‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 51 sur 269 · HENRI MONNIER · texte numérisé non relu

HENRI MONNIER

uand nous venons au inonde, nousaulrcsmodestes enfants de Paris, pou de personnes assistent à noire arrivée :

ce sont ordinairement Taccoucheur, la garde et la portière de la maison où nous avons reçu le jour. Li servante, si la dame du lieu ne fait pas elle-même son mé- I, Tient. tourne et r^tfourn^ de la cuisine â la % à coucher, dt^ la chambre â coucher à la cuite mari n'est jamais là.

s les formalilés usitées en pareil cas une fois ter- 1« sexe du petit bonhomme bien et dûment con- I le purifie, on l'empaquette, on le ficelle, on le » on lui brise brns et jambes pour qu'il occupe t de place possible dans ses lange<i ; puis on le I à la maman, qui le reçoit des mnins de la gnrde. îur, dont les soins ne sont plus nécessaires, plie tire sa révérence, et la portière reprend le nou- » rinonde de caresses, l'humecte de baisers, et K à dater de ce jour, une affection des plus vives, ^ucment sans bornes.

affection des plus vives, ce dévouement sans s*étendent â tous ceux et celles qu'elle accolq^a enue dans cette vallée de larmes et de misère. »s, qui détruit tout, ne diminuera pas cette tenil ne fera, au contraire, que Taugmenter, que Te, que l'embellir; jamais elle ne sera payée dio*

gratitude : de tout temps le Parisien aima sa portière. J'ai beaucoup aimé la mienne, vous devez avoir aimé la vôlre ; vous l'aimerez, je l'aimerai, nous Taimerons toujours. Aussi cette haine que, dans un âge plus avancé, nous portons aux autres femmes de sa condition, bieo que fort injuste, est-elle une conséquence toute naturelle de cet amour exclusif que nous conçûmes pour la première.

Le portier est plutôt Thomme à la portière, car, pour être digne du titre dont il se pavane, il faudrait qu'il partageât les charges et les bénéfices de l'emploi ; et il ne les partage pas. C'est un être à part, un monsieur singulier, comme l'appelle sa compagne dans ses rares accès de gaieté, une espèce de tailleur en vieux. Autant Qumann met d'élégance dans sa coupe, autant le portier se distingue par Tinexpérience, la maladresse et la pesanteur de ses ciseaux.

C'est quel(|uefois encore un cordonnier obscur, qui, au sein même de la capitale, s'est créé des habitudes orientales; il ne fait rieft, le sans cœur y ou si peu, qu'il vaudrait mieux cent fois qu'il rcst<1t au lit la maieure partie de la journée. Il tousse, mouche, crache et graillonue à faire tourner le boire et le manger des locatai* res, dont U a l'impudeur de lire le premier les journaux; puis il humera le jus d'une pipe archiculottée, lo nez perdu dans les fonds d une vieille souquenille rapiécée et rapiéceras- tu, se démettant en faveur de sa moitié de la totalité des ennuis et des tracas de l'asso* dation conjugale.

Madame, que nous appellerons la maman Desjardins, est d*une nature diamétralement opposée â celle de son triste époux : vive, preste, alerte et proprette, elle fal

Paris. Imp. de Edouard Blot, rue Saint-Loois, 4e.

LA PORTIÈRE

tout par elle-même, porte les caloltes. se moque da qu'en dira-t-on^ et, depuis son mari jusqu'au locataire k plus huppé, méue à la bdgneUe toute la maisonnée.

A seize ans, elle vînt du fond de la Bourgogne k Paris retrouver une sœur aînée de son papa, depuis longues années en service auprès d'un vieux garçon vicieux. Son arrivée ne causa pas à la tante un «.ensible plaisir. Elle nVtait pas flne, tant s'en fallait qu'au contraire; mais, comme tant d'autres, elle avait cet instinct naturel, ce gros bon sens, qui longtemps nous font pressentir à l'avance que tel ou tel individu nous s^ra plus ou moins nuisible ou désagréable. Klle ne tarda pas toutefois à voir ses prédictions se réaliser. Le lendemain, à son déjeuner, If. Bonmichon demanda à sa gtmvernante des nouvelles de l'enfaot, comment elle avait passé la nuit, si le séjour de la capitale semblait devoir lui convenir; il lui adressa cent autres questions encore, qui toutes prouvaient jusqu'i l'évidence que déjà la petite ne Inî était pa<( indilférente.

Sa barbe avait été faite en se levant, ses oreilles étaient brûlantes, sa langue épais««e, son reprard hébété. Il était sûr et certain que Bournichon n'était plus dans son assiette ordinaire et qu'un notable dérangement d'idnes venait de s'opérer dans son Imaginative. 11 tourna quelque temps encore autour de la question, puis enfin l'aborda en témoignant le désir de voir immédiatement la jeune personne.

La position de la pauvre femme en cette occurrence était des plus critiques : devait-elli* la faire venir, ou ne le devait-tlle pas? Elle le fit. M. Bournichon se contint, et se renf* rma dans les limites de la bienséance ; seulement ses regards se portèrent plusieurs fois avec trop de complaisance peut-être sur la [lltite : au demeurant, il fut trés«convenable. Le coup n'en était pas moins porté. La malhoureuse tante connaissait le pèlerin; elle savait qu'il ne fallait pas le heurter, qu'il était prudent de mén.'iger et la chèvre et le chou ; elle fit bonne contenance, elle patienta tant bien que mal ; mais, une fois le déjeuner terminé, elle fit passer la fille de son héta de frère devant elle, renferma dans sa chambre, endossa son tartan, prit son sac et ses socques, et le soir m/^me elle avait fait maison nette. Petite nièce à «a iante était entrée, h l'autre bout de Paris, en qunlité de bonne d'enfant, chez une jeune dame dont le mari était aux colo* nies.

Pour jolie, la petite ne TéUit pM. sais cl qne nous appelons la beauté da duUe, la ^ dents du monde, beaucoup de friâcheor, té M. Bournichon en avait soiunte-Mpt bÎM SM

Depuis le joor oà sa Iraoqitillité un cap compagne da vieox garçon ne fib pins ^i^ h vais coton : ses digestions derinrenl lifeni sommeil élait agité; les âmes charinUaki l'entretenaient dans ses sombres pensées gs M dant à tout bout de champ des noovellei à h Bournichon, de son côté, devenait de pis a ^ géant. Cet état de choses ne pouvait dav^p aussi ne dura-l-il pas, et, un beau nalia.aan elle y pensait le moins, elle prit ooa^dehan

Bournichon fat médiocremenl affeeié difca sa Baliet : elle lai était deTenne odieuse, i remua del et terre pour connaître la ( lite, que la défunte avait eu bien soin dit il y parvint néanmoins, la fit Tenir, la | faire sa compagne : elle accepta. Deox i nichon s'en fut rejoindre la pauvre Baki, 1 1 nièce peu de cho^e é la vérité, maii tentrr la cupidité du sieur Desjardin

Peut-être le défunt valait-il mieuifoi ni toujours fut-il qu en sortant de difs W nj vernante aurait trouvé difficilement à s*é ~ est si méchant! Aussi, quand le (utarn | le prit au mot, dans le seul but de secrâri

Le mariage éta t i peine eons mnié,fni jardins s aperçut, mais un peu tard, debl venait de foire. Cet homme, qu'elle aidp^ les richesses de son Imagination, toablitr bas du I iédestal qu'elle s'était plu é Inî ' moment elle ne vit en lui que ce qv'iM* un grotesque, nn brutal, un cjni>|UeMift ' rons. aux lieu et place d'un lancier, d^i qu'e.le avait rêvés. Elle se prît ausnliial le détesta de toutes les forces de soa Êm>

L'histoire de ma portière ■ a rien di I nuire, de bien mervelUeui; Je l'ai < histoire, comme elle me l'a mille Iwi à touteê les otclres . . de porliérus.

Toutes les dames commises é le l sont en général d'anciennes cuisirifiei, i charge, qui ont appris i tirer le corii et interminables séances qu'elles ont I Un héritier qui veut épargniT à la l ' rent nn reproche d'ingratitude, ésa I pension viagère, mettra é 11 porte» m cun. l'ex-gouvcrnanle da défunt.

11 eu est, au reste, du métier, de h | tat de portière, comme de ions les i professions, de tous les métiers en fà bon et mauvais côté. U y ■ dans eelal4i I mal à se promettre, sans doate, il ne I simuler; mais aussi combien de ( tiére ne règne-t-elle pas en souv sur tous les habitants de la waisen, al I Ag<% le sexe et la classe à laquelle fis i Tous ne sont-ils pas soumis é i caprices? N'est-elle pis le lwbitUB,lil Conseil du propriétaire T R*eit«e| loyers, qui fait les rapports^ i g^, qui dispose des caves, d ments?

Il y a i Paris i miUa citer, qne je ne ci i pai .

ans on n'a pas TU iieuleWilai

LAPORTIËRB.

t on ignore complètement s*il est homme on femme : I. an grand jamais, on ne s'en est ocaipé. lit ee qui se présente i la reine de la loge ne Ta* Jamais que le chapeau à la main ou la main au an. Le jour de la fête de la Vierge, sa patronne, sa ire ne peut contenir les fleurs et les bouquets dont it assaillie; au renouvellement de l'année combien loanx, de douceurs de toute espèce : c*est à n'en loir.

es fournisseurs ! quel intérêt immense n'ont-ils pas naintenir toujours au mieux avec madame Oesjar- Sl le boucher manque un seul instant, un seul, à ivoir : c N'allez jamais ehii c't homme-là, dira-tan nouveau locataire, c'est un fichu boucher; sa ê est gâtée, il vend à faux poids, sa femme est ! comme le temps, elle vous agonisera de sotHses. i Ile i se plaindre du boulanger r « Gardei tous, m de la peste, de prendre vot' pain dam c'te mai* U c'est des gens malpropres quil ny a pas Uwrs Il •* ils vous feront manger des cri-cris, » Si la frui* I en la malheur de traverser la rue sans la voir : m feret bien de ne Jamais entrer chu cette femwu" s est si mauvaise, quelle vous allongera une paire \ffets si vous avet le malheur de marchander la \r€ des choses :çane pèsera pa» eune once, i Ainsi te, tout le monde aura son paquet.

Broyés pas que la portière n'ait pas aussi ses petits nU de distraction, elle n'est pas toute l'année à l'at- \ je me plais cependant i lui rendre cette justice : nrt rarement, mais encore sort-elle quelquefois. Et i remplace? les vieilles béguines qui habitent les topérieurs. qui jamais ne donnent rien, sont pour 'une complaisance à toute épreuve, et s'emparent "don. Ce sont ces femmes jaunes et décharnées, ou a à fendre é l'ongle, qui dans la belle saison tapis- I soir les deux côtés de la porte cochère, passent en les gens de la maison, les allants et les venants, et billent de toutes pièces.

desséchées sont de vieilles filles, les âmes dam- « vicaire de la paroisse, des lames i vingt tranp les demoiselles de la confrérie de la Vierge, potelées, des veuves, des gardes-malades ou des m de ménage. Toutes ces dames se chauffent et rent toute l'année gratis pro Deo, Elles forment luuior, le conseil privé de maman Desjardins, écoumrdieus les soporiflques lectures de romans indliensibles, interrompues à chaque alinéa par la dfe bcpssante du cordon, ou les coups de marteau NMTte, qui les font toutes bondir comme de blancs IX sur leurs sièges. Rlles épient un regard, un sou* » leur bien-aimée souveraine, qu'elles entourent «ntions les plus fines et les plus délicates, t é l'obligeance de ces péronnelles que nous somrievables de la présence de toutes ces portières qui, 4M fêtes, nos réjouissances publiques, à nos feux £ce, le jour de l'ouverture du Musée, à l'Exposition odiiits de l'industrie, nous coudoient, nous fati- Bons assomment et nous marchent autant sur les Ces femmes sont éminemment curieuses; ce fut et t toujours leur petit péché mignon. Au fond, ces BU ne sont pas méchantes, toutes en général sont assez bonne nature; mais les flatteurs, qui. tous les parviennent i faire changer les meilleures intendet princes et des rois, changent aussi les meilintentions de nos portières et nous les gâtent. lals, avant d'avoir vécu à Paris, nul ne pourra se ider combien il importe à tout homme, jaloux de pos et de sa tranquillité, d'être bien avec sa por-

tière. Autrement, plus de bonheur, plus de paix pour lui sur la terre, et encore, malgré toutes les précautions prises en pareil cas. un rien, une idée, un caprice, une goutte d'eau répandue, une sottise commise par votre femme de ménage, de la conduite de laquelle on vous rendra responsable, pourront vous aliéner l'estime et la considération de votre portière.

La tête haute, la conscience pure et paisible, vous chantonnes en tournant le bouton de la porte de la loge où vous espérez rencontrer un gracieux sourire ; pas da tout, au lieu du sourire gracieux, ce sera une mine atroce, une tête de griffon, comme dit mon ami Dnntan, une réponse des plus saches à votre bonsoir, et, si vous ne trouvez immédiatement un coin, une place où déposer votre bongeoir, pas une main ne viendra le prendre; il vous faudra le mettre dans votre poche, si vous n'aimes mieux le remonter chez vous.

Le soir, vous frapperez vainement i la porte : on connaît votre touche, on ne vous ouvrira pas, et, à moins d'une circonstance imprévue, indépendante de la volonté de maman Desjardins, vous ne pourrez rentrer que le lendemain. Vos lettres, si toutefois on veut bien les recevoir, vous seront remises quinze jours après leur arrivée; vos billets de garde confisqués; puis on mutilera le cordon de votre sonnette, la machine à battre les habits sera décrochée, votre carré souillé, votre paillasson prostitué, puis on dira au tailleur : « Si Ton ne vous ouvre pas lâ-haut, c'est qu'on ne veut pas vous payer : voilé la chose, i

Toute portière aime les animaux ; chaque loge possède un chien, un chat, des strins, un moineau jfranc et quantité de petits cochons d'Inde dont les voix aiguës attestent la présence sous l'établi, la commode ou le dessous du poêle.

Le chien semble n'avoir jamais été jeune, tant il est vieux et laid; il est toujours fort avancé en âge. Il appartient à la race des carlins, espèce presque éteinte et dont quelques individus se trouvent encore de temps à autre chez la portière. Ce chien a quelque chose du mari de sa maltresse ; cette ressemblance existe au moral comme au physique : ainsi que le père Desjardins, il est maussade, sur sa bouche, graillonneur et boudeur. Comme lui, il a le nez épaté, la barbe grise, l'œil éteint bordé de rouge, Toreille entamée et les jambes mauvaises. Comme son maître, il est fat. important, et ne tient aucun compte de leur politi sse d ceux qui le viennent vi« siter. Son organe est tellement fêlé, que c'est tout au plus s'il est facile de l'entendre à deux pas. Égoïste comme tous les vieux garçons^ il ne sort jamais, dans la

4Ci

LA rrsarnÉRB.

crainte des mauvaises charges des polissons du quartier.

Le clial est peu sêdcnlflîre, il va et vient, n'est jamais en place; asset bien ?u dans quelques parties de la mai-

son, fort mal dins d*aiitret; n lonjrue carrière.

Chaque année, les cages reçoifcrt iii taires : cette odeur de pipe et de tiefilH slnmment règne dans la loge, est ea fri des causes principales de rémigrate kl tants.

Les petits cochons d'Inde pollnlairt^ frayante; ils se trouveraient asseï bieiiil plairaient bien davantage eneore si damnés à être servis sar la table de 1 et maîtresse. Jamais je n'en ma portière, qui en consomme un mets très-délicat et trés-recherchè.

Chez les garçons, la portière remplili tiens de femme de ménage ; c*est néM cordes de son arc, quand elle a le IakMllk jouer : un garçon n'y regarde jamab ( heureuse étoile veut que le cher I jeuners chex lui, elle trouve fKÎlsi tenter, haut la main, elle el tons lessimibi^ dépens.

Plus encore q k nvM de miiigl^ hl va et vient et 11 e 4e Jov ei é$î tout contrôle, a ir je« pov Urt, esi orges; ai î h\\ iBs è— r i '

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LA .PQKnfiRB.

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le bo!i, le charbon el tout ce qui s'ensuit : tout lement y passe; il n*y a pas jusqu'aux cif^ares du oreux locataire qui ne viennent se promener, profanation ! sur les tristes et dégoûtantes lèvres Ame Uesjardins. «

, quand il prend envie au maître d'abandonner nelques jours la capitale, quelles aimables parties, k folles soirées se donnent dans son appartement! «rait agréablement surpris s'il voyait ses petits is, pour lesquels il a tant d*égards, qu il traite Ht de ménagements, a la merci de toutes les comle sa maison, à l'aspect de ces lumignons eiTant . de tous côtés, dans tous les coins, illuminant les

visages des vierges de la confrérie ; ses beaux » ses recueils de vignettes, si précieux, dans les le ces matrones humectant le pouce de la main

chaque feuille qu'elles passent en revue, écor* s textes et brisant les marges à faire tomber l'éurmer en syncope.

jolies statuettes transformées en patéres et re- »s bonnets de ces dames 1 et ses belles faïences, ^rent tant de veilles é Bernard Palissy, donnant

première fois l'hospitalité à la crêpe, au bei-

marron houlu!.., iaudrail de vertu a celui qui, rencontrant chez >lable compagnie, se renfermerait dans les bori bienséance et de la modération ! il agirait ainsi, [conduite trouverait encore de nombreux détrac- (Ju'avait-il tant de besoin, ce grand marabout-là, endemain, en allant au lait, mademoiselle Pctola, point été élevée sur les genoux de madame de q[U*avait-il tant de besoin, madame Gabiaud, de mfcer ainsi sur les épaules, que j'en ai zévuse ma I toute troublée, que j'en ai passé eune nuit qua- .oute blanche? Il ne sait jamais que vous faire ;es pareilles, c'I'ostrogoth-là !

m GABIAUD. — Avous-vu Tair pas contente qu'il lamzelle Pétola? Nous a-t-il adressé un seul mot ^sse? Âhl ben oui, il avait ben le temps, ma ▼ait ben trop peur de se compromettre ; dame ! e le roi n'est p'tétre point son cousin, à c'beau in ! »

bien rare qu'une portière donne son approbaand il prend envie à celui dont elle fait le ménage kiicer au célibat: aussi ne garde-t-elle plus aucune • va-t-clle à travers choux, lorsqu'elle croit avoir ertce qu elle appelle le pot aux roses. C'est aus- 3e maîtresse abandonnée, qui se livre aux fureurs 8 sombre désespoir, une lionne, que sais-je, une une levrette, à laquelle on vient d'enlever ses Ni les représentations des voisines, ni les dene lui impose sa double qualité de femme et d'é* rien ne la peut calmer : comme la justice, il faut louleur ait son cours. Elle ne peut se faire à cette a'une autre pourra impunément disposer de tout ippartement. Elle énumère alors tous les services n'a pas rendus à celui qui la délaisse; c'est un elle idolAtrait, qui vient de renier sa mère. Elle appelle plus, l'indigne, ces petits abus de conces petits emprunts quotidiens qu'elle faisait aux 9ns que la famille envoyait à son ûls bien-aimé, rde-robe que papa Desjardins avait grand soin de rer au plus vite, dût la réputation d'Ilumann en ranlée, en admettant toutefois qu'elle pût jamais

trimbalera ses griefs de porte en porte dans la , les boutiques, les magasins, dans tout le voisi* it Dieu seul sait si le pauvre jeune homme ser

ménagé ! Ce sera an être atroce, épouvantable, perdu de dettes et de débauches ; le mariage d'un tel être une horreur, une monstruosité, une première révolution, il ne se fera pas, et le propriétaire, qui est la probité même, se gardera bien d'y prêter les mains : sa leçon est faite en conséquence si l'on vient jamais aux informations. Ne voyons-nous pas, tous les jours, des mariages à la veille de se conclure ne pas avoir lieu par des causes que tout le monde ignore, par le seul fait d'un mot, d'un rien, d'un propos en l'air, parti delà loge?

Les portières sont tenues au courant, par les servantes, des moindres détails de l'intérieur des ménages; aussi le meilleur conseil à donner à quiconque a le malheur de se faire servir est de ne rien négliger, d'employer tous les moyens à sa disposition pour que la bonne soit toujours au plus mal avec la portière. Exemple, vous dites à cette dernière :

LE MAÎTai DB LA BO^KB. — Comment, madame Desjardins, est-ce possible? Marguerite m'apprend que vous laissez mes journaux et mes lettres, un temps inCoi, sous le coussin de votre bergère ?

MADAME DESJARDiKs. — Faut qu'cllc soyc malade, vot' domestique; si elle l'est pas, elle n'en vaut guère mieux; sans ça, elle en a menti comme une arracheuse de dents qu'elle est. V'ià dix-neuf ans que je .suis ici, jamais je n'ai entendu dire des choses pareilles : jamais, non jamais, comme il n'y a qu'un Dieu sur la terre pour nous éclairer.

LE MAÎTRE DB LA BONKB. — Jo mc plaîs à lo croiro; mais toujours est-il que je ne reçois pas exactement mes journaux; non-seulement vous les lisez, dit-elle, mais encore vous les faites courir dans toute la maison.

MADAME DBsJABDI^s. — Et â qul quo j'ies fais courir, sans vous commander ?

Lx MAÎTBB DE LA B01I5X. — Vous scutez bien, madame Desjardins, que ce que je vous dis est de vous d moi ; je serais désolé que Marguerite se doutât jamais de ce qui s'est passé.

MADAME DBSJABDI5S. — Soycz saus craîute, c'est pas ça que j'y dirai...

LE MAÎTBB DB LA BOUKB. — Jc sais trop co quo je me dois pour jamais être mêlé dans aucun propos.

MADAME DBSJABDiifs. — Soyiz saus Crainte. D'abord il est bon de vous dire aussi que vot' domestique est une rien du tout, qui n avait pas. sauf vol* respect, un jupon à s' mettre au derrière quand elle est entrée chez vous. el Dieu merci, à l'heure qu'il est, voyez dans son ormoire si c'est qu'il y manque quet'chose ; eune reine s'rait jalouse de ce qu'elle vous a. J'm'en moque pas mal encore, qu'elle dise c' qu'elle voura, je ne m'abaisse pas d répondre à plus bas que moi ; d'ailleurs, comme on dit, on n'est jamais crotté que par la boue.

Puis d la bonne :

LE MAÎTBB DB LA BOiiNE. — Quc vient donc de m'apprendre madame Desjardins, Marguerito, que vous jetez tout par les fenêtres, que vous répandez toutes vos eaux dans ses escaliers, que vous avez toute la nuit de la chandelle qui brûle dans votre chambre, et que vous avez toute la journée dans votre cuisine des personnes qui ne peuvent que vous faire du tort ?

MABGUEBiTB. — D'abord, monsieur, madame Desjardins, il est bon de vous dire que c'est une vieille infection.

Li MAÎTBB Di LA BONUS. — Méuagez vos termes, je vous prie; madame Desiardins est une femme respectable.

HABGOBBiTB. — Une vieille infamie de dire des choses qui n'est pas. C'est la chose de vouloir mett' sa bellesœur à ma place, qui lui fait dire ce qu'elle dit ; c*est

iOG

LA PORTIfiRB.

aussi ftox tout comme elle. It Tieille ftusse qu'elle est!

Li HAini i»i LA BOimi. — Ce que je vous dis U, Mtrguérite, c'est daus votre intérêt.

MARGDBiuTB. — C'cst bien aussi comme ça que je r prends, et si je v*oais jamais à vous dire c*qu*elle dit aussi sus votre compte â vous, et sus madame, et sus tout Tmonde de chez vous !...

LE MAÎTBB DB LA B01I9B. — Jc uc veux rien ssvoir.

MARGUBRiTB. — Quc madame est une ci... que madame est une ça...

LE MAiinE DB LA BO!n<B.— En voîlà asscz.

HAR6UKRITE. — C'cstque, si on me pousseâ parler, c'est que je n*suis pas g^née ue parler aussi, voyez- vous.

LE MAÎTRE DB LABOMB. — J'ou SUIS bien persuadé, mais c'est inutile.

HARGOKBiTB. — - C'ost pourtsut pas juste, que vous Tavez écoutée, c'tc vieille bique- là, que vous ne voulez pas m'écouter tout de même.

LB MAÎTRE DB LA BOIVE. — • Parce que je ne déteste rien tant au monde que les propos, et je vous serai obligé de ne pas lui dire de qui vous tenez tout cela.

MARGOBRiiB. — Parbleu ! il n'y a pas de crainte à avoir de ce côté-là, soyez-en sûr. Une vieille horreur, qui dit qu'elle ue s«.it pas comment qu* vous pouvez entrer vof chapeau sus vot' tête !

LE maItrb DB u B099B. — J*ai toujours méprisé tous les propos.

MARGUERiTB. — Ça n'cmpêche pas que, si madame le savait, elle ne le prendrait pas comme vous.

LB MAÎTU DB LA bouvb. — Je VOUS demande une chose, une seule : c'Cbt de ne point me mettre dans tout cela.

MARGVBRiTB. — Je le veuz bien, mais j*y dirai pas moins ce que j'ai à y dire.

AussitAt commencent les hostilités, on s'évite, on se

boude. OD se lait de iiiaavsU iMn; p«t. q^ad ties semblent Tooloir m rapproeker, vMt ki à plus belle.

Quand la portière • dee demoisdkB, dki ■ sées à plus d'un danger. Far U raiaaB qi'fli rois épouser des i>ergérea, de mènie oa a n i de propriétaire épouser la fille da perlier.Cii nairement de petites personnes pkÎBii Ae i trés-ambilieuses. Admises ches la plupart d»h elles puisent dans un inonde pins rehetéqve leifuel elles sont nées des idér-a de lue «ài| qui leur préparent souvent de grands chapiii plus tard, leur font regarder lenrs ptreabaa pi'U de chose.

Dès leurs premiers ans, elles Tojag^t pcrpiÉg de la loge aux appartements et des appHoi loge. On les lait monter pour exercer aui ma nels la jeune mariée dont riiymenfmcliien.* monter pour les associer auxjeuzdt-s enfàslsf » plus heup'use. Elles sont à même d*élabir n santé comparaison entre la soup<nte natilesM entre le luxe et la misère, entre le travail «i;i Bientôt Tatmosphère enfumée de la kffvs plus à la délicatesse, à la sensibilité de Ifir ob vidu L*aiguille et la coulure sont déda^Dé»:ai (ine au théitre, où se promènent bien des priva j<-idis ont tiré le cordon. Mflis, si quelqaofBii tière s*clévent au-dessus de la spbêre f^nk gr«ind nombre descend au-dessous... c'cit liais

Une porlifTe qui aimerait son art, quitansto amour et dignité, pourrait rendre d*imBBB«ài la société; mais i quoi bon? on ne luicsHàH ob igation, et l'habitude ferait dire d'elIscifÎBi autres : La race des parUèreM «si «us i

LE JOUEUR D'ÉCHEGS

PAR MËRY

^•^*A.jP<;,iK

1^ monde est la patrie du ' ounnr d'échecs; c'est une rnfessîon on un amu«enent cosmopolite. L'échîjter est un alphabet uniersel à la portée de toues les nations Le bonze joue aux échecs j dans la pagode de Jagrej.'iflt; Vesclave. porteur de palanqums, médite un mai on rci de caillou , sur un échiquier tracé dans le e la presqu'île du Gange, l'évêque d'Islande le semestre nocturne de son hiver po^.aire avec bmaisons du qamhit du roi, et le début du capirans: sous toutes les zones, les soixante-quatre 1 noble jeu consolent les ennuis du genre hu-

le moyen Hge, lejoupur d'échecs courait le monde, un chevalier provocateur, jetant les déOs aux em- , aux rois, aux princes de l'Eglise, et recueillant et des ovations, le plus célèbre de ces guerriers es fut Boy. le Syracusain. Il combattit, le pion à I, avec Charles-Quint, et le vainquit; il lutta, pièce, avec don Juan d'Autriche, et ce prince se ne si belle passion pour le joueur et pour le jeu, construire, dans une salle de son palais, un imèchiquier, avec soixante-quatre cases de marbre blanc, dont les pièces étaient vivantes, et se mou* 1 l'ordre de deux chefs. A la bataille de Lépante, ane partie d'échecs avec don Juan d'Autriche^ et t le vainqueur des Ottomans.

)8 jours, lej(*u d'échecs n'a rien perdn de sa baute mais l'hororoe qui tient le sceptre de ce royaume n'a plus rien à démêler avec les souverains el les V Paris, i Londres, i Vienne, à Berlin, é Skilol- )iirg, la gloire des plus forts se contente d*iioe

admiration de famille, et souvent elle ne franchit pas l'euceinte d'un club. Deux i^ands noms seuls ont passé les mers, et l'Indien même les connaît et les cite : hdtons-nous de dire que ces deux noms appartiennent à l'échiquier français, M. Deschapelles et M. de Labourdonnais: les ciTcles d Allemagne et les clubs d'Angle* terre ne leur opposent aucun rival.

Il a été donné é M. Deschapelles de rappeler, dans quelques circonstances de sa vie militaire, les exploits de Boy le Syracusain : après la bataille d*léna, il entra à Berlin avec une armée victorieuse, et se rendit au cercle des amateurs d'échecs, on il délia le plus fort, en lui pro» posant l'avantage du pion et deux traits. Ce fut un sup* plémcnt a la bataille d'Iéna. Le cercle de Berlin fut battu en masse et en détail. M. Desrliapelles finit par offrir la tour, La gravité méditative et l'organisation exacte et mathématique des Allemands furent vaincues par le calcul vif et spontané Je l'amateur parisien.

Depuis une quinzaine d'années. M, Deschapelles, l'homme des hautes combinaisons par excellence, a abandonné le champ clos de l'échiquier. C'est aujourd'hui M. de Labourdonnais qui tient le sceptre, et qui règne et gouverne en roi absolu. M. de b; bourdon nais est âgé de quarante-cinq ans environ ; tout, chez lui, annonce le maître du mat : le dévcloppemint de son front est vraiment extraordinaire; ses yeux, domines par (^^ fortes protubérances, semblent toujours se fermer aux distrac« tiens extérieures, en se mettant en rapport continuel avec les méditations de l'esprit. Petit- fils de Tillustre gouverneur des Indes immortali.sé dans Paul et Virginiêy doué d^noe intelligence supérieure et d'une persévérance d'application incroyable, il n'a jamais ambitionné que le titre de premier joueur d'échecs du monde; et son but a été atteint. L'Europe sait que M. de Labourdonnais dcmeare me Ménars, n* i , a Paris, dans le bel hôtel da Cercle des échecs, et que c'est li qu*il attend les défis, el qu'il doone des leçons. Chaque jour, les étrangers ar-

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