CES
lîcmc aiincc, qui s'émnncipc avoc celui qu'elle aime, qui s'appuie sur un bras frrme cl loyal, qui porte Tamour heureux dans son sourire, dans son g«'sle et dans son regard, mieux vaul ronfniit heureuse el bondissante sous les transports naturels de son cirur, que celle autre jeune fille pensive, couib'.'e avant l'âge, versant des pleurs sans motif, poussnnl des soupirs sans objet ; malheureuse créature qu'abandonnent le sommeil vl l'appétit, qui ne trou\e de jt)ie et de repos nulle pari, et qui se perd, non pas pour mellre au monde un bel enfant qu'elle aime d (jui la venge par ses caresses du mépris et de la trahison de sou pore, mais pour accoucher houteusemenl de quehiue roman avorté, de quelque pofMne informe, embryon mutilé, conçu sans plaisir, enfanlé sans gémissements el sans douleurs. Hélas! nous avons sous les yeux toutes sortes de tristes exemples de cette prostiluîion de la pensée. N'avcz-vous donc pas vu passer, un jour d'hiver, par une neige froide (|ui tombait à petits flocons grisâtres, suivie de deux ou tr.is hommes, qui ne portaient pas le deuil, le corps exténué de celle pauvre lille dont vous ne savez déjà plus le nom? Ede aussi, i-lle avait abandonné sa calme pro\iucc, son humble famille, l'église où elle allait entendre la messe le dimanche, les amitiés faciles qui lui étaient tendues de toutes paris; elle élail arrivée à Paris, dans la rotonde d'une diligence, que dis-je? portée sur un poëme. A peine entrée dans le gouffre, soudain toutes les portes s'étaient ouvertes devant la jeune inspirée; autour d'elle s'étaient pressés les oisifs des salons parisiens; on voulait l'applaudir, on voulait l'entendre, on voulait la voir; elle alors, pleine de contiauce et d'espoir, elle avait obéi le mieux du monde à cet enthousiasme, elle s'était confiée, l'innocente! à ce délire; elle s'était ditque tous ces gcns-là qui l'appelaient: Mon poêle! ne Insseraient pas mourir de faim bur poète, el jxndant tout un effroyable hiver elle avait supporté, sans se plaindre, la plus épouvantable misère. Quel contraste! Elle passait sa journée dans un grenier ouvert â tous les vents, elle passait ses nuits dans les plus riches salons du grand monde parisien; elle manquait de pain chez elle, elle n'avait pas de bouillon, el chez les autres elle vivait d'orgeat, de biscuits et de glaces ; Targent avec lequel elle eût acheté une bonne robe de luine qui l'eût réchauffée lui servait à payer des robes de gaze qui laissaient à nu ses bras et ses « paules. Ainsi se passa ce pn mier hiver ; vint le printenips. (]omme le beau monde savait déjà tous les beaux airs de ce pauvre oiseau chanu ur, le monde l'eut bien vite oublié. ; toutes les portes se n armèrent soudain sur celle pauvre muse qui n'amusait jdus personne; on avait ri'cu le poêle avec j*»ie, on eut peur de la jeune fille qui n'avait plus une roîie â mellre, ni un vers nouveau à réciter. La mode l'avait acceptée, la mode la rejeta, et alors elle fut obligée, pour vivre, d'enseigner la gi'ammaire dans les loges des portiers; elle avait fui loin de la vie bourgeoise, elle tombait dans les mœurs abjectes; desiranils seigneurs qui l'apjjelaient leur amie, elle était tombi-e entre les mains des dames de la halle, qui la payaient pour élever leurs denioisclles; elle était venue pour faire le poëme épifjue qui manciue à la France, elle faisait des bouquets à Chloris, pour les Chloris des marchands de nouveautés. Cependant son âme s'était brisée, son cœur s'était di'chiré, ses yeui n'avaient plus que des larmes, sa poitrine n'avait plus que du sang, l'horrible maigreur s'était étendue peu à peu sur celte jeune fille si riante... elle mourut â son second hiver. Elle mourut sans avoir eu d'autre aumône que Taumône royale de M. de (ihlteaubriand, qui accompagna son cercueil jusqu'à la fosse commune, où reposent tant de
poêles. Certes, on ne dira pas que ce soit là encore une histoire inventée à plaisir.
.Vais revenons â notre jeune fille de tout â l'heure. Nous l'avons laissée dans le premier enivrement po;*'tique; ses vers sont là, devant elle, tout nouvellement éclos de sa tète, de son cœur; elle se regarde, elle se trouve belle et grande, elle ressemble à l'enfant qui s'est blessé en jouant avec le sabre de son oncle le capitaine, el qui ne pleure pas cependant, parce qu'il a joué avec un vrai sabre. En même temps, dans la petite ville qu'elle habite, parmi tous les amis de son j»i re, le bruit se répand qu'un poêle leur e.st né. Le père, faible el bon, la nii're, ignorante et dévouée, partagent les premiers l'enthousiasme général; â l'instant même l'enfant n'est plus une enfant, c'e>tune femme, qu«' dis-je? c'est un poêle. Soudain, on rcntourc d'admirations il d'éloges, on répète ses bons mots, on apprend par cœur ses poésies fugitives. L'Académie du lieu, ces tristes boutiques de l'espiit du dernier ordre, où toutes sortes de braves g» ns peu lettrés s'amusent à parodier les quatre ou cimi hommes d'élilc de l'Académie française, l'Académie du lieu n'al-elle pas la cruauté de couronner cet enfant en plein public ? Le Journal des Débats du département n'a-l-il pas Ihltc d'imprimer ces beaux vers, faute di' domaines à vendre ou de maisons â louer'/ C'en est fait, le viol est consommé, viol public, aulhentique incontestable; voilà à tout jamais une lille perdue. Arrive cependant le jour de sa majorité ; comme elle est btllc, recherchée el assez riche, d'honnêtes partis se présentent : le conseiller de prélecture demande sa main, le fabricant de tapis la réclame pour son fils; plus d un bon gentilhomme retiré dans son château serait heureux et fier d'eu faire une comtesse ou tout au moins une baronne; mais elle, un poêle, un poêle lauréat, se marier à ces gcns-lâ, rester enfouie dans une province, vivre de la vie heureuse et calme des honnêtes gens qui renlourent, fi donc! autant dire à l'aigle : Tu vas habiter la basse-cour. Ainsi elle attend, dans son orgueil, d'abord des maris impossibles et ensuite des maris qui ne veulent plus venir, jusqu'à ce qu'enfin, un beau matin, arrive dans la petite ville en question quelque comédien ambulant et chauve, quelque peintre barbu et mal peigné, quelque artiste mélancolique qui fuit le monde et ses créanciers. Aussitôt voilà notre muse qui s'exalte elle-même, la voilà qui se passionne pour cet être incompris; son Ame a trouve enfin le frère de son Ame. Le peintre fait sou portrait, le comédien déclame devant elle son rôle le plus infernal; le poêle incompris répand en silence des larmes qu'il a soin de laisser voir; à tous ces soupirants, elle réjiond, mouillée de larmes, par des vers brisés comme son Ame; dans ces vers, elle leur dit : Je VaimCf quittons la vilUf fuyons au désert; el la voilà partie pour ne plus revenir, la voilà qui se jette à corps perdu dans le vagabondage poétiijue. Son père meurt de chagrin et de honte, la mère de famille suit le père au tombeau; elle, alors, en bonne fille, elle rime une tendre élégie sur la mort de son père, elle écrit en vers l'épitaphe de sa mcre, elle vend à vil prix l'humble héritage qui faisait vivre toute la famille, trop heureuse encore si elle est épousée par cet artiste fatal qui s'est attaché à sa vie. Cummeut cela finit- il? Demandez-le à M. le ministre de rintérieur; cela finit, cl c'est la plus heureuse fin, par un secours annuel et précaire de six cents livres, conlre lequel les puritains de la chambre des députés se débattent avec grand fracas tous les ans, au retour du budget.
Ce sont là, sans nul doute, dos tableaux bien sombres, mais vous pouvez être sûrs qu'ils sont vrais. Voulez-vous maintenant que nous passions dans une atmosphère plus
LE BAS-BLEU
Inimninc : U clio^c doux sera racilc. Après avoir expliqué ]p mot ba$hlnt ilnns i;on acception la plus triste, nous. n*in niiron« (pin plus dn joie lî reconnaître la gr«1ce simplp rt nntiirt'llo, l'cKprit ^nns fard et sans fiel, le goût net ri pur de la femme, jeune ou vieille, qui aime les beauxart* pour eMX-m('meset pour elle-m^me; celle-là encore sf ra. si on le vent, un lias-bleu, mais un beau petit bas dp sfiin linMJé et bien liri\ sous lequel se dessine une j.iMibe r.iite au tour. Non certes, dans celte déclamation furilKiridc et loynlc de tout <i l heure, nous n*nvons pas prrtendu que le domaine do^ lettres et de la pensée devait rester ferm»'* pour les femmes: mais nous avons sout4!nu , avec la ch.ileur d une conviction pres(|ue chrélienn*', que le difficile et cruel m/'tier des lettres n'avait jamais p té et ne sera jnmiis im métier é la portée des femmes. Li femme e^^t le juï;e le plus sur de toutes les joules et de tous les effort <t de l'esprit; aux femmes doivent commencer, à elles seules doivent revenir toute rémotion de la popsie, tout TintérAt de la fiction, tout le eli.irnie et toute la puissance de In \*\riU\ écrite ou parlée. Sniis les femmes, pas de surcé'* possible dans les arts; sans ellpK, nos jujves liÎPnveilUnts et «lévouês, le poêle n*a plus de douces rpvprîe^ le romancier plus de fie: ions amoureuses. Ihisiorien lui-même. lali^Uf": de parler sans fin et .sans cesiie à îles hommes, ppnl une irrande partie de sa gn^cc et de sa touti-puîssance.Cesl donc justement parce qu'elles sont asNises aux premi>Tes places diï ce va.>te champ clos du g^Miie humain, que les Gammes ne doivent pas être admises .i le parcourir . ce nVst pas celui qui décerne la palme qui doit y prétendre: ce n>^t pi< celui qni a fondé le prix -pli ppiit .'ir»» j.im.ùs le i i«^nit»nu à le disputer. Sans nul doute, on jeut citer d.* jinods écrivains parmi les femmes, comme -^n peui ciliT Je jjr-ands monarques; ce qui u'empiVhi» pas la loi saliq.e d'avoir sauvé plus d'une fois U monarchie fnar.ai^e. » eîri di:, nous ferons plus : diius celte alTreuso et ûrn".».e r.irir-e de la litl' rature féminine, nous esit unTM-jx -U t.'Uî.;3 .n« ries de respecUel d*.îd;n.r:Uiou les •j.mvicii^'C'î ^êrit^uses. les talents bien .jppii^. 1»» '*v^e ^ui «'ci i:e p^îs-à-t el fort, la vie lab-jrieii'^e. caîriie ■ t n»jr êe. Nous ea c ::n.ii-iûns de ces femmps docu .e ;'om <eul est :iz el-ce; CrKe-ci qui a chanté, dans lies viT'ij V'as de Mrr.'.i». la f'.ixs tendre passion lie son c.r;;r. c. 11 r-l à •\ .'. a ^lé îi proileLce de sa fami o\ qui .1 olo\p so< ti..'.:.ls av>c l-s vers quV.Ie murmurait j 11 .;r h' r.:r3'j . r::i:o s:.:i \ la m-rc êplorôe qui, sur la Dîi.lïe do >ixd;i\ c.f . t-, n:i.:brc ^a do^iieur aMC W plus h,-,rm.Miit îix e: K* plu^ j o.'li<)ue dos sanglots; cl «cllo-li graiid nju>if ipM d f.r.aid pnclr qui chante d'uni* di\iup r.'.ron les di>uf<iii> ilr >on .iiui'; rt ccilu-I.i ,'iusi, Ih'Hc. rli.qni'iilp, ln^|ir- 1-, '\\\\ a pnnouru sans un Taux pas crtt«' diriici'.p e.ini ir «Irs li-llif., niaisrpllpsli 'p «■a("li«'nt,elU's so drvinmt; tou'p Irnr vie est dans |( iir MMillV.iUce ou dans bur tra\.iil. J.ini.iis. à les voir Il • i.|..'4'N du travail douîp^linio de cli>< jUe jour, enlou- I ' . ili-iif nls ;a^o".;rN. ^ r li*-i;..ila les d un p.'io inlinne.
; . r lil r . :r:i,'' l'^t;;., ; : ,.i-.;:ic l «;is Ipv oIin|. di^s | II.'IXS
o . l /; b.» - 'io '.^ ^i.'. j . . .s \o ;> iw vous doutiM'iez t|ue *i: \ . :»:> j ■: ^. o-. \. :; . ;;:n:i rj.mï les poêles que ,- ••■ ■ ■ -^ :■ i^i « :t< q.:i' j". in.i . otlles-la nnij;ivî- ■ - ■ r ,. !• t- ■ îîi ■ .i ..i:;ri«s r.»!:j;ÎN>eut do le;:r '. * • - ■*•. .1 >•':::, :. i.i.i de courir .^irps '■'' -i ' r : . } r V -.: ei dui\.rrolo.:r .-p os
- ■ ■ * ■*■' i ,••-».»■'.;.«>•' . il! "» l'Ii.isvtT.t .1 r.ro ^ *•■ **^ i "» i .. .'.il. .:.i*>i;-l< V »î.îv. ilre|tn*
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tes, prenant daoi leurs deux maÎBS cet attu noircies par la calomnie et par reocre, kons: prés ce langajçe : € O paavres femncs ^m r« pauvres femmes que nous plaigocms'. puei cette passion que vont «ycz pour l'écritsrc; fn». à ce sentier dans lequel yous entrei, il est me ces, d'épines et de précipices de tous geam. T» demandes conseil, â nous autres, nous vossin tout calculé, même pour les femmes qui résHi mieux, même pour celles que le monde \fnim admirations et de ses respects, la littératorc m le pins triste des calcula ; dés qu'une femnentis elle n'est plus une femme : elle peat, il e«t nn. une mère, mais» sitôt que la poésie seglLviei maison, comme faille serpent, adieu lagkiirv.4 et, trop soQTent, la coosidération dn mari, adia lié des voisins, adieu la bonhomie de la bmik les chères canseries du toit domestique. Cet est i je ne sais quel entrainement irrésistible, istoc femme qui écrit, même en cachette, méBcdaaik des nuits, i la clarté tocertaioe de U kmpe, fn dort autour d'elle, autour de cette femme, taat*s: vrai, moins natf, moins simple; ratmosphêreëiBi^ nous vivons n'est plus la même; notre amitli y lime nous aborde avec déflanee; les ^as qviii vent ont peur de nous ; nous passons, saas le ; sans le savoir, à Tétat de prodige. Et qai dit m p dit en môme temps une malheureuse créHae 14 ne passe ni un geste, ni an mot hasardé, aï n: dc sorte que, peu A peu» de bonnes fiimi pt étions, simples et calmes, nous dercnoBsésoB nés sur un thcAire. La tache d'encre etffMr a»: est la tache de sang sur les mains de HadtA. ut du sang, toujours de Tencre! Et d'ailleancVc» de n'avoir pas une pensée â soi! pas neéKs un baitcment de l'âme ou du oœnr, qa'm asK. de les jeter dans un liTre ! C'cU si trîsie de %'ag fin et sans cesse du monde réel, et de se <Ra»a quand on écrit même les pages que Vm bmaa belles : Je ferais mieux d'aller b^er mmeéKa ou consoler son mari qui se fatigue a pft&ëu chaque jour; Je ferais mîenz« mon Dieu. Atom plement une bonne femme! Phtnei gwicéaea â ces tristes remords, pins 00 a de giaimM|m« blent cuisants et cruels. A nous antras. psuuaii Dieu ne nous a pas donné Tcsprit et la yan^ nous dépensions au dehors ces doss à pncBCi res. L'esprit et U poésie, quand is Mmi^m partienncntà la famille, ils ne diiisil pmâna foyer domestique ; c'est la lampe qm hrifle. cû clic du liùlrc qui jette son Un dans rimtmmmà l'oiseau privé qui chan!e dans sa o^k, c'a h^ de chaque matin, c'est la bcoêdîcûan ée ch^asi i royei-nous, pauvres femmes, c'rsl mv fiUmp aux femmes d'être des poëtcs«Toilâ ommrtAi droit ile rêver et de chanter : 1 un livre, tout ce qu'elle qu'elles fout au bonheur <
Ainsi parleraient tontes ces hcmalte tt^m* la poésie est venue comme le «kmt «àtf a M Aiu>i elles explii|U€raient y^ ^m pmmaMÉ conime s'explique la palanlctie «1 leja^^mA l^ssion de la prose on da «os vm^mmip iùen que les femmes pruiatr ûl k ] c>n<uilorces honnêtes leur portent envir, en im 4 mé^isacces: elles m s Ll eiitourêes
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lîjbt délaissées; pourquoi les unes rencontrent tant de lÀleurs et de sympathies, pendant que les autres ont .i iftîne lin nom dans la foule. Ainsi la sagesse des prei^ères et leur expérience, et leur modestie, sont tout à ^t perdues pour les secondes. Car cVsl là un des cnrac- ]9te» que j'oubliais de la femme de lettres : elle ne parle f^ais à une autre femme de lettres, pas plus qu'un fou ^t parle à un autre fou. Elles s*accableiU l'une Tautre ^1^ mépris et de dédains furieux ; pas une souIe ne suit gi même sentier, pas une seule n'a fait de disciples; elles fidO vont çà et là, au hasard, au gré de leur fautaisie, en ijjUtillant, en caquetant, en se parant de toutes les pluies qu'elles ramassent, comme le goai de la fable Rien .^a jamais pu les réunir, pas môme la vanité, pa-^ niême ^ gloire. Je connais un pauvre diable de libraire-éditeur JÎ s'est ruiné pour avoir voulu faire un recueil de tous •g portraits des bas-bleus de ce temps-ci. Il avait mis le vre en souscription mais les souscripteurs se sont enlis en poussant des cris d'(>pou vante lorsqu'ils ont vu ^elle collection de vieilles cl hidruses ligures. Une au- ^ fois, ces dames, jalouses de l'Académie française, se unissent |)Our fonder, elles aussi, une académie. C'était ^ans le temps où une femme devenue célèbre sur les bancs ^e la cour d'assises demandait chaque jour dans son jourhal que les femmes devinssent élecieurei, tuteures, déhuiéeSj paires de France, et surtout rédacteures gérantes 4e journaux. Donc od s'assemble, on discute, on propose
le règlement, on le débat avec sang-froid; bref, on l'adopte, chose étrange! à l'unanimité. H est donc biendé- "'cidé que celte fois enfin la France sera dotée d'une académie fr*minine dont le besoin se fait généralement sentir. Tout était dit; seulement une petite difficulté se présente, quel sera le président? Il en faut un, Tarticle est formel. La présidence appartient au doyen d'<1ge. Oh 1 les braves académiciennes! il y en avait là de bien vieilles, il y en avait là dont la jeunesse remonte au Directoire, qui avaient écrit plus d'un billet doux à Barras; eh bien! pas un de ces académiciens en cornettes et en jupon ne consentit à être pour vingt-quatre heures le doyen d'âge. L'acadiMuie se sépara sans avoir rien fondé; et c'est ainsi, malheureuse France, malheureux roi, que vous êtes restés abandonnés aux quarante immortels 1
Mais voilà bien assez d'indignations, j'imagine. Revenons aux bas-bleus honnêtes et bien posés. Voulex-vons, par exemple, que je vous dise un beau caractère de ba^ bleu, une touchante histoire qui est dans toutes les mémoires et dans tous les cœurs? Ecoutez-moi. 11 y avait au commencement de la Restauration, â l'instant on grondaient sourdement ces luttes terribles qui devaient conduire la monarchie a l'abime de ItôO, un jeane homme sans nom et sans fortune, dont la vie se pasiait à écrit e des articles de journaux, et encore était-il trop heureux quand les journaux voulaient de sa prose ! Enfin, après bien des efforts et bien des peines, ce jeime
PtfU. — Imprimerit «I« CJ«uN BLrr, rmt %m*i-LmnSt IS
LE BAS-BLEU
homme avait trouvé une tâche hebdomadaire, il la remplissait avec cette persévérance sérieuse et ardente qui est un des côtés de son génie, lorsqu'il vint à tomber malade. La maladie devait être longue, la place de Técri vain était menacée, ei il allait y renoncer avec douleur lorsqu'on lui remit un cahier d'une écriture inconnue. 0 surprise ! c'était sa tâche de chaque semaine. Un écrivain dévoué avait compris le péril de son confrère, et il lui proposait de le remplacer. C'était la même œuvre entreprise dans les mêmes sentiments, dans les mêmes opinions, mais avec un style plus souple, une grâce l»Ius légère, une énergie plus avenante. L'écrivain malade accepta sans hésiter le secours qui lui venait. Pendant six mois il fut remplacé par cette plume élégante et Gnie : et telle était sa confiance dans cet ami inconnu, qu'il ne chercha même pas d savoir son nom. Il acceptait, souvent sans les lire à l'avance, ces beaux chapitres de littérature et de morale qu'il était fier de signer. Ainsi il sauva sa position, à laquelle il tenait; la santé lui revint avec l'espérance. Mais vous pouvez juger de sa joie, quand il vint a découvrir que ce loyal et mystérieux compagnon de ses travaux, de ses opinions, de ses pensées les plus intimes, était une jeOne fille belle et simple, élevée dans toutes les austérités de l'Evangile. Ils se virent, ils s'aimèrent, ils s'épousèrent. Appuyés l'un sur l'autre, ils passèrent tous les mauvais jours, ils accomplirent en commun leur tâche commune; ils se mirent, elle et lui, aux ordres des libraires, pour faire des traductions, pour faire des histoires, pour écrires des prospectus et des revues. Il dictait, elle écrivait; ou bien elle dictait à son tour, il écrivait sous sa dictée. Braves gens, courageux, dévoués, ardents, infatigables, ils ne se doutaient guère des destinées sévères et grandes qui étaientréservées au nom illustre qu'ils fabriquaient a eux
deux La mort fut jalouse de cette héroïque per^
sévérance contre l'adversité; elle vint enlever à cet homme le compagnon de génie qui lui était échu en partage ; cette femme mourut calme et tranquille. Elle avait résolu la première et toute seule ce problème tant cherché de nos jours, une bonne femme qui serait en même temps un grand écrivain.
Quant au bas-bleu qui aime les belles-lettres sans aToir jamais rien écrit , il nous est impossible de ne pas reconnaître que l'amour du beau langage, la passion pour les beaux vers et pour la noble prose , la chaste émotion que donnent les livres bien faits, a toujours été et sera toujours parmi les honnêtes gens une passion digne d'estime et de respect. En général, les femmes sont toujours un peu dans l'extrême, elles n'aiment pas, elles adorent ; elles ne louent pas , elles exaltent. Laissonsleur donc adorer comme elles l'entendent les productions de l'esprit; laissons-les s'occuper à leur guise de la comédie de demain , du roman d'hier, du discours d'aujourd'hui; non-seulement le bas-hleu dont je parle D*a rien d'odieux, mais, au contraire, il est aimable, bon compagnon et plein de grâce; le bas-bleu du grand monde , des riches et des oisifs , n'est pas loin d'avoir trente années, bien ou mal comptées ; il a traversé, sans y laisser trop de plumes, les ronces et les buissons Qeuris de la jeunesse; il a plus d'esprit que de cœur; il s*est marié de bonne heure à une brave créature qui a pris pour sa part l'ambition, les honneurs, l'argent, le positif de la vie. Notre dame au bas-bleu, trouvant son mari si exact et si profond géomètre, aurait bien voulu prendre pour elle-même re qu'on appelle de nos jours le rêve , la poésie, l'idéal, mais elle avait pour jouer ce râle fastidieux des grands soupirs et des clairs de lune, trop d'esprit, de probité et de bon sens. La femme bas-
bleu n'i pas ea le temps de Taire ranov, eîV ; tout à côté en s'en moquant un peu; et wlr qu'elle est prerque au port , elle se félicita ip> pas affronté la tempête, en comptant tau \t% k qui ont grondé et qui grondent encore antow i'i Cependant , il faut i la TÎe de celte femme n pation , sinon un but; bien qu'elle soit bcsm trouve souvent que la jonmée est longue, a choisit une passion d la taille de son esprit d 4e meur. Sa voix est agréable el douce ; le pii&o : ce noble instrument qui suffit â toutes les |4h tous les tumultes de Tâme, se laisse dompter ti par elle. Elle pourrait être une musicienoe co applaudie : oui, mais elle a peur des grandi n salon ; celte musique de société lui déplait d b elle est trop Acre pour se mettre i amoscr bwii de ses chansons, les beaux messieurs qui èa peine, les belles dames qui n*écoutent pis. E donc de la musique pour elle toute seule diai: nients de solitude et d'ennui; elle poomîl, tic demander toutes sortes de distractions â la peat elle a reçu des leçons de Tonj Johannot Hkî car elle a deviné confusénient quelques-nos des ■ de la forme et de la couleur ; oui, mab tooto b de la peinture, ces détails d'huile grasse, de m palette, de modèles crasseux, ont biealél rekaié ble femme; alors que fait-elle? Elle s'avise ^i prit est net et vif, sa conversation élëgaolefCn ces causes, elle outre son salon comme o U endroit de causerie et d'urbanité; elle l'oamii gens, car elle veut que ce soit U nmtknmm recherchée , d*étre reçu par elle. Son nloa ctf pi nombre de ses amis est choisi , les gens qm vim sont dégagés de tonte espèce d'ambitioB; flisaln é l'amour, â l'intrigue, à. la faveur; ils nwt m plement pour être heureux et calmes. Ibrepré loin , non sans sourire de pitié , les ^iUlimi fas blés de la foule; donc, on se réunit, an seiM cause, et, tout d'abord, on s*occnpe des piÙ la pensée et de l'esprit. Le théâtre tient lae pmà dans ces discours , le livre imprimé airiit i m peu é peu , comme on y prend goàt , an iâpvi rer quelque poète uconna, il y en a parML tfa inconnu consent l^en vite A quelque kctmc. bh des vers inédits est le grand ccueil ds srind'a bleu, beaucoup de salons y succombent, mû cm se tirent de ce péril sont bien heuren tf lin I Quand donc les vers inédits ont été chassai éee*i reuse maison, par l'ennui d'abord, par II wtÊm la maison ensuite, tous les gens de bas mm dm , frapper à cette honnête porte, tant on cd air èftn en ce lieu une causerie lacile et variée; da^jvl! fluence de ce petit salon grandit et se prapy;«!Î les choses et les hommes avec Indnlgcnee: m aii pas des livres qu*on n'a pas las, et descsmtfBf n'a pas vues; on n'envoie pas chcRshcr, pval un sujet de vague curiosité et pour lui èîaiNr êal celets de trois louis, la jenne IragéiBcane fà éi*; la laisse à son théâtre, où elle est beanoMp nîH) place. Bref, on évite le brait poétique, aa a m !■ l'appareil littéraire, on se Ul petit et ciGhib ilM; tement pourqud on vient i vans , penfari mfm cherche, pourquoi on voua aioM. Qml ciUli comprend tout le prix qu'on attache à san mmn t louange, elle s'estime heuranae fcaesmmv b> modeste, de te > une ma» hienvennii à h sans fortune, de pr i en main la MÊmmiBm méesoutri [n resl
LE BAS-BLEU
ruî rommcnce , tout talent qui se débat encore contre j indilTcri née de la foule, peut vriiir on toute sûreté s*arîter à cette ombre aimable etbic.ivcillante, et, comme J poésie est reconnaissante de sa nature; pour tous les .^îiis que lui rend celte femme, la poi^ie l'entoure de ^Uangcs non suspectes , de flatteries délicates , d'hom- *iage8 mérites. Plus d'un honnête homme d'esprit devient Tami de cette femme; il lui confie ses chagrins, ^©«espérances; il met à ses pieds ses triomphes, ses dé- >^îles; elle partage ainsi sans en avoir les fatigues, tou- "%« les émotions de la vie littéraire, toutes ses joies, ■Onles ses douleurs. La vie se passe ainsi, non pas à mé- Mîre, mais à bien dire; non pas dans les petites calom- Wcs de cha(|ue jour, mais dans les productions de l'es- *^îl dechatjue jour. A ces heureuses communications de ^intelligence, l'.lme s'élève, l'esprit y gagne une grande llMtiine pour lui même, la vieillesse s'arrête comme sai- We de respect ; la vieillesse eût emporté cette femme au Httilieu des tourbillons du monde, au milieu des passions iiénneutées; la vieillesse s'arrête devant cette femme, la hwrouvant doucement assise entre des amis qui la respeckkiMïi et qui Taiment. D'ailleurs, on ne reste pas toujours ^ax temps modernes, tous les temps se tiennent par une ijChaine que rien ne peut briser. De M. de Lamartine il kfi^i facile de remonter n La Fontaine; de M. de Chateau- Ifjbriand à Bossuet la transition est des plus simples. Voilà yoniment on a franchi bien vite l'abime qui nous sépare JLa dix-septicme siècle. Certes . pour rester toute sa vie ym contemplation devant hs beaux esprits de ce siècle, ^e De serait guère la peine de passer sa vie à aimer les [telles-lettres et les beaux-arts. On serait bien vite au ^bout de son enthousiasme. Mais cette passion des beaux- |trtsa cela de salutaire, qu'elle Onit toujours par arrivera yêlre quelque chose de sensé et de vrai. Vous commencez ^^r admirer les beaux esprits de ce temps-ci, vous unis- ^jSez par ]irendre au sérieux tout l'esprit que nous avons ■ jCu autrefois. Peut-être, avec moins de bon sens, eussiez- |Tous été la plus charmante des femmes frivoles; vous ^▼ous trouvez, sans le savoir, une femme sérieuse et sage, ^Car tout autour de vous vous entendez répéter incessamcillent, non pas: a C'est un bel esprit,» mais: «C'est un bon esprit. » Les flatteurs qui vous disent : a Pourquoi donc ne dites-vous pas un livre?» soudain vous les mettez à la (lorte pour ne jamais les revoir. En même temps, les (Muvres artistes qui gémissent, qui attendent la gloire, les écrivains qui l'ont obtenue, toutes ces pauvres Ames i^n peine, à qui cela coûte si fort de mettre au dehors ce ^a*elles renferment, viennent se confier ù cet honnête has-blcu, qui est leur patronic et leur providence. Vous vivriez cent ans que vous ne trouveriez pas un homme de lettres allant compter sa peine à une femme de sa profession. Pour l'homme qui écrit , la femme qui écrit est on animal qui n'a pas de sexe; ce u'estplus une femme, ce D'est pas un homme.
Qus est homo?.,.
comme dit Tércnce.
Finissons tous ces portraits par le portrait du bas- . bleu accompli, du bas-bleu comme je l'entends, i Vous connaissez tous, dans un quartier retiré du fau- I bourg Saint-Germain, dans une pieuse maison toute rem- I plie de méditations et de prières, Thonnéte et admira- I Lie bas- bleu, qui est venu demander à ces murs solitaires le calme, la solitude et le repos; cette femme, dont chacun sait le nom, pour peu qu'on soit le pauvre de la rue ou un homme de génie, c« tte femme sera à tout jamais UD impérissable exemple du dévouement, comme il
en faut à ces êtres nerveux et malades que l'on appelle l des hommes de génie. Elle était jeune et charmante, et recherchée; elle était belle entre toutes les belles personnes de son temps; rien n'était plus éloquent que son silence, si ce n'est son sourire; toute louange lui était facile, toute renommée était à ses pieds; elle avait vu, elle savait par cœur toutes les sommités du monde. Qu'a- 1 -elle fait de tous ces biens, de tout cet esprit, d«; tonte cette beauté? Elle a renoncé à tous les bruits qu'elh pouvait faire par elle-même, elle n'a pas .songé un instant à la gloire que pouvait lui donner son esprit: o|!e s'est fait un rôle cent fois plus beau, elle sest attachée d'àme et de cœur au roi littéraire de cette époque, elle a compris que, s'il restait seul en ce monde, ce grand homme serait perdu; elle s'est dit à elle-même qu'il fallait quelque main amie pour soutenir le fardeau de cotti; illustre destinée. Rien ne l'a découragée dans cette vie d'abnégation et de dévouement qu'elle s'est choisie. Le hnos qu'elle avait adopté, elle l'a suivi dans toutes ses fortunes ; elle applaudissait de loin aux travaux de son éloquence, au grand bruit que faisait sa pensée ; elle savait chaque jour ce qu'il agitait, au congrès, dans les ambassades, à la Chambre des pairs, au ministère, où il ne faisait que passer comme l'étoile qui tombe en éclairant les côtés nuageux du ciel. C'étaient la les beaux jours de cette femme; puis sont venus les sombres journées, les défaites soudaines, les revers et même la prison, et alors il fallait la voir attentive, secourable, forte. Cotte vie là était sa vie, cette triste fortune était sa fortune, cette pensée sublime était sa pensée; depuis trente ans déjà cette femme poursuit son œuvre commencée, elle est le courage de cet homme; elle est sa consolation, elle est son espérance, disons plus, elle est une partie de son génie. On ne l'entend guère parler, on la voit peu sourire; quand elle sort, elle s'enveloppe d'un grand voile qui la couvre tout entière, mais on la pressent, on la devine, on entend un petit murmure, on voit passer \mc ombre diaphane, et l'on se dit : a C'est elle à coup sûr ! » Soudain on voit grandir derrière cette blanche épaule de grands yeux noirs, un vaste front, des cheveux blanchis et brûlés par la pensée, c C'est lui ! » se dit-on à coup sûr; et Ton s'incline devant lui et devant elle ! Elle et lui sont inséparables désormais dans la reconnaissance du temps présent, dans les respects de l'avenir. On raconte d'un statuaire grec, qu'après avoir fait un beau marbre de la Minerve, il écrivit sur l'épaule de la déesse le nom d'un ami qu'il avait; la mémoire de cet homme sera pour cette femme une autre épaule do Minerve, et c'est ainsi qu'ils entreront ensemble d ns la même gloire. Mais elle, dans son dévouement, elle n'a jamais songé à l'avenir, elle a été dévouée, parce que I soD instinct et son admiration l'y poussaient: elle a aimé | de tout son cœur, non pas l'homme, mais son génie ; à i UD écrivain pareil on ne devait rien moins que la gloire et le bonheur.
L'Europe s'est chargée de sa gloire, la femme dont je parle s'est chargée du reste; c'était la lâche la plus difficile, demandez-lui.
D'où il suit, pour conclure, que ce mol, has'hlm, est UD de ces mots à double sens qui contiennent le plus grand crime et le plus noble dévouement de ce siècle. Cela peut se dire d'Henriette Wilson et de madame Lafarge; cela peut se dire de l'Ame bienfaisante et modeste de TAbbaye-aux-Bois. Cette aventurière en haillons, qui écr t et vend des livres, parce qu'elle D'à plus rien à vendre et plus rien à faire de son corps, est un bas- b eu ; cette femme belle, noble et riche, qui aime les livres comme les femmes de son âge aiment les modes nou*
MS BAS-BLEU
Yelles, est un has-bleu ; évitez celle-ci comme tous éf ite* riez la peste ou la famine, recherchez celle-U comme on recherche la probité et la bienveillance ; Tune est l'opprobre, non-seulement de son sexe, mais l'opprobre de quiconque tient une plume ; Tautre est Thonneur et la récompense des plus beaux génies, des plus rares esprits.
Si elle eût vécu au temps du Tasse, de Cerrantes ou de Camoëns, elle eût sauvé le Tasse, Cervantes et Camocos; il faut espérer qu*â Taide de ces indications vous» jeune homme, qui entrez dnns la vie, et vous, madamCi qui n'êtes pas prête à en sortir, vous saurez re-
connaître à dei dinéreaees li tna^éct la I Je TOQt parle.
nérodote raconte qii*il y avait nÊrdm le dont tonte roceapalion éuit la guem^ d^na dnit les hommes au r6Ie de doaesCiqwi: ce turbulentes» afôtéet, Tlolentes, ne rcsataUm au baa-bleu de la pire espéee; aenlcBcalci parle Hérodote étaient pins honnêtes, etmtteÊ pour être facilement reconnues, elles ati ~ bitude de se couper la manaelle gancke.
Mais, hélas! combien de nosamasea n'auraient rien âconper?
L'ÉDITEUR