HENRI MONNIER
uand nous Tenons au inonde, nous autres modestes enfants de Paris, pru de personnes assistent à noire arrivée :
ce sont ordinairement Taccoucheur, la garde et la portière de la maison où nous avons reçu le jour. Li servante, si la dame du lieu ne fait pas elle-même son méra, vient tourne et rat£ourn« de la cuisine à la •e à coucher, df la chambre à coucher à la cui- . le mari n'est jamais là.
es les formalilés usitées en pareil cas une fois ter- • le sexe du petit bonhomme bien et dûment con- «I le purifie, on l'empaquette, on le ficelle, on le B, on lui brise bras et jambes pour qu*il occupe is de place possible dans se» langeN ; puis on le •e â la maman, qui le reçoit des mnins de la garde. ^lir. dont les soins ne sont plus nécessaires, plie » tire sa révérence, et la portière reprend le nou- 6, rinonde de caresses, l'humecte de baisers, et 'e, à dater de ce jour, uncaffoclion des plus vives, oiiemenl sans bornes.
5 affection des plus vives, ce dévouement sans » s*étendent à tous ceux et celles quelle accoK-^a Venue dans cette vallée de larmes et de misère. ip5, qui détruit tout, ne diminuera pas cette ten- ; il ne fera, au contraire, que Taugmenter, que lire, que l*embellir ; jamais elle ne sera payée d'io-
gratitude : de tout temps le Parisien aima sa portière. J*ai beaucoup aimé la mienne, vous devez avoir aimé la vôtre; vous Taimerez, je Taimcrai, nous l'aimerons toujours. Aussi cette haine que, dans un âge plus avancé^ nous portons aux antres femmes de sa condition, bien que fort injuste, est-elle une conséquence toute naturelle de cet amour exclusif que nous conçûmes pour la première.
Le portier est plutôt Thomme à la portière, car, pour être digne du titre dont il se pavane, il faudrait qu'il partageât les charges et les bénéfices de remploi; et il ne les partage pas. C'est un être à part, un monsieur singulier, comme l'appelle sa compagne dans ses rares accès de gaieté, une espèce de tailleur en vieux. Autant Oumann met d'élégance dans sa coupe, autant le portier se distingue par Tinexpéricnce, la maladresse et la pesanteur de ses ciseaux.
C'est quelquefois encore un cordonnier obscur, qui, au sein même de la capitale, s'est créé des habitudes orientales: il ne fait rien, le sans cœur y ou si peu, qu'il vaudrait mieux cent fois qu'il rcstlt au lit la majeure partie de la journée. 11 tousse, mouche, crache et graillonue à faire tourner le boire et le manger des locatai* res, dont U a l'impudeur de lire le premier les journaux; puis il humera le jus d'une pîpc archirulottée, lo nez perdu dans les fonds d une vieille souquenille rapiécée et rapiéceras- tu, se dômeltanl en faveur de sa moitié de la totalité des ennuis et des tracas de l'asso* dation conjugale.
Madame, que nous appellerons la maman Desjardins, est d*une nature diamétralement opposée à celle de son triste époux : vive, preste, alerte et proprette, elle fat
Paris. Ifflp. <le Edouard Blot, rue Saint-Louis, 49.
LA PORTIÈRE
tout par elle-même, porte les cnloUex, se moque do f » en dira-t'on, et, depuis M>n mari jusqu'au locataire W pltt« litjppé, mène à la baguette toute la maisonnée.
A Kcize ans, elle vint du fond de la Bourgogne ^ I^** ris retrouver une smur aîiiéo de «on papa, depuis longues années en service au|iri's d'un vieui garçon vicieux. Son arrivée ne causa pas é In tante un bensible plai?;ir. Elle n'rlait \m fine, tant s'en Tallait qu'au contraire; mais, comme tant d'autres, elle avait cet instinct naturel, ce gros bon sens, qui longtemps nous font pressentir é l'avance que tel ou tel individu nous s^ra plus on moins nuisible ou désagréable. I lie ne tarda pas toutefois à voir ses prédictions se réaliser. Le lendemain, à son déjeuner, M. Boumichon demanda k sa gtmvernante des nouvelles de reniant, comment elle avait passé la nuit, si le s^our de la capitale semblait devoir lui contenir; il lui adressa cent autres questions encore, qui toutes prouvaient jusqu*é Tévidence que déjà la petite ne Ui était pa« indiflerente.
Sa barbe avait été failo en se levant, ses oreilles étaient brûlantes, sa langue é|»ais<e, son regard hébété. Il était sûr et certain que Bournichon nVtiit plus dans son assiette ordinaire et qu*un notable dérangem»*nt d*id^es venait do ti*opértT dans son iniaginalive. 11 tourna linéique temp^ encore autour de la question, pnîs enfin l'aborda en témoignant le désir de voir immédiatement la jeune porsonno.
La position de la pauvre femme en cette occnrrence était des plus critiques : devait -elle la faire venir, ou ne ledevait-«llepa$? Ellelefit. M. Bournichon se contînt, et se renf' rma dans les limites de la bien^nce ; seulement $t»s rpgards se |HMloronl plusieurs fois avec trop de romplaisanco pont être sur la ffrtite : au demeurant, il fut trt's-romonahle. LiC coop n'en était )^s miun^ p«irté. La malheureuse Innte con naissait lo pôlorin: elle savait qu'il ne fallait pas le heurter, qu'il était prudent de mén- j:er et la chôMT et le chou : elle fit bonne contenance, elle fvjitirnta tint bien que nul . mais, une fois le déjeu- QtT termine, elli' tît passer la lîl'e de son héadt frrre dcunt elle, lerfermi dans s.'t chimbre, emiossa son «ar^ tan. prit son sac et ses socques, et le soir m^me elle axait fait mai< ^n nette. Petitf nitcr à M ianU êtaii lotnN». à Taufv bo.it de Parix. en qu.^luê de tonne d enfant, chei une yww^ damo dont le mari éuit au colonies.
naif*!
Peur jolie, la petiU ne réfait pas. wv Aa que nous appelons la beauté do diable, la fbj dents do monde, beancoap de ûraicbe».
M. Boumichon en avait soiiante-sept tiîn i
Depuis le jooroà sa traoquillité firt compagne du vieai garçon ne 6b plis qtmk vais cotOD : sea digestions devinrent M>mmeil était agité ; les âmes charitallaèi Tentretenaient dans ses sombres peménnl dant é tout bout de champ des Bournichon, de son côté, devenait de pina géant. Cet état de choses ne pouvait au«ïsi ne dura-l-il pas, et, un bisau i elle y pensait le moins, elle prit i
Bournichon fut médiocrement aiïcctéi sa Baliet : elle lui était devenue i reroua ciel et terre pour connaître la ( lite, que la défunte avait en bien sois i il y parvint néanmoins, la fil venir, lip faire sa compngne: elle accepta. Deainéf nichon s'en fut rejoindre la pauvre Bihliili nièce peu de choxe A la vérité, man ■ tentf r la cupidité du sieur Desjardiaii
Peut-être le défunt valait-il nien pi|i toujours fut-il qu en sortant de cbes W i vernante aurait trouvé difBcilenicnt i i " est si méchant! Aussi, quand le fatvnf le prit au mot, dans le seul but de sec
Le mariage éta t é peine eons m jardins s a|»erçut, mais un peu tBrd,drbfc venait de faire. Cet homme. qQ*elliirfr les richesses de son imagination, I bas du I iédestal qu'elle s'était plu ildi moment elle ne vit en lui que eeqiT ' un grotesque, nn bnital. un cjniqnei rons. aui lieu et place d'an lancier, d^l qu'e.le avait rêvés. Elle se prit an»îl le délesta de toutes les forces de son i
L'histoire de ma portière n a rien di I nuire, de bien mervellleui; Je Tai < histoire, comme elle me Ta mille fais i à foules les oulres. . éê porUirm.
Toutes les dames commises é h fv sont en général d'anciennes < charge, qui ont appris é tirer le i et inierminahles séances qu'elles sst I Un hmtier qni vent épargniT é la i rent nn reproche d'iogntitude. à sa I pension viagère, mettra i la porte, m cun. l'ex-gouvernantc do défunt.
Il en t>U an reste, du métier, êm h \ tit de portière, comme de professions, de tous les i ' ~ bon et mauvais côté. U y a dans mnl à se promettre, sans doute, il i simuler: mais aussi combien de i ti.Te ne rêgne-telle pas en i sur tous les habitants de la maiasn» ni 1 itge, le sexe 1 1 la classe é laquelle Is i Tous ne sont-ils pas soumis à ses luIisiL ca|irices? N'est-elle pas le flNiatun,ltl c in^il du propriétaire? ITsstpca pas ( loyers, qui fait les rapports^ dnaas al | pÀ. qni dispose des caves, d menis?
Il y a é Paris i nulls citer, que je ne cite pas, mais ans oa n'a pas assis Hs Is |
LA POiniÉRB.
(m igDore complètement s*il est homme ou femme : , tu grand jamais, on ne s*en est occupé, t ce qui se présente à la reine de la loge ne Tajamais que le chapean â la main ou la main au Q. Le jour de la fête de la Vierge, sa patronne, sa re ne peut contenir les fleurs et les bouqueU dont : assaillie; au renouvellement de Tannée combien •nx, de douceurs de toute espèce : c'est â n*en \h.
t fournisseurs ! quel intérêt immense n*ont-ils pas I intenir toujours au mieux avec madame Desjar- ' le boucher manque un seul instant, un seul, à DÎr : c N*aUe%jamai» chez c'f homme-là, dira-tn nouveau locataire, e*e$t un fichu boucher; ga €êt gâtée, il vend à faux poidi, sa femme «si ^mime le tempsy elle vo%u agonieera de sottifes. » I A se plaindre du boulanger r « Gardêi roue, 4ê la petie, de prendre voV pain dam e*U «uiie'ett dei gens malpropres quil n'y a pas lems « Us vous feront manger des cri-cris, » Si la frui* en la malheur de traverser la rue sans la voir : ferez bien de ne jamais entrer che% cette femwus" nt n WMuvaise, quelU vous allongera une paire Mets si vous avei U malheur de marchander la m des choses :çane pèsera pa» eune once, » Ainsi ^9 tout le monde aura son paquet.
nyes pas que la portière n*ait pas aussi ses petits la de distraction, elle n'est pas toute l'année à Fat- [€ me plais cependant à lui rendre cette justice: t rarement, mais encore sort-elle quelquefois. Et remplace? les vieilles béguines qui habitent les «périeurs. qui jamais ne donnent rien, sont ponr ne complaisance i tonte épreuve, et s'emparent on. Ce sont ces femmes jaunes et décharnées, ou à fendre à l'ongle, qui dans la belle saison tapissoir les deux côtés de la porte cochére, passent en es gens de la maison, les allants et les venants, et illent de toutes pièces.
lesséchées sont de vieilles filles, les âmes dam- I vicaire de la paroisse, des lames â vingt tranles demoiselles de la confrérie de la Vierge. |K)telées, des veuves, des gardes-malades ou des i de ménage. Toutes ces dames se chauffent et ent toute l'année gratis pro Deo. Elles forment lajor, le conseil privé de maman Desjardins, écoufrdicus les soporifiques lectures de romans inihensibles, interrompues à chaque alinéa par la le incessante du cordon, ou les coups de marteau orte, qui les font toutes bondir conime de blancs I sur leurs sièges. RUes épient un regard, un souleur bien-aiuiée souveraine, qu'elles entourent entions les plus fines et les plus délicates, à l'obligeauce de ces péronnelles que nous somlevables de la présence de toutes ces portières qui, » fêtes, nos réjouissances publiques, â nos feux »9 le jour de Touverture du Musée, «i l'Exposition duits de l'industrie, nous coudoient, nous fatinous assomment et nous marchent autant sur les les femmes sont éminemment curieuses; ce fut et toujours leur petit péché mignon. Au fond, ces I ne sont pas méchantes, toutes en général sont sses bonne nature; mais les flatteurs, qui. tons les parviennent à faire changer les meilleures intenes princes et des rois. chani|reot aussi les meil- Intentions de nos portières ei nous les gâtent. lis, avant d'avoir vécu à Paris, nul ne pourra se 1er combien il importe à tout homme, jaloux de os et de sa tranquillité» d'être bien avec sa por-
tière. Autrement, plus de bonheur, plus de paix pour lu! sur la terre, et encore, malgré toutes les précautions prises en pareil cas. un rien, une idée, un caprice, une goutte d'eau rép.nndue, une sottise commise par votre femme de ménage, de la conduite de laquelle on vous rendra responsable, pourront vous aliéner l'estime et la considération de votre portière.
La tête haute, la conscience pure et paisible, vous chantonnes en tournant le bouton de la porte de la loge où vous pspérez rencontrer un gracieux sourire ; pas da tout, au lieu du sourire gracieux, ce sera une mine atroce, une tête de griffon, comme dit mon ami Diintan, une réponse des plus saches à votre bonsoir, et, si vous ne trouves immédiatement un coin, une place où déposer votre bougeoir, pas une main ne viendra le prendre; il vous faudra le mettre dans votre poche, si vous n'aimes mieux le remonter chez vous.
Le soir, vous frapperez vainement à la porte : on connaît votre touche, on ne vous ouvrira pas, et, k moins d'une circonstance imprévue, indépendante de la volonté de maman Desjardins, vous ne pourrez rentrer que le lendemain. Vos lettres, si toutefois on veut bien les recevoir, vous seront remises quinze jours après leur arrivée; vos billets de garde confisqués; puis on mutilera le cordon de votre sonnette, la machine é baUre les habits sera décrochée, votre carré souillé, votre paillasson prostitué, puis on dira au tailleur : « Si Ton ne vous ouvre pas lé-haut, c'est qu'on ne veut pas vous payer : voilé la chose. »
Toute portière aime les animaux ; chaque loge possède un chien, un chat, des strins, un moineau franc et quantité de petits cochons d'Inde dont les voix aiguës attestent la présence sous l'établi, la commode ou le dessous du poièle.
Le chien semble n'avoir jamais été jeune, tant il est vieux et laid; il est toujours fort avancé en âge. Il appartient à la race des carlins, espèce presque éteinte et dont quelques individus se trouvent encore de temps à autre chez la portière. Ce chien a quelque chose du mari de sa maîtresse ; cette ressemblance existe au moral comme au physique : ainsi que le père Desjardins, il est maussade, sur sa bouche, graillonneur et boudeur. Comme lui, il a le nex épaté, la barbe grise, l'œil éteint bordé de rouge, l'oreille entamée et les jambes mativaisis. Comme son maître, il est fat. important, et ne tient aucun compte de leur politi-sse â reux qui le viennent vi« siter. Son organe est tellement fêlé, que c'est tout au plus s'il est facile de Tentendre à deux pas. Égoïste comme tons les vieux garçons, il ne sort jamais, dans la
LA rsmfiRB.
crainle des mauvaises charges des poHsf^ons du quartier.
^ tJt, / '^^^^^~ fcMfcï*
Le rtial est peu sédcnlaîre, Il va el vient, n'est jamais en placcj asset bien tu dans quelques parties de la mai-
son, fort mal dtns d*tatret; n longue carrière.
Chaque année, les cages reçoifeal dt taircs : cette odeur de pipe el de slammcnt régne dans la loge, est en des causes principales de rénûgralkB di tants.
Les petits cochons d*Inde fmllulcBt frayante; ils se trouveraient asseï bien dtbH plairaient bien davantage encore n iMlMi damnés é être servis sur la table de kml et maîtresse. Jamais je n*en ma portière, qui en consomme un mets très-délicat et trés-recherclîê.
Chez les garçons, la portière remplil tiens de femme de ménage ; c*esl aéa cordes de son arc. quand elle a le tataldi jouer : un garçon n'y regarde jamaia da prtm^ heureuse étoile veut que le cher li(
jeuners chex lui. elle troate lacflk ^-
tenter. haut la main, elle el tons lesaiM^ifll dépens.
Plus encore que * 'iniiiedearfBag%h|rf va et vient é toute i re de joor ti da Ml^il tout contrôle, a beau ei pov Un, «iHatd orges; aussi k I le ffatlaBe é— ri*i
LAMKnftRS.
ï charbon et tout ce qui s'ensuit : tout isse; il n'y i pas jusqu'aux cigares du aire qui ne viennent se promener, I ! sur les tristes et dégoûtantes lè?res dins. •
prend envie au mailre d'abandonner rs la capitale, quelles aimables parties, ées se donnent dans son appartement !
blement surpris s'il voyait ses petits quels il a tant d'égards, qu'il traite gements, â la merci de toutes les comn, à l'aspect de ces lumignons eiTant •tés, dans tous les coins, illuminant les les vierges de la confrérie ; ses beaux ils de vignettes, si précieux, dans les rones humectant le pouce de la main éuille qu'elles passent en revue, écor-
brisant les marges à faire tomber l'ésyncope.
ituettes transformées en patéres et re- ; de ces dames I et ses belles faïences, de veilles à Bernard Palissy, donnant
fois l'hospitalité à la crêpe, au bei- H>ulu!,,.
I vertu à celui qui, rencontrant chez ipagnie, se renfermerait dans les berce et de la modération ! il agirait ainsi, rouverait encore de nombreux détrac- 1 tant de besoin, ce grand marabout-là, , en allant au lait, mademoiselle Pétola, ilevée sur les genoux de madame de l tant de besoin, madame Gabiaud, de sur les épaules, que j'en ai zévuse ma jblée, que j'en ai passé eune nuit quache? Il ne sait jamais que vous faire es, c*t*ostrogoth-lâ !
. — Âvous-vu l'air pas contente qu'il élola ? Nous a-t-il adressé un seul mot ! ben oui, il avait ben le temps, ma rop peur de se compromettre ; dame !
3st p't'être point son cousin, à c'beau
qu'une portière donne son approba- 1 envie à celui dont elle fait le ménage ibat: aussi ne garde-t-elle plus aucune à travers choux, lorsqu'elle croit avoir le appelle le pot aux roses. C'est ause abandonnée, qui se livre aux fureurs ésespoir, une lionne, que sais-je, une te, a laquelle on vient d'enlever ses résentations des voisines, ni les de- )se sa double qualité de femme et d'épeut calmer : comme la justice, il faut son cours. Elle ne peut se faire à cette pourra impunément disposer de tout t. Elle énumére alors tous les services ndus â celui qui la délaisse; c'est un lit, qui vient de renier sa mère. Elle s, l'indigne, ces petits abus de conmprunts quotidiens qu'elle faisait aux famille envoyait à son fils bien-aimé, e papa Desjardins avait grand soin de vite, dût la réputation d'ilumann en admettant toutefois qu'elle pût jamais
ses griefB de porte en porte dans la ues, les magasins, dans tout le voisi- 1 sait si le pauvre jeune homme ser
ménagé! Ce sera un être atroce, épouvantable, perdu de dettes et de débauches; le mariage d'un tel être une horreur, une monstruosité, une première révolution, il ne se fera pas, et le propriétaire, qui est la probité même, se gardera bien d'y prêter les mains : sa leçon est faite en conséquence si Ton vient jamais aux informations. Ne voyons-nous pas, tous les jours, des mariages é la veille de se conclure ne pas avoir lieu par des causes que tout le monde ignore, par le seul fait d'un mot, d'un rien, d'un propos en l'air, parti delà loge?
Les portières sont tenues au courant, par les servantes, des moindres détails de l'intérieur des ménages; aussi le meilleur conseil à donner à quiconque a le malheur de se faire servir est de ne rien négliger, d'employer tous les moyens à sa disposition pour que la bonne soit toujours an plus mal avec la portière. Exemple, vous dites a cette dernière :
LE HAiTBi DB LA B0>5B. — Comment, madame De^ardins, est-ce possible? Marguerite m'apprend que vous laissez mes journaux et mes lettres, un temps infini, sous le coussin de votre bergère ?
MADAHB DBSJAitDiivs. — Faut qu'cllo soyo malade, vot' domestique; si elle l'est pas, elle n'en vaut guère mieux; sans ça, elle en a menti comme une arracheuse de dents qu'elle est. V'ià dix-neuf ans que je suis ici, jamais je n'ai entendu dire des choses pareilles : jamais, non jamais, comme il n'y a qu'un Dieu sur la terre pour nous éclairer.
LB MAÎTRB DB LA BOHUB. — Jc mo plais à le croire; mais toujours est-il que je ne reçois pas exactement mes journaux; non-seulement vous les lisez, dit-elle, mais encore vous les faites courir dans toute la maison.
MADAME DESJARDI^s• — Et à qul quo j'ies fais courir, sans vous commander ?
LB MAiTBB DB LA BOHKB. — Vous seutcz bien, madame Desjardins, que ce que je vous dis est de vous à moi ; je serais désolé que Marguerite se doutât jamais de ce qui s'est passé.
MADAME DEsjABDiro. — Soyez ssus crainte, c'est pas ça que j'y dirai...
LE MAÎTBB DE LA boukb. — Jo ssis trop cc quo je me dois pour jamais être mêlé dans aucun propos.
MADAME DESJABDiKS. — Soyez saus craiole. D'abord il est bon de vous dire aussi que vot' domestique est une rien du tout, qui n'avait pas. sauf vot' respect, un jupon à s' mettre au derrière quand elle est entrée chez vous, et Dieu merci, à l'heure qu'il est, voyez dans son ormoire si c'est qu'il y manque quet'chose ; eunc reine s'rait jalouse de ce qu'elle vous a. J'm'en moque pas mal encore, qu'elle dise c' qu'elle voura, je ne m'abaisse pas à répondre à plus bas que moi ; d'ailleurs, comme on dit, on n'est jamais crotté que par la boue.
Puis d la bonne :
LE MAÎTBB DE LA BOiniE. — Quc vieut douc dc m'apprendre madame Desjardins, Marguerite, que vous jetez tout par les fenêtres, que vous répandez toutes vos eaux dans ses escaliers, que vous avez toute la nuit de la chandelle qui brûle dans votre chambre, et que vous avez toute la journée dans votre cuisine des personnes qui ne peuvent que vous faire du tort ?
MABGUEBiTB. •— D'sbord, monsicur, madame Desjardins, il est bon de vous dire que c'est une vieille infection.
LB MAÎTBB DE LA B05i>B. — Méuagcz VOS termos. je vous prie: madame Desjardins est une femme respectable.
MABGUEBiTE. — Une vieille infamie de dire des choses qui n'est pas. C'est la chose de vouloir mett' sa bellesœur a ma place, qui lui fait dire ce qu'elle dit ; c'est
LE LUTTEUR
pUitant de voir la tribu snivre avec anxiété cette lutte, où se résout la question d'uu bon souper et d*nne joyeuse orgie; et te lutteur exprimer sa joie après une victoire par leK folies les plus bizarres, en bondissant comme un chefreau par toute Taréne tandis que, dans la situation contraire, il nie avec opiniâtreté, et les bras tendus an ciel, qu'il ait été vaincu, lors même que ses épaules sont encore maculées de terre.
Le lutteur cumule aussi souvent ces fonctions avec celles de toréador. 11 est un des acteurs des courses cl des ferrades. Sans armes, en bourgeron, le corps ceint d'une écharpe rouge, tandis qu'un compngnon munie à cheval harcèle le taureau, il dclourne la fureur de ranimai sur lui-même, et se glisse, dans les moments dangereux, sous les charrettes disposées en fer à cheval qui forment la lice, ou franchit la barrière si la scène se passe dans les Arènes. Enfin, après quel(|Ui's passes, il dirige sa course vers rextrémilc où les fers se préparent dans un brasier allumé, attend de pied ferme le farouche habitant de la Camargue, le saisit par les cornes, le fiiit trébucher, et le liont à terre maintenu et dompté, tmdis qu'on applique à ranimai, sur les cuisses, une étampe rougie au feu, qui le stigmatise du nom ineffaçable de ses maîtres, et le fait esclave. Les plus célèbres toréadors sont Barailler, Jac(|ues. Paulel de Vauverl, Ravel Celuici, réputé pour son adresse dans ces jeux dangereux, renversé dans une lutte à plusieurs reprises par le fa*
menx Maxard, se releva avec dépit eo lu eoquinet, fauriêt Umha ê'aviég dei bdiMS K Le lutteur, jaloux de sa gloire, se retire i sent ses forces s*anaiblir, pour ne pas entente ■ rer autour de lui :
Trop longtemps le vieillard est resté tor U sebcb
Il se marie et devient jardinier ou tejflf * d'oM \ rie; mais les rhumatismes, les douleurs, friîli ( excès, de tant d'efforts physiques, de victmres ac au prix de contusions, de chairs froissées et ■€■ rétendent de bonne heure sur un lit de sodBn moins qu'il ne soit toréador; alors il a b chaace i au préalable évenlré, et d'entendre en raoarailii cirque s'ébranler aux clameurs des gens do pnpl disant les uns aux autres en frappant dann levsn Àben faUm bau, fa beii freia^ Ta bempm§€*I\i tous raconteront dans leur famille que la lotie a él tér« ssante. et qu'il y a ru un maladroit toréador. ■ un lourdaud, un pountraueam * qui s'est fait tacr. Ce sera là son oraison funèbre.
i Ah I coquin, je t'aurais renversé, si to avais deseooe * Mailrc-valât.
' Le tuurcau a bien agi, il l'a bien frotté, il l'a hiappi ^ TiTiiie de mépris : un bomme faible, ÎDcapablt; )Êà ment, un emplâtre.
-^Sl-
LE MARCHAND DE COCO
JOSEPH MAINZEK
arcourez la France dans SCS quatre-vingtsix dêparlements, interrogez Tune après Tanlre toutes les classes de la société: du tr;«vailleur au sinécuriste, de Touvrier qui mouille son pain noir de sueur au propriétaire opulent,du garde '^^ champêtre au pair de France, montez tous les degrés de l'échelle : vous ne trouverez pas un individu plus paciGque et plus doux «|iie le marchand de coco, une industrie plus calme et ^moins compliquée que la sienne; vous n*en trouverez pas non plus qui soit plus fidèle aux vieilles traditions de fBostume et de matiipulation. G*est toujours le même tal)lier blanc, noué autour des reins; le mc^me tricorne, encadrant toujours d'une façon assez burlesque une face large, aplatie, dont la physionomie est ordinairement empreinte d'une bonhomie toute joviale; c'est aussi la miême liqueur fade, d*un jaune p<Me, et d*un caractère si lonocent, que le peuple qui ferait an usage exclusif de
Le gaillard, le verre à la mais, Au Qiesticr qn'il fait D*est pas asne : Il vend aux aaires sa tisane Et gagne pour boire dn vin.
Coitumet iou» Louis XIV.
cette boisson serait, je n*en doute pas. de tous les peuples de la terre, le moins remuant et le plus facile à gouverner. Si j'étais souverain et tyran, je ne voudrais pas que dans mes États il. fût permis de vendre et de boire d'autre boisson que le coco.
A peine levé, le marchand de coco s*assure si sa fontaine est en bon état; il entretient, â Taide du trîpoli, le lustre et la fraîcheur du cercle de cuivre qui Vembellit â la hase et au sommet ; puis il proc^'de à la préparation de sa rafraîchissante liqueur. Sa fontaine se compose  riiitéricur de deux compartiments qu'il remplit également d'une eau limpide. Dans Tun, il introduit quelques b.1tons de réglisse : voilà pour la boisson : l'autre ne demande aucun ingrédient : 1 eau qu'il renferme n*a d*au« tre destination que de s'échapper parcimonieusement deux ou trois ct-nts fois dans la journée, pour avoir l'air de rincer des gobelets toujours essuyés au même tablier. J'avoue que, si j'étais consommateur. j*aimerais autant que mon gobelet ne fut pas essuyé.
Ces préliminaires terminés, noire marchand étudie le jeu de son double robinet, fixe sa fontaine sur ses épaules au moyen d'uun courroie, accroche à sa ceinture ses trois ou quatre gobelets argentés faits en forme de coupes élégantes plus ou rooius bossuées; s*arme du bétoo
LE HARCHAND DE COCO
qn'é chaque halte il placera sons la base de ron fardeau, 8*en servant comme d une troisième jambe, aflo ^^ maintenir 1 équilibre, et se met en marche. Il fait son entrée dans la rue en poussant le cri : A la fraîche! fui veut boire?
fe^^^^^^^s^
k la rraicb' qui Tcut boir*?
qui salue le premier rayon du soleil pour ne s*cteindre qu'à la lueur artificielle du gaz. Ses premiers pas sojt leuts et mesurés, il < rre assez tristement jusqu'au milieu du jour; mais, à mesure que le soleil monte à Thorizon, sa démarche devient plus vive, ss voi\ s*élève pnr de^és jusqu'au diapason le plus haut, le son de sa clocbette devient plus aigu et plus pressé . le marchand de coco a presque perdu sa gravité philo>ophiqMe. Comme il enveloppe tout Paris dans le vaste réseau de son industrie, on le trouve partout où quebpie gosier populaire et altér«^ peut réclamer son inlervenlion : dans les rues, sur toute la ligne des boulevards, à Tcntiée des promenades publiques; à la barrière même, bien qiie sur ce thc^Ure privilégié de tant de libations on préfère p*néralemeut de plus énergiques liqueurs.
Le soir, il stationne à la porte des bals et des théâtres; les boubvards Saint-Martin et du Temple sont les li(*u\ où KOD industrie brille alors de 1 éclat le plus vif. Au moment où la foule, désertant Tlutéri ur d*unc salle échauffée fiour vinir respin r un peu d'air à la porte, annonce i|U*un entr'acte vient de commencer, le tin tin provocateur «le vingt clochettes se mêle aussitôt au cri : À la fraiehel
A la ^fraîcir
veul boir**
qui te trouve être en cette occasion ftarfaitement de cîrcon.4ance. Chaque marchnnd de coco devi< nt le point central d'un groupe nombreux où figurent à la fois la grisette sentimentale, les yeux remplis de larmes, et le titi goguenard, qui parodie la scène terrible ou pathétique à laquelle il vient d assister. Dieu sait combien de foi^, dans l'espace de ce bienheureux entr'acte, le marchand joyeux a décroché, rincé et raccroché ses quatre gobt'lets, et combien de fois sa main s'est ouverte |»our percevoir les deux liards d'usage ! Mais la sonnette du régisseur se fait entendre; les spectateurs se h.lteut de rejoindre leurs places, le boulevard n'est plus occupé que p«'ir queb|ues vendeurs de contre-marques, et le march.'ind de coco profite de cet in>tant de répit pour aller faire nouvelle eau à la première borne -fou laine. L'entr'acte suivant le relrouveu à la porte du théâtre, prêt à faire jaillir de son inépuisable robinet cette liqueur écunieiisi* qu'on pourrait appeler la limonade gâteuse du prolétaire.
Les Ihé.'ltres n'ont pas seuls le privilège d'olfrir â notre industriel ses moments de bonne fortune. Une revue de la garde natimale, uue courte de chevaux, un ballon lancé dans le Champ de- 5lirs, leH féle« pnblii|ues qui font courir la population soit aux Champs E.ysées, soit é la Bastille, soit à la l>arrii*re du Trône, sont autant d'occasions de gdin pour le marchand de coco. Uant la belle
saison, on le rencontre sur let roolet fréqBCBlâEs fa promeneurs, dans les foires aai portas des fera Saint-Gloud et de Versailles, partout oà il y a afin et si le ciel, exauçant set prières, permet qw le : soleil de Paris te donne les airs d'une chaleirê^ riale, il te lance avec jubilation dans la voie de k hîi et va jusqu'à doubler le prix de soo liquide.
Il y a cependant dans sa vie calme «t <i régifiàt tant d'épo(|uet qu'il y a de uisons dans l'année. 5iii heur suit les variations du débit, et celui-ci les car de la température : comme Tété est l'apogée de a ^ l'hiver doit en être le déclin. Mais 11 j a en loi tmi mour de l'art, tant de religioo pour ses habitaitiL i lutte courageusemt^nt contre le froid. Il soumet, le a sa liqueur au plus haut degré d^ébullition et. ù vent et la neige, alort même que le thennonènv i que le fatil degré de la congélation des liquides m verfei patser triste et grelottant, malt Impertvi» fier, et comme une protestalioD muette contre ctti son roaudile.
Je vous ai présenté le marchand de coco dasiai primitif, mais gardei-vous de croire qu*il soita^ii rebelle au progrès : la civilisation est venue Juan Il est vrai que, s'il améliore, c'est avec lentwta dence. et plus souvent dans son propre iotérCi^aiii celui du consommateur. Ainsi, les pins grai^arf cations qu il ail jusqu'ici apportées à son isà(|Ri eu pour but de lui procurer plus de proftancal de p. ine. Les moyens de transport et de di^triktllBi pu être perfectionnés: quant au coco, il esl ' muab'e; seulement, quelques cenreaui largmoia nisés lui ont donné des auxiliitires. Il n'etlpaim exemple, de voir hu coin de certaines places, étttm promenailes, d^s marchands, et plus souvent è« chandes. remplaçant alors le tricorne par ai vmé peau de paille, étaler sur une table recouverte tes tile nappe deux carafes, dont l'une contient à ai tandis que dans l'autre surnagent trois ou quatre nri de citron qui communiquent l'acidité de lesr j«i eau parlaitement veuve de sucre. Du en qui poussent le raffinement jusqu'à faire Jet d'eau de groseille et d orgeat. L'été dernier, mp nombre de petites charrettet, surmontées tonneaux, circulaient dans b't rues de Raris, gosiers desséchés de la limonade et du ddfvâ a* verre. Enfin, il y a des march nds, prindftha^ l'entrée du pont au Change, et vis-i-ns I UéidèA qui disposent sur une table, an lien de fbalÛNiiàt^ ritibles édifices artistement façoosés. qni rtfptH s'y méprendre (à la matière et aui propmtitai fi^ dôme écrasé <Ui Panthéon, et la coupole dorer à* ^ lides. voire même les tours superbes de Raitte Mais ces nuances, hAtons-nous de le dire, u pas entre eux d'orgueilleuse dilT^rence, et b*j rien l'uniformité de |eurs mœurs Je citerai trait de carart re qui leur est commun i tout soit défaut de confiance daus la vertu do ooQi.akfi ne pas Oiire dire qu'ils boivent leur fonds, ilsapM bien de détourner à leur profit la moindre dtttM merveil.euse liqueur; quand ils ont soif, îksartAri marchand de vin. et ils ont soif très-souvent»
Four le marchand de cocu, il n'y a ni daais^ ilfll ni litres : que vous soyet un diplomate anirilAî*! prince russe rhnm:trré de décorstioas, on an Mid^ de peaux de lapins, il ne s*en inclinera i devant vous, il tournera son robloel avec la et, pour rincer son pol»eb ne veraeta pasnni^ d eau de plut. Vous état un ntmrnnMMjianr. tf M^
LE MARGOAin) DE COCO.
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liards dans votre bourse : il ii*en demande pas daifre.
1 peut bien contester la vérité de cet axiome de la te conslitulioiinelle : To\k% les Français sont égaux ni la loi; on ne contestera j.imjis In vérité de celui- Tous les hommes sont égaux devant le marchand to.
I rencontre quelquefois, parmi tes marchands de . de cette l>oisson si éminemment pacifique, des lonomîeA protligieusi-menl militaires. On en voit qui ^nt de)i mnust.-iches, d*auties de lonjîues barbes, en enir de leurs b^dles années de service. Us lisent le ml quand, par hasard, ils peuvent en attraper un, le que so-l «ta date. Ils sont animés des sentiments lus guerriers et les plus français; leur fontaine a
souvent la (Drme d*un temple grec surmonté de drapeaux tricolores et enrichi d*inscriptions ; sur Tune oo lit : Gloire au courage l sur l'autre : Honneur au dra* peau français! sur un troisième : Aux hrares l'im^ mortalité! Le marchand lui-même est, par son physique, à la hauteur de ses patriotiques inscriptions. 11 a l'extérieur d*uo vieux militaire qui ne semble pas avoir bu beaucoup d'eau dans sa vie; et, s'il porte sur son dos le paisible et peu dangereux coco, sa face rubiconde et réclat de son nex écarl.ite protestent ouvertement contre la profession de son choix.
Il y a des hommes â double face, des hommes qui renient leur passé ; notre marchand de coco fait mieux encore : il renie son présent. Par derrit'ire, renseigne du coco; par devant, celle du vin ; d*un côté, le symbole
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LE UARCHAND DE COCO
de b paix éternelle et à tout prix: de Tantre, les traits d*aD matamore qu*OD dirait ii*avoir vécu que de cartouches et de coalisés
Le marchand de coco Tendant im la pelle que la même industrie existe i loae; f cardé le souvenir d'une des mélodies qoi iTy
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Il serait af^fiurémont diiTicile de citer une proression dans laquelle les bênêGces soient plus considérab'es en raison des dêboui*sé>:; et, pourtant. c*&st peut-être de toutc!^ celle qui conduit le moins à la fortune. On voit, parmi les march.uids de coco» de trop vieux visafçes pour laisser «i penser qu'ils se retirent jamais propriétaires de maisons de campniinc ou de rentes sur TÈtat.
Dernièrement Tun d'eux, voulant corriger sans doute ce côté fâcheux de son commerce, avait entrepris d*y joiuilrc une branche qui promettait de devenir assez productive. Chaque matin il sortait de Paris, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre; il rentrait le soir, et avait fait une excellente journée. Tout son secret consistait é faire remplir d'eau-de-vie, hors barrière, un des deux compartiments de sa fontaine. Depuis un mois environ, notre homme faisait aiusi sa petite contrebande, et tout allait à merveille. Un jour, jour fatal ! comme il était sur le point de rentrer dans Paris^ un commis de l'octroi l'arrêta
pour lui demander un verre oTe coco. Oà diiMa lae de l'octroi ?a-t-il prendre l'idée d'aToir soi( tf a de se désaltérer avec une pareille boisson? La ■■ s'empresse de remplir un gobelet* et le présente ■ mis avec toute la grâce imaginable. Gelni-ci n'a pi tôt goûté le liquide, qu'il pousse an cri d'idaini appcille quatre ou cinq de ses collêgocs ^H ■ suivre son exemple. Les gobelets sont renpUs a en un instant, et chacun s*extasie. Encbaalé k consommation inattendue, le marcband tend li pour faire sa recette; mais, au lien de pajer, kita l'invitent civilement à entrer au bureau. Là gi b charge de sa fontaine, et le pauvre homme aelaA à s'expliquer les éloges flatteurs prodigués à n n chissante liqueur : la cloison iotTÎeure t'élait éa dée. et Teau-de-vie, se mêlant avec le coco, irait i culeusement transformé celui-ci en un grog cicdlai
Mirchand de coco sous Louis IV.
LA PORTIÈRE