A. LORENTZ ET Ê. DE LA BÉDOLLIERRE
6 montai il y a quelques fours en voilure à trois heures et demie pour aller visiter FHôtel des Invalides; j'ignorais que les portes de cet établissement fussent fermées aux curieux à quatre heures __ précises.
L ^^pîî||'^^^^^fe^ ^^ Honteux d'avoir fait inl --^"^^^-i^^^^^'^F^. * utilement le voyage du Cfaros - Caillou , j'entrai dans un des cafés de TEsplaaade pour y attendre l'arrivée d'un fiacre qui me reconluisît à mes pénales. J'avais trouvé au premier une petite salle isolée ayant vue sur rHôlel ; on venait de me servir une limonade gnzeuse. quand j'entendis, é travers k cloison de mon cabinet parliculier, une conversation fui m'intéressa vivement. Les voix parlaient du grand lilon, el je ne tardai pas à quitter ma solitude pour aller tt'inslaller indiscrètement auprès de deux ouvriers assis fcce à face, et ayant devant eux une bouteille de vin et me livraison des Français, Ce dernier fait acheva d'exeiter ma curiosité, et je (jrétai attentivement l'oreille inx paroles suivantes :
c Pourquoi es-tu venu si tard? Je ne peux plus te hire entrer aux Invalides; la consigne est donnée : on 06 passe plus. 11 n'y a pas à dire : Mon bel ami... Faut y renoncer pour aujourd'hui. C'est dommage; car je
Eux me vanter que pas un cadet de Paris et de la banque ne connaît son Hôtel comme ton serviteur Colopeau. Garçon ! une dame-jeanne imbute de vignoble pour Beims et Sedan.., Ah! ah! ah! ce serin de garçon ne Comprend nullement. Allons, vivement! du blanc à un hinc.
— Comme tu te lances !
— Non pas, non pas... tu payeras celle-ci; je payerai
la subséquente, s'il y a lieo : TrinquoDi à Rini, à la Nini de mon cœur ! Es-tu un bon, toi?
— Oui, je suis un bon. * !;> •
— Un chouetU, là, un vrai? -, o(**'*'^^ *..
— Certainement.
— Touche là. Je te confie mes projets. Tu sais que ton ami est président de la société lyrique des amis des Trols-Couleurs, chantante et dansante, les dimanches et les lundis, an père Gigot, marchand de vins traiteur, au Grand -Vainqueur, barrière Mont-Parnasse, boulevard extérieur : gaieté, franchise, honneur aux visiteurs, hommage aux dames... Tout ça rédigé par moi... Alors que je suis son plus soigné d'auteur à la société, et que je lui colloque des romances un peu chicardes... Eh bien, mon ami, puisque lu es un bon, je vais te confier mes œuvres posthumes avant la fin de mes jours... et que tu auras le droit de les imprimer dans tes moments perdus...
— Oui, mais je ne suis pas compositeur, je ne suis qu'imprimeur.
— Moi, je suis compositeur, et pas du tout imprimeur. Voilà pourquoi je ne fais pas connaître mes esproduclions lyriques; sans cela, je ferais en ce moment une drôle de niche à la publication des Français peints par eux-mêmes^ que mon amour national de citoyen et de tambour m'ont dicté de prendre un abonnement... Je te lui en flanquerais de ces types à ton monsieur Curmer, qui ne fait que des types de comme il faut, qui n'ont jamais pu d'exister... Je lui ferais le souU^d, le braillard, l'argolier, le dècrotleur, l'équarrisseur. le tripier, le récureur d*égouts,le Limousin, ou l'étudiant de la Grève, le limonadier à deux liards le verre, le marchand de pommes de terre frites dans l'eau, la Compagnie hollandaise avec son bouillon de vieux os. l'allumeur de réverbères, le jeune premier des Funambules, le ténor de Lazari, le traître de madame Saqui, U
l'iiris. iiii,*. ue i^uu.ittja iiioT, lue ^ami-Louis, 46.
L'INVALIDE
toiiriciére de la Halle, le monrhard le Torçat libéré, le fi on imperméable, lecaroUier, le tambour. TiD alide... et puis une masse d*autres quoi... Mais c*est ça des types, el des rupifu... C\*sl |»as comuie IVludianl en droit. VlÂ-t-y pas... c'est-y malin Tétudianl en droit' Ça dfnienre faubourg Saint -Gormain. voilà! .. La grisetle. c*e>t connu comme chou blanr. Qu*ils y viennoiit donc un peu cos malin.s-lé, U*>nri Monnîer. J. Janin, Go* varni !... Oh donc* je vas vous tambouriner le cuir uo peiit peu. moi fanfan La Blainie, le roi, le triomphateur dfs chanteurs el des gobichoneurs. . Si je le connaissais S' u cnienl de le voir, ton Curmer, j*irais le lui donner tout C( la, moi; et je lui dirais : Voilà... je ne vous demande rien... Je fais la réputation de votre livre; c'est bien .. Je vous obliîre; vous m'avez de la reconnaissance : descendons prendre une bouteille, payez... et quaud vous en voudrez de récriture, venez me trouver... I) ailleurs, lu vas jv^er de la façon donl je suis susceptible de te faire le portrait «'>crit du (tremier venu. Et jii te vas fnire voir riuvalide, que je t*avais apporté exprès pour te lire après noire visile, et rédi.ué par ton serviteur Colopeau , peiutre en bâtiments de son état et lyrique dans ses loisirs. Voil.î. Fais monter une bouteille, el je te promène sans nous déranger par tous les Invalides, que tu as venu trop tard pour les visiter... Hulà ! garçon, du même! »
La bouteille venue, le peintre en avala une rasade, se passa et repassa la langue sur les genrives, fît diamant sur longle, s'essuya les If^vres, et t ntr.i C4»rps et hnv dan^ le rôle dVateur. L*audileur était haletant d'amitié, de joie et d intérêt.
c D'jbord, sais-tu de quand que les Invalides sont inventés? Non... tu ne le sais pas. . Eh bien! c'est d'après les Enf.nts-Trouvés, di'UX chowttes inventions qui s<uit conUmpor aires,,, El l'on pf ui dire mctaphosphoriqurment que le grand Louis XIV est le <:aint Vincent de Paul des vieux troubadours de l'armée frauçaise; holà, et d'un!... Pourtant qu il faut être juste, et que Henri IV (iiui n'était pas manchot) en a eu la premiéie idée ; et de deux !... Et je connais un peu tout re que je dis. . je suis le fîls d'une jambe de bois... Dans ce temp^, Uniis XIV dit à un nommé Libéral Bvufint, un architèque : « Tu vas me faire un plan > oigne et bien entendu, pour faire demeurrtous les estropiés militaires de mon armée... Mais je veux quelque chos'- de bit n ' je n- regard rai pas à quelques pièces de cent m)u> de plus ou de moins : tu sais que je ne suis pas uu vieux ladre. — Connu .. » lui répond Varcfi'tcque; et de suite il lui flmque c*te maison que tu vtiis là |ar la fenêtre... IHg*f.\in)\ ça; regarac-moi uu peu cv chique (\\\q ça a.. On en fait plus des bâtiments comme ça; le moule est casé!...
m Afires. I ouïs XIV dit â un autre arrangeur de pierres : ff Tu vas avoir l'amiiié d<} me f;.ire une église :rvec un dôme tout en or ~ Bon. que répond le nommé Mans rd, je vas vous exécuter une métropole un peu iaptidans U nœud, * Et voilà ce chel-d œuvre que lu peux le voir encore |»ar celte fmêire... .Alors tons les esculp Uurt ^\ Ia« peintres en bMiments el antres du temps sont v«*nus y faire un ouvrage d'enragé.. Aprè>; eela. le co»|umnt d'amour et de gloire, Umis XIV, roi de Fraure et de >avarre, fit un test.ment, au moment de iaKser Tanne à gauche... Attends .. attends... «|Uc je m'en rnppelle de ces paroles mémorables. . que je b s ai apprises êlrnt jeune à l'école des Invalides... mi que j'ai r*ié tambour. Ah! Yotlà... « Outre le»» ditl'éniiis étoblisM*nicutb que nous avons faits «Jurant la loi.gueur de iMrtre regue, il ne c'en s'e^t pas de plus utile
à rÉtat que l'Esplanade des laTallde*. Il est biea Xfâ que les soldaU qui sont tués a U giierr** aient la ne»* pense de leurs longs services afin qu'ils soient bm d'état de travailler et de gagner leur vie... \jt% caponi et les sous-officiers y trouvent une table an p^/ka batdê,,. Et nous prions an peu le Daiiiiliiu d'nài^ne qu'il faut avoir soin de rétAblkReiB«*nt aiusi que qwm cesseurs. ^ous sommes persuadé d*avaiiee qu'ils sens enchantés de nous être agréables* .. 9
c Plus tard régna le Louis XV, surnommé le K» Aim/s un petit-fils de Louis XIV, un gmnd feignint^ dépensait toute l'argent da pauvre peuplt^ avec des k* le^.ses excessivement saint-simouieniieft. Ce grand e» crrifTc se fichait pas mal des extrêmes paroles de «2 grand -papa. Il oublia les services de se.<« vieux hn<s pour récompenser les services de ses our'n,,, }àM\i. « tôt ou tard le crime e.st bien puni. Pit'rroux. voi»-li Ft la Révolution e>t vrnue détruire Louis XVI, povi peine que son précédent s'était comluil comme un luâtant de la mer. que la politesse m'évite de nonuMr^ Enfin, mon ami. ce grand noceur de Louis XV avait n la vilainie de faire badigeonner en j«iuue ledôniflM éblouissant ((ue tu as l.i suus tes simples yeux .. St^poque-là :a maison était tenue comme quatre !iML. Heureusement la 95 est arrivt'>e!... Mni> on éiiit trq occupé dans ce moment-là pour penser au\ Innlijp... Il se démoli.ssait plus d'hommes à la frouti-^re et are' trangcr que je n'ai de cheveux sur la tête... A oh de quoi que le père rr.mfiereur sortit de son coosaki pour entrer dans Vimpérialisation, Alors le gnnd p^ca homme ren 'it aux Invalides son éclat créntîf... Il a (ai redor*'r le dôme, et puis (ça c'était son état il a fait nv hier léglise des drapeaux pris à l'ennemi pvk faJcv de .von Ex... et en même temps il envoya as k^tineat de re.<)ilanade le trop-plein de la rhauiiiêrê de la ciir«K Vendôme... Bon. voilà les Invalides un peu wlilaiR* ment et sanitairement installés.. Le plat d'argeatcr cule daus riiôpital comme sur la table de fl:i|olcaihh même... Les cuiMues ont des batteries charjeétti» traille. qui vomi.<«sent tous les jours un tas de MHJHto légumineux.n ndineux, farineux, savoureux, etc., *. et une multitude de donceurs... L'invalide p ut ca» vaut avec sa moitié, se consoler de celle de soaaip qu il a perdue... Ou met le» enfants en pensif* m frais du gouverneni' nt.... et tout va pour le mieoi,àh rond tion que l'tm monte sa garde chacun sontiwr. 1 que Ton aime et respecte son eommandont de place, fî est tant soit peu maréchal de France... ht puis Umh agréments po>sibles, jeu de quilles, jeu déboules jnà >iam, jeu di' tonneau, tons les jeux, quoi? El ée^ une soignée b<bl olheque, et dedans le |iortrait de !Cay» h'H)» Bonaparte... que ça me rap|elle une chute qi'A m*a fait jolim>'nt pleurer... T aurais vu ç.i que t'aaà pleuré dussi. Eu v*lù des hommes, et do» vraîa ceuà!
> Nouft croyons devoir nHablir le véritible texte c l/iticriMueiil aitôn* par noire aini ('.oIo}hï. u.
i VaiIvv Urs d'nercnt> étulilissf meuis que nou< avons Usa» (tant K: C0U1-» «II* noire rô}:iio. il n'y » n a point qui «nI atairth À ri^iat qut' celui «le /liôlol ruyal de:» liivatideit. Il ert L».bA que les >(H*l.il8 i|iii, par les blc^siirut qu'ils uiil nx"» * b uu rre. ou pur k>ui> lou}(s senricus el leur i;:e. tiiflit baf»#M •I.- inv:iiUer cl de g.igiier leur vie. «letil uii«* subsistaMisi» nV (lour le n>8te du ieunt lonrs. riu-i>>urs 01 liciers qui ^Hd^ nues •le> liicio de Is lo*luuc y trouvent au^si une rcliMM ^ uur.ittle. Tonte» tories de motifs duiveiil engager l« lUaftl •t lou.t nos ourrrsM'ur« à soutenir cet éuidissenicat H àte» coniiT une protêt liuu |Mrtiiunère. ficus tes j eibuituM i^éI qiiM est eu uuiru pouvoir, s
L'INVALIDE
Cest ça des d^vouèi et des dans qui on pent se fier... Un tieux là. an TÎeux bon. un vieux vieux, un vénérable, des eheveux blancs, presque pins... pas de soufOe, les yeux en Tair pour re<;arder le ciel ou y doit être... A peine s'y peul parler... On s^empresse, on fait silence... y va mourir... Mais avant y vent un bonheur, ce pauvre soldat, y veut voir son empereur... C'est pas commode. il est à Sainte-B'léne... C'est loin, et c'est expressément défendu d*y aller .. D'ailleurs l'vienx n*a pas le temps, y va passer tout à l'heure.. . Oh ! In. c'est lui qu'a l'idée... lui qu'est malade... les bien portants ne pensent à nen... c Devant le porirnil de mon tlmpereur... » On le porte... ah! ça me fend le ctpur, quoi : ce ppuvre brave homme... y sourit... y pleure... y suff«M|ue... tout le inonde gémit... Il est nn peu plus tranquille, ses yeux sont séchés... y n'y avait plus ni larmes ni hnile dans la lampe... Eteint Dieu de Dieu, j'en pleure encore et toi aussi... Allons, trinquons à sa ménidire... A la santé dts amis Odêl s .. Ah ! ça me remet... J'aime décidément mieux arroser mou estoniac que mes joues .. tl il s'essuya l'œil.) Encore un petit coup... La bouteille est â aee... Garçon, du même!... •
L*ou^rier tira de sa poche des petits bonshommes dessinés sur carton, et découpêg ; alors je m'avançai et demandai au peintre vitrier la p rmisNiun de me mêler à sa conversation eu lui ei|diqn.'<nt le but de ma présence dans le quartier du Gros-Caillou 11 janit llattc de l'emp^ ssement que je portais à être sou auditeur, et il commença ainsi :
La valeur n'attend pas le nombre «'es années... Qui tert bien ton péjn n'a pus In'^oIu il'aicux.. Le premier qui fut nu Tut um aoldil heun'ux... A vaincre sans péril un iriuuiph« sans gloire..,
€ La valeur, etc., . Voilà quelque chose qui est un peu vrai de par rapport à ces vieux hihards d'invalides qu'il a bien fallu qu'il n'ait pas d'attendu le nombre des années pour venir glorieusement élire ch..u[ré8, nouiris, logés aux frais du gouvern meut.
c Qui sert etc .. Qu'il u'n |»as de besoin d'ateux que celle-ci de rerse est encore fort juste.. On n'a pas besoin d'aieux pour é re invalide... Un esi asiet Agé pour être .son aïeul â soi-même...
€ Le premn qui,,. Ceci est de pins en plus juste, car 00 voit parf.iitenieiit que les inviiliiies ne sont pas rois des Français. Ce qui s'exp i pie ai>ênient par la chuNC que le premier ni h é é un premier soldat, mais que depuis ce temps y ayant eu pas m A de s dd.its et tres-peu de rois, il n'est pas éio..tiaiit que l'invalide ne soit pas roi de France. Ce qui ne (jri>e | ourlant pas l'invalide d'avoir été un sold.it parfailemeni keurrux etd'avoir cuit dans son jus sous |.^ beau s >|i'il de l'fcj^pte, pour npr»»8 Tenir s'oITraichir. dans la Riissi* , d'une foule de glaces mieux faites, ma s moins bonnes qu'au café des Aveu gles...
€ A vaincre, etc... Voilà re qui fait que nos vieux éclop |»és, I fj/mi/e.^, esquintés^ erhi«iiiés de gro.'iiards, .se sont cou ver t.N et .^recouvreront per) cliielennMilde gloire sur toute la ligne, car leur Iriomi be a toujours été accompagné de gr.iuds |iérils Kl là-dessus... j'estime et j'honore le celui que je ne connais pas, mais qui est nu peu moutëfux dans sa façon de |M*user les renés à l'égard du m liiaire... et que moi aussi j'en ferai destvraea sur le militaire, que la première sera sur l'invalide, mais que il faut le couiiaiire comme je le C4Uinais pour loi en parler... a Alors, je le priai de commencer... H
calma on peu son enthousiasme, reprit haleine, et me fit voir ses bonshommes.
— « Voilà, monsieur, ce qui vous représente un petit garçon qui a un tambour que il le tambourine... 11 a une uniforme qui est celle des lapins des invalides.... C'est les enfants des estropiés de l'endroit qui font partie du p» tit état-major de l'Hôtel... Je vous en parle savamment, puisque j'ai un peu roulé la diane dans le bâtiment de Louis XIV.
— c Ce que vous voyez après, les jambes crochues et le dos rond, un uniforme et un bonnet de colon, c'est le cap'tral. d'inspection qui se rend à ses fonctions.
— «Quel fst de ce remue-ménage? quel est de ce tapage? Ah î c'est l'heure du déjeuner... Méli-méla général des vieilles machin< s humaines qui marchent aussi bravement i la table qu'autrefois elles marchaient au feu...
— c Qu'est-ce que je vois là-bns, dans une brouette â perfection? Ah ! c'est un glorieux de l'Ex... ! qui a perdu les deux jambes et les deux bras. Il jouit parfaitemePt ^ de son tronçon... Qu'apercevois-j<» à ses oîlés? Une jolie petite demoiselle quVlle a l'œil doux comme un velours et les manières d'une perruche... Ah! elle le vient de le faire bûre, le tronçon... Y a des eaneatk' nonlf qui disent que c'est sa tille. C'est vrai, enfoncée 1 antrv de l'ancii nne qui nourrissait de son sein son papa comme un moutard. Notre petite invalide est bien plus
L'INVALIDE
forte, eHe Dourrit son papa de Tin, son lunocence ne lui permettant pas de rallaiter....
— c Que revois je, grand Dieu ! qu'apereerevoiS'je.... le triomphe de la chirurgie... Tinvalide à la lèle d'argent I c'est le fameux grenadier qui venait d'avoir la tète emportée par un boulet de canon, au moment où il re- % merciait son empereur qui lui donnait la croix de la Légion d*honneur, pour un trait de rouraRe et de valeur.
On a fait une quête en sa faveur au bénéfice des Polo- » nais, et voilà pourquoi que ses moyens lui permettent de se caler sur les épaules une tète d'argent si horriblement chère.
— c (Ju'est-ce qu'il a donc celui-ci qui court comme un ahuri de Chaillot... Où allez-vous, monsieur l'abbé, vous allex vous casser le nez... Quelle bêtise ! ce guerrier n'en a plus de nez.... 11 vient se cacher dans sa chambre pour se dérober à l'inspeclion ( prétexte de maladie). Il tremble pour les informations à Tégard de son nez, il vient de le mettre au Monl-de-Piété.
— c Ah ' mon Dieu ! séparez-les, séparez-les.... ils se sont b«ittus à mort... ils viennent de se disputer, ils ont raison tous les deux... C'est relui qui n'a pas de bras qu'a donné un souiflct à l'autre qui n'a pas de jambes, parce que celui ci y avait donné un crrand coup de boite dans un des endroits du premier invalide qui n'était pas en argent...
— « Ah ! voici la sentinelle qui a une lance à la main... Non pas! non pas!... la Innce est tenue par un crochet de Ter qui lui tienl lieu de toutes les phalanges de l'humanité...
— c Attention ! un nouveau tablera : en void ^ que sans bras qui ne sont pas manchoU pour ce est de se bourrer la pipe â eaz*inèmet. Y a la qui tient le briquet, et l'autre du Toisio qui tia
pierre...
— « Ah ! en voici un qui est bien embamssê; 3 ; chait à la ligne au bord de l'eau, et il avait retiré jambes de bois qui s'en vont sur U rlTiére cobbi jolis petits bateaux. Heureusement voici un euvi qui vient de laver son mouchoir â tabac sans en poèt
et qui rattrape les jambes de son ami arec sa i d'autant plus aisément qu'il sétail établi dans une vieille toue à écorcher...
— c Par où donc que vont ceux-lé» arec levs m chettes d'écrivains publics.... pour pas se sifir!-. comme y sont en bon ordre ! Ah ! y vont tirer lei hm canons qui sont dessus les bords des fossés de fflili* <"est fête... fête militaire. Si vous savies comBe viri joyeux d'entendre les bruits de cette canonnade ! CJi ni sur leur physionom'e les souvenirs belliqneu éutm blements de l'Empire... Derrière les rafomiiin, 0 j< d'autres invalides qui font tout plein de wornés mar iia ble avec leur canne...
- « On a fini de tirer le canon... On lait b lie ^ tie de boules et de quilles.. . Ah ! mon IKeo. ée Ota-
de Dieu !.. en v'ià un sur l'dof. .. tiens^ y rit i
L'INVALIDE
bossu... quoi qu*y dit?... C'est la boule qui s*est trompée de quilles... ah ! ah ! ah !... y rit toujours...
— (( Allons, en ?'là encore un sans bras qu'a la manie de se les croiser sur la poitrine pour ressembler à son empereur. '
— c La nuit, en v'ii un qui va se coucher... Il met
sur son nez une chenue paire de lunettes â un seul
* verre... Ah ! il relit les Moniteurs de la Grande Armée.
Il parait qu*il aurait une superbe envie de dormir; il
bâille et se détîre les bras et les jambes comme si qu*il en avait.... 11 pose la tête de dessus son traversin.... . Tiens, il oublie d'éteindre sa lumière... Qu*est ce qu'il * fait là, il se gratte le nez... Non, y retire ses lunettes. Oh! en v'ià une soignée!,., il vient de mettre son net sur la chandelle.... Un éteignoir d'argent : plus que ça de genre ! . . . V'ià qui dort I . . . Boniioîr. . .
— « Et celui-là, où qui va donc? Ah ! il est aveugle et y marche comme un éclairé. Ce que c'est que Thabi* tude! y régale les camarades... Il est donc plus riche qu'eux... Eh ! oui, puisqu'il n'a pas besoin de sa ration de chandelles, il la fond en petits verres...
— « De quoi, de quoi ! qu'est-ce que c'est? où qui va avec son briquet œ manchot-lâ ? Tiens, y sort de l'fiôtel... Ah ! il est de garde au coin du feu dans une guérite de parterre... En v'ià pour sa nuit dans les démolitions : y s'y connaît un peu i cet état-là, lui qu'a été démoli toute sa vie... Tiens, y vient de rencontrer un autre manchot, son intime, son bras droit... qui lui est toujours d'un fameux conseil pour la consomption de l'omelette. . . mais les coufseilleurs sont pas le^peiÙieurs. . . Y s'disent adieu, que chance I A eux deux y z'ont juste ce qui leur faut de bras pour se serrer la main... Où qui
LlIfVALIDB.
Ta, celni-ci ? Ah î y va inspecter Fimpôt des soas da ponl de riiiiiversitê...
j — «f Ah î -.'là le |HMe la J«»ie : y joue d la marelle avec des iîioiit.''nl-<, il nst à clnrhe-pied, sa jambe de bois sous In iipâliô du brastiui lui reste...
« En v'Iâ, j'c^p^Ve »îos soîîjuôs <rabimés, qni ne sont pas si fciprnnnts (|ue de^ tout «'Uliers ... Honneur au courage mnlheureux, respect aux braves... J'vas battre aux cliamps pour les vieux rrsto de rarnice française. Oh ! là,N 1 ni, cVst uni. Passe moi ma recette, une goutte et une croûte... Salut la société!... Merci du pourboire... »
Les images et les explications de Colopeau lui valurent les chaleureux applaudissements d<* son compagnon, et j'y joigniN volontiers les miens Cet échantillon populaire de style dorriptif m'avait vivement intiTessé. et avait redoublé le désir (jue j'éprouvais de voir de prés les invalides et leur demeure. Alais des circonstances imprévues m*ayant éloigné de Paris peu de jours après, j'adressai i mon ami Ë. de In Bédollierre un compte rendu de ma promenade, en lui recommandant de me communiquer les diHails qu'il pourrait r('*unir sur Fobjet qui m'occupait; il me répondit en ces termes:
Mon cher Lorentz,
J*ai fisité plusieurs fois l'hôtel dont vous n'avex pu franchir le seuil, et je vou< envoie le résultat de mes investigations. Que ne puisje, en vous le présentant, emprunter é votre peintre en b.ltiments sa verve et sa gaii té ' Miiis, comme tous les artistes ne voient et ne reproduisent pas la nature sous \e^ mêmes couleurs, tous les observateurs n'envisagent pas les objets d'une manière identi(|ae. Eb laisisstnt le côté plaisant du ^ujet, vous ne m'avcs guère laissé que le rôle d'Uertclite; c'est triste.
Vous connaisses Textérienr de Tllôtel deic Invalides, il est inuti.e de vous le décrire. Von.s avei été ih\ sans doute de la m.jesté de cet <*difirp, qui reotermec population égale à celle de la majorité de nos peti vules. Ce n*est pfen le parroiirnnt en tous sens, eo ranl de cours eu our^; et de jardins en iardins, en n tant d'étages en «'tages. qu'on |ieut se former aoe k exacte de ce bltiment colossal. Il reNsemlile anx pal créés par le pinceau de Martin, et dont les profils i menses se perdent dans un immense horizon.
Les nombreux visiteurs des Inv.-ilides n'emporteot leur excursion que des notion<i vaîi^ues et confuses, guide les reçoit â la grille; après avoir admiré Kur bord des fos^^és les pit>ces de canon conquises par i armées, ils entrent dans la cour royale, gr><nd carré < virouné de deux -'tages de galeries. Ils sont iulrodi dans les cuisines, où on leur montre de < mnrmites gé.-iol dont les deux principales contiennent ch.icune six en kilogrammes de bœuf. Puis ils exainiiiont réglisi* ai sa nef étriquée, son dôme imité He celui de Saint-Pifi de Rome, et surtout ses vo 'tes frangées de drapHnaxc levés à toutes 1rs nations. Eu sortant. ÎN n ont rien « Ils connaissent le corps et non TAme qui .e vivifie; ont parcouru la maiNon, sans être ^\i fait des mœurs usages d»*s loTalaires; on leur a montré une carapa< en leur disint : « «!cci est une tortue. »
J*ai i.roo'dé «ntrenïf^nl: eNt-ce avec succès? voas < jugerez. L'on m'avait adressé .. M. Tell#>r. véi*mble i valide de quatre-vingt un ans, dont Henri «loniti^rast debnuMit rt'proilnit les traits. En arrivant dans ta cour rilôli I. je vis ve découper sur le mur un vieillard eiMirb assez semblable de loin «i une virgule peinte eo bica ^> une enseigne Je l'aiiordai, le chapeau à la maio^etl demandai s'il connaissait .H. Teller.
tt Plaii-il. monsieur ?
— Monsieur leller, ex-trompctte-major du régUMÉté Dauphin.
— Je ne vuus entends pas, monsieur »
Je répétai ma phrase en grossissant ma voix.
c Je ne vous entends pas, m )nsieiir. »
En elTet. je m*étais adressé à un interlocqtenrlHHI ble de me répondre. Une blessure Pavait privé dectsa dont certain^ orateurs nous font si cruellement cudvi possession. Il mVxpliqua comment, depuis la batril^^ Friedl.md. il avait Toreiile un peu dure, façon chU mique d'établir qiiMI était parraitement sourd. Jcn*db gnai donc, et pénétrai dans un labyrinthe i remarquant chemin faisant que tous portaient 4 de villes, et lisant sur des murs en lettres ■^
COnRIHOB DC IIaVBR. CORRIDOH DK PERPlG>A7(,«OaBIM
PLEUR, etc. Sans chercher à me rendre eomaÊB dt éi d 'nominations géographiques, je poursuivis wi «an aventureuse, et parvins à un chaufToir où fwHui Mi façon. Le lieu était sombre, l'atmosphère cluwla^ld peu embaumé. Au bruit qui se faisait je comprit ^A parlait bitailleet qu'on visait é l'onomatopée, ie m^ prorhai d'une table, autour de laquelle plusievs iaift lides jouaient aux dominos.
ff Monsieur, dis-je à l'un des joueurs, poanies 1— m'indiquer M. Teller, ex-trompette-major da des dragons Dauphin ?
— c Plaît-il, monsieur? i Je réitérai ma question et cette fois ]e ftit < c Je ne le connais pas, monsieur. Il faut voos ;
au bureau du mouvement.
— Auriet-vous la bonté de m*y coodaire? •
Le joueur de dominos leva vers moi la léle avae wm^ vise ; il était aveugle. J'éuis au milieu d*av
dragon
LINVALH)!.
remplaçant par le tnncher Torgane absent. fai<AÎenl des parties de dominos, et même de cartes, avec une iDConcevable dextôrité.
Je me relirai à la h.^te. passai la journée a chercher non futur cirerone, et le découvris enûn. Je lui exposai le motif de ma visite, et, comme jo ne me pi<|ue nullement de manières aristocmtiques, je lui proposai de faire connaissance le verre à la main. Nous alûmes é la cantine, espèce de bouli<(iie de mnrchaud de vin â laquelle on ne pouvait reprocher d'être mal décorée. car l'Ile ne Tétait pas du tout. Je demandai des (?Aleaux et du chablis, j'allumai ma pipo. et. avisant dans un coin un escabeau, je m'assis avant d'tntamer la conversation.
« Monsieur, me dît civilement le cantinier, il est permis de fumer, mais vous ne pouvez vous asseoir ; c'est la consigne. Emportez du vin dans votre chambre ou au chnuflbir, si vous le voulez, mais il est défendu de s'asseoir à la Ciintine. »
Fâcheux contre-temps î être obligé de boire et de causer dcbojit ' la position n'était pas t nable. et je remis rentrelien à un autre jour. Je revins le lendemain à mîiiî. La î^arde monlantr défilait dans la cour, sous les yeux d'un adjudant-ni.-ijor. Il y avait U une centaine d'amputés n Ggure martiale, qu'on semblait avoir choisis parmi les plus mutilés. La plupart étaient dans l'impossibililé absolue d'obéir au commandement d'arm«bras ou de partir du pied gauche ou du pied droit, et le tapin qui tambiMuinait en léle de l'escouade était seul intact et complet.
Au milieu du groupe se trouvait celof qao Je cherchais.
J'allai le prendre m corps de garde, c Impossible, me
dit-il, de vous parler aujourd'hui, mais j'ai songé â vous,
et cette note contient tous les renseignements que vous
[ iésirei. »
Sur ce, n me glissa dans la main un papier que je me '. hAlai de déplier.
Il portait
RELEVé DES SERVICES ET CAMPAGNES DB JEAK-CHRISTOPUB TELLER, ai k STRASBOURG EN JUIN 1758.
Entré au service en 1777, au régiment de Dauphin (dragons, actuellement 7*.
A fait les campagnes de 1792 â Tarraée du Nord, sous La Fayette; celle de Champagne, sous Dnmouriez. Il était à Valmy, â Fleurus, â Maëstricht. etc., etc., etc.
A reçu, sous Vérone, dans le cou, une balle qui est restée, et un coup de sabre sur la tête» près Maubeuge.
A été retraité en 1815.
Le digne homme ! en ayant l'idée que ses exploits étaient l'unique objet de mes perquisitions, il m'avait révélé un trait di>tinctif «lu caractère de l'invalide: mais cette note était peu instructive relativement aux invalides en général. Je fus donc contraint â de nouvelles courses, â de nouveaux interrogatoires, â de nouvelles séances dans les chauffoirs et aux cantines, j'allai de table en table dans les réfectoires, de lit en lit dans l'inûrmerie, et finis par recueillir les docume ts suivants, qui ne valent peut-être pas la peine qu'ils m'ont coMlée.
La condition première d'admission aux Invalides est une retraite accordée comme iudemnilé : 1^ de la perte d'un ou de deux membres: 2^ de blessures graves équi valant â la perle d'un ou de deux membres; S*' de soixante ans d'âge et de trente ans de service. Le pensionné échange sa modii|u> an. uilé contre un asile Jans rUôt I ; les plus maltraités sont l^s plus admissib'es, les plus infortunés sont les plus heureux. Eussiez-vous vingt blessures, si elles ne présenten' pas le degré de gravité requis, vous êtes iclu sans pitié. Vous étalez inutilement vos vingt cicatrices; c'est beaucoup trop, mais ce n'est pas assez.
Les soldats invalides habitant l'Hôtel sont au nombre de trois mille répartis en quatorze divisions, soldats de tous les corps, de tous les régiments, assemblage d'éléments héîérogênes unis par une communauté de vieillesse et d'infirmités. Chaque bataille a ses représentants. L'un a perdu le bras â Aboukir, l'autre a m l'épaule entaméo à Uanau par un hussard bavarois. Celui-ci a laissé un œil en .\utriche. et une jaml)e en Espagne: celui-là est demeuré sanglant et mutilé sur le champ de bataille d'iéna. Ce mulâtre au teint jaune était de l) compagnie des guides du général Moreau Cet Arabe â face basanée, partisan semi- volontaire des nouveaux maitres de l'Algérie, a contribué à la prise de < onstantine. Tous ces braves gens sont autant de fevillets vivants de notre his'oire nationale, autant de médailles humaines où sont gravés nos triomphes^ ce sont le> victoires et ctmquéles en chair et en os.
Tous les gouvernements ont fSouruI leur contingent d'invalides. De U, plusieurs physionomies éislincteSy aussi tranchées que les systèmes politiques dont elfes sont une incarnation partielle. Un rien voas les signt« len, un coup d'œil, un i^este, un détail de costume une pjirole, un refrain surtout. Chei les Frafiçais, peuple chanteur, la chanson est la pierre de louche des carse* téret* On peut jnf er des hommes ptr les eonplels qulk
L'INVALIDE
affecUonneDl, et les invalidef ne font pu exception à la
règle. Ainsi tous reconnaiUres
dans:
ïje» dragons Dauphin Aimenl le bon TÎn Et la compagnie (bis) ; Ib donnent le matin A ce jus si divin, El la nuit à Sylvie.
l*inyalide de Louis XVI; dans :
PlutAt la mort que l'efclaTtge, C'est la devise des Français.
l'inYalide de la République; dans:
Ah I qu'on est fier d'être Français, Quand on regarde la colonne !
le grognard de la vieille garde.
Procédons par ordre chronologique dans la peinture de ces trois per$onnaj[es-
L'invalide de Louis XVI a fait la guerre de Hanovre, avant 1785; mais, depuis citte époque, il a servi la Convention, le Consulat, TEropire. la Re<;tauration, avec la m^me indifférence et la même fidélité passive. Tant de révolutions se sont succédé sous ses yeux, qu*il n*a plus de foi qu*en lui-même ; cette croyance est celle de bien d'autres. On assure qu'un noble sang coule dans fof veines; car il est convenu que le même sang ne coule pas dans les veines de tous les hommes. C'est, diton, son père, grand seigneur jouissant d'un revenu de cent mille livres, qui a daigné lui laisser une rente de six cent cinquante fhncs soiiante-quinie centimes. Quoi qu'il en soit, il a tous les défauts et toutes les qualités d'un gentilhomme. Il est poli avec prétention, galant
avec afféterie, coquet tvee recherche. Il moBbf i mansuétude qui n'est point de la hootê, use hwlé n'est point de la bienveillance. Son embonpoint a fraîcheur d'octogénaire témoigneDt des bons efleuA cuisine de l'IIôUl, a laquelle sa gastronomie ajoiK. temps à autre, une truite, un homard ou des trife s'est longtemps enorgueilli d'une croix de Siiit-Ui dont Louis XVlll l'avait décoré; mais, depuis 181 met â la dissimuler autant de soin qu'il en meltûi^ à la faire voir.
Sans lui tenir compte de cette renonciation volasii le troupier de la Répuhli iue lui adapte VépillMtei ristocrate. Celui-ci assistait au siège de Bréda, et ki partie du détachement de cnyalerie qui, en l'a s*empnra de la flotte hollandaise retenue dans \tV. pnr les glaces. 11 a été réformé dés 1804, maii a j nière blessure date de 1814; il l'a reçue au sic^ Paris. Il a horreur des prêtres, el ne voit pas sa» sa seule parente, gouvernante â la Visitation, pvc»! dit-il elle est de la calotte. Son puritanisme D'à ja pu s'accoutumer à accoler au nom des rues la qui tion de saints ; il dit la rue Dominique, le bub^n] n'^ré, et même la rue Roch, ce qui n*est guère tzM nique. Il regrette Hoche et Kléber. et persiste â éèat Napoléon sous le titre de général Buonaparte.
« Buonaparte! s*écrie à ce si^et l'invalide de Une garde, Buonaparte! dites donc Napoléon, s'il vois y. autrement nous serions forcés de nous rafraickir i coup de sabre, et ça deviendrait désagréable. Toav; c'êtiitça un homme! tous vos généraux à cadencUfi sont pas dignes de lui cirer ses boites. Et dire qie Anglais!... mais, non, allez, il n*esl pas mort! cm soutiennent qu'il est mort ne le connaissent pas; il est incapable. Dieu de Dieu! s*il reTenait... qndn Llementi... »
. Ces [larolcs émanent d'un individu porteur d'uel balafrée, d'une pipe culottée, d'un pantalon ÏUné guêtres blanches; on est en décembre. Ce soMiii déle, plié a toutes les exigences du service, â b & pline, aux fatigues, aux privations, est entré èm garle à la formation, et en est sorti au iîeeacifM Son existence a commencé i Austerlits et uni ail Saint-Jean. La charge, la fusillade, l*Emperear gikp au milieu d'un nuage de poussière et de foBCf, « toute sa vie ; avant et iprés, il n'y a rien. Il se creit core de la vieille garde ; le ruban de sa croix est | comme celui des soldats de la vieille garde. etO ii de faire retaper ses chapeaux neufs dans le stjle vit garde, par un de ses anciens camarades. Eo s'appsi sur une pièce de canon aux armes d*Anlriebe, il si gine toujours être d Vienne. Le gouvemcmeoC de Ri léon est à ses yeux le seul grand, le smI IfjgtIlmB, seul logique. Si vous causes avec lui du wniilert : s me parlez pas des ministres, dit-il ; c*est des ctanf qui caponnent devant les puissances étrangères ; Il pereur se comportait autrement arec elles : nfee < ne vaut pas notre aigle.
— Ah! ils sont rudement travaillés par ri||i tion...
» Ne me parlez pas de l'opposition, c*est m de criailleurs, qui ne savent ni ce qa*ils rtiroit. ■ qu'ils veulent.
— Les journaux...
— Ne me parlez pas des journaux; ITmpaeg i» bien leur couper le sifflet, i tous ces nerles de jM listes.
— La Chambre...
» Ne me i>arlez pas de la Gbambre; les dffntiii
L'INVALIDE
lu i} M âi
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tous des bavards, TEmpereur les jetait pai la fenêtre ; ils ne sont bons qu'à ça.
^ — Et de qui diable voulei-vous qu*on vous parle? . — De l'Empereur. »
Ce faDatisme pour l'Empereur est partagé par presque tous les invalides. Les ornements de l'Hôtel ne consacrent guère que des faits antérieurs à la Révolution. Louis XIV y est partout; sa statue équestre surmonte le portail principal ; les quatre nations vaincues par ses généraux se tordent aux angles de la façade ; les fresques des quatre réfectoires représentent les batailles gagnées par ses armées. Napoléon n*a pour lui qu'une épreuve en plâtre de la statue de la place Vendôme, et une peinture dlngres placée dans la bibliothèque. Nais, si la mémoire de l'Empereur o*est point conservée en ces lieux par des monuments, elle est dans tous les cœurs, et cela vaut mieux.
n est vrai que les invalides doivent beaucoup à Napoléon, le plus grand ftbricateur d'estropiés des temps modernes. Depuis son régne, ils sont traités comme des princes, et plus heureux que des princes, car ils sont é l'abri des révolutions. La dotation de un million huit cent mille firancs qu'il leur avait constituée a cessé de leur ^appartenir, mais ils ont leur quote-part du budget. Leur
grand conseil administratif et leur état-major se composent de personnes honorées et dignes de l'être. Il leur est alloué une paye de trois francs par mois (les anciens disent trois livres), a la charge de donner un sou par barbe au perruquier qui les rase. Leurs tables sont garnies deux fois par jour, à dix heures et à quatre heures, de soupes succulentes et de ragoûts habilement assaisonnés. L'ordinaire est de deux plats pour les soldats, de trois pour les ofGciers. Le maigre exclusif est inconnu dans l'Hôtel, même le vendredi saint. Le menu de chaque mois, dressé par l'état-major, signé par le maréchal gouverneur, est afQché dans les réfectoires et soumis à It censure des intéressés. Sitôt que le tambour a donné le signal du repas, un cliquetis de casseroles ébranle les cuisines ; de grandes flammes s'élancent des fourneaux, et projettent de rougeâtres clartés sur le cuivre des chaudières. L'argenterie des officiers, présent de l'impératrice Marie- Louise, sort propre et luisante de son armoire. Des légions de cuisiniers, de marmitons, de garçons de tables, entassent les mets sur des brancards, sur des camions, et les portent ou les voiturent jusqu'à la salle du festin. Exercent-ils des métiers hors de l'Hôtel, sont-Hs concierges par eux-mêmes ou par leurs femmes, les invalides, pourvu que leur conduite soit régulière, obtiennent
L'I?^ALIDE
aiftKinerit U facultë d'enif orler leur* ration* q olîdIenDes, et d« lec partajf«rr avec kar familU. U discipline a bq'j^ll*- îJf obéi'-^ot e«^t d'tme pla-ticitê commode Etre (Té^eiits à l'api'^l a n^uf h«'ure« du ^ir, qnand iU n*ont |ft« l'aolori^'ati'io de «iécourher, a»-i^tereo b-^ooe tenue a I ios|jeciiou niensuelle, s'armtT de >earB sabns quand il« «oi«t d^ ^enice. voili u peu |<ré^ tout ce qu'on eii^e d eux. Ili e leveiit, rf-ntrt-nt, sorlfut, vont et viennent à folonl^ On en ren^ohire dans lou* les coin* de P. ris, >I I yyé-» l'ur leur ranne o'j U porlani ^u«peiiduei la b^>ul'Hifii re. «-iins compter ce-ax '^u'on emploie à surveiller \ts phlr^s «îl 4 p^ifif-r les p v^is : f.ilil > dértrtiscor!» plus ini|0>4rit> j îir c»- qir'ii^ fur^rnl que [-ar ce qu'ils Nf>r. t.
itnl'urti a f T'rWfi'Jj qiie l'arc^il'rclf; de Loui- XIV avAÎl ré-^Tw; d** \-s{t> Nîlle* A l'ér i-m.'jor el lojr»' les inval'fU'S <iaii« le« conilile^ ; irjai> DuUure n'e>t p'^ini tenu dViri- irri partial .i l>n'lroil é»i< œ»ivres «le la monanhie «b*«il'ie (J'jf- les rh.nilin-* d'iî.viliie'i hp "^oi nt iii lambri-vée* u\ li|i*.»^e*, fii piaf iriiiée>. quVIl» s r ><• mblcnl a '.i-Le* tj.-v rtiibt-rf.'f'S <jn vîll.-ii'e, conredo; mni- la plus ;rr-ncl»? propreté y rt-pne; l-iii et li l'iriii-rre y circiili-nl lilift-rrii'i.t : l»-» riiur- -or.l peint- en j-iime à h nil!e el ffi'iurfir»»':-» des prirtrail* «le \cyttV-h\\\ rli^^ipie lit a pnur .jnrKTe ut.e .jrinoire el e-l mi hennin enLiiilé ;.'i chevet d'tine ♦'•li-:ri' rrjie o«i ^'ôJ.tple la jjinbe de Loi- du dorrrieur. Si !♦•- d irlnTS ne ^^oi.t pninl ch-iJiffé*;. du moins le nombn de> f;«jij*erliir *» ;iC<*ordé <i rli.qu»* p<'ti>i<jnuriire «•si ptjflé i'ri'.e i Iroi* en rii»on de la rij^nenr dn foid. et, peiid.int l»-> j'jiirné'S d'iiiver, de ^pncieux chauBbirs ^**ii\. |h p«iiiit dtï rnllii ment de^ numbieux amateurs du piqwi-t et dc^ dominos. Tout e<t si bien combiné pour le ronfortnble de*» vieux servileu-s du pay«, qu'il y a des rh'iuirnii- exf'lu^ivement réservés aux fumeurs, et d*au* tn s ou l;i pi p. e*t interdite.
iji •'Olliriinde d -nt on entoure les invalides rf-doubic en prqiortion de leurs inOrniil's. Le service de sant»', or;.;anisé avt'C la ré;;nlarité h plus sciupuleut^e, e>t divis*'; l'ij deux section^. cel!c de^ alTection^ aij^uês et celle des afr»'Cti:»ns chroniques. La demi- rc comprend dc>; valétudinaires soumis à un réj^ime hygiénique plutôt qu'à un lr:titrm«nt médirai et dont r'tgi , conipliqin'' par des rliuniatismf's, ist In principale maladie. La plupart s'accommodent diftit ilement do la dietc et de la li-ane gommée, et, si le méilecin en chef leur accorde la permission di' !>0'tir, ils figurent souvent sur le rapport du lendemain avec une nnte comme celle-ci :
i !S" 15. Rentre dans un état d'ivresse. »
L*inlirmier «joute sur la dictée du docteur :
« Lui supprimer le vin; ne lui laisser mettre que la capote de rinlirmerie. b
Oui dont les vieilles blessures ne se sont jamais complètement fermées se présentent tous les m^itins au bureau des pansements, où on leur administre b-s secours que leur état nécessite. Les dimanches, les officiers de santé s'assemblent en conseil, el reçoivent solennellement les p litions orales des invalides ; il (aut aux uns des gilets de Uanelle, aux autres des lunettes, des lian d. ges herniaires, etc. La concurrence est active, les iv» cl. mations sont nombreuses ; ce que l'on a aco »rdé à Pierre, Paul veut l'ootenir. et les membres du conseil, compatissants pour les taiblessis morales et physiques, mettent tout le monde d'ac« ord par une répartition presque fgaie de leurs bienfaits.
Les invalides sont-ils asses vieux ponr avoir besoin des soins accordés i l'enfance, asseï pn>s de la mort pour être nourris comme des nouveau-nés. des mains officienves les servent avec empressement. On appelle ces qausi-ceDtenaires les moines lais, Dom jadis donné aux
soldats estropiés qoe le roi pinçait 6am% les abWmé sa nomination. I^es plos décrrffiu «ont rel^gaé â 1^ firmerie et notamment dans b toile de la VkÊtn, ,
rérepiacle des misères humaines affable comme larnv i nie d'une fas uense dénnminati-iD. e<«p">ce d'aDlichia«i i de la m^irt. où chacun attend sod toar avec nue apatkiifK philos^tphie.
— Eh bien* que Mtes vous. Bouffi? dit le d'VS^ s*adre«>sant h une fi«:iire en lame de rout'an. orrii^i presser on M ton de sucre d'orge entre ses mâchoire d garnies.
— Dame! je reste ici : où voulei-Toas que j*aiUc?
— Qu'est-ce que vous avfz auj'tard'bai ?
— J ai que je suis à moitié moîl.
~ Dans dix ans. reprend le bienveillant doelev.vr« serez mort aux trois «luarls.
— Laissez donc..\u fait, je ne saî« pas pourquoi j? Bf veux pas en finir... la paresse d** me faîr^ enterrer.
(fuel ques- uns sont en proie à de continuelle» hil!:cinations.
— Contour, cimarade. demande le doctenr* tos ezB^ mis vous onl-iU tourmenté cetle nuit?
— Monsieur, c'tst les courriers de la malle; ÎBf->»sibte de m'fii dêpr'trer; iis sont touj<iur.< après moi: iij a ausvi les cunrriers de la diligence qui me cannent bk: du f'nloNi'n.
D'autres, cités jadis pour leur intelligence et mècf leur sa\oir, n ont pu, depuis longues années, parvar à combiner une seule phrase.
— Comment ça va-t-il, père Thomas?
— Oui, oui, oui.
— Voyons, contez-moi donc quelque cbose?
— Oui. oui, oui.
Et le vieil homme, qui penche comme une lov a ruines, tourne le dos à l'interrogateur importun.
Pauvres InTt'S ! c'était bien la peine de n'être tués qa*i demi, pour nicner cette existence de biralve ' Soavôt dans leurs intervalles lucides, ils se prennent é regrrtMr de n'étn* pas restés sur le champ de bataille, quand U mort leur apparaissait glorieuse, presque digne d'oirie. et le front ceint d'une radieuse auréob* ; mais, grke h ciel, leur étape en ce monde ne tarde pas â s'achever. Eu vain, chapelains, chirurgiens, pharmaciens Iw prodiguent les secours spirituels et temporels. Exhortations et m '-decines ne font que préparer an newwt suprême l'âme et le corps de es moribonds, el Ifvs yeux sont fermés par les sœurs de charité de Saint-rncent-de-Paul , anges de paix qui veillent au lit de nert d« s hommes de guerre.
Pourquoi la prévoyance da pouvoir ne s'esl-ellc pis étendue jusque sur leurs cendres? Pourquoi •Vi-«b pas mis â exécution le projet de Napoléon, quiioagnili convertir l'Esplanade en Elysée militaire? On jrlle les soldats qui meurent à rilôtel dans un coin du ameûera du Moiit|)arnasse ; leurs noms sont oubliés; qucli|an coups de fuNil sont toute leur apothéose, et la i de bois qui s'élève un moment sur leurs lombes ss< fond bientôt avec la poussién- du dentier s^onr.
Leurs enfants s'élèvent ei grandissent pour les r placer un jour dans les c;»dres de l'armée et sur lus i de rUôtel. lis débutent et leurs pères finisseni; ils asulent et leurs pères descendent; ils serost, ul leurs pcm ont été. Voués au service, et provisoirement dusiiuésd régulariser au son du tambour l'emploi du lu joumés^ ces apprentis soldats ont d^a une allore mi '«taire, «siM niAme des mœurs de garnison c Obé ! cria l'un d'eus i un camarade, viens-tu jouer â la pigocbe?*^ J'puuspa^ j'vas promener avec ma /èsuuf. s Celai qui
L'INVALIDE
mi iit
■fi
ainsi était âgé de treize ans, et sa femnu était la flUe très-mineure d'une marchande de pommes du quinconce. Triste |irécocité !
A la (été des jeunes iapins se pavane, droit comme Iteaoae qu'il fnit (ournoypr, un ôlég-mt (aniboMr-maior. A sa tournure marlinle, «tiix ricatricesr|iiiennob.issent et délériorenl sa physionomie, ou voiU|u il u*a pas toujours en des enfants à conduire, et qu il se rapp« lie encore le temps où, phicé en tête de son régiment, il étaU W premier à offrir aux b.ihes enmmies sa poitrine d*athlétc. Ce beau cavalier est un fa ori des dames, que son excellente tenue, la propreté de sa mise, lu grâce de se> entrechats, la galanterie de ses discours, font rechercher dans les guinguettes des banières voisines. Les conscrits
prétendent qu'il est torrible avec les fommes, h prime au Salon de Mars et au Grand Vainqueur, où, t >us les jours de fêtes, il consomme un nombre incalculable de contredanses a dix centimes la pièce. Il n*a d'autres rivaux qu'un sien collègue, amputé des deux jambes, instruit jadis dans Tart de la danse par les jeunes filles d*outre-Rhin.
L'agilité de ce dernier est vraiment phénoménale. Les violons le suivent à peine; la galerie le cmtemple avec admiration. Gomme il saute, comme il gnmb.ide, comme il p rouelt». comme il tournoie, plus solide sur ses jarrets de chêne qu'un habitant des L mdes sur ses échasses' C'est un zéphyr en uniforme d'invalide; c'est Veslris en jambes de bois.
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an
mi ai
f^ntrê p, '
. les guinguettes, où brillent le dimanche des danseurs pins ou moins ingambes, sont journellement le rendezvous d'un grand nombre d invalides. Le litre quotidien oe suflit pas à ces vieillards altérés. Parfois même leur
goût blasé dédaigne le vin corn in e un liquide trop fade et tro|) insipide, et ils vendent leur ration pour se procurer du schnick. boisson plus militaire, dont ils ont contracté l'habitude dans les bivacs.
^ — Cif,e»;vU^
% Deux camarades de
É ment sans être aiïectés d'une soif contagieuse,
clianibr c ^e rencontrent rarei £st-ce
que nous ue bu\uuspas unt- chopine?» dit l'un, cBst-ee nous ii'ccrosofw pas ii*im girai»?^ ^ rantra afac pins I
L'INVALIDE
d*einphase. Ils vont s*attabler dans un cabaret, dissertent surTEmpireetsur TEmpereur, et réunissent autour d'eux des groupes d'auditeurs attentifs. Parfois la conversation f'échaufle ; \v8 convives ne sont pas d'accord. Cette manœuvre a-t-elle été utile ou funeste? Ce fait d'arme a-lil eu lieu en Prusse ou en Champagne? Cette charge a-t-elle été exécutée par les hu^^sards ou par les dragons? c Je te dis que c'est par le 7* dragons.
— Je te dis que c'est par le 5* hussards.
— Je te dis que si.
— Je te dis que non. »
La querelle s'engage ; les gros roots s'échangent, puis les coups de poing. Les verres roulent, et les buveurs aussi ; la discussion commencée sur la table se termine dessous. C'est là d'ordinaire, au milieu des verres cassés, que s'opère le raccommodement. On se relève en s'embrassant; on s'essuie, on s'examine; personne n'est blessé; il n'y a d'ouvrage que pour le tourneur, et l'un des antagonistes s'écrie avec eflTusion :
< Garçon ! du même, et qu'il soit meilleur : c'est moi qui régale.
— Ne l'écoute pas, garçon, la dépense est pour moi.
— Liisse-moi donc, laisse-moi donc.
— Non, je n'entends pas ça. »
De nouvelles disputes vont suivre cet assaut de générosité; mais le premier interlocuteur & déposé son écot sur le comptoir, et son camarade cède en disant : a Allons, pui>ique tu y tiens...»
Bieutût le vin renverse ces inébranlables soldats; ils trouvent en lui un ennemi plus perGde que l'Anglais, plus formidable que l'Autrichien. Eux qui n'ont jamais j>ronchê devant Partillerie, rentrent en chancelant à l'IIôtel. où les recevra la salle de police, où la capote de punition remplacera leur uniforme souillé. Grâce pour les coupables! ils ont parlé de leurs compagnes, et la gloire entre pour beaucoiu) dans leur ivresse.
L'absorption des spiritueux n'est pas le seul plaisir des invalides. Il en e»i qui ont conservé pour le sexe (nous mentirions en disant pour le beau sexe) un irrésistible penchant. Une jambe, un bras de moins, n'empêchent
point leur cœur d'être intact, et, poar être rriirail leurs ardeurs ne sont pas éteintes. Us ne peavcMgi payer de leur personne, mais ils sont dignes nmt celles qu'ils courtisent, et dont ils charment les ord par des chansons grivoises et de graTeleaz cikakn
Leur galanterie a tourné i Taigre, leurs défauts nsli venus des vices. Il se passe dans les fossés da Gha de Mars des scènes qu'heureusement la nuit disùsfa faisons comme la nuit; ne dévoilons pas des passîoiSHi génaires, qu'irrite la comparaison du présent am passé. Quand on a été l'amant heureux d'une ialailé Flamandes, de Hollandaises, d'Italiennes, d'Esp^sd de Viennoises, de Berlinoises, voire même de Maiitiy et d'Égyptiennes, il est pénible d'en être réduit an i nales beautés du Gros-Caillou... Mais qu*y faire? à di de roses, les soucis.
Celte comparaison botanique me rappelle qu'an i trémités latérales de l'Hôtel s'étend une lUe di pÉ jardins. Chaque invalide a dA avoir primilivemeiit leÉ mais la guerre a démesurément augmenté la popaM de ces lieux; et. aujourd'hui, les jardinets sont aocsri par faveur spéciale après le décès des usufruilicn. L1 valide horticulteur s'attache à la glèbe de son cmI s'immobilise au milieu de ses plantes chérisi^ i avec elles en hiver, et renait avec les premiers I Sa vigne, arrondie en berceau, est ornée d*a plltre de l'Empereur, qu'on rentre arant les gliîi c'est l'idole de l'horticulteur. Il la couronne, la ceai de bouquets, lembellit de drapeaux tricolores, h npi avec adoration, sans s'apercevonr que le fonlf di s arrosoir s'épand en ruisseau sur les objets maes.! contemplation de son fétiche est seule capable de d ner passagèrement l'infatigable jardinier de I ses dahlias, qui lui ont valu une mention himuraHi i la Société d'encouragement. Malheur à qui cheidNni s'introduire dans ce temple en plein Tenl életé à Hf léon ! Le vieux soldata failli assommer un tapfii qnehi riosité avait amené aux pieds de la statue, et il a Idi pour mort un chien qui en avait immodestemcaCsdl piédestal. C'est du reste un excellent homme.
L'invalide pêcheur demande aux eaux des
L'INVALIDE
moins doux et non moins tranquilles que ceux dont Thorticulteur est redevable à la terre. Ce bipède amphibie, ' munid*une boite d*asticots et d'une canne â ligne, s'établit dés le matin sur un train de bois, prés de rembouchure d'un égout; situation peu odoriférante^ màh propice aux captures. Là, il attend patiemment que ça morde. Ça désigne un poisson quelconque, que le vieux Trilon voit déjà sauter du fleuve natal dans l'huile de la friture; mais le bateau à vapeur de Saint-Gloud vient à passer; tes roues géantes soulèvent d'énormes flaques d'eau, et la proie espérée s'enfuit :
« Au diable la vapeur ! murmure l'invalide; pas moyen de pécher une ablette! Du temps de l'Empereur, on ne tolérait pas toutes ces saloperies, qui ôtent les bras du pauvre peuple » Et, rengainant sa ligne, il s*éloigne en accablant de malédictions la vapeur et ses bateaux.
Il y a parmi les invalides une race d'élite, qui dédaigne également ie cabaret, les femmes, la culture et la pêche. Les membres de cette société choisie se reconnaissent â leur physionomie distinguée, â leur front chauve et lisse, coiffé d'une calotte de soie noire ; ils se rassemblent à la bibliothèque, promènent sur les journaux leurs yeux armés de lunettes, et dévorent les nombreux mémoires de l'époque impériale. Souvent aussi ils se groupent sous les portiques, et discutent entre eux des points de tactique, comme des avocats discuteraient des points de droit. Us tracent des plans de bataille avec leurs cannes, représentent les fleuves en abrégé, au moyen du fluide que sécrètent leurs glandes salivaires, et marquent,
par des pincées de tabac la place des batteries. Ils ju-
gent les généraux et font des parallèles à la manière de
L1NVALIDE.
PlnUrqae. Voaii saqriei, «"n \t% écoutant, à qui est dû rpell^ment le gaiu de telle ou telU bit«îlle; vous coo* oaitri^ U cause de rioaction de Beriiadotte à Averstaedt, et de lA autre général en E^pa;rne: ils vous ré|iPteraieot !• mot êner^i|ue <|ue prononça Cambrunne h Waterloo. Pa«<^anl Je Uond<*choote à \Veis<>emb«iiirg, de Borodino à U Bêréfcioa d léna à Leî[i2ig. ils donnent un sDurire de ioie à tou^ !e$ triomphe^, une larme à tous les revers. Cr4ce a Dieu, iU ont peu de larmes â verser !
En J»WTiT.inl le« Invalides de Pari<, j'ai fait le tableau moral lie ceux d'Avignon, où e^t établie une succursale d*:pui» IVxppdUion d'E;:y, te. Ce sout les mêmes habitude>. moJiG«res par le cahiie de TexisteDC»- défiartementale et par une suneillance plus facile, «Dce qu'elle ne sVffrce que sur cinq cents hommes. L*état sanitaire est plus %atis aicant, et la longévité plus jurande sur les bords du hhône que sur es rives de la Seine. Quant aux bâtiments de la succursale avignonnais^e, ils se composent de deux maisons ton ven tu elles dont Tancienne dUtribution a été pre?tque enliérem«'nt conservée. Au milieu de la C(}\\T principale est une fontaine avec une inscription qui bcrail peu goûtée des buveurs, s'ils eotendaieot le latin :
5aTaS BOSPITA MAHTIS
Le parc de fli succursale, planté d'ormeaux a de pla- Innet, e<it divisé en larges allées qui portent les noms d'I'na, d'Ansterlitz, dt Wagram, etr. I^es murs qui l'environnent préicententun résumé de Thistoire militiire de la Fr.«nce depuis i79l jusqu'à nos jours; des tableaux graphiques y rap|iellent les princi| «îles b.<tiilles, leurs dates les noms de ceux qui s'y di-^tiiiguérenl, leurs belles actions, leurs paroles mémorables; c'est un Paulhéou en plein vent.
Que de souvenir^ «e ratt-ichent aux vétérans qui, dans ces deux hospices, préludent au repos du lunilieau par le repos de la vieillesse. Qne celte n'union d'hommes échappés au carnage est, malgré le.s im|»erft'Clions individuelles, impo<<;iute dans son enseuiMe. En l'éludian', mon ch r L'HTinU, je me suis seuli pénétré de vénération. Lors de ma dernière visite aux Invalides, j étais allé diner au caf'' où vous eûtes le bonheur de rencontrer Colopeau. Le crépu cule louibait; rob^^curit»* n^iissanteaugmentailles gignute^iues proportions de l'Ilûiel. Je songeai aux brillantes vi>irins qui devaient «i celte heure planer sur celle enceinte et, dan<( une boutade poiHique j^écrivls les vers par lesquels je clos ma trop longue épilre.
La nuri. qiunH tout œ U\i et Hort sur TEsplanade,
A l'Iiurizoïi loiiitdiii mu^it li miioiinade;
De% rt^et •^lormit ont visili^ l' Il Al cl
Soml.iiii, cliiiqiM' h.itiillr. au renom immortel,
Fille Hii |»rui>le libre ou liHe dt> I empira
Pr'ud un corp«, H. viruiie, elle m relie et respire.
Flt'uru* •Iciiii-vi'iui'ei le i«'iii |uilpitaiti,
CniKft h iMiimiivltc. (H iruMiiplie en chantant.
Eiul» Ml, nloulirit les Anbiti tiiiiiiies,
GmiIimiiiiIi rOiifiii (lu i.aui ét'.% l'yrjiiiidpf.
\«:npe4iil ili* in^lfi j.»un« de .K'f iil« rx tlHlTront,
M irrii>:o pleure un linve: Anstcrlilx i tutu Trout
P.irte «li't lavon^ d or l'cUt -iiln comme un pliare,
El »iir drK lac^ de «ihce entonu*; sa fanrare.
Voici vi'uir Wiifirarii et la MiiL'Imte K>liu;
Pàlp i|f drMt|Niir. voyez- vous W titriuo.
Au iitiiiiMi d«t moiMkoii» «|ui* l.i vuerre a fonlceiif
DiapuliT Mn AaJdift s« s .li^'l'H ninlilccs?
£iiUiidcx-vuui eiicor, par la p^ix endunuia,
S éveiller en eroodant les cêièhub enoe.iiis? Eolcndez-Toui frfmir comme ao vré de b bua iiCf dnpeaox sasfieodas aux voûte* de l'égliiet El «{De pejl cooienipler l'iDYilide joyeux. Quand il élève an ciel sa prière el ces yenxT
Alors \e* vient pierrien se raniment ; lenr A reirouvi'; des deots pour mor.ire la carlooche; Feuillage pnnljnier des arbres rajeunis.
Les clievenx onl Gfuvert Icars cri ne» dégarnis. Comme ou Ot-iiveses bords, le «anfs liât leurs artô^ lis renaL«8enl au jour des f^iMes niiliiaires. Et leur jeunes-e arilei4e, aTîde d'un grand noai, E<td-gnc qu'on la nitque eo face du canon. Ils se lèvent ; pour eux la lutte recomm«*nce: Ils rfpr«>nneiit un rang dans la col<uiiie inimeoic Soldats de vinpt pays, e>claves de vinj^t rois, Angliis, Autrichiens, Prussiens, Bavarub.
Opposent k leurs otops une épaisse muni Ile, Que perce et 'témolit l'i'icessante mitraille. Mille ennemis m>dI Ift; mais eux. Taillants et tot% Rompent des batiilious escaladent «les torts ; Et si dans Ij mêlée, un boulet les emporte. Si U l>al.e en passani les renverse, qu importe? Car, pour les voir tomber et mourir sans terrevr. Ils out deux grands témoins, la France et 1'
Hélas! bientôt b nuit, la mère des men^aonses. Dans les plis de sa rol>e emporte tou!« les sondai Le ma* in reparaît, mais il ne reste plus Que de piuvres soldais, écloppés et perdus. Débris de • oi-ps humains, vieilles Urne» i P.ir Vàf^e et If s rooib^its moitié dépareillées. Ils accueillent souvent par un jantii bmial La uoulle qui les titiit sur un lit d'iiûpital; ^ais U ur caducité s*enloure de tnipliAes; Au feu des souvenirs l4'ur> ftnies révhiiunia Vent un pdMté suuhiue out repris leur e»sor; Ils out rêvé de gluire!... ils frout heureux i
É. DE LA BÉDOLUERIII.
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