I. PRÉVOST
e rencontrez -TOUS pas quelquefois sur votre route une longue 61e de jeunes gens Têtus de noir? Ils marchent deux à deux ou trois à trois, en bon ordre, comme des militaires. Mais leurs yeux iKiissés, leur dontennnce calme, leur air modi'ste, indiquent assez que ces jeunes gens i|)pArti(>nnent à une milice sftcrèe dont les nrmes et dont combats sont purement spirituels. Ce bataillon silencieux qui s'avance à pas lents et mesurés, vous le reconnaissez facilement : c'est un corps de séminaristes. En approchant un peu, vous apercevez tantôt des figures Iraiches, épanouies, insoncionti's; tantôt des visages déjà Sérieux, des mines ^Taves et presque scvérès : ici des t faits nobles et distingués, li des phvsionomies com- ^>iiines ou însigniGantes. Ces jeunes gens de tout .^gi'. de ^oute taille et de visages si diff-Tenls, porl<»nl cependant ^'épandue sur toute leur personne une teinte uniforme ^^e douce résignation, de pieuse mélancolie qui i.iit ressembler la bande entii're à un troupeau de victimes que \'on mènerait au sacrifice. C'est «|u'en ellet ces jeunes SéTninarisles doivent un jour sacrilier à lùeu leur jeu- Vie>Si, leurs plaisirs, leurs passions, leur cœur, leur es- 'J)rit, leur vie en un mot. Lidée d'une abnéiraliou .lussi complète vou - fait regarder avec intérêt ces lévites adolescents. Suivons-les doue dans leur promenade, et pé-
nétrons ensuite avec eux dans l'intérieur du séminaire. Là, nous verrons de nos y ux ce quMls fout et ce qu'ils sont; nous assisterons à l urs études, à leurs exercices religieux et à leurs rêcré;itions. Nous jugerons de leur caractTe et de leurs habitudes; nous examinerons enfla comment ih se préparent à renoncer aux joies et aux vanités du monde.
Il y a dans les séminaires des natures d'élite, des natures vulgaires et des natures vicieuses. Ces dernières s'y trouvent heureusement en petit nomlire. Aussi nous noue contenterons de signaler leur existence. Nous appelons Tulgares ces jeunes gens dont l'esprit est épais, le cœur sec. l'intelligence grossière. Les séminaristes de celte trempe ne sont ni heureux ni malheureux. Ils ne sentent rien, ils ne comprennent rien, ils ne connaissent pas la portée de ce qu'ils font et de ce qu'ils voient faire. Ils n ap rçoivent dans Texercice du sacerdoce qu une série de prali<|iies mystérieuses, di» ccrémnnies inintelligibles. Ils croient aveuiilénient à tout ce (|u'on leur en>eîgney sans réUexi'in. s<ins examen. Ils récitent du t»out des lévr* s des prières su )linies d jnt ils ne soupçonnent pas le sens. Ils ne font pas le mal. mais ils ne font pas le bien. Incpables de s'nppli.juer a l'étiide. î's recherchent ayrc empressement les fonctions manuelles dont Tcxerrice leur est aband. inné par leurs c.i mandes Ils passent leur temps à ployer et à reployer les linges sacrés. Ils aiment; à plisser les aubes, les surplis, les rochets. les nappes d'autel. Ils font volontiers Toflice de bedeaux, de sacristains, de tapissiers, de lingères et de repasseuses. Ils placent l.i cire dans les tlambeaux, i's allument les cierges, ils disposent Les tentures, ils arrangent a\'ec symé-
LE SEMINARISTE.
trie les vases sur l'autel les jours de fête. Us possèdent la théorie de Tart d'encenser â la grande et à la petite chaîne. Us ne manquent jamais de se lever, de s'agenouiller, de s'asseoir â propos durant les offices. Enfin, ils connaissent à fond l'étiquette des chœurs et font à merveille le sen'ice des sacristies.
Nais â côté dr ces êtres insignifiants, nous trouvons aussi, et en grand nombre, des jeunes gens laborieux et intelligents, aimant à s'instruire et à penser. Ceux-là sont pieux avec discernement, ceux-là sentent et comprennent. C'est parmi eux que nous choisirons un type. Même, si vous le voulez bien, nous baptiserons notre séminariste, et nous l'appellerons Louis Benoit. Louis est un brave jeune homme, animé de bonnes intentions, aimant Dieu, et s'acquittant ponctuellement de tous ses devoirs. Son enfance s*est écoulée dans le presbytère d'un oncle, curé d'un village de Bretagne. Louis est entré fort jeune au séminaire; aussi cet asile respectable lui tientil lieu de foyer paternel. Il n'en sort qu'une fois par semaine, pour se promener avec ses camarades ; et tous les ans, au mois d'août, pour aller passer les vacances en Bretagne. Il n'entrevoit le monde qu'à cette époque, pendant SIX semaines, et encore son monde à lui, c'est le presbytère d'un petit hameau. Louis remporte chaque année tous les premiers prix de sa classe ; il explique Tacite à livre ouvert, et sait par cœur plusieurs chants de Vîliade, car dans les séminaires l'élude des langues anciennes est portée aussi loin que dans les collèges royaux. Benoît est très-fort en histoire, c'est-à-dire qu'il possède parfaitement la connaissance des faits et des dates. Mais ne lui parlez pas de la philosophie de l'histoire, il ne se doute même pas qu*une telle science puisse exister. Quant aux événements qui se sont passés en Europe depuis 1789, Louis n'en a qu'une idée très- vague; car il n'a eu entre les mains que le résumé orthodoxe du révérend pèreLoriqueL II acompris, par la lecture de cet ouvrage, qu'il y a quelque cinquante ans la populace de Paris s*est révoltée contre son légitime souverain, a brisé les grilles des couvents et souillé les autels. U sait qu'un officier de fortune appelé M. de Buonaparte a châtié les Jacobins, a rouvert les églises, et a essayé de s'asseoir sur le trône de saint Louis ; mais que Sa Majesté trés-chrctîenne Louis XVIII, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, s'étant mis à la tête de sa noblesse, et aidé par les prières du clergé, a bientôt fait rentrer le rebelle dans le devoir. En 1830, Benoit, encore bien jeune, a entendu é travers les murailles du séminaire le canon gronder, et le peuple renverser pour la deuxième fois l'antique monarchie des Bourbons. L'insurrection a même brisé les portes du sanctuaire où notre jeune lévite étudiait et priait en silence. U a vu quelques-uns de ses camarades, séduits et entraînés par les révolutionnaires, abandonner la maison du Seigneur et jeter le froc aux orties. Alors Louis a déploré leur égarement et s'est écrié en se prosternant au pied de la croix : « Mon Dieu, pardonnes-leur, car ils ne savent ce qu'ils font! » Depuis cette époque, un nouveau gouvernement s'est établi, et notre séminariste, docile au précepte de l'afiôtre qui a dit : « Respectes les pouvoirs constitués, » chante chaque dimanche le Domim, $aUmm. Pourtant, nous ne répondons pas que son esprit soit alors d'accord avec ses paroles : car notre Benoit, qui n'est pas un profond politique, a cependant des opinions bien arrêtées et enfermées dans le fond de son cœur. Instinctivement, tans qull sache pourquoi, sans que personne l'ait catéchisé, quand Louis prie pour le chef de l'État, sa pensée n'est pas aux Tuileries, mais, franchissant la distance, elle s'envole au delà des mooU, traverse U frontière, et s'arrête sur la
ville bienheureuse qui possède dans tes murs le ] banni de Henri le Grand.
On cite souvent et avec Mison rexcellente di de nos armées; mais celle qui régit les séminaire bien autant d'être vantée. Il y a en France daas diocèse un grand et un petit séminaire reconnos risés par le gouvernement Tous ces établis$ci&( soumis à peu près aux mêmes lois. Les conciles de Bordeaux, de Lyon, et l'assemblée de Melon rêté d'une manière pour ainsi dire IrrévocaMe 1 ment des séminaires. Voici donc qnel est reni[ journée du séminariste. A cinq heures du matin 1 le réveille en sursaut. U se dresse aussitôt sur s virginale, offre son cœur â Dieu, baise déro:< scapulaire qu'il porte suspendu A son cou, e: soutane, et descend à la chapelle faire U prière mun. L'oraison du matin dure une heure; ellee diatement suivie d'une messe basse; après U s séminariste, préparé au travail par deux heures < tation et de prières, passe à la salle d'étnde : j s'asseoir devant son pupitre, il récite encore A iancte Spiritus, pour appeler â son aide lesiv; de l'Esprit saint; il prend ensuite ses cahiers et « et se met à l'ouvrage. Si nous jetons les yeux m blanche qu'il vient de placer devant lui, boq; qu'elle est surmontée d'une petite croix tnoéei l et d'une épigraphe telle que celle-ci : Ad snt^ gloriam, U a l'habitude de rapporter tout ao c consacrer à Dieu toutes ses œurres, même ks tions des Bucoliqua de Virgile et des Mékm d'Ovide. L'étude est terminée par nne autre f commence ainsi : Suh iuum prœsidium eomfupt 11 est huit heures alors; le séminariste d^ gaiement et en silence : ce premier repas le uniquement d'un morceau de pain sec, et dore d tes; l'étude, interrompue par le déjeuner, est rq suite et suivie de la classe du matin. A orne bci quarts, chaque séminariste fait son eûmes < science dans une chambre commune qui est if salle des exercices. A midi Ton dine; le diaer, plus confortable que le repas du matio, est m de lectures édifiantes, telles que le Parfaii JMii des Saints. Après le dîner, récréation. La wieriâ séminaristes est tout aussi bruyante que eeBeda giens. Le jeu de balles, les barres, sont a hm séminaire, ainsi que dans les mii&ons d'édacMMi^ niversité. Dans la cour du séminaire, nos iriaii siastiques se livrent franchement à tons lasflni l'adolescence. Là, ils ne sont pas obligés. amÊi les promenades qu'ils font an dehors une UkéÊM maine, de garder une attitude digne et riHnatI vent qu'ils sont ches eux, et ils s'abandonniimi la pétulance et l'ardeur du jeune âge êm ktÉM jouer, de rire, de causer, de courir et de à leur aise. Les uns retroussent, pour être pans de leur soutane dans leur ceinture; d*! pouillent entièrement de la robe noire et iMt iM et mille sauts gymnastiques. U n'y a P^^^ seul séminaire dans toute la France oà il 9miëÊm jouer, c'est celui de Saint-Sulpice é Paris. autres, les jeux sont permis, etn ' élèves. Quelques supérieurs mettent â la i jeunes gens des jeux de billard, de < chefs des séminaires aiment en général qaa liai' s*amusent gaiomeni et prennent de reserdes. k< gneutdeles rsefo ar en groupas isaUstf A tenir mystérieusement i ins les colas de h es* amitiés particulières § ipresaémcnt défaiMkl
LE SÊMIKARISTE.
qu'on aperçoit deux ou trois jeunes gens confer- !Tni)le trop assidûment, le maître surveillint a or-
s*approrher d'eux, de les invitiT à se mêler h lires camarades, et de leur rappeler cette seiit4*nce jre dans le règlement de la maison : Nunquam iro iolut, A deux heures, le son de la rloche es séminaristes de cesser leurs jeux. Le silence
aux cris bruyants. Les jeunes gens rajusimt (bits et vont successivement â Tctude et en classe, leures et un quart ils se rendent à la snlle des îs pour réciter le chapelet et assÎNler â la lecture lie. A sept heures ils soupent et vont en rcrrca-
buit heures et demie ils font en commun la lu soir. EnGn, à neuf heures, on sonne le couvrele séminariste va dormir du sommeil du îtiste. Le lio ressemble à la veille, et ainsi des jours sui-
lence le plus absolu est ngoureusement observé séminaristes à la chapf lie, à Tétude. en classe, 'ioire, partout enfin et en tout temps, excepté dans H à rheure de la récréation. Depuis huit heures et lu soir jusqu'au lendemain à midi et demi le sole ne doit ouvrir la bouche que pour prier ou pour 'e aux interrogations de ses professeurs. Si deux
élèves étalent surpris causant pendant la prière, pendant la lecture spirituelle, ou pendant la durée de tout autre exercice, cette violation du silence serait un motil sufOsanl pour les faire exclure à Tinstant de la maison. Du jeudi au samedi saint, le séminaire ressemble à un vaste tombeau, à une demeure habitée par des ombres. Alors il est défendu de parler sousquelque prétexte que ce soit, et l'on n*eutend plus même ni cloche ni sonnette. Un petit coup sec, frapp«* par le supérieur avec un petit coffret en bois appelé claquoir, avertit les séminaristes quand ils doivent se lever, s'asseoir, ou passer dans telle ou telle salle. .\u commencement de chdque année scolaire il y a une retraite de neuf jours. Tout le temps qtie dure cette retraite est con.sacré à la prière et à la méditation. Le séminariste entend chaque jour deux sermons, fait deux visites au saiut-sacremenl, et assiste à une longue série d'exercices pieux qui se succèdent presque sans interruption depuis le matin jusqu'au soir. Cette n'traite a pour objet de rallumer la ferveur des jeunes gens qui reviennent des vacances, de retremper leur foi et de les préparer à l'observation de la r^gle pour le reste de Tannée. Tous les mois il y a également une retraite, mais elle ne dure que deux jours. En général, les sémiujiristcs se cnnfe>sscnt chaque semaine et communient une fois
l'.tri'. Imi/. 'je i.Ov>..ctJ Llui, iU»; 5»ar.il-L.<iu:», 40.
LE SÉMINARISTE
tous les quinze jours. On leur laisse à cet égard assez de liberté. Mais ils sont obligés d'aller s'entretenir avec leur directeur deux fuis par mois, et de lui exposer l'état de leur Ame. Cet entretien, qui est en quelque sorte une confession sentimentale, s'appelle direction. Ledirectnir est chargé de rcctiiier les idées, de raffermir la vocation de sou pupille et de lui rappeler que l'homme doit en tout temps être préparé à mourir saintement. A toute heure du jour on répote aux séminaristes, à ces jeunes gens qui entrent à peine dans la vie, que la mort peut les frapper inopinément, et qu'il faut toujours être prêt d paraître devant le tribunal de Dieu. Les salles d'étude, les dortoirs, le parloir, le réfectoire, les escaliers, sont tapissés d'images ou revêtus d'inscriptions qui commandent aux habitants du séminaire de veiller sans cesse sur eux-mêmes. Le séminariste ne peut lever tes yeux sans rencontrer ou les regards d'un saint ou d*uD bon ange qui lui montre le ciel, ou la belle et douloureuse figure du Christ attaché à sa croix, ou bien encore tes traits sinistres d'un réprouvé qui se débat au milieu des Qammes de Tenfer. De quel(]ue côté qu'il se tourne, le séminarisle est forcé d'apercevoir un passage solennel de 1 Ecrilure tel que celui-ci : Alemorare nox'issima tua, et in aternum nonpeccahis; ou une sentence d'un Père de rE<,'lise ainsi conçue : 0 heata solitudo, o tola heatitudol
On voit sur un des murs du séminaire d'Issy un large cadran en carton, auprès du |uel la Mort se tient debout armée de sa faux. Le hideux squelette indique du doigt l'aiguille qui est arrêtée, et il semble prononcer cette effrayante inscription placée presque entre ses lèvres osseuses : a Dieu a cunipté tes jours, tu n'iras pas plus loin. » Peut-être devrait-on ne pas multiplier autant ces funèbres spectacles, et ménager davantage les jeunes imaginations des séminaristes, qui, pour la plupart, ne sont que trop disposés à se laisser épouvant r par l'ap* préhension des terribles mystère^ de l'éternité.
Outre les pratiques pieuses qui sont exigées pour tout le monde, chaque séminariste fait quelques dévotions en particulier. Chacun a un patron ou une patronne, un ange ou un séraphin qu'il vénère et qu'il invoque à une certaine heure. Benoit a voué un culte profond a la vierge Marie. Tous les jours à midi et demi, au lieu d'aller jouer avec ses camarades pendant la récn'ation, il se rend û la cliapelle, et récite le Petit Office de la Vierge, Il tire avec précaution de la poche de sa sout^me un grntil petit livre relié en maroquin vert et doré sur tranche : il l'ouvre, se met en ]>rières, et b.iise à plusieurs reprises une gravure coloriée repré>enlant la more du Sauveur, teniint sou GIn d.tns ses bras. Souvent il arrive à B<>noit de s'oublier dt.s heures entières, prosterné aux pieds de .Marie.
Le dimanche est réellement un jour de fête pour le séminariste. Ce jour-li, il ne s'occupe pas de ses études profaiies : il va à la paroisse, assiste à la grand'messe. au prOno, h lierre, à sexte. à nones. aux vêpres, é coniplies, au s.tlut, â tous les office^:, en un mot. Quelle douce joie il éprouve quand le sort ou le choix de son supérieur le désiiue y.'^wT faire quelque cérémonie, pour porter la cnix, le liimibeaw ou l'encensoir! Alors, soit qu'il endosse la limique brochée d'or, ou la chape é gramis rama;rf>. ou l'aube bordée de dentelles, il regarde d un air de trîumpiic ses camarades moins favorisés, et qui, \élus pl'is simplement, s'acheminent deux à deux vers leurs s!allcs. Rr^^ardèz Benoît faire son entrée au chœur : les dfîUT ûiles\lo son surplis blanc comme la neige s'agitent en frêmiss'iil d^^rrière son dos; il porte pieusement et avec grâce son bonnet carré serré contre sa poitrine; sa
tête est légèrement inclinée Tenc ré|iaal<> pi cheveux blonds, partag<^ par une raie blanc recte, encadrent son visage pA'e et relombcnlr longs et flottants sur son cnu. Il s'avan» jw rautel, s'incline profondcmeut et Ta s'aucuîr ExaminM-le durant la GéléSralion du servia commence par réciter promplemenl eC à voii fice du jour: puis, dés qu'il a 6ni, il prend Ir vert que vous connaissez déjà, el qui nele^ et se met à réciter avec ardeur les litanies ii Cette prière l'exalte, le transporte, l'enivre. ■ colorent, son œil étincelle, son cœur bal violi reNpire k peine quand il s'écrie doucement et i entrecoupée : « Sainte Vierge des vierges, p moi! Hère aimable. Vierge Udèle, Cause ht Vaisseau spirituel. Rose rnysli«|ue. Tour dlm du matin, priez pour moi, priez pour mni! li Ame se détache de la terre, ses lèvres devhiH biles ses paupières se ferment. Des voix saim. mélodieux, résonnent a sou oreille: il entrcxi char de nuages, la vierge M«irie, couronnée 4 è lui sourit et le regarde d'un œil bieiiveiihol. la à considérer celte ineffable vision les plos k ments de .sa vie. Alors il lui semblcraiidoiaé et de souffrir le martyre pour aller rejoiaditr ài la re'ne des anges; alors il ^ nvie le sort de sii de Gonzague et de saint Stanislas b^la. qoi comme lui, ont eu le bonheur de q«iiUcr en d'exil et d'être appelés au céleste séjour.
Les pieuses visions de Benoit sont qaUfw* blées par des apparitions profines, par i^mk ces frivoles. Queh|uefois, au milieu desaf* contemplations, il pense n ses jeunes aaai».^« vient de< jeux die son enfance; il se rapprlicuc les petits camarades elles petites fillc](f«.li che, s'en allaient avec lui dans les |>réf fmm papillons. Alors son imagination sVnharA «< peut-être pendant quelque 1er* oh dan» en à^ peu mondaines, mais dont le pieux eiiiaal m m pas de s'accuser à sa prochaine confessÎM.
A dix-huit ans, Benoit tiTmioe sa rbéivîffti porte, selon sa coutume, plusieurs prix, etrapsli' diruière récompense, la tonsure. Cell«caanMai' cale lui parait plus précieuse qu«* Iirs ëUmnM grands rois de la terre. Il quitte la mai^^MoàiVl^ ée son adolescence, où il a fait Kes études rliN^ va dans un grand .séniinain* suivre des ooandtHl phie et de théologie. L'ardeur de Benoît V^^^ ne se démmt pas. Il dévore les livres de qu'on lui met entre les mains ; il sait ' bien que ses professeurs, les élc mentit des relies, et il aborde le vaste et fiérdlrui hfi^ discussions théologiques. Tant de iMe. laMA* tant d'efforts, valent â Benoit l'insii-ne hftir W noré. C'est l'évéquequi lui conf "relesqu^»»**^ neurs le même jour. Plusieurs Pères de l'Ej-i^^*^ guement débattu la question de savoir m 1^ * d'acolyte, d'exorciste, de lecteur et de portirrM'^ sont |»as des sacrements. La plii|>art des tbcohfi^' conclu pour l'artirmative, et tous coiivimncDl^**" ne peut recevoir deux fois le même onlre.
Autrefois les acolytes avaient missiiw d'acdif^ et de servir l'évéque. Us étaient ses pagrsctK»* gers; ils portail nt le paio liénit. et (|nelqtrfi>' I eucharistie. Aujourd'hui leurs fonctiims aat(^ ils allument les cierges, portent les chaoërlim^ parent I eau et le vin pour le saniOre. Daa» h i des paroisses, ce sont des eutiula de ckev jfi
"tv - --.
:îi\
LE LUTTEUR
HENRI ROLLAND
I est des noblesses ab itard i es, des royautés devenues mendiantes, des statues tombées du piédestal, des arts descendus au rang; de métiers. Combien de colosses*'puissant! » qui étonnent nos yenx da ns les temps passés, par leurs proportions, se sont amoindris en tra- Tcr^anl 1e« épo'f ui's, ninM qiicles b<1 ton s flottants sur Tonde; srtil mi'â h (ne m «le l'rociislc nous les ayons écourtés à la mei^urc de nos tailk'ssoit (|ue les Ages aient em|K)rté leur fïhyriiuiiniiii4> jn-u ;t peu, de niénir que chaque instant disHipc ]t^ pîirfun»^d'ïi!in nnss<)lcUe Qui reconnn.t «^ous le toit ileréchoppc flu% cmilrcvmls vcrU, ùaiis le vieillard conrbd >ur un bureau ii'br»» d'encre el ilc co;i]^s <îo canif, le ^cribe. couinmnsal di?> rois ol tirs >«'îqîirMr>, «luî î»uidail h phinif* ilaiks le» doîgis igr;:.rnr.lN de in cliMi l.iino, le poî|îii.ird hur le pnirîimiin il.ais h m:iiii rohollo du chr^alii-r'/ Ll le barbier cliirwrj-'uMi-rluvisli», ce yrololype df HjîirOp jaHi^ armé du rnM.ir cl du In Inncrll'^, lî.iirtle babUlardi; du NCniidale, ciilrcini-lltMir d'iiitiigiM^, allepT et pro!t|i T(\ n*a-l il pas vu sou iii{»i;o|»oKî c:i\.»lii, mïmcU\ et m.-rnlcnîinl n'en est-il pas n'îiluil nu pi. l i Imrbe* qtii* piteux ti morne il (end connue h sô tile du piuivre L^iiihlHt> el le jjladialeur que Phidia-:, Cli'>ii.ios el AjTi^idi oui reproduits en ninrbn» couinie un d«'li d.* perfection i nuire humanité d/gôncrce. raçonnt'^s dans le
moule anfiqne, grec ou romain, peoTent-fls aiair uni* copie décolorée dans le luttiub de nos UBfs et tinpu, lourd et commun, grossier d^allve.! comme Quasimodo, fait mentir r«xiome que i è monie nait la force? »
Acteurs d'une fête religieuie, les athlétei élaifll que le dit Pindare, une réunion d'hommes Itkcif naîenl conquérir Timmortalité el les coarona'' bruit d«s trompettes, au son de U flûte. iiiiciT«F les rapsodes qui récitaient les vers d^Homère, kip d'Ëmp docle et les chants d*Hésiode* Dadlifiapi divertissement du peuple-roi, dans an cirqse im tendu de Glets d*or, de splendides tvloria. oén^ les lions et les panthères, où siégraienl eori Âi spectateurs ; Tesclave thrace. le prisonnier «■* gaulois, jouaient leur rie dans un drame réd tf ■! el tombaient frappés par Tépée du senilor, ptf& du mirmi//on, par le trident du rrf taire.
Quel plus bel enjeu que la ne? quel plu I01 que la liberté?
L'athlcte de nos temps, triste parodisie, agsAlA^ sirs d'une fctc patronale, lutte dans rarèneeitfi du pipeau, aux mélodies conjointes de la i du giloiibet. Et quelle arène! ao lien deecsl ;is>i>"s de pierre qu*on appelle le Colysée, itflll rt.iil |i. r>(>m('e dp cinabre, de sable d*or» ganilk rlii*s foiiiaiiics ordinnirement, c'est une pniria»fll clair-scniéc dt- pierres et de paille, el le cimkiill par des Np« rlatiMirs en habit de bure.
Lli lii'ii! clir/. b' peuple romain, élendnavi9 dins do ntarbre, cliiz les innombrables lémMS ^
IF. Lurnii:?..
tW
^yr XfOi^-^l
Ijmpiques, il u'y avait pas plus d'eiilhousiasme et de Aire que chez les spectateurs df nos jours On s'enivre Htsf bien avec le vin bleu des cabarets qu'avec le tokni. ^ns les provinces méridionales, il n'est pas de hameau ^ii(érable et indii^ent qui, à son ^'o^>^ ne se cotise pour voir au moins une couple de lutteurs. Chaque peuple a tnsi dans ses mœurs un goût dominant qui décèle son uractère, qui est le principal trait de sa physionomie. Tul n'évoque le souvenir de l'Angleterre sans se rappeler du combits de coqs, et surtout le boxeur. Nul. en pen- Wûi â ritalie, n'oubliera ses soprani et ses poésies mul^ales. Quel est te roman espagnol qui, à part les auto- «L-fé, les sérénades et 1 inquisition, n'ait été défrayé par F^ courses de taureaux, les picadors, les matamores, les «nderilleros, ete ?
Dans le Midi, le lutteur se détache comme un type spéial, fort de toute sa puissance et de toute sa popularité. I y a bien là certaines iuspirations émanées de ce sol
t Fête jiitroatle.
romain, où dorment à quelques pieds tant de débris. Les arènes de Nimes. l'amphithéitre d'Arles, ne devaient pas rester comme un cadavre inerte: leurs échos ont trop souvent tressailli à des hurlements sauvages pour demeurer silencieux désormais. C'est presque le même peupie qui criait par les rues : Panem et circenses ; aussi les pierres qu'ont foulées les sandales et les bottines romaines doivent croire qu'elles assistent toujours au même drame, en entendant les transports et les clameurs de cette population passionnée. Ce sont toujours ces gens au teint bronzé, aux h«ibitudes rudes et farouches, au désir ardent, avides d'émotions et de spectacles où ils puissent dépenser leur exaltation. Ne leur parlez pas du théâtre et de la littérature : ce n'est rien pour eux que ces catastrophes factices dont les cinq actes d'un mélodrame sont engorgés; ils méprisent ces rouages qui meuvent une machine dramatique, ces dénoùments prévus. Leur drame, c'est cette action réelle, ce concours d'adresse et de forte, l'une si fertile en ruses, l'autre si féconde en ressources ; toutes deux se prenant corps i corps, et nr^
LE LUTTEOR,
sentant toujours tant de physionomies diverses, tant de tours variés, tant de coups de théâtre, tant d'incertitude de la TÎctoire, que le spectateur reste haletant, indécis, ravivant la lutte par ses clameurs à une savante manœuvre, excitant les lutteurs de ses applaudissements comme du cliquetis d'un fouet : morne ou trépignant, suivant les chances heureuses ou malheureuses de son favori. Ce peuple, dont l'organisation est si rudement trempée, ne peut se pliera nos susceptibilités raffinées, aux habitudes parisiennes qui se contentent des mignardises du théâtre ; lui ne craint pas le sang versé, de tristes exemples l'ont assex prouvé; et soyei sûrs que, si la civilisation ne criait haro, il mettrait volontiera des épées dans la main de ses lutteurs.
Nous avons semblé, par ce qui précède, constater l'existence des luttes seulement dans les provinces méridionales : c'est qu'en effet là c'est une préoccupation incessante ; mais la patrie des hommes aux longs cheveux et aux laides épaules a aussi ses lutteurs. Dans tous les pays où le séjour d^s cohortes romnines a tracé un sillage si profond qu'il n'a pas encore été effacé par le temps, le lutteur existe à l'état de tradition. Alais parmi les montagnards kernewotes du Finistère, ce n'est plus on métier spécial, ce sont des paysans robustes qui quit-
tent la charrue et viennent combattre â ébiqw pnk pour le divertissement de leurs comfngDooi. ISm parlerons pas de cette lutte de paroisse i ptrani^' appelle loir/f, et n'est aulre que le jeu di shà^i Ecosse, dit hurling eo Angleterre» laquelle «■■■ chasser une boule sur le territoire de u tamm nous mentionnerons seulement celle doot U dMM romaine a laissé tomber quelques notions sarleaLf s'est mêlée aux pratiques superstitieuses da mm^ et a subi l'influence religieuse si puissante ea Irbb Il est curieux de rapprocher les coutumes qv ;■ usitées avec celles de nos provinces méridiooalci
D'abord, par une version contraire que U éhm de climats explique, les Bretons luttent haUhfr chemise de forte toile qui s'enserre dans vm se étroitement collante au corps, les cheveux relm» tournés en chignon et liés par une torsade de pi desguôires de berlinge*: voilà le costume. <h» prend que la lutte y perd beaucoup de son intôftji sommes bien loin de Falhiéte : le jeu des raoïdai poses académiques de deux corps entrelacés, les r^ de tradition, tout cela ne peut plus exister. Oa ■« que deux paysans qui se gourment et se roolcaléBi poussière.
Le latteor breton est par-dessus tout superstitieux: s'il sa signe é plusieun reprises avant 1<% combat, c'est ; pour deroaudtr ainsi l'aide de Dieu et de la sainte
Vierge que pour se préserver di>8 sortilèges et du louson. Le louxou. lachei-le bien, donne une vigueur surhumaine é qui le possède : ce sont quelques plantes à caaîlllr par la nuit, le jour du sabbat, avec des formules mjtlMeates. Les Iroes religieuses s'en gardent comme d'an maléfica, parce que c'est un pacte tacite avec le fMe du mal ; mais d'autres moins timorées l'emploient
en se promettant de se racheter par qaelqa pied des calvaires. C'est à cette terrible y dira-t-on, que Pierre de Moncontoiir. IntlaaréBi rons de Rennes, dont le nom est resté par daM*'^ faite, a dû tous ses triomphes. Le Breton entra B^ mais, au préalable, il fait conler l'eau fafoialllàri^ taines dans ses manches» le long de ses kii tf !■'
> F^te patronale, s Fil et Uine.
LE LUTTEUR
Poitrine ; il D*y entre pas, si c*est le jour anniversaire (a quelque calaNlroplie de famille, s'il croit avoir va ^ÂM^eou glisser sur It-s flots, s*il a pour rival un homme toisé de se si|;rner à rel>ours, de rendre les terres stéflaft et \e» femelles de bestiaux infécondes. '■ Vh oondilioRs de la lutte sont : de ne prendre son adimire qu*é la chemise, de ne point le frapper du pied, t o*eniployer ni sortilèges ni magie. Le croc en jambe, Bite manœuvre subreptice et perflde du traître, qu*on omme là peeg goum, « st autorisé. Les gages qui charftnt une sorte d*arbre de mai sont ordinairement : uu MMirhoir, un coq, un mouton, voire même une génisse, se Ton p*ace sous les yeux du public.
Le tambour annonce por un roulement que la latte va immeiicer. Deux hommes, Tun avec un fouet â la laiére sifflante, le chapeau baissé sur les yeux pour ne !• avoir pitié des réfractaires, Tautre avec une poêle, lOt faire Uss^. Les sonneurs', qui sont un violon, un mbourin, une musette, dite bigniou, un hautbois, iftseyent sur une estrade, ainsi que les juges choisis inni de vieux lutteurs, parmi les notabilités de Ten- "oit et les puissances temporelles et civiles : le maire,
notaire. Tout une f(»ule s' ccronpit autour de ce specde; les toiis des granges voisines se garnissent de trieux; les «irbres portent des grappes d*hommes; les mmes se prélassent sur des échafauds construits à la Ite. Un lutteur prend le prix dans son chapeau, si c*est 1 mouchoir; sur son poing, si c*est un coq ; au haut des ras ou sur les épaules, si c*e.st un mouton ou une géisse, et se promène ainsi dans l'assemblée, s'arrêtaiit â 5ssein devant ceux qu*il soupçonne devoir répondre à »n défi : si nul ne tire sa veste tt ne rdltache sa clievcre en lui disant: a Attendez, • le prix lui appartient; ais. si quelqu'un lui crie de s'arrêter et lui touche Téiule, la lutte est engagée. Les deux lutteurs se déshallent et paraissent dons le costume que nous avons déit, s'embrassent, se disent leurs noms, leurs communes; \ mettent 1 1 mnin droite sur l'épaule gauche, la main gaule sur le côte droit, et commencent Leur cheveux se dé- But dans la chaleur du combat, leur chemise se déchire I lambeaux sous leurs doigts crispés; s'ils tomhentdans
poussière, et que l'un d'eux touche la terre par le dos, on crie : a Ar lam é ', » et celui-là est vaincu. Si aucun eux n'est tombé ainsi, « ne get lamm *, b c est un cos^ II, une chute inutile, it Ton se relève. Outre le croc 1 jambe, qui est modiGé d'une manière savante, il y a autres tours remanjuables : le maléfant, du nom de )n invpnieu , pnr lequel l'adversaire est lancé en arére par des.sus l'épaule; le toU scarge, qui ne laisse adversaire s'appuyer que sur la pointe d'un seul pied, e sorte qu'il tst facile de le faire trébucher par un peeg ourn. 11 y a encore le cliquet roon, où l'adversaire ayant erdu pied, le lutteur le fait rapidement tourner autour e lui et le jette à terre tout étourdi. Dès qu'un lutteur Bt proclamé vainqueur, le plus fort des juges le saisit à I ceinture et le montre à l'assemblée, qui applaudit rec transport.
Passons â un plus véritable représentant de la lutte itique. au lutteur des provinces du Midi.
Nous avons nommé le boxeur quelques pages plus lut ; voilà dans la physionomie de nos voisins d'outreler le véritable pendant du lutteur méridional. Tous eux ils résument les instincts d'une population : ils sont
1 Place.
* Musiciens.
* La chute y est.
^ La chute n'y est pas.
uu anneau semblable de cette longue chaîne de types qui, réunis, forment une nation ; on ne peut les en détacher sans briser la trame. Aussi, quelle est la collection de Heads of the english peopù qui ait oublié cette importante figure, nou plus que celle de 1 amateur de coqs? Qui de nous s'est fait une Angleterre sans son boxeur, escorté de ses parrains? Quel caricaturiste français n'a pas représenté l'Anglais avec son gros ventre d'alderman, les bras arrondis, les poings menaçants? Le boxeur agressif et brutal n'est-il pas le type le plus vrai de la populace grossière de Londres? Le lutteur n'est-il pas une révélation des instincts un peu farouches des Méridionaux?
Les rapports, du reste, sont si réels entre les deux productions indigènes, que, malgré la distance, elles ont un esprit haineux de rivalité. L'Anglais méprisera le lutteur français de toute sa morgue britannique, en déclarant que Swift ou Adams en feraient bonne justice. le lutteur vous apprendra comme quoi un de ses confrères, insulté par deux boxeurs dans les rues de Londres, les fracassa sur la muraille ; anecdote que je croirais dévotement par patriotisme, si elle n'appartenait pas, p;ir droit d'ancienneté, à Maurice de Saxe, tout aussi bien qu'à l'amiral de Grasse.
Les villes qui se baignent au Rhône sont la pépinière de ces lutteurs. Remoulins, sur le Gardon, cite plusieurs illustrations de cette espèce. Saint-Quentin fut la patrie d'Archambault. Les naissances douteuses donnent lieu â des querelles. Domère ne fut pas revendiqué avec plus d'acharnement par Chio, Scyros, etc. Aussi, cliaque affiche distingue précieusement le pays, et signnle bien clairement : le parti avignonnais. le parti lyonnais, le parti du Gard, le parti marseillais. Qiiand un lutteur étranger est vainqueur dans l'arène, les rivalités grondent sourdement ; les parieurs aigris murmurent contre le malencontreux lutteur : — A pas péta d*cschino ' / crie la multitude. On rapporte que les deux célébrités nîmoises actuelles, dans un défi qui leur fut porté par Marseille, indignées de se voir ainsi chicaner la victoire, renversèrent leurs adversaires avec tant de force et de rudesse, que plus d'un d'entre eux ne put se relever sans secours, et que le peuple irrité faillit mellrc en pièces les vainqueurs.
Entre deux lutteurs en renom la ville se partage; tous prennent parti pour l'une ou l'autre faction, ainsi que pour les bleus et les verts du cirque de Gonstantinople. Chacun raconte de son lutteur des histoires qui font pâlir celle de Polydamas, qui soutint une caverne prête â s'écrouler, et de Milon de Crotone, qui tua et mangea un bœuf (d'autres disent un mouton, ovem et non bovem, ce qui réduit singulièrement le prodige). « Un tel, disent les prôneurs, près d'être écrasé sous une roue de charrette, la souleva à quelques pouces de sa poitrine jusqu'à ce qu elle eût passé*. — Un autre élève jusqu'à sa bouche une cornue de vendange pleine de vin aussi aisément que nous autres débiles approchons de nos lèvres un verre à pied. — Un autre crève un baril d'un coup de poing, et a été surnommé pour ce fait Crèbo» bouto *. etc., etc. » Malgré tous ces témoignages de chaleur et d'intérêt, le lutteur est mal considéré. Un paysan aisé montrera autant de désespoir en voyant son fils dans l'arène qu'un respectable bourgeois de la rue Saint- Denis en sachant son fils engagé dans une troupe de cabotins. Cela tient au préjugé qui poursuit tout homme
> Il n'a pas craqué de Téchine; expression pittoresque pouf i dénier la victoire.
* Grève-tonneau.
LE LUTTEUR
qai consent à se donner en spectacle pour notre diver* tlssement, et surtout au relâchement des mœurs de ces artistes. Leurs violents exercices, le renouvellement de forces qu'ils nécessitent, leur donnent le besoin et le goût des liqueurs fortes. Ils font des repas cousidérables, à ! exemple des athlètes, et vivent, pendant Tintervalle de leurs triomphes, dans les plus infâmes bouges. Ils ont fui le labeur persévérant de louvrier, la dépen<iance de l'artisan, pour la vie libre et vagabonde, pour le far niente des longs loisirs, et leurs habitudes sont empreintes de ces funestes inclinations. Gomme leur salaire ne vient pas lentement, au jour le jour, pii'ce à pince, mais en somme, la dcbmche est immédiate. Le lutteur couronné élit pour ses plaisirs amoureux quelque robuste sultane, et liquide sa victoire en compagnie de ses disciples et de ses séides.
Le lutteur, en effet, a une conr composée de ses parents. d< s amis de sa classe, qui le féliciti^nt, lui secouent la main après un succès ; et. après la dcfaite, le consoletil en allribu.inl la chute à un faux pas, à une trahison de Tadvcrsairc, à tout, plutôt qu'âlinférioritc du vaincu. Les grands maître^ font école; ils cuseignont les éléments du grand art, si répandus d'ailleurs, qu'on voit les enfants dans le.>nics lutter avec principes; en outre, ils initiiut leurs élèves à leur système, ils leur prêtent leur coup favori, car chacun d'eux en a un qu'il a créé, de même que les maîtres d'escrime, de bâton et de boxin^. Leurs th'>orics. comme on le suppose sans peine, sont développées dans un sinfl[ulier langage, car ils sont complétem^iul illettrés. Issus de paysans, livrés à des exercices g)'mnasti.|ues fort peu intellectuels, ils n*ont rien en dJiorsde leur éducation brulale. L un d'eux se fnisait indiquer son nom sur l afQche. et avait choisi un de ses amis pour se faire lire chaque soir des vers à sa louange, vers français écrits sous Tinspiration d'une muse patoise. Mazard, le plus illustre coryphée du gctire, avoua naïvement à un amateur frénétique qui sollicitait de lui un autographe, qu'il ne savait pas écrire.
Nous avons notnnié Maz.rd, VEnfant dei vieilles Gaules, ainsi que rappelle son poète :
Bleissonuier lui succcde, enfant de la Provence ^ ;
jadis son disciple, maintenant son rival. Ce sont les deux plus grandes renommées autour desquelles gravitent les autres comme des astres satellites
Le jireniier a été surnommé Vlnvincihle, le second VlnfaUgable. Tous, du reste, possèdent un sobri([uct
.-1/^f^ro.
dont le public les a décorés, oa «pills se ntl «i
eox-m/^mes, et qu'ib attnchent à la ipcQedelfWH sur lafUche Ainsi on lit : Boui!lard, dit le Crév.lii dit le Terrible: .Martio, dit Beiarhre: I^motmii le Mistral: Serrurier, dit Finelame; Jean DenÔLi Papillon: Blanchard, dit Va*de-homrcœmr, elc.,Ai plus modestes indiqnent seulement le liea deicvi sance : Go^te, de Thulain ; Qu quioe, de RoqvemnR grand Paulet, de Vauvcrt, etc.
Il y a des luttes périodiques qui» dans le« rai villes, ont lieu chaque semaine, le dimanche; im accîd'*ntellcs : ce sont celles que Ton célèbre èai fêtes de village. Les premières, qui coD^titaeatuv tacle suivi, ont un théâtre réservé : par tittf^*. Arènes, «i Nîmes; elles prennent alors un canet-iTf que solennel. Toute cette multitude. éclielMini dans cet entonnoir elliptique de piirre constmii a un enfer du Dante, et qui s*agilt* et se ment «vt>! dins, en laissant échapper un murmure foi midaUm celui d'une fournaise, donne au géant romain »<ea physionomie. A voir celte mer de léles s'apler, a' missomtMil de plaisir passer à chaque péri|-élif c?? foule immimse, et là-bas, dans un cercle àroitit^ deux hommes «i peu près nus, entrelacés coame in < pcnts, roul.int sur la poussière, on croit asèsiff. scène antique ; mais, si l'œil se hasarde à ckcnla
la place des Césars,
Celle des proconsuls et des nobles famittei. Et celle que Vesta réservait a «es fiUes, Dont Tindex était on poignard *,
Tillusion s'enfuira, chassée comme un nuage pvk« car on verra siéger â la même place où étaiol sa avec leurs rohes blanches ces m^mes vierge* de Tea. cruelles et si belles, la gravité gourmée de M. k oai saire de police, la roideur officielle du gendaracs physionomies bourrues des membres duconseilaoïa Aux rotos de village, Taspect est plus pîUerafa scène, comme nous l'avons dit plus haut, se fmh une prairie, dans une plaine, dans une aire. Aon la musique, quelques paysans, se tenant para* choir, alignent les spectateurs en cadence ; d'aatrvf une perche maintiennent les curieux. Aa»silâi^ rond est fn t, Torchestre, composé d'une clanaeUM'i grosse caisse, d'un violon et d'un galoubeL fcilît" de Taréne en jouant Tair national delà lutte, ovota le chant de victoire :
C'est à rimilatlon des hérauts d*armes et des maréchaux de camp, qui parcouraient la lice des tournois, suivis des
• Ttiomfkê dt Mazard, poSmc par Lo«l6ra.
ménéirîcrs et des chevaliers tenants housses et ténicléi,
^ Ua Àrinêi, poésies par Reboulp dt 18
LK LUTTEUB.
^i^i^fc
ft