps, il s'interrompt pour s'écrier : a Messieurs, je suis le seul qui voyage en France ; vous n'en veirez pas beaucoup faire le tour que je fais. Allons, messieurs, un peu de courage à la poche! t Les enfants travaillent ensuite, exécutent le saut de carpe, le saut du tremplin, Vécart de$chaiseSy Véquilihre du verre, etc. Il est à remarquer que ces atroces contorsions sont accompagnées d'une musique douce et harmonieuse. Pendant que ces malheureux adolescents se suicident, épuisent en pénibles efforts le peu qu'ils ont de vigueur, l'orchestre joue les airs de contredanses les plus divertissants. Quelle affreuse ironie !
« Messieurs, dit le chef de famille, mon épouse ici présente, surnommée la femme hercule, va terminer nos exercices en portant sur son ventre ce tonneau qui pèse cinq cents livres. Mais auparavant, messieurs, je vais me permettre de faire le tour de l'aimable société. »
C'est, hélas! celuide ses tours qui lui réussit le moins. L'aimable société se disperse, et va porter ailleurs le tribut de ses applaudissements, le seul tribut qu'elle prodigue avec une inépuisable muniGceoce. Elle suit un moment des yeux la canne que le bâtonnisle envoie à vingt mètres du sol, et qu'il reçoit gracieusement derrière le dos. Elle donne un coup d'œil au cul-de-jatte
qui pirouette avec des béquilles. Elle admire l'homme* orchestre, bipède musical, dont la tète joue du chapeau chinois, la bouche, de la flûte de Pan, les mains, de la grosse caisse, et les genoux, des cymbales, et se répartit en groupes épais devant les baraques qui forment dans le champ de foire une longue avenue bigarrée.
Arrêtons-nous auprès de la plus voisine.
L'orchestre vient d'achever son vacarme accoutumé. Le paUlisse, personnage maigre et efflanqué, que son pa* trou appelle Gras-Boyaux, s'est signalé par l'agilité avec
laquelle il a fait passer son bras par-dessous sn jambe droite ou gauche, avant de le laisser retomber sur la grosse
^liiiiimîfTp:
caisse. Il se promène de long en large, les mains dans ses poches, en chantant l'amphigouri suivant :
Trois p'Uts cochons sur un fumier
S'amusaient corom' des porl' cochèrcs...
J' lui dis : Sansonnet, mon pelit,
J' voudrais avoir un' liv' de beurre...
J' (c mettrai d' l'Iiuil' sur tes sabots
Pourlair' friser tes papilloltes...
Ma veste est percée aux genoux...
Ah! rendez-moi mon bout d' chandelle...
Eh ben 1 not' maître, dtes-vous content de ma musique?
LB MAirne. Mais, oui, tu ne travailles pas mal.
GBAS-BOTAUX. Qu'cst-ce que vous allez m' donner pour ma peine?
LB iiAiTBE. Jo vais t'acheter un morceau de pain d'épic^.
GRAs-BOTADX. Ah ! Doo, j'en veux pas.
LE BAirBE. Pourquoi cela?
GiAS-BOTAUX. Parce que c'est d' la couleur du visage de vot' femme.
LE iiAirBB. Impertinent I... {Il lui donne un soufflet.)
GRAS-BOTAOX, Criant, Oh I la ! la ! la ! la !
LE iiAiThE. Drôle! je te chasserai, d'autant plus que tues aussi maladroit qu'insolent (S*adressant au public] : Croiriez -vous bien, messieurs, que l'autre jour je lui dis : a Gras-Boyaux, va me chercher deux sous de tabac et un sou de sel. s L'imhécîle fait ma commission, et met le tabac dans le pot au feu et le sel dans ma tabatière.
GRAs-BOYAL-x. Eh bicD I OUI, j' l'aï fait exprès pour vous déshabituer à prendre du labac. R'gardez comme ça vous eufl' le nez ; vous êtes bien heureux que vot' femme soit enceinte I
LE MAITRE. Pourquoi, maraud?
GRAS-BOTAUx. Pjrcc qu'clte vous donnera un nouveau-oé.
LE MAITRE. PoHsson ! voîlà qui t'apprendra à plaisanter. (Il lui donne plusieurs soufflets successifs.)
CRAS-BovAox. Aie! aie! aie! Ça m'impatiente, i la fln! je ne veux plus rester chez vous. J'en ai assez. Donnez-moi mon compte.
LE MAtTOE. Hais, malheureux, si tu m'abandonnais, que deviendrdis-tu? tu n'as pas do profession.
GBA8-10TAIJX. Si fait, j'en ai une... et une fameuse encore!
LE MAITRE. Et bquclle? {Gras-Boyaux s$ promène iom répon^ dre,) Qu'est-ce que tu fait là?
. GBAS-BOTAOX. Jc VOUS prou ve j'ai uue profession : je suis marchant.
LE MAITRE. Tu voux faire le farceur, fripon ; mais tu n'y réussis pas. C'est pour cela que tu vas me faire Is plaisir d'annoncer à la nombreuse société que le beau temps a attirée i cette fête...
oius-BOTAcx. Oui, il fait un temps détestable.
LES BAMQUI^TES.
LC lAirBc. Qu'csl-ce que ta dis ?
CKAS-»>tAcx. Je «iU qu'il fait on temps d'été stable.
u iftirnE. A h bonoe heorc. Annonce donc à ces messieurs et à es dames que le sieur Vao Bcllen, si cunou dans toute la France. .
€&»«*£ ?ncx. C'est pas fa peine de ^001 montrer, si tous êtes si crnnu.
u Mu^oiAron jamais pareil animal? (H lui détache dicers €99^t dgpiidy '•
m i^i I )fi1 lii! bi! [Il pf:ure, et, pour s'esxuyer let ftmx. tin et la pocftt Iw dihrit d'un vieux mouchoir de toile à carrrj'rx ronw )
iz «im. T-is-loî, arâérablo, cl l.ii<sc-moi parler. (Au jouè!ie.) Mcfs'xun et djwes, atcc la permission des autorités coo-
Q^hfwijfkrj, à 9oix lat9e. Constip'cs.
LB liiTrE diminue aprit avd: laneé à son vassal un regard 4ê menace .Oîuus ûUuns avi-ir i liOi(iii.ui' do voti.- dunncr li |irc* flûêre et bri!! intc rt';irésc!ibli -n tics cxcrcicifsde nicsâicurs Van telen, d'Amstcrdiiiii en IlMl>/iri«lL\ Mes cinq enl'.inis...
ccts-toTcx. au pu'i'.ic. Il dit «iu* ce sont ses enfants; mais C*cst pj> vi.ii : c'c<^i sa Icinin: qui lui Tiil accroire ça.
LCH'Hi.*: d'tn tonfuritux. }\:\> lu vtux donc 'juoje t'exter- ■Ûue? [Il t-.e /?! orfi'.'ff dn //TiZ/ît*-, fl rffirend d un ton cmphattque ; i!«,-, iiii| ei«r:nl> cai';. iil«.ioiil iltv.uii v-u- les >Ccin'S de dislocation lo5 [du:> iur(>u-u.i<jtC5. \\i yrand écart, la tortue,
et autres tours merTeillcux dont le détail serait trop long. 1 d-ime Van Bi-tten ofTrira à vos regards des poses eitnortlÎBii et iu-dessus de la portée d'une femme. I*uis elle exécolera ! la cordij le pas des drapeaux, la ehaisê lerrtbU, le pan éê T&^ chore, dieu de la danse, tel >{u'clle Ta créé sur le grsad tM de Bruxelles, le pas du châle, tel q'*c le danse à Karâ mm moiselle Tnslioni. Kll«^ tei minera par b danae s&n» 6el— c qui l'a fait surnommer la ru\e des acbubaths ! ! ! Oui, niesfiei elle a dos brevets, en celle quulilé, de Leurs Majestés Léopu roi des Belges, et Louis-Philippe, roi des Français. C'est < mc$.>ieurs, qui a op»Té la dernière ast-cn^on à TitoIî. et c' moi qui, le premier, ai cx<^cuté le moulin d'Aurioi. Ycm verrez pas ce tour aujouH'hui p-Tce que nous n'avons pai moulin, mais nous pourrions en avoir un. Knfin, niessiei en sortant, si vous êtes contents et satisfaits, tuus payeres, 1 pas vingt francs, non pas dix francs, m.iis deux sous!... è sous pir piTsonnc! 1... et un sou pour les entunts et mniir les militaires!...
A peine le sieur Van Betten a-t-il terminé sa harangi que d'autres musiciens aUirent par leur tiDlamarre Fi leiition de ses ci-devant auditeurs. La toile de foodde scDind tht^nlre en plein vent est formée de deni ii nicnscs tibleaiix, <((ie tout jury pourrait certaioem refuser sans se coin|iromeltre, mais qui n^en soot |
moins dignes d*inlêrêt. Le paillasse de rélnblis-sement est un gaillard de haute taille et de bonne mine, taille plutôt pour donner que pour recevoir des soufUets. A la requête de son maître, il raconte com plaisamment ThUtoîre de sa vie.
' is HAiniE. Dis-moi, Paillasse mon ami, quel est le pays qui t'a donné le jour?
muLLASsE. Je suis né au village de Vas-y-voir»
UHATrac. Vas-y- voir, est-ce en France, ce pays-là?
r AILLASSE Non, c'est du côté de la ville de Cbcrcbe-z-y.
Li VAinir.. Je n'ai pas la moindre connaissance de ces contrées; et tes parents étaient-ils haut placés?
VAiLLASse. Mais, oui; mon père était souueur, et mon grandpère avait été pendu.
u HAHRE. tt pourquoi l'avait-on penda?
raiLLASSi. Pour une bêtise; on lut avait trouvé des défauts.
uiAirsB. Comment cela?
rauLASse. Il tenait une maison de jeu ; la pnlice fit une descente ches lui : on eiamina t^% dés, et on reconnut qu'd aruit des dés faux.
u aAtrat. Je conçois; je ne te conseille pas, mon ami, de te vanter de ta parente.
PAILLASSE. Mais, dame 1 le jouroik l'on pendit m tout le monde convenait qu'il iHail bien élevé.
LE MAiriiE. t^our'xani avec f 'tutti Uui: ma» peniOBiit.jaaMI n'était tenté d'i'Uvii.T son élévation. Dis-moi miinlanHlv H^ lasse, c<* que tu faisais avant d'être i mon serviee.
i>AiLL.\sst:. J'''t:)is ;;U4'Ti5seur de bossus,
LE MAiTHE. tlt comuient t'y prenais-tu pOWdélîvfwItfdW de leur factieuse inlirmilé?
fAiLiAssE. Je les mettais sous un pres.«oir, et jetSMMÎlk vis; ça leur réusMss'.it. Le premier qui m* tomba sow li BÂ^ je 1' plaec s'^us nn vis ; j' donne un tour, et j' lui d'iiiiadt ' ^* bcn I coinnieni çu va-l-il? Pa^ mal. pas mal, » qo' ?■! & J' donne un second tour : <t Vous sentez- voust niieai?^^ ma bosse s'aplaiit à vue d'œil. s Au troisième tovr, vtifl bossu qui se met à crier : c C'est rien, c'est rien, qaoj'li'k un peu de pationcc. b Je tourne je tourne, je Unme. tltf^ j'ai bien tuurué, je regarde... n'y avait plus de homa; llrf disparu.
u ■4nRE. VoUâ un mala.le sin;;ulièrement guérît
PAILLAMK. Je n' sais pas où il est passé. Sic' n'avait fM II un bo'isu. j' l'aurais retrouvé; un bien fait... n'est jai
LE aATTRE. Aussi. cn reconnaissance de eenx dont je Ittfi* ble joum* Uement, vas-tu me rendre le serviee d'aMMMrl ces messieurs et à ces dûmes U promière et bnlliale
LES BAKQUISTES.
talion que nous allons donner au spectacle forain des phénomènes TÎTanls.
PAILLASSE. C'est convenu; et vous allez Toir comme je vais dégoi>er : « Mcs.>icilrs et dames, à l'instant même, et tans aucune préparation, nous allons avoir l'honneur de vous montrer la jeune et belle Adclina, le phénomène le plus inUresstnt que ce siècle ail produit en France et dans les pays ètranc^rs, depuis les temps les plus recules. Gcltc jeune personne, âj{i^ede onze ans et demi, n'a que trois pieds de hnuU'ur. et pèse deux cent quatre-vingt-dix livres ; elle est toutefois bit-n proportionnée, et d'un physique !ij:réablc. Son frère, le jeune el bel Alexandre jouit d'une tuillc de ik'uxnièlre.scinquniitercnlimètres, c'est-à-dire de deux pieds au-dessus (tu niveau des plus grands tambours-majors. Ne croyez pas que ces deux rcmar|uable$ produits de la nature soient empaillés; non, messieurs, on peut leur adresser la parole : ils parlent plusieurs langues, chantent, jouer l du bâton, de la guitare, et possèdent divers autres talents de société. Ils ont élé présentés à la famille royale, qui les a acci\jDil)is avec les honneurs dus à leur mérite. Le prix des places e.^t à la portée de toutes les bourses : il est de deux sous pour les premières, et d'un sou pour les secondes ; etc.» etc. s
Les parades pcrdcut à être écrites; elles doÎTenl la meilleure partie de leur gaieté bouflbnne à des grimaces, à des gestes, a des contorsions indicibles; et puis le système graphique rend les paroles, mais non rintonalion. 11 faudrait des signes analogues aui notes de musique, des signes au moyen desquels on reproduirait tous les sons, un clavecin sur lequel on pourrait Jouer une conversation, pour donner une idée des inflexions diverses de la voix des banquistes» sourde, perçante, claire, enrouée, lente, rapide, calme, furieuse, au même instant. Dans leur bouche, la langue française deTÎent prosodique comme le latin : elle a des brèves et des longues, des dactyles et des spondées alternés. La phrase du maître est sentencieuse, savamment construite, corrr élément articulée; celle du valel est antigrammalicale, triviale, et rendue confuse par de nombreuses abréviations. 1^ maître est une parodie des Gérontes et des Orgons; Paillasse est un bâtard de la famille des Crispins et des Mascarilles.
Les farces préliminaires des tréteaux sont plus intéressantes que ce qui se passe à Tinlérieurdes baraques, la broderie est plus riche que rétoITe, la forme emporte le fond. Ce cirque où la même femme, sous des noms el des costumes différents, fait tous les frais de la voltige, est un spectacle assez maussade. A en juger par les ru* gissements qui sortent de celte ménagerie, il semblerait qu'elle contient toutes les bêles de la création ; mais ces bruits effrayants sont produits simplement par un habile joueur de contre-basse, et la collection zoologi(|ue se compose en réalité d*un boa engourdi, d*une toi lue dans Tespril-de-vin et d*un crocodile dans un baquet. Nous «imons mieux les figures de cire réunies dans ce grand parallélogramme de planches; c*est le salon de Curtius ^tous les propri^'laires de figures de cire s'appellent Cur- 9ius, comme tous les écuyers, Franconi). Une image de S^endarme, parfaitement exacte, est campée fièrement sur le seuil, que franchissent une foule de curieux. Sui- "^ons-les.
Le propriétaire de rétablissement nous montre, la ba* ^[aette à la main, tous les souverains de F Europe attablés autour d*un banquet de carton, aux délices duquel ils sem- Went asspx indifférents. D'autres groupes représentent ^et sujets historiques ou fabuleux.
ff Voici Frédéric II, roi de Prusse, ayant à ses côtés V. de Voltaire, un grand philosophe.
ff L* Amour et Psyché, tirés de la mythologie, au movaent que Psycbé va poignarder l'Amour.
« Henri IV cliex la famille Hichaud. Obser? es comme
ils sont tous contents et satisfaits. Blichaud dit : ^ A la santé de notre bon roi !
« Scène de mœurs orientales. Le grand sultan entouré de ses odalisques. La femme du pacha de Scutari implore la grdce de son mari condamné à mort. Le sultan lui répond : a Ton époux connaît à Iheure qu'il est Teiret de ma clémence. » En rentrant chez elle, elle apprend que son mari vient d'être étranglé
i Le corps de Poniatowski retrouvé dans l'Elsler^ Un grand nombre de gt'néranx conteinplent avec douleur le cadavre de Tinfortuné Tolonais* Remarquez la figure de Poniatowski : ne dirait-on pas qu'il est vivant et animé?
a Une jolie petite fille qiil ne pleut c jamais.
i Le tombeau de Napoléon A Sainte Iléléne. Le brave grenadier Hubert monte la garde avec vigilance auprès des cendres de son empereur Cet ami sincèie s'étant endormi, Tempereur lui apparaît en songe. La France est derrière lui sous la figure d'une femme éplorée. s
Puis des scènes plus récentes : la bdlaillede Mazagran, le mariage du duc de Nemours, etc. Les Curtius nio« dernes sont à la piste de tous les événements propres i éveiller la curiosité publique, el vile ils exploitent la circonstance. Avant que le duc de Nemours épousAt la princesse de Saxe-Cohari, il y avait plusieurs jours que les fabricants de figures de cire l'avaient marié en effigie. Sitôt qu'un crime a élé commis, ils ornent leur collection du portrait de l'assassin, même avant que celuici ioit arrêté. Avec de légères modifications dans le
LES DAKQUISTES.
iii^til' -Of
costume et la cheTe1ure,1a même tète de femme est tour i tour la belle éGiillëre assassinée par s ^n amant, la bergère d'Ury, la récente d'Espagne ou la reine d'Anp^leterre. Le même buste, avec ou sans mouNtaches, a servi à représenter Jausion* CaiOaing, Papavoine, Fieschi et Laceuaire -,. cereus ad vilium fUeli , comme dit Horace. Au moroeol où nous sortons do lalon de GuiUus,
' AdolplMi tldde finaçau el modèle de TAcadé- i
mie royale, éuumère les exercices dont il 4tf«tin qui lui feront Vkonneur de leur prégemee, c Je eia cerai par la colonne en arrière, suivie de la €êlm côté, de la chaiie romaine, des pofe* mytholopiii acadêmii|ues. C'est moi, messieurs, doot oa peiC le portrait dans les expositions du Muséum eldta Li bourg. G est moi qui ai lutte contre le oélébrt i sieur Lambert ; moi seul enlève, à bras teada. aa de cinquante kilogrammes, que je me liinrariloaibi suite sur Tomoplate. c'est-à-dire au millea éa ni A côté, un tambour, ancien sauvage, oécali douze caisses, avec deuz bagueties tfmitmmmi I^. I taille d'AusterliU. c On comprend les plaialcs to i ranU et des blessés, TexalUtion de Tarnëe, las a la victoire, et le tumulte des eDoeinis eu èôm Plus loin se montre un véritable sauvage, wi n Caraïbes, fait prisonnier par un famteux mmm§ firançaitj dans Tile de Saint- Vincent et mû anft dépit de l*sxîoiiie : nul n'e$i eiclave os Ftmmm, Gi sonne mérile d'être tu, car la majorité de sea eaili a été obligée peu à peu de rentrer daua la i lise. Le dernier des Hahicans esl garçoi vin ; ou rencontre des ex-Groêlandais parmi les aua des ci-devant llurons dans TinCaolarie Idgéra, ë femmes sauvages d^ns les endroils ou eUaa la m moins.
LES BANQUISTES
Un ridean se lire en grinçant : le monarque caraïbe 1 snuvage est demi-nu, d*unc coloration terreuse, tatoué parait brusquement, tenu en laisse par son patron. Le I d'arabesques en vermillon. On lui présente un pigeon
vivant, dans les entrailles duquel il plonge des dents acérées, et celle agréable nourriture semble lui faire oublier un moment sa ca|ilivitô. Mais bientôt il reprend sou air farouche, trépigne, se débat, et cause une vive perturbation parmi les spectateurs placés aux premî'Tes.
Un seul est inaccessible à TeOroi. A son air d*audace et de bonne humeur, i sa tournure <iégngée, a ses longs cheveux, â sa barbe en pointe, à la bizarrerie de son accoutrement, il est aisé de le reconnaître pour un artiste parisien attiré dans cette enceinte moins par la curiosité que par le désir de faire une charge. Quand le patron demande s*il y a quelqu'un dans la société qui parle caraïbe, l'artiste prononce un oui retentissant. Le patron est stupéfait, le sauvage parait interdit, le public chuchote, a Tiens, ce monsieur parle caraïbe î — Comment peut-on savoir le caraïbe ? — Où donc Ta-i-il appris?—Je lésais d'enfance, répond Tartiste; j'ai vécu longtemps dans le pays des sauvages. » La conversation s'entame : « Nior chamara isloc croc, dit l'artiste. — Risloc chnifama, réplique le Caraïbe avec aplomb. — Can you speak english ? — Malaboba. — Buogi giormo, sîguor, corne istà lei? — Pantaloni loustic maritou. » Ils continuent ainsi pendant quelques minutes a échanger des paroles incohérentes, mais le sauvage semble s'impaienter, grince des dents, et menace du poing sod interlocuteur, a N'approchez pas, dit à ce dernier le patron, n'approchez pas; vous l'avez rais en colère! — Moi ! répondit l'artiste, je lui ai demandé paisiblement des nouvelles de sa famille. » Et, malgré la représentation du patron, il s'avance Ters le sauvage. Mais celuici. exaspéré, gesticule avec furie, et, en se démènent, frappe au visage le linguiste importun, c Ah! c'est comme ça que ta le prends? s*écrie Tartiste : eh bien! nous allons voir. » Et il se précipite sur le Caraïbe. Une lutte s'engage; l'intervention du petroo, les clameurs des assistants, n'arrêtent point le bras de l'olTensé, et le Caraïbe renversé, meurtri, déteint, crie d'une voix suppliante : c Laissez-moi donc! vous allez m'assommer. » Ces mots sont accueillis par des éclats de rire et des battements de mains. Le vainqueur Hche sa victime ; le pseudo-sauvage s'enfuit dans la coulisse, et le public
se relire, en devisant sur cet événement tragi-comique, que de nouvelles scènes lui feront bienlô' oublier. > Les llié.llres de marionmttes sont nombreux : les uns, propagateurs de la gloire française, habillent leurs musiciens en Arabes avec des burnous de calicot, et nous exhibent la prise de Constantine, animée par quantité de figures mécaniques; les ant' es, émules des manufactures dramatiques du boulevard, font représenter par leurs comédiens de bois Paul et Virginie ou les Amants de Vile de France, la Tour de Nesle ou les Mœurs au moyen âge, et le Tremblement de terre de la Martinique. Arlequin a été métamorphosé en Buridan, Cassandre a été promu à la dignité de roi de France, et Colombine est devenue Marguerite de Bourgogne. Les petits automates rachètent par un grand déploiement de gestes anguleux l'immobilité de leur visage. Ils s'agitent convulsivement, et déclament par procuration des tirades ampoulées, non exemptes de fautes de français. On croirait voir de véritables acteurs : ils ont de moins le jeu de la physionomie, mais les spectateurs n'y perdent pas.
Où diable le drame va-t-il se nicher? Polichinelle n'est-il pas cent fois plus récréatif, avec sa voix modlûée par la pratique, sa gaieté franche, ses allures de tapageur, et les malheureux échantillons de l'espèce (elinc assoupis aux angles extérieurs de son local ? Des gens qui font d'une pointe d'aiguille le pivot d'une théorie ont présenté ce joyeux et méchant bossu comme un mythe, un symbole, une démonstration scénique de réternelle lutte du bien et du mal. Sans chercher à une farce d'aussi graves interprétations, les grands et petits enfants se nssemblent volontiers autour du spectacle portatif de Polichinelle.
La tmie se lève : le théâtre ne représente rien du tout. Le héros parait, armé de son indispensable bâton, dont il frappe les deux chats et la balustrade de la scène. Uk second personnage ne tarde pas à venir : c'est le Matamore de l'ancienne comédie, le Châteaufort de Cyranê de Bergerac, le Dom Gaspard de Scarron, le Capitan dt Vlllusion comique. Il a le verbe haut, et parle par saccades.
LE HATAMOBE. Bon-jouf, Po-h-chittélie.
LES BANQUISTES
roucHixFLLR, donnant un coup de bdion iur h chapeau de Matamore. Bonjour.
il HATAMOiiC Aie 11 bon-((', mon ami, de ne pas recommencer.
P0IJCHI5CLLE. Oui, OUI, oui. [Il lui lionne un second coup de bdton.)
LSHATAMORE, ovcc voluhUHe'. S.'iïs-lu lûcn à qui tu as affaire? Je suis le fameux Tr.inihc-Moiitaune. le (rnuul cxlcrmini'eur, taiiii|U('ur t-t tnom«pliu-teur eu cent mil -lions de com-bits.
roLKiii«ci.i.B. B.ih! [Troieieme coup de bâton.)
UK MATAMOHB, chantant.
Tous les mu-re« de mon pa-lais Sont Itâ-lis des 05 «les An-glais:
Ton-tc* mes court tMi son! p.i-TCts Des tel' des gé-né-nux d';ir-niée, (Jue j'ai tués dans les cum-bats.
POUciiiNi-i Li Ed r'iiilanl, papa. [Quatrième coup de bdton.)
Li M4TA»onR, reprenant «a déclimutîon taceadéê. As-6ei de coups de bâton, « o--quin I tu li-iii-rais par me ficher.
poiiciiiNEiLE. Tiens, en «oilà encore!
LB MATAMuRE. J'ai pris — U n^sululiun de ne paterne mettre— en eolèie; :»ans ce-lo, ver de terre, il y a longtemps-— que je t'aurai— extermini^.
i>oiinii\ELi.E. V^n ! pan ! (Coupe de bdtnn muUipli/t,)
LE MATAMORE. Gom-mcnt, trai-tre, tu a-bu-aes de ma com-plaisan-ce.
poucui^ELLB. Pan ! pan f
LE MATAMORE A Id garde 1
POiiciUhELLi pan! pani
UMATAMORF, pliant la tête tout tet coupe. Au TO-leur!... i rtf-ias-fin !... au meur-tre !... je suia mort.
LE COMMISSAIRE. G'est dooc toi, polisson, qui te sassiner les passants ?
POIJCIIINF.LLC, effrontément. Oui, c'est moi f LE COMMISSAIRE. EU bicu ! coquÎD, tu Tas être pendu. poticiiiNCLLE. Alors, ce n'est pas moi.
LE COMMISSAIRE. En cc cas, tu ne seras pas pendu. roLicHi.NCLLB. Alors, c'est moi.
[Afin de couper court aux dilemmes un êoldat apporte lapotr Polichinelle la cotitidère avec ètcntiement, tt demande en plicationt tur ta manière de s'en servir.
LB SOLDAT. C'est donc U première fois que tu es pends? POLICHIXELLB. Ma foi, oai.
Polichinelle Teint de Tonloir placer sa télé dans nœud coulant; mais, par ane adroite inaladres>e. il soin de la poser toujours au-dessus ou au-dessous doccle fatal. Pour mieux lai faire comprendre le jeudi machine, le soldat se met complaisamment la coH< cou ; funeste bonne foi, car le bourreau est pendu p criminel ! Le diable intervient pour cliâtîrr tant dr l: fails, et emporte Polichinelle ajirès une lutte de qv ques instants. La morale est satisfaite, le crime pooi. société vengée, et les spectateurs s'en vont non mob édifiés que réjouis.
Le soir vient ; le charivari de la fête atteint son i^ géc : les verres de couleurs s*allument, les quadrille^i forment sous des tentes pavoisées ; les fui^ées vol^afe sifllent dans Tair; la fumée des pétards roupt k n somi>re; les clarinettes enrouées jettent au veDtieursdd nîers sons.
Plus d'un paillasse, qain*a pas soupe, rit, le cœur ^ et Testomac vide.
Les banquistes donnent leurs dernières et tooîoir brillantes représentations. Le lendemain, ils dêrlott ront les baraques, rouleront les tableaux, 8*eilib.tllm>L pêle-mêle avec les ustensiles de leur métier, consil' t( ront Talmanach, et prendront le chemin d'anc aitti ville.
Une longue flle do charrettes oblongnea, Noé roulantes, pareilles à des voitures cellnlaim. portera loin du lieu de la fête les differeiiU mes de bateleurs.
Pauvres bauquistes, Dieu tous conduife!
I( à à m ■ Ir Ifs i%
Hi ,it
LE TOURISTE
PAft