‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 30 sur 269 · HORACE DE VIEL-GASTEL · texte numérisé non relu

HORACE DE VIEL-GASTEL

côté du grand palais de la Bouirfie.' admirable monument façonné par nos architectes d'aujourd'hui , au moyen d*un patron grec, de papier à calquer et de beaucrup de maçons et de tailleurs de pierres, se trouve un plus petit palais.

•|ue l*on prendrait volontiers pour une laide maison si des afDches ne vous annonçaient que celte maison est le palais des ventes opérétfs pnr messieurs les conimissaires-priseurs. Or, dans ce palais de messiturs les commissaires priseurs, tout se met à Tenchere. tout se vend, depuis les berlines de voyage jusqifà des lettres «otographes de Niuon de Lenclos. Le matin et le soir, rentrée du palais des commissaires -priseurs est accordée au public, tout le monde peut aller voir les expitsilions qui précédent les ventes ; tout le monde peut aller se ranger autour du bureau des adjudicateurs, et se donner le plaisir d'augmenter de quelques francs ou seulement de quelques centimes la valeur des plus grandfs comme des plus minimes réputations d'artistes, d*homniesd État, el mi^me de simples ouvriers.

G*est au palais des commissaires-priseurs que se rencontrent les seuls caractères, les siuls hommes vraiment remarquables de notre époque , les seuls qui possèdent une originalité particulière, les seuls qui marchent hors du trou|»enu commun, pour suivre des sentiers dont les hanti s herbes ne sont jamais froissées par les pieds de la foule. Ces hommes remar(|uables sont les €olleetionneur8 . et j'entends par eollectioniieurs tous ceux que rameur de la collection, le désir d'amener à

rétat de collpctinn un rassemblement plus ou moins considérable de choses ouvrées par Tindustrie humaine, ou créées par l'industrie surhumaine du frrand Créateur, a lancés dans 1 arène où combattent les martyrs d*uue idée Oze.

Maintes fois je me suis trouvé tenté du désir de la collection, et, sans avoir enti^rem nt succombé à celte tent ttion . je dois dire cependant que j*ai assez approché de mes lèvres la coupe de se ^ enivrements pour en connaître les voluptés, pour être initié à ses plus s^ crets mystères

J'ai connu, j'ai vu de près messieurs les collection* neurs; j'ai surpris leurs mœurs 1 1 leurs habitudes en ilaprant délit d'originalité, et ma mémoire est pleine de souvenirs que je vais faire passer à iétat de révélations.

Comme en toutes choses il faut procéder méthodiquement, je dirai d'abord que l'on distingue trois sortes, i\ trois espiHses de coUertionneurs : ^ ^

La première est celle du collectionneur inculte et sau- . • vaire, sale et débraillé des pie>ls à la t^^te, «ui ongles | noirs, A la b<'trb râpeuse, aux cheveux hérissés, au cha- ^ peau entièrement défoncé, aux poches énormes et toujours pleines Celte espèce esl celle du coll«^tionneur V. fur sang , du collectionneur par amour de la coUection

La seconde comprend tous ces négociants de bonne Gompagni»*, tous ces tr^Bquants en curiosités, ces marchands d'habits galons à éjuiprig^Bs armoriés ou non armoriés, qui se donnent les manÎTes, le langage, les habitudes, du véritalile collectionneur, et qui ceiendanl ne font que placer leur argent plus ou moins avantageusement, suivant le gnin de leur revente» suivant la balance de leur compte de banque.

LES COLLECTIONKEURS.

La troisième espèce de coUectionueurs est celle du collectionneur fashionable, de celui qui s*e5tt fait collectionneur pour obéir à la mode , pour avoir comme tout le monde un salon Louis XV, un boudoir Rcnawanee, et une salle à manj^er quatorzième siècle, avec quelques lames de Tolède, quelques tirges, deux ou trois hallcbardes, un casque de ligueur, un h.mnp dans lequel il boit lorsqu'il se trouve en présence de ses amis, quelques cruches flamandes en grès bleu et gris, et trois vitraux interceptant le soleil, et ne laissant passer à travers la fenêtre qu'une lumière jaune, rouge ou bleue, qui lui prête la mine d*un homme atteint par la jaunisse, la fl(^vre scarlatine ou le choléra-morhus, pour peu qu'il se trouve sur le passage d*un des rayons du soleil déguisé, qu'il laisse parvenir jusqu'à son fauteuil.

Tout collectionneur rentre nécessairement dans une des trois classes que je viens d'indiquer : le collectionneur fou, le collectionneur brocanteur, et le collectionneur par mode.

Parmi les collectionneurs fous, les poètes du genre, le plus renommé est un petit vieillard sec, ridé, nlpé, retapé, enveloppé d'une sorte de grande redingote brunâtre, la télé recouverte d'une clémentine de soie noire, par-dessus laquelle se prélasse un énorme chapeau de couleur douteuse, gras des bords, gras de la forme, gras du galon, gras de la coiiTe, gras de |iartout. et qui, depuis trente ans, assiste régulièrement avec son maître à toutes les ventes, se promène avec lui, queUpie temps qu'il fasse, sur les q>iais et chez tous les marchands de bric à-lirac. Ce chapeau et cet homme sont connus sous le nom de monsieur de Menussard. Eh bien ! ce chapeau et cet homme, ce monsieur de Menussard, en un mol, possède une lrès-magniri(|ue collection de porcelaines de Sevrés, pâte tendre; chez lui. dans ses armoires, dans ses coffres, dans ses étuis, sont enfermés, comme dans un tombeau, des services entiers, des cabarets, des vases en pâte tendre de Sèvres, à fond ou à bordures gros bleu, bleu-turquoise, verl-emeraude et rose tendre. Après deux ans de rei herches, de poursuites et d'inquiétudes, il s'est fait adjuger, A la place de la Bourse, en vente pul)Ii(|ue, une moitié du service de table des princes de Rohan, et il l'a payé trente mille francs. Un petit cabaret gros bleu, composé de cinq pièces, portant le chiffre cl l'écusson du roi Louis XY, ne lui est pas revenu à moins de douze mille francs; il est vrai de dire que cliarune des pièces de ce cabaret précieux est ornée de médaillons où sont peintes quelques-unes des maitresses du Sardanapale français. Deux vases à fleurs ayant appartenu à madame du Barry ont été l'objet de ses soins les plus persévérants, de ses inquiétudes les plus mortelles et les plus poi.^'nnntcs. Ces deux vases rose tendre, a cartouches entourés de volutes et de rinceaux, arlistement dorés en or de deux couleurs, parsemés d'Amours vainqueurs peints d'après le célèbre Boucher, appartenaient à un vieux marquis toulousain, auquel ils étaient arrivés par je ne sais plus quelle voie. PiUl-être éliienl ils un agréable souvenir? Je l'ignore; ! mai^ enfin le marquis toulousain ne voulait pas s'en dé- I faire, et monsieur de Menussard \oulait les posséder; il { en olfiit un prix exorbitant, el il fut refusé; il voulut les ' faire voler, et il échoua dans sa tentative. Pendant di ux I ans, il y cul entre le marquis el monsieur de Menussard I une j;ueirc sourde, mais aclive, oITensive dun côté, dé- I feu^ive de l'autre. E- lin. il y a six mois, le marquis vint à mourir, et monsieur de >Iennssard est devenu propriétaire des vases rose tendre, que per^onne depuis ce tenip»»-là n'a aperçus.

Mon>ieur de Menussard est riche, instruit, bien élevé.

et il vit seul, enfermé afec ses porcelaines; il n*a psée voitures, pas de domestiques ; une vieille servante bi son ménage. Sa toilette, sa noorriture, son logeiMnLis coûtent peu de chose. Jamais il ne va ao spectacle; :: n'a aucun ami ; on ne lui a jamais connn de maitre&$( il n'a jamais voyagé, si ce n*est jusqu'à Sèvres, cmor n'y a-t-il été qu'une fols, et en est- il revenu à pied.b,:ligué, crotté, mouillé par la pluie jusqu'aux os. fariRi contre la manufacture de Sèvres, contre le siècle ix entier, et s'écriant avec indignation : « Il n'y a [lus l croyanc<*s ni quoi que ce soit ici-bas, tout est dêtroiL Décadence... décadence complète. •• Dire qu'ont isgloires de la France... Ils l'ont laissé perdre... bskbares! les Ck>ths ! les triples Visigoths! ne plus fibti{&? de pâte tendre! de la pâte dure, rien que de h yh dure !... Nais c'est que c'est â faire dresser les cJk^^ sur la tête! > Depuis ce jour, il ne faut plas lui pvk* du Sèvres moderne ; il hausse les épaules, et no star. amer vient errer sur ses lèvres ; la pâte tendre est tic pour lui. Quand il ne peut sortir de son apparteoest que les marchands de curiosités ont leurs bootijoes !eniées, et que nulle vente n'a lieu dans toute réteodoeè Paris, alors que monsieur de Menu!»Ard s'enferme 4» la pièce la plus reculée de son appartement, noe i a^il tire de leurs coffres, de leurs étuis, toutes ses beiîB porcelaines, ses assiettes, ses plats , ses tasses Unes roses, vertes, à bouquets, à médaillons, â fond Une ou de couleur; il les contemple avec adoratioe, m amo T ; armé d'une flanelle douce et Que, i' les cw. les polit, les caresse ; puis, quand leur toilr IteAm faite, il leur adresse la parole, il cause avec ella, flks interroge.

« Vous voilà bien belles , dît*il en s'adressaat i « tasses bleues, vous voili bien fiéres ! Oui. voas pirts sur vos lianes les charmants portraits des plus agréiUs femmes de votre jeunesse; le roi Louis XV a voala f» Ton vous décorât des figures de ses maîtresses les phi chères; il n'eût, certes, pas confié de si adonUa images à de la pAte dure. Oh ! non ; il (allait loite b finesse, tout l'onctueux, tout le moelleux de votre pHe tendre, ô mes chères petites coquettes! pour recevoir ignemcut le visage délicieux de madame de Châtetano. celui non moins gracieux de la marquise de PonpidoBr. el les traits lins, spirituels et agaçants de la mmpui du Barry. »

Ainsi enfermé, ainsi causant, jouant avec ses bcDs porcelaines de pâte tendre, monsieur de llenussarl id le plus heureux des hommes. Il se met à genoax demi elles, il les adore, il les aime d'un amour proTond, d plus enthousiaste, plus poète que PygmaliiNi, il ne voidrail point animer 5a Galatée; il ne lui tnwrepeÎDl oae imperfection : l'auimcr serait la décomplèler, lu ôler son charme. Sa Galalée, â lui, ne vieillira jamûs : les f«>mmes peintes sur ses tasses .seront tonjo'irs JesMi; les bouquets fixés sur ses vases et ses assiettes scroÉI toujours frais et verdoyants; rien de tout cela n*aiinfc décrépitude : l'avenir sera comme le présent. Pygnafilii insensé dans ses désirs, créa la vieillesse, les rides, kl cheveux blancs et la mort pour l'objet de son culte A* mour, en demandant aux dieux de lui donner h lit Monsieur de Menussard se complaît dans rînsettnUM de sa maitresse, dans la matérialité de son idéaUsriM. Il lui prête toutes les grâces qu'il veut lui trouw; 1 lui témoi!;ue un amour passionné, qu'il sait emplfr t sacrifices. Il jette en holocauste devant la pAte tendre t Sèvres, d'abord cela va sans dire et sans qu'il soit II" soin de le dire, la pâte dure, sa sœur, et la porceiaiMi la reine, sa cousine ; mais encore le vieux Japoa, h

LES COLLECTIONNEURS

vieux Chiue, le vieux Saxe, et jusqu'à l'admirable terre de Beruard de Palissy, jusqu'à la terre ilaliennc de Faënza, aux riches peintures, aux décorations raphaé* lesques, jusqu*aux bas-reliefs de faïence de Lucas dclla Robbia.

Il ne connaît qu'une seule chose, n'aime, n'adore, ne chérit, ne vénère, qu'une seule chose : c'« st la pAte t^'ndre de SiWres; le reste du monde peut s'écrouler, s'abîmer, il n'y fera pas attention. Jamais il ne lit un jour- Bal ; il n'est point éligible, ni électeur, nî{çardc national, ni quoi que ce soit; il est l'amant de la pâte tendre de Sèvres. Celle passion de la collection, cette folie, celte idolâtrie pour la pâte tendre de Sèvres, ont pour ainsi dire exilé de l'espèce humaine, de sa coufraternilé et des sentiments humains, monsieur de Menussard, Pont rendu égoïste, dur et inflexible dans ses résolutions, avare pour tout ce qui n'est pas pâte tendre de Sèvres. Il n'a aucune pitié des pauvres ; le récit d une grande infortune ne tirera pas une larme de ses yeux; il verrait brûler tout un quartier de la ville (|U*il ne bougerait pas de chez lui, et qu'il n'en prendrait aucune émotion ; mais, si une de ses tasses, un de ses vases, une de ses assiettes, venait à se briser, ses paupières se baigneraient de larmes; des sanglots, des plaintes, sortiraient

de sa poitrine; il trouverait en son cœur des trésors de poésie pour déplorer la perte de ses tasses, de son vise ou do son assiette, et s'étonnerait que le monde entier restât indiirêrent à t;e malheur; il serait capable de tuer un homme qui détruirait la moindre de ses richesses de pâte tendre. Enûn, il traverserait tous les incendies, tout les purgatoires, tous les enfers, pour sauver la plus petite soucoupe de pâte tendre en danger de destruction, et il ne mettrait pas ses jambes dans l'eau pour sauver un enfant qui se noierait. L'amour est une passion qui rend ftToces c^ ux qui la ressentent : monsieur de Menussard. avec sa clémentine de soie noire, son chapeam gras, sa redingote râpée, ses cheveux hérissés et ternes, sa barbe paresseusement soignée, ses mains glacées de tons terreux, ses souliers ternis, est peut-être de tous les amoureux, de tous les amants de ce siècle, le plus ferveut, le plus sincère, le plus vrai, le plus enthousiaste, et le plus excusable par conséquent dans son égoïsme et sa férocité.

À côté de monsieur de Menussard, on rencontre souvent . au palais de la Bourse un célèbre collectionneur d'aute* graphes, qui possède de l'écriture de toutes les personnes célèbres; mais depuis six mois il est atteint d une alTcctton mortelle : dix lignes de l'écriture de Molière lui onl

Turis. liii,i. «.e i.uo.a.il Iiun, luc bciiiK*i.uuis, 46.

LES COLLECTIONNEURS

éch.ippé, et sont devenues la propriété d*un célèbre amateur anglais. Aussi n'en rt viendra-t-il pas : ses jours s'éteifpifnt: il ne voit plus, n'entend plus, marche comme un malheureux sur qui pèserait quelque implacable Catalité; il se considère comme un homme déshonoré; sa collection d*au(ogrnphes était n'putée la plus belle de toutes les collections connues, maintenant elle n*est plus qu'en seconde li^ne.

Monsieur de Menussard hausse les épaules en voyant passer Tamateur d'autographes; il dit même que c'est un fou.

Et. en effet, l'amateur d'anto.î^raphes, comme Tamateur de prUe tendre, comme l'amateur de tableaux, et tous les amateurs qui poussent h ur amour d'une seule chose jusqu'à la passion de la collection, peuvent être classés parmi les fous, section des monomancs: car ils se sont attelés à une seule idée; car ils ne voient rien au delé, car tout Tunivers^ toute Texistence, se résument pour eux dans 1 idée qu'ils poursuivent et dont ils sont poursuivis.

Drs monomanes collectionneurs, il y en a de toute sorte, de toute espr»ce. Tout Paris se raj-pelle ce vicomte de..., qui faisait collection de cheveux roux célèbres, et qui prétendait avoir en sa possession de ceux de Jésus- Christ.

Un autre monomane collectionneur, dont tout le monde a ri, I assemblait une collection complète des plus petits souliers de T mme qu'il lui«fiit possiMt de se procurer : on les voyait chez lui rangés sur dos tablettes et étiquetés comme des livres dans une hibliothoque ; il connaissait tous les pieds vivants et tous les pieds morts; un joli pied bien chaussé le transportait d'admiration; il s'en considérait amime le curateur uMIgé; s*il ne connaissait pas la femme qui en était possesseur, il prenait sur elle cinquante informations, lui écrivait pour lui indiquer la manière de s^iigner son charmant pied, la suppliait de ne point se chausser de souliers trop étroits, lui nommait les cuirs dont elle devait recommandtT l'emploi à son cordonnier, et finissait en sollicitant pour seule récompense de tant de soins une paire de souliers destinée à son dépôt, à son musée, à son trésor.

Lord D... n'aime que les tabatières; il en a de toutes sortes et des plus magniliques, qu il divise en trois classes : les tabatières d hommes célèbres, les tabatières ornées d'émaux ou de peintures, et les tabatières d'une matière ou d'un travail précieux. Lord D... a sacrifié des sommes considérables â cette collection vraiment remarquable : aussi se vantet-il avec orgueil de pouvoir montrer aux curieux six Blaremhergs de plus que n'en possédait le feu roi d'Angleterre Georges IV, grand amatt ur de tabatières et de Blaremhergs, Lu collection de Pelitoit de l«»rd D... est pres(|ue aussi belle que celle du cabinet du roi de France, et tous ses Petitots ont conservé leurs montures de la fin de Lx)uis XIV, époque â laquelle ils furent incrustés sur des tabatières pour servir de présents ropux. Feu monsieur de B..., grand collectionneur d'émaux, a lougtem]is cherché à se faire céder par lord D... deux petits émaux de Limoges, du meilleur temps, et du dessin le plus correct, qui ornent une tabatière que Ton dit afoir appartenu â monsieur Abel Poisson, frère de la belle marquise de Pompadour, et surinten«lant des bâtiments imis le règne du roi Louis XV. Mais lord D... ne c*'de ni D'échange jamais rien ; toute sa collection de tabatières est contenue dans un coffre qui voyage, habite et eoiiclie« si ce n'est avec lui, du moins près de lui. Lord D... a fait deux royages à Saint-Pétersbourg pour se procurer la tabatière de la grande Catherine : cette tabatière sert d'encadrement au portrait de Potcmkin. Lord D... a

substitué toutes ses tabatières i on petit-nevea, âh ml condition qu'elles ne seront pas Tendues* et fi'cfli jouiront de tous les soins et de tons les bonoewif leur sont dus. Une rente de mille lirres sterliagté attachée â cette substitution.

Il faudrait, non pas un volume, mais des centaîsci^ volumes pour décrire et analyser les dirf»*rentes fum des collectionneurs, pour peindre avec des couleurs hm pour dessiner d'un trait fidèle ces hommes exceolriqie ces espèces de Diogènes enfermés dans leurs toeant et ne demandant au monde que de leur laisser b Eh jouissance de leur soleil, de leur goùl, de leor M de leur monomanie. Un de ces heureux, de ces (un, • ces martyrs d'un^ idée, a vécu vingt-cinq ans, cslm avec des momies ; il ne voyait que des momies, et On fini par les regarder comme un peuple animé* viia comme des concitoyens, des voisins; à chacune éti momies il avait donné un nom, sous lequel il laeoM sait, la choyait et la courtisait; enfin, il avait iii] s'éprendre d'un hideux cadavre entouré de bandckl grimaçant une horrible expression, avec des lèvres « visage noirs, retirés, Uélris, sèches: il |»rétendait^ii cadavre ignoble n'était autre que celui de la fille 4i cond des pharaons, (|ue la boîte qui la renfermait m tait on peintures hiéroglyphiques sa royale origine < mort. Une assemblée de savants eul lieu, et, d'apre avis unanime, c«tte momie fut élevée au rang de bu royale, de momie sucrée. Dés ce moment, le coUeci neur, son maître, lui porta un intérèl plus grand toutes les autres momies ses sœurs; il rêva de< jeune princesse; il l'entrevit dans ses songes poK» l'eau aux sources du Nil, se faisanl suivre aux ico de sa douce voix par les crocodiles verts du Seift j.'imais amant n'aima .sa maîtresse comme le coIImI neur aimait sa momie. On ne le voyait presque ph s'enfermait avec la fille du second des pharaons, el puisait en adorations respectueuses devant cette ai altesse royale. Un matin, après une nuit Tiroide et midc, le collectionneur trouva sa momie renverw; l>audages sacrés s'étaient défaits ; le corps de sa èe lui apparut tout entier pour la première fois, m*U U rompu : la chute qu'il avait faite l'avait broyé. El savant de rajuster l'un sur l'autre ses restes inforioi ô douleur! le collectionneur se convainquit qnesip cesse pharaonienne n'était qu'un homme. Ce Inlpom un coup mortel, un désespoir sans nom; il languit f que temps, puis il mourut, et fut enterré dans aoecii de la plus belle de ses momies.

Maintenant, après cet examen fidèle des colledî nrurs véritables, il ne sera pas inutili* d'arriver ani ( lectionneurs brocanteurs, qui sont les calcaïêieurf l'espèce, la honte du i;eure. une énormité comme de poésie soumise â des idées mathémati<|ue3.

Le collectionneur brocanteur a souvent, au prta abord, â la première vue, le même extérieur que le ^ ritable collectionneur; on trouvera chez le brocaatm môme enthousiasme de la chose eoUectianmt, \tmè mépris pour tout ce qui n'est pas celte chose, h wè indifl'érence pour le reste de la création ; le brooili se montrera plus ardent, plus entier, plus incisKif. A son langage; son costume sira celui du savant kpl orgueilleux de sa crasse classique ; il ne prendra an soin de sa personne, il semblera s'oublier lai-même fi ne songer qu'à l'objet de sa passion, et contrefera Vm reux ; il rugira pour sa belle, et cependant oi-t hm ne sera qu'un habile comédien, qu'un jongleor aÉi son amour pour la chose colUetUnméê ne tan fi moyen.

LES COLLECTIONNEURS

i] bomme collectionne pendant dix ans de vieux , les fait relier, les annote, les illustre de gra- Betf i droite et à gauche, et d'autographes pris, où ! il trace, sur quelques pages b'anches laise relienr an commencement du volume, la bioe f aoteur: il signe cet exemplaire de son nom le et de son nom de famille, auxquels il ajoute mem^ de plusieurs académies ; il a un timtimbra les raretés qui passent par ses mains, lombre d'éditions qu*a eues tel ou tel ouvrage; rs dates et le nom de leurs imprimeurs. Peu i braires et les bouquinistes le réputent célèbre )he, car le Journal di la librairie a publié une )n de lui sur les Ald»*s ou les EUévirs, la Sobibliophiles le reçoit dans son sein avec acclales revues retentissent de son nom, Tétranger le avec respect, ei le ministère de Tintérieur le ibiiothécaire d'une des bibliothèques publiques; années plu« tard, il arrive à T institut, et l'on plus du bibliographe qu'en ajoutant à son nom, [)rase obligée :

vaut, dont la France s'honore... • s parvenu à ce point, la comédie est jouée, la n'est plus bonne à rien : il faut procéder avec isme à sa vente. C'est alors que paraîtront des s raisonnes, sur lesquels il sera fait mention de annotations que le tarant dont la France s'hO" odiguées à ses bouquins décrassés et n liés. La I sera vendue vingt, trente et quelquefois quasa valeur, et le collectionneur passera aux yeux e pour un érudit dont les veilles sont consatravaux scientiûques.

re brocanteur dépouillera les églises de leurs !S et de leurs verrières, les bibliothèques de mscrits, et les arsenaux de leurs armes; il pil* pitié toutes les collections publiques; il achéjler à terre de vénérables ruines pour en emlelques clous, quel<|ue8 chapiteaux; partout où prendre, il prendra dans TintiTét de sa collecirodiguera ses conseils aux artistes, il se fera : vingt journaux comme un antiquaire distingué ie tout é 800 goût pour le moyen âge, qui en-

tame sa fortune, qui la dilapide, qui la gaspille ; quelques Ames charitables parleront de faire interdire cet honnête fou; on plaindra sa femme, sa fille et la fille de sa fille, et les petits-enfants de ses petits-enfants. Puis tout à coup; un beau Jour, le collectionneur brocanteur, après avoir préparé ce qu'il nomme,, dans son argot de brocanteur, la place ^ après avoir par une marche habile fait monter le prix le la euriosUé à son plus haut point, se déddera A vendre sa chère collection, le sang de ses •veines, la moelle de ses os, la chair de sa chair, son âme ....

Mon brocanteur s'était foit collectionneur avec six mille livres de rente pour toute fortune; il se retira de son commerce avec plus de quarante, la réputation d'ami des arts, et le titre de membre de la Société des antiquaires.

Après avoir ainsi décrit le collectionneur poète, fou, monomane, il me resterait à parler du collectionneur (àslUonable. Mais peu de mots feront juger ce personnage, qui n'a ni caractère, ni passion, ni quoi que ce soit, et qui n'est qu'un produit de la mode. Le comte de Brevailles, le plus élégant des collectionneurs fashionables, me montrait dernièrement dans son armeria l'épôe de Jeanne d'Arc ciselée par Benvenuto Cellini, et quelques pièces d'un service de faïence de l'admirable Bernard de Palissy, portant le millésime de 1508 et le chiflre de Louis Xll.

En résumé, si le collectionneur est de bonne foi dans son amour, dans sa passion, il s'avance plus ou moins vite vers la folie; s'il est brocanteur, c'est un intrigant, et, s'il est fashionable, ce n'est rien. Je voudrais être député un seul jour pour proposer à mes collègues une loi ainsi conçue :

c Considérant que, depuis quelques années surtout, la France monumentale et artistique est de tous côtés, et pour le bon plaisir des collectionneurs et de leurs collections, dépecée par morceaux,

âtnCLI UIIIQUX.

f Tout collectionneur est soumis à perpétuité à la surveillance de la haute police, s

LE DÉBUTANT LITTËRÀIRi

ALBÊRIC SECOND

e jour ou Dieu enjoîgait à rhommc de croître et de multiplier, il est probable, sinon certain, qu*il entendit parler d'une multiplication honnête et d'une croissance raisonnable.

Toute supposit'on contraire impliquerait de la part de la Providence une incurie complètement inadmissible, quand on considère la sublime harmonie qui régit les moindres rouages de Tunivers. A quoi bon en elTi t tirer rhomnie du néant et Texposer aux mille besoins de la TÎe, s'il ne vous est pas donné de les satisfaire? Certes, il est on ne peut plus louable c aux petits des oiseaux de donner la pâture. » mais il nous a toujours paru que les petits des humains avaient à la bonté divine des droits fondés non moins justement que les petits des oiseaux.

Donc il est permis de croire que Dieu, en créant le monde, lui avait assigné un certain chiffre de population que rhomme, pour son bonheur, n'aurait dû jamais dépasser. En doutex-vous? lisez l'histoire, interrogtz la tradition. qu*y trouvez-vous? des mortels béais au [ircmier chef; savourant, sans désemparer, toutes les joies de leiistenoe ; allant et venant dans la vie. comme sur une pelouse en fleurs, sans regrets, sans soucis, sans alarmes. Il est bien vrai que, par-ci, par-là, survenaient tout A coup des épisodes désagréables, comme le déluge €■ rinceudie de Goir.orrhe : mais qui donc, par une belle matmée de prlotemjpt, spleodidemeot édairéet t*est ja-

mais inquiété des taches que les astronomes osla man|UPr dans le soleil? et d'ailleurs quel roi pî de la terre peut se dire â l'abri des atteintes bo«{ du rhume de cerveau ?

Mais, hélas! à mesure que les siècles oAm l'humanité s'est agglomérée comme oDe Ibimw de neige. Alors, les pelouses en fleurs ont bit pi des sentiers rudes et escarpés; désormab dâ press«>, se coudoie et cherche i supplanter m « c Ote-toi de là que je m'y mette ! » devient b è la mode, et l'égoîsme une nécessité vitale. D m en serait-il autrement lorsque la moindre pboev ne compte pas moins de deux cents rivaux b^arti que tout se dispute avec une ardeur sans cpfc. feuilles de ministre et bureaux de tabac? quai vingt fois plus d'avocats que de prueès à pai peintres que de portraits à faire, de soldats qm < toires à gagner, de médecins que ds muMn i quand toutes les issues sont envahies, i déi s. encombrées ?

Sous l'Empire, où il était convenu i ^ braver la mort constituait une position non faisait de larges trouées dans cet i jeunes hommes sans direction et sans choix. Im sent que l'humeur belliqueuse n'est plos i fi jour, il ne reste à la jeunesse que deux < plir : le barreau et la médecine. Or, i ver il faut, à toute force, passer par des ck sont pas toujours bordés de roses; ces deux professions regorgent d^4 d'aï 1 inouïe de pauvres diables qu'on voit se disfibr et malades avec tout l'acharnement d*an appédif le jeune, il suit de là que nombre de ploMi^ 1 pour prendre des notes au cours de M. OrfHa. i par rimer des élégies, et qu'une fooledÉ oUa*

LE DÉBUTAXT LlTTÉRAmE.

a l'origine pour rédiger les leçons de M DucAurroy, enl en dêÛnitive à recevoir nn plnn de vaudeville, à sgistrer une scénario de mélodrame. — - Car. en dépit l'axiome latin, on ne naît pas, on nVst jamais né le. Avez-vous onî dire que M. de Lamartine ail fait vert au maillot, ou que M. de Ch teaubriand ait é, autrement que pur des cris et des pleurs, la venue a première dent? Donc, sur trois mile jeunes gens la province envoie chaque année à Paris, ce Minoe de pierre, on en compte huit ou dix à peine qui urqueiit dans la cour des messageries avec Tintention lelle de se faire littérateurs. Le reste arrive sous le eite d'étndier le droit ou la médecine, et ce n'est prés 8*étre écorché aux épines de cep deux sciences, it tvoir absorbé Targent des inscriptions, que, du

00 beau matin s'imaginant ressentir Tinfluenre see. Ils enfourchent leur plume comme un courNier doit les mener rapidement à la gloire et à la for- I, et 8*emban|ueQt joyeusement dans leur encrier, . ils transforment les petites vagues noires en flots « du Pactole.

odyssée d'oo débutant littéraire étant celle, i quel*

1 circooifttances prés, de tous les débutants imagina*

blés, nous allons raconter Thistoire d'Eugène Préval, un déhiiiaiit de ces dernières années. Àb uno dUceomnes.

Vers la Gn de t854, Eugén« Préval, le cœur plein et la bours3 vide, monta en diligt^nce, et, pour ia premi«>re fois de sa vie, dit adieu à sa famille et à sa petite ville de ChAleai -Chiuon. Son père renvoynitâ Paris pour étudier la procédure et se former aux belles manières, i raison de cent francs par mois, sur quoi il devait prélever Targent nécessaire à la nourriture, au logement, au blanchissage, aux inscriptions, d rhahillement, à l'éclairage, au chanfiage et aux mmns plaisirs. Trois semaines après son débarquement, Eugène avait déjà mangé l'argent d'un trimestre, et nourrissait dans son cœur une haine invincible contre tous Xea codes civils imaginables.

Un soir, pour se distraire, Il s'en fut au Gymnase, ou Ton jouait trois pièces de monsieur Scribe. Le hasard l'ayant fait voisin de deux mes.sieurs bavards, il n'eut rien de mieux à faire que d'écouter la conversation qui pouvait se résumer ainsi : < Combien pensez-vous que ça soit payé à Scribe des petites choses comme celles qu'oo vient de nous représenter ? — Biais ça peut bien lui rapporter de cinq à six cent mille francs par année. — Ah !

LE DÉBUTANT LITTÉRAIRE

l»ah I • M.1 parole. — Farceurs d'écrivains t on in*avail dit qu*iU mouraient tous de fnim à l'hôpital. — Plus souvent ! le cousin du brau-frére de Toncle du parrain de mou portier est valet de chamlire chez un journaliste; on ne lui paye se«i pactes qu'en bijoux ou en perles flnes. — Tiens ! tiens ! Si je ri tirais mon petit troisième de chei le droiruiste où il est en apprentissage, et si j'en faisais un homme de lettres ? Quand même il ne pgnerait que cent mille francs en commencnut, ça m'irait encore, allez : >.

Rentré chez lui, notre héro^ 6t un auto-da-fé de tous ses livres clas*ii(jues, et s'écria, non sans lancer un regard de ('ft^dain sur sa mansarde : c Et moi aussi je serai homme de lettres! %

Eiiî^i'ne se n*veilla le lendemain à l'état de débutant liUêraire, c'esl-:'i-dir»? qu'il employa sa matinée à noircir quehpies innocenter feuilles de papier, et son aprèsmidi à dâ'ouvrir, dans VÀlmanach des vingt-cinq mille adresses, la demeurf de tons les journaux parisiens. Le surlendemain, il entra dans cette voie de déceptions et de déhoires où. pour réussir, il ne faut pas que du talent, mais aussi du courage, de l'adresse, de la ruse, de la souplesse et de la diplomatie; voie ardue qui aboutit si souvent à la misère, quand elle n'aboutit pas au suicide.

Euirrnc Préval s'en fut donc offrir son article à la Revue des Deux-Mondes, qui le refusa à titre d'immoral; puis <i la Revue de Paris, qui ne put l'admettre comme entach('> d'une moralité par trop dlirne de feu Berquin. \^Sièrlt'\{: trouva iroj» lonpr, et le Courrier Français le trouva trop court; le National jui-ea que les idées qui y élaient émists \u* cadraient pas avec sa ligne politique, el la Presse déclara la prose d*Ëugéne éminemment iureiidiaire et di^ne en tout point de figurer dans b-s colonnes d'une feuille anarchique. (Juant aux petits journaux, ils se tirent les imitateurs servîtes do leurs grands confrères, répondant, les uns, qu'il était trop fade; les autres, (|u'il était trop méchant; ceux-ci que ridée s'y niontiait d'une niaiserie banale, crlui-lâ que le fond en était d'une extravagance impossilde.

Deux mois se passèrent ainsi. Eugène faisait, journée commune, de trois à quatre lieues par les rues de Paris, allant du ((uartier Saint-Jacques à la Chaussée-d'Antin, et du faubourg Saint-Gormain au faubourg Sait.:-llonoré, bravant la )duie, la crntte et la froidure, supportant sans sourciller les refus souvent impolis des rédacteurs, et les grands airs des garçons de bureau, gens espiègles à la façon dt^s petits clercs et toujours prêts à molester les sollieittiur^. A la On pourtant, et de quelque solidité que fussent douées ses illusions et ses bottes, les unes et les autres, gr.1c«> aux rudes échecs qu'elles avaient eu •i subir dan^ le cours de leur carrière, comn:encèrent à s'user sensiblement; Eugène, médiocrement alléché par ces prémices littéraires, en était venu a se demander s'il ne lui srrail pas bien plus profitable d'étudier le droit, et puis d<' s'en nller dans une ville de province défendre la veuve et l'orphelin sur le pied d'un écu par tête. Mais, un jour, comme il mtmtait la rue de Sorbonne d'un pns mélancolique, ses regards furent subitement fr.ippés à la vue d'une aHiche colossale conçue en ces ternies : ff Le Chérubin, journal litléraire, paraissant le jeudi de « chaque semaine, etc. Prix : 2i fr. par an. Bureaux, c rue Guénégnud, 25. )»

« Le Chérubin! s'écria notre débutant le cœur rempli d'espoir; le Chérubin, un nouveau journal! le seul qui ne m'ait pas encore refusé... Essayons-en avant de couper mes ailes, n Et aussitôt il vola à son hôtel, interrogea l'aroane mystérieuse de son secrétaire, et reconnut,

ô joie surhumaine ! qoe draz pièces de cent sons \n mtalent encore. C'était plus qu*il n'en fallait; et. rvvtal ses habits les plus conTcnablest* il 6*einpressa de eovr A la rue Guénégaud.

Le ChéruMn était une petite fenille inodore qn mi pour spécialité d'être tirée siir papier rose et de o'a«w jamais eu besoin d'nn caissier. Personne, mim aora doute, n'a gardé souvenir de c«t estîmabU journal, an n'est son infortuné imprimear. à qai probableiacM i reste encore dû quelque vieux reliquat de compte. LeÉ Chérubin florissait au numéro 25 de la me GuéoHp^ vieille maison triste et froide; et ce qui, sur les afSJcki^ était baptisé solennellement da nom pomp«axdt kreaux consistait dans nne seule chambre, meublée im banquette circulaire qu'on avait oublié d»* remboam au fond se trouvait une alcôve fermce, ornée d'oa liia sangle, où venaient coucher alternativera< nt ceox es rédacteurs qui étaient dans de mauvais termes avfcPv propriétaires. Lorsque Eugène arriva au Ckénh^ i rédaction tout entière s'était comme donné reod^i s^ aux bureaux, qui étaient encore encombrés d'une ^ùzaine de jeunes g ns en train de révolutionner le littéraire et d'cr/itnerenbloc toutos les ilhistratinesr» temporaines. Eugène demeara plusieurs minute* su»oe tourner la clef d.ms la serrure, tant il lui .vmbbiip l'aspect de ces hommes devait être impos.int e! miJAtueux; puis, d'un mouvement convulsîf, il oinrit la et pénétra dans le sanctuaire. Il eut un éb!oui««eitM Tout en discutant, la rédaction du Chérubin btUMï semelle d^ins le hut ingénieux de rêcliaufTer onof» discussion, qui était aussi chaude que pnsMUe. mùsm pieds, que l'absi nce de feu, au cœur de janvier, «d singulièrement r froidis.

La foudre tombant à l'improviste, au cœur de rV« et par un ciel d'azur, sur la rue Guénégaud. o'ôl ^ causé une plus grande surprise que la visîle d'Eipa Prévnl. C'est qu'il ne vint pas son article i baâ comme vous vou> Timaginex; il entra porteur et mu francs, qu'il déposa nobbment sur In tahleendlsMlfl paroles si éloquentes dans leur simplicité : a N( je viens pour nt 'abonner! » Sitôt qu'il eut les tournés, la rédaction se kva comme un seul courut immédiatement convertir les six livret d'Esfai en marrons et en vin blanc, que l'on s'eropresa dei» sommer à la santé de la gent abontiable.

Or, voici le raisonnement profond que notre bêrw^ tait tenu â lui-même : c 11 est impossible qoe leCftii^ bin refuse les articles de son unique abonné. • Ea cil lorsque, une semaine après, il apporta sa prose* m Fir cueillit avec un véritable enthousiasme ; eUidalvdi* jour, Eugène fut admis à l'honneur insigne di mirk^ Ire la semelle et échiner quiconque dansi IssWrttttfc Chérubin, honneur dont il abusa qualone betni|f jtmr. [Sous devons ajouter que, durant les trois maii^ ladite feuille survécut a son premier a bonneneat^Bv n'eut pas occasion de voir apparaître le moîodre mtl ni la plus mince liouteille.

Il est un fait digne d'être observé, c'esl qve la à née des choses qui ont été reçues dans I origine ave thousiasme finit presque toujours d une façon iMfl ble. Sans parler ici des quinte cents lrsj[ridiiii, li reçues avec enthousiasme au Théitre*FVançaii» tf toutes sont appelées à une moisissure êlencUti Ml terons l'article d Eugène. Savet*vous répoqae ail^ au monde? Juste le jour où le ChiruMm lai dM éternel adieu. Quoi qu'il en soit, mieu vaut Ivi I jamais, et notre débutant, qvi n'avait pas la nuit, dut être, ce jour-là, rangé dans b

LEDÉBOTATïT LITTÉRAIRE.

ommes vertueux, car il aima i voir lever Taurore. En- D, il était doDC homnte de lettres ! Gomme les autres, il trait donc aussi kod œuvre imprimée ! par malheur, ce u'il avait de plus rare que les autres, c'était une myiade de fautes qui parsemaient son œuvre, résultat instable de son peu d'expérience en matière de correclons typographiques, témoin un passage où il avait cité ladame de Staël et où les compositeurs avaient imprimé bstiiiémenl de Staal. Après deux corrections demeures sans résultats, il crut devoir ajouter, en marge de épreuve, n'oubliez pas mon é, s. v.p.; aussi eut-il l in- Baçable satisfaction de voir qu'enOn il était compris. n corrigeant son article on avait bien laissé de Staal, lais du moins on avait eu le soin d'ajouter entre parenléses : iN*ouhliez pas mon ^Ez, s*il vous plail). — A art cette petite contrariété, Eugène fut exactement le lus heureux des hommes. Il porta à la poste trente xemplaires du Chérubin; il y en avait pour tontes les Qtorités civiles et administratives de ChAteau-Chinon; ais il entra dans les cafés de sa connaissance, dans les ibinets de lecture qu'il put découvrir, partout demaoint le Chérubin et n'en sortant qu'après avoir savouré internent sa prose. — Le soir, avant de se coucher, il écrivit ci lui-même plusieurs lettres portant la suscripon suivante : a A Monsieur Eugène Préval, journaliste t homme de lettres, » aOn de bien constater sou identé aux yeux de la portière.

Le Chérubin mort, ses rédacteurs très- ordinaires sentent un vide immense dans leur existence d hommes. es uns rejrretlaient fort de ne plus avoir à leur dispoition cette bénévole tribune où ils s installaient tout à $ur aise pour haranguer la foule qui ne les écoutait as ; ce que les autres déploraient davantage, c'était d'agir perdu un asile et un lit de sangle assurés ; bref, il it résolu à l'unanimité qu'une nouvelle feuille serait mdée; et. pour solidifier son existence, on décréta en Qtre que le journal serait créé par actions. C'est alors Qe naquit la Revue de France, soutenue par une société 'actionnaires-rédacteurs, s'engageant à payer une cotiitioD mensuelle de quinze francs, dix francs ou cinq «ncs, suivant retendue de leurs moyens pécuniaires. BOX qui donnaient quinze francs avaient droit à faire inirer deux et trois fois plus d'articles que les autres. 11 ait enjoint é tous les rédacteurs, sous peine d'exclusion trmelle, de n'entrer jamais dans aucun lieu public sans ^mander à grands cris la Revue de France. Que si, par npossible, un butor de garçon répondait : « Connais as l 3 le rédacteur devait sortir sur-le-champ, sans conimmer autre chose qu*un verre d'eau (sans sucre) et un ire-dent.

Eugène prit part, en qualité d'actionnaire à cinq francs, la fondation de cette Revue, qui devait être, suivant la tanière de voir du prospectus, une pyramide littéraire, l qui ne fut rien moins qu'une sœur jumelle du CliérU' to», a une exception près cependant : le registre des lonnements décéda vierge et martyr.

Encouragé par deux succès d'un si bon augure, notre ^s passa d'emblée à la rédaction de plusieurs feuilles lonymes; et, ayant oui dire que tous les gens de lettres a peu bien situés étaient plus ou moins admis dans le Dudoir d'une actrice célèbre, il songea é faire son choix. D conséquence, il écrivit treize lettres passionnées a la iquante Frétillon du Palais-Koyal, la prévenant qu'il attendrait dans la grande allée du Luxembourg, sur le Is-Deuviéme banc de gauche, en face de la guérite dn ictionnaire; mais l'actrice ne fit aucune réponse, et 0U8 ne savons pas ce qui serait advenu de notre débuuat» %u i la même époque, et comme cataplasme, un

desjoamaux dont il était Tassidu, mais peu rétrihdé collaborateur, ne l'avait convié tout à coup à dç célestes béatitudes.

Du jour où il avait mis le pied dans la vie littéraire, Eugène s'était senti dévore par un fougueux désir qui ne Ci'ssait de l envelopper de ses replis ardents, comme la robe du Centaure. Il aurait donné dix années de sa vie, di<ait-il, p^ur avoir ses entrées à un théâtre ! et, chaque fois'quH passait devant un spectacle, lorgnant d'up œil d'envie la porte spéciale des artistes, il murmurait in petto: « Sésame, ouvre-toi î » Or, le journal dont il a été question ci dessus hii donna, un beau matin, une lettre de créance auprès des Folies-Dramatiques, en le chargeant de rendre compte des premières représentations. Eugène habitait alors la rue des Maihurins Saint- Jacques, située a trois quarts de lieue du boulevard du Temple, ce qui ne 1 empêcha pas de .se rendre à son poste pendant quarante jours consécutifs; on jouait je ne sais plus quel indigeste mélodrame; Eugène l'apprît par cœur et ne tarda pas à devenir d'une force extraordinaire à Tendroit des appréciations critiques de la (roupe drs Polies; chacun de ses feuilletons regorgeait d'interpellations consciencieuses adressées à madi moiselle Alphonsine pour qu'elle prît un peu plus exemple sur mamoiselle Anastasie, et à M. Auguste pour qu'il copiât un peu moins M. Adolphe.

Un soir, par faveur spéciale, il fut admis dans les coulisses. Il ne se sentait pas d'aise; ses joues étaient enflammées, son œil étincelait, son cœur battait à tout rompre, non de peur, mais d'une sainte émotion ; on eût dit un jeune sous-lieutenant é sa première bataille, il rêvait des voluptés inouïes; lesdites voluptés se réduisirent à recevoir sur la tête un nuage qui lui défonça son chapeau, dans les jambes, une chaumière qui lui ravagea les tibias, plus une lune huileuse au milieu du dos. sans compter \e> bourrades du machiniste et les ruades du pompier de service. Au moment de quitter ce lieu de délices, il perdit piid et s'abima subitement par la trappe du crime, la même qui venait d'engloutir le traître de la pièce...

Eugène, dans cette soirée, perdit une illusion et gagna une entorse qui le força à garder la chambre pendant une quinzaine de jours. Il employa le temps de sa con\alescence à fabriquer un vaudeville comme, de jugement de directeur, on n'en verra jamais ; la mise en scène du premier acte, entre autres, était écrite d'une façon prodigieuse On y lisait celte phrase textuelle : a Le thÀltre représente des paveurs; é gauche, une demoiselle. »

Les directeurs de Paris eurent tous, je n'en excepte aucun, l'indélicatesse de se priver de celte œuvre remarquable, y compris celui du Théâtre-Français, à qui elle fut adre.ssée sous le pseudonyme de comédie. La recette, à cet égard, est des pltis simples : d'un habit veut-on faire une veste; on en coupe les paa*. Eugène supprima les couplets peu rimes de son vaudeville, et le tour fut joué, mais non la comédie.

Cet échec fut cause que notre héros dit un étemel adieu au théâtre et rentra dans la voie feuilletonisante, où l'attendaient de nouveaux et Itrillants succès.

Ce fut é cette époifue qu'Eugène eut envie de se faire lithographier des cartes de visite. Ayant manifesté devant un ami l'embarras où il était de ne pas avoir une qualité distinctive à se donner en épithète; ayant ajouté, en oa- Ire, qu'il se contenterait de la moindre chose, fût-ce même du titre de la Légion d'honneur, l'ami lui conseilla de se faire pré>enter à l'institut historique, et. moyennant six pièces de cent sous, Eugène fut mis dedans. De

LE DEBUTANT LITTÉRAIRE.

ce moment il eut le droit de ne fNm assister a des séances mi'Dsoelles de liltérature et de géographie, réunion pleine de charmes, où une trentaine de gens qui n*ont rien à faire se donnent rendez- vous dans le bat spécial de te réciter les uns aux autres de petits apologues naïfs et des fables Innocentes.

Non content de ces titres à Tadroiration de ses contem|»oraiBS, Eugène, que les honneurs commençaient à enivrer de leurs vapeurs odorantes, résolut un malin de se faire le séide d*une illustratiou avouée Jugeant le Parnasse trop haut placé pour ses ptlitcs jambes et la gloire un fruit trop élevé pour ses petits bras, il prit la résolution de se cramponner à la célébrité dont les jambes lui semblèrent assez vigoureuses et les bras assez longs pour atteindre l'un et cueillir Tautre. Son choix fait, il écrivit la lettre suivante, empreinte de toute la franchise et de tout le laisser-aller dont il fut suscep- Uble :

c Monsieor,

c La lecture de vos charmants ouvrages m*a depuis c longtemps inspiré le désir de vous témoigner de vive c voix tonte Tadmiration que je ressens pour vous.

c Agréez, etc.

c Eugène Pbévai, homme de lettres. >

Deux jours après, il recul une réponse aind e»

ff A H. EC6È5E PIIVAL, BOnR M LlTTHi.

f Venez. — Je suis tout à tous. — Vous frc» « main d*un camarade qui vous oBre son amitié e « cellents cigares. •

Un fait é observer, c*est que la plu|»art dt aosj hommes fument. Srrait-cc donc pour cela qalb n si souvent la pareille â leurs lecteurs et à leurs lih

Il y a déjà quatre ans que se sont passpes toM choses et beaucoup d'autres encore; et d'aîlleon.c le prétend la sagesse des nations, à force de Cor. devient forgeron. Vous ne serea donc pas surprit je vous dirai que notre débutant» après avoir soeo ment passé de journaux payant mal à joumaaz | mieux, et de journaux payant inieu\ â feuillef | bien, en est venu maintenant à jouir, tout or«i autre, d'une petite individualité sufQsammeDt Sic Il n'est guère d'imprimerie parisienne qui ne cos la forme de sa copie, de publication^ honnêtes qai comptent parmi leurs collaborateurs. H. Curmfrh demander probablement un article pour ses Fn peints par eux-mêmes, et nul doute que Dantao ic presse de lui ouvrir bientôt son Panthéon grotesqi

LE GAMIN DE PARIS

JULES JANin

I est le frére de la fj^ri- . Nclfc : frère lépîlîme ou illégitime, quMmporle? il est cMifant de bonne race : car, à coup sûr, son grandpère était à la prise de la Bastille; à la Révolution de juillet, son père est entré le premier aux Tuilerii*s, et il s'est assis sur le trône du roi : c*est une rice de gentilshommes )nt les titres se sont perdus. Mais cependant suivez le imin de Paris dans la rue : cet œil lier, cette démarche irdie, ce sourire moqueur, ces petites mains, ces petits ieds cette tête bouclée, ne retrouvez-vous pas tous les mvenirs de cette nalbn à part dans la nation française, iii depuis le commencement de la monarchie a joué le Me principal dans tous les mouvements qui ont changé , face du monde? C\st surtout le gamin de Paris qui 3urrait dire comme Figaro : Si le ciel l*eût voulu, je raie fils d'un prince. Mais le ciel ne l'a pas voiUu ; otre héros est bien mieux que le (ils d'un prince, il est imin de Paris.

D*oû il vient? quelle est son origine' où il va? Eh! Ites-rooi d où vienmmt ces moineaux francs qui ont turpé sans façon les plus belles places et les plus beaux irdîns de la ville ; aimables, effrontés coquins, ils sont !8 maîtres du Palais-Royal, dont ils animent encore le louvement; les maîtres du Luxembourg, dont ils anilent le silence. Au jardin des Plantes, ils prélèvent une irge dime sur la part des lions et des tigres ; aux Tuliries. ils vivent des miettes tomb'es de la table du roi, ins demander quel est celui qui règne ; ils n'ont pour iix ni le plumage, ni la gr.1ce, ni la beauté, ni aucune es qualités des oiseaux chanteurs ; ils ont la vivacité ,

l'esprit, le coup d'œil ; ils sont mieux que hardis, ils sont familiers. VtVitahlement je ne serais ]>as étonné quo le gamin de Paris tt le moineau franc ne fussent les enfants de la même nichée. Mais que la ville serait triste si elle était privée de ces piauleiirs !

A peine réveillé, le gamin de Paris devient la proie des deux passions qui font sa vie : la faim et la liberté. Il faut qu'il mange, il faut qu*il sorte. Donnez-lui tout de suite un morceau de pain et le grand air. Il est bien vite habillé, une blouse eu fait raiïair:'. Quand il a plongé ses mains et sa tète dans l'eau froide comme on joyeux caniche, sa toilette est faite pour tout le jour. Son père ne s*en inquiète guère : car le père a été jadis un gamin de Paris, et il sait comment cela s*élève ; mais sa mère, en sa qualité de Parisienne et de mcre. est jalouse de la beauté de son fils; elle a toujours pour lui une chemise blanche, un coup de peigne, un baiser, quelque menue monnaie; et puis, adieu, mon fils, te voilà lAché, empare-toi de la ville, tu es le m.iitre. tu es le roi de Paris, la ville est faite pour toi, elle doit t*obéir ; malheur au provincial, malheur au bourgeois, malheur au mnl-appris qui ne voudrait pas rer4)nnaitre, dans cet enfant qui passe, le souverain de cette grande ville ! Lui cependant, une fois lâché. Il regarde d*où viput le vent, et il obéit à son seul maître, au vent qui souftle. Entendez-vous déjà son joyeux petit cri qui se mêle aux cris de l hirondelle matinale ! « 0 eh ! ô eh ! B Et à ce cri vainqueur soudain tous les échos répètent : « 0 eh ! ô eh t b Car c'e»! U l'instinct du gamin de se réunir de se reconnaître, de mar* cher en troupe serrée C'est écrit dans lu Bible : < Il n'est pas bon que le gamin soit seul. » Quand il est seul, le gamin s'ennuie, l'appétit lui manque, ses mains sont oisives, ses pieds légers sont de plomb; mais, dès que la bande joyeuse s'est formée, la main est alerte, le pied est léger, le regard est rapide, la poitrine se dil" ^. tous les instincts guerriers de ce petit peuple se réteillent à

LES COLLECnONSEURS.

La troiMcme espèce de collectionneurs e&t celle do colh*ctioniii*ur fdshionalilo, de celui qui s'eU fait collecti«>nniMtr |K)ur obéir à la inoJc, pour avoir comme tout le monde uu salon Louis AT. un boudoir Rt-naissance. el une salle à manjrer quatorzième siècle, aver que1«{nes lanii's d** Tolède, quelques t.r^es. deux ou troi< h.illeb.irde«, uu ra^^que de ligueur, un h inap dnns lequel il bitit lorsqu'il se trouve eu |Té>ence de ses amiN. t|uelques criiolii'S n.iw.tndeH en jir.-s bleu el i^is. el trois vi Iraui iiitiTceplaut le soleil, el ne liissanl pasNcr à Iravrrs 1.1 feui'tre qu'une lumi-re jaune, r.mge ou b'eue, qui lui pri'-le la mine d'un hoit.nie allfiul p.ir la j ■uni'-se. la û'*re vc.irlaline ou Ir ch.>lérani «r-u*. jtour peu qu'il >e iivuve sur le paN&ige d'un des rayons du soleil dé- OiiM* qu'il iai>i^ parvenir jusqu'à «^^n fauteuil.

T 'iil c.'lle^lionneur rentre m'-c^ssairemenl dans une df* ir-ix clas'^es que je viens d'indiquer : 1»- colleclion- Deur f u. le ixVKcii.'oneur brocanteur, el le collectionneur |o.r n:.vie.

r*:nii le> collectionneurs T'us le* poêles du genre, le j'iî* reroTiîirë esl un |elil \itil'..rd vc. ridé, rifé, re:;}^:". ecMU» jv d une Mvie Je jn":n.le redingote bru- . tiiiTr, U lè.e PiV »jTirlf diine eUmentine de >oie nr-ire, I fvir-ifjNus laquelle se pn'.ass:' -n êi! »rme clp|.'eau de .^^:i■-^ i.'..:-->e ^r»* J*n i.ri^. .:r:s îe h. f nne. jns i^ pl>T, a-ii it b co f-. "?s de jarl-jul. vi qui. de- ; . > :r«: :i i"*. |S5 sie Tv-: ..-^r» r < r.l -vec son m .iîre à : .'^ >> v>f îî-«. v^ fro-î :e 'wo Un. «lUrî p.îe tf-mps ; . ;ivx*. *-r îe* ; ais <i c*::z lous le* m^rchu ds de :•:••: I- r::. ».\ chif>îrj «; •>i ri.vipe sont omutis >oj> ^ .yr- Zi -orx-e.r ie >lri*>^'r]. Lh bitn! ce cliaf-eiu *; ."^i xsTi*. .>f ?!:>rsi5?jr U M-^nusMrJ, tn un moi, ■.•»*.■•;■: * ■- rr-i-'-"!.: .:;-:■* :? '«•:li •:! de porc»binvs Je >-■-«>. j,;fc tc^ff : :î*ç* :-i •]■::<'»«* "rnifiies. Jjii> «s :■ T--S. ii.:^ «s ei j ". s, >: > : ■? a :*■ rr -: < c«.^rî' m e d.i ri s i:i :.iIj:i*j:. :■;> ff^ic^ entiers. Jes cabarets, li'S •T^e* ru pu:*! :.itiirv ie S.»?*:*, i f.^=i oi i bNiriis jr'i> .•■■:'i. îiT .-c^r; ::**e. vçf.-e.T: n :J.' etr.ise itudre. \, r"> i';'i.i ] :> i-i !>?• ii-.'r-'h-es. d-? jourso*i:es et d'inquié- .i»ii>. 1 ^ -^: *i ;. l'i ..r-T. I la jijc*? ie \i Bourse, en '»:;i..' j.. ; ...• j.:e î!i-'i'.:e 11: lerrw^ de lib!e des frin- •»•»' !■■ \ ti.i i. -ft ':'. ■ t i-jy- •jçLte mii'.e francs, fu netii .'i9ii'-.c .£!■•^^|H^i. C'mi',.*}»*^ j' ci:q piece>. portant le ::i..r.v .A .'■rt.'u>>i;u il fi i ju-^ XV. ue lui est pas re- ■ Tij i ï luh.K jH JiMie Ttr.W-; iVinos; il est vrai de dire l le : .]•■•]. !•' Je< pi-.'ces ie et! jjbjrel prvcieux e^t ornée !•• nvi .l.'.tîs ?ii si?/it jt'iiiics -jiiKiques-uues d','s nui- •»CN n M r-i.i.în .!'.■! rriu.:.iis. IHjjx *ases â fleurs :' As 1 ■ .if'--.i » I -n -ii:!:^ Jj B'-rry ol:1 été l'oi-jot de -V - . jx .^ :. ix :.ei-N-»-;M.:*.s. o sos i'i.|uiét.:des les

.* ! •- . ■» . . '-'* • -> î '.i^ :'■'.!'. '.S. 1 o< J^ux v.isi.'s ■-><. ...:.•:. j :r*. ■. ^^ ;.:\.n> Je \oluies et de •' .'.-J i\ »■*.<!■■::': .-•,•> ;:: .v d: Je.îx cvi leurs, par-

V :. 'N : \ ' . s .- •; ;jrs Le!::ls J'j^r.'s le cf l l>rc ^ - " i ■■■:.: ' •. . 1 : î *:e \ îî:ar.i-.iis t.niK>iis.Mir. i . . >\. . i ::%> yr e l'.i" vijs pus q:ti'l!e voie. i' - . ..... . . V :j ■ —; '-'o >.» ;\v :ir Jo li^i^TO,

V . • ; ; i .. s :.'.: . -Ni :: .o \o i' cl j\ix s\*îî Jo- I . . . - . . ■ . ; V.- ■ SX :-.î .0 .1 «"l lt"N J''sncvÎ.t . il

5 . . .' . . v.\ ■■ . :. ;'. "i i' Ir-t'.N,*. il \ ■.»:..■ U'. Itw 1. . •- . ....-• . -• .î''.!\ >j ii\;;-.l *e. l\':' !.i:«l J u\

* » » . . i . . .' •• s .; ■■ / x ■:.': Je Me.! ixx,iîd

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I l.<ii\ tti« I.X.* :.xe UrJie, q^i; peiNO.iue UejMiN ee

..- .. . ... M.i ..sN.;jJ e^l i.vhe, iiulluil. lieu eK'\e,

et il vit seul, enfermé avec ses parcelaÎDe« . il i

voitures, pas de di^mestiqnes ; une TÎfîIle ^t^ Sfin ménage. Sa toilette, sa oourrîlure. & «n jo?<: coûtent peu de chose. Jamais il ne t» tu f}»-.* n*a aucun ami ; on ne lui a jamais conxîa de s il n'a JAm.iis voyag»*, si ce n'e>t ja<^a'a Srvrvj n'y a.l-il été qu'une fois, elen esl- il revf^n»! i ] li?ué. croltp, mouillé par la pluie jus^^u'aux --i contre la manufacture de Sèvres. C'''!jtre 1? r enlitT, et s'écriant avec indignitioii : * Il x.'y croyaiiC- s ni quoi que ce soit ici-bas. loul e*î hécadence... décadence compk-te... D re qgloires de la France... Ils l'ont bi^v: pt-Hre . bares! le< Gotbs ! les triples Vi>igoths ! ne p1u« de pâte tendre! de la pâte dure. ri«^n que di dure :... Nais c'est que c'est à faire Jre-s*r les sur la tête! > Depuis ce jour, il ne faut plas ] du Serres moderne; il hausse les ép:iules. el u amer vient errer sar ses lèvres ; la pâte teudrc pour lui. Quand il ne peut sortir de sod appa que les marchands de curiosités ont leurs boaii niées, el que nulle vente n'a lieu dans tonte Tel l'ari>, alors que monsieur de Menu<(s.>rd s'eofei la pi< ce la plus reculée de son appartement, ni il liro Je leurs coffres, de leurs étuis, toutes «i porcelaines, ses assiettes, ses plats , ses laues ro-e^. vertes, à bonqueU, â médaillons, à fonc 'U de couleur; il les contemple avec adorali ani :• r : armé d'aoe flanelle douce et Goe. i* le le> poil, le> caresse ; puis, quand leur toîl )e fille, il leur adresse la parole, il cause avec ell inierr.ige.

c V.v.is voili bien belles, dît-il en s'adres» ti^SfS li!e.îe>. vous voilà bien fiéresl Oui. vot ^'ir v.jâ lianes les charmants portraits des plus a ft. nimts de votre jeunesse: le roi Louis XV a v( l'on vuus déi'orjt des figures de ses maîtresses ch»^res; il n'eût, certes, pas confié de si a images à de la pile dure. Oh ! non ; il fallait finesse, tout l'occtucux, tout le moelleux de to tendre, ù mes chères petites coquettes! pour rcci ^.:n émeut l: vis-ige délicieux de madame de Chite relui non ra>.>ii«s gracieux de la marquise de Pom el les traits tins, spirituels et agaçants de la m d» Bjrry. t

AiuNt enfermé, ainsi causant, jouant aTec ses forcLi'i.ies de ^^le tendre, monsieur de Nennss: le plus he-jreux des hommes. Il se met à genoax eii-.s. i; l,;s iJore. il les aime d'un amour profia [las t::tl;».:siijie, plus poêle que PygmaliuQ, il ai Irji: f .i:.i i:À:....r m Gilatée; il nelui tnMfepfû i:!i[ ?t.>cli :! : Tiiiimcr «ernit la décompléicr. là sou ci^irrne. Si GaliLtie, d lui, ne vieillin jamns f ::::•«:> ji. ::l05 sur ses tasses seront tonjoTiJ» lc< io:{ :..:< Êxé^ s;:r ses vases et ses as^ietls i itMij.-.irN friis et verdoyants; rien de tout reli a*a dr'crt'j' tii J- : l'avorir sera comme le présent. fî^ in^ci:*» d.ias ses Jé>irs. créa la vieillesse, les nie eh \e':\ b! i"js et li mort pour l'objet de SM csll r o-:r. en Jo:'M::JiDt aux dieux de lai dOBitf k Moii^ie !r de M^^uijssanl se complaît dans Fia Je SI ::M:irc<se. dans la matérialité de son ié li î i I r ■'.: tj ::es les grâces qu'il veut lui 1 ■ i*::vi^.(r u:i imour passionné, qu'il sait c*|l Mer';ie-'s II jeiie en hol>)cau>t« deTant la pile Waà N*H-e^. J jbori ce.a va sans dire et sans qali m M'iii d'' le dire, la pâte dure, sa sœnr, cl la ftnA U jxiiw sa cou>ine : mais encore le nen Jii|i

LES COLLECTIONNEURS

iè

II

vieux Ghiue, le vieux Saxe, et jusqu'à l'admirable terre de Bernard de Palissy, jusqu'à la terre italienne de Faëoza , aux riches peintures , aux décorations raphaélesques, jusqu'aux bas-reliefs de faïence de Lucas dcUa Robbia.

Il ne connaît qu'une seule chose, D*aime. D*adore, ne chérit, ne vénère, qu'une seule chose : c'«-st la pâte tf'ndre de S/wres; le reste du monde peut s'écrouler, s'abîmer, il n*y fera pas attention. Jamais il ne lit un jouraal ; il n'est point éligible, ni électeur, ni garde national, ni quoi que ce soit; il est l'amant de la pâte tendre de Sèvres. Cette passion de la collection, celle folie, cette idoUtrie pour la pâte tendre de Sèvres, ont pour ainsi dire exilé de l'espèce humaine, de sa confraternité et des sentiments humains, monsieur de Menussard, l'ont rendu égoïste, dur et inflexible dans ses résolutions, avtre pour tout ce qui n'est pas pâte tendre de Sèvres. U ii*a aucune pitié des pauvres ; le récit d une grande infortune ne tirera pas une larme de ses yeux ; il verrait brûler tout un quartier de la ville (|u'il ne bougerait pas de chez lui. et qu'il n'en prendrait aucune émotion; mais, si une de ses tasses, un de ses vases, une de ses assiettes, venait à se briser, ses paupières se baigneraient de larmes; des sanglots, des plaintes, sortiraient

de sa poitrine; il trouverait en son cœur des trésors de poésie pour déplorer la perte de ses tasses, de son vise ou de son assiette, et s'étonnerait que le monde entier restât indilTérent â ce malheur; il serait capable de tuer un homme qui détruirait la moindre de ses richesses de pâte tendre. Enûn, il traverserait tous les incendies, tous les purgatoires, tous les enfers, pour sauver la plus petite soucoupe de pâte tendre en danger de destruction, et il ne mettrait pas ses jambes dans l'eau pour sauver un enfant qui se noierait. L'amour est une passion qui rend ft'Toces ci ux qui la ressentent : monsieur de Menussard. avec sa clémentine de soie noire, son chapeam gras, sa redingote râpée, ses cheveux hérissés et ternes, sa barbe paresseu>ement soignée, ses mains glacées de tons terreux, ses souliers ternis, est peut-être de tous les amoureux, de tous les amants de ce siècle, le plus fervent, le plus sincère, le plus vrai, le plus enthousiaste, et le plus excusable par conséquent dans son égolsme et sa férocité.

À côté de monsieur de Menussard, on rencontre souvent au palais de la Bourse un célèbre collectionneur d'aute* graphes, qui possède de l'écriture de toutes les personnes célèbres; mais depuis six mois il est atteint d une alTection mortelle : dix lignes de l'écriture de Molière lui ool

I*jns. liii,i. we i.uo..a.il Tiun, luo bdiiH'i.uuis, 46.

LES COLLECnONKEIIBS.

èch^^\'é, H M>Dl derenaet U propri^t^ d'an célèbre amateur anglaif. Aiit^i D*eD n viendra-(-il pas : «es joun s'éteigm-nt: il ne voit pla«, n'entend plus, marche comme an malh^urfui sur qui puerait quelque impbcable CiUlilp; il se ci'tnMdère comme un liomme déshonoré; sa collée: ioD d'an'o^Tapht-s étaft r'-pntée la plus belle de toutei le^ crillnrlions connues, maintenant elle n*est plus qu>n seconde ti^rne.

MoiiMeur de Menussard hausse les épaules eo yorant passer l'amateur d'autographet»; il dit même que c'e&l un fia.

Et. en effet, l'amateur d'anto^rrsphes comme l'amateur de p'He tendre, c/imme lamateur de tableaux, et tous les amateurs qui poussent !• ur amour d une st^ule chr>se jusqu'à la passion delà collection, peuvent être clas«>és fiarmi les fous, section des monomanes: car iU se >ou{ attelés à une seule idée; car ils ne voient rien au delà, car tout l'univer;^ toute Texistence, se résument pour eux dans 1 idée qu'ils poursuivent et dont ils sont p lursuivis.

Di's monomanes collectionneurs, il y en a de toute sorte, de toute esp«'Ce, Tout Paris se rappelle ce vicomte de..., qui f.ti«^.iit collection de cheveux roux célèbres, et qui pn'Mend'iit avoir en sa possession de ceux de Jésus- Christ.

(Jfi autre monomane colicrtîonneur. dont tout le monde a ri. lassemblait une rolleclion compli'le des plu<i petits souliers de Tmme qu'il lui«rûl |>0Nsii»lt de se procuier : on le»» voyait ch<*z lui rongés sur «Ji's tablettes et étiquetés couime des livres dans une liihlioth<M|ue; il connaissait toux les pieds vivants et tous les pieds morts; un joli pifd liitMi rlinussé le tr.m^portail d\idmirûtion; il s'en considérait OfUime le curateur obligé; s*il ne connaissait pas la remm«; qui en étnit po>sesseiir il prenait sur elle cinquante iurorninlions, lui écrivait pour lui indiquer la maiii<Te du s<»ij;ner son ch.'innant pinl, la suppliait de «le point Si' chaussir de souliers trop oiroils, lui nommait les cuirs dont elle devait recimiuiandiT l'emploi â son cordonnier, et finissait en sollicitant pour seule récompense de tant de soins une paire de souliers destinée i son dépôt, à son musée, a son trésor.

Lord D... n'aime (|ue les tabatières; il en a de toutes soiles et des plus magniliqucs, qu il divise en trois classes : les tabatières d hommes célèbres, les tabatières ornées d'émaux ou de peintures, et les tabatières d'une matière ou d'un travail précieux. Lord D... a sacrifié des sommes considérables à cette collection vraiment remarquable : aussi se vante-t-il avec orgueil de pouvoir montrer aux curieux si\ Blaremhergs de plus que n'en possédait le feu roi d'Angleterre Georges IV, grand nmatiur de tabatières et de Blaremhergs, La collection de Pelitoit de lord D... est pres<|ue aus.si belle que celle du cabinet du roi de France, et tous ses Petitots ont conservé leurs montures de la fin de Louis XIV, époque à laquelle ils forent incrustés sur des tnb^.lières pour servir de présents royaux Peu monsieur de B.. , grand collectionneur d'émaux, a longtemps cherché â se faire céder par lord D... deux petits émaux de Limoges, du meilleur temps, et du dessin k* plus correct, qui ornent une tahatière que l'on dit avoir appartenu à monsieur Abel Poisson, frère de la belle marquise de Pompadour. et suriiiten«lant des bâtiments Mms le règne du roi Umis XV. Mais lord D... ne C'^de fil D*écbange jamais rien ; toute sa collection de tahatiè- 1^ est contenue dans un coffre qui voyage, habite et eoQclie, si ce n'est avec lui, du moins près de lui. Lord D... a fait deux voyages à Saint-Pétersbourg pour se procurer la tabatière de la grande Catherine : cette tabatière •ert d'encadrement au portrait de Potcmkin. Lord D... a

substitué toatei ses tabatières i an pHit-neTea, ih hi condition qu'elles ne seront pas ▼«•oduet, d ^*dl joui'-ont de tous les soins et de toas les hooMun ^ leur sont dus. Une rente de mille livres sterling i i

attachée à cette substitution.

U faudrait, non pas un volome, inai.c des ceataiicii volumes pour décrire et analyser les difT'Tpnles pana des colU ctionneurs. pour peindre avec des cuuleantniH pour dessiner d'un trait fidèle ces hommes excentri^ ces espèces de Diogèncs enfermés dans I* urs touMv, et ne demandant au monde que de leur laisser II Ai jouissance de leur soleil, de leur goût, de leor daÉ. de leur monomanie. Un de ces heureux, de ces fMi,è ces martyrs d'un** idée, a vécu vingt-cinq ans, eslm avec des momies ; il ne voyait que des momies, et il ni fini par les regarder comme un peuple animé, vin^ comme des concitoyens, des voisins; à chacune étm momies il avait donné un nom, sous lequel il la cmm sait, la choyait et la courtisait; enfin, il avait iaîyi s'éprendre d'un bidf ux cadavre entouré de baudrids. grimaçant une horrible expression, avec des lèvres dm visage noirs, ri tirés. Uélris, séchés: il prétendait^a cadavre ignoble n'était autre que celui de la fille 4i» cond des pharaons. (|ue la boite qui U renfermait rat» tait en peintures hiéroglyphiques sa royale origiMCla mort. Une assemblée de .savants eul lieu, et, d'après ■ avis unanime, ci-tle momie fut élevée au rang de ma royale, de momie sacrée. Dès ce moment, le collccw neur, son mailrc, lui porta un intérêt plus grand ^' tontes les autres momies ses sœurs; il rêva dectfl jeune princesse; il l'entrevît dans ses songrs pni«ant^ l'eau aux sources du Nil, se faisant suivre aux accfti de sa douce voix par les crocodiles verts du fleuve.) j.-imais amant n'aima sa maîtresse comme le colleolii neur aimait sa momie. On ne le voyait presque plot, s'enfermait avec la fille du second des |>han.ons, elv puisait en adorations respectueuses devant cette naH altesse royale. Un matin, après une nuit Ttroide et h midc, le collectionneur trouva sa momie renversée; h Kindagcs sacrés s'étaient défaits ; le corps de sa httâ lui apparut tout entier pour la première fbi<, mais farii rompu : la chute qu'il avait faite l'avait broyé. Eac savant de rajuster l'un sur l'autre ses restes inforloBé ô douleur ! le collectionneur se convainquît qoe sa prit cesse pharaonienne n'était qu'un homme. Ce tntpoarli un coup mortel, un désespoir sans nom; il languit qK que temps, puis il mourut, et fut enterré dans uneaifi de la plus belle de ses momies.

Maintenant, après cet examen fidèle des collectb nrurs vi'ritablcs, il ne sera pas inutile d*arriver anxcî Icctionncurs brocanteurs, qui sont les calcii/a(eur< l'espèce, la honle du genre, une énorinité comme de poésie soumise â des idées mathéniati(|ues.

Le collectionneur brocanteur a souvent, an près abord, à la première vue, le même extérieur que k \ ritable collectionneur; on trouvera chez le brocantfur même enthousiasme de la chose eolleclionnêe^ le né mépris pour tout ce qui n'e.'it pas cette chose, la mè indifl'érence pour le reste de la création ; le brocaali se montrera plus ardent, plus entier, plus îocisif, é son langage; son costume sira celui du savaat le p orgueilleux de sa crasse classique ; il ne prendra wm soin de sa personne, il semblera s'oublier lui-ro^me pi ne songer qu'à l'objet de sa passion, et contrerera Vtm reux; il rugira pour sa belle, et cependant Cft htm ne sera qu'un habile comédien, qu'un jongleur adn son amour pour la chose colUetUnméê ne sera qa' moyen.

LES COLLECTIONNEURS

Ainsi tel bnmme collectionne pendant dix ans de vieux boaqnins, les fait relier, les annote, les illustre de gra- Tures prises à droite et é gaache, et d*antographes pris, Di- u fiait où ! il trace, sur quelques pages b'anches laissées par le relieur au commencement du volume, la biographie de fauteur: il signe cet exemplaire de son nom ée baptême et de son nom de famille, auxquels il ajoute le titre de membre de plusieurs académies ; il a un tim- Inre pour timbrer les raretés qai passent par ses mains. Cl dit le nombre d'édiiions qu*a eues tel ou tel ouvrage; n cite leurs dates et le nom de leurs imprimeurs. Peu à peu les libraires et les bouquinistes le répulent célèbre bibliographe, car le Journal de la librairie a publié une dissertation de lui sur les AIdf*s ou les EUévirs, la Société des bibliophiles le reçoit dans son sein avec accla- BMition; les revues retentissent de son nom, rétranger le consulte avec respect, et le ministère de Tintérieur le Donime hibliothécaire d*une des bibliothèques publiques; quelques années pins tard, il arrive à linstitut. et l'on ne parle plus du bibliographe qu*en ajoutant à son nom, comme phrase obligée :

« Ce Mivaut, dont la France s'honore... • Une fois parvenu à ce point, la comédie est jouée, la collection n'est plus bonne â rien : il faut procéder avec charlatanisme à sa vente. C*est alors que paraîtront des catalogues raisonnes, sur lesquels il sera fait mention de toutes les annotalions que le savant dont la France s*hth more a prodiguées à ses bouquins décrassés et n liés. La collection sera vendue vingt, trente et quelquefois qua- ^Dte fois sa valeur, et le collectionneur passera aux yeux ,4e la foule pour un érudit dont les veilles sont consa- [^erées aux travaux scienliGt|ues.

, Uo autre brocanteur dépouillera les églises de leurs ifeliquaires et de leurs verrières, les bibliothèques de Jeurs manuscrits, et les arsenaux de leurs armes; il pil* Jen sans pitié tontes les collections publiques; il aché- ^Vera de jeter n terre de vén«'rablcs ruines pour en emliMirter «luelques clous, quelques chapiteaux; partout où jb pourra prendre, il prendra dans Tint^rét de sa collecjloû II prodiguera ses conseils aux artistes, il se fera âterdans vingt journaux comme un antiquaire distingué lJ|[ûi sacrifie tout é son goût pour le moyen âge, qui en*

taroe sa fortune, qui la dilapide, qui la gaspille ; quelques Ames charitables parleront de faire interdire cet honnête foQ ; on plaindra sa femme, sa fille et la fille de sa fille» et les petits-enfaots de ses petits-enfants. Puis tout à coup; un beau joar, le collectionneur brocanteur, après avoir préparé ce qu*il nomme, dans son argot de brocanteur, la place, après avoir par une marche habile fait monter le prix te la curiosUé à son plus haut point, se décidera A vendre sa chère collection, \e sang de ses ▼eines, la moelle de ses os, la chair de sa chair, son âme ••..

Mon brocanteur s*était fait collectionneur avec six mille livres de rente pour toute fortune; il se retira de son commerce avec plus de quarante, la réputation d*ami des arts, et le titre de membre de la Société des antiquaires.

Après avoir ainsi décrit le collectionneur poète, fou, monomane, il me resterait à parler du collectionneur fashionable. Mais peu de mots feront juger ce personnage, qui n'a ni caractère, ni passion, ni quoi que ce soit, et qui n'est qu'un produit de la mode. Le comte de Brevailles, le plus élégant des collectionneurs fashionables, me montrait dernièrement dans son armerta Tépoe de Jeanne d'Arc ciselée par Benvenuto Cellini, et quelques pièces d'un service de faïence de Tadmirable Bernard de Palissy, portant le millésime de 1508 et le chiflre de Louis Xll.

En résumé, si le collectionneur est de bonne foi dans son amour, dans sa passion, il s'avance plus ou moins vite vers la folie; s'il est brocanteur, c'est un intrigant, et. sil est fashionable, ce n'est rien. Je voudrais être député un seul jour pour proposer à mes collègues une loi ainsi conçue :

c Considérant que, depuis quelques années surtout, la France monumentale et artistique est de tous côtés, et pour le bon plaisir des collectionneurs et de leurs collections, dépecée par morceaux,

âtncLi uiiiQnx.

f Tout collectionneur est soumis à perpétuité à la surveillance de la haute police, s

LE DÉBUTANT LITTÉRAIRE

ALBÉBIC SECOND

e jour ou Dieu enjoignit â rhomme de croilre et de mutti plier y il est probable, sinon certain, qu*il entendit parler d*une multiplication lionnéte et d'une croissance raisonnable.

Toute supposit'on contraire impliquerait de la part de la ProTidËncc une Incurie complètement inadmissible, quand on eon^tidêre la subUme harmonie qui régit les moindres rouages de t'unkerE. A quoi bon en elTt t tirer l'hctinnie du néitiil et L'expaser aui mille besoins de la rie, &'î\ né vous e^t pis donné de les satisfaire? Certes, il ea on ne peut plus louable i aui petits des oiseaux de donner !• pâture. » mais l\ nous a toujours paru que les peUU dti humatm avaient à la bonté divine des droits fondés «on moins justement que les petits des où staus.

Donc il iit permis de croire que Dieu, en créant le moude, ki avait assi|;iié un certain chiffre de population quo l'homme, pour son bnnhenrp n'aurait dû jamais dépasser. Bi doutes- TOUS? lisez t'histoire, interroge i la tradîlioD, qu*f Irouvex-Tous? ée^^ mortels béats au premier chef; savourant* sans désemparer, toutes les joies de reijsteooi ; allant et venant dans la vie, comme sur une pelouse cd fieunt, sans regrets, sans soucis, sans alarmes. Il t%l lien vrai que, pir^cî, par-lé, survenaient lout à coup des épisodes désagréables, comme le déluge en l*incftidiede Goif orrhe : mais qui donc, par une belle mallnée de priotempt, s^budidetuent éclairée^ s'est ja-

mais inquiété des taches qne les aslrooomei m maniuer dans le soleil/ et d'ailleurs quel roi de la terre peut se dire i l'abri des atteintes hoi du rhume de cerveau ?

Mais, hélas! à mesure que les siècles osi l'humanité s'est agglomérée comme une iame de neige. Alors, les pelouses en fleurs ont bi des sentiers rudes et escarpés; désonMb c presse, se coudoie et cherche â supplanter n c Ote-toi de li que je m'y mette ! » devient h la mode, et l'égolsme une nécessité Tîtale. CI en serait-il autrement lorsque la moindre pbc ne compte pas moins de deux cents rivani béai que tout se dispute avec une ardear nns ifà feuilles de ministre et bureaux de tabac? ^ vingt fois plus d*avocats qne de pcms à p peintres que de portraits à faire, de i toires à gagner, de médecins que de ; quand toutes les issues sont envahies, i décs. encombrées ?

Sous TEropire, où il était convenii ( braver la mort constituait une posftiw non faisait de larges trouées dans cet i jeunes hommes sans direction et i sent que Thumeur belliqueuse D*est plas à A jour, il ne reste â la jeunesse que denx aniili plir : le barreau et la médecine. Or» ciNHMftf ver il faut, â toute force, passer par dM ckaikl sont pas toujours bordés de roses; €§■■!• i ces deux professions regorgent dî||4 €w0\ inouïe de pauvres diables qu'on voit se < et malades avec tout l'acharnement d*ai i le jeûne, il suit de li que nombre de r— -. pour prendre des notes au cours de H.OMki par rimer des élégies, et qu*nM r

LE DÉBUTAIT LlTTÉRAinE.

iOI

iiif> l'origine pour rédiger les leçons de M Ducaurroy, rvent en dêGnilive à recevoir nn plnn de vaudeville, à iregislrer une scénario de mélodrame. — Car. en dépit ) Taxiome latin, on ne naît pas, on nVst jamais né dite. Avez- vous ouï dire que M. de Lamartine ait fait es vert au maillot, ou que M. de Ch teaubriand ait lloé, autrement que par des cris et des pleurs, la venue a sa première dent? Donc, sur trois mile jeunes gens ■e la province envoie chaque année à Paris, ce Minoore de pierre, on en compte huit ou dix à peine qui ikarqueiit dans la cour des messageries avec l'intention inelle de se faire littérateurs. Le reste arrive sous le Uexte d'étudier le droit ou la médecine, et ce D*est *<iipré8 s'être écorché aux épines de ce^ deux sciences, *^ avoir absorbé l'argent des inscriptions, que, du 1 UD beau matin s'iroaginant ressentir Tinfluenre se- |t>e. Ils enfourchent leur plume comme un conr^ier i doit les mener rapidement à la gloire et à la for* ^«, el 8*emban|aeot joyeusement dans leur encrier, )t ils transforment les petites vagues noires en flots *^ du Pactole.

L^odyssée d'an débutant littéraire étant celle, à quelb« circonstances prés, de tous les débutants imagina-

bles, nous a'rîons raconter Thistoire d'Bugéne Préval, un débutant de ces dernières années. Ab uno dùceomnes.

Vers la Gn de 1854, Eugène Prcval. le cœur plein et la bourss vide, monta en diligt^uce, et, pour la premi»Te fois de sa vie, dit adieu à sa famille el à sa petite ville de ChAteai -Chiuon. Son père Tenvoyaità Paris pour étudier la procédure el se former aux belles manières, i raison de cent francs par mois, sur quoi il devait prélever l'argent nécessaire à la nourriture, au logement, au blanchissage, aux inscriptions, à rhahillement, à réclairage, au chauffage et aux mrnus plaisirs. Trois semaines après son débarquement, Eugène avait déjà mangé l'argent d'un trimestre, et nourrissait dans son cœur une haine invincible contre tous les codes civils im-iginables.

Un soir, pour se distraire, il s'en fut au Gymnase, ou Ton jouait trois pièces de monsieur Scribe. Le hasard l'ayant fait voisin de deux messieurs bavards, il n'eut rien de mieux à faire que d'écouter la conversation qui pouvait se résumer ainsi : « Combien pensez-vous que ça soit payé à Scribe des petites cho.si*s comme celles qu'on vient de nous représenter ? — Mais ça peut bien lui rapporter de cinq & six cent mille francs par année. — Ah !

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hU'/.rj i| -.. (.f:!;U r|"frv H totjjoïirs j.r>''K :j mol»v|çr !«■ 'fi ÏMi^fnr . A II ï\n i^jurlml, r-t df' ijUfrVjiJF! S'itidilé i|n<î f.i »ii4 dfp'j. *H ^ï., iKlTiMii:!'^ et sflS UïUeïi. les unes «îl 1': . anircv, (jrlii- h\\\ uiûm (-t\vvrji qu'irlle-i av.iicnl eu h tiiliîr 'f'iN* Kr fouf^ fl-' U*iir ï-rirrî'Tê, cmnii-^iJcVent n fc'ui^iT ^rr* îM^rni ni; fjij.'^^rif'. irji'-JiiicremMil alK-thè jii^r r«', (ijrTh'*i % ]iU*'riirï'>. r-n *h ,il vlmiu ;i 5;^ ili mandpr s'il iii< hiî sif^l 1»^^^ U^Ai l'I^i^ |>rolit;iij]G 'iVludier 11* rtrnii, irt |>ii]' *1* Ji'iii A\i'f i!*Tijs II rit vUIl! Ail jirfivince (lèf*'ndre 11] vMhi- i-l riirtilifliri -^i^r ir fMiMld*rMj hm ]iarlf''Le. 3L'iî>, UN jfi^ir, ruyuiun il tiiiHitiil l;i niï! de S^rbiuins d'uu pi.^ n I *■ 1 .1 II r:* 1 1 i ' ] 1 M • . w:-. rr' j; I rd \ Tu n.' Il l s y Ui ti^ïïi c r» t Tr T [# jji' s a la vue iriKji' nftkh<: L-iil«> Mili.- (rijinii' un te:; U^rriio^ : ff U* f'hifuhin, Jmirfiiil 1iiléi.-iin\ |».'iraissiint le jiiitdi de 4 dl^i[^nl sf'umtw, nUu l'rii : 2Î fr, [mr un. Bureaui,

f- Li' ChnnMfil «^Vena notre debiitant le cœur rempli d*e^|i<rtii k tVimdnn, lin nouvea» juurualî le seul i|m lié: nriiU i-ts l'ïH orr rerii^i-.,. Essîïyons*i!M avant de cmi* jHT miN îhIih. k El iiiiH^ilûl il vola â son hàtel. ihlcmi- ^e« |iiii':nie mv^i^IrrLeii'ip. di- koiî Kecrélalre» et reconnut,

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L» f'j» dr^" i.^'r biï:.i i rimpitivfste, an conr il i^t t u m ciel d'ai Tp <ar la me Gnénégind. l'eH » t t^M ïioe |iu^ p^-nde siirprj.^e que U wÊi ** Pr k L C >:^t qu'il Q# fÎQt pas soa irtîcli i b r- «n.nir \rj > v^i; i^iniapiicz- il etiiri poitMv # <|t;'i' d<^fiv<d n'ibl ment $ur la tablée» ~

fratc^

|!3r*^lr^ ^î éE<'i|'ie!]i^> dans leur «Implitllé : il je ¥r»ns porjr itiabooD^r! » Sitôt iinll eit ksi lnuniéc, la rir^i ludion »e Kva cnmitie nu nnl k coiirtil iminédialenif ni eon^Miir les aîi llffw i en marrons et eu rin blanc, qne l'oD s'cv sonsmeri Ïa &auté de la gr-nt abonna bïe.

Or, voiL'i le raiT^ounemeul prorond qne 1 l.iîi tenu â lui-même :« Il «st împi>^jiiblei|ne if I bin nfui^e Icr artiele^i de son uDÎ<|ue «bonic. tUi lors juf , une ^em.iine apré«, il apporta la fisi; i*l cueillit avi^c un véritable enlboasiaÀiiie;el»ll' ji>ur Engt^nc lut admis i l'honneur msi|Eiitài ire la ^em* lîe el échiner quiconque dan* M ChtTubin, hQnntm dûui il abusa quaioni T jaiir, Nu 11 s devons ajoiitcr qae^ durant lei { hiUlt feuilli! î^urrécnl h ton pren'^al n>uL pas occa-iion de voir ippafijtre le mk ni la pluji mince liOuieîlle«

Il est un raîl di^ne d'être ob»errd, e'etf i net des choses qui ont été reçues dana i or^ thou^iasme finit i»n>sque loojcKirs d une fif h\e. Sans parler ici det quinie cents ricueA avec enthousiasme an Tliéltrp*Aiifa^i toutes sont appelée.^ à une noîdisnre él terons Tarticle d Eugène, Safet-nnii l\ au monde? Juste le jour oà '^ f^^mthi Mi éternel adieu* Quoi quHI en ton. m» eu « jamais, et notre débulanlp 1 n't ; pit I la nuUf dut être, ce jour^lt, auu la I

LEDÉBDTAlïT LITTÉRAIRE.

tionimes Tertueux, car il aima i voir le?er l'aurore. En- Sd, il était donc homme de lettres! Gomme les autres, il ifaît donc aussi >ion œuvre imprimée ! par malheur, ce fQ'il avait de plus rare que les autres, c était une myitde de fautes qui parsemaient son œuvre, résultat inviuble de son peu d*expérience en matière de correcioos typographiques, témoin un passage où il avait cité ladame de Staël et où les compositeurs avaient imprimé bsliiiément de Staal. Âpres deux corrections domeu- Ses sans résultais» il crut devoir ajouter, en marge de épreuve, n*oubliez pas mon é, s. v. p.; aussi eut- il l inlaçable satisfaction de voir qu'enfin il était compris. n corrigeant son article on avait bien laissé de Staal, tais du moins on avait eu le soin d*ajouter entre parenléses : iN*oubliez pas mon ^Ez, s*il vous ploit). — A irt celte petite contrariété. Engéne fut exactement le Uiê heureux des hommes. Il porta à la poste trente Keinplaires du Chérubin; il y en avait pour tontes les itorités civiles et administratives de Ghâteau-Chinon; nis il entra dans les cafés de sa connaissance, dans les ibinets de lecture qu'il put découvrir, partout demaoint le Chérubin et n*en sortant qu'après avoir savouré kotement sa prose. — Le soir, avant de se coucher, il écrivit à lui-même plusieurs lettres portant la suscrip- OD suivante : a A Monsieur Eugène Préval, journaliste I homme de lettres, » afin de bien constater sou idenité aux yeux de la portière.

Le Chérubin mort, ses rédacteurs très- ordinaires senircnt un vide immense dans leur existence d hommes. Les uns reurellaienl fort de ne plus avoir à leur dispo- (ilion cette bénévole tribune où ils s installaient tout à eur aise pour haran|;uer la foule qui ne les écoutait mis; ce que les autres déploraient davantage, c'était d'aroir perdu un asile et un lit de sangle assurés; bref, il bt résolu à l'unanimité qu'une nouvelle feuille serait JMidée; et. pour solidifier son existence, on décréta en Mitre que le journal sérail créé par actions. C'est alors nie naquit la Revue de France, soutenue par une société raetionnaires-rédacteurs, s'engageant à payer une coti- Wtion mensuelle de quinze francs, dix francs ou cinq Viocs, suivant l'étendue de leurs moyens pécuniaires. Seux qui donnaient quinze francs avaient droit à faire in- 'érer deux et trois fois plus d'articles que les autres. Il îtiit enjoint à tous les rédacteurs, sous peine d'exclusion innelle, de n'entrer jamais dans aucun lieu public sans miander à grands cris la Revue de France, Que si, par »j30ssible, un butor de garçon répondait : « Connais t^l » le rédacteur devait sortir sur-le-champ, sans conranmer autre chose qu'un verre d'eau (sans sucre) et un r'^-denl.

Bugéne prit part, en qualité d'actionnaire à cinq francs, K. fondation de cette Revue, qui devait être, suivant la ■siére de voir du prospectus, une pyramide littéraire, ^ni ne fut rien moins qu'une sœur jumelle du Chéru- ^^i une exception prés cependant: le registre des ^sinements décéda vierge et martyr.

^SûCouragé par deux succès d'un si bon augure, notre ^^Ds passa d'emblée à la rédaction de plusieurs feuilles ■^ symes; et, ayant ouï dire que tous les gens de lettres

"jieu bien situés étaient plus ou moins admis dans le -3^doir d'une actrice célèbre, il songea à faire son choix, conséquence, il écrivit treize lettres passionnées à la r ^ante Frétillon du Palais-Koyal, la prévenant qu'il ^^ndrait dans la grande allée du Luxembourg, sur le ^ ^neuvième banc de gauche, en face de la guérite du *^ionnalre; mais l'actrice ne fit aucune réponse, et ^^s ne savons pas ce qui serait advenu de notre débu- ^% sit i la même époque, et comme cataplasme, un

des journaux dont il était Tassidn, mais peu rétrihdé collaborateur, ne l'avait convié tout à coup à dç célestes béatitudes.

Du jour où il avait mis le pied dans la vie littéraire, Eugène s*étail senti dévore par un fougueux désir qui ne cessait de l envelopper de se** replis ardents, comme la robe du Centaure. Il aurait donné dix années de sa vie, dirait-il, pour avoir ses entrées à un théâtre ! et, chaque fois^qu'il passait devant un spectacle, lorgnant d'un œil d'envie la porte spéciale des artistes, il murmurait in petto : c Sésame, ouvre-toi ! » Or, le journal dont il a été question ci dessus hii donna, un beau malin, une lettre de créance auprès des Folies- Dramatiques, en le chargeant de rendre compte des premières représentations. Eugène habitait alors la rue des Mnthurins Saint- Jacques, située à trois quarts de lieue du boulevard du Temple, ce qui ne I empêcha pas de se rendre à son poste pendant quarante jours consécutifs; on jouait je ne sais plus quel indigeste mélodrame; Eugène l'apprit par cœur et ne tarda pas à devenir d'une force extraordinaire à l'endroit des appréciations critiques de la troupe drs Polies; chacun de ses feuilletons regorgeait d'interpellations consciencieuses adressées à madi moiselle Alphonsine pour qu'elle prit un peu plus exemple sur mamoiselle Anastasie, et à M. Auguste pour qu'il copiât un peu moins M. Adolphe.

Un soir, par faveur spéciale, il fut admis dans les coulisses. Il ne se sentait pas d'aise; ses joues étaient enflammées, son œil étincelait, son cœur battait à tout rompre, non de penr, mais d'une sainte émotion ; on eût dit un jeune sous-lieutenant à sa première bataille, il rêvait des voluptés inouïes; lesdites voluptés se réduisirent â recevoir sur la tête un nuage qui lui défonça son chapeau, dans les jambes, une chaumière qui lui ravagea les tibias, plus une lune huileuse au milieu du dos. sans compter les bourrades du machiniste et les ruades du pompier de service. Au moment de quitter ce lieu de délices, il perdit pii d et s'abîma subitement par la trappe du crime, la même qui venait d'engloutir le traître de la pièce...

Eugène, dans celte soirée, perdit une illusion et gagna une entorse qui le força â garder la chambre pendant une quinzaine de jours. Il employa le temps de sa convalescence à fabriquer un vaudeville comme, de jugement de directeur, on n'en verra jamais ; la mise en sc<»ne du premier acte, entre antres, étail écrite d'une façon prodigieuse On y lisait celte phrase textuelle : « Le théâtre représente des paveurs; é gauche, une demoiselle. »

Les directeurs de Paris eurent tous, je n'en excepte aucun, l'indélicatesse de se priver de celle œuvre remarquable, y compris celui du Théâtre-Français, â qui elle fut adressée sous le pseudonyme de comédie. La recette, à cet égard, est des plus simples : d'un habit vt-ut-on faire une veste ; on en coupe les paa' . Eugène supprima les couplets peu rimes de son vaudeville, et le tour fut joué, mais non la comédie.

Cet échec fut cause que notre hpros dit un étemel adieu au théâtre et rentra dans la voie feuilletonisante, où l'attendaient de nouveaux et lirillants succès.

Ce fut â cette époque qu'Eugène eut envie de se faire lithographier des cartes de visite. Ayant manifesté devant un ami l'embarras où il étail de ne pas avoir une qualité distinctive â se donner en épithète; ayant ajouté, en outre, qu'il se contenterait de la moindre chose, fût-ce même du titre de la Légion d honneur, l'ami lui conseilla de se faire présenter â l'institut historique, et. moyennant six pièces de cent sous, Eugène fut mis dedans. De

L1NVALIDE.

Pliilarque. Vous sannez, ««n les écoutant, à qui est dû réellement le gain de telle ou tellA bataille; vous connailriez la cause de riuaclion de Beriiadotte à Averstaedt, et de tp| autre général en C<;pa<]:ne; ils vous répéteraient h' mol énergique que prononça Gambronne à Waterloo. Passant de Uond>choote â Weissembourg, de Borodino à la Bcrésioa d léna à Leipzig, ils donnent un sourire de joie à tous !es triomphes, une larme à tous les revers. Gr4ce à Dieu, ils ont peu de larmes â verser !

En décrivant les Invalides de Paris, j*ai fait le tableau moral de ceux d*Avignon. où est établie une succursale depuis rexpédition d'É<;yi te. Ce sont les mêmes habitudes, modifiées par le calme de Tezistenc*' départementale et par une surveillance plus facile, en ce qu'elle ne sVxerce que sur cinq cents hommes. L*état sanitaire est plus satis aisant, et la longévité plus grande sur les bords du llhône que sur 'es rives de la Seine. Quant aux bâtiments de la succursale avignonnaise, ils se composent de deux maisons conventuelles dont Tancienne distribution a été presque entièrem«'nt conservée. Au milieu de la cour principale est une fontaine avec une inscription qui serait peu goûtée des buveurs, s'ils eotendaieni le latin :

naTàs

HOSPITà MàRTIS

Le parc de lH tiiccursale, planté d'ormeaux el de platanes, est divisé en larges allées qui portent les noms d*l 'ua, d'Ansierlitz, de Wagram, etc. I^es murs qui l'environnent présentent un résumé de Thistoire militaire de la France depuis i79l jusqu'à nos jours; den tableaux graphiques y rappellent les principales batailles, leurs dates les noms de ceux qui s'y di>tinguérenl, leurs belles actions, leurs paroles mémorables; c'est un Panthéon en plein vent.

Que de souvenirs se rattachent aux vétérans qui, dans ces deux hospices, préludent au repos du tuniheau parle repos de la vieillesse. Que cette réunion d'hommes échappés au carnage est. malgré les imperfections individuelles, imposante dans son ensemble. En l'étudian', mon chir Lirinlz. je me suis senti pénétré de vénération. Lors de ma dernière visite aux Invalides, j étais allé diner au car> où vous eûtes le bonheur de rencontrer Golopeau. Le crépuscule t«mib.-iît; Tobscurité n lissanteaugmentaitles gigantesques proportions de rUôiel. Je songeai aux brillantes visions qui devaient A cette heure planer sur cette enceinte et, dans une boutade poétique j^écrivls les vers par lesquels je clos ma trop longue épitre.

La nuit, qiun/1 tout se tait et dort sur l'Esplanade,

A riiorizoïi loiiitniii mugit h mnoiioade;

Des rùv^j» isiurieiit ont vi*il^ rtlôlcl

Soudain, chaque hittiilk». au renom immortel,

l^ille du |M>u|ii«* libre ou lille do I eiiipir«>.

IVi'nd un corp*. et. TÎvnuie. elle m relie et respire.

FltniruA ilemi-TiMueel le teiu palpitant,

Croise U b^ioniielte, ei Inoniplie en chantant.

£iiib lieh, rrroul mt les Ambe» tiiuideH.

CofiiciMMl'- rOriPiii Au i.aui des Pyramides.

Vengeant de tnatet jt.ur» de dêfiile el d'alTront,

Il irfo'^o pleure nn linve: Ansti-rlilz à son front

Piirte di»« ravouK d'or éclat «ntit comme un ptiare,

£i 9ur des lac^ de }tl«ce eotonut! sa fanfare.

Voici vnir Wnitraoi ai b «ao^l mtc Kyhn ;

I*âl«» df dt**Mt|Ntir, vnyex-vous VV .lerloo.

Au milieu des moi»S4m8 «{ue la uuerre a fonlée^,

Disputer aux Ani:kii8 8«8 aïf^U» mulilées?

Euiendez-Tuus encor, par la paix endormis.

>fto

S'éveiller en (rrond;int les canons enneinis? Eolcndcz-vous fn^niir comme au uté de b bise 1/68 drapeaux suspendus aux voûtes de l'église. Et «lue pejt contempler l'invalide joyeux. Quand il élève au ciel sa prière et ses veux?

Alors les vieux (i^erriers se raniment; leur 1

A retrouvé des dents pour mordre la cartoocbe;

Feuillage prmUnier des arbres rajeunis.

Les cheveux ont couvert leurs crânes dégarnis.

Comme un fleuve ses bords, le san^ bat leurs artèfis;

lis renai«8enl hu jour des fastes miliiaires.

Et leur jcunes-e ardente, avide d'un grind nom.

Est d'gnc qu'on la risque en face du eanon.

Ils se lèveni ; pour eux la lutte recommence ;

Us reprennent un rang dans la colonne imiuense.

Soldats de vingt pays, enclaves de vm^rt rois,

Anglais, Autrichiens, Prussiens, Bavarois.

Opposent à leurs ct>ups une épaisse rour-iille,

Que perce et 'témolit l'iocessante mitraille.

Mille ennemis .<^>nl là; mais eux, vaillanls et forta.

Rompent des batiillouit, escaladent des forts ;

Et si danii la mêlée, un boulet les emp«>rte.

Si la balte en passant les renverse, qu importe?

Car, pour les voir tomber et mourir sans terreur.

Ils ont deux grands t4Îmoin8, la France et Vt

Hélas 1 bientôt b nuit, la mère des mensonjres. Dans les plis de sa robe emporte tous le« songeai Le malin reparait, mais il ne reste plus Que de p-ittvres soldats, écloppés et perclus. Débris de i orps humains, vieilles lamefi rouil P.ir l'âge et les comb;its moitiés dépareillées. Ils accueillent souvent par un juron brutal La uoutte qui les tn-nt sur un lit d'Iiôpital; Mais Ic^r caducité s'entoure de trophée:* ; Au feu des souvenirs leurs âmes r^-hauftéet Vers un pamié suuhiue ont n'pris leur essor; Ils ont rôvé de gtoire!... ils t>out heureux i

É. DE U BÉDOLUEMl.

Pour copie confonne i

A* LOBBRnt

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