‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 28 sur 269 · ROGER DE BEAUVOIR · texte numérisé non relu

ROGER DE BEAUVOIR

Dfné le iO il Elbeaf... Toatet les renmes de eeite ville sont rousses. Us Touriste aholais.

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rWt^-^

ïk dépit du voyage é jamais mémorable de Gulliver chez le peuple intcressaot de Lilliput, pt des relations plus ou moins véridiques écrites depuis le capitaine iOok jusqu'au capitaine > arryat, rimagination timide des géographes ne rêve plus les lointaines découvertes. Ils 66 sont contentés de tracer le cercle flguratif de Tunivers, et, contemplant le globe de la hauteur de leur compas, ils ne cherchent plus â en reculer les limites. A dater de Christophe Colomb, les amiraux de tout pavillon s« sont dégoûtés de la gloire ; depuis monsieur de Bios- ^cville, les marins se tiennent coi.

Il résulte de ceci que, à défaut d'îles vierges et de baies ^«iconnues à explorer, nous visitons les contrées dont la opographie exacte se trouve consignée dans tous les itic^éraires : ce parti est le plus commode et le plus sage. ^otre siècle n'invente plus, il s*abstlent de nous roon- ^»r de nouveaux mondes et de nouvelles mers; mais, il lut le dire à sa louange, c*est un siècle emporté sur la one de la vapeur, un siècle alerte et curieux de déplaement au dernier point. Il constate au lien de décour, il visite chaque recoin du monde comme un agent Ae police visite un tiroir. S'il n'est pas encore prouvé que ^•« littérature contemporaine et le théâtre d*auJourd hui ^«meurent comme monument^ personne aa moins ne

pourra nier que la migration ne soit en progrés. On voyage* ou plutôt on arrive au fond de la Suéde en vingt jours, un capitaliste ruiné s'occupe en ce moment- ci d'élever des télégraphes dans le désert. On ne parle encore que des télégraphes, mais un mois après le désert voudra le gaz.

Cette fièvre des voyages n'agite pas encore heureusement i la fois tous les individus d'une même nation : en regard de ces touristes eflrénés il y a des gens qui ne bougent pas plus de leur fauteuil que les sénateurs qui se laissèrent égorger dans leur chaise d'ivoire.

Les touristes, on peut l'avancer, composent véritablement une classe distincte, une famille à part au sein de la grande famille.

Cette race forme surtout en France Tune des surfaces les plus divertissantes de la société française.

Le touriste, c'est le mouvement perpétuel si longtemps rêvé par les poursuiveurs d'énigmes, c'est le juif errant avec un habit convenable et ses cinq sous multipliés.

Un oait voyageur, on devient touriste. Mille incidents divers vous poussent loin de la patrie : souvent d'abord c'est la patrie elle-même, lorsque son horizon se rembrunit, et que l'émeute y soufQe violemment les révolutions; il ne manque pas alors de philosophes qui deviennent touristes.

D'autres se font touristes par sa satiété, par ennui. L'éternel programme de la vie parisienne les décide à chercher d'autres climats et d'autres eieu:t, comme disent les opéras-comiques. Us étaient la veille en bas de soie  un bal de l'ambassade d'Angleterre^ le lendemain ils font leurs malles pour la Perse.

LE TOURISTE

Le» subdivisions du ternie général {touriste) Tarient dans notre France à rinflni. Nous mentionnerons ici le touriste riche, le touriste pauvre, le touriste ruiné, le touriste politique, le touriste joueur, et le touriste littéraire.

t^e jeune homme, en gants jaunes, ajustant sa lorgnette d*écaille noire au balcon de rO|>éra, et se penchant à micorps Tcrs le parterre comme pour y découvrir un être des pays lointains, c'est un touriste.

Il y a deux moisi, il applaudissait à Saint-Pétersbourg mnd'imoiselle Taglioni; voyez-le maintenant frapper de sa canne avec frénésie à chaque bond gracieux de mademoiselle lissier. Comment ignorez- vous que Tannée pré- CfHlcntc il a quitté un soir les Variétés pour s*en aller voir danser les odalisques dans leur patrie vcrilable? Il e^t montéquaire foisdans la nacelle aérienne de monsieur Grccn. Il n*a pas trente ans* et déjà il connaît sept à huit pays divers : rilalie, TEspagne, rAfrique, la Chine et l'Asie. 11 retourne sous peu de jours à Touest des États- Unis ; il va vous parler de la cabane du Blanc et du wigwam de l'Indien, des plaines verdoyantes arrosées par TArkansas ou la Rivière Ronge. Vous pourrez dans Tentr*acte causer avec lui. Usages, Gricks, Delawares, Pswnies, Comanches et autres tribus. Ne vous avisezpas de le contrarier au sujet des Maures, des Braknos, des Nalous, des Landanas. des Bagos : ce sont là ses cistes de prédilection, il a fait route avec elles, il a fumé dans leurs pipes. Il sait ses prairies de 1 Ouest tout aussi bien que Cooper le romancier. Voulez-vous aller à Temboclou. et de la à la Mecque, où vous ferez un pèlerinage?... Mais on lève la toile, et mademoiselle Elssler va danser la Tarentule,. .Wons reprendrez la conversation dans Tautre entr'acle.

«Aimez-vous la Grèce? 8*écrie de nouveau le touriste, le bazar d'Athènes m*a préoccupé comme savant Vous ne connaissez point le consul d'Athènes? C'est un homme parfait et qui vous ira. Il m*a fait observer que les tableaux de Polignote décoraient le portique des Stoïciens; à cette heure, et par une singulière vicissitude du sort, les capucins sont devenus habitants de la Lanterne de Démosthènc, édifice antique que ne rap])ellecnricn la lanterne de Saint-Cloud. J'ai be.mcoup lu. beaucoup étudié en Grèce. Le Parlhénon vu ducôtédcsPropylé«sestjoli. Je ne vous dis rien de la fontaine Castalie a Delphes. Les Grecs sont voleurs généralement, mais il y a des dames grec<|ues admirables ! j»

Il reprend bientôt :

Je le vois, les antiquités vous flattent peu. Préférez- TOUS la Chine? je l'ai habitée un an : c'est un pays sur lequel les livres et les imprimés ont menti. 11 est faux que l'on y mange perpétuellement le riz avec des bAtounets pour cuillers; j'en ai trouvé une dans la ville de Canton J'ai logé deux mois à Pékin, je sais renccinte de la ville impériale, j'en ai fait le calcul à deux toises près. Formose, les marchands hong, les îles Lieou, Kieou, le fl uve Jaune, la grande muraille, les marchands d'éventails et ceux de thé, j ai tout vu. J'ai un exemplaire sur soie du testament de Kia-King. j'ai mangé de la soupe aux nids d'oiseaux chez le mandarin 0-mi, mandarin a bouton d'argent, qui fait de très-jolis vers. On n'a jamais oui |iarler en Chine de M. Abel de Rémusat. votre Chinois, pas plus que de M. Flourens, notre nouvel académicien ! »

Le touriste continuera de la sorte dés le premier instant où il lui sera permisde recommencer.il vous entraînera é sa suite et sans fatigue a traveis l'Italie et la Nor* ▼êge, la Suisse et la Tartane, la Uollande et la Sicile: les contrées les plus diverses et les pins opposées, II les fera

défiler sous vos yeux à la baguette. Cet homme n à un marchand qui développe devant Toai les Ions de l'univers : choisisses.

Le touriste riche pos.séde ordinairement de d  deux cent cinquante mille livret de rentes liartie de la clas.se des touriste nababs qoi pa

I Orient avec une caravane de chameaux et de tit|ues. Il voyage en berline, descend au meilleur retient cinq lits pour le moins, qui sont dévolus i *

II voyage sans /iotme, ni dame de ses pensées : ci libataire ennuyé qui craint la goutte. Il a le tein aime la musique et recherche la société dans cha< son valet de chambre le rase, le coiffe et rhabille; quitte Paris, il emporte avec lui une (lartie de bilier, ses nécessaires de toilette, ses portraits de ses diamants ; et n'était, en vérité, la tenture de parlement à son hôtel, il retrouverait sa chamli place Vendôme partout. Le touriste riche, n'em mais les garçons d'une auberge italienne ou frai n'use que d« s siens, qui forment une sorte de part, et deviennent redoutables aux maîtres d'Iic tous les lieux où ils passent. Gomme il est bai plupart du temps, et qu'il possède un clos de nommé, sa cave le suit, et il a le plaisir de lire de son cru sur ses l)Outeille.s. Quelquefois il u accaparé dès le premier jour par messieurs du municipal, qui lui demandent comme nne grâce loir bien donner son nom à une rue de leur endi venr que le touriste n'accorde qu'après un petit «i modestie. Les Anglais le fuient comme la peste qu'il est plus riche qu'eux, dont la médiocrité » el s'abrite en France. Le journal du pays annonce nue avec des fanfares de phrases ; mais il repart e quand on s'y attendait le moins, il veut voir à I pape et la semaine sainte.

Le touriste riche a quitté, pour voyager, son châi France, la Bourse et le ThéAtre-ltalien. A Londres, i a Saint-Pétersbourg, vous le retrouverez amcor quelque prima donna qui regarde la loge d'avaat* et k laquelle son chasseur apporte un bouquet ■ soir Ce chasseur est un fort bel homme qui lût I quérant auprès des fi mmet de chambre, paje s postillons, et met les aubergistes au pas. Il exeici valet de chambre une surintendance cruelle pofl ci, mais aussi il répond des rouet cassées et èi ment en voyage. Il sait par cœur tons les paris maître, et ne monte jamais sur un sluofliir M causer quelques minutes avec le nègre qui soni vapeur.

Le touriste riche sent le portugal et le tm et I il fume lies cigares Lafleur, ^ et c'est pov Ton sur un album à fermoirs dorés qu'il inscrit pov 1 térité la plus reculée des fastes comme cen-d :

c 16 avril, beau temps; baigné à neuf hof ça; déjeuner ; d deux heures, je tirerai le pisliriet s

Ou bien :

« Miss L... est adorable: Tapplaudir ce toirqpi chantera , demander l'adresse d*un denliti». da^

Le touriste riche affectionne surtout les eaux de I Baden. Il y tient tour à tour le râteau on la cma achète toutes les vues de ce délicieux pays, el pi la Favorite à son retour comme d*nD palais map a soixante gilets, autant de bagnes, an pea moinf i gles, et une chaîne d'or sur son gilet de ireionn rat. Au premier coup d'archet que nous vaut à f) retour des Bouffes, vous le retrouves fi»rt exad assis dans sa loge ou dans sa stalle, envoyaBl 1 1 un flot de bravi et de brava.

LE TOURISTE

Il e< cep^^ndant certains désagréments curieux ({ue le touriste rirhe éprouve en voyage et auxquels nous detons consacrer ici quelques lignes

r^ous mentionnerons en premier lieu le t^ntaire.

Ce nécessaire, acheté le plus souvent chez Aucoc, se compose de tous les outils imaginables pour une toilette îechtMThée; il pèse vingt-cinq livres, il est garni d*or, t*arg'*nt, d*êm«'iux incrustés, de velours. Rien de plus superflu que ce nécessaire, vous le savez CVst une lourde IJMChioe «|ui est loin de valoir, pour Tutilité. le quatre i cinq menus oSjets de toilette renfermés dans Tunique iliii qu*un Anglais met d^ns sa poche pour le voyagea Cs nécessaire de Thomme riche une fois étalé sur les ser- Mettes blanches de son hôtel, jugez des coniméragcs du kMitre, d** la servante et des valets de l*cndroit! Le seul Inamen de ces pièces fait monter la carte du touriste rithé à un taux exagéré. Ajoutez à cela les transes perpéloelles qui Tagitent au sujet de cette vaisselle portative, i1l passe par les détours périlleux de la Sicile ou de la Bakbre!

* La tapériorité du touriste d'Angleterre rar le toanste de %iiiee est une chose qui ne Nil pas même conteste; mtia nom 1^ 4evoafl ooat occoper ici que du touriste frinçait.

Le second desagrément que nous devons mentionner consiste dans la hoiUvrr te.

Un touriste à la mode prit terre, un soir, dans le petit port de Troiiville. Entre autres niagnilicenc«*s qu*il voilurail avec lui. il av.iii ilans sa malle trois paires de bottes. Comme il y avait bal dans r< ndroit, il se contenta de dire en s couchant, au valet d*auberge. qu il voulait I our le lendemain des bottes vernies. Sur TarOrmati^e du garçon, notre touriste s*endormit; it fut réveillé dés Taube par les lames tranchant«*8 d'un beau soleil, qui pénétraient â travers bs voit ts dans Tappartem- nt. L'iiir était divin, la mer chantait, le touriste se leva. Après s*étre promené longtemps, il lui vint envie d'aller déjeuner â deux lieues de la; il se résolut â prendre un** voiture. On lui enseigne le seul carrossier du pays, il s'achemine VI rs son atelier, mais, ô stupeur! que voit-il en arrivant? quatre paires de bottes miraruleusemeut vernies sur une fenêtre, le g.^rçon carro.'«sier eu était à la cinquième. Les bottes du touriste passaient par le Yeruis du charron I

Venons maintenant au touriste pauvre. Celui-là calcule et passe son temps a faire sou budget dans ch* que étape. C'est un petit homme sec comme de Tamadiiu. brossé, rangé, épingle, mais d*une propreté si trt&te,

LE TOURISTE

qu'on est tonl<> niillr fois de lui demander : c Mon ami,

|Oiir«|iioi voyagez-vous? d 11 n*a qu un Nac de nuil. une

valise de cuir anglais, une nionlrc el un parapluie. N'es-

pùrez pas le tromp«T, il connaît la l*stc des hôtels ou des

parnis avec leur tarif, il est à Teau par régime, porte un

chapeau gris orne d'un crôpo aiin de légitimer un hnhit

noir, el tient assidûment une paire de gants roules, éga-

l<ment noirs, dans sa main druile. Cependant, il n'en

arpente pas mf»ius les vallées de la Sni>se et les musées

d'italif*; il va son pclit bruihomme de chemin, et ne

s'accorde le cifé ou la glace qu'aux grandes occasions.

11 ne dem.tnd'- jamais m la voiture va vile, mais combien

on paye; h.i suis^-es et les gardiens de monuments l'uni

vn hurrt ur: il fait un train du diable pour payer la note

j de son hôiel. cette note qui ne monte souvent qu'à cent

' francs pour quinze jours! Le touriste pauvre se couche

I sans bjiigic ; il aihete à peine des allumettes phosphori-

j ques.

I Le touriste ruiné a pris pour thème perpétuel de vous t^nln tenir de son luxe el de ses chevaux; il dit: il/a Urre </r... que j'ai rendue, mon cheval que fat donné, mon rha.<ftur que f ai mix hors de chez moi. Il écume au n«<m de <|uelque grand industriel en journaux ou en i'sphalle^ qui l'a ruiné; si ce HmIktI Macaire iivait Tauil :ce de se jn^onler dans le lieu où il passe sa saison déié, il l'en ferait sortir cl reprendre la poste incontinent ! Le l «uriste ruiné aÛVcle de mépriser les équipages à la mode, les fenimes et les lions qu'il rencontre : « La cou]ie de leur \oiluro est pilnyable, ils sont mis â faire nouIcv. r le Ctpiir, ce lion ressemble à un boîtier.» A ceux qui le conn.iissi nt moins, le louiisle ruiné aime à persuadiT qu'il fait des économies, ou bien qu'il voyage p.sr or.Ire de Maij diu. Le< débris de son ancien luxe l'oul >uivi; il conserve des épingles, des baguesotdes chaincs qui. s.>ns être de mode, ont du moins de la valeur. La niisanthropie qui le ronge lui fait demander dos nouvelles d ' ses amis de Paris qui branlent dans le manche, avec un empressement que rien n'ég^'^le : rannonc* d'une faillit.» ou d'un revers l épanoiiil. Il porte des éporons, mais il n*a plus de cheval; sa robe de chmibre. dans laquelle il se drape comme un llomain pour prendre le thé. conserve un parfum de grandeur et de fortune. C'est dans cette tunique flottaiile qu'il rêve le malin aux moyens de se refaire ; il n'y a qu'un manage qui puisse vraiment le sauver!

La mystérieuse allure du touriste politique s'accroît piuir r«'r.lin:iire de tous les brouilhirds du lélégr.ijihe el d'* la diplomatie. Li» louriNle politique choisit le plus souvent le monii'nl dune question difficile pour làler le pouK à l'esprit public dans un pays; il est mince et ficeb'COînmeunedé|.èche,ro|:ue comme un protocole, d'autres foi<sounjiset iusinuml comme un placet. Nel'interrog»'2 pas, il nes.iil rien, il ne vient ici que pour promener Sd femme ou délabrer son ennui de célibataire ; la nature a t.-inl du charme pour un honmie de cabinet ! I).puis le congres de Tteplitz. ou le j'ius infânic des pamphlets a o>:' travestir ^^a mission, il a renoncé au monde; si le mois dernier il était à Bade, c'est que Meyerbeer s'y promenait, et qu'il est l'ami de Meycrheer. Toutrfois, cl en déj'it des négations multip'.iéis du touriste politique, vous ne lardez pas à le voir aller chtz tous les Ru>ses sérieux qui tiennent leurs assises politiques dans le pays. Le matin, il vous a parlé, au s;.lon de conversation, avec une Vfsie de chasNe cl une badine; le soir, vous le re- Ipiuvez avec un habit bleu barbeau cl une mercerie de déeuraiions à h boutonnière. En public, il alfecte de ne lirt' aucun journal : chez lui, c'est un catnnet de lecture, cl il cûrre>poul chaque soir régulièrement avec la Ga-

zette d'Augsbourg. La rue des Capucines rrroil de lui de* lettres qui peuvent s'appeler vêrilalilemeut une cliroâique: il parle toutes les langues, el use des ganNj^oHs à faire frémir. Il voyage en grand ou en petit, suivant l* thermomètre des fonds secrets; il vous dit loujonrs: a Que se pa<se-l-il .' » ou encore : « Je ne >ai> rien, i Si l'on parle à table du vin de Johann isb^rg. le vis t: premier diplomate du monde, il feindra La dialractiif. car il évite jusqu'aux moindres confidences.

C'est un de nos seirét^ires Qui, cousu» do petits niy>l'TCS,

>'C VUUS pjrli'Itl qu'lULOL'IlltO.

Ces vers de Gresscl dépeignent assez bi»^n le toai politique. Il arrive cependant qu'il e^l (|uel {uero'.c ■: ministre disgracié, un héros sans |»orlefi*niIle. I; alors le triste voyage, si par malheur il u'i-st pas n^;:io.-ophel Le voyez-vous ouvrir avec rlTroi r!i.i>|ue f-^riqui vient de France, inti'rroger chai jii»^ visage deno'Hfîi venu! 11 demande son rappel aux arbres, aux chxhfr> aux vagues, il parcourt sans les voir el sans en;" • \ingt pays, qui n'ont d'autre charme pour lui quec:>.ï de varier à ses yeux le panorama du monde et IVit*:* à ses afllietions ministérielles. Le touriste poliîi|ne»5porte d'habitude avec lui plusieurs brochures et ua ar^ nal de cannes à pommes d*i»r ou d«» |>ipes. avi^ Ip^iio^l*^ il se f lit aux eaux de b in> ami^, dos l'ire? dé»i>j''-iav personne et à sa cause. Il affecte de n'aimer quelrfrrd«MUX ou le thé russe. S'ilommet l'énorme itt,'nJ'7:r' d'emmener sa f«*n»me avec lui, il no pourra gn-rïrtiLr les traci<:scries CMijugalrs, unis colle femme 3iie>«> f«rtine m.^rv.Mlle'isom..Mil; c'est p.ir elle qu'il iip{4K; mille secrol<, rlle fiit pour lui la police de son lhi*l<. La femme du ttiuri^te politique e^l pour ronifo^irc i»> I scz belle : c'est une gin perfide tendue fiarJuiiaii- [ plomales et aux hommes d'affaires de toutes 1rs p^ ; sauces. Le touriste poliii.pie est nécossnîremcnl un hoiB» j sérieux. 11 juge constamment moins par an-ilogii^qsffr contraste ; il vous dit : a Ku AngUterre. c*e<t bien »t» ment; en Russie, cela n'a pas lieu. elc. etc. » SaJ favorite est le nil admiraii, (ju'est-ce qui pourrûtfl! effet, étonner un homme qui a vu les léles les mim» ganîséosde TEuroj e? '

Place! place î voici le touriste joueur! Celui li, |« se faire voir, met le corps à travers la chaise de ptf qui le reconduit de Bade à Paris; celle chaise, il l'i^ gnée au trente et quirante. C'est un homme d'à itf mûr. le plus souvent aussi sec qu'un parchemin, eii» gre comme le râteau du cro'ipier. li s'inqoifle peu, f vousjurc, du f.imeux chapitre di* l'Auihenliqnctdpi* rum usa; de celui du Co e : de RiUgiosiseinmfiîkm, du Digeste au litre : Intrrdicimuf, et de tontes le» baies choses de saint Tyrille sur les jouennc. fl prise » lenjent peu la verdure les casc'd.ïs et ]c.< vaprais» chanté. s du pays.-ge. Ancien hribitué de Frascitî,ii assi>tc, à Paris, au dernier jour des jeux et de imM* H.Miazot, il a vu le dernier qu^irt d'heure de prAbikAi euiployès. il a rrru le dernier soupir du creps cl èt^ roulette. Aussi recherché qu'un dandy, o*! ausri oi* qu'un ^vatchman, il parcourt depuis ce temp^Nf» tre parties du monde, demandant A chaque paTvdebN de lui un CréMis. Ce n'est guère qa\i trois bfM* I apP's midi que le touriste joueur ouvre la paupieft,!' réveille en s'< criant : Aou^f gagne! J>n aï w «^ passait sa vie à étendre un petit tapis vert snr SM dL^ b.ittait les cartes el faisait le jeu â qui eotnit. U Biin

LE TOURISTE

souvent que le touriste joue en chemin la calèche qui ramène aux eaux; d*au(res fois il joue jusqu à sa montre et sa malle. Il joue en voiture, .1 joue à pied, il joue â cheval, mais c*est surtout à Bade ou à Vienne qu*il aime à jouer. Il trouve en ces lieux bon nombre dVHrangers, • il s'informe d'eux au débotté et les cote sur son cnrnet !de joueur. Comme il est assez rare que le touriste joueur ' n'ait pas subi quelques désagréments dans son pays, il ' respire à l'aise loin de ses pénates, et poursuit le cours ' de ses études a éaloircsavcc plus d'assurance en songeant au privilège de l'incognito. Pour mieux se déguiser, ce tonriste-lâ. qu*on devrait nommer le touriste floueuVy se fait appe cr le comte de Spa aux eaux de Bugnéres, et réciproquement le comte de Bagnéres aux eaux de Spa. Il se campe dans le meilleur hôtel, court au jeu, ne s'amuse pas â piquer la carte, et jette un billet de mille francs sur le lapis à son arrivée dans la maison de conversation. Deux jours sont à peine écoulés, qu'il sait le Dom des Russes, des Anglais, des aventuriers de tous pays qui s abattent aux eaux comme une nuée de sauterelles. Le touriste joueur ne manque jamais le dîner de table d liôte, c'est là qu'il ébauche des liaisons pour les jours de malheur, car, si la chance venait à tourner trop désagréablement pour lui, songez un peu à ce qu'il deviendrait dans une ville où les perdants ont toujours tort ! En homme prudent, il s'attache donc à faire des dupes, c'est au dessert que sa faconde éblouit. Il a fait des calcals approfondis sur la banque, il prédit la martingale, et dégotera la ferme û volonté. En arrivant au salon, il s'assied nonchalamment devant le tapis, puisant et repuisanl d.ins sa tabatière à portrait, qu'il dit tenir d'un prince régnant de la maison d'Allemagne. Le garçon de l'hôtel le maudit cordialement parce qu*il rentre toujours le dernier, et souvent avec des airs de Beverley qui lui figent le sang au cœur. Avare ou prodigue selon la chance, il se refuse le nécessaire ou se complaît dans des félicités de vingt minutes ; la carte de son diiier montera aujourd'hui d quatre francs, demain à un double louis.

Le touriste littéraire ne date pas d'aujourd'hui. Pour ne parler que de deux écrivains : de le Pays, sous Louis XIV, Bl du chevalier de Boufllers, sous Louis XV, ils furent 3e charmants touristes. Le premier a rédigé un voyage BD Angleterre, en Hollande et en Belgique, voyage qui est bien l'un des plus ingénieux et les plus gais qui se puissent lire; le second a crevé un bon nombre de cheraux à courir, avec sa boite à pistel et son fouet, après les marquises aussi agréables qu'Aline. Le dix-huitième ftiécle, plus que tous les autres, mit en circulation le touriste littéraire : le premier fut, sans contredit, le prince de Ligne. Mais, en ce beau temps d'esprit et de maocheltes, il faut observer que l'on faisait meilleur marché de son génie qu'à présent ; un livre de voyages Hait un recueil de lettres adressées d ses amis. A celte kicure. le tourisme littéraire est autre chose ; un tourisfe, |uand il découvre un pays, songe tout d'abord d se faire payer sa découverte par son libraire : tant pour l'Italie, tant pour l'Afrique, tant pour l'Espagne ou pour la Perse : tous les pays pour lui sont devenus matière d impôt ! ^rmé d'une écritoire à ressort, il écrit, sur le Monl-Cenis ou le Saint-Golhard. deux in-octavo d'impressions. Il pari escorté d'un seul domestique, comme lord Byron ; Ce fidus Acathes le suit partout avec des chaussons, dans les musées ou les bibliothèques, pour ne pas salir les parquets; avec des souliers ferrés sur le Mont-Blanc. Le touriste littéraire se fait un point d'élre mal mis, il a toujours l'air d'avoir versé la veille dans un précipice. Il emporte avec lui une masse d'albums et de souvenirs,

des autographes d'écrivains en vogiie, du tabac turc et une merveilleuse quantité dr cigares. Il écrit son nom sur tous les registres, et se fait annoncer dans le journal du département. AQn de mentir avec une sorte de vraisemblance, il se montre aux savants du pays ' lorsque le pays possède des savants) , il fait sonner très-haut le ministère de rinlérieur, et parle des missions littéraires avec un « nthousiasme d'initié. Comme on lui mont»»** ordinairement les manuscrits et les cathédrales, il en t bien vite une indigestion ; il lui Tint des rencontres pi s imprévues, le voilà d la rechorche des voleurs. Pai pitié ! un voleur, un simple voleur, pour que je Tîncrusle dans mes Mémoires î On l'adresse en Italie; mais par malheur il n'existe plus de brigands dans celte contrée, à moins que ce ne soit les ciceroni et les aubergistes. Le touriste littéraire n'en écrit pas moins sur son album :

«c A la hauteur de. . . . et comme le jour tombait, six contadini de mauvaise mine vinrent me demander la bourse ou la vie. Je les reconnus fort bien, car ils portaient tous le co:tume du second voleur, l'ami du chef, dans Zampa. »

Le moment d'une éruption au Vésuve ^ et il y en a perpétuellement comme on sait) est le plus beau moment de la vie du touriste lillèraire.

a II était minuit, Nnples entière sommeillait. J'ai vu la flamme de .«^i près, que ma moustache droite a été brûlée. Je redescends du Vésuve rempli de ses brûlantes émotions. »

Le touriste littéraire est en correspondance avec les premiers journaux de Londres et de Paris. Il ne manque jamais de dédier un livre d Sa .Majesté l'empereur de toutes les Bussies, qui en retour lui envoie de fort beaux boutons en turquoise, si ce n'est en damants ; il est comme tous les chanceliers du monde, Il parle vingt idiomes et on le bourre de thé dans les soirées. Qiiand.il lit, d la cheminée d'un salon, une page de ses excur ions nouvelles, c'est d qui se récriera : jamais il ne lit trop ! Eùt-on même voyagé avec cet homme, on parcourt un pays neuf en l'écoutant. C'est que le touriste littéraire donne son vernis d ch ique endroit, il le poétise, il en fait un nouvel être ! Vous pensiez jusqu'ici que Venise était une belle et noble étude, une ville intéressante; erreur ! détrompez-vous, c'est une coquille de noix sur la mer, un perpétuel bain de pieds. Le même touriste a découvert que lord Byron a composé Uon Ju.-in d coups de verres do rhum, et que Goëllio n'a jamais porté de nankin. Il vous entielicnt gravement du bruit que fera son livre. Y a-l-il un recoin qu'il n'ait visité, une pierre qu'il n'ait point vue ?

— El le Pyrée a pari aussi

A l'honneur He voire présence?

— Tous les jours, il esi mon ami; C'est une vicilie connaissance.

Le touriste littéraire se trompe, hélas ! quelquefois aussi cruellement que le magot de La Fontaine. Il lui arrive d'accoupler des noms et des choses impossibles; il croit, par exemple, que « Slenio se promenait i cheval un matin sur la place de Saint-Marc, n quand il est avéré que les chevaux do bronze de Venise sont encore les seuls coursiers que Venise po>sède et puisse voir ; ceux de Byron habitaient, on le sait, la pointe du Lido. Grdce d l'importance que prend chaque jour l'ennui, le touriste littéraire est du reste admis comme cootre»poids dans tous les cercles. 11 fait des vers aux dames, et donne des pralines au chien ; ou a peur de son livre futur, on le clioie, on le caresse. Les femmes de quarante ans

LE TOURISTE

principalement lai font mille agaceries ; elles tremblent de Kf foir consignées par lui dans son chapitre des Rui' «M. Le touriste littéraire mange et boit au reste comme s'il n'était aucunement dieu on demi-dieu ; il est d'habitude flnqué d'un ami ou d'un séide qui s'amourache de sa gloire et lui déterre un chapitre piquant pour chaque jour.

Ce' ami du touriste littéraire demande à être dépeint.

Jei ic homme incompris dans sa petite ville, auteur d un % tlume de vers inédiu, et méprisant son pays natal, il est abhorré de tous les gens de son endroit. L'arrivée du touriste littéraire sera pour lui l'aurore d'une réliabililation attendue, prévenue par un télégraphe ou une correspondance quelconque, il se tient pensif et les bras croisés devant l'hôtel où doit descendre le g» and komme, c'est lui qui le premier l'étnint sous la porte cochére et le nomme mon cher maître. 11 a grand soin d'avoir chez lui toutes ses éditions de Belgique rassemblées sur une taSilelle ; c'est li son trésor, son ba* gage consolateur, il cite au touriste littéraire le nobiscum percgrinantur et ruiticantur de Cicéron. « Que venez vous (aire ici, bon Dieu ! reprend- il ensuite avec un air sérieux et mélancolique. Vous ignorez, mon cher maître, C4- que c'est que ce pays, des embûches et des trahisons à chaque pas ! Que je remercie le ciel de n'être point encore parti pour Paris, je vais donc pouvoir vous piloter, vous initier à ce qu'ils appellent des merveilles! Pour moi, je ne trouve que le café Anglais et l'Opéra de véritab.emeut merveilleux a|ires vous, notre merveille liitêraire ! Je ne veux plus vous quitter, je veux être vitre guide, nous dînerons ensemble tous les jours. Déliez vous surtout de messieurs tels ou tels, ils sont ennemis nés de votre talent. Je vous donnerai des notes excrllenies, je vous sacriGe tout ce que j'ai pu rassembler ! •

L'ami revient le lendemain muni d'une foule d'opusculex et de notices. Ce touriste littéraire est enchanté de trouver ainsi sa besogne toute faite ; il s'inquiète peu de la partialité ou de l'ignorance de cePylade improvisé. Le . ylade dîne aux frai> de son cher maître: il demande pour lui les meiilenr> vins, il le gratifie é table des noms le^ plus |K>mpeux, des éloges les plus extravagants. Lorsque le touriste littéraire s'* st couché, après avoir ceint son (iront de poète du pacifique bonnet de

colon, il est loal i coup réveillé par ane mmvUfÊit i nale qui ferait croire à une levée de chandroM < pincettes contre on nouveau dépoté. C*esl Teabade gée que lui impose son ami. il se toU daiu la née de paraître en casqne à mèche i aa feoMre, et et une allocution poétique i quelques imprimevt ca siastes ou payés.

De retour dans ses foyers, le touriale fitlérak manque pas d'écrire au moins quatre pages éas livre ou dans une revue sur cette biiarre ovalioa. dételé sa voiture (notes que la scène se passait é k tre de sa chambre à couchen, od Ta enivré de ti Champagne et de flots d'harmonie (c'était noelûte cornet à piston du petit thé.1lre de...). Sic iimrmé s Mais il faut bien que le libraire da grand homme du moins é sa gloire !

11 me reste à dire un mot du plus inirifique d'eali touristes, le touriste qui n'a pas m. Le docteur I phius prétend que, dans l'extase, le rére ou l'ivr certaines images se gravent si avant dans notre crr qu'elles finiNseut par y incruster à la longue un m réel, une sorte d'atlas dont nous pouToos épeki pages. Le touriste qui n'a pas vu, mais qui ne voui trelient pas moins avec assurance de monuments i contrées qui existent, est la preuve viTante de a rieux phénomène. 11 devine un lac par lolaition. montagne par instinct. Laissez-le Oiire, et il vous îl loppcra le plan de Waterloo ou des Pyramides, i doit être ainsi, dit le touri>te qui o'a pas tu; et if i cite tel auteur, car, si cet homme o'a |ias tu, il a la j digieusement. Ce n'est pas qu'on ne Tait cm Mes s vent dans l'Inde ou 1 Afrique, mais il étiit easiai Pa^sy ou aux Batignolles.

11 résulte de tout ce que nous venons de dire qae d que touriste importe partout ses habitudes et sa Isa le mot de touriste implique l'égoîsme proprwwat i Pour un touriste aimable, vingt ennujeax. c*eft b n% Nais, dans cette lanterne magique qii*on Bamat monde, il existera par bonheur de si adrairaUes «■ que les hommes représentés sur le devant aveclacfai .,ue manteau de voyag**. si laids et si jprntriiqnmf pinceau du badigftfinneur l^^s ait Ciits, dlKpanisMritl vant le ravissant aspect des monts et la nieuse du paysage.

L'INVALIDE

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